II DIMANCHE APRES L'EPIPHANIE
Les noces de Cana.
Introït. Ps. 76.
Le grand secret de la bonté divine , c'est qu'un Dieu se soit uni à notre nature pour relever l'homme après le péché : le grand mystère de la justice divine, c'est que l'homme réintégré dans ses droits au ciel s'unisse au Dieu de son salut pour jouir de ces droits ineffables ; union mystérieuse de Dieu avec l'homme , et de l'homme avec Dieu , qui a été le but de l'incarnation, et qui est le fruit de la rédemption. Or si , dans l'Avent , nous avons désiré et appelé de nos vœux cette alliance , nous devons, après la manifestation du Médiateur, désirer la parci pation à cette alliance , et la rechercher de toute la force de nos désirs : voilà pourquoi le premier miracle du Sauveur, auquel nous devons nous unir, s'opère au milieu de la solennité des noces, et sous l'emblème d'un mariage qui figure et qui représente l'union spirituelle de l'ame avec Dieu. En proposant donc aujourd'hui le premier miracle de Jésus- Christ et le début de son ministère public, l'Eglise veut affermir notre foi en celui qui a opéré tant de merveilles ; elle veut nous faire comprendre , par ces noces de Cana , que le but des miracles est de nous attirer à Dieu; elle veut que nous sachions qu'à l'autel du sacrifice et surtout à la communion , où le vin ne manque pas par un miracle continuel , où l'eau de notre foiblesse est ckanyée au vin de la force de Dieu , que nous sachions , dis-je , qu'à cette table divine se trouve le principe vivifiant de notre union avec le Seigneur, et que la merveille des merveilles de F Homme-Dieu est de nous attacher à son amour par la foi en ses œuvres et par l'espérance en ses promesses. Aussi voyez, chrétiens,
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comme l'Eglise réveille en vous cette foi, dès l'entrée à l'autel , par ces paroles tlu psaume : Est-il un Dieu aussi panel que notre Dieu? C'est le Dieu qui opère des miracles en s'unissant à la misère de l'homme et en unissant l'homme à sa richesse ; c'est ainsi C[u'ilfail connoître sa puissance parmi les nations, non pas seulement pour manifester sa gloire, mais encore pour nous attirer à lui par la foi , nous soutenir par la confiance, et nous unir par la charité à sa nature , à ses droits, à son bonheur. Ce n'est donc pas en vain qiiej'ai élevé ma voix vers le Seigneur du fond de l'abîme de ma misère , j'ai élevé ma voix vers Dieu, et il m'a entendu : et il est venu jusqu'à moi par l'incarnation, et il va venir jusqu'à mon cœur dans son sacrifice , pour consommer l'union et cimenter l'alliance ; non , il n'est rien d'aussi grand que notre Dieu dans ses abaissemens, d'aussi puissant dans ses merveilles, d'aussi bon dans les inventions de son amour !
Collecte,,
Dieu iout-puissant et étemel, qui réglez avec une souveraine sagesse tout ce qui se passe dans le ciel, d'où vous êtes descendu jusqu'à notre néant, et sur la terre d'où vous nous élevez jusqu'à nous rendre participans de votre divinité : écoutez favorablement les prières de votre peuple qui veut s'unir à vous dans ces sacrés mystères , et faites-nous jouir pendant cette vie de votre paix , qui consiste à n'être jamais séparés de l'époux de nos âmes, et dont nous allons recevoir à l'autel le souhait et le gage précieux.
(Mfmqire de la. sainte Vierge qui se faitjusqrCà la Présentation de Notre- Soigneur,
Nous avons dit que ce temps ordinaire de l'année tenoil encore de îa fête de Noël pendant les quarante jours qui suivent cette solennité; aussi l'Eglise demande-t-el!c jusqu'à cette époque la puissante intercession de celle par qui nous avons reçu l'auteur de la vie; afin que, (te même que Marie a été rendue féconde pour le salut des hommes y nos âmes aussi soient fécondées par la grâce pour profiter du bienfait inestimable du salut.)
[5o li DIMANCHE 4PRLS l.'j.l'II'ïf AMI,.
ËPÎTRE; H '7ii. 19.
