‹ Explication des évangiles des Dimanches, et de quelques-unes des principales fêtes de l'annéeChapitre 3 sur 14 · BES £Y ARGILES · texte numérisé non relu

BES £Y ARGILES

disciples qui lear ont ajouté foi, c'est qu'ils ont été des séducteurs plus adroits , ou qu'ils ont trouvé des peuples plus crédules. Mais celui qui est venu véritablement pour éclairer la terre , opéré ses miracles à la face de toute la terre. Il eût eu droit , sans doute , de commander la croyance ; il avait même le pouvoir de l'inspirer, mais il veut ia persuader. Tout son pays verra ses prodiges^ pour que tous les autres doivent les croire; ils seront publics dans son temps , afin d'être certains dans tous les siècles.

S. Jean, interrojgé par les Juifs s'il était le Messie , avait déclaré positivement qu'il ne l'était point (1). A la même question la réponse de Jésus-Christ est de faire voir, dans sa personne, les caractères du Messie. Ce qu'il eût dit eût pu laisser des doutes , ce qu'il fait n'en permet point. La nature , à qui tout est soumis , n^obéit qu'à son maître; et pour intervertir ses lois, il faut la puissance qui les a faites. Âinsi^^, tombent nécessairement, à la vue des miracles de Jésus , les préventions des dis* ciples de S. Jean» Ils sont obligés de respecter comme leur maître , celui que la nature reconnaît être le sien. Jésus-Christ porte encore plus loin leur conviction. Aux prodiges qui viennent de frapper leurs yeux , il joint les oracles^ divins qui les avaient annoncés. Dieu luimême viendra , avait dit le Prophète , et il vous sauvera. Alors seront ouverts les yeux des aveugles, les oreilles des- sourds seront dégagées. Alors s'élancera le boiteux avec la légèreté du cerf, et la langue des muets sera déliée (2). Ce qu'Isaïe avait découvert dans un esprit prophétique, Jésus le^montre en réalité; et faisant disparaître l'intervalle des siècles , il met l'accomplissement à côté de la prédiction. Il opère les merveilles qu'Isaie

(i) Et confessas est , et non negavit ; et confessas est : qnia non som ego Christas. Joan, i, ao.

(a) Dens ipse veniet, et salyabit vos. Taiic aperientar ocali cxcomm , et anres sardoram patebant. Tanc saliet slcot cervus daadas, et «perta erit lingna mptornm. Is. zxxv, 4)5.

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avait annoncées : il est donc celui qu'avait annoncé Isaw^ Isaîe avait prophétisé qne ces grandes clioses seraient faites par un Dieu : Jésus est donc un Dieu. Inconcevable aveuglement des Juifs I ils ont entre leurs mains les livres prophétiques; les miracles annoncés dans ces livres ^ sont ceux que Jésus-Christ a opérés ; et ils s'obstinent à ne pas croire en Jésus-Ghrist! Aveuglement non moins inconcevable des incrédules! les miracles de Jésus-Christ ont été prédits d'avance par les Prophètes , publiés dans le temps par un grand nombre de témoins oculaires , crus depuis par l'univers entrer ; et ils se refusent opiniâtrement à toutes ces évidences ! et au bout de dix-sept Siècles » ils imaginent qu'il est survenu de nouvelles raisons pour contester des faits qui pendant tout ce temps ont été l'objet de la croyance et du respect de leurs pères I

A ce qu'il dit de ses miracles, Jésus--Ghrist ajoute que l'Evangile est annoncé aux pauvres ; et c'est encore un trait auquel on doit reconnaître en lui l'envoyé de Dieu. Ce caractère du Messie avait été aussi prédit par Isaïe (1) ; et Jésus l'a parfaitement rempli , c'est même un bienfait de sa religion. Tous les moralistes qui Tavaient précédé , avaient débité leurs leçons dans des écoles , où ne pouvaient se rendre que ceux qui avaient , et assez de temps pour le consumer à Tétude , et assez d'instruction pour suivre leurs disputes et leurs raisonne*» ments abstraits. A Técole de Jésus-Christ , on n'a besoin , ni de temps , ni de lumières pour connaître ses devoirs ; et sa loi divine a mi» la morale la plus étendue et la plus sublime , à la portée de l'esprit le plus étroit et le plus grossier.

Enfin Jésus-Christ déclare heureux , ceux qui ne se

(i) Spifitna Domini saper me , eo qaod anxerit Dominns me : ad annantiandum mansoetis misit me, nt oiederer contritis corde, et praedicarem captivis indalgentiam , et claasis apertionem. Isa. lxx , x .

