‹ Explication des évangiles des Dimanches, et de quelques-unes des principales fêtes de l'annéeChapitre 14 sur 14 · DO JOUR DE L ASCENSION · texte numérisé non relu

DO JOUR DE L ASCENSION

Jésus-Christ remonte dans îe Ciel:

Lt» onze Apôtres étant à table^ Jésus leur appatK ; et il leur reprocha leur incrédulité et la dotietédâkurs cœurS) parce qu'ils n'avaient pas cm ceux qui l'^wtot vu depuis sa résurrection. Et il leur dit :. Allez dans le monde entier prêcher l'Ëvangile à toute créature* Quiconque croira, et recevra le baptême y sera saoTé ; mais celui qui ne croira point sera condamné. Voici les pro-diges qui accompagneront ceux qui croiront t tb chasseront les démons en mon nom ^ ils parleront des langues nouvelles , ils manieronc les serpents , et s'ils boÎTcnt quelque poison mortel^ Ils n'en recevront aucun mal ; ils imposeront les mains aux malades^ et cenk^nâ seront

guërift^ Et le Seigneur Jésus, après leur avoir parlé ainsi, fut élevé dans le ciel, où il est assis à la droite de Dieu. Les Apôtres étant partis^ allèrent prêcher en tout lieu , le SeigBeur coopérant avec eux , et confirmant leur pa^rôle par les* iiSfracles4ont elle était acootnpaguée. ( Jlfarc,

BXrLUSATIOIf.

Les onze ^pôire^ étant àtahie, Jésus^leur apparut; e4 il leur reprocha leur ineréduliti et la dureté de Uur$ eœure , parc» qu'ils n'avaieni pas cru ceux qui V avaient vu députe sa réeurreeiion* Les quatre saints personnages qui, sous Tins-piratioa du Saint-Esprit, ont écrit les actions de Notre- Seigoeor Jesu»-Ghrist^ ne se sont. pas attaché» à observer Tordre des faits et des temps. L'uu raconte ce que les autres ont omis ; celui-ci réunit des événements que celui-là sépare. Leur récit , le même quant au fond , est varié dans la manière. jCe sont toujours les>^ mêmes ac-* tion», mato diversement racontées. Il n'y a point entre les évangélistes de contradiction^ il y a des différences. La Providence Ta voulu ainsi pour la confirmation de notre foi. L'accord des quatre évangélistes est un garant de leur sincérité. Leurs variations prouvent que cet accord n'est pasTeffet d'un concert. Ayant écrit à des épo* ques et dans des lieux très-éloignés, on sent qu'ils n'/>nt eu d'autre lien commun que la vérité, et leurs différences même dans la narration donnent aux faits sur lesquels, ils sont constamment d'accord, un nouveau degré de certitude.

& Marc rapproche ici deux discours que,. selon les interprètes, le Sauveur a probablement tenus dans des temps différents. Le reproche fait aux Apôtres de n'avoir pas cru la résurrection^se raq^porte naturellement à l'apparition dans laquelle Jésus-Christ se manifesta à eux , le soir même de sa résurrection, lorsqu'ils étaient à ta^ ble dans le cénacle. La mission qui leur est donnée , et les promesses qui leur sont faites, paraissent , d'après le récit, même de Tévangéliste ,. précéden immédiatement.

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l'ascension qui, selon S. Luc, s'opéra au bourg de Bé-

thanie(l).

Le reproche d'incrédulité et de dureté de cœur , que Jésus-Christ fait à ses Apôtres , ne le méritons-nous pas plus qu'eux ? Nous avons pour croire, les mêmes motifs qu'ils avaient, et nous en avons d'autres encore : d'abord leur témoignage, scellé de leur propre sang ; ensuite le témoignage de l'univers entier, et sa conversion miraculeuse. Appuyée sur de tels fondements, notre foi est-elle aussi solide qu'elle devrait l'être ? Ne prêtons-nous pas une oreille facile aux discours, maintenant si communs, de l'impiété? ne nous est-il jamais arrivé de les encourager, ou par le sourire de la complaisance, ou par le silence de l'approbation ? Si nous avons le bonheur que notre foi soit sincère, est-rclle aussi active ? si elle n'est pas feinte, n'est-elle pas languissante? Si elle n'est pas ébranlée par des doutes, se manifeste-t-elle par des œuvres? Hélas! qu'est devenue la foi dans notre inalheureux temps , cette foi ^i chère à nos pères , cette foi autrefois si pure et si vive ? Eteinte dans un grand nombre de cœurs, elle n'est plus dans les autres qu'une faible étincelle sans lumière et sans chaleur.

El il leur dit: Allez dans le monde entier prêcher VEvary gile à toute créature» S. Matthieu rapporte cette dernière mission donnée aux Apôtres, d'une manière un peu plus étendue. Toute 'puissance, leur dit Jésus-Christ, m'a été donnée dans le ciel et sur la terre» Allez donc y enseignez toutes les nations, les baptisant au nom du Père, et du Fil», et du Saint-Esprit ; leur apprenant à observer tout ce que je vous ai commandé : et voilà que je suis avec vous Cous, les jours j jusqu'à la consommation du siècle (2). . Le Sau«<-

(i) Eduut antem eo% foras in Bethaniam ; et eU^atis mauibns suis benedixit eis. Et factam est, dam benediceret illis, reces&itab eis, et terebatar in coslom. Luc» xxiv, 5o et 5i.

(a) Etascendens Jésus locutas e»teis, dicens : Data est mihi oœnis potestas io cœlo et in terra. Eantes ergo docete omnes gentes, baptizantes eos in nomine Patris, et Filii, et Spiritns oancti; docenies ees servaie omnia qaapcamqae raandayi vobis. Et ecce-ega-vobiscam

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v>eur, clans sa dernière cène^ avait revêtu ses Apôtres du sacerdoce, ici il les élève à une plus haute dignité. Près de rentrer dans les splendeurs éternelle», il v«ut laisser à la terre, privée désormais de sa présence , le ministère qu'il y a exercé ; et il crée l'épiscopat. Par cette réunion de préceptes, de pouvoirs et de promesses, il établit ses Apôtres les chefs suprêmes de sa religion , et substitue à sa personne eux et leurs successeurs, revêtus en commun de sa puissance et de son infaillibilité. Tout ce qui a été, tout ce qui sera opéré dans l'administration de Jésus- Christ, c'est cette parole céleste qui l'aura produit. A cette parole commence ce ministère perpétuel, qui, se renouvelant sans cesse, reste toujours le même, et qu'à son second avènement Jésus-Christ trouvera subsistant tel qu'il le fonda. C'est par cette parole divine que l'Eglise catholique a- continuellement confondu les diverses sectes qui se sont élevées dans son sein pour la déchi* rer, et celles qui ont osé soutenir qu'il fut des jours où elle était privée de l'assistance divine , et où elle con-* naissait l'erreur; et celles qui ont imaginé de transférer à la totalité du peuple fidèle , la puissance que Jésus- Christ n'a confiée qu'à ses ministres ; et celles qui ont tenté d'élever dans Tordre sacerdotal un pouvoir rival de l'autorité épiscopale ; et celles qui ont entrepris de briser la chaîne sacrée de la succession, et de substituer aux légitimes héritiers de la puissance apostolique , un ordre tout nouveau d'usurpateurs. Contre cette parole toute-puissante sont venues se briser, en écumant, toutes les hérésies, depuis Simon le magicien jusqu'à notre siècle ; tous les schismes, depuis Novatien jusqu'à celui qui désole l'Eglise Gallicane.

Quel magnifique coiTimandement Jésus-Christ fait à ses Apôtres ! C'est toutes les nations qu'il leur ordonne d'instruire ; c'est Tunivers entier qu'il leur donne à con-f vertir. Quel autre eût osé imaginer de donner une pareille

sam omnibns dîebas, nsqne ad consnaiinationem sectili. Matthi ^Kvm , i8, 19 «r 20.

inistiott? Il dbarge ses Apôtres d'opérer la révokitîon la plus vaste, la pkis extraoïnlioaire dont l'histoire des siècles lasse meotion. Les hommes avaient vu plosieur» fois des états changer de face, des empires s'écrouler, et d'autres empires s'élever sur leurs débris» Mais qu'étaient ees événements auprès de celui que JésuS-Ghrist charge ses Apôtres d'exécuter? Il est bien plus diffîKûle de chaager les oatioos que de les soumettre. 'Vous compteres vingt conquérants pour un réformateur. Et ici ce ne sont pas seulement quelques peuples qu'il s'agit de conquérir ; c'est l'uni versalUé des peuples qu'il faut assujettir à u» joug nouveau. Ce ne sont pas quelques bornes d'états à reculer, quelques formes de gouvernements à changer ; c'est la totalité des pensées humaines à réformer. Il faut apporter aux hommes, et leur faire recevoir à tous d'autres principes, une antre morale , d'autres dogmes , un autre culte, un autre Dieu. Il faut soumettre la raison orgueilleuse de ses lumières, alors dans leur plus brillant éclat, à des dogmes qu'elle ùe peut comprendre ; réprimer par une morale austère les passions qu'exaltent les jouissances les plus immodérées^ et que consacre l'exemple des divinités ; dissiper devant un culte tout spirituel des superstitions Ornées de tous les diarmes de l'imagination , et accréditées par le reqpect de vingt siècles» Il faut, en un mot, du monde actuel faire un monde tout nouveau*

Etquds sont les hommes que Jésus-Christ envoie mettre â fin cette immense entreprise? Choisit<-il parmi ceux qui ont reçu sa doctrine , des hommes douée de génie , puissants en éloquence, ornés de Gonnaissances; uu Joseph d'Arimathie, un Ntcodème, qui sont entre les chefs du peuple, et dont le nom pourra donner du poids à leur enseignement ? Ainsi raisonnerait la sagesse humaine. Mais la sagesse divine a des vues absolument différentes. Plus l'entreprise est difficile ^ plus les moyens seront faibles. C'est des comptoirs de péagers , des barques de pêcheurs, que vont partir, pour l'exécution du plus grand dessein qui fut jamais conçu f des hommes

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sans éducation, sans connaissances» sans lettres, sans expérience, «ans talents, sans force. Ils n*oiit jamais nea appris ; leur esprit épais ne comprend pas les choses les plus claires, et ils iront disputer contre les pliiiosopfaes les plus profonds, confond re leurs raisonnements et leur éloquence* Timides , et peu de semaines auparavant , au premier dang^er de leur Maître, l'abandonnant lâche" menti ils devront désormais pour lui se précipiter dans les plus- grands périls» af&ronter tous* les genres de per-^ sécution, braver les supplices et la mort. Quel projet , et quels nu>yeBS L Quelle disproportion entre l'un et les autres!. D'un côté, quelle immense étendue! de l'autre quelle prodigieuse faiblesse .^ L'intention de Jésus'-Ghrist est -elle donc de rendre son grand dessein , déjà hérisse de si énormes difficultés, plus impraticable encore? Oui, ce sont là véritablement ses vues. Il veut que^ soit dansses projets^, soit dans ses moyens, soit dans la combinai^ son des uns et des autres, Tesprit humain ne voie qu'ab» surdités et extravagance. Mais ce que notre faible raison jxUge le plus insensé , est précisément l'effet de la pluS' profonde sagesse. Eh donnant à la terre sa religion , Jésus-Christ se propose non-^seulement de la répandre dans tous les pays, mais de la perpétuer dans. tous les siècles. Pour cela il veut que la propagation de sa doctrine soit «Ue-mêine un miracle. Nous disons aux incrédules de Bos jours, ce que disaient à ceux des premiers siècles les pères de l'Eglise : L'établissement du christianimne n'a pu être l'ouvrage des hommes, il a donc été l'œuvre de Dieu. Nous défions l'impiété , et de nier la propagation rapide de la doctrine évangélique, et d'indiquer une cause humaine qui ait pu l'opérer. Ainsi une providence infiniment sage et bienfaisante nous a fait de l'établissement de la foi, une^preuve incontestable de la foi ; et la promulgation de l'Évangile nous est un garant de sa vérité.

