‹ Explication des maximes des saints sur la vie intérieureChapitre 59 sur 59 · EXPOSITION DE .MON SYSTEME · texte numérisé non relu

EXPOSITION DE .MON SYSTEME

Tout le système renfermé dans cet ouvrage est borné à un état habituel du pur amour. Qui dit habituel dit seulement un état ou les actes se font d'ordinaire d'une certaine façon quoiqu'ils ne se fassent pas toujours de mesme. Aussi ai-je ajouté que cet élut habituel n'est n'y fixe ni invariable. Outre qu'on peut en déchoir, il arrive encore que sans altérer l'état on y trouve quelques variations passagères. Ces variations mesmes n'altèrent point l'état, puisqu'elles ne peuvent le rendre que ce qu'il est déjà, c'est-à-dire variable.

Ainsi, suivant ce principe on admet dans les âmes les plus

parfaittes des actes intéressez qui s'accordent avec cet étal habituel puiso»'// n'est mj fixe ny invariable.

La seconde chose est que cet état est de pur amour ou d'amour désintéressé. Il faut lever avec une précaution infinie toutes les équivoques qu'on peut faire sur ce désintéressement de l'amour. Mais pour Le faire avec ordre il est nécessaire d'examiner de près les cinq divers états d'amour de Dieu dont j'ay parlé.

Je n'ay rien à dire de l'amour que j'ay nommé purement mercenaire et que j'ay attribué à ceux d'entre les juifs qui ont été appelles charnels parce qu'ils ne regardoient dans les promesses que les liens temporels pour flatter en eux la chair et le sang.

Pour l'amour que j'ay nommée de pure coucupiscence je le trouve dans Saint Bernard il reconnoist dnns cel amour de dil. Deo quoique déréglé une espèce de prudence en ce qu'il connoist son véritable bien. Je le trouve aussi dans saint Thomas quand il parle de l'amour d'amitié dont il exclut de rapporter une chose à son usage, comme on use du vin qu'on boit et du cheval sur lequel on monte. L'amour qu'on a d'une chose pour un tel usage est de pure concupiscence, et c'est celuy que saint Thomas rejette à l'égard de Dieu. Un grand nombre d'autres théologiens ont supposé un amour de pure concupiscence pour Dieu et l'ont rejette comme mauvaise.

de l'amour d'espérance

Pour l'amour d'espérance voici ce que je comprens de cet état Une àme qui n'a point encore la charité, en espé-

rant la jouissance de Dieu, a nécessairement deux amours, l'un de Dieu, l'autre d'elle-même, elle aime véritablement Dieu car c'est luy mesme quelle désire, et le désir est un amour do l'objet désiré. Elle s'aime aussi, puisque c'est à elle mesme qu'elle désire ce bien. L'espérance dit donc deux amours meslez ensemble, elle ne rapporte point Dieu à soi, car ce seroit renverser l'ordre, et l'espérance ne seroit plus bonne et vertueuse. Mais aussi elle ne rapporte point encore d'un rapport formel l'intérest propre comme moi en a la gloire de Dieu comme a la fin car si elle le rapportoit ainsi, elle auroit déjà l'amour de préférance qui est le justifiant, et elle seroit déjà dans la charité ou je suppose qu'elle n'est pas encore. En un mot cet amour d'espérance étant seul n'est point encore le véritable amour de préférance de Dieu à soi mesme, Amor super omnia qui justifie l'àme. Si elle l'avoit, elle seroit déjà juste suivant cette parole : Qui diligit me diligitur a pâtre meo.

Pour entendre encore plus précisément ce que renferme l'espérance je crois qu'il faut observer deux choses : sçavoir son objet formel et la fin à laquelle elle peut estre rapportée.

Pour son objet formel c'est Dieu en tant qu'il mon bien que je désire : bonum mihi conveniens. C'est ce qui distingue l'espérance de la charité, car la charité regarde Dieu comme bon simplement en lui mesme sans rapport a nous a qui ce bien revient, au lieu que l'espérance le regarde comme le bien qui nous est préparé.

L'objet formel et le motif sont des termes synonymes dans la rigueur du langage de l'école : ainsi mon bien estant l'objet formel de mon espérance, son motif est mou bien, mon bien est mon interest. Dira-ton donc en ce sens : mon intérest est mon motif dans l'espérance ! Qui dil motif dit la raison précise qui me meut. Ainsi il est encore vrai de dire dans

ce sens que mon intérest est ma raison précise de désirer Dieu dans l'amour d'espérance ; dans cet amour je veux mou bien entant que mon bien et par la raison précise qu'il est mon bien. Cette raison est précisément ce qui meut et 8g qui attire ma volonté. Ce motif doit toujours estre vrui motif dans tous les actes do cette vertu. C'est le motif cifique qui en constitue l'espèce li faut donc qu'il mesure ma volonté par le degré de bien ou amabilité que Dieu a mise en lu v . il est vray que ce motif peut n'estre que subalterne et rapporté aune fin plus haute, ensorte qu'estant tin proebaine à l'égard de inun acli,, il ne sera que simple moyen à l'esgard de la fin dernière a laquelle il est luy mesme rapporté aussi bien que mon acte dont il est le motif. Par la il est vray de dire que je puis n'aimer le degré de bien ou amabilité qui est en luy, qu'a cause que ce degré de bien est une convenance par rapport au bien suprême qui est ma fin simplement dernière.

