‹ Explication des maximes des saints sur la vie intérieureChapitre 13 sur 59 · P. HO · texte numérisé non relu

P. HO

. (11) Ibid.

inviolable (1) ; elle nous commande des désirs désintéi8, que la sainte indifférence nous fait vouloir (2), niais . elle ne nous commande pas de les forme)- dune manière intéressée, inquiète, ou toujow & distincte (3) » ; enfin l'Eglise, qui la représente, a toujours droit à l'obéissance, même de la part des âmes transformées (4).

Aussi les âmes transformées n'hésiteront pas à s'approcher du sacrement de pénitence, qui leur est utile, et même nécessaire dans la discipline présente, du moins pour les fautes vénielles qu'elles aperçoivent (5). Elles désireront la rémission des péchés par docilité à Dieu, et elles auront une contrition dépourvue en général de formule expresse et ré/ïec/iie(Q).

Cette même docilité se retrouve au fond du désir que nous avons du salut 7 : La foi nous assure que la gloire de Dieu et notre félicité sont inséparables (8). Dès lors, nous voulons notre félicité ; maisnous aimerions autant Dieu quand même, par supposition impossible. il roudroit rendre éternellement malheureux ceux r/ui Vouvoient aime i9j. Cette supposition n'est, d'ailleurs, impossible, que si on considère l'objet. Dieu, qui y est

(fi P. 242.

béatifiant ; elle est possible, et réelle si on considère le sujet, l'ame aimant Dieu (1), qui dès lors pourra faire le sacrifice absolu de son salut (2).

Ne doit on donc, parmi toutes les vertus, exercer que la charité ? Non : le pur amour fait les mîmes actes de toutes les mêmes vertus que V amour mélangé (3), car les vertus ne sont pas spécifiées par leurs fins (4), mais par leurs objets formels (5). Que les efforts de l'homme ne se perdent pas en activité (6), ou en austérités physiques. Celles-ci, suivant leur institution, sont utiles et souvent nécessaires (7). Mais elles n'ont aucun pouvoir positif pour unir l'âme à Dieu, ni même pour détruire le fond de Vamour-propre (8), si elles ne sont animées par le pur amour. C'est que, si le pur amour est le terme de toutes les voies intérieures, la propriété, comme on l'a vu, est l'unique racine de tous les vices. Et la concupiscence, sans être toutefois jamais complètement éteinte, même dans les âmes transformées (9), cesse sans doute d'être la vraie source de notre malice, puisqu'il peut se rencontrer des âmes en qui la chair

(5) P. 41, id., p. 184, 224.

(8) Ibid.

soit depuis longtems entièrement soumise à l'esprit (1).

L'homme n'est pas, suivant cette théologie, l'être déchu et voué à la perversité que connaissaient les Jansénistes. La boue dont il est pétri (2) le rend incapable d'une préférence distincte pour Dieu, même dans l'amour de préférence, h moins que la grâce ne vienne l'assister. Il oe peut s'élever sans l'appel de la grâce. Mais en revanche il est toujours libre de fermer l'oreille à la grâce- Dans son « Explication des articles d'Issy », Fénelon écrivait : L'âme, en quelque degré qu'elle soit, peut toujours résister véritablement à toute grâce intérieure. U attrait prévenant du pur amour dans lestât </u't,>i nomme passif non plus que l'attrait prévenant de l'amour intéressé dans /'estât qu'on nomme actif n'est point un enthousiasme qui enlevé à Vbomme sa liberté (3;. Ici, il maintient la liberté humaine même dans l'oraison infuse (4), même dans la transformation (5). Ces états comportent, dit-il, la docilité, et non pas l'impuissance. L'homme peut donc être défini, suivant les « Maximes », un être aisément perdu dans les détours subtils de l'amour-propre, mais sensible à la grâce qui le mène à Dieu, tout en conservant sans cesse sa liberté ; et la « chute », au lieu de le condamner au mal, l'a seu-

fi) P. 76.

3 Expl. inéd., p. 155.

lement privé de tout pouvoir positif pour le bien. Il est en proie à la concupiscence, sans doute ; mais surtout il est mené par l'intérêt, qui sans être pervers en luimême, devient la source de toutes nos perversités.