Quiconque croira, et recevra le baptême eera sauvé ; mais celui qui ne croira pas sera condamné. Quand le divin Sauveur promet le paradis à ceux qui croiront en lui, il ne

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faut pas croire qu'il assure cette grande récompense à toute espèce de foi, de quelque genre et de quelque étendue qu'elle soit. Il l'avait déclaré précédemment en propres termes. Tout homme qui me dit : Seigneur , Seigneur, n'entrera pas pour cela dans le royaume des cieux (1). C'est la foi qui ouvre la porte du ciel ; cette vérité est incontestable : mais ce n'est pas la foi faible , languissante, incertaine, toujours voisine du doute , qu'ébranlent les difficultés de l'incrédulité, que déconcertent les railleries du libertinage. C'est la foi ferme qui ne connaît point d'objections ; la foi constante qui n'éprouve point de variations ; la foi courageuse qui brave les contradictions ; la foi généreuse qui dédaigne les vaines considérations du respect humain. Ce n'est pas la foi superbe qui ose interroger Dieu , lui demander compte de ses vues, qui établit des distinctions entre les vérités révélées, consentant rà adopter celles dont elle voit la vérité , se permettant des difficultés sur celles qu'elle ne comprend pas. C'est une foi humble, pénétrée de la véracité divine et de la faiblesse humaine , qui se soumet avec sincérité et aux dogmes qui lui sont clairement manifestés, et à ceux qui sont au-dessus de sa portée ; admirant les uns, respectant les autres ; éclairée dans ses motifs , mais ne se permettant aucun raisonnement sur ses objets. Enfin, la foi qui opère le salut, n'est point une simple spéculation. Une foi stérile, l'Esprit saint nous le déclare, est une foi morte, semblable à un corps sans âme (2). La foi qui sera reçue dans le royaume descîeux, et la foi féconde qui s'y présentera accompagnée du cortège de ses œuvres, offrant à Dieu ces fruits précieux de ses travaux, et en demandant avec une sainte confiance la récompense.

(i) Non omnis qai dicit mihi. Domine , Domine, intrabit in. regnam cœloram; sed qni facit volantatem Patris mei, qai in cœlU est, ipse intrabit in regnam cœloram. Matth, vu, ai.

(a) Sicat enim corpns sine spirita mortoam est, ita et fides sine operibas moi'toa «SI. Jac. ii, 36.

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Jésus-Clirist déclare que ceux qui ne croiront point en lui seront condamnés ; et cette sentence est devenue un sujet de scandale pour quelques personnes qui , la prenant dans un sens trop étendu , la trouvent excessivement rigoureuse. Que des incrédules placés au milieu des lumières du christianisme, et y fermant volontairement les yeux, soient condamnés au jour des justices; on ne peut en douter : ces esprits rebelles se sont condamnés eux-mêmes d'avance, et l'arrêt céleste ne sera en quelque sorte que l'exécution de l'anatlième qu'ils ont prononcé contre leur propre personne. Que des idolâtres, des hérétiques, à qui la vraie foi est présentée , et qui la rejettent avec dédain, pour persévérer dans leurs erreurs, portent la peine de leur opiniâtreté ; on le conçoit encore facilement : ces prévaricateurs endurcis ont résisté à la volonté de Dieu qui leur était manifestée. C'est de ces hommes que Jésus-Christ a dit : Celui qui ne croit pas a déjà été jugé (1). Mais que des malheureux à qui la lumière de l'Evangile n'a pas été apportée^ soient éternellement punis polir ne l'avoir pas crue ; que tant d'hommes, qui ne se sont égarés que parce qu'on ne leur a. pas indiqué leur chemin, arrivent à l'enfer; que celte multitude 'd'infidèles qui ignorent l'Eglise de Jésus- Christ, d'enfants qui n'ont point reçu le sacrement de régénération , soient livrés aux flammes vengeresses : yoilà ce qui révolte beaucoup d'esprits; et les ennemis de la religion, profitant du trouble que jette cette idée dans quelques consciences .^ représentent le Dieu des chrétiens comme un juge inique qui punit des fautes involontaires, comme un père. cruel qui se plaît à tourmenter ses enfants.

Pour dissiper cette illusion, devenue de nos jours trèsdangereuse, distinguons le dogme de l'opinion ; ce que nous sommes obligés de croire, de ce dont nous devons

(i) Qai aatem non crédit^ jam jadicatns esr : qm'a non créditait nomine atiigeniti Filii Dei. /oara. ui, i8.

douter. On ne partient au salut que dans l'Ëglise , on n'entre dans l'Ëglise que par le baptême. De ces principes fondamentaux de la catholicité, il résulte que quiconque n'a pas été admis au sacremait de baptême , ne sera pas reçu dans le royaume céleste : le péché originel dont il reste chargé lui en ferme l'entrée. Mais la foi qui nous enseigne cette vérité ne nous dit pas que ceux qui ont été privés du baptême , seront livrés aux impérissables tourments de Tenfer : c'est une simple opinion ; ec quoiqu'elle soit appuyée du suffrage infiniment respec* table de plusieurs saints Pères, il ne nous est pas permis de l'ériger en dogme. Quel sera donc te sort de ces hommes de tout âge et de tous pays , qui n'auront pas été régénérés dans les eaux du baptême ? Il n*a pas piu à Dieu de nous le révéler. Tout ce qu'il nous est donné d'en connaître, c'est qu'ils ne seront pas admis dans la gloire céleste, où l'on n'entre qu'en vertu des mérites de Jésus-Christ, lesquels nous sont appliqués parle baptême. Mais , pourquoi croirions-nous que l'enfer soit rempli de tous ceux qui, n'ayant pu se conduire d'après les lois de l'Evangile, ont suivi les principes naturels de la raison ? Dieu n'est-il pas assez puissant pour leur faire un sort qui les exempte du malheur ? C'est de l'apôtre perfide qui devait le trahir, que Jésus-Christ a dit : Il vaudrait mieux pour lui n'être jamais né. Dieu est juste, il ne fera point d'injustice à ses créatures; voilà ce dont nous sommes assurés. Quelles sont les règles de sa justice? nous l'ignorons. Nous ne pouvons donc pas savoir quels en seront les effets. Sachons ignorer ce que la Sagesse suprême n'a pas jugé à propos de nous apprendre, et révérons l'impénétrable mystère de la justice divine, comme tous les autres que la foi nous fait connaitre, et ne nous fait pas comprendre.

f^oiei le$ prodiges qui accompagneront ewx qui croiront : iU chaaeront les démons en mon nom; ih porteront les langues nouvelles; ils manieront les serpents , et s'ils boivent quelque poison mortel, ils n'en recevront aucun mal; ils imposeront les mains aux malades, et ceux-ci seront guéris.

7eU€ est la lettre de créance que le Taut-PuîsaaBt donne à ses ambassadeurs. Il est nécessaire que ceux à qui Us sont adressés, reconnaissent leur caractère. Pouirra-»t-on méconnaître leur misstcMi, quand on verra aorlir de leurs mains des œuvres qai ne peuvent être faites que par Dieu? Pourra-t-OR douter que c'est le Maître de la na-* tare qui les envoie, quand on verra la nature soumise à leurs ordres? Ne nous étonnons plus que Jésua*Cbrist ait choisi, pour être les prédicateurs de sa doctrine , des houinies sans lettres et sans éloquence. Araien^ils be* soin d'éloquence , ceux qui avaient le pouToir d'ordonner aux boiteux de marcber, aux aveugles de voir , aux morts de ressusciter ? Il ne peut y aroir sur la terre de langage aussi énergique, qne celui des miracles* Il est, et le plus digne deIXieu, puisque lui seul peut le tenir, et le plus convenable pour les hommes , puisqu'il est à la portée de tous. Il convainc avec la même facilité, et l'esprit le plus épais, et le génie le plus puissant. Il se fait entendre clairement à l'homme le plus grossier , et subjugue fortement le plus rebelle. Il ne faut , pour en reconnaître la force, que les plus simples lumières du sens commun ; et plus on a d'esprit, plus on sent l'autorité.

Le iftiracle, nous dit riocré^ule, est impossible. 01eu serait contraire à lui-même, s'il renversait de sa propce main l'ordre qu'il a établi. Supposer * un changement dans les lois que Dieu a données à la nature ^ c'est le supposer dans Dieu mêtne.

Incrédules, pour sentir toiste la futilité de votre difficulté, suivez-moi dans les profondeurs de l'éternité. Re^ montez avec moi au-delà de l'origine des teosps. Gonsi* dérez le Très^Haut, existant encore seul , se disposant à exercer son autorité sur le néant, et préparant , dans sa sagesse , des lois aux créatures que sa puissance devait faire éclore. Pou¥ez«-^v«Mis douter que sa prescience infinie , embrassant d'un coup d'œil toute la succession des temps, ne prévît les dérogations qu'il jugeait à propos défaire à ses lois? Il prescrivait dès lors, toutes ces dérogations ; et les suspensions de la loi furent contempo-

raines de la loi même. C'était dès le temps où il traçait ausoleil son cours, et où il réglait sa marche constante, qu'il lui ordonnait de s'arrêter, à tel jour, à telle heure, à tel moment , sur Tordre de Josué. Est-il jamais venu dans l'esprit de qui que ce soit, qu'un législateur est contraire à lui-même, et qu'il change de volonté quand, en dictant sa loi, il y appose en même temps une exception ? Non, Dieu ne cesse pas d'être immuable quand il fait un miracle, puisque dans les décrets divins le miracle est aussi ancien que l'ordre qu'il interrompt. Il n'y a pas en lui deux volontés différentes, puisque sa volonté éternelle a été que sa loi fût suspendue aux temps assignés par sa providence.

