IV DIMANCHE APRES L'EPIPHANIE
Tempête apaisée : recours à Dieu dans les dangers et les peines.
Introït. Ps. 88.
En m'approchant du saint autel et du Dieu qui remplit de joie l'ame renouvelée >je chanterai éternellement les miséricordes du Seigneur, qui calme et qui console. Seigneur Dieu des armées célestes, gui est semblable à vous pour apaiser les orages du cœur? Dans ses consolations, le monde se fatigue, la sagesse humaine se perd et se confond, la raison est honteuse de son insuffisance, l'amitié est légère : vous seul , ô mon Dieu , donnez la patience et apportez la paix. Vous êtes maître de la mer la plus furieuse, vous calmez l'agitation de ses flots, et vous leur avez marqué des limites qu'ils ji'oseroient franchir. Les deux où se forment les orales , la terre où se déchaîne leur violence, sont à vous : l'univers et tout ce ou il renferme sont Û ouvrage de vos mains, vous ne permettez pas qu'ils soient bouleversés sans ordre et sans mesure : vous avez créé le septentrion et le midi] les
t6a iv DiMAMCàl ai'uks i/i;i»ipHA:\ii;.
vents qui portent les tempêtes sont les ministres de votre volonté, et cette volonté sage et bonne proportionne l'agitation à la foiblesse de la barque , mesure le vent à la misère de vos brebis sans défense. Encore une fois , je chanterai à jamais les miséricordes du Seigneur, parce qu'il est le Dieu de patience et de toute miséricorde.
Collecte.
Dans cette oraison , et à la messe , l'Eglise semble réunie avec les apôtres dans la barque que monte Jésus-Christ j elle voit les flots amoncelés autour de cette nacelle , elie voit les vagues des peines de la vie battre sans cesse le cœur de ses enfans ; et elle jette , pour ainsi dire, le cri d'alarme : O Dieu, qui savez que notre fragilité ne peut se sout:nir, sans votre secours puissant, au milieu de tant de dangers qui nous environnent, sauvez-nous , nous périssons : donnez -nous le salut de Vame et du corps, préserveznous des afflictions de ce monde et du péché, le plus grand de tous les maux : mais puisqu'il est juste que des pécheurs soient affligés et punis, faites que nous surmontions enfin par votre assistance miséricordieuse ce que nous souffrons pour nos fautes; nous aurons ainsi a vos pieds le double mérite de la résignation à votre justice et de la confiance en votre bonté.
Epi r re. Rom. i3.
Le Dieu qui met un frein à la fureur des flots , et qui d'un mot ramène le calme au plus fort de la tem»pète , sait aussi léprimer et apaiser les orages dm cœur et des passions. Une parole dans la bouche de son apôtre va porter la paix dans les âmes , et noi?.^ apprendre que non-seulement la charité est la plénitude de la lui , mais qu'elle est encore la plénitude du repos dans la société et dans les individus. Car qu'est-ce qui bouleverse l'ordre social, qu'est-ce qui trouble la paix des familles , qu'est-ce qui agite le cœur de l'homme? Ne sont-cc pas les aclultères, les homicides, les rapines, les faux témoignages, les
IV DIMANCHE ÀPUÈS l'epipuamt. lG3
désirs ambitieux et déréglés, les haines et les médisances, les faux rapports et les soupçons injustes? Or la charité bride ces vents déchaînés, fait régner a leur place l'honneur, la probité , la justice, la miséricorde, la modestie et le support mutuel : et par cotte seule parole : Vovs aimerez le prochain comme vous-mêmes, elle commande aux vents et à la mer, et un grand calme succède à la violence de la tempête. A la messe , nous donnons à nos frères et nous recevons dans nos âmes le gage de cette paix.
Graduel. Thren. 3. Jon. i.