Aadient in die ilia sordi verba libri, et de tenebris et caligine €>eali caecomm Tidebant. Et addent niitea io Domino laetitiam , et panperes bomines in Sancto Israël exnltabunt. /</. xxix, i8 ^ 19.

scandatiseront pas à son sujet. Il était arrivé , le temps prédit par le saint vieillard Siméon , où l'enfant qu'il tenait dans ses bras devait devenir un signe de contradiction, et la ruine ou la résurrection de plusieurs (1). Déjà Jésus était , selon l'expression de S. Paul, le scandale, c'est-à-dire l'occasion de péché d'un grand nombre de Juifs. Les docteurs de la loi se scandalisaient de ses instructions, qui , en montrant le but et le terme de la foi , faisaient voir leur ignorance ; les Pharisiens , de ses vertus simples et modestes , qui contrastaient avec leur hypocrisie et leur orgueil ; le vulgaire , de sa pauvreté et de son état obscur, qui démentaient l'idée qu'il s'était formée du Messie. Et les disciples de S: Jean eux-mêmes n'avaient-ils pas été scandalisés de ses miracles , qui effaçaient les actions de leur maître? L'avertissement que leur donne Jésus, était donc d'une haute importance, et pour eux et pour tous^les -assistants. Mais gardonsnous de croire que< son uûlité soit restreinte au temps où il parlait. Combien au sein même du christianisme , combien d'homnies pour qui Jésus-Christ est un sujet de scandale !' et les incrédules qui se scandalisent de rincompréhénsibilité de ses mystères ; et les hérétiques qui se scandalisent de l'autorité irréfragable de son Église ; :er cette multitude de pécheurs qui se scandalisent de la sainte sévérité de ses préceptes. Ils sont bien rares i:eux qui jouissent du bonheur de n'être pas scandalisés de Jésus-Christ ; pour qui sa loi est , non pas une occasion de chute, mais un moyen de salut; qui soumettent avec docilité leur esprit à ses dogmes , et avec fidé- Uté leur vie à ses commandements. Dans quelle classe sommes-nous nous-mêmes ? combien de fois Jésus-Christ n'a-t-ilpas été pour nous un sujet de scandale? objet profond et terrible de nos méditations !

Comme ils s'en retournaient, Jésus se mit à parler de Jean au peuple. On ne voit pas que Jésus-Christ ait loué

(z) Eece positns est bic în raioam et in resnrrectionem mnltomm in Israël , et in si^am cnî contradicetar. Lue, ii, 34.

S. Jean-Baptiste , quand il en avait reçu le témoignage qu'il était Teuvoyé de Dieu ; il le loue aujourd'hui , lorsque S. Jean-Baptiste paraît en douter. Les éloges qu'il lui donne , présentent deux considérations et deux instructions importantes.

£n premier lieu , le saint précurseur était détenu en prison, comme un malfaiteur , par les ordres d'Hérode. Ce traitement, tout injuste qu'il était, pouvait avoir fait impression sur les esprits , et avoir fait perdre à ce grand homme quelque chose de la haute vénération qu'avaient inspirée ses vertus et ses mortifications. Sans crainte du prince cruel qui le persécutait , Jésus prend hautement sa défense ; et son exemple est pour nous une leçon de venir au secours de l'innocence opprimée. C'est un devoir non-seulemeat de charité, mais souvent même de justice , et malheureusement un devoir bien connu , et bien rarement pratiqué. Rien de plus commua que d'entendre débiter la calomnie ; rien de plus rare que de l'entendre repousser. Examinons-nous nous-mêmes. Combien de fois avons-nous entendu déchirer par d'injustes inculpations la réputation du prochain, sans nous mettre en devoir de le justifier ! Tandis qu'une audacieuse méchanceté déchaînait la langue du calomniateur, une lâche pusillanimité retenait la nôtre. La crainte de déplaire au méchant , plus forte que l'amour de la justice , nous glaçait quand le malheur de l'innocence eût dû nous échauffer. Peut-être même une malignité secrète nous faisait trouver quelque plaisir dans ces cruelles imputations. Peut-être nous est-il arrivé d'encourager par un rire de complaisance ou d'applaudissement , de sanglantes railleries. On se croit exempt de blâme parce qu'on se tait , et c'est parce qu'on se tait qu'on est blâmable. On accrédite la calomnie , eu ne publiant pas ce qui pourrait la faire tomber -y on est la cause qu'elle circule , quand on ne l'arrête pas lorsqu'on le pourrait. Dieu nous dit qu'il a recommandé à chacun de nous son prochain (1). Montrons-nous le cas que nous faisons

