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XLII. Union essentielle; ses actes

XLIII. Lumières et docilité des « Enfants ». XLIV. L'exercice le plus sublime du pur Amour réservé à la connaissance de certaines âmes.

XLV. Les voies intérieures distinguées de leur terme, le Pur Amour.

Conclusion. — Résumé du livre.

Ce plan ne diffère pas sensiblement de celui qu'adoptent M général les Théologiens mystiques, étudiant successivement la Vie Illuminative et la Vie Unitive, ainsi que les moyens pour le fidèle de passer de l'une à l'autre. Sa

progression serait à rapprocher, plus particulièrement, de celle des « Torrents », où Mme Guyon, ayant distingué trois voies du retour de l'àme à Dieu, l'active, la passive, et la passive en Foi, suivait, dans la description de cette dernière, un ordre très voisin de l'ordre suivi ici à partir de l'article XXX. Il ne faut pas s'en étonner. Fénelon s'adresse aux Mystiques de son temps, il doit donc prendre leur langage, leur méthode, leur esprit peutêtre, pour se faire comprendre d'eux. Seulement, pour leur exposer avec plus de rigueur théologique, le sens des saints auteurs dont il s'autorise, il divisera chacun de ses articles en Vrai et Faux.

Sans doute c'est encore afin de donner plus de sécurité à l'esprit de ses lecteurs que Fénelon emploie ce ton décisif, ces expressions tranchantes qui indignèrent Bossuet (1) : il n'y a rien de plus évident que cette tradition, et rien ne seroit plus téméraire que de la vouloir combattre (2)... Ils ont tous suivi la tradition universelle (3)... malgré cette tradition des Saints de tous les siècles (4),.. Parler ainsi, c'est ne laisser aucune équivoque dans une matière si délicate (5). Voilà quelques exemples de ses formules ordinaires, surtout dans les fins d'Articles. Aucune fleur de rhétorique, au-

^1) Relation sur le Quiétisme. Œuvr. C. de Uossuet, XXIX, 61 « l'audace d'une décision si ambitieuse ».

cnne [mage, une seule comparaison, vers les dernières pages (1). Les Maximes des Saints « se présentent comme un livre aride, et tout didactique.

2° Doctrine proprement dite.

Pur Amour. — Passons à la doctrine elle-même, à gel éléments essentiels. Qu'est-ce d'abord ici que le Pur Amour, dont M"" (iuyon faisait Y Evangile Eternel [% . et que Fénelon considéra comme le terme de toutes les voms intérieures '■'> ■ '"est un amour de Dieu purifié par les « épreuves » mystiques de tout mélange d'intérêt propre (4). Lui seul justifie, et rend justifiant l'amour, inférieur, de préférence, qui le contient à quelque degré Çô). Il est possible dès ici-bas (G), où il fait les mêmes actes des mêmes vertus que l'amour mélangé, mais sans crainte, sans inquiétudes, sans empressement (7j. Son degré suprême consiste à aimer uniquement en ellejirute et jiour e//?-//i< 'me, la soureraine beauté de Dieu (8), Dans l'état de pur amour, on conserve la crainte et l'espérance, mais sans leurs motifs intéressés.

il I'. J'>4-5 (dans la description, d'ailleurs peu originale, de l'Enfer spirituel).

2, Discours, l, 323.

\ vertissement, p. 16.

Lvertissement, p. 21 et passim.

Elles sont alors paisibles (1). Et l'on ne doit jamais traiter de vaine subtilité la délicatesse et la perfection du Pur Amour (2).

