DU PREMIER DIMANCHE DE LAVENT
Jésus-Orist annonee le jugement dernier.
JÉsns dit à ses disciples : Il y aura des prodiges dans le soleil, dans la lune, et dans les étoiles; les peuples de la terre seront dans la consternation , par le trouble que causera le bruit de la mer et des flots : les hommes sécheront de frayeur dans l'attente de ce qui doit arriver à tout l'univers, car les vertus célestes seront ébranlées ; alors ils verront le Fils de l'homme sur une nuée^ revêtu d'une grande puissance et d'une grande majesté. Lorsque ces choses commenceront à s'accomplir , levez la tête et regardez en haut, parce qup. le temps de votre rédemption approche. Il leur proposa ensuite cette comparaison : Voyez le figuier et les autres arbres ; lorsqu'ils commencent à pousser ,. vous reconnaissez que l'été est proche : de même , lorsque vous verrez arriver ces choses , sachez que le royaume de Dieu est proche. Je vous dis en vjérité que cette génération ne passera point que tout cela n'arrive. Le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront point. Prenez donc garde
6 EXPLIGATIOK
à VOUS de peur que vos cœurs ne s'appesantissent par l'excès des viandes et du vin , et par les soucis de cette vie, et que ce jour ne vienne tout à coup vous surprendre ; car il enveloppera comme un filet tous ceux qui sont sur la face de la terre. Yeillez donc, et priez en tout temps , afin d'être trouvés dignes d'éviter tous ces maux qui doivent arriver , et de paraître avec confiance devant le Fils de l'homme. Luc, chap. xxi , vers. 25-36.
Jésus dit à ses disciples : Il y aura des prodiges dans le soleil, dans la lune et dans les étoiles. Les peuples de Ul terre seront dans la consternation par le trouble que causera le bruit de la mer et des flots. Les hommes sécheront de frayeur, dans Valtente de ce qui doit arriver à tout Vunivers , car les vertus célestes seront ébranlées ; alors ils ver-> ront le Fils de l'homme sur une nuée, revêtu d'une grande puissance et d'une grande majesté. Il peut paii^ître étonnant que PEglise ouvre le saint temps dans lequel nous entrons , et où elle nous prépare à célébrer la venue de Jésus-Christ notre Sauveur , en portant nos regards sur Jésus-Christ devenu notre juge. Elle va nous le faire considérer donnant commencement aux siècles de miséricorde , et elle nous le montre faisant éclore les siècles éternels de la justice : dans l'un et dans l'autre avènement , c'est un Dieu ; mais quelle différence entre le Dieu d'autre fois et le Dieu d'alors ! Là , c'était le Dieu qui était caché ; ici, ce sera le Sauveur qui sera méconnaissable ; il faisait dire aux filles de Sion : Yoici votre roi qui vient à vous plein de douceur (1) ; il ordonnera à toutes les générations de se rassembler à ses pieds pour entendre régler leur destinée. Sur la terre , il n'était occupé qu'à répandre des bienfaits; élevé au plus haut des cieux, il distribuera ses irrévocables arrêts. Il était ap-
(i) Dicite filiae Sion : Ecce rex tans venît tibi raansnetns. Mat th. XXI, 5.
paru le réparateur du péché , il s'en montrera le vengeur ; et au lieu d'apaiser comme alors la colère divine, il la fera éclater. Quel rapport peuvent donc avoir deux avènements aussi immensément différents ? C'est ce que l'Eglise a intention d'établir et de nous faire connaître ; elle veut que la crainte salutaire des jugements que rendra un jour Jésus-Christ, bannissant de nos cœurs toutes les affections vicieuses, y fasse entrer la confiance en Jésus-Christ notre libérateur. La frayeur aplanira les voies à l'amour , et nous serons bien mieux disposés k sentir toute l'étendue du bienfait de la rédemption , quand nous serons vivement frappés de la rigueur des arrêts dont elle doit nous préserver. Entrons donc dans l'esprit de l'Eglise , et disposons-nous à adorer Jésus- Christ dans la crèche qui lui servit d'autel , en le contemplant sur la nuée qui lui servira de tribunal.
Le principe d'un jugement à subir après cette vie , est tellement conforme à la raison , que nous le trouvons établi dans tous les temps, répandu dans tous les pays ; toutes les religions l'ont enseigné, toutes les nations Font adopté. Comment auraient-elles pu concilier autrement la certitude d'un Dieu juste , avec le spectacle frappant de la distribution inégale des biens et des maux sur la terre ? Le crime presque fonjo^irs hfiiireiix. lajggrtu presque partout misérable , ont fait calomnier ' la Providence par les insensés , mais ont fait sentir aux esprits raisonnables ses vues pleines de sagesse ; et les faisant pénétrer dans les profondeurs de l'avenir , leur ont découvert la nécessité d'une autre vie , où , la scène changeant entièrement^ le bonheur serait une récompense , et le malheur un châtiment. Ils admettaient donc tous un jugement, qui, rétablissant l'ordre interverti dans le monde , rendrait à la vertu ses honneurs usurpés , et couvrirait le vice de l'opprobre dont il a l'art de se garantir ; mais il n'avait pas été accordé à la raison liumaiue d'aller plus loin : elle était incapable de découvrir la nature et les circonstances de ce jugement, et ses efforts pour y atteindre avaient abouti à imaginer
s KXPUCATION
de» fables absurdes et minutieuses. C'est à notre religJMM», qui a répandu sur le monde tant de lumières , que le genre humain a robllgation d'être éclaliré>sur ce point si important. La foi, déchirant le Toile qui cachait nos destinées y nous rév^e deux arrêts successifs que nous aurons à subir ; le premier au moment où nous sortirons de ce monde ; le second , le jour où le monde lui-même sera anéanti ; l'un » seul aux pieds de Dieu ; l'autre à la Tue de toutes les générations ; celui-là , par notre âme séparée de notre corps; celui-ci, par notre âme et notre corps réunis de nouveau. Ce ne seront point deux jugements divers; à proprement parler, ils n'en feront qu'un seul, il n'y aura de différence que leur solennité ; le second sera la confirmation du premier, ou, pour parler un langage plus exact consacré par l'Esixrit saint, il sera la révélation du juste jugement de Dieu (l)v Considérons ce double jugement , d'abord en lui-même , fixant notre éternelle destiaée,et tel qu'au moment de la mort nous irons le recevoir ; nous examinerons ensuite les circonstances dont il sera environné dans le grand jour de sa publicité.
Le jugement de Dieu est inévitable. Il est en mon pouvoir de faire qu'il me soit favorable ou contraire ; mais un pouvoir auquel je suis irrésistiblement soumis, me forcera un jour de le subir. Je n'ai été mis au monde que pour en être retiré. Je n'ai reçu des biens temporels et spirituels que pour en rendre compte. De tous les hommes qui , avant moi , ont traversé cette vie , il n'y en a pas un qui n'ait été arrêté au passage de l'éternité pour y recevoir sa sentence. Chaque jour je vois autour de moi mes semblables partir pour se rendre devant ce redoutable tribunal. Mon tour viendra ; c'est une nécessité de l'attendre. Ne pouvant m'y soustraire , je dois m'y disposer.
Sûr d'avoir à subir mon jugement , j'ignore absolument quand il sera rendu. Le moment ne me sera con-
(i) lo die revelatioois jasti jodicii Dei. Rom, ix, 5.