5° Attitude de Fénelon envers Mme Guyon dans les Maximes de 1697.

« Mon entêtement, écrivait Fénelon àNoailles le 8 juin 1G97 (1), ne m'a pas empêché de faire un livre, duquel les gens les plus échauffés vous ont dit en jiropres termes, quej'ymettois en poudre toutes les erreurs de M™* Guyon. » Les « gens les plus échauffés » avaient tort, et Fénelon, sans doute, ne l'ignorait pas. Car Mme Guyon avait lu le livre avec respect et satisfaction, y trouvant peu de choses à redire. « A Dieune plaise, ajoutait-elle, dans une lettre au duc de Chevreuse, que je me plaigne d'y estre condamnée en quelques endroits, puisqu outre que la condamnation nest jjus formelle Dieu sçait que je voudrais de tout mon cœur... estre condamnée de tout le monde » (2).

Pourtant Fénelon semblait avoir pris à tâche, dans son Livre, de réfuter les erreurs quiétistes. Dans son

(1) Corresp. VII, 458.

(2) Cette lettre, dont nous citerons plus loin d'autres passages, a été publiée en partie par Masson, dans Fénelon etMme Guyon. Elle figure, dans le Recueil Mss. de la Correspondance Guyon- Chevreuse, à la page 192 etsuiv., datée de mais 1697.

Avertissement, il est vrai, il De paraissait considérer que If.- excès mystiques des derniers siècUs, et non pas le molinosisme tout récemment condamné. Mais ses articles Faux n'étaient-ils pas la censure impitoyable des doctrines chères à Molinos?

Examinons de près ces réfutations. Nous trouverons, à l'article II Faux (1), la condamnation des chrétiens qui rejetteraient la récompense, — parce qu'ils seraient alors indociles à Dieu qui la veut ; — l'article lit Faux indique une erreur dans le mépris pour l'amour intéressé, et pour le désir d'en faire sortir précipitamment ue> : car c'eut vouloir que l'esprit souffle où nous voulons, c'est inspirer aux âmes l'ambition et V avarice tuelle c'est les éloigner de la véritable simplicité du Pur Amour 2). Indocilité encore, que de cesser l'espérance (3), que de refuser son salut (4), que de repousser les désirs pieux et édi flans auxquels nous pouvons nous trouver pot tés intérieur (-vient (5). Les inspirations miraculeuses, qu'on reprochait alors aux Quiétistes. sont blâmées et rejetées comme contradictoires à la pure foi [6). Il est faux que les épreuves intérieures ôtent pour toujours les >/ mets sensibles... les actes distincts de l'amour et des vertus (7), parce que ce serait

Si P. 38.

(3 Art. IV Faux.

i Art. V vrai.

VI Faux.

6 Vil Faux.

: VIII Faux.

là déclarer que la grâce est parfois impuissante. Eufin, si l'on ne doit pas se haïr (1), ni mépriser la Raison (2), c'est en considération de l'excellence de Dieu, qui a fait la Raison et l'Homme, et dont les ouvrages ne peuvent être mauvais. Docilité, simplicité, pure foi, liberté infinie et perfection de Dieu, nous reconnaissons ces principes. C'est donc au nom du Pur Amour et des vérités qu'il y rattachait que Fénelon invitait les Mystiques à rester dans l'orthodoxie : habileté ou hardiesse singulière, — à moins que ce ne fût inconscience, et que l'auteur des « Maximes » ne fût pénétré lui-même des doctrines dont il prétendait combattre les excès.

Car il ne méconnaissait pas l'origine du Quiétisme : il la signalait dans la confusion des tentations communes avec celles des dernières épreuves (3) dans la confusion de la passiveté avec l'inertie (4), dans la croyance à une séparation entière et durable des parties inférieure et supérieure (5), dans l'idée que l'oraison tranquille suffit toujours contre la chair (6), que le péché est nécessaire, afin de procurer l'humiliation (7), et il avait soin aussi, pour parer aux dangers de l'illusion, de distinguer soigneusement la volonté de permission, d'avec la volonté

(1) XII Faux.

(2) XXXI Faux.

écrite 1). et il faisait l'éloge du Pater (2), dont les demandes passaient alors pour incompatibles avec l'indifférence quiétiste.