Cependant il ne convient pas à toutes les âmes ; certaines en sont effrayées ou scandalisées (3). C'est que, pour y atteindre, il faut avoir la lumière intérieure et l'attrait de la grâce (4). D'autre part, lorsqu'on y a atteint, on se borne à suivre la grùce sa?is entreprendre jamais de la prévenir (5). C'est la sainte i?i différence, supérieure à la « sainte résignation » ; dans cet état, qui n'est pas invariable, l'âme na plus de désirs volontaires et délibérés pour son intérêt [6). Mais cette indifférence ne suspend pas pour cela l'exercice de la volonté (7). Elle fait vouloir très fortement tout ce que Dieu veut, et qu'il indique alors non pas par une inspiration miraculeuse ou extraordinaire (8), mais seulement par une inspiration de grâce plus forte et plus spéciale (9).

Le Pur Amour, qui s'est accru dans les Extrêmes Epreuves par le Sacrifice absolu (10), nous porte à nous

(6) P. 50 et sq,

(7) P. 60 et sq.

aimer comme notre prochain (1), avec plus de vigilance, il est vrai ; mais pour chasser les tentations sa quiétude est bien supérieure aux empressements de l'amour intéressé. Sans lui, les austérités sont inutiles pour déraciner la cupidité et pour unir à Dieu 2). Et quand il enseigne par son onction, il surpasse tous les raisonnements que lion s poumons faire sur les livres 3 Il est détaché même de l'amour de Dieu en tant que celui-ci est notre bien 4). Enfin il devant, dans l'état de transformation, la rie, l'être, et comme la substance (5) de l'Ame.

Propriété. — Avant d'en arriver là, un grand obstacle est à vaincre : C'est t amour de nous-mêmes, auquel se réduisent toutes nos affections, c'est la Propriété, unique racine de tous les vices (6), motif dominant dans l'amour d'espérance (7), et dont il reste quelque trace dans l'amour de préférence (8). Les épreuves la détruisent, ne laissant aucune ressource à l'amourpropre. à l'intérêt propre même éternel (9). Car elles désapproprient les vertus (10 . faisant perdre les ap-

On « des vertus » suivant qu'on considère les vertus

puis sensibles, les actes méthodiques qui en rendent témoignage (1). Ainsi l'àme désappropriée, et devenue « enfant » (2), cesse de se complaire en sa vertu (3), et, dans le péché, distingue l'imperfection, qu'elle hait, et l'abjection, qu'elle aime (4).

Epreuves. — Qu'est-ce donc que ces Epreuves, destinées à purifier l'amour, en lui faisant perdre peu à peu toute propriété? Ce sont des tentations spéciales, où Dieu retire à l'àme la vue de toute ressource et de toute espérance pour son intérêt propre même éternel (èi). Le seul moyen de les apaiser est de n'y vouloir point trouver un appui aperçu pour le propre interest (6). Au milieu des épreuves, on conserve le pouvoir virtuel d'acgomplir les préceptes et les conseils convenables à son état, ainsi que les actes réels et intérieurs du libre arbitre 'pour cet accomplissement ; la grâce prévenante, la foi explicite, l'espérance désintéressée, la haine du péché, la certitude intime momentanée nécessaire pour la droiture ; mais on perd le goût sensible du bien, la certitude réfléchie consolatrice; on est dans le trouble

comme désaffectées de la personnalité qui les souille ; ou qu'on considère l'âme détachée alors des vertus et de la joie qu'elles lui procurent.

(1) P. 137 et sq.

(3) Art. XVI, p. 132 sq.

(4) P. 137 sq.

(5) P. 73 et sq.

avec des intervalles de grâce sensible 1 ; car dans la séparation qui s'établit alors entre la partie supérieure et la partie inférieure, la paix et la grâce qui, en général, sont communiquées directement, el par conséquent, uniquement à l'entendement et à la volonté, ne laissent pas, quelquefois, de se manifester aux sens et à l'imagination (2).