DES ÉTANGILIS. Vl
nu que lorsqu'il sera arrivé ; jusque )à il demeure caché dans l'impénétrable nuage de l'avenir. Ce que Dieu me révèle, ce qu'il me fait répéter presque par tous les Eoivains sacrés, afin que je ne puisse ni l'ignorer ni l'oublier^ c'est que ce jour terrible arrivera à l'improviste elcooune un voleur (1). Malheur à moi , si , plongé dans la léthargie du péché , j& ne me réveille qu'au son de l'heure fatale ; si , comine tant d'autres qui tombent journellement à mes côtés , je me kiisse surprendre au milieu de mes dissipations par la voix tonnante qui m'ordonnera d'en rendre compte ! Les malheureux I à l'instant où ils ont entendu cette épouvantable citation, ik se flattaient d'avoir encore un long temps pour s'y disposer. Ce qui leur est arrivé, je puis l'éprouver; je l'éprouverai certainement comme eux , si , comme eux , je néglige de me préparer à ce moment le plus impor* tant de tous.
Bans cette terrible incertitude sur le jour où mon tour viendra de comparaître devant le Juge suprême , ce que je sais certainement , ce qui redoublé mon effroi, c'est que je m'en approehe continuellement. Chaque moment de ma vie est un pas que je fais vers celui qui la terminera ; chaque jour je sens la vieillesse appesantir ma tète et la pencher plus- fortement vers le tombeau ; chaque année , m'enlevant sensiiblement une portion de ma vie, m'avertit que l'année où je dois la perdre tout entière ne peut pas être éloignée. Depuis que j'occupe la terre, que d'heures > que de journées, que d'années passées , hélas ! et ne puis-je pas dire perdues ? J'aurai à )OStifier remploi de toutes , et chacune grossit le compte qui me sera demandé. Avec quelle ardeur ne dois-je donc pas employer ce qui me reste de temps , bien court
(i) Adveniet amem dies Dominisicat far. // Pet. m, ro. Ip« enim diligentcr scitis quia dies Domini , 6icnt fur in Qocte , itafeoiet. / Tkessal» Vt 3*
EcceTenîO'SicQt far. Jfoc, xvi, iS^
peut-être , à réparer tout celui que j'ai consumé inutilement , si ce n'est même criminellement.
Il viendra donc , et nous l'attendons dans le silence de la terreur , ce jour appelé avec tant de justesse le jour du Seigneur. On peut regarder tous les jours de notre vie comme nous appartenant , parce que nous les em* ployons au gré de notre volonté , mais le jour de notre mort n'est plus à nous ; ce n'est plus nous qui en disposons. La volonté suprême qui le fixa , dispose arbitrairement de ce jour et de nous-mêmes. Au moment où nous entrons dans le t^nmeil de la mort , Dieu qui , pendant tout le temps de notre vie, avait paru endormi sur nous et sur nos actions , se réveille comme d'un long somme ^ il se lève, dit son prophète, et vient juger sa cause (1). C'est sa cause et la mienne ; il est ma partie , et en même temps mon jugé. C'est lui qui se lève pour intenter contre moi l'accusation ; c'est encore lui qui s'assied pour prononcer mon arrêt. Il n'y a que l'Etre infiniment juste à qui puisse appartenir ce droit de juger sa propre cause. Les juges de la terre n'en sont pas dignes , leurs arrêts seraient constamment inspirés par la passion^ dictés par l'intérêt ; mais ce qui serait parmi les hommes^le comble de l'iniquité , est dans Dieu la suprême justice. Quel autre pourrait lui dénoncer la multitude de péchés cachés a tous les yeux humains , qui n'ont eu que lui' pour témoin ? Qui peut , s'il n'est pas Dieu , sentir toute la malice, voir toute la difformité du péché ? Dans lui, la justice et la vengeance se confondent sans inconvénient. Dans l'homme , la vengeance est criminelle , parce qu'elle est un emportement de passion ; dans Dieu , elle est sainte , parce qu'elle est un mouvement d'équité. Celle de l'homme excède toujours les bennes ; celle de Dieu ne peut en avoir. L'homme n'a pas le droit de se venger ; il y a sur la terre , ou au moins dans le ciel , des tribunaux qui le vengeront ; mais qui est-ce qui serait capable de venger Dieu ? Quel autre que lui pourrait ti-
(i) Ezsnrge, Deas, et jndica caosam toaiii. Psal, lxxiii, aa.
DES ÉYANOILIS. ' 11
rer la vengeance pleine, entière, qui lui est due? La vengeance est à moi, dit-il (1). Elle ne peut être qu^à lui, parce quHl n'y a que lui qui paisse en connaître rétendue , et en infliger la totalité. Snr la terre il ne l'exerce pas ; il la réserve au jour où il nous aura amenés à ses pieds pour nous juger , et plus elle aura été différée , plus elle sera terrible. C'est alors , nous dit-ii d'une voix menaçante , c'est lorsque j'aurai repris l'exercice de ma justice , que j'aiguiserai mon glaive comme la foudre , et que j'assouvirai contre mes ennemis la plénitude de ma vengeance (2).
Nous redoutons les tribunaux humains ; et que sont leurs jugements auprès de celui de Dieu ? Figurez- vous d'une part un criminel conduit devant le magistrat qui l'interroge , et de l'autre ^ le pécheur comparaissant devant Dieu , qui prononce son arrêt. Quelle différence de terreur dans les deux I Vous verrez l'un , conservant encore de l'espérance, chercher à faire illusion à son juge, vouloir surprendre son équité^ implorer sa pitié , tâcher de fléchir sa justice; et l'autre, dans le silence de la confusion et dans l'horreur du désespoir, contempler l'inévitable éternité de supplices où il va être plongé. Que peut- il en efifet répondre au Juge suprême qui demande le compte de ses actions ? Mais que dis-je ? il ne nous le demandera pas , il nous le présentera lui-même tout fait. Nous en' lirons tous les articles écrits dans le livre des jjistices ; le. tableau fidèle de notre vie sera remis en entier, sous nos yeux. La main céleste , déroulant tous les plis de notre conscience , nous en fera découvrir, pouv la première fois peut-êlre, les diverses sinuosités. Nous verrons avec effroi la multitude de nos péchés s'offrir tous ensemble à nos regards, non plus sous les fausses couleurs dont le monde cherche à les parer , et
(i) Mea est oltio, et ego retribàam in tempore. Deul, xx^ii, 35. Rùm. XXI, 19. Hebr, x, 3o.
(3) Si acaero at falgar gladiom menm, et arripnerit jadiciam inairas mea ; reddam nltionem hottibns meis. Deut, xxxii , 4x .
12 SXPUCihTIOlV
dont nous k» embellissions à nos yeux , mais tels quib sont, et dans toute leur difformité. Notre conscience , que nous étions parvenus à pervertir, dont nous ation» feit notre complice , et qui, séduite d^abord par nous, entretenait à son tour notre illusion , rendue désormais à sa rectitude primitive^yélèvera contre nou». Nous re-> fusâmes dans le tempTïf^outer ses avis salutaires ; nims entendrons malgré nous ses terribles reproches. Ses remords , que nous étouffâmes , commenceront notre supplice. Si sa Toix nous effrayait tant , quand elle nouë^ accusait seulement à notre propre tribunal , de quelle terreur ne nous pénètrera«t«-elle pas, quand elle déposera contre nous au tribunal de Dieu T Tel sera donc dans ce redoutable jugement l'excès de honte et de malheur de celui qui 8era> trouvé coupable , qu'il sera forcé de se condamner lui-même. L'épouvantable arrêt que prononcera le Juge suprême ne sera que la confirmation de celui qu'aura déjà porté la raison du pécheur.
