‹ Explication des évangiles des Dimanches, et de quelques-unes des principales fêtes de l'annéeChapitre 13 sur 14 · DU QUATRIEME DIHAIN€HE APRES PAQUES · texte numérisé non relu

DU QUATRIEME DIHAIN€HE APRES PAQUES

Jésus Christ prédit à ses Apôtres qu'il va s'éloigner d'eux pour

leur envoyer le Saint-Esprit.

Jésus dit à ses disciples : Je vais à celui qui m'a envoyé , et personne d'entre vous ne me demande : Où allez-vous ? Mais parce que je vous ai parlé ainsi , votre cœur est rempli de tristesse. Cependant ce que je vous dis est la vérité. Il est utile pour vous que je m'en aille : car si je ne m'en vais pas , le Consolateur ne viendra point à vous : mais si je m'en vais , je vous l'enverrai ; et lorsqu'il sera venu, il convaincra le monde touchant le péché , touchant la justice , et touchant le jugement. Touchant le péché , parce qu'ils n'auront pas cru en moi ; touchant la justice , parce que je m'en vais à mon Père , et que vous ne me verrez plus ; touchant le jugement , parce que le Prince de ce monde est déjà jugé.

(i) Et absterget Deas omnem lacrymam ab ocnlis eoiom; et mors vAttà non erit , neqae lactas, neqne clamer, neqne dolor erit, aitra. Apocal. XXI, 4.

504 BXPLICATIOir

Cependant ce que je vous dis est la vérité. lî est utile pour vous que je m^en aille; car si je ne m'en vais pas, le Conso' laleur ne viendra point à vous ; mais si je m'en vais , je vaut renverrai. Pour pénétrer plus intimement ses Apôtres de ce qu'il va leur annoncer , Jésus-Christ commence par leur en affirmer spécialement et avec force la vérité. Nous le voyons souvent employer cette formule , ou d'autres semblables ; et il est bon d'observer que c'est dans les occasions où. il révèle des vérités plus importantes , où il dicte des commandements plus pénibles. Mais remarquons encore que , même dans ces circonstances , il ne se permet pas d'employer le serment. Il nous présente continuellement l'exemple de ce dont il avait donné le précepte (1) ; il affirme souvent , il ne jure jamais. For-* mé sur ce modèle, le chrétien s'abstient constamment des expressions qui offrent des formes de jurement. Il ne faut pas croire cependant que tout serment soit par lui-même essentiellement criminel; c'est une erreur où sont tombés quelques-uns de ceux qui se sont séparés de l'Eglise. Quand on s'est révolté contre l'autorité sacrée que Dieu a établie pour fixer la foi, et rendre sa loi invariable, il n'est plus resté d'autre règle qu'une imagination aveugle ; et on est nécessairement , tantôt entraîné à méconnaître les saintes vérités, tantôt emporté à les outre-passer. Ce qu'interdit le commandement divin, ce n'est pas précisément de jurer 5 c'est de jurer en vain ; c'est-à-dire , ou de profaner la sainteté du serment par le mensonge , ou de prostituer sa dignité à des choses légères ou mauvaises. L'autorité a droit de le prescrire , et par conséquent ses sujets ont le devoir de le prononcer sur ses ordres. Il f'St outre cela d'autres occasions où il est permis , et le

( i) Egoantem dico vobis, non jnrare oroninoneqae per ccelam, qnia throQos Dei est ; neqne per lerram , quia scabellom est pedani eja&; neqae per Jerosolymam , quia civitas est magni Régis ; neqne per capot toamjaraTeris, qnia non potes annm capillnm albnm facereant iligrnm. Sitantem sermo rester : Est , est ; Non, non. Qaod aotena his abandanlius est, a malo est. Matth. v, 34, 35, 36 et 37.

grand Apôtre nous en donne plusieurs fols Texemple , lorsque écrivant à ses disciples , il prend Dieu à témoin de son amour pour eux , et de son zèle pour leur salut (J). Le Seigneur nous instruit par le prophète Jérémie, des conditions qu'il exige pour qu'un serinent soit légitime ; c'est qu'il soit, fait avec vérité , avec jugement, avec justice (2).. Avec vérité, pour ne pas appeler l'Etre essehtieUement'Vrai, en témoignage du mensonge; avec jus-^ tice, ne jurant q^ie ce qui est équitable et honnête ; avec jugement, faisant précéder le jurement d'une mûre et prudente réflexion qui repousse le serment léger et inutile et qui soit le garant de sa vérité et de sa justice ; avec vérité , parce que la véracité suprême abhorre le serment faux ; avec justice , parce que la sainteté infinie réprouve le serment inique ; avec jugement, parce que. la sagesse éternelle condamne le s Tment téméraire et le serinent superflu.

Considérons l'extrême bonté avec laquelle le divin Sauveur daigne compatir à raffliction de ses apôtres, et s'occuper de leur consolation. Voulant les prévenir de son absence prochaine , etJeur faire part des motifs qui l'y engageaient, il pouvait leur prédire que la rédemption du genre humain étant près d'être consommée, sa mission allait expirer, et que la terre n'ayant plus rien qui le retînt, il était temps qu'il retournât prendre sa place à k droite de son Père ; mais cette déclaration, qui eût pu satisfaire leurs esprits , n'eût pas consolé leurs coeurs : ils auraient connu plus clairement la convenance et la justice doson départ; ils n'en auraient. pas senti moins vivement la douleur. Ce Maître plein de condes-»

(i) Testis eniin mihi est Deos.... qnod «ine interinissione memoriam veiitri facio semper in orationilms meii. Hom. i , 9 «< 10.

Ego antem Deam tesieiii invoco in aniuiam meam , qaod parcena vobisnon veni oltra Corinthoin. II Cor. i, %Z.

TestJs enim mihi est Deus , qûomoda capiara omnei vos in viiiroeri- Lns JesaCbristi. Phitipp, 1,8.

(2) Et jarabis ; Yivit Domirms in teiitate, et in jadicio, et in jastitia. Jereni. iv, 2.

506 EXPLlCATtOIf

cendance se proportionne à leur faiblesse^ 9e prête à leurs idées encore grossières et charnelles; il ne leur parie que de leur propre intérêt ; il se contente de les assurer que son éloignement leur sera avantageux. Sa présence les avait instruits, son absence devait les per-fectionner; continuellement autour de lui> se reposant de tout sur lui, ils n'avaient occasion , ni d'essayer, ni d'exercer leur force; ils étaient comme des enfants timides sous la main qiii les élève, qui n'ont ni le courage d'entreprendre, ni la force d'exécuter, et qui, pom se rendre capables des choses auxquelles ils sont destinés , ont besoin d'être abandonnés au moins quelque temps à eux-mêmes.

Mais , que dis-je ? Réformons cette erreur. Jamais la bonté infinie de Jésus-Christ ne devait abandonner ses chers apôtres à eux-mêmes. S'il les quitte, il se fera remplacer par un autre lui-même , il leur enverra un consolateur aussi grand , aussi puissant, aussi compatissant , aussi bienfaisant que lui , Dieu comme lui ; qui restera constamment avec eux , qui les suivra dans tous les lieux où les transportera leur ministère; qui les éclairera, les soutiendra, les animera, les fortifiera continuellement; qui , après eux , continuera d'assister lessuccesseurs qui les perpétueront. Jésus^Ohrist appelle l'Esprit saint , qu'il doit envoyer à ses apôtres, le Consolateur , parce que c'est sous ce point de vue qu'il veut eu ce moment le leur faire considérer. Ils ne comprenaient pa$ encore pleinement ce qu'il leur disait, et dans le fort de leur tristesse ils ne convenaient pas qu'aucun autre pût jamais les consoler de la perte d'un tel maître; mais ils le comprirent parfaitement , lorsqu'après sa résurrection Jésus-Christ leur eut développé le plan de la Providence, et l'économie de la religion. Nous les voyons aujoar— d'iiui accablés de douleur à la seule annonce de sa séparation : et lorsqu'elle s'effectuera dans quelques semaines, ils en seront transportés de joie (I). Mais dans

■■'■■' ' •>" I .- I ■ I I ^m^-mw^m^^mm^m^ lit -» I* I I I ■

(0 Et factnm est, dam benedlceret ill s^ reccisit ab ei's et fcicbatur

SES éYANGacs. 507

ce court iatervalle, ils auront vu beaucoup irévéne'ments; ils auront reçu beaucoup de leçons; ils connaîtront alors quel est ce ms^tre nouveau que Jésus-Christ se substituera-, ce Ooosolateur qu'il leur enverra ; ils seront instruits et convaincus de la double nécessité que tôus4^hrist les quitte, et que le Saint-Esprit viejnne tenir sa place au milieu d'eux.

Il était dans les décret^ éternels que le diviu Sauveur remontât ^ans les deux avant que le Saint-^Ësprit en descendît, et que la première de ces deux missions fût terminée avant que la seconde s'ouvrît. L'arrivée du Saint-Esprit avait pour objet de consommer le grand ouvrage que Jésus-Christ avait commencé , d'établir la religion qu'il avait fondée. Il devait venir se placer au milieu de l'Eglise pour continuer de là régir, comme avait fait Jésus-Christ pendant sa vie, afin que dans aucun temps elle ne fût privée de la présence et de l'assistance de Dieu. Ainsi , dans les vues de la sagesse suprême, le départ de Jésus-Christ était nécessaire à la venue du Saint-Esprit; il fallait qu'il retournât auprès de son Père pour l'envoyer, et qu'il lui laissât la terre pour qu'U vint l'occuper. C'est ce que déclare jNotre'* Seigneur h ses apôtres. Tant qu'il restera avf?c eux» ils n'auront pas le Saint-Esprit; ils ue possnderont point les dons admirables qu'il doit apporter , ni les dons extérieurs nécessaires pour autoriser et accréditer leur missiou , ni les dons intérieurs qui seuls peuvent les rendre capables de la remplir. Mais rentré dans les cieux, Jésus-Qirisï en fera partir aussitôt ce Consolateur puissant^ accompagné du brillant cortège de tous ses dons précieux. En descendant dans eux , l'Esprit saint les en remplira : ï\ les pénétrera intérieurement de la sagesse , qui , en les détachant de toutes les pensées, de toutes les aifec tiens terrestres, ne leur laissera de goût que pour les choses de Dieu ; de l'intelligence , qui , ré-

Hi ooBlniD. Et ipsi adorsotes Mgrtmii ««ni ia Jtra^itni magno. Luc, xxiv. Si <f 5s.

cwB gtodio

pandant sa lumière dans leurs esprits, leur découvrira toutes les Térités célestes; de la science, qui , en leur enseignant la routé qu'ils doivent suivre , leur en fera éviter les dangers ; de la force , qui , les rendant supérieurs à toute erreur , à toute résistance , leur fera braver ei vaincre tous les ennemis de Jésus-Cbrist ; de la piété , qui, les attachant entièrement au service de Dieu, leur fera recevoir avec une joie religieuse tous les maux qu'ils auront à essuyer; de la crainte , qui , leur inspirant un saint respect , les retiendra constamment dans la pratique de la loi qu'ils doivent enseigner. Ces sept dons, que TËsprit saint répandra sur les Apôtres au jour de la Pentecôte, il les communiquera encore dans tonte la suite des siècles , à ceux qui le recevront dans son sacrement. Mais à ces grâces internes et invisibles , il en ajoutera encore , particulièremetit pour les Apôtres , d'autres visibles et frappantes , qui leur seront propres , et qui seront relatives à la mission dont ils seront chargés. Il leur faudra une lettre de créance de leur ambassade auprès du genre humain; ce sera le don des miracles : ils auront besoin d'interprètes de toutes les nations qu'ifs seront chargés d'instruire; ce sera le don des langues. A ces caractères que leur aura imprrmés l'Esprit saint , ils se feront reconnaître par Tunivei^s entier et par toutes les générations futures, comme les envoyés du Très- Haut. Voilà à quoi le retour de Jésus-Christ dans les cîeux leur est nécessaire ; voilà la consolation qu'il laur annonce de son absence , le dédommagement qu'il leur promet de sa perte.