En annonçant qu'ils ont reçu le pouvoir de faire des miracles, les Apôtres prennent solennellement rengagement de l'exercer. Ils donnent aux peuples, à qui ils apportent l'Evangile, un mpyen également facile et assuré de connaître s'ils sont les envoyés du Très Haut. Qu'ils pussent en imposer en racontant les miracles de leur Maître , cela même est inimaginable. Mais ce qui serait bien plus incroyable encore , ce qui serait le comble de l'absurdité, c'est que les Apôtres eussent prétendu tromper le monde sur leurs propres miracles; c'est qu'ib donnassent pour preuve de la divinité de leur mission, les prodiges qu'ils opéraient, quoiqu'ils connussent |)arfaitement leur impuissance à opérer un seul prodige, £n promettant des merveilles, ils attiraient sur eux les regards, et l'attention sur leurs oeuvres. Il ne fallait que des oreilles pour s'assurer s'ils parlaient toutes sortes de langues. On n'avait besoin que d'yeux pour vérifier si les malades auxquels ils imposaient les mains étaient guéris. Et parmi les observateurs qui les environnaient , combien n'y avait-il pas de contradicteurs I combien. d'ennemis de leur Maître et de sa doctrine ! combien d'hommes animés contre eux par préjugé, par passion, par intérêts! Un seul miracle infructueusement tenté, une seule fraude découverte, et leur ministère est anéanti, et un opprobreuniversel devient leur partage, et ils sont livrés

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aux supplices que méritent leis imposteurs. La dëclara-*^ tion publique qu'ils font de leur pouvoir miraculeux , est tout à la fois, et une invitation à tous les peuples d'examiner, d'observer, de scruter, de juger leurs ceuvres , et un défi qu'ils portent à l'incrédulité de les trouver en faute.

Il y a plus encore. Ce n'est pas seulement a ses douze apôtres que Jésus-Christ confie ce grand pouvoir; ce seront aussi ceux qui croiront en lui qu'accompagneront les prodiges ; et nous voyons cette promesse souvent effectuée dans l'histoire apostolique (1). Le grand Apôtre, dans ses Epîlires aux Romains (2), aux Galates (3), aux Ephésiens (4) , aux Thessaloniciens (5) , et surtout dans celles aux Corinthiens (6) , leur parle des merveil—

(i) Tane Simon et ipiie credidit; et cam baptitatos esset, adbaerebat Philippe. Yiden» etiam signa et Tirtmesmaximas fieri, stapena admirabatar. ^cf. vin, i3.

Adbac loqaente Petro verba haec, cecidit Spiritas sanctas saper omiies qni aodiebaat verbam. Et obstapneraot ex circamcisione fidèles, qui vénérant cnm Petro; qaia et in nationes gratia Spiritas aancti est. Aodiebant enim illos loqaeotes lingnis , et magnificantea Deam. Ibid. x, 4^ , 45 e/ 46.

Et cnm iinposnisset illis nianas Paalos, venit Spiritas sanetassoper eos, et loqoebantar lingnis, et prophetabant. Ibid. xix, 6.

(a) Habentes aatem donatiooès secandom gratiam , qaae data est nobis, différentes; sive prophetiam secnndmn rationeœ fidel. Bom, XII, 6.

(3) Qai ergo tribnit vobis Spiritnm, et operatnr virtntet in tobis : ex operibns legis, an ex anditn fidei. Galai. in, 5.

(4) Et ipse dédit qnosdam qoidem apostolos, qnosdam aotein prophetas, alios vero evangelistas , etc. Ephes, iv, xi.

(5) Spiritnm noiite extingaere. Prophetias nolite spernere. / Thêssal, y, 19 er ao.

(6) Alii qaidem per Spiritam datnr sernio sapîentîae : alii antem sermo scieniise secnndnm enmdein Spiritom : alteri fides in eodem Spirita ; alii gratia sanitatnm in nno Spiritn , alii operatio vSrtamm, alii prophetia, alii discret io spiritnom, alii gênera Ungaaram, alii interprétai io sennonnm. / Cor, xii, 8 » 9 «/ xo.

Et qnosdam qoidem poanit Dens in Ecelesia , primom apostolos « secondo propbetas, tertio doctores, deiiide virtntes, exinde gratias carattonam , opitnlationes , gnbernationes , gênera lingnanun , interpréta! ionea •ennonoiD. Nomqaid omnea «postc^i? nnDK|md oxiinea

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les qui s'opéraient parmi eux , du pouvoir miraculeux dont ils étaient retêtus. Pouvaient-ils en imposer à tous ces peuples sur des iaits qui se passaient joumelieuient et presque continuellement au milieu d'eux? Etait*il possible qu'il les abusât sur une puissance qu'il leur attribuait à eux-mêmes? aurait-il imaginé de leur per< auader qu'ils faisaient des miracles ^ quand ils n'en faisaient point? Ou ces fidèles de divers pays croyaient efiectivement avoir les dons des langues, des prophéties, des miracles, ou ils ne le croyaient pas* S'ils ne l'avaient pas cru, de quel iront l'Apotre aurait-it osé leur dire qu'ils en étaient investis ? Avec quelle indignation ou quel mépris auraient-ils reçu ses lettres? Quel ridicule ii'aurait-il pas imprimé à toute sa prédication ? Abis si , comme il est évident , ils croyaient avoir ces dons extraordinaires, ik les avaient donc ? On peut se tromper sut des faits étrangers ; on ne se trompe pas sur ce que l'on peut faire soi-même, sur ce que l'on fait actuellement. Llncrédulité qui, au bout de dix-huit cents ans, s'avise de révoquer en doute les dons miraculeux des premiers siècles , est obligée de dire que tous les fidèles de ces temps, qui faisaient publiquement profession d'y croire, étaient , ou trompés par les Apôtres, ou trompeurs avec eux. Entre ces deux absurdités nous lui laissons le choix. Qu'elle prétende, si elle veut, que S. Paul est venu à bout de persuader la multitude des fidèles qu'ils avaient un pouvoir qu'en effet ils n'avaient pas, et qu'ils faisaient des miracles que réellement ils ne faisaient pas; ou qu'elle soutienne , si elle l'aime mieux , que les premiers chrétiens, après avoir été les objets et les dupes de

pt^hetm? nnmqnMi omoet doctores? namqaid oiones Tirtotes? ^kwntfùà ojQnM giatiam bAhent cors t ion mn? noroqnid omiie^ lingnis iQ^fwntQf ? «nmqoid onoes interpretantar? iBid, xji, a8 , 99 «< 3o. Volo aotem omnes vos loqai linguis : magis aote 10 prophetare. Itott m^wt c«t q«i prophciat, qoam qui loquitor linqnis... Sic et voa, qooniaA «nolatorcM efttia spiritaoïn, ad sedificatioDeoi Eccleaiae qwnit/i «I akfVMfeUs. St icTeo q«i loqaitnr liogoa, orçt ut totrrpretetar. Wd, jf^^ 5 j ,a et i3.

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lafratide des ApAtres, en sont tous, après leur baptême, cleveiMis subitement les instruments et les complices , et qu'au moment où ils se sont aperçu qu^its avaient été indignement abusés, tous unanimement, et sans une seule exception , attachés plus fortement par là même à leurs imposteurs , se 5ont associés à leur fourberie.

Mais pourquoi , demande l'incrédule , ces dons ad<mirables ne subststent-^ils plus dans TEglise? ils ont cessé , parce qu'ils devaient cesser ; et le grand Apôtre , qui en parle si souvent, en annonce clairement la fin (!). Ils ont cessé d'exister, parce qu'ils ont cessé d'être nécessaires« Avant que le monde ne crut, dit S. Augustin, ils étaient nécessaires pour que le monde crût. Celui qui pour croire exige encore des prodiges , est un prodige lui-même , puisque la foi du monde entier ne fixe pas la sienne (2). Mais l'Evangile publié, la foi établie, l'univers converti , leur objet est rempli , et dès-lors leur terme arrivé. Il n'est pas dans Tordre de la suprême Sagesse de multiplier les prodiges sans nécessité. En <ievenant communs, ils cesseraient d'être frappants; leur multiplicité les avilirait , et l'habitude d'en jouir les confondrait avec cette multitude d'effets naturels dont la cause est inconnue. Après quelques années^ Israël ne s'émerveille plus du miracle journalier de la manne, et il finit par s'en lasser (3). De quoi nous servirait-il qu'ils subsistassent encore? Sàrs qu'ils ont existé, avons-nous besoin de les voir pour établir notre foi ? Nous avons de leur réalité la preuve la plus tranchante : c'est leur effet visible, certain, indubitable; c'est l'univers converti

(i) Caritas nanqnam cxcidit. Sive prophelîx emciuibantar , «ive lîngnae ccMabant. / Cor. xiii , S.

(2) Car, inqniont, nnnc illa miracufa, qase praedicatis facta esse, non tittat ? Poaacm qokKem dfoere , neMasana fuisse , prmsqoam crederet mondaa , ad hoc ot crederet mnndos. (^oiiqoM a4bo« prodigia iitcredat inqnirit, magna» t*l ipse prodigiaBi, q«i nundo «redente non crédit. 5. Aug* de Cmt. Vei, lia, xzii. S, i.

(3) Anima nostra jam naascar aaptr dibo- isto leria^iM^. Nvm. xsi, 5.

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parieur moyen. Une révolution aussi contraire à toutes les idées humaines, n'a pas pu s'opérer sans moyens surnaturels. Il n'est pas dans la nature des hommes de se dépouiller de leurs préjugés les plus enracinés , de leurs passions les plus chères, de leurs intérêts les plus précieux , sans avoir de puissants motifs. On ne se fait pas égorger sans savoir pourquoi^ La propagation rapide et universelle de la foi , en prouvant la vérité des miracles qui l'ont établie , les rend désormais inutiles. Les incrédules prétendent que ce grand ouvrage a été opéré sans miracles. Mais leur assertion ridicule, et démentie par les ennemis même du christianisme, les jette dans une difficulté plus insoluble que celle qui les embarrasse. Elle suppose un miracle plus grand encore que taus •eux qu'ils contestent , la conversion du genre humain sans miracles.