Il est enfin rendu , cet arrêt que la miséricorde avait tenu si longtemps suspendu sur la tête du pécheur , et que ses crimes ont enfin arraché à la j^ustice. Ce n'est plus la confusion qui le pénètre^ c'est le désespoir, avec toutes ses horreurs, qui s'empare de lui. Le temps de ht grâce est-passé, les siècles de la colère commencent. Ilscc»nmencent, hélas I et jamais ils ne finiront. L'éternité, voilà la mesure de ses tourments. Il voit déjà sous ses pas les flammes qui le brûleront sans relâche , et , ce qui est plus affreux , qui ne le consumeront jamais.
L'homme a reçu son jugement» Le juste recueille sa récompense , le pécheur subit son supplice. Tout n'estt-il pas consommé ? La justice suprême a-t-elle encore quelque chose à exiger? l'éternelle félicité, quelque chose à désirer ? le comble du malheur , quelque chose à redouter ? Pourquoi ce second jugement que Jésus- Christ promet aux saints , et dont il menace les coupables, est-ce pour lui-même, est-ce pour les réprouvés qu'il rassemble cet appareil imposant? C'est, et pour lui-même et pour eux. Four lui , afin de faire édater
DES ÉVàlfGlLES. IS
sa gloire, de j^istifier sa justice j de venger sa doctrine, de faire révérer jusqu'à «es humiiiatioBs; pour les saints, afin de manifester leurs vertus ; pour les damnés , afin de combler leur confusion. Les circonstances du dernier jt^ement'vont nous montrer ces vues de notre Dieu
parfaitement xéalisée^^»
Le temps a terminé son cours ; la dernière des heures va sonner ; l'univers touche à son terme ; la parole qui ie fit sortir du néant va l'y replonger. Un ange vient lui annoncer qu'il ne lui reste plus à exister que quelques instants : il vole au travers du ciel criant d'une voix forte aux peuples étonnés : Tremblez devant le Seigneur et rendez^lui gloire ; l'heure de son jugement est arrivée (1). Il embouche la trompette fatale , qui, selon les oracles des prophètes y doit précéder immédiatement la consommation da mystère de Dieu (2). A ce son , qui retendt jusque dans les entrailles de la terre , se réveil-» lent tous ceux qui , depuis l'origine du monde , s'en-^ dormirent du sommeille la mort; toutes les générations , entassées depuis tant de siècles les unes sur les autres, se redressent et reviennent sur la terre qu'elles occupé-* reut. Du sein de la mer , des antres profonds , de toutes les parties du monde , Dieu a ramassé leurs membres épars : leurs âmes s'étonnent de se trouver de nouveau unies aux corps qu'elles ont animés. Tous le!^ hommes qui existèrent jamais , rassemblés dans un même lieu , se regardent avec étonnement , attendant en silence ce qui va arriver. C'est le Fils de l'homme qu'ils voient se présenter couvert de gloire et de majesté , porté sur une nuée lumineuse , environné de la multitude de ses anges. Il vient , revêtu de la puissance que son Père lui a con* fiée, juger tous ces mortels pâles et tremblants à ses pieds.
(i) Yidi angelam volantem pcr^mediam coeli dicens voce
magiM : Tinaete Dominamet date eî honorem, quia venithora jadJci^ ejns* j4poe. xit, 6, 7.
(a) Gtun cœperit toba caDer«, conaammabitar mysterinm Dei; aieat «vangelÎMyit per servçs snos Px^pbetaa. jépoe* x, 7.
A son aspect les cieux s'enfuient et disparaissent avec les astres dont ils brillaient ; la terre s'écroule sous ses habitants consternés ; les éléments se dissolvent. De tout ce que Dieu créa , il n'a conservé que les humains pour recevoir ses arrêts , et ses ministres pour les exécuter.
Le voilà donc enfin ce dominateur suprême rendu à toute sa splendeur , qu'il avait si longtemps laissé obscurcir i voilà tous ces hommes qui l'avaient ignoré , méconnu , persécuté , outragé , forcés de l'adorer. Le peuple qui a été le sien , qui a refusé de continuer de l'être, levant, comme l'annonçait le Prophète , les yeux sur celui qu'il immola (1) , reconnaît en lui son Messie revêtu d'une gloire bien supérieure à celle dans laquelle il l'attendait^ achevant d'accomplir les oracles , et possédant l'héritage des nations , promis pour lui à David son père (2). Ils le contemplent avec effroi sur leurs têtes , les peuples infidèles qui , dans leurs extravagantes superstitions , lui substituèrent de vaines idoles ; ils cherchent inutilement les absurdes divinités auxquelles ils prodiguèrent leur encens ; ils sont confondus de honte de s'être prostitués à un culte aussi insensé qu'impie , qui insultait la raison , outrageait la nature , dégradait l'humanité. Les voilà aussi , courbant devant Dieu leurs têtes superbes qu'ils élevaient contre lui avee une insolente arrogance , ces hommes audacieux qui avaient secoué le joug de la religion. L'athée regarde avec ter-reur celui à quiâl osa contester l'existence ; le déiste qui nia la Providence , admire en frémissant la consommation de son grand ouvrage ; les incrédules de toutes les classes viennent avec désespoir servir au triomphe de la religion , dont ils révoquaient en doute la réalité. Us tombent aussi aux pieds de ce Dieu qu'ils ne cessèrent d'offenser par leurs crimes, et d'outrager par leurs blasphèmes , tous ces libertins d'esprit et de mœurs , pour
(x) Âspicient ad me qnem confixeraDt. Zach. xii, xo. (a) Domintu dixit ad me : Filias meas es ta , ego hodie genni te. Postula a me^et dabo tibi gente» haeceditatem taam. PsaL u, 7, 8.
qui la foi , la piété , la religion furent des sujets de dérision ; dans la douleur d'un repentir désormais stérile , ils s'offrent à ses éternelles vengeances , et lui font , par leur humiliation , à la face de l'univers , une solennelle réparation de leurs extravagantes impiétés. Voilà donc quel est l'évéïiement de ce grand jour y de ce jour tel que depuis le commencement il n'y en eut jamais de pareil , de ce jour après lequel il n'y en aura plus aucun (1). Tout orgueil des hommes est humilié, toute hauteur est abattue : Dieu seul est exalté (2) ; et sur les débris de toute autre grandeur anéantie, la sienne s'élève dans toute sa majesté.
Ce n'est pas seulement sa gloire méconnue que Jésus- Christ vient faire admirer; il veut faire révérer et adorer jusqu'à ses humiliations. Le signe du Fils de l'homme , sa croix, autrefois le scandale des Juifs, et la folie des Gentils , devenue la terreur des uns et des autres , apparaît resplendissante au plus haut des airs (3). C'est maintenant qu'est accompli ce que disait l'Apôtre : le scandale de la croix est anéanti (4) ; il n'y a d'heureux que ceux qui ont porté et chéri la croix. Ainsi , lorsque Dieu déployait sa puissance contre l'Egypte en faveur d'Israèl, tout ce qui n'était pas marqué du sang de l'Agneau était frappé de sa colère. Ainsi, dans le jour où il développera avec bien plus de force sa toute-puissance pour les justes et contre les pécheurs , tout ce qui ne portera pas le signe du véritable Agneau pascal , sera livré à ses implacables vengeances. Pécheurs, vous voyez la croix sur les autels comme sur le trône de la miséricorde, vous inviter à mettre en elle votre confiance ;
(r) >Dies tenebrarttm et caliginis.... simiKs ei non fait a prindpio, et posteam.non erit../oe/. ii, a.