Il me reste encore pour achever l'éclaircissement de la matière, de l'espérance a expliquer l'amour de nous mesmes qui y est renfermé. Nous pouvons selon saint Thomas nous aimer en trois façons :

1 " Il y a un amour de nous mesmes qui s'arreste en nous comme dans sa fin dernière. Cet amour renverse l'ordre, est contraire a la charité, et est la cupidité vicieuse.

2° Il y a un amour naturel de nous mesmes qui ne s'arreste point en nous comme dans sa fin dernière, il est bon dans l'ordre naturel et référîble pour parler comme le saint Docteur, à la dernière fin. Il n'est pas île la charité mais il ne luy est pas contraire:» charitatequidem dislinguitur sed caritatî non conlrariatur... potest esse aliqun specialis dilectio prœter dilectionem caritatis.., qmetamen referibilis sit ad caritatem. »

3° II y a un amour de charité qui consiste en ce que la charité qui nous fait aimer Dieu nous fait aimer aussi ses ouvrages qui participent a sa bonté, qu'il aime et qu'il veut que nous aimions. C'est par la mesme charité dont nous aimons Dieu pour lui mesme que nous aimons aussi pour

?- lui, dit saint Augustin, nous et notre prochain.

Pour l'amour matériel de nous mesmes il se trouve encore

. mélangé avec un amour de Dieu dans les âmes qui espèrent avant que d'estre dans la charité. Cet amour est naturel, mais il est référible. comme dit saint Thomas, a la charité et par conséquent peut entrer dans l'ordre surnaturel par le désir surnaturel de Dieu avec lequel il se trouve meslé ; comme il y a dans cette espérance un commencement véritable et surnaturel d'amour pour Dieu ; il y aussi un commencement véritable d'amour surnaturel pour nous mesmes Mais enfin l'amour naturel s'y mesle aussi et sert à exciter la volonté.

APPENDICE If

Nu TES ET CORRECTIONS DES PP. 106 ÔiS ET 106 te)'.

Notes du Duc de Chevreuse

Avertissement. — Loy escritte. — Volonté escritte.

Page 3. — Instrument de nostre félicité. — Moyen de nostre

félicité.

Page 22. — Crainte pour l'interest propre qui ne naist point

d'un pur amour de charité pour non* mesme. Partout dans la première moitié. — Amour intéressé =

amour moins désintéressé, page 18, il fait une équivoque. Ailleurs. — Amour meslé du motif intéressé pour nous mesme

'pu ne rient point de la ruante, ou amour meslangé d'in-

teresl, ou amour meslangé, ou anoiur meslé d'interest. Motif d'interest propre — Motif d'amour tir nous mesme

autre que l'amour dr charité.

Nota. — D'ordinaire, est adjousté partout ou il est parlé des

actes ou du motif d'amour pur dans Testât habituel de cet

amour. Presque toujours et presque jamais ne seroient ils

pas micnx el plus justes.

Changements ou additions longues. — Pages 4,6,8, 10, il,

12. 67, 87, 96, 97, 122, 123, 124. Le tout est remis en propres termes ou équivalents, hors 87 et 96 où les additions expliquent et sont très utiles.

Nota 122. — Remettre l'addition effacée sur trouble involontaire.

Nota 146. — Voir l'errata idem ailleurs.

Nota. — Ne s'estendroit on pas davantage sur la contemplation.

Corrections

Ecrites par ? biffées en partie par le Duc de Chevreuse et Fénelon [nous ne reproduisons que celles qui ont été admises].

Avertissement. — Une tradition universelle et évidente si claire et si constante <lepuis les Apostres jusqu'à saint François de Sales qu'aucun théologien persuadué du sentiment contraire ne pourra Ira il ter cette doctrine de nouveauté.

Page 6. — (L'équivalent y est) cela peut estre plus net.

Page 8. — Ou l'interest propre domine sur l'intercst de la gloire de Dieu ne domine point encore sur l'amour de nous ntesme.

Pages 10, 11, 12. — (L'équivalent y est quand les propres termes ne sont pas répétez, mais ils le sont presque tous. Cestrois piagcs sont toutes changées. Elles sont 1res bien et celle addition etoit nécessaire).

Page 14. — L'état d'amour ou l'on aime Dieu véritablement et ou l'on ne rapporte point Dieu, comme moyen a soy comme fin de mesme que dans rehn/ de pure concupiscence,

mais ou l'amour n'est pas cause de préférence de Dieu a soy est celuy que je nomme d'espérance (au lieu de) Amour dans lequel le motif de nostre propre bonheur prévaut encore sur celuy de la gloire de Dieu est nommé l'amour d'espérance.

67. — La grâce les prévient pour chaque bonne action délibérée.

Page 87. — (12 lignes effacées, assez grande explication. Le h>t<t utile, et en quelque sorte nécessaire).

Pages 9G. 97. — (Retranche seulement) C'est attendre quelque chose de soy mesme et de son industrie... grâce. Mais V équivalent presque de la première période se trouve dans l'addition assez longue qui est belle et très utile. Et cet équivalent se trmiue l.'i lignés plus bat dans le lirre presque en p**epfes térnwêt

Pages 122, 123, 124. — (Trois pages entièrement effacées, mais V addition beaucoup plus longue et très utile comprend a la lettre tout ce qui est efface et estoit nécessaire).

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