Et le Seigneur Jéius ^ après leur avoir parlé ain$i , fut élevé dans le ciel, où il est assis à la droite de Dieu. Le miracle de l'ascension , qui met le sceau à la mission de Jésus-Christ, et qui la termine si glorieusement, est rapporté par S. Luc , avec un peu plus de détail , en deux endroits , à la fin de son Evangile , et au commencement des actes des Apôtres. Dans l'un, il dit que le Sauveur^ en bénissant ses apôtres, se sépara d'eux, et fut enlevé dans le ciel , et que les Apôtres l'ayant adoré, s'en retournèrent à Jérusalem remplis de joie (1). Dans l'autre, il ajoute les circonstances que, tandis que Jésus- Christ montait au ciel à la vue des Apôtres, une nuée le déroba à leurs regards ; et que , comme ils continuaient à regarder , deux hommes vêtus de blanc parurent auprès d'eux , et leur dirent : Hommes de Galilée , pourquoi vous arrêtez- vous à regarder au ciel ? Ce Jésus qui, en vous quittant , s'est élevé au ciel, viendra de la même ms^nière que vous l'avez vu monter (2).

(f) Et factam est, dom benediceret iliis, recessit ah eis, et ferekatar in cœtnm. Et ipsi adorantes regressi sont in Jernsalrm com ^adio magno. Luc. xxrr, 5x et 5%,

(^) Et caiu h«c dixiftset, tridentibas illis, elevam> e t ; et oobet

DBS ÉVANGILES. 5Ô7

La carrière évangéiique de Jésus«Christ est terminée. Le grand ouvrage de la rédemption du genre humain est consommé. Le monde est instruit , et par ses leçons , et par ses exemples ; sa résurrection constatée par toutes ses apparitions. La terre n'a désormais plus rien qui le retienne. Il rentre triomphant dans ses splendeurs éternelles y et retourne occuper à la droite de son Père la place d'où l'intérêt de notre salut l'avait fait descendre. Ce grand événement, que l'Eglise solennise aujourdliui, présente à nos méditations spécialement deux vérités des plus importantes : l'une infiniment consolante, Tautre souverainement redoutable. Les portes du ciel , fermées depuis si longtemps , s'abaissent aujourd'hui devant Jésus-Christ : et ce n'est pas seulement pour le recevoir, c'est pour nous aussi qu'elles sont ouvertes. Il nous en traçait la route pendant qu'il était parmi nous; il nous en ouvre aujourd'hui l'entrée. Il a voulu y être notre précurseur (1), il nous y attend , nous y appelle , nous y prépare nos places. De ce séjour de la gloire , il nous tend les bras ; il y seconde nos efforts , et par ses vœux et par ses grâces. Il quitte la terre , mais il ne l'abandonne pas. Il se réunit à son Père , mais sans se séparer de nous. Il vit toujours pour nous, pour être notre intercesseur (2). C^est par lui que nous avons accès auprès du Père céleste (3). Il lui présente nos vœux , et il y joint les siens. Ses prières donnent du prix à. nos oraisons; ^s actions de grâces , à notre reconnaissanee ; son oblation, à nos sacrifices ; ses douleurs, à notre pénitence; ses souffrances, à notre mortification ; ses expiations, à notre

âoscepit eam ab ocalis eorom^ Camqae iotaerentor in cœlam eanlem illnm, ecce dao viri astitemnt jaxta illos in vestibns albis, qui et dixemnt : Yiri Galilai, qoid statis aspicientes in cœlam P Hic Jesns ^^ qai assnmptas est a Tobis io cœlam , sic yeniet qaeinadmodam vi» distis eam eantem in cœlam. jéct^ i,9,i(>«fii.

(i) Ubi •prspcnrsor pro nobis intruivit Jésus. Hehr. vi,20.

(«) Semper vivens ad interpellaodam pro nobis. Id. va, 25.

(3) Qaoniam per ipsom haberaas accessam ambo in ano Spiiitn ad Patrem. Ephes. u, i8.

Ô5S BXPUCATION

satiaCaction. C'est en s'unissant à ses roécites, que nos faibles œuvres peuveiU eix acquérir. Médiateur éternel entre Dieu et les hommes (1) , iL continue dans- le ciel le ministère qu'il exerçait sur la croix. Nous voyons les^ Apôtres y après que leur divin Maître a dispaxu à leurs regards, tenir encore les yeux> fixés vers le ciel o«i. il est entré. Ib nous apprennent que c'est là« où doivent ^re tournés les nôtres. Considérons sans cesse le terme de notre course, pour nous exciter ài'atteindi;e. Que la vue de la récompense soit l'aiguillon continuel, du travail; mais surtout n'oublions jamais que, pour suivre Jésus- Cbrist dans le ciel, il faut l'àvoir^suivi sur la terre. C'est s'abuser que de prétendre arriver au but , sans en avoir suivi la route ^ c'est s'égarer que de tenir une route différente de celle qu'a tracée Jcsus-Ghrist.

En terminant son premier avènement, le divin Sauveur fait annoncer le second à ses apôtres, et à tous ceux qui seront instruits par leurs prédications. Il reviendra donc au milieu de nous, et la terre re verra encore une fois son. Dieu revêtu d'une forme. humaine I.Mais quelle immense diflérence entre la manière dont il s'est montré dans le cours de son ministère , et celle dont il apparaîtra alors! D'un côté, que d'humiliation. et d'abaissement ; de l'autre, qiiie d'éclat et de grandeur ! Là je le vois étendu dans une crèche ;.ici.je le contemple porté sur une nuée lumineuse. Au lieu des vêtements grossiers qui le couvraient , il s'avance revêtu de splendeur. Sa croix, instrument d'opprobre, est devenue un signe de gloire. Ce ne sont plus quelques personnes empressées d'entendre sa doctrine , etcurieuses de voir ses miracles ; c'est le genre humain entier , rassemblé à ses pieds ponr y recevoir son- arrêt. Nous y serons tous présents , à ce jour redoutable , le dernier des jours pour lequel tous les autres ont été faits. Nous entendrons cette voix ton- I uantequi fit sortir le temps du néant, lui ordonner d'y

(0 Unus P5t mediator Dei et komionm horno Christas Jesos. J ' T^meeh, n, 5.

DES BVANOILE8. 559

rentrer. Nous verrons le monde s'anéanlir en un instant, au seul signe de la volpnté qui l'avait fait exister* Tout aura disparu , et de cette multitude d'êtres crées , dont Fimmenslté étonne notre esprit, il ne restera plus que des justes et des pécheurs , des saints et des damnes. I>ans ceUe épouvantable catastrophe ^ que serons^^nous devenus ? Dans cette séparation fatale , de quel côté nous troviverons^nous placés? Seron»*notts élevés sur les rui«nés du monde ^ ou en serons-^nous écrasés? Pouvons-* nous , sans frémir, arrêtei; notre pensée sur cette afireusc et inévitable alternative? Et cependant, plus cette idée est terrible , plus elle doit nous occuper. Plus elle nous effraiera , plus elle nous sera salutairel II faut nous pé^ nétrer dès a présent de l'horreur qu'elle inspire , poui* ne pas l'éprouver alors; et marcher vers ce grand jour avec la terreur delà religion , pour ne pas y arriver avec celle du désespoir. -

Après l'ascension,' les Apôtres retournèrent à Jérusa* lem, pleins de joie. £t quel pouvait donc être le sujet de 4i#ite grande allégresse^^au moment où ils venaient de perdre le Maître qui leur était si cher ? Les Apôtres n'é-^ taici^t déjà plas ces hommes grossiers qui ne comprenaient qu'^iniparfaitement ce que Jésu»- Christ leur disait de plu» clair. Il avait ouvert leur esprit, et leur avait donné l'intelligence des saintes Ecritures (1). Instruits alors par 9es leçons, il savait que son retour dans les cieux •était le complément nécessaire de sa mission, et allait être le commencement de la leur. Pleins de confiance dans ses promesses, ils étaient assurés que ce Maître si bon n'était pas perdu pour eux ; qu'il serait au milieu d'eux pour les éclairer et les soutenir jusqu'à la consommation des siècles. Ils comprenaient alors ce qu'il leur avait dit que, s'il ne s'en allait pas , l'Esprit saint ne viendrait point sur eux, mais que, retourné dans les cieux^ il le

(i) Tuijc aperait illis sensam at intelligereot seriptorasi Luc.

Ô60 BXPLlCàTIOIf

leur enverrait (1). Ils atteadaient arec une saèote knpa>* tience cet Esprit vivificateur qui , achevant de dissiper les ténèbres de leur esprit , devait leur enseigner toute vérité (2), et les rendre capables du grand ouvrage auquel ils étaient appelés. La joie qui remplissait les Apôtres n'étaient pas un sentiment humain ; c'était le monyement d'une foi rire y éclairée par les instruction» de Jésus^Christ, confirmée par sa résurrection, et qui venait de l'être encore par sa miraculeuse ascension .

Les Apôtres étant partis, allèrent prêcher en tous lieux , le Seigneur coopérant avec eux, et confirmant leur parole par ses miracles dent elle était accompagnée. Au moment où finit la mission de Jésus-Christ, commence celle des Apôtres. Il n'y a point d'interruption dans le ministère sacré qu'il a exercé et établi. Il est inébranlable commo la parole sur laquelle il l'a fondé. En butte depuis son principe aux contradictions de toute espèce, il en a constamment triomphé,, et il en triomphera toujours. L'enfer l'a sans cesse attaqué par les persécutions, par les séductions, par les hérésies et par les schismes. Jamais on n'a pu, jamais on ne parviendra à prévaloir contre lui , et sa constante persévérance sera jusqu'à la dissolution du monde le désespoir de tous les ennemis de l'Eglise , le point de ralliement de tous ses enfants.

(i) Si enim non abiero, Paracletos non veniet ad vos; «i aatem abiero, mîttam eani ad vos. Joan, xvi, 7.

(3) Cnm aotem veaerit ilte Spiritas TeriUiii, docebit voft omnem veritatem. Joan, xti, i3.

DES EVAUGILES. 5Ç1

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DU Dm\lNCHE DAÎNS L OCTAVE DE L ASCENSIOIN .

Jésus-Christ annonce à ses Apôtres la descente du Saint«Esprit, et les persécutions qu'ils auront à essuyer.

Jésus dit à ses disciples : Lorsque le Consolateur que je vous enverrai de la part de mon Père , cet Esprit de vérité qui procède du Père, sera venu, il rendra témoi-* gnage de moi ; et vous aussi vous en rendrez témoignage, parce que vous êtes avec moi dès le commencement. Je vous ai dit ces choses , afin que vous ne soyez point scandalisés. On vous chassera des Synagogues, et l'heure va venir où quiconque vous fera mourir , croira rendre hommage à Dieu. Ils vous traiteront ainsi , parce qu'ils ne connaissent ni mon Père, ni moi. Et je vous dis ces choses, afin que, lorsque le temps en sera venu , vous vous rappeliez que je vous lésai prédites. (Jean, xv , 26 et 27; xvi, 1—4.)