Ei lorsqu'il sera venuj il convaincra le monde touchant h péché ^ touchant la justice, et touchant le jugement, Tou— chant le péché, parce qu'ils n'auront pas cru en moi ; (ott chctrH la justice, parce que je m'en vais à mon Père, ei que vou^ne me verrez plus ; et touchant le jugement, parce que te prince de ce monde est déjà jugé. Le Saint-Esprit venait dans le monde pour le combattre, le confondre, le désabuser de ses fausses et funestes préventions, lui montrer la vérité, et le convaincre de tout ce qu'il lui est utile de

croire. Notre-Seigneur rapporte à trois points princi^ paux les choses dont le Saiat-*Esprit doit convaincre le monde.

D'abord il doit donner au monde la conviction du péché; et Jésus- Christ explique que le péché dont il parle est de ne pas croire en lui. C'est ce qu'opéra en ^et l'Esprit saint par le ministère des Apôtres > en ré-» pandant la foi sur la terre, et en amenant à la connaissance et à la croyance du vrai Dieu toutea les nations. Le monde reconnut enfin le péché de l'incrédulité, lorsque, vaincu par la seule arme de la persuasion , il déposa la sienne, se soumit à la religion que pendant trois siè* clés il avait persécutée, et adora le Dieu qu'il avait si longtemps blasphémé. Hélas ! nous rappelons avec une douce satisfaction ce magnifique prodige de la conversion du monde à la foi chrétienne : ne serait-il pas redevenu nécessaire dans nos malheureux jours , que le Saint-Esprit descendît une seconde fois visiblement sur la terre, pour la convaincre de nouveau du péché de son incrédulité ? Ce n'est plus, comme, autrefois , pour aller adorer de fausses divinités, que l'on abandonne les autels du vrai Dieu. Plus audacieuse et plus criminelle encore, l'incrédulité moderne voudrait bannir de la terre tout culte, toute religion , tout Dieu. Fier de quelques progrès dans les sciences, et d'un petit nombre de connaissances qu'il a ajoutées à celles que lui avaient transmises les siècles précédents, le dix-huitième siècle ose citer au tribunal de sa raison les vérités révélées, et soumettre à son jugement ce qui fut l'objet des profonds respects de tous les âges qui l'ont devancé. Enorgueillie de ses déplorables succès, l'incrédulité menace d'envahir le monde entier; et elle nous ferait trembler sur la religion elle-même, si nous ne savions qne la religion est fondée sur la parole divine. Réservés à ce déplorable temps, qui semble être celui qu'a prédit le Sauveur, où il sera accordé à des prophètes de mensonge de prévaloir au point d'induire en erreur même les élus^ s'il était

510 EXFLIOàTlOIf

possible (1), craignons de devenir les victimes de ee monstre, dont Id rage a déjà dévoré tant d'autres personnes. Attachons-nous fermement à la foi de nos pères, pour ne pas être entraînée par ce torrent qui, après avoir brisé la digue sacrée quile contenait, s'est répandu ai^ee fureur, ravageant et emportant tout ce qui se trouve sur son passage ; opposoosf-nous de toute la force qui nous a été accordée, à ses épouvantables dévastations. Minîs* très duSeigncut!, trilm sainte, milice sacrée à qui la garde du sanctuaire est confiée, défendez-le avec vigueur, conue les terribles attaques que lui livre l'incrédulité. Et vous, peuple fidèle^ tandis que vos pasteurs combattront avec un généreux courage les ennemi» du Seigneur, élevez vers le ciel des mains pures, pour en faire descendre sur eux les bénédictions qui les feront triompher; appelez par vos vœux cet Esprit de force qui , déjà une fois, a soumis le monde à. la foi : sou secours tout puissant est redevenu aussi nécessaire qu'il Tétait alors.

Un second effet de la descente du Saint->Esprit, a été de convaincre le mande touchant la justice. . Dans le style de l'Écriture, le mot justice n'exprime pas toujours cette vertu particulière qui consiste à rendre à chacun ce qui loi appartient ; il signifie souvent et spécialement en cet endroit, la justification , qui est la réunion de toutes les vertus. L'Esprit saint qui a éclairé^ k monde sur son incrédulité) en lui donnant la foi , lui à- aussi apporté sur la- justification de nouvelles lumières , en lui faisant connaître une morale supérieure à tout ce qui lui avait jamais été présenté. Sans doute , avant sa venue, il existait déjà.parmi les nations quelques principes moraux , soit qu'ils fussent des vestiges des anciennes communicationsavec la divinité, que le cours des siècles n'avait pu détruire, soit que la main bienfaisante du Créateur les eût gravés si profondément dans le cœur

(i) Sargent enim pseadochristi, et pseodoprophetaa; et dâbnnt s.^gria magna, et prodigia, ita nt in crrorem indacantnr, si fieri potest, «tiam elecil. Matih. zziv,a4.

humain, qu'il était impossible qu'ils s'effaçassent entièrement. Mais ^ comme l'avait prédit le roi-prophète ^ Dieu a envoyé son Esprit^ et le monde moral a été créé, et la terre étonnée a vu renouveler sa face (1)< A cette morale imparfaite, qui ne présentait qu'un petit nombre de préceptes généraux épars ça et }d dans les écrits de quelques philosophes, a été substitué un code universel de préceptes, qui comprend toutes les vertus y embrasse tous les devoirs, atteint sur tous les points la perfection, et n^ la lasse jamais. Cette morale bornée, qui ne pouvait être connue que de la classe peu nombreuse des hommes éclairés, et qui surpassait l'intelligence du vulgaire, a fait place à une morale universelle, qui est à la portée de tous ies esprits, dont Thomme de génie admire la profondeur, et où l'homme borné trouve avec plaisir sa simplicité. Au ^eu de cette morale sans autorité , qui ne pouvait donner que des conseils, le monde possède une morale qui a toute la force de la loi, et qui , tombant du ciel, écrase de son poids tout ce qui Oserait lui résister. De cette morale incertaine, qui, dans les écoles de la phil(»ophie, était un sujet continuel de disputes , le monde a passé, à une morale fixe et précise, dont une autorité infaillible, perpétuellement subsistante, déter-r mine l'étendue et les limites. Pour cette morale impuissante, qui n'offrait que des in térêtM passagers, et qui.devait conséquemment être violée toutes les fois qu'elle contrariait de plus grands intérêts, ou réels , ou imaginaires, ie monde a reçu une morale apptiyée sur les plus puissants motifs qui meuvent les hommes , et sur des intérêts infiniment supérieurs à ceux qui peuvent porter à l'infraction. Cette morak vicieuse , qui autorisait les passions les plus dangereusesr, élevait des temples à l'impudicité, mettait la vengeance au rang des vertus, arrosait de sang humain les autels, a disparu devant une morale pure, qui captive toutes les passions, écrase tous

(x) EmittM SpifiiQitt taam, et creabaotor ; et renorabis facieiu. terr». Psalm. cm, 3o.

les* vices , et à laquelle ses plus ardents ennemis n*ont jamais osé intenter le reproche, non-seulement de favoriser, mais de souffrir le plus léger mal. En un mot, entre la morale de l'univers païen, et celle de l'univers régénéré par l'Esprit saint, il y a toutes les différences qui doivent nécessairement être entre une morale hu* mkine et une morale divine. Jésus-Christ avait commencé ce grand ouvrage, d'éclairer et de convaincre le monde touchant la justificalion , l'Esprit saint l'a consommé ; il avait posé les fondements, TEsprit saint a élevé l'édifice; il avait dans lecours.de sa mission établi les principes, c'est l'Esprit saint qui les a répandus, et qu« les a fait adopter par l'univers.

Un troisième point, sur lequel l'Esprit saint a instrui. et convaincu le monde, est le jugement. Elle ne s'était pas encore effacée de la mémoire des hommes, la loi primitive qui les soumet tous à un jugement sévère; le paganisme même reconnaissait des juges des enfers, qui examinaient la vie de tous ceux qui y descendaient : mais cette terrible et salutaire vérité, universellement obscurcie par des fables , était encore contredite par quelques sectes philosophiques, et rendue incertaine dans presque toutes. L'Esprit saint est descendu , et l'a fait connaître aux hommes dans toute sa pureté, la leur a. fait sentir dans toute sa force. Il a fait retentir dans tout l'univers, par la voix de son grand Apôtre, cette maxime redoutable : Il est prescrit à tous les hommes une mort, et ensuite un jugement (1). Qu'aurait donc la mort de si terrible , si elle était uniquement le passage de l'être au néant ? Mais l'Auteur de la nature a placé dans nos cœurs un sentiment plus fort que nous , et contre lequel nos plus profondes réflexions ne peuvent nous rassurer, pour nous faire craindre non la mort en elle-même, mais, ses épouvantables suites. Je vois expirer un malheureux : déjàil a été cité, jugé, exécuté;

(i) Staïutam est homiiùbos semel inpri, pQ:»t hpç aateip jadiciam. Iltèr, IX, 9 j.

et je me dis : Aujourd'hui c'est lui , demain ce^ moi (1). Et quel sera donc ce jugement , qu'au sortu notre corps notre âme ira subir ? Pécheurs, Jésus-CliVcSt vous le déclare ici ; c'est celui qui a été prononcé, qui s'exécute, qui s'exécutera éternellement sur le prince ^e ce monde. Pensée horriblement efirayante, mais en même temps profondément salutaire ! Plus elle répugne à notre esprit, plus nous devons la méditer. Quel préservatif plus efficace contre le péché, que la contemplation de ses affreuses conséquences? Quelle arme plus puissante pour repousser la tentation, que la comparaison de la satisfaction momentanée qu'elle procure, avec l'éternité de tourments qu'elle entraîne ?