(i) Mandavit illis Qnicaiqae de proxlmo sao. Eccli. xtxi, ia«

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de sa recommandation , en laissant sciemment et voloniairenient dépouiller le prochain du plus précieux de ses biens , de sa réputation ? Jésus-Christ vous donne dans cet évangile, l'exemple de ne pas vous laisser retenir par de vaines considérations, par un lâche respect humain. Loin de vous condamner , le monde lui-même applaudira â la généreuse résistance dont vous confon* drez la calomnie. Tout faible qu'il est, il admire le courage qu'il n'ose pas avoir ; tout corrompu qu'il est y il respecte la vertu qu'il n'a pas la force de pratiquer , et la probité vous fera un bonheur de ce dont la religion vous fait un devoir.

En second lieu , Jésus-Christ attend , pour louer S. Jean, que les deux disciples qui auraient pu le lui rapporter , soient partis , et il nous donne encore en cela une leçon utile. Quel est le motif le plus ordinaire des éloges qui se donnent dans le monde ? c'est l'intérêt. Une fade et vile adulation les prodigue en présence de ceux qui en sont l'objet ; ou quelquefois une adulation plus adroite les donne devant ceux par qui elle espère qu'ils seront rapportés.. En louant les autres , c'est soimême que l'on considère ; on loue pour être loué à sou tour, on donne poiïr recevoir. La louange est devenue un commerce de vanité dont on calcule le profit; c'est une monnaie que Ton échange , monnaie presque toujours fausse, universellement décriée, et qui n'abuse plus que ceux dont le plat amour-propre a la sottise de s'en payer. Elles sont bien rares dans la société, les louanges désintéressées semblables à celles que donne Jésus^Christà S. Jean ; les louanges qu'inspire la charité, que la vérité dicte , que la justice accorde au mérite ,* et qui, étant de purs hommages rendus par l'estime à la vertu , n'avilissent pas celui qui les donne, et n'enflent pas celui qui les reçoit. Apprenons du divin Maître ce que nous devons louer, pourquoi nous devons louer, comment nous devons louer ; et ne prostituons pas le plus noble- tribut qu'un homme puisse recevoir d'uu autre , à un sentiment aussi bas que l'intérêt personnel..

Qu'êieS'Vùus allés voir dans le désert ? est-ce un roseau agité par le vent ? Le premier éloge que donne Jésua- Christ à S. Jean , est celui de son inébranlable constance. Il montre ce qu'est le saint précurseur , en disant ce qu'il n'est pas. S. Jean paraît aujourd'hui douter de ce qu'il avait si positivement affirmé. On pourrait imaginer qu'il varie , et que sa foi chancelle ; on pourrait penser que la prison l'a ébranlé : mais Jésus > qui seul pénètre son motif, s'empresse de le justifier. Il était en effet bien éloigné de l'inconstance et de la légèreté, ce personnage dont la sainteté avait été si soutenue : qui depuis son enfance avait passé ses jours au fond d'un désert dans d'incroyables austérités ; qui , toujours semblable à luimême , aussi vertueux , aussi ferme à la cour que dans la solitude^ ne. s'était approché du trône que pour reprocher au roi emporté dans ses passions, et terrible dans ses vengeances , sa criminelle faiblesse.

Cet éloge de Jésus ne nous donne-t-il pas beaucoup à penser sur nous-mêmes ? N'est-ce pas nous qui sommes ce roseau , jouet continuel des vents, sans cesse fléchi d'un côté ou d'un autre par tous les souffles contraires ? La flatterie nous séduit , la contradiction nous aigrit , la louange nous enfle , la médisance nous irrite , la prospérité nous aveugle, l'adversité nous abat, le plaisir nous emporte, la douleur nous accable. Notre vie est une alternative de résolutions et de manquements , de désirs et de regrets , de péchés et de repentirs. Ayant la connaissance de nos devoirs, n'ayant^ pas la force de les remplir ; souhaitant le bien , et entr^nés au mal; ne pouvant nous soutenir dans la vertuy n'osant nous livrer entièrement au vice ; passant suceessivement du plaisir au remords, et de la jouissance du présent à la terreur de l'avenir ; toute occasion nous trouve faibles , toute tentation nous rend coupables^- Abattus du moindre souffle, si nous nous relevons. un moment, c'est pour être renversés de nouveau l'instant d'après. Que l'exemple de S. Jean-oBaptiste nous fasse rougir de notre perpétuelle mobilité ; prenons enfin cette consistance qui

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«t le caoract^ede ia vraie vertu, et méritons de receroir de Jésus-Christ, au dernier jour, Téloge qu'il donne aujourd'hui à son précurseur.

