‹ Explication des messes de l'Eucologe de ParisChapitre 34 sur 95 · III DIMANCHE APRÈS L'EPIPHANIE · texte numérisé non relu

III DIMANCHE APRÈS L'EPIPHANIE

la foi fait toute la puissance auprès de Dieu , maïs les serviteurs du Seigneur lui-même , qui est. (jrand, qui est élevé au-dessus de tous les dieux , qui a fait tout ce qu'il a voulu dans le ciel et sur la terre, dans la nier et dans tous les abîmes : qui peut a sa volonté retirer le pécheur du plus profond de sa misère , qui n'a qu'un mot à prononcer pour purifier au eiel et sur la terre, pour guérir les plaies les plus cachées et les plus dangereuses ; qui va user envers nous à l'autel de la bonne volonté qu'il déploya en faveur du lépreux, et qui nous annonce comme au centenier, dès le premier pas dans le sanctuaire, celte nouvelle consolante : J irai et je guérirai.

Collecte.

Dieu tout-puissant et éternel, qui avez déployé tout pouvoir sur les malades qui se présentoient à vous aux jours de votre vie mortelle , et qui pouvez en user encore à notre égard , parce que la puissance est éternelle en vous, et que vous en possédez la source intarissable ; regardez avec compassion nos infirmités spirituelles , comme vous avez eu pitié du serviteur du centenier, et étendez pour nous protéger le bras de votre majesté sainte. Cette main divine qui toucha le lépreux et qui le guérit en le touchant , n'est pas raccourcie , étendez-la jusqu'aux misères et à la lèpre de notre ame , et vous nous protégerez à l'ombre de vos ailes , et nous ne craindrons plus rien de la contagion du monde et du péché. Ainsi donc , ô mon Dieu ! que votre main charitable nous touche pour nous guérir, que votre bras puissant s'étende pour nous protéger contre de nouvelles langueurs.

Epître. Rom. 12.

Nous voulons aujourd'hui obtenir à l'autel la guérison des infirmités et des misères de notre ame , et entrer à cet égard dans les mêmes dispositions que le lépreux et le centenier qui s'approchent de Jésus- Christ. Mais la grande disposition pour que Dieu

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ait pitic de nous, la disposition qui doit précéder toutes les autres , c'est d'avoir pitié de nos frères par une charité à toute épreuve, c'est de pardonner si nous voulons que Dieu nous pardonne , car le Seigneur nous traitera avec la même mesure dont nous aurons usé pour nos semblables. C'est pour cela que l'apôtre nous crie de ne pas nous fier en notre propre prudence , mais en la sagesse de Dieu : notre prudence humaine seroit de nous venger des ennemis pour les réduire au silence , la prudence divine est de laisser à Dieu la vengeance , et de faire taire ainsi son courroux justement irrité. Voulons-nous donc que Dieu soit touché de nos misères ? Ne rendons à personne le mal pour le mal, injure pour injure : faisons le Lien de manière à plaire au Seigneur et à édifier le prochain 5 conservons la paix, non-seulement avec nos amis et nos frères , mais avec tous les hommes, s'il est possible. Pour cela , ne nous vengeons pas, cédons à celui qui est en colère; et loin de nous venger, que nos bienfaits amassent sur la tête de nos ennemis des charbons ardens qui fondent la glace des cœurs et les forcent à nous aimer. Ne souhaitez pas même de vous venger, car alors vous seriez vaincu par la malice de vos adversaires ; au contraire , attaquez tellement leur malice par votre charité , que , vaincus par vos bienfaits , ils deviennent vos amis , et vous serez victorieux d'une manière chrétienne. Oh ! que cette mesure est sage pour tout obtenir du Seigneur dont le péché nous a rendus les ennemis ! Avec ces dispositions nous pouvons aller en toute confiance au trône de la miséricorde , Dieu nous y rendra le bien pour le mal que nous avons commis , la paix pour le trouble que le démon a jeté dans nos cœurs. Et voici quel sera le comble de sa vengeance : il nourrira de sa chair, il abreuvera de son sang l'homme qui étoit son ennemi , il amassera sur ce cœur froid et glacé un feu céleste , et nous ne pourrons résister à la violence de son amour victorieux. 0 charité abondante au Dieu de nos autels , vous ne vous laissez pas vaincre par le mal : ô charité surabondante d'un Dieu vie-

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time , vous triomphez encore de la malice de nos cœurs à force de bienfaits !

Graduel. Ps. ic6.

Le Seigneur a envoyé son Verbe sur la terre , et il les a yuèris et arrachés à la mort. IXous allons être témoins de cesguérisons dans la personne du lépreux, et de cette délivrance dans la personne du serviteur du centenier; mais considérons que déjà le Seigneur vient d'envoyer sa parole par Porgane de son apôtre , et il a guéri les plaies que les hommes font à nos cœurs , et en conséquence il arrachera nos âmes à la mort que le péché leur a donnée : il nous a guéris en nous apprenant à pardonner, il nous vivifiera en nous apprenant qu'il nous pardonne. Disons donc mille fois avec le prophète : Que le Seig?ieur soit béni de ses miséricordes y et que les en fans des hommes célèbrent les merveilles de sa bonté.

Alléluia. Ps. 102.

Mon ame > bénissez le Seigneur, qui guérit toutes vos infirmités, et qui ne réunit une double guérison dans le même trait de l'Evangile, que pour vous montrer combien sa miséricorde va être abondante à l'autel , et combien vos misères, quelque multipliées qu'elles soient, sont incapables de résister à la multitude de ses bienfaits.

Evangile. Matth. 8.