J'aurais encore beaucoup de choses à vous dire, mais présentement vous ne pourriez pas les comprendre. Admirons la bonté et la prudence du divin Sauveur : il met ses leçons à la portée de ses apôlres : il les proportionne à leur mesure. Soit qu'à raison de la tristesse qui Inondait leurs cœurs, ils ne fussent pas en état de l'entendre, soit que leur peu d'intelligence, leurs pensées encore charnelles et grossières les rendissent incapables de le comprendre , Jésus-Christ, qui connaissait bien mieux qu'eux-mêmes l'étendue et la nature de leur esprit, juge convenable de remettre à un autre tetups les instructions plus profondes et plus difficiles qu'il a encore à leur donner. Ce sera après sa résurrection, lorsqu'il aura fortifié leur foi par ce grand prodige, et que, dissipant le nuage qui obscurcit leur intelligence , il leur aura fait connaître le sens des Ecritures, l'objet des prophéties ; ce sera alors qu'il jettera dans leurs esprits les grandes vérités qu'ilsserontdevenuscapables de recevoir. Nousle voyons en effet, et le texte sacré nous le fait positivement observer, dans l'intervalle qui s'écoula entre sa sortie du tombeau, et sou retour dans les cieux, conversant souvent avec ses apôtres, et les entretenant de ce qui con-

(i) Memor e^to jadicii met : s'c e:iiin erit et 'Dam; mihi hfr>, et tib- hodie fcc/'. zxwiii, a3.

^H"^ XXPtlGATIOlf^

cerne le royaume de Dieu (1). Ce royaume de Dieu , c'est son Église, dont il allait leur confier, sous la direction du Saint-Esprit , l'établissement, la propagation et le gouvernement. Avant de la remettre à^ leur sollicitude, il leur en développa l'économie, leur en traça la discipline, kur en* dicta les règles. Ce fut, selon les saints Pères, dans ses apparitions qiai suivirent sa résurrection, quIL institua plusieurs sacrements , et qull établit diverses saintes pratiques, dont le précepte prinicif ne nausest pas connu, mais qui> étant en vigueur du temps des Apôtres, l'ont eertainement pour auteur.

Cette sage indulgence du Sauveur pour la fatblesse de ses apôtres, est une leçon importante pom^ tous ceux qu'il a chargés de -rinstruction de leirrs frères : ils doivent la proportionner à rinteUigenee de leur» a«difeHrs, Raccommoder à leurs dispositions. Ce n'est pas seutement un ministère de charité' que lésus-Ghrist leur confie , c'est aussi un ministère» de prudence. Tottte semence i^ convient pas à toute terre, ni toute instruction^ à tout esprit. Le cultivateur ine&périmenté qui ^ dans un terrain faible et léger, sème des plantes qui demandent des terres grasses- et fortes, n!en retire aueun firuit. Quel succès peut attendre le ministre de la parole, dont les discours sont au-dessus de l'intelligence de ses auditeurs ; qui leur pi*ésente des vérités qu'ils ne peuvent concevoir, qui emploie des expressions qu'ils- pe sont pas- en état d'entendre ? Il doit d'autant nroins espérer la bénédiction de Dieu, que c'est presque toujours l'org,aeil qui emporte à ces discours trop-relevés paur la capacité du vulgaire.. On cherche, non le bien de ceux que Ton instruit, mais sa propre satisfaction ; on travaille , non à gagner des âmes à. Dieu, mais às'attirer des éloges ;. on désire, non défaire valoir pour le ciel le talent qu'en a reçu, mais*de faire briller ^SLVks le mofirde ceux dont

(i) Qaibas et praefaait se'ppnm vivcun pckst p«»»ionem snara m moltis arguiaeriti* , per dies qoadra^înfa appartns eis , et loqoens de regiloDci. ^€t. I, S,

BBS ÉTÂNGILEIS. 515

oa âe croit pourvu. Ce sont ià ces coupables ^pasieilrs d'Israël, que le Saiot-Esprit, par la bouche d'Ézéchiel , frappe de ses anatbèmes ; qui, au lien de paître leurs troupeaux, se repaissent eux-mêmes d'une vaine fumée de louanges (i). Qu'ils considèrent le grand Apôtre vis^ à -vis et ses cliers Corinthiens, encore faibles , comtiien-^ çanc par leur dtmner le lait de la parole, nourriture propre à leur foi qui est dans l'enfance, et réservant à d'autfes temps la Udurriture plus substantielle ^ qu'ils ne seraient pas en état de supporter (2). Ou plutôt qu'ils conteifïplent le Prince et le Modèle des pasteurs* Gommé ses parales doivent être la leçon de tous les hommes ,. elles' sont à' la portée de tous ; ses comparaisons sont constamment tirées des objets les plus communs ; toute la sublimité de ses discours est dans la substance des ehoses qu'il enseigne ; il révèle à la terre les plus admi-^ râbles vérités d'une manière simple et presque triviale. Quel autre annonça jamais d'aussi grandes choses d'un ton aussi familier et aussi naturel! Cette simplicité de ses expressions forme un contraste frappant avec la maf-* gnificence de ses œuvres. Dans ses actions, c'est un Dieu qui déploie toute sa puissance ; dans ses paroles , c'est encore un Dieu, qui, par un effort de bonté plus éton* nant peut'^être , se rabaisse à la mesure des créatures qu'il daigne instruire.

Mais, lottquô'eel Êtfni dé vérité sttra venu, il vous enseiffntra toute vérité i Jésus-Chrkt avait commencé à dis-^ poser ses apuires aux grandes fonctions auxquelles il les destinait; pendant le peu de temps qui lui restait à passer sur la terre , il devait contitruer de 1rs y former. Mais c'était ^ l'Esprit saint qu'il était réservé de les en rendre entièrement-capables, et de les élever au niveau de leurs hautes destinées. Ce ne sera point par de Ion*

( i) Vae pastoribQs Israely qai paicebant semetipsos Êzech. txxiv, à 4 (2] Tanqaam parvalisin Chrislo, lac vobis potam dedi, non es-

cam, nondnmeniin poteratis; sed nec nanc qtiidem potestis, adhao

enin carpales estis. / Cor, m, i et ^,

OlÔ EXPLICATION

{jues înstrucliona) par de profondes tuédilalions, par des éludes péaibles, qu'il leur dotinaera les vastes counaissauces oécessaires à leurs fopctions si multipliées et si difficiles; en un moment il fera. des apôtres les doctenrs les plus profonds que le monde ait jafnais connus. Pour renouveler l'univers par leur ministère , il commeocera par lesj transformer euxr-mémes en des hommes nouveaux ; ils seront son premier miracle. Ces hommes si bornés, qui, peu de semaines auparavant» ne coiupre- Aaient pas les paroles les plus simples de leur divin Maître, aussitôt qu'ils ont reçu le Saint-Esprit , vont auda^ cieusement à Jérusalem disputer, contre les plus habiles docteurs de la Loi ; dans la Grè^e, à Ronie^ sur toute la terre, contre lesplus savants philosophes : ils les étonnent de leur ërudltion , ils les confondent par la force de leurs raisonnements. Quelle est ce.tte puissance de parole, subitement arrivée à ces pauvres et simples pécheurs? Aux premièresprédications de Pierre, trois mille, dnq mille sont coiiLvertis. £( ce ne sont là que les. prémices de leurs succès. Oan&.tout l'univers leur voix va retentir (1) : dans les. Indes, au fond des déserts de la Scythie,sur les sahles brûlants de r£lbiopie, dans l'Aréopage, jusque dans le palais des Césars, partout elle formera des saints. Non , d*,aussi éclatantes merveilles ne peuvent être Touvrage des hommes. Je reconnais la voix du Seigneur, dans toute sa force, dans toute sa niagniiicen'îC : c'est lancette voix puissante qui brise les cèdres du Liban (2). Ne soyez en peine, avait dit le divin Sauveur à ses apôtres, ni de ce que vous direz, ni comment vous parlerez, mais ce sera l'Esprit du Père céleste qui parlera en vous, (3). Ce sera cet Esprit vivi^cateur qui

(i) In oit»nem,tecraio ezivit.aoiio8^or.Qixi; et in fii.ei orbis terrx veiba eorum. Psaim. xviii, 5.

(2) Vos Domini in viitote; vox Domini in magnificentia. Toz Doioini coufringentis cvàjios ; et coofriDget I)!v»uiinus cedros Libani. Psalm^ xxviii , 4 «r 5.

(3) Noiite cogitai e qnomodo aat qaid loquaœini Non enim

'^o, estis qui lof|nam'ni, sed Spiriu^ rajrw veatii, qui loquitor in VL-bis. Mattk, x, 19 et 20.

DBS iVAN&ILES. 017'

donnera à leurs paroles la force, à leurs auditeurs la per-/ suasiou.

Il leur easeigne toute vérité. ,Ne pr-enons pas cette expression dans son sens strict et le plus étendu. Toutes! les vérités sans exception nous seront révélées dans la vlei heureuse ver» laquelle nous tendons, et oùy dans Dieu quel nous verrons £ace à face ^ nous verrons tout clairement ei sans nua^e. Mais une connaissance aussi universelle n'appartient point -à cette vie. Il est des vérités placée^ au-dessus de toute intelligence humaine, et auxquelles il nous est défendu d'aspirer. Et même ,. par rapport ù celles que Dieu a mises à notre portée, nous ne pouvons pas. prétendre à les embrasser toutes. Il n'a été- donné à aucun esprit humain une aussi vaste ëteadue. L'Esprit isaint enseigne aux Apôtres toute vérité qui leur sera utile d'abord pour eux-mêmes, et pour, diriger leur propre conduite, ensuite pour le genre humain, qu'ils doi-^ vent instruire, pour les éclairer et les soutenir dans la vaste et pénible carrière qu'ils vont parcourir. Il pré-* serve de toute erreur leurs personnes et leurs instructions.

Cet enseignement si précieux n'a pas Gni avec tes Apo« très» Ils ont péri, mais» leur ministère subsiste; et tan( qu'il durera , l'Esprit saint, continuera de l'instruire. C'est lui qui par eux a fondé l'Eglise; c'est encore lui qui la conservepar leurs successeurs; jusqu'à la consommation du siècle, ce sera toujours lui qui la maintiendra pavks pasteurs, qu'il ne cessera, de renouveler et d'éclairer. Ses salutaires instructions , son assistance tutélaire, se perpétueront d'âge en âge^ et suivront de génération ea génération les successions d'évéques qui se remplaceront sur les sièges apostoliques. Ce que di" saient les Apôtres dans le premier des conciles, lespèresl de tous les conciles généraux le répéteront avec la mêm^ confiance et le même droit : Il a plu- au Saint-Esprit e^ à nous (1). Mais ce n'est qu'avec les légitimes succession»

(i) ^i:iDis e»t€pim Spiritar -sanetoy et nobis. Act^ zv^'^iS.

des Apôtres que se trouve le Saînt-Csprtt; tandis qu'il les assiste de son iafluence, il accable de ses anathèmes les sectes de tout genre : hérétiques^ sehismatiques, qui ont eu le malheur de s'en séparer.