(a) Ocnli soblimes hominia hamHiati snnt , et iocarvabitor altitada viromiD; exaltabitar aatem Dominns solos in die illa. Ua, ii , 1 1 .
(3) Tanc parebit signam Filii hominis in cœlo , et tanc plangent omnes tribat terrœ. IHatth. xziv , 3o.
(4) Ergo evacnatam est scandalam crocis-. GaL v , i x .
t6 EXI^CATION
elle vous sera présentée alors , mais devenue aussi ter-rible qu'elle est consolante; elle vous sera présentée^ non plus pour réveiller vos espérances, mais pour consommer votre désespoir ;. elk vous sera [M'ésentée pour être larègle de votre jugement , et la Justice suprême fera servir à votre réprobation jusqu'à l'instrument de votre salut.
Jésus^Christ ne se borne pas à faire briller sa gloire méconnue , à faire respecter ses humiliations méprisées, il vengera encore sa doctrine calomniée et sa loi violée. Les Livres sacrés , que dicta la sagesse suprême , que la bonté infinie nous donna pour être notre règle , seront ouverts et présentés aux regards de toutes les générations rassemblées, pour être le titre de leur jugement (1). Ceux qui nièrent la divinité de ce» saints livres , ou qui blasphémèrent les mystères qu'ils révèlent, ou qui raillèrent les principes qu'ils enseignent , ou qui négligèrent de s'instruire des règles qu'ils contiennent , ou qui violèrent les devoirs qu'ils imposent , y liront avec terreur leur condamnation prononcée d'avance. Que sont en effet tous les anathèmes dont les saintes écritures sont remplies contre l'irréligion, contre le libertinage , contre l'orgueil , contre la colère , contre l'hypocrisie, contre le scandale , contre tous les vices , sinon autant d'arrêts anticipés sur ceux qui s'y livrent , et dont au dernier jour il ne restera à faire que l'application?
Ainsi sera solennellement vengée la justice de Dieu contînuellementbravée , dans cette vie , et fréquemment outragée. Ainsi ^ront dissipés tous les murmures, toutes les plaintes que l'on entend maintenant répéter de tous côtés , sur l'excessive rigueur de la loi de Dieu^ sur la cruelle sévérité de ses jugements. En se faisant rendre compte de la conduite de tous les- hommes ,^ Dieu daignera leur rendre compte de sa propre conduite. Comme s'il avait besoin de faire confirmer par eux ses sacrés
(i) Et libri apertt sont.... et judicati • inat mortni ex bis qaae scnpta.^erant' in librit sccandam opéra ifaoïcma* Jfùc, xx, 12.
jugements , en même temps qu'il jugera leur» justices, il fera juger par eux les siennes , et le monde qui ose les censurer » sera foroé, tout en frémissant, de reconnaître l'équité de condamnation.
Ce n^ést pas assez pour Jésus-Christ de se i^enger luimême solenneUement des mépris et de outrages du monde. La gloire de ses élus e$t liée à la sienne > et le monde n'est pas plus juste pour eux qu'envers lui. Il a donc voulu qu'il y eût un jour où leurs vertus données en spectacle au genre humain tout entier , reçussent enfin les hommages qui leur furent si longtemps refusés. Siir la terre , elles furent méconnues , et parce que Thumilité qui les couronnait» les cachait avec soin aux regards des hommes , et parce que les hommes qui n'étaient pas di* gnes de les connaître, ne cherchaient pas à les découvrir, craignaient même quelquefois d'y voir la censure de leurs vices. Et plût à Dieu que ces admirables vertus n'ei^^sent été que méconnues! Mais tel est leur sort dans cette triste vie, d'être continuellement livrées aux mépris, exposées aux outra^^, en butte aux persécutions. L'enfer est occupé sans relâche à en obscurcir l'éèlat par le souffle empesté de la calomnie. Il n'y a pas de vertu dont , pour détourner les hommes , il ne s'efforce de faire ou un vice ou un ridicule. Ecoutez les propos du monde, et même de plusieurs de ceux qui dans le monde se sont fait une réputation d'honneur et de probité ; vous entendrez de tous côtés taxer la piété de minutie , la ferveur d'exaltation , le zèle de fanatisme » la délicatesse de conscience de scrupule, l'amour de la soUtude de bizarrerie, l'humilité de bassesse, la modération d'indolence , la bienfaisance de prodigalité, la prudence de finesse, la franchise d'indiscrétion, la résignation d'insensibilité , la mortification d'extravagance ; les actions les plus louables sont interprétéesdéfavorablement, et quand il est impossible de leur prêter un mauvais sens , ce sont les intentions qu'on empoisonne. Grand Dieu I ainsi , le peuple entier condamne sans cesse l'innocence , et il ne se trouve pas ua
Daniel qui la justifie. Non , ce n'est à aucun homme que Dieu confie le soin de dissiper les vapeurs infectées que le vice a entassées autour de la vertu , et de la montrer dans sa pureté ; c'est lui-même qui se charge de la faire briller de tout son éclat. Il attend que tout ce qui exista d'hommes sur la terre soit rassemblé ; c'est en leur présence qu'il veut manifester la gloire de ses saints ; c'est devant tous ces yeux attentifs qu'il tire de l'obscurité dont elles furent couvertes jusqu'à ce jour , tant d'actions héroïques, tant de victoires difficiles , tant de sacrifices (.énibles, qui n'eurent que lui pour témoin; c'est aux regards de ceux qui les calomnient , qu'il fait éclater toutes les vertus des saints , et qu'il force leurs détracteurs eux-mêmes de leur applaudir. L'Esprit saint nous représente dans ce grand jour , d'une part , les justes s'élevant avec grandeur et dignité vis-à-vis de ceux qui les persécutèrent, et de l'autre, leurs vils calomniateui*s danp le trouble de la frayeur, dans l'éconnement de l'admiration , dans les gémissements du repentir ; se disant entre eux : Les voilà donc ces hommes qui furent l'objet de nos dérisions et de nos reproches ! Insensés ! nous traitions leur vie de folie , et nous croyions leur mort sans gloire ; ils sont maintenant placés entre les enfants de Dieu ; et leur sort est de triompher à jamais parmi les saints (1).
Ils sont donc aussi présents à ce redoutable jugement, tous ces coupables qui , abusant des grâces de Dieu, ont enfin lassé sa patience , et qui , dans le cours d'une vie criminelle , méprisèrent sa miséricorde et bravèrent sa justice. Il« y sont venus , comme dit le Sage , tremblants
(i) Tanc stabant justi in magna constantia adveriiDS eos qoi se angnstiavernnt , et qai abstulerant labores eornm. Videntes turbabantar timoré horribilr, et mirabnntar in snblimitate inspirât» saintis, dicentes intra se pœnitentiam ag<*ntes , et prae angustia spiritas gementes : Hi sont qaos habaimns aliqaando in deribum , et in similimdinem improperii. Non insensati, yitam illoram œstîmabamns insaniam , et fînem illorum sine honore. Ecce qaomodo computati sunt inter iilios Dei, et inter sanotos sortfillornm esUSap. v, i5.
de la pensée de leurs crimes , et traduits au suprême tribunal par leurs iniquités qui s'élèvent contre eux (1). Sur la terre, le vice, adroit à se cacher, parvient souvent à se faire honorer ; quelquefois même , à la honte de la raisoD humaine, le vice public, quand il est heureux , est applaudi. L'espoir du secret ou du succès encourage au crime , et il n'est que trop commun de lui voir usurper les honneurs , et même les éloges dus à la vertu. Dans ce monde , il n'existe pas de remède à ce désordre ; parce qu'il tient à deux causes malheureusement aussi difficiles à détruire qu'elles sont universelles, la faiblesse de nos connaissances et la corruption de nos cœurs ; mais Dieu a dit : Pour faire cesser cette injuste prostitution des éloges et des louanges , je créerai un jour où tout voile sera déchiré^ où seront dissipées toutes illusions ; j'associerai le monde entier à ma justice , je lui ferai juger avec moi les pécheurs ; et afin qu'il puisse les juger comme moi , je Ini ferai part de ma science universelle y et de mon inflexible équité ; je rendrai tous les yeux aussi perçants que les miens , tous les jugements aussi sains.