C'est que son livre n'était point hérétique ; c'est que Mm* Guy on, et non pas Molinos, avait été son maître. Mais aussi l'on peut dire que, si les « Maximes des Saints» sont seulement « erronées et dangereuses», sans aller jusqu'à L'hétérodoxie, elles abondent en allusions à la personne de Mme Guyon et à sa doctrine.

// n'y a dans vi07i livre, écrit Fénelon, rien qui regarde Mme Guyon, qu'un seul endroit de V 'Avertissement, p. 15, où je dis que ceux qu> se so?it trompez pour le fond de la doctrine ne se contentent pas de condamner Ferveur, mais qu'ils avouent de l'avoir crue (3). Pourtant ne pensait-il pas à elle, lorsqu'il disait encore, dans son Avertissement. Les mystiques à qui je parle ne sont ?i> des fanatiques ni des hypocrites (4), et qu'il prétendait expliquer leurs maximes ace': plus d'exactitude que la plupart d'entre eux n'avaient pu jusque-là les expliquer (5) ? Ne 86 souvenait-il pas que M""" Guyon avait écrit la « Règle des Associés à l'Enfance de Jésus », et qu'elle enseignait partout l'amour de son petit-maître, lorsqu'il disait, parlant de Jésus-Christ : Les Ames contemplatives ne

(i) Art. XVIII.

(3 Corresp. VIII, 232, 8 déc. 1697.

(4i Avertissement, p. 7.

5 Avertissement, p. 2'J.

voient plus que lui seul en elles... il devient quelque chose de si intime dans leur cœur, qu'elles s'accoutument à le regarder moins comme un objet étranger et extérieur, que comme le principe intérieur de leur vie (1). N'était-ce pas d'elle qu'il présentait la défense, d'elle qu'il affirmait la docilité à l'Eglise, par ces mots : Ces âmes (transformées) ne doivent jamais ni se juger elles-mêmes, ni s'excuser, si ce ri est par obéissance et pour lever quelque scandale, ni se justifier en elles mêmes par un témoignage délibéré et réfléchi, quoique le fond intime de leur conscience ne leur reproche-rien. Elles doivent se laisser juger par leurs supérieurs (2). Est-ce enfin un excès de subtilité ou de malveillance, quede croire, comme faisait Noailles,« V article XXXIX... composé pour effacer adroitement les impressions fâcheuses que sa conduite (de Mme Guyon) a données... contre elle ? » (3) : « Les âmes exercées par les épreuves extraordinaires, avait écrit Fénelon, y montrent quelquefois pour des occasions passagères un esprit irregulier affoibli par Vexcez de la peine, et une patience presque épuisée, comme Job parut imparfait et impatient aux yeux de ses amis.., certaines imperfections qui sont plus de Vinfirmité du naturel que de la volonté, et qui sont... le contrepoids de leur contemplation Ces imperfections... dans une

O. G. de Fénelon, V, 406.

ame... serrent à la rabaisser à ses propres yeux-, et à tenir les dons de Dieu sous un voile d'infirmité qui exerce la Foi de ùette ame et des Justes qui la connaissent,... enfin pour cacher le secret de V Epoux et de f Epouse aux Sagas et aux prudents du siècle i i). Tous ces traits, dit-on, ajoutait Xoailles, font finement dans votre idée le portrait de cette dame si élevée selon vous dans l'état de pur amour, ?nais en vienne temps si suspecte et si décriée dans Vesprit de ces gens qu'on croit que vous avez désignés » 2).

On dira que la personne de Mme Guyon est ici d'importance secondaire, et que le principal est de savoir si les idées guyoniennes ont passé dans les « Maximes ». L'enqu-'te est facile. A la simple lecture, les ressemblances de mots sont frappantes (3). Le plan dea « Maximes » est bien voisin de l'ordre suivi dans les « Torrents ». Pour l'auteur des « Discours spirituels », le pur amour est l'Evangile éternel (4) ; l'oraison, qualifiée, dans le « Moyen Court », (Y action pleine de repos (o) est défendue contre les critiques dans les mêmes

1 1 Max . p. 2 , ■

(3) Pour ne donner qu'un exemple. Fénelon emploie le mot à" « enfants » dans le même Bens que M»" Guyon, nommant les contemplatifs d'un certain degré « enfants de Dieu » sans distinguer entre l'idée de filiation et celle d'enfantillage. — Mnsson dans son Fénelon et Af">« Guyon, a signalé un certain nombre de rapprochements d'expressions analogues.