Il y a cependant sur cette assistance continue de l'Esprit saint, une observation importante à (aire. Elle n'est pas absolument la même que du temps des Apôtres. Par ses divines inspirations il garantissait cliacun d'eux de Terreur; maintenant c'est le corps des premiers pasteurs que son influence en préserve. L'infaillibilité était l'apanage personnel de chaque apôtre ; elle est ta prérogative de l'universalité de leurs successeurs. Ce n'est plus l'évêque^ c'est l'épiscopat qui est infaillible ; mats il jouit de ce privilège nécessaire au maintien de la foî catbo^ lique ; soit que , rassemblé en commun , il publie scs^ sacrés décrets, soit que, dispersé il adhère à ceux qui ont été prononcés par son chef ou par ses conciles part.icu«liers, et les corrobore de son suffrage. Luther était déjà foudroyé des anathèmes lancés contre lui par Léon X , auquel s^étaient réunis tous les évêqnes catholiques, quand le concile de Trente prononça sa condamnation; et les novateurs, qui, marchant sur ses traces, osent demander un concile qui juge leur doctrine, ne peuvent ignorer qu'elle est déjà jugée et condamnée par l'irréfragable autorité de l'Église et du Saint-Esprit.

Ce ne sont pas seulement les Apôtres |. ce ne sont pas seulement leurs sucH^esseurs que l'Esprit saint doit ini-* truire. Chrétiens de tout état , cette proraes^ du dûVin Sauveur vous regarde comme eux* Toutes les vérités qu'il vous est nécessaire de connaître , l'Esprit saint Yms les enseignera , et il ne se bornera pas à vous en donner une coimaîssaBce spéculative; en éclairant vos esprits pour les connaitrCi il échauffera vos coeurs pour les chérir, . il soutiendra vos voiontési pour les pratiquer. Pensées salutaires, pieux désir», saints mouvements, affections louables, résolutions fortes, discours édifiants, actions méritoires , tout bien est produit en vous par le Saint-Esprit ; aucun, bien ne peut être produit que par

D«S ÉVAITGILES. 519

lui. Quipossédeva votre sci«nce, ô mon Dieu , si ce n'est celui à. qui vous aurez donné votive sagesse , et sur qui vous aurez envoyé votre Esprit du haut des cicux (1)? Adressoa&^iwu» donc avec une relîgieiise confiance , à cet Auteur de tout don parfait. Ce n'est que par nos prières que nous mériterons- qu'il descende sur nous. Ce fut ainsi , ce fut en l'invoquant , que Salomon obtint qu'il lui fût donné (2) ; et. nous lisons au livre sacré qui contient Itiistoire des Apôtres-^ que, retirés dans le cénacle, il» se préparèrent à le recevoir, et l'altirèrenl sur eux , en persévérant unanimement dans l'oraisoix (3).

Car il neparlwapus delui^^même, mais il dira ce q^'il aura entendu, et il vous annoncera les choses futures. Il me glorifiera, parce qu^U recevra de ce qui est à moi, et il vous l'annoncera, Jésus-Christ engendré par son Père^ envoyé par kii sur la tecre , avait formellement déclaré que sa doctrine n'était pas la sienne, mais celle de son Père; que celui qui pairie de lm-«mème, cherche sa propre gloire ; mais que quiconcfue cherche la gloire de celui qui l'aenvofyé^ est véridique, et ne connaît poèntrili— justice (4), C'est dans le même sens que doit s'àiteadi^e ce que dit ici le divin Sauveur , de l'Esprit saint. Cet Ëâprit divin procècte du Père et du Fils ; il est envoyé aux hommes par le Filis , comme le Fils l'avatt été par le Père. Ainsi , la doctrine qu'il leur ei^eigne n'est pas proprement la sienne ; c'est la doctrine du Fils -qui était celle dU'Père.' Il . reçoit de ce qui est au Fils , comme le

(i) Scnsum aat€m4nam q,Qli scîet, ni« tn ^dederis sapientiam , et miseris Spiritam sanctam taaai de altûsiinis? Sap, ix, 17 .

(2) Optavi, et datas est mihi seiisas : et invocavi , et ventt in me Spiritaa satpîeari»* Sap. vu, 7.

(3) Hiomaea erant perseTenntAf' ananimiter îD' otaïkme. Mt.

(4) Mea doctrtoa Don est niea , sed eîos qui misitme An ego a

me ipso loquar? Qai a semetipso loquitar , gloriani> propriam qaxrit. Qui antem qnserif gioriaiB ejas qai mïsit eaiD, Iric yerax^st, et injaititia in illo nougat /oaiî.vii, r6, i^et iS#.

Fils a reçu de ce qui est au Père. Ce que Jésus -Christ avait annoncé à -son siècle , l'Esprit saint continue de le prêcher à tous les siècles suivants. La Trinité tout entière concourt à notre instruction ; c'est le même enseigne-* ment descendu du Père céleste, apporté par le Fils^ perpétué par le Saint-Esprit. Il fait , cet Esprit divin , retentir dans l'Eglise sa voix puissante , par la bouche des pi^emiers pasteurs qui sont ses organes; mais il ne fait que répéter , comme le dit notre évangile , ce qu'il a entendu. Ses décisions sacrées ont pour objet unique d'expliquer, de développer, de répandre, de fixer les oracles du divin Sauveur; Jésus-Glirist et l'Esprit saint ne sont qu'un même makre , l'Evangile et les conciles qu'une seule Ici. Hérétiques , vous vous vantez de vous attacher uniquement à la pure doctrine évangélique. Yous ne la possédez pas, puisque vous n'avez point parmi vous l'Esprit saint chargé de l'enseigner et de la détermine!*. Et vous , fidèles enfants de ^Eglise -catholique , comprenez combien sont admirables les enseignements qu'elle vous donne. Les pasteurs dont vous les tenez ne parlent pas d'eux-mêmes ; ce qu'ils vous annoncent est ce que l'Esprit saint leur a inspiré, ce qu'il avait entendu de Jésus- Christ , ce que Jésus- Christ lient de son Père.

L'objet de la mission du Fils de Dieu avait été de glorifier son Père ; c'est-à-dire, de faire connaître aux hommes la nature de Dieu méconnue , son unité oubliée, sa miséricorde dédaignée, sa justice bravée, sa sainteté profanée par un culte criminel et infâme. L'objet de la mission du Saint-Esprit est de glorifier le Fils ; c'ést-à-dire , de nous apprendre à adorer sa divinité , à chérir son humiUté , à. admirer ses merveilles , à reconnaître ses bienfaits sans nombre, à suivre son incomparable loi. Ce n'est pas Jésus-Christ qui a besoi^ d'être glorifié ; c'est nous , pour qui c'est tout à la (oU un devoir et un bonheur de le glorifier. Un devoir parce qu'il le prescrit ; un bonheur, parce qu'il le ré- Gompetise : un devoir sur la terre, un bonheur dans ;•

ciel. L'Eglise militante glorifie Jésus-Christ par ses œuvres ; l'Eglise triomphante , par ses continuelles acclamations : c'est notie route et noire terme ; c'est notre destination du temps et de réternité.

/\rv/VA/\y\/\/V/V\a/\A/\/VA.A/VA/\A/VA/>A/\/\rLAAA/^

DU CliNQUIOlli; DIMANCHE APRKS PAQUES.

Jésus-CIirist prescrit la prière , il est prêt de retournera ^on Père.

Jésus dit à ses disciples: En vérité, en vérité, je vou$ le dis , si vous demandez à mon Père qu>elque chose en mon nom, il vous l'accordera. Jusqu'à présent vous n'avez rien demandé en mon nom. Demandez , et vous recevrez, et votre joie sera parfaite. Jo vous ai dit toutes ces choses en paraboles. L'heure vient où je ne vous parlerai plus avec obscurité , mais où je vous annonce- .rai avec clarté ce qui concerne mon Père. En ce tenipslà vous demanderez en mon nom , et je ne vous dis pas que je prierai mon Père pour vous ; car mon Père vous aime , parce que vous m'avez aimé , et que vous avez cru que je suis sorti de Dieu. Je suis sorti de mon Père, et je suis venu dans le monde : .de nouveau je vais quitter le monde , et aller à. mon Père. Ses disciples lui dirent: Vous nous parlez maintenant' avec clarté, et vous n'employez point de paraboles. Nous savons à présent que tout vous est connu , et qu'il n'est pas besoin que personne vous interroge , et, par cette raison, nous croyons que vous êtes sorti de Dieu. ( Jean, xvi, 23—30.)

Jésus dii i ses disciples.: En vérité j en vérité , je vous le

ditf si vous demandez à mom Père quelque chose en mon nom, il vous V accordera. Jusqu^ à présent vous n'avez rien demandé en mon nom. Demandez j ei vous recevrez , et voire joie sera parfaite. Ce n'est pas seulement à ses apôtres que Jésus-Christ adresse cette exhortation ; elle doit retentir dans tous les pays et dans tous les siècles où son nom sera invoqué: elle s'étend à tout ce qui doit jamais exister de chrétien. Nous en sommes l'objet autant que les Apôtres. Magnifique promesse, qu'il n'appartient qu'à un Dieu de faire, parce que lui seul peut l'accomplir. Tout, sans exception, sans restriction, tout ce que nous demanderons au nom de Jésus-Christ nous sera accordé. Il donne à sa munificence toute l'étendue de nos vœux. Tel est l'effet infaillible de la prière. Les Pères n'ont pas craint de comparer sa force irrésistible à celle de la parole toute-puissante de Dieu. Ils lui trouvent même une sorte de supériorité. Dieu n'exerce son pouvoir que sur des créatures. La prière agit sur Dieu même , et ce que nous n'oserions dire, si l'Esprit saint n'avait consacré cette expression: Dieu obéit à la voix de l'homme (1).

Si la prière est on moyen certain de salut , elle en est au^si le moyen nécessaire. Nous avons dans notre religion deux vérités essentielles et fondamentales : nous ne pouvons nous sauver que par la grâce; nous ne pouvons obtenir la grâce que par la prière. Prétendre atteindre le ciel par nos propres forces, ou compter sur le secours divin sans l'implorer, sont deux présomptions également criminelles et extravagantes. J^a voix qui a dit : Sans moi vous ne pouvez rien faire (2), a dit aussi : Il faut toujours prier , et n'y jamais manquer (3)> £t puisque la grâce est un besoin, la prière est nécessairement un devoir ; devoir essentiel qui n'admel ni excuse ni supplément. Toutes les au très pratiques peuvent

(x) Obediente Domino ▼oci honuiii^. /os, x, .14.

(a) Sine loe nihil potcitis facere. Joan, zv , 5.

(3) OportetsemperoraMy et 1100 deiicere. Luc, xjin.