Jésw dit à tes disciples : Lorsque le Consolateur que je vous enverrai de la part de mon Père^ cet Esprit de vérité qui procède du Père, sera venu, il rendra témoignage de moi; et vous aussi vous rendrez témoignage, parce que vous êtes avec vtkoidès le commeneement* Jésus-Christ donne ici à l'Esprit saint, qu'il doit envoyer immédiatement après son retour dans les cieux , deux qualités : il l'appelle le Consolateur et l'Esprit de vérité. Ces deux titres sont relatifs aux effets que le Saint-Esprit devait produire, d'abord dans les Apôtres après quelques semaines, et ensuite dana les âmes fidèles pendant toute la suite des siècles.

562 ÊXPUCATIOll»

L'Esprit saint', descendu sur les Apotrès, devait les consoler de Tabsence du divin Maître qui les avait instruits jusque là, tenir auprès d'eux sa place, le leur montrer assis à la droite de son Père, intercédant continuellement pour eux, ei les attirant à sa suite dans le ciel , par les grâces qu'il ne cesserait de faire descendre sur eux. Au milieu des peines, des contradictions, des souffrances de Leur ministère, l'Esprit saint devait être sans interruption avec eux, les consoler par son onction , les soutenir par sa force ^ les ranimer par ses admirables dons. Telles sont encore les fonctions qu'il exerce auprès des âmes justes qui ont le bonheur de le posséder. Dans toutes les tribulations qu'elles éprouvent, et qui depuis le premier péché sont l'inséparable apanage de h race humaine^ il est leur consolateur et leur appui» Il ne leur ôte pas entièrement le sentiment de leurs maux -, il faudrait pour cela changer leur nature ; mais il en adoucit l'amertume. S'il ne tarit pas leurs larmes, du moins il les essuie. O vous tous , qui gémissez dans le chagrin, dans les regrets , dans la souffrance , tournezvous vers ce Consolateur tout-puissant l Lui seul peut soulager votre douleur. Tous les autres tempéraments , au lieu de la modérer , ne sont le plus souvent propres qu'à l'irriter encore. Vous êtes tous, disait le saint homme Job au fort de ses afflictions, des consolateurs à charge (]). Toutes les consolations humaines se réduisent à exhorter à la patience, par la nécessité de souffrir : vérité incontestable, sans doute, mais vérité désespérante quand on la sépare de la religion ; parce qu'alors les souffrances n'ont plus, ni principe , ni but , nt dédommagement, et que l'attente de l'avenir aggrave de son affreuse perspective la sensation du présent : mais vérité consolante, quand elle est présentée par le Saint- Esprit, et quand elle s^unit à toutes les autres vérités que lui seul a pu révéler. J'adore la justice de cette nécessité, quand je reconnais que mes maux soat le châti-

(0 Gonsoialorcs one^ost onmes vos esiis. Joà, avj , a ,

HES ÉVANGILES. 56&>

ment de mes péchés (1). Je rends grâce à la miséricorde qui me l'inipose, quand j'apprends qu'ils sont l'expiation de mes fautes (2). Je trouve glorieux de souffrir, quand par là je ressemble à mon divin modèle (3). Mes peines me semblent précieuses, quand je sens ma piété se dilater^ ma force s'affermir, toutes mes vertus se purifier, comme l'or, dans le creuset de la tribulation (4). Je vois combien elles me sont avantageuses , quand je sais que ces courts moments d'une douleur légère, m'acquièrent pour l'éternité un poids immense de gloire (5). 11 n'appartenait qu'à l'Esprit divin de nous ap-* porter ces sublimes consolations ; et lui seul a le pouvoir de nous les faire sentir.

Jésus-Christ appelle l'Esprit saint , Esprit de vérité , pai'ce que c'est lui qui d'abord est l'auteur de toute vérité ; qui ensuite la propage et la répand ; qui enfin lapersuade et la fait recevoir. 11 fut pour les Apôtres l'Esprit de vérité, quand, descendant dans eux, il learem*plit des vérités célestes si abondamment, que ,. ne pouvant les contenir, ils les répandirent sur toute la^ terre; quand leur imposant l'obligation de les pubiiei^, il leur en donna en même temps le courage et la force ; quand a couronna leurs rapides prédications de cet étonnant succès qui a fait l'admiration et le salut de tous les siècles* Il est encore parmi nous l'Esprit de vérité ; c'est lui

(i) Propierea q^aod... peccaveritis Doaiiuo : et non aadieritis vocem Domini, et in lege^ et in praeeeptis, et in testimoniis ejos non ambalavéritis; idcircû eveneruAt vobis mala haec. Jerem. xltv, aS.

(a) Repatantrs peccatis- nostrrs - h»c ipaa iupplfcia minora case, flagella Domini^ quibns qnasi Mrvt , corripiraor ad «nendationem, et non ad perditionein nostram evenisse credamos. Judith, viii, 27.

(3) Cohsredes aatem Cbritti :. si tamen compatiaiaff at et conglorifîcemor. Rom, yiii, 17.

(4.) Oportet contristari in varias tentationibas : nt probatio vestrae, fidei mnlto pretiosioi' aaro-(qood per ignem probainr) inveniatar. / Pecr. I, 6 </ 7.

(5) Id enim qaod in praesenti est oiomentaneam et levé tnbalationis nostrae, snpra modnm in soblimitate seteroam gloriae pondas> operatur in nobis» // Cor, lY, 17.

564 E2LFL1CAT101V

qui, écartant toute erreur du corps des premiers pasteurSy et lui communiquant sou infaillibilité , prononce par leur bouche les oracles sacrés qui fixeut la sainte doctrine, et foudroie par leurs mains, de ses anathèuies, Jes hérésies qui la combattent. Ministres de la parole sainte, c'est lui, lui seul qui peut donner à vos discours l'onction qui gagne les cœurs, la force qui les subjugue. C'est encore lui seul qui peut en procurer l'effet, et faire pénétrer dans les esprits la persuasion , objet de Tos travaux. Gardez-vous d'attribuer les succès dont TOUS voyez vos efforts couronnés., à vos lumières , à vos talents, à votre éloquence. Le grand apôtre S. Paul, cet homme extraordinairement appelé à la prédication de l'Evangile ; S. Paul, doué par la nature et par la grâce de tous les dons éclatants qui pouvaient en assurer le progrès ; S. Paul qui , par la puissance de la parole , confondait les sages de l'Aréopage, les philosophes de la Grèce, les orateurs de Rome ; S. Paul s'indigne qu'on veuille attribuer , soit à lui , soit au savant ApoUo , le fruit de leurs instructions. Qu'est-ce que Paul , dit-il? qu'est-ce qu'Apolio? Ils ne sont que les ministres de celui à qui vous avez cru. J'ai planté , Apollo a arrosé ; c'est Dieu qui a fait croître. Celui qui plante et celui qui arrose ne sont rien ; Dieu seul est tout, puisque c'est lui qui donne l'accroissement (1). Prédicateurs évangéliques , à vos travaux unissez constamment la prière ; attirez par vos vœux les lumières de l'Esprit saint sur vous, pour qu'il vous inspire ; sur vos auditeurs-, pour qu'il les convainque. Les saints Pères, ces personnages M éclairés, si éloquents, faisaient plus de chrétiens par leurs prières que par leurs discours. Et vous aussi, âmes fidèles, lorsque vous vous présentez aux instructions de l'Eglise, implorez l'Esprit de vérité, pour qu^il vous dis- ■■

(i) Qaid igitar est ÂpolIo ? Qaid vero PnqIiu? Minittri ejas, coi credidùtis... Ego pUntavi, ÂpoUo rigayit; sed Deos iacmnentom dédit. Itaqae neqoe qui plantât est aliqaid, neqae qoi rigat; sed qai increicentum dat, Deoa. / Cor, «1,4, 5, 6 et 7,

pose à recevoir les vérités saintes que vous allez entendre, afin que, tombant dans vos cœurs comme la rosée qui pénètre une terre fertile, elles y fassent germer toutes les vertus, et produisent dans vous des fruits abondants.

L'Esprit divin est essentiellement, et par sa nature , l'Esprit de vérité. Mais il y a un autre esprit qui lui est diamétralement opposé, et dont nous devons nous garantir ayec le plus grand soin ; c'est l'esprit d'erreur et de mensonge, qui travaille de tout son pouvoir, et souvent avec trop de succès, à détruire le bien qu'opère le Saint- Esprit. Pour nous attirer dans ses voies égarées , il nous présente, tantôt successivement, tantôt en même temps, les sophismes de l'incrédulité, les subtilités de l'hérésie , les illusions du monde, les séductions de la tentation , le charme des plaisirs. Souvent même, pour nous plonger dans les ténèbres, il se transforme en ange de lumière (1). Ici il nous présente un principe en lui-même vrai et religieux, mais dont l'application serait vicieuse ; là il nous offre une action louable et méritoire, mais qu'il corrompt par une intention criminelle. Il faut souvent une attention très-grande pour distinguer ses perfides suggestions,^ des saintes inspirations de l'Esprit divin. Mais ne nous laissons ni décourager par ses attaques , ni abuser par ses ruses. Confions notre conduite, non pas à nos idées et à nos goûts, conducteurs aveugles, plus propres à égarer qu'à conduire , mais à l'autorité , guide sûr , dirigé lui-même par l'Esprit saint. Suivons, sans nous en écar-* ter, sur la foi et sur la morale , les décisions sacrées de l'Eglise. Sur les points qui ne nous paraissent pas décidés, tenons-nous-en aux opinions les plus probables dans la spéculation, les plus sûres dans la pratique. Ainsi , nous distinguerons la pure lumière que répand l'Esprit divin, des fausses lueurs que jette l'esprit de ténèbres; et marchant avec sûreté à la vive clarté du fanal élevé

(i) Ipse enim Satanas transfi^^urat sein angelam lacis. // Cor. xi,

pour diriger notre route, nous n'irons point errer après des feux incertains, dont la clarté funeste conduit à l'a*» bline.