Enfin les voilà exposés aux regards auxquels ils étaient parvenu à se soustraire , ces pécheurs qui avaient mis tout leur art à obtenir une estime si peu méritée ; les voilà maintenant soumis à cet examen exact qu'ils redoutaient si fortement , non plus seulement à l'examen de Dieu qu'ils ont négligé , peut-être bravé , mais à celui des hommes ; non plus seulement à l'examen de leur pays et de leur génération , mais à celui de tous les pays et de toutes les générations. Leurs désordres qui semblaient avoir péri avec eux , ressuscites avec eux , sont présentés aux regards du monde. Leur conscience ouverte et déployée laisse voir l'amas d'iniquités caché dans ses replis. L'universalité de leurs actions , tout ce qui fut épars dans le cours d'une longue vie, est mis à
(i) Yenient in cogitatione peccatorum suoram timidi, ettrada^ cent illos ex adversito iniqaitates ipsoram. Sap, iv , a a.
découvert et rassemblé dans un seul tableau. Depuis le premier péché , tout ce qu'on en a commis dans les divers âges est dévoilé à tous les yeux attentifs z emportements d'une jeunesse déréglée , intrigues d'un âge mûr ambitieux , habitudes d'une vieillesse scandaleuse, tout ce qu'on voulait cacher au public , tout ce qu'on cherchait à se dissimuler à soi-même , tout ce qu'on avait oublié on ignoré , tout est manifesté ; ce qui était renfermé dans l'intérieur des cœurs : pensées, jugements, amours, haines , désirs , espérances , transports , projets , tout est produit au grand jour. Cette multitude de péchés de tout genre , s'offre accompagnée des circonstances qui les aggravèrent encore , et qui les rendirent plus inexcusables ou plus criminels; ils se présentent non plus tels que les voyaient des yeux abusés , mais tels que Dieu lui-même les voit. Les prétextes dont on les palliait, sont dissipés; les sophismes dont on les justifiait, confondus ; les couleurs dont on les embellissait f effacées. Yus dans leur véritable nature ^ ils inspirent toute l'horreur qu'ils méritent*
Avec le mal que l'on a fait , seront aussi manifestés tous les biens auxquels on était tenu et que Ton a omis. On verra une vie pleine de péchés et vide de bonnes œuvres; nulles prières , nulles pratiques de piété, nuls secours aux indigents, nuls soulagements aux malheureux , nulles mortifications. Toutes ces omissions que l'on se permettait sans scrupule , que l'on entassait sans remords , que l'on était peut-être parvenu à ne plus regarder comme des infractions de préceptes, seront découvertes et jugées de véritables prévarications. Il sera reconnu alors combien est coupable une vie oisive, combien une vie sensuelle est criminelle , et ce qui , aux yeux de tant d'hommes abusés , est la partie la plus innocente de leur conduite , deviendra dans ce jour un des sujets de leur honte et de leur condamnation.
£t tous les bienfaits divins dont on a abusé, vont sortir de l'obscurité où on les retint , et paraître au grand jpur. On verra les dons de fortune , accordés
pour qu'on obtint le mérite de la bienfaisance , dissipés en frivolités , en luxe , souvent même en dissolutions. On verra les talents de l'esprit , destinés par la Provl^ dence qui les 'donna , à procurer à Dieu la gloire , au prochain l'instraction , employés à satisfaire une minutieuse vanité , peut^-étre même prostitués au libertinage et â rimpiété« On verra toi» les dons naturels qui araient donné des espérances de vertu , devenus des moyens de vie ; on verra tout ce qui (ut reçu de grâces •dans le cours de la vie , rendu inutile par le défaut de correspondance ; tant d'inspirations saintes rejetées , tant de pieux désirs étouffés , tant de remords combattus, tant de salutaires avertissements méprisés, tant d'occasions favorables négligées; tout ce qui fut employé contre le service du maître qui l'avait confié , sera connu de l'univers entier.
Ge ne seront pas seulement les péchés que l'on a commis, ce seront encore ceux que l'on a fait commettre,, ou auxquels on a participé , qui deviendront la matière de cet eixamen sévère et solennel. Toutes les âmes que le pécheur entraîna avec lui dans le vice s'élèveront contre lui , et lui reprocheront publiquement ceux de leurs péchés dont il fut ou la cause ou l'occasicHi ; elles révéleront hautement les suggestions insidieuses, les conseils perfides , les discours dangereux , les exemples scandaleux par lesquels il pervertit leur foi , ébranla leur vertu, corrompit leur innocence, autorisa leurs désordres. Tous ces crimes étrangers lui deviendront dans le grand jour aussi personnels que ceux dont il s'était rendu coupable.
ËBsaiera-t-il de recouvrir cette masse de péchés par la pénitence qu'il prétendra en avoir été faite? Sans doute pour les véritables pénitents, ce jour sera celui de leur triomphe et de leur gloire; leurs fautes auront disparu ; on ne verra plus que les austérités qui les exr^ pièrent, et les vertus qui les remplacèrent : mais ces pénitences fautives , ces pénitences incertaines par les«quelles on essuie de revenir à Dieu sans quitter le monde.
et qui trop souvent éblouissent les hommes, sferont alors remises à leur juste valeur. -Le monde remontera jusqu'aux motifs de ces conversions qui le séduisirent en l'édifiant; il en apercevra le principe dans quelque humiliation, dans quelque dégoût , dans quelque dépit, dans quelque intérêt. Les suivant dans leur progrès, il découvrira combien furent légères les contritions , combien superficiels les examens , combien incomplètes les confessions. Descendant à leurs effets , il verra des satisfactions, ou nulles, ou mal faites; des réparations imparfaites, des restitutions insuffisantes,. des réconciliations fausses , des regrets du péché étouffés par les désirs du crime , des velléités de vertu combattant faiblement un violent attachement au vice ; aucune occasion évitée , aucune liaison rompue , aucune habitude réformée, aucune passion réprimée ; et toutes ces vaines pénitences seront elles-mêmes des sujets de reproches et des causes de confusion.
Ce n'est pas tout encore. Dans ce redoutable jour. Dieu jugera et manifestera non-seulement les iniquités,^ mais encore les justices (1). En même temps qu'il fera briller les vertus solides de ses élus , demeurées jusque là inconnues , il fera connaître toutes les fausses vertus qui trompèrent si longtemps le monde. La piété , qui n'était qu'hypocrisie ; la charité , qui n'était qu'ostentation ; la générosité , qui n'était qu'intérêt ; la douceur , ■. qui n'était qu'indolence ; la complaisance , qui n'était que politique ; la modération, qui n'était que faiblesse; la modestie , qui n'était que raffinement de vanité ; le zèle , qui n'était qu'humeur ; la clémence , qui n'était que frayeur ; la retenue, qui n'était que dissimulation : tout ce qui fut, en un mot, injustement estimé sur la terre, considéré alors sous son vrai point de vue, deviendra en un instant l'objet du mépris universel. Que d'œuvres si admirées, regardées jusqu'à ce moment comme des actes de la plus haute vertu , sur lesquelles
(i) Cam accepero tempos , ego jastitias jndicabo. Pm/. lzxi\', 3
peut-être , par un aveuglement trop commun , on avait compté soi-même pour le salut, se trouveront être nonseulement inutiles, mais funestes ; non-seulement mortes, mais criminelles !