BBS ÉVANGILES. Ô23

devenir impossibles. Il n'existe pas de circonstances où le cœur de Thoinme puisse s^ëlever vers Dieu. Tous les autres devoirs peuvent être remplacés: le feûne, par Tàumône ; les bonnes œuvres, par des œuvres d'un prix ëgal ; la pébitence , par la contrition parfaite ; le baptême , par le désir ardent ou par le martyre. Rien ne peut être substitué à la prière, parce qu'elle est elleniêiiie le remplacement de tout le reste et le devoir u^cf^ssaire pour faire remplir tous les autres. Et ne devraitelle pas être aussi un plaisir ? N'est-ce pas pour l'amiti^é un bonheur de s'entretenir avec ce qu'elle aime ; et pour la reconnaissance, la plus douce satisfaction de grâces ? N'est^il pas> et bien étonnant , et bien déplorable qu'il faille exhorter des chrétiens à la prière ; et bien plus encore , qu'on soit obligé de leur en justîHer la néces^ site?

Mais dans notre malheureux siècle , c'est là où nous sommes réduits. Ennemie née de tout bien, l'incrédulité s'acharne à détruire celui que fait continuellement la prière. Non conlei^te d'en détourner les fidèlespar ses dissipations, par ses railleries, par ses exemples, elle l'attaque par système et par raisonnement. Elle prétend que , Dieu connaissant nos besoins , il est inutile de les lui exposer ; qu'étantsouverainement bon, il ne sert à rien de les lui demander ; et que la prière est une injure to«it à Ifi fois, et à. sa science , età sa miséricorde infinie.

Pour confondre ce V4iin sophisme , il suffirait de répondre ce que répondait S. Jérôme à Yigilantius , dont les incrédules de nos jours ressuscitent la vieille erreur expirée depuis longtemps : Dieu l'a voulu. Maître de ses dons, il ne nous les doit pas : il est donc libre, quand il veut bien nous les accorder, de les attacher aux concUtions qu'il lui plaît. Nous n'avons pas droit de les exiger : nous ne pouvons donc pas nous ptaifldre du pt*lx qu'il y met. Et ne valent-ik pas bien au moins la peine d'ctre demandés? 11 fait avec nous un pacte qui est tout i notre avantage : Demandez ,. et vous recevrez. Nous

riavoquon^, et il nous exauce. Nous lui présentoi» quelques prières : voilà notre obligation ; il répand sur nous les plus abondants bienfaits : voilà son engageiiieot. Mais nous n'avons pas besoin de recourir à la toutepuissance de Dieu , pour justifier son précepte. L'utiliié de la prière n'est pas un mystère. Quand la foi ne noiB découvrirait pas ses avantages, notre raison suffirait pour nous les faire connaître. La prière nous rapproche de Dieu ; nous met en communication avec lui ; nous rappelle son idée salutaire ; nous ramène au sentiment de sa grandeur et de notre dépendance^ de sa bonté et de nos besoins. La prière est un lien commun. C'est elle qui unit TEglise de la terre à-celle du ciel ; et, dans l'Eglise militante même, c'est la prière qui rassemble tous les fidèles. Elle est, et le moyen de leur communion , et un signe de leur unité. Dans la prière , nous professons la foi, nous ranimons l'espérance, nous réchauffons la charité, nous exprimons l'humilité , nous nous excitons à la pénitence. La prière est tojit à la fois la pratique et le soutien de toutes les vertus chrétiennes. Elle les exerce et les alimente. Grâces , grâces immortelles à ce Dieu si bon, qui a daigné nous faire une obligation de ce qui nous est si utile, et attacher les dons de sa miséricorde à ce qui nous procurait déjà tant de biens.

Le chrétien est par vocation, par devoir, par intérêt, par reconnaissance, par goût un homme de prière. Tous les saints l'ont été, et Jésus-Christ lui-même^ ne le voyons-nous pas presque continuellement en oraison ? Ce n'était sûrement pas pour lui-même , c'était pour nous qu'il priait^ En implorant en notre faveur les grâces célestes, il nous apprenait à les demander; en même temps que notre intercesseur, it se faisait notre modèle. Jtélas! pourquoi est-il si peu imité? Au sein du christianisme, combien peu de vrais chrétiens ! Parmi ceux même qui se piquent d'avoir de la religion, combien à qui Jésus-Christ pourrait adresser le reproche qu'il fait à.s^s apôtres : Jusqu'à présent vous n'avez rien demandé en mon nom I II y a sur ce devoir deux abus déplo*

ables : les uns négligent la prière , les autres la font i^al. Il y a deux prétextes funestes: ceux là prétendent le pas savoir prier , ne rien trouver à -dire dans l'oraiaison ; ceux-ci se plaignent que leur prière est inutile , t qu'ils n'obtiennent point leurs demandes. Désabuons les premiers ; instruisons les seconds. Prouvons aux ins que la prétendue ignorance qui les éloigne de-la »rière est chimérique ; montrons aux autres comment l faut prier pour rendre leurs demandes efficaces.

Vous dites que vous ne savez pas prier; .mais c'est que ^ous vous faites une fausse idée de Ja prière ; il ne s'agit >as de vous élever à ces états sublimes d'oraison, à ces îxtase^, où l'âme intimement unie à Dieu, se confond •entièrement en lui. Ce sont des grâces particulières que Dieu accorde à un petit nombre de saints. Que Paul, transporté d'avance dans le ciel, y entende des paroles mystérieuses qu'il n'est pas permis à une bouche hu» inaine de répéter (1) ; que Moïse, reçu dans la nuée miraculeuse, y converse avec Dieu face à face, comme un ami avec son ami (2) ; ce sont des faveurs extraordinaires que peu d'âmes privilégiées ont obtenu de partager. Dieu a fait de la prière une obligation universelle ; il l'a donc mise à la portée de tout le monde. Considérez la plus excellente de toutes les prières, celle que Jésus- Christ nous a donnée, et que, d'après ses instructions, nous répétons tous les jours. La plus parfaite prière est en même temps la plus simple. La prière n'est point Un art, elle est un sentiment ; elle n'exige pas de talents, il n'e faut que de la volonté ; elle ne demande pas de con-naissances, elle ne suppose que de la foi ; ce n'est point une science que Ton acquiert par des études, nous y ' naissons tous formés. Le liwe qui -en contient les règles est notre propre cœur.

(x) Solo hojoftmodi bominero, slvein corpore^'sive exira corpos neacio , Deas scit : qaoDÎam raptas est io paradisam ; «t audivit arcana verba , qnae non licet bomini loqni. II Cor. xii. 3 ef 4.

(a) Loqnebatar anteoD Dominns ad Moysen facie ad iaciem «icat solet lo'pi bomo ad atuicam «oam. Exod, xxziii, 11.

526 EXPUCATIÛN

Vous dites que vous nesaVez pas prier, et que c^est là ce qui vous retire de la prière. Vous vous abusc^z sur vos dbpositions ; vous coufondee ïeSet avec la cause. C'est au contraire parce que vous vous retirez de la prière que vous ne savez pas prier. On ne devient savant dans Toraison que par la pratique. L'Esprit saint Ta dit: C'est aux pieds de Dieu que l'on acquiert sa science (1). Priez, et vous saurez prier. Plus vous prierez, et plus vous le saurez.

Yous dites que vous ne savez pas prier» Quand vous êtes malade, ûiut-il vous apprendre à demander votre guérison ? £st-il nécessaire de vous instruire à deuiander votre nourriture, quand vous êtes pressé de la £aim? Ce n'est pas la science qui vous manque » c'est le sentiment de votre besoin. Si vos besoins spirituels, bien plus multipliés , bien plus nécessaires, se faisaient sentir aussi vivement que ceux de votre corps , vous ne seriez pas embarrassé de la manière de prie«% Le paralytique désire ardemment de recouvrer les sensations qu'il a perdues ; mais l'âme paralysée ne se soucie pas que le sentiment dont elle est privée lui revienne.

Vous dites que vous ne savez pas prier, que vous ne trouvez rien à dire au Seigneur, et ne voyez- vous pas que dans vous , autour de vous , tout est un objet de prière? N'avez^vous pas à rendre grâce d'une infinité de bienfaits, à en solliciter une multitude d'autres? N'a vezvous pas de saintes pensées à concevoir , de pieux désirs à former, de fortes résolutions à prendre , des inclinations à rectifier, des liaisons à rompre 9 des passions à combatU*e, des tentations à surmonter, des habitudes à réformer , des occasions à éviter ? £tes^vous pécbeur ? implorez le pardon. Avez- vous le bonheur d'être juste ? demandez la persévérance. Priez dans la prospérité, pour n'eu pas être enflée dans l'adversité, pour n'en pas être abattu f dans la richesse , pour n'en «pas être coirompiu ;

(x) Qai appropipqQaDt,pedibiM ejosy accipient docirinaillîas. />««• trr. z XXIII, 3.

DES ÉVAMGItES. 527

dans l'indigence, pour n*en pas être aigri ; dans les plaisirs, pour n'en pas être séduit ; dans Les œuvres saintes, pour n'en pas être enorgueilli ; dans le monde, pour n'eu pas «tre dissipé ; dan» U solitude , pour n'en pas être dégoûté ; dans la vie active , pour n'en pas être rebuté ; dans le repos , pour n'en pas être amolli ; dans la santé , pour n'en pas abuser ; dans la maladie , pour la supporter. Priez pour l'Ëglise , dont vous êtes Penfant,, et qui ne cesse de prier pour vous. Priez pour cette autre Ëglise, qui, des flammes expiatoires , implore par ses larmes le secours de vos prières. Priez pour la société dont vous êtes membre i pour le souverain qui vous gouverne ; pour ceux à qui le sang v^us unit , à qui ramitié vous attache ; pour ceux qui vous haïssent ; pour ceux que vos séductions ou vos exemples ont pu entraîner dans le pëché. Ne voilà-' t-il pas une matière assez abondante àvos prières? Ah ! dites, si vous le voulez^ que dans l'immensité des choses que vous avez à solliciter , vous ne savez par où commencer ; que vos besoins sont si étendus, vos misères si nombreuses, vos maux si multipliés, que vous êtes dans Timpuissance de tout exposer. Alors je vous comprendrai sans peine. Mais vous ne pouvez être embarrassé que sur le choix des prières ; et prétendre qu'ayant tant à demander à Dieu, vous n'avez rien à lui dire , c'est une illusion des plus inconcevables.

Vous dites que vous ne savez pas prier. Et n'est-ce pas là même un objet de prière ? Que votre ignorance soit réelle ou affectée , qu'elle soit simplicité excessive ou mauvaise volonté, conjurez l'Auteur de tout bien de la faire cesser. Dites-lui, comme ses disciples : Seigneur, enseignez-nous à prier (1). La prière attire les grâces; mais la première des grâces , qui est purement gratuite, est celle qui nous engage à demander les autres. Jamais elle ne manque à celui qui veut la recevoir. Elle est comme la clef du trésor céleste. En l'employant, on peut aller y puiser toutes les richesses spirituelles. Le don de

(i) Domine, doce nos orarr. Catc^ xi, i.

prière , l'esprit de prière^ le goût de la prière , sont des bienfaits divins qu'on obtient en les sollicitant. Tout le secret des saints pour s'élever aux plus hautes contemplations , a été d'«n implorer la grâce. C'est de la prière, comme de tous les autres dons , que Jésus-Christ a dit : Demandez , et vous recevrez. Chose étonnante ! ce sont ceux qui sembleraient avoir le moins besoin de prier , qui passent leur vie dans une oraison presque continuelle. Comblés des faveurs divines , ils n'en sentent que plus vivement la nécessité d'en demander la conservation, le besoin d'en implorer de nouvelles. Et ceux à qui la prière serait si nécessaire pour cesser de croupir dans le péché , ou de languir dans la tiédeur , négligent cet exercice essentiel, et pour justifier leur éloignement, allèguent qu'ils ne savent pas prier ! S'ils l'ignorent, c'est qu'ils veulent l'ignorer. Achevons de les désabuser -, et parlant en même temps à ceux qui se plaignent de l'impuissance de leurs prières, montrons aux uns et aux autres quelles qualités doit avoir la prière pour être exaucée , et à quelles conditions le divin Sauveur a attaché leur efficacité.