Nos dispositions prochaines pour être guéris spirituellement, doivent être celles du lépreux et du centenier, Or, quelle simplicité de foi, quelle ardeur de confiance , quelle humilité de prière dans ce peu de mots : Seigneur, si vous voulez, vous pouvez me purifier; Seigneur, mon serviteur est atteint d'une j)aralysie} et il va fort mal! Prosternons-nous donc au pied de Pautel , et, dans les sentimens de Padoration la plus profonde , disons à Dieu : Seigneur, si vous voulez, et vous le voulez toujours dans votre sacrifice , vous pouvez purifier mon amej cette ame est malade, elle languit , elle est sur le point de périr, si vous n'apportez promptoment force et secours. A ces ac-*

UI DIMANCHE APRÈS l'ÉPIPHANIE. 1 5ç)

cens pleins de ferveur, Jésus -Christ répondra comme dans l'Evangile : Je le veux , soyez purifié , je vais venir et je guérirai. Mais , de notre côté , répondons avec les transports de la foi et de l'humilité : Non, Seigneur, je ne suis pas digne que vous entriez dans ma maison , dites seulement une parole , et votre serviteur sera guéri. Quel admirable dialogue entre Dieu et nos âmes pendant l'auguste sacrifice! l'ame foible et malade conjure le Seigneur de venir ; le Seigneur répond qu'il viendra , et réalise aussitôt cette touchante promesse j l'ame fidèle reprend, comme si elle avoit trop demandé , qu'il y a excès de bonté et d'honneur , qu'un mot suffit au divin médecin 5 et Dieu dit cette parole, et il y ajoute de venir encore, sinon pour le besoin de la guérison , du moins pour récompenser une humilité si agréable à ses yeux. Ah! comprenons combien l'Eglise a eu raison de nous faire répéter trois fois, et pour ainsi dire sans cesse, avant de communier: Seigneurie ne suis pas digne; puisque cet élan de foi a mérité au centenier les plus grands éloges du Sauveur, et que cette expression d'humilité est la seule qui ait quelque proportion avec le bienfait de la visite de notre Dieu.

Offertoire. Ps. 65.

Que toute la terre tressaille de joie dans le Seigneur, qu'elle entonne un psaume de reconnoissance à la gloire de son nom: que tous les cœurs foibles et abattus se lèvent pleins de courage et d'espoir, pour aller à l'offrande et pour s'approcher du trône de la grâce 5 venez avec nous , prêtez une oreille attentive , malades qui recourez en ce moment au céleste médecin , venez et je vous raconterai, vous tous qui craignez le Seigneur, et qui n'osez le recevoir au sein de mille misères, je vous dirai tous les biens qu'il a faits à mon ame. Alléluia : vous savez qu'il promet de venir en nous par l'auguste sacrifice, et que malgré les protestations de notre trop juste humilité, il veut nous guérir d'un mot pour prouver sa puissance, et nous inonder de grâces par sa présence, pour prouver son amour infini.

*6o III DIMANCHE APHLS L'hFiPHANIE.

Secrète.

ODieu , de qui Von obtient tout par une prière pleine de foi, d'humilité et de confiance , ainsi que nous venons de nous en convaincre par le double trait de i'iivangile : accorde z-nnus par la vertu de ces sacrés mystères que nous offrons et que nous allons consommer, de ?io us approcher toujours de votre autel pour la prière par excellence, grandement pénétrés de notre indignité personnelle, et fortement assurés de votre grande miséricorde. Je suis indigne de tout, Dieu peut tout m'accorder ; l'union de ces deux sentimens de défiance de nous-mêmes et de confiance dans le Seigneur est capable de triompher des plus grands obstacles, et de tout obtenir du cœur de notre Dieu.

Communion. Ps. G.

Ayez] pitié de ?noi , Seigneur, parce que je suis foi) le et malade , sauvez-moi à cause de votre miser corde, car sans elle je péris. Oh! que cet abandon de l'ameentreles mains deson Dieu, au momentoù elle possède celui qui peut purifier et guérir, est naturel et bon î Oh ! que ce cri de détresse et de confiance , quand elle aperçoit le médecin, est juste etprécieu\! Képétez-le sans cesse, ame fidèle et heureuse ; dites que le Seigneur est grand, et que vous êtes foible ; qu'il est puissant, et que vous êtes misérable ; qu'il est bon, et que vous êtes calice et péché; qu'il est la vie, et que vous touchez à la mort; que la réumion de ces deux extrêmes dans votre cœur vous porte à dire mille fois : Ayez pitié de moi. Seigneur, ayez pitié de ?noi.

Postcommunion.

Guérissez, Seigneur, les langueurs de 9iotre avie , par le sacrement de votre chair vivifiante, comme vous avez guéri le lépreux par l'attouchement de votre main divine : et purifiez -nous de toute contagion du péché par la parole de votre grâce, comme d'un mot unis avez rendu à la vie le serviteur. du centenier ;

ÏV DIMANCHE APRÈS l'ePIPHANIE. *6l

car nous pouvons espérer autant, dans la communion, du merveilleux contact de votre corps entier, et de la grâce du sacrement qui parle fortement à nos cœurs. Touchez, Seigneur, touchez mon ame, et elle ne sera pas insensible : parlez , Seigneur , parlez à mon ame, et elle ne sera pas sourde à votre voix : dites-lui que vous êtes son salut et sa vie , et elle vous répondra qu'il lui est bon de s'attacher à vous et de n'en être jamais séparée.

Nous aurons soin de réciter aujourd'hui, avec la plus grande ferveur , la triple protestation : Seigneur y je ne suis pas digne , qui précède la communion, nous pénétrant vivement de la foi et de l'humilité du centenier.

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