Mais encore , qu'Heè^vouê ailé$ voir ? est-ce un homme vêtu moMement ? Cni dans les palais de$ rot» «jMe se Iroii-» vent eeibE qui sont vêtu» avec moUesse, Après avoir fait l'a* pologie de la constance de S. Jean , Jésus passe à Téioge de sa mortification ; àu€un homme jusque-là ne l'avait portée aussi loin. Retiré depuis son enfance dans le fond des déserts , il avait pour tout vêtement du poil de chameau , pour nourriture des sauterelles' et du miel sauvage (î). Avant de prêcher la pénitence , cet homme, qui n'avait jamai» eu à se repentir de rien , avait pratiqué la rigoureuse pénitence qui existe dans la mémoire des hommes , et il s'en*était fait le modèle , pour se donner plus de droit d'en être l'apôtre. C'était son incroyable austérité qui avait attiré auprès de lui les peuples émerveillés d'une si haute perfection ; et Jésus- Gbrist rappelle aux Juifs ce qui les avait frappés , ce qui leur avait io^iré et ce qui devait conserver dans eux la plus grande vénération pour S^ Jean-Bàptiste ; mais la manière dont il le loue présente une condamnation de notre luxe et de notre mollesse , et cette double censure est marquée plus- clairement encore dans le texte de S. Luc (2). Entrons dans son esprit et faisons sur ces deux objets- quelques courtes réflexions.

Le luxe, cette peste de la société comme de la religion, n'est pas une chose précise ; il ne consiste pas, comme beaucoup d'autres vices , dans un point fixe , et cette observation est nécessaire pour ne pas tomber à ce sujet dans le vague ou dans l'exagération. Ce qui est le luxe d'une condition n'est que la convenance d'une autre ;

(x) Ipieaatem Joannes hafaebat vestimeiitam de pilû cameloram , ctzoDam pelliceam civca Inmbo suos : esca antem ejns erat locastse et mel silveitre. Matih. m, 4.

(2) Ecee qni io veste pretiosa sont, et in deliciis , in donibn»reçBam suât. Zuc, vn-, »5;

mais il n'y a pas de condition qui ne puisse avoir son luxe , et le point où il commence est celui où l'on aspire à la réprésentation qui ne convient qu'à l'état supérieur , soit en richesses, soit en considération. Ainsi, un premier vice essentiel du luxe, est la confusion des rangs, et le bouleversement de l'ordre social qui consiste dans leur distinction. Un autre inconvénient, est l'engloutissement de toutes les fortunes ; les dangereux besoins que donne le luxe , n'ayant pas de mesure , sont toujours hors de proportion avec les moyens d'y satisfaire , précipitent dans des dépenses qu'on est dans l'impuissance de soutenir. Delk les enfans restent sans éducation, les domestiques sans gages, les ouvriers sans salaire, leS' créanciers sans paiement, et les plus grandes maisons périssent misérablement, emportant avec elles l'exécration et les malédictions de toutes les familles qu'elles entraînent dans leur ruine. Un troisième mal^ bien plus funeste encore que les autres , est la perte des mœurs. Pour soutenir un faste insoutenable, à quels excès ne se portet-on pas ! Que de bassesses n'entraîne pas cette déplorable vanité de briller plus que les autres I et que chacun de nous se rappelle ce qu'il a pu facilement voir : des femmes vendre leur pudeur ; des magistrats , la justice ; des militaires , leur honneur ; des financiers, leur probité. Et le croirait- on, si on n'en était pas témoin ? L'objet de ces honteux moyens , est de se donner un lustre et du relief dans le monde. Mais indépendamment de ces infamies , n'est-ce pas une chose indigne d'un homme , et qui montre la petitesse de son esprit, de faire consister sa grandeur , de placer sa considération , dans cet appareil si étranger à sa personne, d^habitSj de table, de meubles^ d'équipages dont il s'environne? Les païens eux-mêmes ont déclamé avec force contre ce vice dangereux ; ils en ont déploré les funestes effets. Et qu'auraient-ils donc dit; s'ils avaient parlé à des hommes qui eussent renoncé solennellement aux pompes de Salan, et si, à tous les reproches qu'ils faisaient à leurs <:oncitoyens, ils avaient pu ajouler U