Jésus-^Christ a dit : En vérité , si vous demandez à mon Père quelque chose en mon nom, il vous Taccordera. Pourquoi donc tant de prières restent-elles sans effet? Pourquoi tant d'oraisons impuissantes, tant de vœux stériles? Nous entendons tous les jours ces plaintes. L'inefficacité de la prière , malgré la promesse du Sauveur , est le scandale de plusieurs personnes. Nous voyons sou vent la piété en être altérée, quelquefois même la foi en être ébranlée. Ce n'est pas moi qui répondrai à ces murmures, ce sera l'Esprit saint par la bouche de l'apôtre S. Jacques : Tous demandez , et vous- ne recevrez pas, parce que vous demandez mal (1). Jésus- Christ a promis d'exaucer la prière , mais non pas toute prière. Il s'est engagé à tout envers la prière! bien faite; il ne doit rien à la prière défectueuse. Bien loin de là,

(r) Pe'itîs p et non accipitis : eoqnod inale pe^tis. Jac. tv, 3.

DBS ÉVANGILES. 529

au lieu d'être un remède à nos maux , souventia prière est un mal de plus. De même que la potion salubre devient quelquefois un poison pour le sujet mal disposé , de même la prière corrompue par des dispositions vi-» cieuses, dégénère souvent en péché. C'est là le comble du malheur, que dans ses imprécations le Prophète annonce aux ennemis de Dieu (1). Car quelle ressource peut rester à ceux qui ont tourné contre eux-mêmes leur dernière ressource? Il nous importe donc extrême** ment de connaître quelle est cette prière chrétienne, objet de la promesse du Sauveur, et d'examiner quelles sont les qualités qui la font exaucer , quels sont les vices qui la font rejeter.

Le premier caractèi*^ qu'elle doit avoir , et auquel les saints Pères rapportent tous les autres, est celui que Jésus-Christ indique ici ; c'est qu'elle soit faite en son nom. Prier au nom de Jésus-Christ , c'est, dans le sens strict et littéral , demander par sa médiation , avec son intercession , en vertu de ses mérites. Il n'y a que ce divin Sauveur dont on puisse dire avec S. Paul qu'il a été exaucé par le respect dû à sa personne (2). Npus ne sommes par nous-mêmes que- péché, et nous nie méri-r tons que la colère. Ainsi quand Dieu daigne nous exaucer , ce n'est pas en vue de nous , c'est en considération de Jésus-Christ. Médiateur puissant entre Dieu et les hommes, intercesseur éternel auprès de son Père, il lut offre continuellement nos vœux , et les lui fait agréer. Rien n'est agréable à Dieu , que ce qui passe par son Fils. Mais présentées par lui, unies et comme incorporées aux siennes., nos prières deviennent en quelque sorte des prières divines. <}e n'est pas nous proprement que Dieu exauce; c'est Jésus-Christ qui le prie pour nous et avec nous. Et voilà d'où vient Tefficacité de la prière faite en son nom ; c'est que Dieu , qui ne nous doit rien , ne peut rien refuser à son Fils/ Ainsi est renouvelé à cha-

(i) Oratîo ejos fiât in peccatani. Psalm. Cxyin, 7. (a) EiaaditM est pro sua reverentia. Uebr, v^ 7.

530 nvUCATîOV

^ufi i«$taaiy çt appliqué & chacune de nos aciioos , le bieaCait de la rédeoipiion. fiédempteuf sur U terre , iAlereenseur daoa U ciel , Jésus^Christ cttBflomme sur atm ixàue célçste le grand ouvrage qu'il commieDça sur la CKQXK ; et U n'a cessé de répancbe son sang pour nous , qm pemv l'offrit cosctinufilleinimt en notre faveur ; dogme consolant à. la fois ^ et encoittageant, qui nous moiiire noire Sauveiur placé entre son Père et nGMia, d'uoe main lui présentant isos vosux , de Fauire nous, apportant ses grinces ; également puiesaat, et aupirès de lui> pour £a»e valoÂr nos mérites, et sur nous pour nous en faire aoquérÛTc Les Apôtres né L& coinnaîssaient pas encoffe y ce dogne précieux de Jésus-Christ médiateur. Ib aTaient jusque là prié» comme tou^ les Juîfa, dans la foi du Messie. l4CUr divin Maître leur ordonnant de prier désonnii&en son nomi , commence à leur révéler un peu obseurément encore sa qualité de médiateur, lis la oonnaitront plus pleiniemeot dans la suite* Ils en instruiront toutes les générations, et donneront à l'Eglise cette formule soknnelle, constamment répétée par laquelle elle termine toutes ses oraisons , en déclarait qu'elle fait ses demandes par Notre-Seigneiur Jésus*Ghrîst, qui vît et règne avoQ son Père, dans Tunité du Saint-^Ésprit, pendant tous lea siècles.

Outre ce sens simple et; littéral du précepte de prier au nom de JésusrCbrist , les saîAta Pères en remarquent un autre moins strict, et beaucoup^ plus étendu» Prier au, nom de Jésusr*Christ , ce West pas seulement prononcer de boucbe ce nom sacré ;, c'est L'invoquer, et l'ap-* peler à son aide » diu. fond du coeur ; c'est prier comme Jésus«Christ veut que l'on prie, de la manière qu'il le prescrit , d'après les règles qu'il a tracées. Peut*<m espérer que des prières faites dans un^ esprit contraif e au sien , l'auront pour médiateur ? Peut-on imaginer qu'il présentera à son Père des prières vicieuses dans leui* objet, dans leur motif ou dans leur mode? Ce n'est pas implorer ce saint nom , c'est le profaner , que de le mêler à de semblables prières. Avocat des pécl)eurs.,,il.ne peut

"BES lÉVA)i&aEfi. 531

pas Tétre des pédhés. Loin de protéger et d*appiiyer, il Gondaume ^t rejette deux sortes de {mères ; celles par lesquelles uous ne deniandons pas ce qu'il faut, celLst par lesquelles noua ne demandons pas comme il £aut. Que devoDSrQous demander? comment devons^-nous denumder pour prier yéritabianent au nom de Jésus-* Christ, pour être soutenus de sa poissarde intercession, pour €tre assurés du succès de nos suj^lications ?

Comme il y a deux sortes de bîens : les spiriittela et les tempêtais , il y a deux sortes d'objets légitimes de nos demandes ; et les règles sur la prière ne sont pas les mêmes relativement aux uns et aux «»trea. Il n'est pas défendu sans doute de solliciter auprès de Dieu les biens terrestres. Jésus^-Cbrist, dans la prière qu'il nous a die-*tée, nous fait demander notre pain quotidien (1). Son apôtre nous prescrit de prier spécialement pour les sou- Tcrains, afin que nous menions une vie tranquille et paisible (2). £t TEglise n'implore-i*elle pas sans cesse la fertilité des terres , la régularité des saisons , la salubrité de l'air , la prospérité des états , la paix de l'uisiivers ? Demandons avec elle tous ces biens s mais demandona^ les comme elle. Observons dans nos prières l'ordre qu'elle suit , le but qu'elle se propose. L'ordre qu'elle suit : d'après le précepte de son divin fondateur » elle commence par demander le royaume de Dieu et sa justice (3); ses demandes pour les biens de cette vie, ne «ont que secondaires. Le but qu'elle se propose : die ne demande les faveurs de la vie présente , qu'en vue du salut f qu'autant qu'elles peuvent y contribuer. Ce sont là les seules prières de l'ordre temporel» qui soient faites au nom de Jésus-^Christ. Ses apètres lui avalent fait [du-

(i) Panem nditmoi qaetidianoin d« nobis iiodie. lue, xt, 3.

(9)Ob8eero ig^tor priomin onmam fi«ri observationes, oraiiones, postttlatioDes , graiiaroin aciiones, pro omnibM hownibas^ pro rc^bns, et omnibus qai in sublimiiate sont , at qnietam et tfanqaillaoi vitam agamas. I Timotk. xi, i, a.

(3) Qaseritc... primma regnoni Dei, et juMitiam pjof. Matdi, Yt,

sieurs demandes: S. Pierre, de demeurer sur le Thabor ; les ûls de Zébédée , d'être assis à ses côtés dans son royaume. Et cependant il leur dit qu'ils n'ont rien de* mandé en son nom. C'est que dans leurs idées , ce qu'ils sollicitaient était purement de l'ordre temporel. Ce qui n'a pas rapport à la vie éternelle , n'est rien à ses yeux. S. Pierre désirait goûter une douceur sensible ; les fils de Zébédée , satisfaire une ambition mondaine. Ils ne furent pas exaucés : ils ne devaient pas l'être , parce qu'ils ne priaient pas au nom de Jésus-Christ. La mission de ce divin Sauveur, ses travaux, ses souffrances , ses prières étaient uniquement pour notre sanctification. C'est une erreur grossière de prétendre appliquer à des objets étrangers au salut, des mérites qui n'ont pour objet que le salut. Pour être faite au nom de Jésus— Christ , la demande des biens temporels doit avoir la vie éternelle pour principal objet et pour dernière fin.

Vous vous plaignez que vos prières de ce genre ne soient pas exaucées, et vous êtes tentés d'accuser Dieu d'infidélité dans ses promesses. Leur inexécution peut provenir de deux causes : la première , que l'objet de votre prière soit, non pas utile, comme vous le croyez , mais contraire à votre sanctification. Alors Dieu, qui sait mieux que vous ce qui vous est profitable ou nuisible , par bonté ne vous exauce pas. Son refus est une faveur. Il vous accorde , non la chose que vous demandez, mais celle pour laquelle vous la demandez. Le motif et l'objet de votre demande étant en opposition , il préfère de vous accorder le plus avantageux ; et il ne vous refuse le moyen •que pour vous procurer l'effet.