Oraison, contemplation. — Gomment priera lame mystique î L'oraison vocale, qui, séparée de l'oraison mentale, est païenne, a pourtant son utilité, et n'est jamais, en fait, contraire à la plus haute contemplation (3). La lecture et la méditation ont leurs avantages (4) ; mais la Contemplation leur est supérieure, avec ses actes si simples, si directs, si paisibles, si uniformes, qu'Us n'ont rien de marqué par où Corne puisse les distinguer (5). On peut entrer dans la Contemplation, en laissant la Méditation, quand la Méditation est stérile, et que la seule présence de Dieu est féconde (6). Devenant passive, la Contemplation ne devient pas pour cela miraculeuse ; seulement son objet ne passe pas par les sens, l'imagination, ni la réflexion : elle se compose d'actes de foi et d'amour simples et directs, qui sont, en

li P. 81 etsq.

2 Art. XIV, p. 121 at sq.

(3) P. 155 et sq.

I P 160 etsq.

réalité successifs, bien qu'ils paraissent constituer un repos de pure union (1).

Union à Dieu. — Cette union à Dieu est élaborée p;ir l'état passif (2), où règne 1' « enfance » (3), simple pour le bien, prudente contre le mal, paisiblement maîtresse d'ellemême, contente du moment présent, docile à la grâce actuelle, et ne se croyant pas l'objet d'une inspiration extraordinaire 1 4 . Union etenfance arrivent à leur comble dans l'état de transformation. Alors Dieu se retrace dans l'àme et consomme les noces spirituelles (5), qui, sans être l'union hypostatique, sont une union de volonté à volonté, germe de la béatitude céleste, qui permettent à l'àme, tout en conservant la concupiscence, de garder une pureté entière, et d'écl.apper au Purgatoire.

Le livre s'achève sur ce degré suprême de la vie spirituelle.

3° Méthode et principes.

Théologie et psychologie. — C'est dire que les « Maximes des Saints », malgré leur apparence sèche et abstraite, suivent, en réalité, pas à pas, le développement de la lumière, de la vie divine dans l'àme mys-

(1) P. 199 et sq.

(3) P. 214 et sq.

(5) P. 254 et sq.

tique. Sans cesse il y est question d'un passage insensible (1), qui mène, par exemple, l'âme de la méditation à la contemplation, d'un passage long, imperceptible, mélangé (2), entre l'amour intéressé et le Pur Amour. Sans cesse un état commence 'S) ; Fénelon ne dit [tas que l'amour d'espérance contient quelques éléments d'amour pur, mais qu'il est mélangé d 'un commencement (4) d'amour de Dieu pour lui-même. Ou bien un état prépare à un autre (o). En vérité, ne trouve-t-on pas. dans tout cela, autant de psychologie attentive, que de rigoureuse théologie 1

Peut-être cet état d'esprit complexe, et, au fond, un peu gêné, d'un théologien à moitié psychologue, — ou d'un psychologue qui s'attache à être théologien, — expliquerait-il certaines indécisions de langage et même de pensée, qui gâtent cette première édition, — et que l'auteur n'a pas su effacer, en préparant son second texte. Fénelon n'a pu donner un sens unique et définitif, ni au mot intérêt, ni à celui de motif, alors que tous deux, si souvent répétés dons son livre, y sont si importants. Intérêt a souvent, dans ses « .Maximes », le sens davantage, qu'il a dans le langage des théologiens. Plus souvent encore, le même mot a le sens à'amour de soi. Dans un cas, c'est un objet extérieur ;

(i) Avertissement, 21, etc.

P. 4, 5, 36, etc.

(5 P. 17, 20, etc.

daus l'autre cas, c'est un sentiment. Quant à « motif », tantôt il signifie, comme chez les docteurs scolastiques, le but en vue duquel on agit, tantôt le principe intérieur qui porte à agir (1). Quoi qu'il en soit, los « Maximes » de 1697, qui commencent par une exposition des divers amours dont on peut aimer Dieu., qui suivent doucement l'âme dans son progrès vers Lui, sont l'œuvre non seulement d'un docteur, mais surtout, peut-être, d'un directeur. Ou, si l'on veut, elles sont l'œuvre d'un directeur à la fois sage et expérimenté {%),