Un déluge d'eau est venu fondre sur ma tête, j'étois submergé par les peines de la vie; j'ai dit dans le premier mouvement de ma détresse : je suis perd't ; mais bientôt rappelant à moi les pensées de la foi et de l'espérance chrétienne ^ j'ai invoqué votre nom. Seigneur, Dieu du ciel et de la terre , maître de la mer et des abîmes , dominateur des vents et des tempêtes , et vous avez dit : JVe craignez point , je suis avec vous dans la tribulation. Dans la douleur profonde dont mon ame a été saisie, je me suis souvenu du Seigneur, que j'oubliois peut-être dans la prospérité ; le calme de la miséricorde endormoit ma vigilance et ma foi , mais maintenant que je suis agité , je sens le besoin que du profond de l'abîme nia prière monte jusqu'à vous, o mon Dieu !
Alléluia. Ps. 120.
Nous dormons , fidèles , quand nous nous sentons portés dans les bras de la divine bonté , Dieu dcvroit dormir à son tour quand nous crions vers lui i\u sein de l'affliction ; nous sommes sourds à la voix du Seigneur quand son amour nous appelle , nous ne nous réveillons qu'au bruit de la tempête , Dieu devroit, ce semble, fermer l'oreille au cri de la détresse; mais non : sa miséricorde condescend à ma misère , mon secours vient du Seigneur quia faille ciel et la terre, et qui connoît la boue dont il m'a formé : non , non , il ne s'assoupira pas et ne se livrera pas au sommeil, celui qui garde Israël, celui
l64 IV DIMANCHE APRÈS l'éPIPIIANIË.
qui veille au gouvernail de l'Eglise , et qui dirige le vaisseau au port de l'éternité.
Evangile. Matth. 8.
La barque sur laquelle Jésus-Christ monte suivi de ses diseiples, est l'image de l'Eglise gouvernée par le Sauveur et les pasteurs légitimes qui continuent son œuvre jusqu'à la consommation des siècles ; elle est l'image de notre cœur qui , sous la conduite de l'Homme-Dieu , traverse la mer orageuse de ce monde pour arriver au port du salut. L'Eglise et notre ame sont agitées par les flots des persécutions et des peines ; au sein des tempêtes l'assistance de Dieu , sa providence sur chacun de nous semblent dormir ; éveillons promptement le Seigneur, en lui disant pour l'Eglise et pour nous : Sauvez - nous, ?ious ])èrissons. Mais ne craignons pas outre mesure, jetons ce cri avec foi et confiance , avec le souvenir que les portes de l'enfer ne prévaudront jamais contre la barque de Pierre , parce que Dieu est avec lui tous les jours jusqu'à la consommation du monde ; avec le souvenir que Dieu ne permettra pas que nous soyons éprouvés au-delà de nos forces , parce que le Seigneur est auprès du cœur affligé s et qu'il lui fera tirer profit de l'épreuve même. Alors Dieu se lèvera, il commandera aux vents et à la mer, comme il l'a fait tant de fois pour son Eglise dans les persécutions , dans les hérésies , dans les schismes , dans les scandales , dans les attaques de toute espèce : comme il l'a fait tant de fois pour nous et pour d'autres dans mille dangers ; et il se fera un grand calme. Alors saisis d'admiration , nous ne demanderons pas : Quel est celui-ci à qui les vents et la mer obéissent ? mais nous dirons avec reconnoissance et avec un désir de plus grande fidélité : voilà le Dieu qui a les promesses de cette vie et les paroles de l'éternité , voilà la main qui mesure la mer, qui soutient l'Eglise , et qui touche les cœurs pour les rassurer.
Offertoire. Ps. 106.
Que faire donc aujourd'hui dans 1'nblation saint*-
IV DIMANCHE APRÈS l'ePIPIIAMë. l65
pour entrer dans les sentimens que doivent inspirer cette puissance et cette bonté de Dieu ? L'antienne de l'offertoire va nous l'apprendre : Que Von public les miséricordes du Seigneur sur chacun de ses enfans , que Von raconte aux hommes ses merveilles dans la conduite de son Eglise ; et qu'en conséquence de ce récit admirable et touchant , on offre le sacHfice de louange, et que Von chante ses œuvres avec transport. Venez donc, fidèles, venez à l'autel, guidés par la reconnoissance, allez avec confiance à ce trône de la grâce pour y trouver encore le secours dans vos. nécessités, la paix dans vos agitations.