La seconde cause , et malheureusement la plus commune , du peu de succès de nos prières de l'ordre tem— porel , est la préférence que nous leur donnons sur celles .de l'ordre spirituel. Nous désirons avec vivacité la graisse de la terre : à peine nous occupons-nous de la rosée du ciel. Qu'un malheur soit près de fondre sur nous , nous prions avec ferveur pour le détourner. Avons-nous la même ardeur pour l'extirpation de nos vices ? Voyez à h

inenace d'une calamité publique., d'une famine , d'une contagion y d'une guerre , les temples se remplir , et retentir de vœuX' et de gémissements. L'impiété dévaste J'Eglise , le libertinage la déshonore ; et combien peu de fidèles élèvent la voix pour implorer la cessation de ces désastres! Ce sont les choses inutiles au salut, que l'on demande avec le plus de désir d'obtenir ; hélas ! quelquefois même celles qui y sont préjudiciables. Par l'aveuglement le plus inconcevable et le plus funeste , on imagine de faire servir Dieu à ses péchés (1). Malheureux, qui formez de tels vœux , tremblez qu'ils ne soient exaucés ! Le comble de votre infortune sera la faveur que vous sollicitez.

Les prières de l'ordre spirituel peuvent être générales ou particulières. On peut demander en général le salut et les grâces qui y conduisent , ou solliciter spécialement une grâce distincte. La première sorte de prière est en tout temps, dans toute circonstance, assurée de son effet. La promesse de Jésus-Christ s'y applique dans toute son étendue , et sans restriction^ Dieu veut notre salut autant et plus que nous. Ainsi , quand nous lui demandons au nom de Jésus-Christ ce qui doit nous y conduire , nous sommes certains de l'obtenir. Quelquefois la demande d'une grâce spéciale n'est pas exaucée, mais c'est que vous ne savez pas avec certitude ce qui vous est avantageux. Ce que vous désirez comme votre plus grand bien, peut, ou s'opposer à- un bien plus grand que vous ignorez , ou vous porter un préjudice que vous n'apercevez pas. Alors c'est encore la bonté infinie qui vous refuse. £n vain S. Paul demande jusqu'à tro^s fois au Seigneur, d'être délivré de l'ange de Satan , de l'aiguillon de la chair qui le tourmente. Cette épreuve lui est utile pour que les magnifiques révélations dont il a été favorisé ne l'enorgueillissent pas. Il lui est répondu que la grâce dt^ vine lui suffit , et qu'il faut qi;e sa vertu se perfectionne dans les tentations (2).

(i) Servire me feciftti in peccatis iais. Isa, xuzi, a4*

(a) Et ne magnitado re?eIationam extoUat me , datas est mihi sti-

534 SXPLICATIOI»

Pour prier au nom de Jésus-^Christ » et po«r être exattoé à ce titre toutopuUssaat , il ne suffit pas de ne demander que ce qui est directement oa indirectement utile au salut : il faut encore le bien demander. Les qittlxtés de la prière sooA aussi nécessaires que son objet.

La première de ces qualitëis , est qu'elle parte d'an cœuc pur et exempt de péché. Ne m'offret phis , dit le Seigneui* par son prophète à. son peuple deretttt^eiNT/Mible , des sacri6ces désormais inutiles* Yotre escens est pour moi une abomination. Je ne reçois plu« votottabbat et vos fôtes. Mon âme déteste vos calendes et vo& solennités ;. elles me sont devenues à. charge». En Taîa étendrez- vous les^ mains ; je détournerai les yeux. Yons aurez beau multiplier vos prières, je ne les exatic^erai pas (1). Le pécheur a perdu tout le droit que les mérites de Jésus-Christ lui avaient acquis éiux grâces du saint. Objet infortuné de la haine de son Dieu , il appelle la miséricorde » et cVst la colère qui kii répond* A JMeu ne plaise cependant que nous tombions dans Terreur cosdamnéepar l'Elise , que la prière du pécheur est nu nouveau pëiché ; e^ est au contraire s» seule ressource. Malheureux , qui languissez dans ce funeste état , voos n'avez qu'une pnère qui peut vous servir, c'est cdkde la pénitence î il ne vous reste qu^ùne grâce à implorer ^ c'est le pardon. Toute autre demande sera rejctée avec indignation; tout autre bienfait refusé avec aéwénié» Âh ! ne négligez pas de solliciter celui qu'ail est encore en votre pouvoir d'obtenir. Implorez par vos sufKpSkatîons les plus ardentes , la grâce salutaire qui vous re&r dra dignes d'en i^cevoir d'autres. Le même prophète *■' ■ ' - - 1 I -

malm carni« me», angelas Satanae^ qai me colâphizet.. Pl^pter ({ood 1er BoiimKim.rog«vi ordisoederet a me ; et di&t mihi : Saffiait tibt Sntia mea, nam vit ta s in infirmitate pei-ficitiir, II Cor, zii, 7, 8 rf 9 (i) Ne offeratis ultra sacrificinm frnsfra. Incenaam abominati: est mihi. Neomeniam, et sabBatam , festivitatea alias non frram; iniqoi sont cœtas vestri : calendas vestraf et solemnitatea Te&trts odivit anima mea : facta snnt mibi molesta , laboravi aoslineos. h com extenderis manns vestras , avertam ocoloa moo« a vobia ; el cii0 maltiplicareriiis oratîonem , non eundiam. Ita, t, i3, a et iS.

BBS éVAWGlLBS. 535

qml ail nom de Dieu a proscrit si soleaadlement les ▼œttx du peuple prëvaricacear , ajoute immédiatement ftyyrès : Ailes vont laver de vos péchés ; retidez vous puri ; ôce£ ^e devant mes yeua le vice de vos pensées; cessez de faire le mal f apprenez à faire le bien , «t revenea en» sut te m'invtsqufnr avee confiance. Votre âme fûtMelle toute noire de crimes, deviendra blanche comme la litige (1).

Une seconde condition nécessaire à la prière > c'est qu'elle soit humble. La prière de celui qui s'humilie , pénétrera à travers les nuées (2). Achab , ce prince per-^^ ^ers > dont il est écrit qu'entre tcus les impies qui s'assi*^ rent sur le ti-ène d'Israël , il n'en fut pas un aussi cor*»rompu que lui (3), Acfaafo s'est enfin humilié devant le S«i{;nieur ; et par ce seul acte il obtient que les carreaux de la colère céleste , déjà amas^ sur sa tête , en soient déto«Hrnés (4). Et peut^on avoir une idée de la prière , et ignorer cette règle fondamentale ? L'arrogance dans la prière n'est pas seulement un vice , c'est une eontradiciian , une démence. Un simple grand de la terre accueil^ lerait«-il des demandes qui lui seraient faites avec hau-*teur ? Et le besoin même qui nous amène aux pieds du loi des rois, ne doit-il pas nous faire sentir notre immense dépendance?

L'humilité dont nos prières doivent être pénétrées , ne préjudicie point à la confiance qui doit les animer , et qui est leur troisième qualité,. L'une est fondée sur le sentiment de notre néant ; l'autre a pour base la pro«tnesse divine^ Rien ne vo«s est du ; soyez hund)le : tout

(i) LaTftmmi, inntidi Mtote^ Boferte malam cofiiatiosam ▼«Btraram ob oeulis hmî» : qaiescite ager6 peryerge discite benefacerc... et vMiite, argttite me, dicit Dominas. Si faeriot peccata vestra nt coccinnm, quasi nia dealbabantar. Isa, i, i6, l'y tt i8.

(i) Oratiû homiliantis »e, tkjxheà ptntttêhUt, EccU. ïxkt, àx.

(3) Non fkiit alter talii sisac Àcbab, qui venandatizs est ût focCMt maltiin în cosspectù Donaini. III Heg, kxc, aS.

(4) Nonne vidisti hntniliatam Achab coram me? Qaia igitnr hnmiliatns est inei causa, non iodicam malum in diebas ejas. III heg,-

536 EXPLICAtlON

TOUS est promis ; soyez confianti Vous êtes ineapable de mériter; comment aunez-vous de l'orgueil? Jésus^ Christ a mérité pour vous ; quelle défiance pourrait vous rester ? Approchez- vous donc du trône céleste avec une confiance modeste , mais ferme. Priez » vous dit l'apôtre S. Jacques, avec foi, et sans nulle hésitation (1). Un homme trouverait injurieux que vous doutassiez de sa parole; vos doutes sont un outrage à Dieu. De quoi pou-^ vez-vous être incertain ? Est-ce de sa fidélité? est-ce de sa puissance ? Ne donnez pas plus de bornes à votre espérance , qu'il n'en a donné à son engagement. Ce n'est point par des demandes réservées et timides que vous lui plairez^ Demandez hardiment les dons les plus excellents. Si c'est une vertu , qu'elle soit parfaite ; si c'est une victoire , qu'elle soit complète ; si c'est la rémission des péchés, qu'elle soit entière. La munificence divine est le contraire de la libéralité humaine : plus on kii demande , plus on a- droit d'obtenir«

Une quatrième qualité nécessaire à la prière pour la vendre efficace , c'est la persévérance. Jésus-Christ promet que les vœux faits en son nom seront exaucés ; mais il n'en fixe pas le moment. Il s'engage à vous accorder toutes vos demandes ; mais non pas aussitôt qu'il vous plaira de les faire. Souvent au contraire il paraît ne pas vous écouter. Il semble recevoir vos empressements avec indifférence. 11 oppose à vos prières les plus légitimes > nne rigueur apparente. Ame chrétienne, ah ! gardez-vous de vous rebuter. Cette dureté feinte est encore un raffinement de sa bonté. Il veut tout à^ la fois éprouver et exercer votre patience , votre foi , votre humilité, votre ferveur. Le peu de succès de vos premiers vœux , loin de les ralentir , est un motif de les renonveler avec plus d'ardeur. Et les grâces du Seigneur ne sont-elles donc pas assez précieuses pour être sollicitées souvent et longtemps? Le moment où vous cessez votre prière est celui où elle allait être exaucée. Vous désespérez du succès à

(t) Postulel anrem infide nihil hacsitan». Jàc, i. 6.

l'instant où votre espoir était le mieux fondé. Dieu était prêt à céder à vos instances , et c'est vous qui cédez à sa résistance simulée. Vous perdez tout votre mérite , sur le point d*en recueillir le prix , et vous abandonnez la carrière , lorsque vous touchez à la palme.