Expérience. — L'expérience ! Voilà, en effet, ce à quoi Fénelon fait toujours appel, voilà son principe et sa règle : sans elle, la science est inutile, et la bonne volonté imprudente (3) ; à sa lumière, on distingue les degrés différents de la vie mystique, et les passages

(1) Voici la liste, pour les deux acceptions différentes, des pages où ces mots sont employés :

a Motif = but : p. 11, 14, 19, 21, 23, 25, 26, 34, 36, 37, il, 44, 45, 49, 165, 271.

b) Motif = sentiment : p. 12, 15, 23, 24, 28, 33, 41, 44, 45, 46, 47, 167, i>4.

c) Sens incertain : p. 33, 40, 135, 145, 184.

a) I.ttérêt = avantage : p. 6, 16, 17, 19, 22, 26, 45, 46, 49, 52, 54, 72, 73, 208, 209.

6) Intérêt = amour de soi : p. 5, 6, 8. 10, 14, 15, 17, 18, 20 26, 31, 33, 34, 41, 44, 47, 51, 73, 74, 75, 77, 79. 91, 135, 138,'l65,' 167, 195, 264, 268.

c) Enfin le sens est incertain, p. 25, 49, 90, 113. 2 Passim, les deux épithètes sont toujours réunies.

(3) 33 et suiv., 148, 171, 177, etc.

subtils de l'un à l'autre ; aussi ce sont les expériences des saints (1 qui forment les principales autorités de l'auteur des « .Maximes ». Il déclare impies et insensés ceux qui leur préfèrent des idées « claires » (2) ; et il estime sa doctrine incontestable, quand il l'a prouvée en répétant mot à mot les expériences des saints (3).

Raison, réflexions, actes directs. — Aussi bien les simples, aidés de l'expérience, connaissent-ils Dieu mieux que ne font les grands et les sages (4) ; sans doute, la raison est le premier des dons de Dieu dans l'ardre de la nature (5) ; mais la « propriété » s'y attacbe trop aisément ; et les« réflexions », qui n'ont rien de mauvais en elles-mêmes, deviennent mauvaises parce que les âmes malades d'amour-propre s'en servent aussitôt (6). Voici pourquoi : les actes réfléchis laissent une trace dans l'âme, qui peut dès lors s'en rendre témoignage à elle-même, et en fortifier sa « propriété ». Au contraire, les actes directs, trop intimes et trop rapides pour être aperçus, émanations de l'entendement, de la pointe de l'esprit (7), et non pas exercices discursifs (8) de l'intelligence, permettent en quelque sorte un commerce au jour le jour avec Dieu ; et l'âme

(7) P. 82 sq.

(8) Passim.

mystique, cessant d'être entretenue par la mémoire de ses actes dans le sentiment de sa propre continuité, perd la conscience de soi-même, en même temps que la confiance en soi. C'est ainsi que les actes directs sont la clef de la contemplation passive (1). Eux aussi expliquent la fameuse séparation de l'âme en partie supérieure et partie inférieure, dans les dernières épreuves : l'entendement communiquant alors directement avec Dieu, il ne se produit pas de réflexions capables de soutenir l'imagination en détresse.

Telle est la méthode, tels sont les principes ou plutôt les clefs, c'est-à-dire les moyens de résoudre les difficultés, qui semblent avoir été utiles à Fénelon pour exposer et pour élaborer sa doctrine.

4° Attitude à l'égard de quelques dogmes.

Cette doctrine ne met point en question tous les dogmes ; mais plusieurs y sont engagés ; Féuelon n'examine pas l'existence de Dieu ; mais il donne une certaine idée de son essence ; il montre la personne de Jésus-Christ capable d'un trouble involontaire; il parle, à diverses reprises, des vertus théologales de Foi et d'Espérance, des rapports de Dieu avec l'homme par la grâce, de l'état et des devoirs de l'homme.