L'Esprit saint doit rendre témoignage de Jésus^Ghrist ; et le divin Sauveur ajoute à ses apôtres , qu'eux aussi lui rendront témoignage. Il unit ces deux témoignages, parce qu'en effet ils ne doivent jamais être séparés , et qu'ils n'en ont fait à proprement parler qu'un seul. Le Saint-Esprit intérieurement, les Apôtres extérieurement, attestaient les u>éme8 vérités, aux mêmes personnes, de la même part. Les Apôtres parlaient par l'inspiration du Saint-^Esprit, le Saint-Esprit se manifestait par l'oi^ane des Apôtres. Quand S. Pierre étonnait, par la multiplicité des langues qu'il parlait, sans avoir pu les appren* dre, les Juifs de tous les pays rassemblés à Jérusalem, c'est ici , leur disait-il , l'accomplissement de la prophétie de Joël : Je répandrai mon Esprit sur mes serviteurs, et ils prophétiseront (1). Quand S. Paul confondait les plus beaux génies du paganisme, il déclarait que c'était non par la persuasion des paroles de la sagesse humaine, mais par la manifestation du Saint-Esprit et ^de sa vertu (2). Quand, réunis en concile, les Apôtres rendaient leurs décrets, et prescrivaient aux fidèles les pratiques auxquelles ils seraient tenus, ils disaient : 11 a plu au Saint-Esprit et à nous (3). Tel a été le plan de la divine Providence^ que la loi fût publiée et reçue dan» l'univers, non par la seule inspiration de l'Esprit divin , mais par cette inspiration' unie au témoignage des A*po«tres> et comme authentiquée par lui. Ainsi qu'un sou—

(i) Sed hoc est quod dictum est per prophetam Joël : Et erit in tiovissirais diebas (dicit Doaûntts) effandaio de Spirita mec super omnem carnein... et (|oidem saper servos meos, et saper ancilbs men» in diebas illis effandam de Spirita ineo^ et prophetabmit. j4ce, II, r6, 17 et 18^

(a) Et sermo meus , et praedicatio mea non in per^aasibilibas bninanae Aapientise verbis , sed in ostenstione Sptritos, et virtatis. / Corinth. u, 40.

(3) \ i&uraest cnim Spiritai sancto, et nobia. Act* xv, a^.

veraia sage, pour que ses sujets ne soient pas abusés pai^ des ordres supposés, et faussement, présentés comme émané» de ivà, ordonne qu'on n'ajoute foi qu'à ceux qui seront intimés par ses ministres ordinaires; ainsi, pour prévenir Tabus des révélations imaginaires^ des préten-' dues inspjirations partieulières» Dieu a voulu qu'on ne reconnût comme inspiré par le Saint-Esprit que ce qui serait enseigné par les Apôtres. Tout ce que les Apôtres ont appris au monde, c'était FEsprit saint qui le leur enseignait. Tout ce que l'Esprit saint adonné au monde de vérités , c'est par les Apôtres qu'il les a publiées. Et comme il n'y a de foi que ce qui vient de l'Esprit saint, il n'y a de même d'articles de foi, que ceux qui ont été transmis par les Apôtres.

Ils ont passé , ces saints fondateurs de la religion ; mais leur témoignage n'a pas péri : et celui de l'Esprit saint n'a pas été non plus interrompu. En allant recevoir la récompense de leurs travaux , ils ont confié aux successeurs qu'ils s'étaient donnés, le soin de les continuer. Ils ont déposé sur eux, comme Elie sur son fidèle disciple, avec leurs fonctions, l'Esprit qui les y animait. Cet Esprit divin, qui parlait par leur bouche, continue de rendre ses oracles par leur ministère toujours perpétué. Le moyen par lequel il donna la foi au monde, est le même par lequel il la conserve pure et intacte. Les Apôtres sont nouveaux ; mais c'est le même apostolat , élevé daîis les mêmes chaires, enseignant la même doctrine, muni de la même assistance. Ainsi la Sagesse éter" nelle fixe notre foi, et la défend ; Tempêche de varier et d'être détruite. Quelle stabilité aurait-elle , livrée au sens privé de chaque chrétien ? Quelle résistance pourrait-elle opposer aux erreurs , si chacun avait droit de donner/ses propres pensées pour les révélations de l'Esprit saint? Quand Luther nous ordonne d'ajouter foi aux inspirations dont il se prétend favorisé , de quel droit nous^iuterdit-il la croyance à celles dont se vante Arius? Mais le même Esprit divin, qui, par les mains des Apôtres, terrassait les hérésies de Simon, de Nicolas, de

Corintbe, par celles de leurs successeurs, n*^» cessé de «foudroyer toutes les sectes qui se sont élevées depuis. Le corps des premiers pasteurs est pour lui et pour nous^ ce qu'était le collège apostolique. Ce sout les tentes ma-* guifiques d'Israël qui renferment dans leur enceinte l'arche du Seigneur, continuellement desservie et défendue. Ce sont les infatigables et intrépides ouvriers , occupés , d^une main à élever les murs de la Jérusalem céleste , armés, de l'autre, du glaive spirituel, pour repousser les assauts qu'on lui livre.

Jésus-Christ dit à ses apôtres qu'ils lui rendront témoignage, parce qu'ils sont avec lui depuis le cotnmencement. Et en effet, cette circonstance qu'ils ne l'avaient pas quitté pendant tout le cours de sa mission , donnait à leur témoignage un nouveau poids. Des hommes qui n'auraient été témoins que d'un seul miracle, ou seule— ment d'un petit nombre, auraient pu être abusés par des subtilités que la fraude a trop souvent inventées et renouvelées ; mais cette multiplicité, cette continuité de miracles opérés par le Sauveur, pendant plus de trois années, à la vue d'une multitude nombreuse, sans choix, sans préparation, à mesure qu'on lui en présentait les occasions, ne peuvent être que les œuvres d'une puissance divine, (j'esl pour cela que, lorsqu'il fut question de remplir dans le collège apostolique , la place que la trahison et le désespoir de Juda avaient laissée vacante, S. Pierre proposa que l'on choisît le nouveau témoin parmi les disciples qui avaient suivi Jésus -Christ depuis son baptême jusqu'à son ascension (1). Ainsi , tous les Apôtres, enpubhant les miracles de leur divin Maître, répétaient avec la même conôance que l'apôtre S. Jean : Ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de

(i) Oportet ergo ex his viris qui nobiscam sant congregati, in emni teropore qao intravit et exivit inter nos Dominas Jesas, incipiens a baptismate Joannis a-qae in diera qna assamptns est a nobia, i««feBt resorrectiunis ejas noLiscum fieri anam ex isiis. Jet» z, si

DBS EVANGILES. 569

nos propres yeux, ce que nos liiaius ont touché , voilà ce que nous vous annonçons, ce que nous attestons (1).

Je vous ai dit cet choses, afin que vous ne soyez pas scatidalisés. On vous chassera des synagogues, et l'heure va venir où quiconque vous fera mourir, croira rendre hommage à Dieu^ Avant d'annoncer à ses apôtres les persécutions dont ils devaient être l'objet , Jésus-Christ les prévient qu'elles ne doivent pas être pour eux une occasion de scandale, c'est-à-dire de chute et de péché. Les maux qui fondent à l'improviste , sont ceux qui font la plus vive impression. Comme ils ne sont pas attendus , on ne s'est pas mis en garde contre leur effet. Ce sont les ouragans subits qui déracinent les cèdres sur le Liban. Si les Apôtres s'étaient trouvés jetés au milieu des tribulations, des persécutions, des supplices, tout à coup, et sans les avoir prévus , leur foi aurait pu être altérée, et leur constance ébranlée ; mais leur divin Maître les prépare à ces douloureux moments, d'abord en les leur annonçant, ensuite en leur promettant le Saint-Esprit qui doit les y soutenir. Par ce double moyen il les prémunit contre tous les événements. Le choc de l'adversité les trouvera soutenus de la prévoyance, et appuyés sur le secours tout*puissant du Saint-Esprit.

Ce que Jésus-Christ dit à ses Apôtres , tous ceux qui leur ont succédé dans leurs hautes et péilibles fonctions doivent se l'appliquer. Un grand nombre des faiblesses et des chutes où se laissent aller les ministres du Seigneur, viennent de ce qu'ils n'ont pas réfléchi sur les conditions auxquelles ce ministère leur est confié. Jésus- Christ l'a prédit. Ils doivent s'attendre à des contradictions, à des dégoûts, à des traverses, à des tribulations de tout genre. Jésus-Christ l'a prédit, pour que ces maux inévitables ne fussent pas des occasions de péché , mais devinssent au contraire des moyens de salut ; pour qu'ils

(i) Qood fait ab initio, qaod aodiTimas, qaod vidimiis ocalis noAtris , qaod perspeximns , et manas oostirae cootrectaveraot de Terbo vitae... et teatamar, et annantiamos fobis. /. Jean, x, i et *.

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fussent reçiiSf non avec murmures, mais avec résignation ; et soufferts» non avec aigreur, mais avec patience. Prévenus par la prophétie de leur divin Maître , et préparés à tout par ses salutaires instructions, les Apôtres soutinrent avec une constance plus qu'héroïque tout ce que le miaistère auquel ils étaient consacrés leur attira de malheur. Rien ne les surprenait, parce que rien ae leur arrivait, qu'ils ne l'eussent attendu ; rien ne les abattait, parce qu'ils réunissaient dans leur esprit Tannonce des peines avec celle des récompenses. Voyant une partie des prédictions de Jésus- Christ déjà accomplie, ils en devenaient plus certainis encore de l'accomplissement du reste. Leurs maux présents étaient un gage de leur félicité future. Au milieu des tourments qu'ils endurûent, ils levaient les yeux sur les douie trônes qui leur avaient été promis pour juger les douze tribus d'Israël (1). De ce souvenir ils tiraient leur espoir ; et ils puisaient dans leurs souffrances même la force de les supporter. De là leur fermeté devant les tri** btmaux, leur douceur dans les humiliations, .leur in-* trépidité sur les échafauds, leur joie au milieu des supplices. Ce ne sont pas seulement les Apôtres que les prédictions et les promesses de Jésus^^Ghrist ont soutenus dans ces épreuves ; trois siècles consécutifs ont vu cette lutte inimaginable de la patience contre la férocité. Pendant trois siècles la fureur persécutrice s'est acharnée contre l'Élise naissante, tantôt avec pl^s , tantôt avec moins de violence, ne paraissant se ralentir par intervalles, que pour se ranimer ensuite avec plus de barbarie. Les inculpations les plus injurieuses , les opprobres les plus humiliants, les traitements les plus durs, les tortures les plus atroces , les morts les plus cruelles , étaient pendant tout ce long intervalle le partage de quiconque se déclarait chrétien. Et on voyait continuelle-

(() Cura sederit Fiiias bomtots in &ede majestatis suas, sedebitit et

von saper «edes daodeei-m jadieantes daodecim tribus Israël. Mattk. XIX, siS.

DES etaugiles. 571

tneiH une multitude d'hommes y courir avec ardeur, s'y dévouer avec joie ; et non-seulemeiu des hommes, mais des femmes, des enfaats désirer les souffrances , ambi'liouner le martyre. C'étaient les paroles du Sauveur, qui, animant d'une sainte ferveur jusqu'aux âmes les plus faibles, les élevaient au*dessus de l'humanité. Nous avons vuy disaient du temps de Marc-Âurèle les fidèles de Vienne et de Lyon , racontant aux Eglises d'Asie la luort glorieuse de leur évéque S. Potbin et de plusieurs autres martyrs, nous avons vu s'accomplir l'oracle de Jésus-Christ : Le temps viendra où quiconque vous fera périr, croira rendre hommage à Dieu (1).