Enfin une cinquième et dernière condition, à laquelle est attaché le succès de la prière , est l'attention. Sans attention il n'y a pas de prière. L'acte le plus nécessaire de la religion ne peut pas être une pratique purement extérieure. Peut-on de bonne foi se persuader qu'on loue Dieu , qu'on l'implore, qu'on lui rend grâces , sans y penser ? Ce qui constitue essentiellement la prière , ce que Dieu écoute , ce qu'il exauce , ce n'est pas le son qui sort de la bouche, et qui se perd dans l'air; c'est le sentiment , qui du cœur s'élève jusqu'à lui. De l'instant où vous cessez de vous appliquer , vous cessez de prier. I^* attention dans la prière est de précepte, comme la prière même. C'est un égal péché de ne pas prier , ou de prier sans réflexion. Ainsi, et tous les docteurs en con«viennent , dans les prières commandées spécialement et sous peine de péché, l'attention est impérativement commandée , et les distractions notables* auxquelles on se laisse volontairement aller ,. deviennent dans ce cas des offenses grièves et mortelles. Prenons garde cependant , en présentant la morale sainte dans toute son étendue y de l'exagérer. En prévenant des prévarications , crai~ gnoQS d'engendrer de vains scrupules. Ce qui est coupable.dans les distractions, n'est pas la légèreté qui y est entraînée , c'est la volonté qui s'y prête, L'Auteur de notre nature en connaît la faiblesse. L'indulgence suprême ne s'offense pas des négligences que nous ne voulons point commettre. C'est le moment où nous nous apercevons de la distraction, dans laquelle nous sommes tombés, qui décide si elle sera vicieuse ou innocente^ Coupable si nous y persévérons , elle ne nous est pas imputée , si nous revenons à Dieu avec une nouvelle ferveur. Que ces épreuves fréquentes de notre fragilité servent à nous retenir dans 1 humilité et dans la défiance de nous-mê-r

538 ixpLiCATioir

mes. Deitiandons à Dieu de notis délivrer d^e ces <}îvâgations^ auxquelles notre esprit esl emporté par sa Iqgèreté ; mais tie les regardons pas comme des crimes. Ne nom croyons pas obligjés, comme certaines âmes non samtement timorées , mais Vainement scrupuleuses, à. répéter les parties de nos prières auxquelles nous n'aurions pas donné une attention formelle.

Je vous ai dit toutes ces choses en puraboUst^ Vheure vient où je ne vous parlerai plus avec obscurité, mais oûj» vom annoncerai avec clarté ce qui concerne mon Phrei Le temps était très- voisin où J«sus-Gbrist devait cesser d'^employer le kngage des^ paraboles. Trois jours après ce discom?, le soir de sa résurrection, il communiqua à ses apôtres , avec le Saint-Esprit , rinteiligence des Écrftares. Pendant les quarante jours qu'il resta encore afreceui,il ne cessa de leur révéler en termes clair» totit ce qui concerne son Père. Enfin , lorsque PËsprit saint fat descendu sur eux , peu de semaines après , transformés en d^autres hommes, ils se trouvèrent pleinement instruits de toutes les vérités qu'ils devaientatler répandre sur la terre. Ainsi la Sagesse suprême les conduisait par. degrés de l'état de simplicité, d'ignorance, de grossrèreté où elle les avait pris, aux talents, à la science, au génie qui devaient étonner les peuples, confondre les philosophesi convertir l'univers. Qu'à travers les nuages qui couvraient encore en c« moment l'aurore du christianisme , les Apôtres ne découvrissent que faiblement la lumière qui commençait à poindre ; que dans les termes énigmatiques employés par leur divin Maître , ils ne saisissent pas tout le sens qui était caché , Cela ne doit ni nous étonner , ni ndus , scandaliser. Mais maintenant que le soleil de vérité brille de tout son éclat , comment se trouV€-f-il des yeux qui n'en soient pas frappés?Quand les vérités du salut nous sont enseignées sans obscurité, sans allégories , comment se fait-il que tant de personnes en soient si peu instruites? L'étude de la religion occupe à peine quelques moments de Tenfance. On croit posséder suffisamment la science du salut, parce qu'on a bien ou mal retenu les courtes

BEB iVAl)61L8â. 539

et familières itiitriictiDits queToû reçut datis ses pretniè*^ res années. L'un des prétextes les plus communs pour se dispenser des lectures pieuses , pour s'absenter de la parole divine , est que Ton sait surabondamment tout ce qui s'y enseigne» Erreur grossière et funeste I L'art de te sattver n'est pas une simple spéculatioii* Il en est de celui -«là comme de tous les autres j c'est par la pratique que Ton 6'iD8trait« Interroge tous les saints personnages qui ont cantumé leur rie dans la contemplation deftyé^ rites célestes^ Tous vous répondroat que^ dans cette inépuisable science , il reste toujours plus de pas à faire qu'on n'en a fait. Ce n'est que l'ignorance qui se croit liabile , et sa présomption vient de ce qu'elle ne se doute pas ifiéme en quoi la science coostste^ La présomptiolL nous séduit ^ parce que l'ignorance nous aveugle. Ainsi ^ d'une part y plus on a appris^ plus on éprouve le besoin d'apprendre } et de l'autre ^ moins on est instruit^ moitié, on sent la nécessité de s'instruire.

En 0e tunpi'làvouê demandereM en mannom, eijewf vous dû pus que f4t prierai mon Père pour vous. Il s'est aç-^ compii ^ il s'accomplit encore cet oracle de Jesvs^Gbrist* Du nord au midi , du couchant à l'aurore y partout où la religion chrétienne a pénétré ^ s'est répaodu avec eUt ce dogme que prêchèrent les Apôtres dès le premier jour de leur mission : qu'il n'y a de sàlut que par J^us^-Chrîsty et qu'il n'a pas été donné aux hommes sous le ciel^ un autre nom par lequel ils puissent se ^uver (1). C'est ee nom sacré , retentissant dans tous ks cantiques de l'Ëgli^ se, dans ses adorations,, dans ses géuiissdments^ dans ses supplications y. dans ses actions de grâces , qui en fait la force et le mérite^ Il n'est pas nécessaire que Msus^ Christ scoute qu'il y. unira ses propres prières. Ses ap6^ très ne doutaient point de son atnour^ Il leur^n avait donné les preuves les plus multipliées; ils allaient en recevoir.de plus abondantes et de plus magnifiques en-

■*«<^— ^a I M ■ ■ im^mamtmmt»fmt»

(i) Non Mt in alio Ali!)iio saint. N«c enim «fidd ncmett «st stib. o«elQ dainm liODain>bii«y io quo opporteat nos salvos fieri. Jet* tv^ itt».

040 £KPLICATlOIf>

€ore. Sur la terre il avait sans cesse priëpour eU'Z ; ils ne pouvaient pas croire qu'au sein de la gloire , il les abaii^ donnerait.

Car VMn Père vou$ aime, parce fuevous m'avez aimé-, et que vont avez eru que fêtais sorti de Dieu, Il y a dans Dieu deux sortes d'amour pour nous : l'un général pour tous les hommes r l'autre, particulier pour lesjusteSà Le premier est le principe de notre amour pour lui ; le second en est la récompense. Tel est^ selon l'apôtre S. Jean , si profond dans cette matière ,. l'ordre de la clia-* rite. Ce n'est pas nous qui avons aimé Dieu , mais c'est lui qui nous a aimés le premier (1) ;.et cet. amour de notre Dieu doit exciter le nôtre (2). Il en est tout à la fois , et la cause par la grâce qu'il répand dans nos cœurs^ et le motif par la reconnaissance qu'il nous inspire. Mais cette charité , par laquelle nous répondons à celle de Dieu , augmente encore la sienne. Il nous aimait comme ses créatures ; il nous chérit comme ses enfants. C'est de cet amour que Jésus-Christ parle ici à ses apôtres , et dans eux, à tous ceux qui leur ressembleront. Tous ceux qui croient en Jésus-Christ , et qui l'aiment , Dieu a pour eux un amour de prédilection. La fol et la charité sont les deux titres qui nous acquièrent cet amour de notre Dieu. Ces deux vertus, indispensablement nécessaires, sont intimement unie». La foi sans la charité est morte ; sans la foi la charité est nulle. Chacune des deux est la première des vertus chrétiennes : l'une dans l'ordre du temps , l'autre dans celui du mérite. La foi précède la charité ; la charité surpasse la foi. La charité est produite par la foi ; la foi est fortifiée par la charité. C'est la foi qui inspire à la charité ses sentiments ; c'est par la charité que la foi opère. Examinons-nous soigneusement sur ces deux vertus si essentielles<. Considérons avec toute l'at-

(i) In hoc est charitas , non quasi nos dilexer'mas Deam , sed quoniam ipse prior dilezit nos. / Joan. iv, lo.

(«) Nos ergo diligamas Deam , qaoDiâm Deas prier dileiit nos. Wd. 19.

BBS ÉVANGILES. 54l

tentionqne demande un si grand intérêt, si les paroles que Jésus-Christ adresse à ses apôtres pourraient nous être appliquées. Avons-nous cette foi ferme, cette cha-r rilé ardente qui méritent et attirent l'amour distingué de notre Dieu ? Notre foi n'est-elle pas souvent ébranlée par les sopliismes de l'incrédulité, déconcertée- par les railleries du libertinage? Notre charité n*est<'elle pas plus souvent encore refroidie par les dissipations , par les suggestions, par les exemples du monde; altérée par nos pi*opres négligences^ par nos affections étrangères , par nos inclinations- terrestres, par notre respect humain? Pour conserver pures et intactes ces deux grandes vertus ^ ayons sans cesse devant les yeux le prix immense que Jésus-Christ y attache : c'est l'amitié de Dieu , le plus solide , comme le plus précieux de tous les biens , qui nous suit au-delà même du trépas , qui est notre soutien dans cette vie, notre éternelle félicité dans l'autre.

Je iuii sorti de mon Père, et je suis venu dans le monde : de nouveau je vais quitter le monde , et aliéna mon Père. Jésus-Christ revient souvent, dans son Évangile, sur celte vérité. Il exige spécialement qu'on la croie. Il loue les Apôtres d'en être persuadés, parce qu'étant l'objet de notre foi , elle en est en même temps le fondement Le Verbe fait chair , le Fils de Dieu sorti du sein de son Père , est descendu pai;mi les hommes pour les racheter et les instruire, devenu homme sans cesser d'être Dieu ; voilà le mystère qui nous fait croire sans difficulté tous les autres. Jésus-Christ est Dieu. Dès^lors toutes ses paroles sont pour moi les oracles de la vérité suprême* Qu'il s'élève dans mon esprit des tentations contre la foi,' je les repousserai toutes avec cette seule pensée : Jésus- Christ est Dieu , et c'est lui q^ii est l'auteur de ma croyance. Que riiérétique essaie de m'entraîner dans ses opinions erronées , je m'en garantirai par cette seule ré-» flexion vi Jésus-Christ est Dieu , et il a promis Tinfaillibilité à son Eglise. Jé^^uS'-Christ est Dieu : voilà le. principe >^ le gavant ,1e boulevard de ma foit .

542 KXPUCATtoir

Sa dUcipies lui dirent : Vova mmê parlez wMi»i0MLni «née clarté j et w>u$ n'employez point de paràboUi* Nous eavons à présent que Umt vûn$ est connu, et qu'il n'eei pas besoin que personne vous interroge ; et par cette raùon nous croyons que vous êtes sorti de Dieu* Lie» Apôtre», comprenaut quelque chœe à la fia du discours de leur divin Maître, croient déjà être au momeat où tout leur sera clairement expliqué. lis croient voir à découTert les yérités cétestes ; et cependant cooibieii la profesfloo de foi qu'ils font est elle-'tnême faible et imparfaite l Ne les ' imitons pas en ce point. Défions-nous beaucotip denousmêmes et de nos prétendues connaissances* Demandons à Dieu les lumières qui nous manquent, et inéritons de les obtenir par notre bu milité.

/Vn/\/\AAA/\A/\/V A/VAy\A/X/\AAy\AA/lA/VAAA/\y>JVA/VAAAAA/V.

Page 1