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reproche plus grave encore, de renier par là leur baptême ? Uq autre vice également opposé à la profession chrétienne, et pareillement condamné par Jésus-Christ, est la vie molle et sensuelle que le luxe a amenée parmi nous. Il n'y a qu'un chemin pour aller au ciel, et Jésus- Christ nous Je déclare positivement ; c'est celui où il a marché lui-même, charge de sa croix, et où il nous ordonne de Je suivre (1). Et s'il en existait nn autre plus commode , ce Dieu, si plein de bonté, ne nous l'auraitil pas indiqué? Que l'on nous cite un seul saint qui ait opéré son salut sans mortification, et en suivant la voie du plaisir. Il semblerait, à voir la vie que mène la plus grande partie , disons même l'universalité morale des hommes, qu'un nouvel évangile, contraire au premier^ leur ait été apporté, ou que la mollesse et la sensualité aient prescrit contre la loi divine. Jésus-Christ a dit : Il n'y a qu'une chose nécessaire (2)^ et cette chose est le salut où il faut entrer par beaucoup de tribulations (S). Le monde dit aussi : IJ n'y a qu'une affaire , mais cette affaire est la jouissance la plus étendue de toutes les aisances , des commodités , des douceurs de la vie, et surtout l'éloignement le plus absolu de toute gêne^ de toute contrariété, de toute souffrance. Le plaisir est l'objet de toutes les pensées, le terme de tous les désirs , la fin de tous les projets, le but de toutes les démarches, le sujet de toutes les conversations , l'âme de toutes les sociétés ; tous les moments qu'on n'y consume pas sont employés à le préparer, et l'occupation unique, générale, est la continuité, la succession, la variation des plaisirs. Ainsi , marchant toujours dans la route opposée à celle qu'a tracée Jésus-Christ, on arrive nécessairement au terme contraire. Puisqu'il faut alternativement , dans ce monde et dans l'autre , être dans les

(i) Si qais valt post me venire, aboeget semetipsiim , et toUat crucetD saam, et seqaatiir me. Matth, xvi, a4.

(a) Porro anam est neces^ariam. Luc, x, 4a.

(3) Per inallas tribalationes oppottet nos infrare in rfgnain Del. Act. XIV , a I .

soufirances et dans la joie, les peines de la vie présente auront pour dédommagement la félicité de la vie future, et les jouissances du siècle seront suivies des peines de l'éternité.

Qu'êles'vous donc allés voir ? Cest un prophète, et je vous le dis, c'est plus qu^un prophète ; car c'est de lui qu'il est écrit : Foilà que j'envoie devant vous mon ange , qui vous préparera le chemin. L'humilité de S. Jean-Baptiste l'avait empêché de se reconnaître pour un prophète ; la justice de Jésus-Christ l'en récompense, en le plaçant au-dessus des prophètes. Non-seulement ce grand per-> sonnage est, comme eux, le porteur des oracles divins; mais , ce qui n'a été accordé à aucun d'eux , il est l'objet des oracles. Tous les siècles concourent à sa gloire ; ceux qui l'ont précédé , en le prédisant ; ceux qui le suivent, en l'honorant. Il n'annonce pas seulement de loin le Christ, comme ont fait les Prophètes ; il le montre à la terre , et il prêche non le Messie qui doit venir, mais lé Messie présent au milieu de son peuple. Il ferme la succession des Prophètes , et ouvre la mission des Apôtres. Il appartient tout à la fois et à l'ancienne loi et à la nouvelle , et s'élève entre l'une et l'autre comme une colonne majestueuse , pour marquer la limite qui les sépare. Prophète, apôtre, docteur , solitaire , vierge , martyr , il est plus que tout cela, parce qu'il est tout cela en même temps. Il réunit tous les titres à la sainteté ; et rassemblant dans lui seul tout ce qui constitue ks différentes classes de saints , il forme au milieu d'eux une classe particulière. Aussi le Sauveur termine-t-il son éloge, en déclarant qu'entre les fils des femmes { ce qui ne comprend pas son auguste Mère) il ne s'en est pas élevé de plus grand que Jean - Baptiste (1). Rien ne peut être ajouté à cette louange, et tout ce qu'on entreprendrait d'y joindre, ne ferait que l'affaiblir.

(x) Amen dico vobis , non sarrexit inter nbtos mnliernin , major Jeanne Bvptbta. Matth, xi, 1 1.

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