Dieu. — Dieu, qui est notre but (1), notre tout (2), qui est bon (3), et en même temps jaloux en nous... de nous-mêmes 4), qui ne veut pas le péché, mais la leçon d'abjection qu'on en tire (5), peut être défini l'être infiniment libre, dont les promesses sont toutes gratuites (G), et encore le bien infini qui ne cherche qu'à se communiquerai). Mais surtout il est l'Etre infini, celui dont rien n'est exclu, qui est notre récompense promise (8), comme il est toute autre chose, celui dont la véritable expression, connue par la contemplation pure et directe, est V idée purement intellectuelle et abstr'nhde Vétre qui est sans bornes et sans restriction (9). Et cette idée ne laisse pas d'avoir un caractère très positif : elle comprend les attributs divins, car l'essence sans les attributs ne serait pins l'essence (10) ; elle n'est point contradictoire de la Trinité, parce qu'une idée si simple qu'elle puisse être peut néanmoins représenter die \rs objets réellement distinguez les uns des autres (\l . Enfin, cette simplicité n'exclut point la vue distincte de

(9 186 et sq.

l'humanité de Jésus-Christ (1). Car si, philosophiquement parlant, il est plus parfait d'aller à Dieu directement et immédiatement, pour lame qui acquiert des mérites, il est aussi parfait d'accueillir les objets que Dieu présente par sa grâce (2). On perdra donc la vue sensible et réfléchie de Jésus-Christ, non sa vue simple et distincte ; et l'on envisagera ses mystères sans désir de consolation, sans méthode, simplement et abstraitement (3). Si la bonté de Dieu est l'objet du pur amour, c'est à condition d'être prise simplement et absolument en elle-même, sans aucune idée qui soit relative à nous (4). L'essentiel est plutôt la beauté de Dieu (5).

Jésus-Christ, le trouble involontaire. — Quant au Rédempteur, il est notre parfait modèle (6), et l'on trouve dans les souffrances de sa Passion un exemple des dernières épreuves, car en son âme s'est opérée alors la séparation de la partie inférieure et de la partie supérieure, à laquelle est soumise toute àme humaine appelée à la purification de l'amour. Ainsi, il jouissait par la partie supérieure de la gloire céleste, pendant quil eloit actuellement par l'inférieure l'homme des douleurs, avec une impression sensible de délaissement de son Père. La partie inférieure ne communiquoit à

(3) 190 et sq.

6 121 et sq.

la supérieure ni son trouble involontaire ni ses defaillances sensibles. La supérieure ne communiguoït à

V inférieure ni sa pair, ni sa béatitude (1). On sait le scandale excité dans le public par cette expression de /, mble involontaire. Il semblait que Fénelon assimilât lame do Îllumme-Dieu à celte d'un homme ordinaire; qu il oubliât le texte de saint Jean (2), où il est dit que Jésus, voyant les larmes de Marie el des amis de Lazare.se troubla lui-même, tturbavilsemetipsum* ; nous verrons tout à l'heure, à propos de la seconde édition, les excuses que Fénelon a données et les corrections qu'il a essayées pour ce « trouble involontaire ». Toujours est-il que dans les - Maximes » de 1697, la formule malheureuse de la page 122 semblait confirmée par la phrase suivante, p. 123 : Les actes de la partie inférieure sont d'an l,ouble entièrement aveuyle et involontaire : parce </ue tout ce qui est intellectuel et volontaire est de la partie supérieure. Enfin, les membres de la « petite église » guyonienne. qui avaient lu la correspondance secrète de Fénelon et de la « prophétesse », durent s'étonner des désaveux qui suivirent. Voici, en effet, ce que l'auteur des « Maximes des Saints » avait écrit en 1689 : Pour les âmes qui sont dans les tentations d'impureté, de désespoir et de blasphème, je comprends que ces tentations peuvent être si fortes, et l'opération de la grâce si cachée dans l'âme, qu'alors

! 121 et 122.