Le but, de la religion et de l'alliance du eu 1 av<<; la terre n'est pas seulement d'unir les hommes à Dieu comme des enfans à leur père , mais encore d'unir les hommes entre eux comme enfans d'un même père et membres d'une même famille : voilà ce que nous crient la loi et les prophètes par le double commandement de l'amour envers le Seigneur et de la charité envers le prochain. Or l'apôtre veut nous faire comprendre ce second résultat des noces spirituelles d'un Dieu avec notre nature, en traçant d'une manière admirable les heureux fruits de cette union. De même donc que dans le mariage ordinaire les époux sont deux dans une seule chair, ainsi dans l'alliance spirituelle la diversité des membres et la différence des fonctions de chaque membre ne nuit pas à l'unité d'un même corps en Jésus-Christ: nous ne sommes tous avec lui et en lui qu'un seul corpsj et nous sommes réciproquement les membres les uns des autres. Peu importe la diversité des dons et des ministères , peu importe que l'un enseigne et que l'autre soit enseigné, que l'un préside et que l'autre soit sous la vigilance , que l'un soit riche et que l'autre reçoive l'aumône , la charité doit être en tous les membres sincère et sans déguisement. Et de là l'apôtre trace avec des paroles de feu les caractères de cette union pleine de zèle , de ferveur, de patience et de bonnes oeuvres \ union qui nous lie tous dans un même esprit , qui nous fait épouser les intérêts du corps entier, qui nous fait partager la joie de l'un et l'affliction de l'autre , et qui nous accommode à toutes les foiblesses par une charité et une humilité véritables. Ce double fruit de paix avec Dieu , de paix avec nos frères , se recueille à l'autel du sacrifice , <ru nous recevons la paix de Dieu , et où nous nous la souhaitons mutuellement : de sorte que nous pouvons dire comme conclusion de la messe qui consomme cette union : Donnez-nous, Seigneur, l'unité de l'esprit dans le lien de la paix ; faites que nous possédions fidèlement la paix que
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vous nous avez donnée , et que nous entretenions soigneusement la paix que nous nous sommes donnée les uns aux autres.
. Graduel. Ps. 71. Parai. 29.
A la vue des merveilles d'une union si excellente, dont l'apôtre vient de poser les conditions, écrionsnous avec transport : Béni soit le Seigneur, le Dieu dJ Israël^ qui peut seul opérer des miracles ! Reconnoissons que dans son ministère public auprès des hommes , que dans les divins résultats de ce ministère sur les âmes , à lui seul appartient la puissance et la gloire ; car tout ce qui est dans le ciel et sur la terre est à lui, il en use en maître , et pour prouver sa mission et pour nous donner la paix et le bonheur.
Alléluia. Parai. 29.
Maintenant donc. Seigneur notre Dieu , c'est avec connoissance de cause que nous vous donnons ces titres admirables ; vos œuvres évangéliques nous révèlent que vous êtes le maître de la nature et le Dieu de nos cœurs ; nous vous bénissons, et nous louons votre nom glorieux, au souvenir de vos miracles, et en particulier de celui que nous allons lire, parce qu'il nous apprend et voire noble début dans la carrière, et la fin sublime que vous vous y êtes proposée pour notre salut.
Evangile. Jeun, 2.
Les noces qui se célébrèrent à Cana en Galilée, auxquelles Jésus-Christ daigna assister avec sa mère et ses disciples , et qu'il voulut honorer de son premier miracle , ne sont qu'un heureux emblème de l'alliance spirituelle que ce divin époux de nos âmes a contractée avec notre nature dans le sein de la Vierge sa mère , et dont il a rendu part ici pans tous lcsdisciples qui croient en lui. Dans les actions de sa vie mortelle , Jésus reconnût t Marie pour sa mère, et il lui est soumis : mais dans les actes de sa vie divine , Marie n'est à ses yeux que la servante la plus privilégiée du Seigneur ; elle entre la première et
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plus abonda m in eut que toute autre en participation de l'union des hommes avec Dieu ; mais après toui elle est élevée elle-même à cette alliance, et l'œil du Tout-Puissant a regardé la bassesse de sa servante avant d'opérer de grandes choses en elle : voilà ce qui explique le langage du Sauveur à sa mère dans notre évangile et dans quelques circonstances de sa vie publique. Elles ont donc été célébrées par le Dieu tait homme les noces entre le ciel et la terre ; tous les disciples de l'Homme-Dieu y sont conviés , et un festin a été préparé pour cimenter cette union , et pour en rendre grâces dans toute la suite des siècles. A cette table eucharistique le vin précieux coulera sans jamais manquer ; un miracle bien plus grand que celui de Cana s'y opère ; le pain et le vin de la table sainte sont changés au corps et au sang de l'Epoux, afin que nous puissions nous unir plus étroitement à lui 5 ou bien si l'eau y est encore changée en vin, c'est notre humanité, figurée par l'eau insipide, qui participe à la nature divine représentée par le vin généreux ; c'est notre foiblesse qui est changée en la force de Dieu , notre misère en sa richesse , notre corruption en sa sainteté. Saint Jean ajoute , que ce premier miracle du Sauveur manifesta sa gloire , et que ses disciples crurent en lui : combien donc le but de cette merveille , et la fin que Jésus- Christ se proposoit dans toutes ses œuvres éclatantes, doit animer en nous une vive foi au Dieu qui s'est uni à nos âmes , et un sincère désir d'unir nos cœurs au médiateur de la nouvelle alliance !