Ame pécheresse, coupable fille de fiabylone, voilà donc, comme l'annonçait le Propbète, votre turpitude mise à découvert , votre ignominie révélée , votre opprobre manifesté (1). De quelle confusion n'êtes- vous pas pénétrée à ce fatal moment? Vous redoutiez la censure de quelques hommes qui vous entouraient, et vous voilà exposée au blâme de tout ce qui exista d'hommes sur la terre. Vous redoutiez la censure de quelques hommes. Ah ! c'était celle de Dieu qu'il fallait craindre ; c'était contre celle-là qu'il fallait vous précautionner. Maintenant le ciel et la terre se réunissent contre vous , et vous accablent de leurs mépris , de leurs reproches , de leurs anathèmes. L'oracle de la sagesse est accompli ; l'univers entier a fsdt alliance avec Dieu, et combat avec lui contre les insensés (2).
Lorsque 4:ei choses commenceront à s'accomplir, levez la tête et regardez en haut, parce que le temps de votre rédem" ption approche. Il leur proposa eiuuite cette comparaison : f^oyez le figuier et les autres arbres. Lorsqu'ils commencent à pousser , vous reconnaissez que Vété est proche : de même , lorsque vous verrez arriver ces choses, sachez que le royaume de Dieu est proche. Je vous dis en vérité que cette génération ne passera point que tout cela n^arrive. Le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront point. Après avoir annoncé la frayeur et la consternation dont seront pénétrés les pécheurs , au jour de leur condamnation solennelle , Jésus parle à ceux pour qui ce jour sera celui de leur rédemption. Il se sert de cette expression , pour montrer que ce sera alors véritablement que sera achevée
(x) Descende, tede in palvere, virgo filia Babylon.... denada torpitndinem toam.... revelabttar ignomiuia tua, et videbitar opprobriom taom. isa, XLvn , x , a , 3.
(a) Pngnabit cnm illo orbis terraram cootrainsensatos. Sap. v, a t .
et complète la rédemption. Elle s'opéra snr la croix, au moment où Jésus-Christ y expira pour le salut du genre humain. L'application en sera faite à chaque homme, lorsqu'il ira en recueillir les fruits dans le ciel. Les ré- Couvés ne participeront point à ce bienfait insigne ; il leur avait été aussi destiné et offert ; les malheureux l'ont méconnu et rejeté : ils l'avaient déjà reçu une fois ; dans le baptême , leur âme avait été rachetée de la servitude du démon; ils s'y sont replongés volontairement, et ils ont méprisé le nouveau rachat qui leur était encore présenté dans la pénitence. Tandis qu'à la vue des ' signes qui précéderont le jugement , les pécheurs qui vivront alors resteront consternés, la tête basse et déjà, penchée vers l'afirej^x séjour qui leur est préparé , les justes, d'après l'invitation de Jésus-Christ^ lèveront la tête et regarderont en haut pour contempler la céleste demeure où il va les recevoir. La comparaison tirée des arbres , dont se sert le Sauveur , leur annonce que la triste et rigoureuse saison qui les a tant fait souffrir va se terminer ; que des jours plus longs et plus sereins vont se lever sur eux , et qu'ils vont habiter une terre rajeur nie , renouvelée , et brillante de tous ses (éléments.
Avec la destruction du monde, le divin Sauveur annonce l'impérissable perpétuité de sa parole. Sa parole existait avant la terre et les cieux ; ce fut elle qui les tira du néant ; ce sera elle qui les y replongera , et elle leur survivra. Toutes les paroles de Dieu sont des lois ; taais celle dont Jésus-Christ parle ici spécialement , c'est sa loi sainte qu'il a apportée à la terre , pour durer encore quand la terre sera dissoute. Telle est une des princi— pales différeaces entre ses deux grands ouvrages : il créa l'univers pour être un jour anéanti ; sa religion , pour subsister éternellement. Quand il ordonnait aux cieux et à la terre d'exister , il les réservait , comme dit saint Pierre , aux flammes qui doivent les consumer dans le jour du jugement (1); en donnant l'être à sa religion,
(i) Cœli aatem, qui nnnc santy et terra eodem verbo reppsiti sunt , igoi reservati ib die jadidi. // Petr, lOy 7.
il la destina à être à jamais la récompense de ceux dont elle aurait été la règle, et à faire leur bonheur aprè? avoir été le principe de leurs vertus.
Prenez donc garde à vous , de peur que voi cœurs ne s'ap' pesaniissent par Vexehs des viandes et du vin , par les soucis de celle vie, et que ce jour ne vienne tout à coup vous sur^ prendre, car il enveloppe comme un filet tous ceux qui sont sur la face de la terre, F'eillez donc , et priez en tout temps, afin d^élre trouvés dignes d^ éviter tous ces maux qui doivent arriver, et de paraître avec confiance devant le Fils de 2']^mme. Jésus-Christ tire ici la conséquence des grandes vérités qu'il vient d'annoncer. Le dogme du jugement divin n'est pas une simple spéculation qu'il suffise de croire ; le Sauveur nous le révèle, afin qu'il devienne le mobile de notre conduite. Pour que ce redoutable jugement ne nous surprenne pas, il faut l'avoir prévu ; contraints de le subir , il est nécessaire de nous y préparer. Les deux moyens que le divin Maître nous indique pour l'attendre avec sécurité, sont la vigilance et la prière. Par la prière, nous obtenons que le jour de la justice nous soit , non pas funeste, mais favorable ; par la vigilance , nous le méritons ; la prière nous y prépare ; la vigilance empêche qu'il ne nous surprenne. Ce qui nous entretiendra avec sûreté dans ces deux pratiques salutaires que Jésus-Christ recommande si souvent , et dans lesquelles il fait principalement consister toute la conduite chrétienne , ce sera la pensée fréquente et habituelle du jugement divin. C'est cette méditation profonde de l'arrêt qu'ils auraient à subir, qui a fait , qui a soutenu , qui a perfectionné tant de saints. Ce fut elle qui couvrit de martyrs les échafauds , qui peupla les déserts d^anachorètes ; c'est elle encore qui de nos jours remplit de pieux cénobites les solitudes où sont retracées les austérités des premiers siècles ; qui conduit dans les asiles sacrés , où ne pénétreras la contagion du monde , tant de vierges chrétiennes , rornement de l'Eglise dans sa splendeur , et qui , dans les derniers jours de son malheur , ont fait sa consolation et sa gloire. Toutes ces
vertus si brillantes, que nous admirons avec étonnenient, et que désespérant d'atteindre nous n'osons proposer à notre imitation , c'est à la pensée toujours présente du terrible jugement^ que la religion les a dues. Et pourquoi donc ne produit-elle pas dans nous les mêmes effets ? c'est qu'elle n'est pas aussi profondément gravée dans nos esprits. Il est impossible que cetie idée ne se présente pas quelquefois à nous ; également impossible que» se présentant , elle ne nous efi'raie pas : mais ce ne sont que des frayeurs passagères , que nous nous hâtons d'étouffer pour qu'elles ne troublent pas notre funeste calme. £n nous examinant avec attention , nous verrons que la chose qui nous fait redouter la pensée du jugement, n'est pas l'arrêt que nous devons subir avec ses affreuses suites, mais les sacrifices auxquels elle nous forcerait actuellement. Ce que le proconsul Félix répon* dait à saint Paul , qui lui présentait , avec toute la force de son nainistère , le dogme important du jugement , combien de fois l'avons-nous répondu à notre conscience, qui nous offrait cette utile pensée? Eloignez-vous maintenant , je vous rappellerai dans le temps opportun (1). Malheur, ah! malheur éternel à nous , si nous ne craignons pas cet .épouvantable jugement ! L'endurcissement qui nous aurait fait perdre cette crainte, serait déjà l'effet d'un terrible jugement projapncé contre nous. Craignons-le souverainement , craignon$-le surtout efficacement, pour travailler à iious Je ^rendre favorable. Qu'elle s'empare de notre esprit , de potre oœur , 4e noire imagination , de touteç nos facultés , cette terreur salutaire ; qu'elle nous accompagne dans toutes nos ai^tions^ et elle les dirigera selon la volonté de Pieu : dans les actes de religion , elle les fera pratiquer avec Ceryeur ; dans les exercices de la pénitence, elle les fera remplir avec goût ; dans les œuvres de charité, elle les fera faire avec
(i) Disputante aotem illo de... jadicio fntnro, tremefactns Félix resppDdit : Qood nono attiaet , vade ; tempore antem opportono accersam te. Act» xxiy, 25.