Tous les siècles de l'ËgUse n'ont pas été agités par d'aussi violentes tempêtes. Les fidèles de tous les tempset de tous les pays n'ont pas été exposés au péril de souffrir la spoliation, le bannissement, l'emprisonnement, les supplices , la mort , pour la conservation de leur foi.. Depuis les premiers temps où. , pour manifester sa pui^ sauce, et pour donner une preuve évidente de la vérité de sa religion , Dieu a voulu qu'elle s'élevât au milieu* des plus violentes persécutions , les exécutions sanguinaires des chrétiens ont été fort rares , et toujours resserrées dans quelques régions particulières. Mais lorsque l'ennemi de la religion a cessé de tourner contre elle le glaive des souverains , il a employé pour la combattre d'autres armes moins violentes , et par là , plus dangereuses peut-être. Ce n'est plus la foi , c'est la piété contre laquelle il a dirigé ses attaques. Ce nouveau genre de danger avait été aussi annoncé. Tous ceux qui veulent vivre dans la piété, avait dit le grand Apôtre , seront en butte à la persécution (2). Persécutions bien moins barbares que celles des tyrans, mais bien plus adroites,

(i) Tanc vidiiDas coropleci Ulad qaod a Uomîao dictam est : Qaia veniet teinpiis in qao omnis qui occident yo», poiaViit se ob- 8e([Qiam offerre Deo. Epist, eceles. Vienn, et Lugdun. ad eccUs, visite et Phrygiœ^ apud Eusebiumy hist. lib. v, cap. i .

(a) Omnes qui pie voluot yi?ere io Gbmto Jesa, persecationem pitiontor. // Tinoth, m, la.

bien plus variées, bien plus multipliées. Persécutions de la part du monde ; persécutions de la part des impies ; persécutions de la part des libertins ; persécutions même quelquefois de la part des bommes vertueux » abusés et séduits ; persécutions par les traverses que l'on suscite aux personnes pieuses ; persécutions par les caloniDies dont on les charge ; persécutions par les railleries dont on les accable. Il est plus difficile , peut-être y de résister à ce genre de persécution sourde , mais continuelle, qu'à la persécution ouverte et sanguinaire. Le courage intrépide , qui brave la mort pour la défense de la foi , est peut-être plus commun que le courage constant et de tous les moments qui supporte , sans être ébranlé, les contradictions , les dégoûts , les chagrins , les humilia— tions^ qui accompagnent si souvent la pratique de la piété. Et cependant l'un et Tautre est absolument nécessaire dans la carrière de la religion. L'exercice de l'un, la disposition de l'autre sont des conditions essentielles de la vie chrétienne. La vertu est continuellement combattue par les tribulations qu'on lui suscite ; il faut sans cesse leur résister. La foi peut être attaquée par de vives persécutions ; il faut être prêt à la sceller de son sang. Le martyre n'est un moyen de salut , que dans quelques circonstances ; mais la soumission au martyre est la vertu de tous les temps. On n'est pas toujours forcé à souffrir la mort pour se préserver du péché ; mais on est toujours obligé de la préférer au péché.

- Nous disons que les temps des violentes persécutions ne sont pas communs. C'était donc à nos tristes jours qu'elles étaient réservées ! Lorsqu'il y a peu d'années nous voyions notre Eglise gallicane si florissante , pouvions-nous imaginer qu'en si peu de temps nous la verrions abattue ? Quand nous contemplions tant de magnifiques temples élevés de tous côtés, décorés par la munificence des fidèles de pompeux ornements, où retentissaient à toute heure les louanges du Seigneur, QÙ un culte solennel lui était journellement rendu; quand nous jetions les yeux sur cette multitude de mo*

DES XTAN6II.es. 573

nastères , où. un grand nombre drames religieuses de l'un et de l'autre sexe avaient consacré leur vie à la contemplation des vérités célestes , à l'instruction chrétienne de la jeunesse^ au soulagement de l'humanité infirme, à toutes les œuvres de la religion et de la charité, aurionsnous pu penser qu'après un si petit nombre d'années , de tous ces biens il ne resterait plus rien? Douloureuse et effrayante conformité de notre Eglise avec cette malheureuse Eglise d'Afrique , dont nous avions retenu les maximes , et dont les canons étaient un des principaux fondements de notre discipline. Lorsque le cinquième siècle commençait son cours, cette célèbre Église donnait au monde les Augustin , les Optât , les Aurèle , et tant d'autres pontifes d'immortelle mémoire : lorsqu'il le termina , elle avait disparu de dessus la terre. Au commencement de ce siècle , l'Eglise gallicane se glorifiait de posséder les Bossue t , les Fénélon. Le dixhuitième siècle va finir ; et qu'est devenue l'Eglise gallicane ? Le sort épouvantable de l'Eglise d'Afrique lui est-il réservé? A-t-elle péri pour toujours? La justice divine inflige-t-elle à nos crimes cette afireuse punition , de retrancher à jamais la France du nombre des lieux où sou saint nom est invoqué ? La destinée future de notre patrie est encore renfermée dans le secret de la Providence ; mais ces déplorables malheurs ont éclaté aux yeux de toutes les nations. Parmi les persécutions dont les tyrans du paganisme ont désolé FEglise naissante , y en a-t-il eu de plus atroce que celle qu^ont excitée les cruels usurpateurs de la France? D'une extrémité de ce beau royaume jusqu'à l'autre , tous les temples qui le décoraient sont , ou abattus , ou dépouillés de leurs ornements, et livrés à des usages profanes, souvent même criminels. Des fêtes dont l'idolâtrie aurait rougi , ont remplacé les saintes solennités qui s'y célébraient; et sur les autels où Dieu avait été si souvent immolé, on a élevé des prostituées. Tandis qu^on proclame avec emphase, comme un droit essentiel de l'homme, la liberté indéfinie de tous les cultes, on punit comme un crime

furent instruits dans leurs premières années de cette religion, qu'ils s'efforcent aujourd'hui de détruire. Le Dieu qu'ils outragent , ils l'ont adoré. Ce sont des déserteurs qui tournent leurs armes contre le souverain qui les reçut dans sa milice , et au crime de l'impiété ils joignent celui de l'apostasie. En tourmentant de nouveau Jésus>-Ghrist dans la personne de ses' ministres , ils ne peuvent avoir part à la prière que du haut de sa, croix il faisait pour ses bourreaux : Mon Père » pardonnez-leur ; ils ne savent ce qu'ils font (1).

La connaissance de Dieu et de Jésus-Christ son Fils, qu'il nous a envoyé, est la plus importante, la plus nécessaire de toutes ; disons même :^ C'est la seule nécessaire. C'est, comme dit le Sauveur , toute la vie éternelle (2). Nous consumons cette vie entière à acquérir des connaissances frivoles que nous n'emporterons poiul avec nous , ei qui ne nous sont d'aucune utilité pour la vie future ; et la science de Dieu , qui nous suivra audelà du trépas , qui après avoir été sur la terre le moyen de notre sanctification , en sera la consommation dans le ciel , à peine nous en occupons-nous : car il ne faut pas croire que connaître Dieu, soit uniquement être instruit un peu mieux , un peu plus mal des vérités de la religion contenues dans le catéchisme. La science de Dieu est une science pratique. Quiconque , selon S. Jean , prétend le connaître , et cependant n'observe pas ses commandements , est un menteur (3). Il se vante par ses paroles , dit S. Paul , de lé connaître , et il le nie par ses actions (4). Celui-là seul connaît Dieu , qui le médite assidûment ; non dans une vaine spéculation , mais pour se confondre devant ses grandeurs ; pour se pénétrer de la con-

(i) Pater, dimitte illis; non enim sciant qaid facinnt. Lue, sxtu,

(a) Haec est antem vita aetcrna : nt cognoscant te, solom Dean Terom, et qaem roisisti Jesam Cbristnm. Joan, xTii, 3.

(3) Qai dicit se nosse eam, et mandata ejas non cnstodit, mendax e«t. Il Joan, ii, 4.

(4) Confitentnr se notse Beom, factis antem negant. TU, i, 16.

DjBS ÉTAff Ott^S* 377

aaissanetede «es .liîe&£iit9;.'pour se remplirde «es maxi* aies; ;pour«e perfeeiîona^r dans robservatlofi de sa loi. Plus oo fait de ;prog¥ès dans re^tercice ^de ia lyertu , pliis •oa avance dans la conaaissanee de iSieu. Cofubien ^de persoupes parlent île Dieu , diâoouKBt sur sa aat^iive , ^ur am attributs., sur ses oaiivres , >sar ms furéceptes , «c -«epeBdaiKt<ne le connaissent pas]

^Etj&.v0usdis «es choses , afin '^ftre , lonqueh Umpaen nm ivenu, vùus vous raj^eUez quejt vous leS'Ui prédites, A l'oocasion de la prophétie qu'il vient de Isire , Jésus-^Cfarrist montre à ^ses apôtres quelle est la fin , et<{ueli6St l^usage d^e la;prophëtie.

IL est, disait fianiel, un Dieu dans le cielv<f«i'i'étèle les choses cachées^ et qui a annoncé ce qui doit arviver -dans les temps les plus reculés (l).Il n'appartient qulà lui. de pénétrer dans l'avenir , parce que lui seul le tleitt aous sa puisance. ILn'appartient qu'à lui de déclarer înialUiblefneBt,,et en. maître, les événements futurs , parce que c'est lui qui' en est la^^àuse première^ et que les oauses secondes, auxquelles nous les attribuons, * ne «ont que lesi mqyens employés par sa puissance pour les faite «naîire. Il n'appartient qu'à lui de manifester ce quedoiresKt of>érer les volontés humaines , parce que c'est iSa^okn^té souveraine, qui les dirige-à son gré , «t qui les £ut coneourir lilnreinent, mais infailliblement toutes ensemble , aux effets qu'il juge à propos de produire. Il 'a donné «^ l'homme la mémoire pour se rappeler le passé , et l'intèl* ligence pour conn^tre le présent. Il ne lui a pas accordé de faculté pour prévoir l'avenir. Nous ne pouvons que conjecturer ; il s'est réservé de prédire. Disons donc avec l'apôtre saint Pierre : Ce ne furent jamais la volonté , la raison , la sagesse humaine qui apportèrent à la terre la prophétie. C'est par Tinspiration de l'Esprit divin, que de saints hommes de Dieu ont prononcé ses/oracles(2).