Offertoire. Ps. 85.
il n'y a personne, Seigneur, qui vous ressemble, ni qui opère les merveilles que vous faites : Moïse et les prophètes vos serviteurs en ont opéré, mais uniquement pour établir la vérité de leur mission ; pour vous , vos œuvres ont un but bien plus relevé ; c'est , en conséquence de votre mission divine bien établie, d'attirer les hommes, de les élever jusqu'à vous , de les rendre participais de la nature divine et de l'héritage céleste. Aussi, en vertu de vos œuvres
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incomparables, ce ne sera plus un seul peuple choisi, ce seront toutes les nations que vous avez créées, qui viendront vous adorer , Seigneur, et qui se presseront d'entrer dans l'alliance universelle. Et nous aussi , pénétrés de la même foi, héritiers de la même promesse , nous venons en ce moment à l'autel offrir la victime et nos cœurs ; quand l'hostie du salut paroi tra , nous l'adorerons profondément , et quand elle s'unira à nos âmes par la communion , nous sentirons que l'alliance est consommée, et nous demanderons qu'elle ne soit jamais rompue.
Secrète.
Dans cette oraison admirable, l'Eglise demande le double miracle qui constitue l'essence et le fruit du sacrifice de la messe : le premier miracle qui s'opère toujours réellement , c'est que Jésus-Christ daigne changer les oblations du pain et du vin en son corps et en son sang , comme il a changé l'eau en vin aux noces de Cana en Galilée ; le second miracle qui devroit toujours s'opérer sincèrement , c'est que , par la vertu de ce sacrement d'union , il transforme nos cœurs en sa divinité. Quoi ! chaque fois que nous entendons la messe , nos cœurs , nos volontés doivent se transformer en Dieu , comme les oblations se changent au corps et au sang d'un Dieu ! y pensons-nous ? et avons-nous jamais accompli ce qui manque , de notre part , à la perfection et à la consommation du sacrifice de Jésus-Christ ?
(Mémoire de la satnte Y ie&ge jus qu'à la Présentation,
L'Eglise demande, dans tout cet heureux temps y qui est consacré par la naissance du Fils de Dieu , et par l'enfantement de la vierge Marie , que l'oblation de la messe, où Jésus-Christ reçoit une naissance mystérieuse, nous sanctifie dans les fruits de cette solennité, et nous régénère en Dieu par l'adoption divine de ses enfans. )
Communion. Jean, 10.
Si je fais les œuvres de mon Père qui est Dieu , croyez, non pas à mes paroles, mais à nies œuvres;
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cl par-là , connaissez et croyez que le Pare est en moi et moi dans le Père, que c'est de sa part que je viens , que c'est en son nom que je parle, et que j'agis à Tégal de sa puissance et de sa divinité. Mais croyez aussi , dans ce moment de la plus parfaite union avec le Seigneur, que le but de mes miracles , que la (in de mes œuvres divines, que la consommation du sacrifice et de l'alliance , est de vous unir à mon Père comme je lui suis uni. Il faut donc qu'après la communion , Jésus-Christ puisse dire de nous ce qu'il demandent pour ses disciples après la cène : Mon Père , je leur ai communiqué la puissance que vous m'avez donnée , d'être un avec nous comme nous sommes une seule et même nature dans l'adorable Trinité 5 je suis en eux , et vous en moi , en sorte qu'ils soient consommés dans l'unité, et que le monde connoisse que vous m'avez envoyé.
Postcommunion.
Faites croître en nous, Seigneur, les effets admirables de votre puissance, qui opère le prodige de nous unir à vous : afin qu'en croyant de tout notre coeur en votre Fils que vous avez envoyé y nous soyons pré parés far votre sacrement à recevoir les biens qu'il nous promet. Croire de tout son coeur en Jésus-Christ, ce n'est pas simplement adhérer de l'esprit à la vérité de sa mission divine , c'est y adhérer de cœur par la confiance en ses mérites , l'espérance en ses promesses, la fidélité à ses préceptes : c'est, comme dit saint Augustin, en croyant d'aimer, en croyant de s'attacher, en croyant d'aller en Dieu , et d'être incorporé a ses membres ; c'est enfin de cimenter par une foi pleine d'amour l'union avec notre souverain bien, pour n'en être plus séparés ni dans cette vie ni dans l'autre.
(Mémoire de la sainte Vierge jusqu'à la Présentation.
L'Eglise demande, par l'intercession de la mère de Dieu, que ses enfans , rassasiés à la table sainte du corps et du sang du Verbe incarné, conservent toujours en eux le fruit de ce grand mystère ; et. que, de même (pie Dieu
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s'est, uni à leurs âmes par l'incarnation et par l'eucharistie, ils soient constamment unis a la foi et à la grâce du Rédempteur. )
Pour nous pénétrer de plus en plus du fruit des œuvres divines que l'Eglise médite en ce jour, et qui est d'unir les hommes à Dieu et les hommes entre eux, nous donnerons une attention particulière : i° à la prière que l'on récite en mêlant l'eau au vin du calice , et au mystère de ce mélange de l'eau et du vin 5 '1° à toutes les demandes et à tous les souhaits de la paix de Dieu qui se rencontrent dans l'ordinaire de la messe; 3° à ces paroles qui précèdent la communion: Ne permettez pas que je sois jamais séparé de vous y 0 mon Dieu !