Secrète.
L'Eglise ne veut pas que nous nous préoccupions tellement des peines et des maux de ce monde , que nous oubliions, en présence du Seigneur, nos péchés qui sont les plus grands maux de l'homme , et la source de ses malheurs en cette vie et en l'autre ;. aussi demande-t-elle à Dieu , en lui offrant la victime sainte pour apaiser sa colère , quepar sa miséricorde il nous pardonne nos offenses, et soutienne nos cœurs chancelans. Nos cœurs sont ébranlés par les secousses du voyage, mais ces secousses ne sont que le contre-coup de l'agitation communiquée par le péché ; que les cœurs s'élèvent donc au-dessus des misères de ce monde périssable, que les cœurs soient à Dieu, et alors le bouleversement de l'univers entier ne sauroit les atteindre; cette parole : Les cœurs en haut, qui retentit au milieu de l'action sainte, transportera nos âmes dans une région supérieure aux orages et sous un ciel toujours serein.
Communion. Ps. 45-
Hélas ! si cette réponse seule : Nous tenons nos. cœurs élevés vers le Seigneur , prononcée en toute sincérité, ramène déjà le calme dans des ames long-, temps battues par la tempête, que dire de la paix qui doit régner, lorsque le Dieu qui commande aux vents et aux flots , vient prendre possession de nos cœurs ébranlés ! Le Seigneur des armées est avec
1 r>6 IV DIMANCIIli APRÈS l'ÉPIPIIANIK.
nous, que pourrions-nous craindre désormais ? Le Dieu de Jacob est notre protecteur, alléluia , qui oseroi t nous nuire et se déclarer contre nous? Venez donc , prince de la paix , venez , sans vous je péris ; une guerre affreuse est allumée dans mon sein , un combat inégal est livré à ma faiblesse ; venez , avec vous mon cœur ne craindra point. L'orage gronde autour de mon a me , sans vous la barque est trop légère , elle vogue à la merci des flots , elle chavire au gré des vents 5 venez , Seigneur, levez-yous, et vos ennemis seront dissipés ; parlez , ne dites qu'une parole , et le calme va reparoître aussitôt.
Cette prière est bien la conclusion de toutes les grâces que nous venons de demander et de recevoir à l'autel, que votre providence pleine de bonté, Seigneur, répai*e sans cesse nos maux et nous renouvelle : qu'elle soutienne notre fragilité, nous protège au milieu des tempêtes de ce monde, et nous conduise au port du salut éternel. Lorsqu'un vaisseau a été maltraité par l'orage , il faut réparer ses mâts brisés, renouveler ses voiles déchirées , lui rendre l'équilibre par une nouvelle charge qui le soutienne sur les eaux ; et s'il a perdu son pilote , le remplacer pour le protéger dans la route , et le conduire à sa destination ; or voilà ce que fait en nous le sang de Jésus-Christ répandu sur l'autel et versé dans nos cœurs : il répare par la pénitence, il renouvelle à la justice, il devient le divin lest nécessaire pour soutenir notre fragilité, il nous garde de la fureur des vents et des tempêtes, il devient ainsi notre protection dans la traversée, et notre salut au terme du voyage.
Donnons aujourd'hui une attention particulière à la prière, Libéra ?ios, qui suit l'oraison dominicale, et récitons avec plus de ferveur tous les souhaits de la paix divine, par exemple : Que la paix dît Seigneur soit toujours avec nous Agneau de Dieu..... donnez-nous
la paix.
V DIMANCHE APRÈS l'ÉPIPUANIE. 167