‹ Explication des maximes des saints sur la vie intérieureChapitre 56 sur 59 · amour sans interest propre. Cel élut · texte numérisé non relu

amour sans interest propre. Cel élut

... justice chrétienne, et parce...

le comble de l'illusion. Le voyageur après beaucoup.de fatigues, de dangers, et de souffrances en arrivant sur le sommet d"une montagne, aperçoit de loin la ville qui est 1 265] sa patrie, et c'est le terme de son voyage et de toutes ses peines : d'abord il est saisi de joye, il croit déjà être aux portes de cette ville, et qui ne lui reste plus qu'un chemin court et tout uni : mais à mesure qu'il s'avance, il trouve des longueurs et des difficultez qu'avoit pas prévu dans ce premier coup d'oeil. Il faut qu'il descende par des précipices dans des vallées profondes où il perd de vûë cette ville qu'il croyoit presque toucher. Il faut qu'il remonte souvent en grimpant au travers des rochers escarpez. Ce n'est que par tant de peines et de dangers qu'il arrive enfin dans cette ville qu'il avoit cru d'abord si proche de lui, et à plein pied. Il en est de même [266] de l'amour entièrement désintéressé. Le premier coup d'œil le découvre dans une merveilleuse perspective. On croit le tenir. On s'imagine déjà y être établi. Du moins on ne voit entre soi et lui qu'un espace court et uni. Mais plus on avance vers lui, plus on éprouve que le chemin en est long et pénible. Rien n'est si dangereux que de se flatter de cette belle idée, et de se croire dans la pratique où l'on n'est point : tel qui admet dans la spéculation est amour, fremiroit jusques dans la moelle des os, si Dieu le mettoit dans les épreuves par lesquelles cet amour se purifie et se realise dans les âmes. Enfin il faut bien se garder de croire qu'on en a la réalité aussi tost qu'on eu a [267 | la lumière et l'attrait. Toute aine qui ose

[265]... dans des profondes vallées où...

présumer par une décision refléchie d'y être parvenue montre par M présomption combien elle en est éloL Le très petit nombre de celles gui y sont, ne sçavent si ellei y sont toutes les fois qu'elles réfléchissent sur elles mêmes : Klles sont prestes h eroife qu'elles n'y sont pas, quand leurs Supérieurs le leur déclarent : Elles perlent avec désintéressement et -ans reflexion d'elles mêmes comme d'antruy, elles ne le font que par nécessité avec simplicité, et sans complaisance par pure obéissance a leur- supérieurs, sans juger ni raisonner jamais volontairement de leur état. Enfin quoiqu'il soit vrai de dire que oui homme ne peut marquer des bornes précises aux opérations de , £68] Dieu dans les aines, et qu'il n'y a que L'esprit de Dieu qui puisse sonder les profondeurs de cet esprit même ; il est néanmoins vrai de dire que nulle perfection intérieure ne dispense les Chrétiens des actes • lui s«mi essentiels pour l'accomplissement de toute la Loi, et que tonte perfection se réduit à cet état habituel el mm invariable d'amour pur et unique qui fait dans ces aines avec une paix désintéressée tout ce que l'amour ineslangé de cupidité soumise fait dans les autres avec quelque reste d'empressement intéressé, lui un mot il n'y a que l'interest propre qui ne peut et qui ne doit plus se trouver dans L'exercice de l'amour désintéressé ; mais tout le reste y est encore plus abondamment que dan- 269] le commun des Ju>i

[267j.. comme d'antruy, et agissent avec Bimplicité par pure obéis-ai ce selon le vrai besoin, sans juger.. [268]... état habituel d'amour pur ... l'amour meslangé fait. .

Parler avec cette précaution, c'est demeurer dans les bornes posées par nos Pères : c'est suivre religieusement la Tradition ; c'est rapporter sans aucun mélange de nouveauté les expériences des Saints, et le langage qu'ils ont tenu en parlant quelquefois deux mêmes avec simplicité et pure obéissance.

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