2) Evant: de S. Jeau. XI, 33.

Came n'aperçoit plus que la seule volonté de la chair, qui est la concupisce?ice... Je comprends même que dans la faiblesse, oh Dieu permet que Vame se trouve, il peut y avoir dans le corps certains mouvements qui paraîtraient de vrais péchés, ?nais qui sont involontaires, ou par l'impression du démon, ou par le ressort naturel des passions mêmes... C 'est pourquoi Jésus-Christ, qui a daigné nous donner un modèle pour toutes sortes de tentations, nous dit au Jardin ces paroles, pour demander ce quil savait bien qui était formellement contre la volonté de son Père : c était pour exprimer la répugnance et le soulèvement involontaire de la nature, à qui il échappe quelquefois des paroles et mouvements involontaires (1), quoique le fond de la volonté demeure invariablement soumis. Notons, d'ailleurs, qu'ainsi expliquée, l'idée du •< trouble involontaire » de Jésus-Christ pouvait paraître plus acceptable ; mais remarquons aussi l'analogie des deux textes, qui est telle que celui des « Maximes » semble être seulement l'abrégé de celui de la lettre.

Foi, Espérance. — Que deviennent, dans cette doctrine, les vertus théologales, de foi et d'espérance H La foi est nécessaire à la perfection des voies intérieures, en même temps que le pur amour, mais à condition d'être, elle aussi, la pure foi, la plus vive et la plus

(1) Lettre de Fénelon à Mme Guyon, publiée par Masson dans « Fénelon et Mme Guyon >, p. 196.

obscure (1), qui n'est qu'une forme de l'abandon à Dieu, et qui ne demeure explicite dans les épreuves extrêmes (2) que parce que tel est le bon plaisir de Dieu.

De même l'espérance ne subsiste vraiment, et ne garde son rang de vertu tbéologale, que si elle est fondre sur le pur amour, si. désirant essentiellement Dieu, elle le veut pour soi, afin de se conformer au bon plaisir de Dieu <jui le veut pour elle (3). Ainsi, elle ne sera qu'une occasion d'exercer le pur amour ; et à ce titre et sous cette forme elle continuera de vivre dans les épreuves (4> ; faute de se perfectionner (5 de cette manière, elle restera intéressée (6), au même degré que la crainte (1\ ou un peu moins, mais en gardant toujours un reste d'esprit mercenaire (8).

La Grâce. — Dieu gouverne l'homme par s-a grâce ; — ou du moins l'homme devrait s'abandonner sans cesse à la conduite de la grâce divine. Il ne s'agit ici ni de la grâce sanctifiante, qui est un état, ni de grâces miraculeuses, mais d'un attrait intérieur (9), d'un

(1^ P. 64 et 65.

souffle intérieur de Dieu, dont l'inspiration seulement est plus forte dans le pur amour (1). Elle est toujours prévenante, el on ne doit jamais la prévenir par des désirs empressés (2). L'homme se hornera donc à coopérer (3) à ses impressions (X), soit qu'elle lui enlève les occasions d'être intéressé (5), soit qu'elle le porte à des désirs (6), ou à des réflexions (7). En maîtresse souveraine, elle possède, instruit et meut les en/ans (8), par ses impulsions les plus délicates (9). Une telle docilité lui est-elle due parce qu'elle est toujours conforme à la loi (10) *? Ou plutôt Fénelon, se souvenant de sa réfutation de Malebranche, où il élevait Dieu et la liberté de Dieu au-dessus des lois divines, n'a-t-il pas établi ici la grâce au-dessus de la Loi écrite, en recommandant de ne pas transgresser les préceptes pour ne pas manquer à la grâce (11).

Devoirs de Vhomrne. — De cette manière, dans cette mesure, pourrait-on dire, la loi écrite est notre règle

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