DEg BYANQILES. 27
profusion ; dans les devoirs d*état, elle les fera acquitter avec fidélité ; dans les tentations, elle donnera le courage pour les surmonter ; dans les prospérités , elle inspirera la modération pour n'en être pas amolli ; dans les adversités, elle soutiendra la force ponr n'en être pas abattu. Plus BOUS craindrons ce jugement si rigoureux , moins nous aurons à le craindre ; plus nous l'aurons craint lorsqu'il était encore éloigné , et plus nous nous en approcheron savec tranquillité, plus nous y arriverons avec confiance , plus nous en sortirons avec gloire.
DU SECOND DIMA]NCfl£ DE L'aVENT.
Péputation de S. Jean vers Jésus-Christ, et éloge de S. Jean
par Jésus-Christ.
Jean ayant entendu parler dans sa priso;i des oeuvres de Jésus-Christ , envoya deux de ses disciples pour lui dire : Etes-vous celui qui doit venir , ou devons-nous en attendre un antre ? Jésus leur répondit ; Allez rapporter à Jean ce que vous avez entendu et vu. Les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont guéris, les sourds entendent, lesmorts ressuscitent , l'Evangile est annoncé aux pauvres , et heureux est celui qui ne se scandalisera point à mon sujet. Comme ils s'en retournaient , Jésus se mit à parler de Jean au peuple. Qu'êtes-vous allés voir dans le désert ? est-ce un roseau agité par le vent ? Mais encore , qu'êtes-vous allés voir ? est-ce un homme vêtu mollement ? C'est dans les palais des rois que se trouvent ceux qui sont vêtus avec mollesse. Qtt'êtes-vous donc allés voir ? c'est un prophète , et je vous le dis , c'est plus qu'un prophète ; car c'est de lui qu'il est écrit : Yoilà que j'envoie devant vous mon Ange qui vous préparera le chemin. MaUh. xi , 2-^10.
Jean , ayant entendu 'parler dam sa prison des œuvres de Jésus- Christ, envoya deux de ses disciples pour lui dire : Etes-vous celui qui doit venir ^ ou devons^nous en attendre un autre ? Jean-Baptiste était en prison. Le motif qui l'y faisait retenir , était la sainte liberté avec laquelle il avait osé reprocher à Hérode le double scandale de son adultère et de son inceste (1). Ce saint personnage avait consojnnié*son ministère : il avait annoncé à la Judée le Messie qu'elle attendait depuis tant de sièc les, il lui avait déclaré que ce libérateur si désiré était présent au milieu d'elle ; il le lui avait montré ; il l'avait baptisé solennellement ; il avait attiré du haut du ciel l'oracle qui le proclamait le Fils chéri du Très-Haut. Les vues de la Providence sur lui sont remplies ; la terre n'a plus désormais rien qui le retienne : il ne lui reste plus qu'à couronner son inimitable vie par une mort également admirable. Jésus-Glirist n'a pas encore donné l'ordre de souffrir , s'il est nécessaire , le martyre pour la vérité et pour la justice , et déjà Jean-Baptiste l'exécute. Il annonça par sa naissance, la naissance de Jésus- Christ ; par sa prédication , la prédication de Jésus- Christ : il continuera jusque dans sa mort d'être son précurseur. Après l'avoir fait connaître à la terre , il ira encore le précéder dans les limbes, porter à tous les justes la nouvelle de leur prochaine délivrance, leur apprendre qu£ le moment après lequel ils soupirent est près d'arriver, et que le vainqueur de la mort, va bientôt y les associant à son triomphe , les ramener à sa suite dans le ciel, pour recevoir enfin la palme de leurs vertus.
Du fond de la prison où il était détenu « Jean-Baptiste entend parler des merveilles qu'opérait Jésus, dont le
(i) Herodes enim tenuit Joannem , et alligavit enin, et posait in '^arcerem , propter Herodiadem axoiem fiaiiis soi. Dicebat entm illi .Toarines : Non licet tihi babere eam. Matth. xiv, 3,4.
bruit reteniissait dans toute la Judée , remplissait d'admiration tous les Israélites vertueux, faisait pâlir d'envie les Pharisiens , excitait la vaine et légère curiosité^ d'Hérode (l). Aussitôt il envoya vers lui deux de ses disciples. Et quel est le motif de cette députation ? Pourquoi fait-il à Jésus la demande que les Pharisiens lui avaient faite à lui-même ? Est-ce vous qui êtes le Messie, ou devons-nous en attendre un autre? Il n'avait pas besoin que Jésus-Christ lui déclarât quel il était ; celui qui, à Tapproche de Jésus-Christ , avait tressailli dans le sein de sa mère , qui avait vu descendre sur Jésus- Christ l'Esprit saint, qui avait publiquement protesté qu'il n'était pas digne de délier les souliers de Jésus-Christ. Il avait rendu tant de fois et si solennelle* ment témoignage à Jésus-Christ, qu'il n'était nullement nécessaire pour lui que Jésus-Christ se rendît témoignage à lui-même. Mais si Jean -Baptiste n'a pas besoin de s'assurer quel est celui iqui opère de si grands miracles, ses disciples ont besoin de l'apprendre. C'est pour eux , et noB pas pour lui , qu'il les envoie.' Prêt à les quitter, il s'alarme pour eux ; il craint qu'après sa mort, qui est prochaine , ils n'oublient tout ce qu'il leur a dit sur le Christ , et qu'ils ne méconnaissent celui qu'il a cherché à leur faire connaître. Il les députe vers Jésus , pour fortifier leur foi par la vue des merveilles qu'ils lui verront opérer ; il les lui envoie , pour que désormais ils s'adressent uniquement à lui : il veut en faire des enfants de Jésus-Christ fidèles et soumis, et les remettre entre ses mains comme un maître rend à un père les élèves qu'il a formés.