^ Discours, I, p. 323.

5 Moyen Court, p. 51, des nt>. ipir.j.

termes que 1' « indifférence » dans les « Maximes » (1). Sur l'abandon (2), sur la propriété (3), mêmes ressemblances. Dans la contemplation, les deux auteurs se défendent pareillement d'établir l'acte permanent : L'âme se croit oisive, dit Mme Guyon : « qu'elle dise plutôt : je ne distingue plus d'actes ; et non pas : Je ne fais plus d'actes » (4). Et Fénelon découvre dans l'union essentielle même des actes si paisibles et si uniformes qu'ils paraissent comme un seul, quoique ce soit plusieurs actes très réellement distinguez (5). Ce n'est que sur la possibilité de l'union hypostatique avec Jésus-Christ qu'ils diffèrent, Mms Guyon l'admettant (6), Fénelon la rejetant au contraire formellement (7).

Leurs principes sont aussi les mêmes. L'un et l'autre, ils prennent l'âme cheminant vers la vérité (8). Fénelon se fie à l'expérience *? Mais, dans 1' « Ame Amante de son Dieu », l'expérience est mise au-dessus de tout (9). Et plusieurs fois, dans les « Torrents », on montre toute l'importance d'un Directeur expérimenté (10). Fénelon n'a eu qu'à ouvrir le « Moyen

(3) ld., passim.

(4) Id., passim., p. 66.

(6) P. 145 du Conim. sur le Cantique des Cantiques.

(8) Dans tons les ouvrages de Mrac Guyon, passim.

(10) P. 138, 147, etc., (des Op. spir.).

Court », pour découvrir tout le parti que l'on peut tirer de la distinction entre les actes directs et les actes réfléchis (1).

Même attitude, enfin, chez l'un et chez l'autre, à l'égard des dogmes que nous avons envisagés. Partout, M",c Guyon prêche l'infinie beauté de Dieu, excluant du sommet de la perfection tout ce qui se peut nommer en Dieu et hors de Dieu (2) ; elle voulait que la foi fût nue et ténébreuse (3), que l'on portât les Hais de Jésus- Christ, plutôt que de considérer seulement les états de Jésus-Christ (4). Laissant l'avenir à la Providence et se contentant du moment actuel (5), elle n'a que faire de l'Espérance. La grâce, — dont cependant elle débordait — ne lui semble pas prendre, pour s'épancher, des voies extraordinaires, et elle exclut, elle aussi, de la « vie divine », les visions, révélations, extoses, ravissements (6), tout en croyant bien que le moment présent ?wus apporte avec soi C ordre éternel de Dieu sur nous (7). Le « Moyen Court » enseignait à être indiffèrent à toutes choses... pour les biens temporels et éternels (8). L' « Ame Amante » souhaitait que la rècom-

li P. 01 et sq.

(2 ld.

<3] ld. Ame Amante.

(4) Ma Cl. p. 26.

(6) M° CK p. 23.

6 Torrents, p. 243.

pense lui fût cachée (1). Même défiance des austérités (2), des efforts (3) ; même substitution de la « propriété » à la concupiscence, comme fondement de nos vices (4). La seule propriété peut causer le péché, car qui n'est plus, ne peut pécher, dit l'auteur des « Torrents » (S). Seulement Mme Guyon allait plus loin, et trop loin, en déclarant : les âmes qui n'ont pas péché... ont une estime extraordinaire de leur propre justice... cette attache, estime, ou amour des-or donné de leur propre justice, est un obstacle plus difficile à surmonter que les plus yros péchez (6).

« Vous souvient-il, écrivait Noailles à Fénelon, de ce que vous dites un jour à M. Tronson en présence de plus d'un témoin ; que voies lui étiez très obligé des bons avis qu'il vous avoit donnés ; mais que vous aviez bien plus appris de Mme Guy ont » (7)

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