(i) Est Deos in ocelorevelans.inystecia, (fjoà Uidica?it... qaae menton mot in noTisfliaiis temporibas. Dan, i, .a8.

(a) lion enim voluntatc humana allata eat aliqnando propbetia ;

578 txpLicjLTïoir

La prophétie , vérifiée par l'événement , est donc le sceau de la divinité , ainsi que le miracle. Elle est même ud geore de miracle , puisqu'elle franchit les lois de la natarc, et qu'elle excède les forces de l'humanité. C'est un des signes auxquels Dieu a voulu que nous reconnussions sa parole. Le prophète , nous dit-il , qui aura fait une prédiction , quand ce qu'il aura annoncé sera arrivé, sachez que c'est véritablement le prophète et l'envoyé de Dieu (1). Ainsi , le but de la prophétie est de nous faire connaître avec certitude, à travers les erreurs dont nous sommes environnés, les vérités qu'il plaît à Dieu de nous enseigner. S. Pierre la compare à un flambeau qui nous éclaire dans ce séjour de ténèbres, pour nous conduire au jour brillant de l'éternité (2). La voix qui annonce avec assurance des événements obscurs , incertains , împrévoyables, qui se réalisent ensuite, ne pouvant être que la voix de Dieu, je dois croire fermement tout ce qu'elle m'ordonne. Croyez en moi , vous crie-t-il , et vous serez en sûreté. Croyez à mes prophètes , et tout vous prospérera (3).

Il faut distinguer deux sortes de prophéties: L'une principale , et qui a pour objet les temps les plus reculés ; l'autre, dont le terme est plus rapproché , et dont le but est de faire ajouter foi à la première. Cette distinction se fait clairement sentir par des exemples ; et nous en trouvons , de l'un et de l'autre genre , dans l'Ancien et le Nouveau Testament.

Le but principal, disons mieux, le but unique de Van-

sed SjMrita sancio inspirati, locati sant sancti Dei homines. // Petr.

(i) Propbeta, qoi vaticiDatos est pacem : com venerit Yerbom ejus, scietar propbeta , qnem misit Dominas in veritate. Jtr. xxTiii, 9.

f^) Habrànos firroiorem propheticom sermoDem , coi benefacitis attendentes, quasi lofernae Incenti in cab'ginoso loco, donec dies elvcescat. Ji Petr. x, 19.

(3) Andile me, viri Joda, et omnes babitatores Jérusalem. Crtdite in Domino Deo vestro, et secori erilîs; crédite propLttis rjns, et omuia evenirnt prospéra. // Parai, xx, ao.

cienne alliance était Jésus -Christ. Tout dans l'économie d'Israël était prophétique eu figuratif. Lois , coutumes» cérémonies y sacerdoce, sacrifices, tout avait rapport à lui. Tous les grands hommes de la nation étaient ses précurseurs ; la nation elle-même n'existait que pour le donner au monde* Ezéchiel le saluant dans un avenir lointain : Tu es donc , lui disait-il au nom de l'Esprit saint qui l'inspirait , celui dont j'ai parlé dans les temps anciens par mes serviteurs les Prophètes , qui ont prédit que je t'élèverais au-dessus d'eux (1). Mais cette multitude successive d'oracles qui l'annonçaient à la terre , ne devaient s'effectuer que dans un temps éloigné. Et jusque là quel droit auraient^^ils eu à la croyance? Pour obliger les peuples à y ajouter loi , Dieu inspirait à ses prophètes d'autres prédictions qui 9 se réalisant pro^ chainementy prouvaient solennellement qu'ils étaient ses ènvoyési C'étaient comme des lettres de créance qu'il leur donnait pour autoriser leur mission et authentiquer leur caractère. Isaïe, Jérémie^ Daniel, tous les prophètes sont pleins de prophéties semblables^ qui s'exécutant aux yeux même de la génération qui les entendait, conciliaient à leurs personnes la vénération ^ et à leurs oracles sur le Messie , la confiance. Aussi la foi dans un Messie , la certitude de le voir venir un jour était-elle générale parmi le peuple de Dieu. Elle l'était ; elle Test encore. Dans sa dispersion > ce peuple réprouvé espère , attend toujours le Rédempteur qui lui fut promis. Ce qui était sa lumière est devenu son aveuglement. Seul autrefois, entre tous les peuples, il avait le bonheur de connaître le Sauveur; aujourd'hui , au milieu de tant de peuples qui l'adorent , il s'obstine à le méconnaître- Il s'opiniâtre à vouloir un Messie qui soit un roi puissant aux yeux des hommes; un libérateur qui les affran-

(i) Hàec dicit Dominas Deas : Ta ergo ille es, de qoo locatos sam in diebns antiqais, in mano servoram meorom proplietaram Israël, qui prophetaveront in diebo» il]oram temporam , at addaceremU super eos. Ezech, xxxTiu, 17.

580^^ KXPUCATIOIf

chisse da jôug dés nationB- j u» trtompkalietir giovieux qui Ub leaMi^De à 8& sciite dan» kur pjrtrie. Mais'eti. peitststant; à entendre dffDSr. ce sens oharnet et grossier ^1^- oracles çtti- annofieent la gknre d«^ désiré dea oatieii^, com* ment peuveuMla expli<}aer ,. oommeût peiiveiili-ils lenr concilier ceint* cfui prédisei^t ses humiliatioiw et ses souffrances ; qui le ppésenteut eomme l'homme de doulcurs^ aieieablé de ii^épri», couvert d'infirmitési, méooniiaiflsable ptfr les^ plaies dont il est couvert ,^ chargé de toutes nos infinnités: , mi» à m oit à cause de nes^ crimes (1-) ? Qu'ils méitent pour un moment à l'écait leur préjugé ; qulk essaient d-enteoidre leurs oracles suv le Messie, dans le sens que- leur donnait Jésus-CLriat ; qu'ils y voient, COU) me il l'enseignait , un roi dont le royaume n'est pas de ce' monde, un libérateur qui les affranchit de la servitude chi démon , un triomphateur qui les amène à sa suite dans! là céleste patrie ^ qu'adoptant, que supposant pour quelques instants ces idées spirituelles , ils relisent sans prévention leuts Uvres sacrés, ils ne pourront s'em> pécher d'étce frappés de l'accord dé toutes les prophéties avec les particularités de la vie de JésusrChrist. Ce n'est paâ un seul oracle qui s^accomplit en sa personne ; c'est leur universalité absolue qui se trouve admirablement réalisée ; c'est une multitude de trait&de lumière qui, de toutes les parties de l'ancienne loi , viennent se réflé> chii^ sur lui , et le couvrir d'uu éclat qui le Dut ceconiiaître ce qn'il est. Ils verront sa descendaïuse de David y annoncée par ee prince ; le lieu de sa naissance, indiqué par Michée ; l'époque de sa venue, fixée par Daniel; son sacrifice perpétuel^ désigné par Malachie; ses divers miracles, ses vertus, ses travaux prédits par un grand nombre de pr-ophètes ; sa passion, prévue par eux jusque daiis 1^ phis minutieuses circonstances ^ et le pcix dont il est vendu , et l'emploi de cet argent , et les insultes auxquelles il est livré, et les crachats dont il est couvert, et les soufflets dont il est meurtri , et la flagellatioa dont

iM*'»*

(0. Voyez Ts.ïe, chap tiu, et beancoap dfcotres endroits«

îV est déchiré, et le partage de se» habits^ et' sa robe jetée au sort, etile fiel et le viaaigr« dont, on l^abrevive, et soa crucifiemenrt, et son c6té percé d'une lance^.et le parallèle faEttdie loi avec des brigands. Les bourreau-x qui le tourmentent sont k» exécuteur», moins des jugements rendus contre lui, que des prédiction» qui le concernent. Us semblent arroir consulté toute» les prophéties relative» aux souffrance» du Messie, pour le» lui appliquer toutes. Et vous auesî, incrédules, nous vous invitQn»à méditer ce rapprockement si frappant , cet accord si admirable de tous les oracles de l'ancienne loi avec la vie du Sau*. veur. Pourvez^vou» croire que ce soit le hasard , ce mot qui n'ezprrime aucune réalité , qui ait produit un rapport si eji^traordinaire , si universel ? En voyant , d'une part., toutes l^s actions de Jésus-Ghrist prédites par le» prophète», àe l'autre, toutes les prophétie» sur le Messie, aecomipltes en lui , pourrez-vou» imaginer , oserez-vou» soutenir que c'est là un effet sans cauee? Imaginerez* vous de nier les faits ? £t quel» sont ceux que vous révoquerez en doute? Seront^ce les prédiction»? Sera-ce l'accoiiiplissenient? Nierez-vous la réalité de» prophéties ? Les Juifs, nos ennemis, vous les présentent comme nous. £t croyez-vous possible que nous nous soyons accordés avec eux pour vous séduire? Nierez- vous la vérité de l'histoire évangélique ? Quand les Apôtres la publiaient , ils parlaient à des témoins oculaires, intéressés à les contredire. Auraient-ils osé leur en imposer ? Auraient-ils pu leur mentir , sans être à l'instant confondus ? On ne peut contester , ni les faits sans pyrrhonisme , ni leur conséquence sans absurdité.

De l'ancienne alliance , si nous passons à la nouvelle , nous verrons encore son divin auteur imprimer à sa mission le sceau ineffaçable de la prophétie. L^objet de sa loi était de nous révéler ses vérités éternelles j de nous faire connaître la nature de Dieu et la ndtre ; nos relations avec lui et entre nous ; notre origine et notre fin ; notre destination et nos moyens pour l'atteindre. Ses admirables instructions , franchissant les limites du temps.

nous transportent dans la religion de l'éternité; Elles nous apprennent ce qui a précédé les âges^ et ce qui leur survivra. JEiles présentent à nos adorations des mystères supérieurs à la raison ; à nos espérances , des promesses audessus de rimagination» Pour y soumettre notre foi, Jésus-Christ se montre ce qu'il est. Il laisse comme échapper deux rayons de sa divinité : sa puissance dans les miracles , sa prescience dans les prophéties*. La même voix qui me prédit le jugement que je dois subir, la résurrection qui ranimera mon corps , les récompenses et les peines qui m'attendent , est celle qui a prophétise la passion , la flagellation , le crucifiement , la résurrection du Sauveur, les «ouffrances des Âp6tres> le reniement de S. Pierre , la trahison de Judas ^ la destructionde Jérusalem. Peut-il me rester le plus léger doute sur le sort qu'elle m'annonce , quand je vois tous ses autres oracles aussi ponctuellement réaUsés? Puis-je hésiter de soumettre ma raison aux dogme» qu'elle m'enseigne , et ma conduite aux préceptes qu'elle me dicte , quand, à Tacoomplissement aussi exact de ses prédictions ) je recon* nais la voix de mon Dieu ?

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