Il était d'auiant plus important que Jean-Baptiste affermît la foi de ses disciples sur la divinité de Jésus- Christ , que , malgré toutes ses instructions , ils paraissaient fort éloignés de l'idée qu'ils .devaient avoir du
(i) Andivit aatem Herodes tetrarcha onania qaae fiebant ab eo, et haesitabat... et ait : Qais est aotem iste, de qao ego talia dadio? et qnaerebat videre eam. Lue. (x, 7,9.
Sauveur. Ces hommes simples et charnels , smcèrement et vivement attachés à leur maître , voyaient en lui plus qu'un homme ; mais il ne voyaient dans Jésus qu'un homme; et le regardant comme un concurrent de Jean- Baptiste , ils avaient conçu quelque jalousie de la haute réputation où il s'élevait , et du nombre de disciples qui s'attachaient à lui. Nous les voyons dans TËvangile, tantôt demander à Jésus pourquoi ses disciples ne jeûnent pas , tandis qu'eux et les Pharisiens pratiquent exactement le jeûne (1); tantôt se plaindre à leur maître de ce que celui qu'il a baptisé sur les bords du Jourdain ^ baptise comme lui , et attire un grand concours autour de sa personne (2). Pour guérir radicalement ces préventions, Jean-Baptiste les envoie à Jésus-Christ lui«même ; sa voix les instruira , ses miracles les convaincront ; en les voyant de plus près ils apprendront à le connaître. C'est là, c'est à l'école de Jésus-Christ que l'on s'instruit;, c'est en écoutant avec soumission , en méditant avec attention ses leçons , qu'on s'en pénètre. Ainsi , même dans les fers, Jean-Baptiste continuait d'exercer son ministère , et jusqu'à son dernier moment il travailla à la manifestation de la gloire de Jésus*Christ^ pour laquelle il avait été envoyé.
Cette disposition d'esprit , où étaient les disciples de S. Jean, est malheureusement trop commune dans le monde. Le sentiment de l'envie est beaucoup plus ré-^ pandu qu'il ne le paraît. Quand il a nous-mêmes pour principe, nous en rougissons , nous nous en défendons ; nous craignons, en le manifestant, de nous exposer au mépris qu'il inspire; mais il n'en est pas de même de l'envie qui a pour motifs le bien de ceux à qui nous
(z) Taoc accesserant ad eam discipnli Joannia, dicentes : Qoare noa et Phariaaei jejanamoa fréquenter ; diicipali aateiD toi non jejanant? Matth, ix, x4.
(a) Et vénérant ad Joannem , et dixerant ei : Rabbi , qnis erat tecam trana Jordanem , cai ta testimoniam perbibaisti , «cce bic baptizat, et omnea yeninnt ad eam. Joan, m, a6.
DES éVANOlLES. 3l
sommes attachés. Vintérêt trop ardent que nous prenons à leur honneur, nous hit regarder de mauvais œil tout ce qui peut altérer , obscurcir , balancer leur réputation. Nous croyons , parce que ce n*est pas un intérêt persoïinel qui nous guide , pouvoir sans faute comme sans honte , rabaisser ceux que nous regardons comme leurs rivaux de gloire, les dénigrer et leur ravir ce que nous imaginons qu'ils enlèvent aux personnes que nous chérissons. Il semble que le sentiment de l'amitié ennoblisse celui de l'envie, et lui fasse perdre ce qu'il a de bas et d'odieux. Ce qui est plus déplorable encore , c'est que cette misérable passion se glisse quelquefois jusque dans la pratique de la piété. Le grand Apôtre se plaignait déjà de ce que les fidèles de Gorinthe , par des attachements charnels aux Apôtres , de qui ils avaient reçu la doctrine , se divisaient entre eux , et se livraient à des disputes. L'un se glorifiait d'être à Paul , l'autre d'être à Géphas ^ l'autre d'être à Âpollo (1 ). Ce malheureux défaut s'est perpétué dans le christianisme. On voit trop souvent des personnes qui font profession de piété, qui en pratiquent avec édification les pf ineipaux'de voirs, prendre pour les directeurs de leur conscience des attachements trop humains et exclusifs; non-^seulement les préférer, mais né pas souffrir qu'on en pense autrement, et , pour les faire valoir , ne pas avoir scrupule de déprimer les autres. Qu'elles écoutent S. Paul leur disant : Qu'est-ce donc que Paul? qu'est-ce qu'ApoUo ? ils ne sont que les ministres du Dieu que vous servez ; ils ne travaillent que selon la mesure qu'il leur a donnée (2) :
(t) Significatom est eoim mihi d« vobis, fratres mei^ ab iis qui snat Cbloes,qaia contentiones santinter vos : hoc aatem dico, qaod aoasqnisqae vestram dicit ; ego qnidem sam Paali ; ego aatem Apollo; ego vero Gephae. / Corinth, t, ix, 12. Cnm enim sit inter vos celas et cootentio, nonne carnales estis, et secondam bominem ambnlatia? corn enim qais dicat : Ego qnidem sam Paoli; alias aatem. Ego Apollo ; nonne homioes estit? Ibid, ii|, 3, 4.
(a) Qaid igitar est Apollo? Qnid vero Paalos? Ministri ejas cni credidistis et nnicoiqne sicot Dens dédit. îhid lu, 4 , 5.
et que ces directeurs eux-mêmes , lorsqu'ils s'aperçoivent que la confiance des âmes qu'Us conduisent dégénère en un attachement humain, contemplent l'exemple de Jean-Baptiste ; qu'ils travaillent , comme lui , à réformer , à rectifier , à épurer ce sentiment dangereux ; qu'ils ramènent à Jésus-Christ ces consciences qui s'égarent en le cherchant sur les pas d'un homme ; qu'ils leur fassent voir que Jésus-Christ est le seul maître , le seul objet de leur amour , que les ministres qu'il emploie ne peuvent avoir à leur confiance et à leur attachement qu'une part secondaire , et qu'elles ne doivent leur être attachées que pour lui et en lui.
Jétus leur répondit : yéllez rapporter à Jean ce que vous avez entendu et vu. Les aveugles voient, les boiteux mar^ chentj les lépreux sont guéris, les sourds entendent^ les morts ressuscitent, l'Evangile est annoncé aux pauvres, et heureux est celui qui ne se scandalisera point à mon sujet, S. Luc , rapportant le même fait , y ajoute la circonstance , qui n'est qu'indiquée dans le texte de S^ Matthieu, que Jésus-Christ, avant de parler aux deux disciples de S. Jean , fit en leur présence des miracles , et guérit plusieurs malades (1). Il ne pouvait ignorer le motif qui avait engagé S. Jean à lui adresser ses disciples ; et entrant parfaitement dans son intention , afin de leur faire connaître sans ambiguité quel il était , il leur fit la réponse que lui seul pouvait faire : il leur répond en Dieu. Sa manière de les éclairer est de lancer sur eux quelques rayons de sa divinité. Il ne dit pas qu'il est le Messie, il le prouve. Que Minos , que Numa, que Mahomet, se vantant d'avoir des communications intimes avec la divinité, aient prétendu être crus sur leur parole ; qu'ils aient publié des prodiges dont ils avaient été les seuls témoins , c'est là le langage de l'imposture. Ce qu'ils ont dit, cent autres Tont dit avec eux, mille auraient pu le dire. Si ceux-là seuls ont eu des
(i) In ipsa aatem hora moltos cnravit a langaoribas et plagia , et spiritibosiiialis, et c«cis maltis donavit yisam. lue, vu, 91.