‹ Explication des messes de l'Eucologe de ParisChapitre 39 sur 95 · VI DIMANCHE APRÈS L'EPIPHANIE · texte numérisé non relu

VI DIMANCHE APRÈS L'EPIPHANIE

gloire; les rois et les peuples viendront se mettre à l'abri de la tempête sous les branches de cet arbre divin que votre main aura planté. Car le Seigneur a bâti Sion, cette cité éternelle des enfans de Dieu, aujourd'hui presque inconnue aux hommes et méprisée des nations , mais il s'y montrera dans touto sa majesté, quand il aura fondé son Eglise nouvelle sur les ruines de l'antique synagogue. Alors l'arbre de vie et de vérité n'ombragera plus seulement la Judée, il étendra ses rameaux majestueux jusqu'aux extrémités de la terre.

Alléluia. Ps. loi.

Continuons la même prophétie de David. La postérité la plus éloignée huera le Seigneur et le bénira de sa délivrance : parce qu'il a regardé du haut de son sanctuaire, pour écouter les gémissemens des captifs ; parce que sa grâce aura brisé nos liens, et que nos âmes , délivrées comme le passereau du filet de l'oiseleur, s'envoleront vers le ciel, et iront se reposer sur les branches de l'arbre de vie : alors aux gémissemens de l'esclavage succéderont les louanges d'une sainte liberté , et à la tristesse des ténèbres la joie du grand jour de l'Evangile. Dieu va faire encore plus , à la messe , que de regarder les enfans des hommes du haut de son sanctuaire ; il va abaisser ce sanctuaire jusqu'à nous , pour regarder de plus près nos misères, et comme pour ne rien perdre des gémissemens de nos cœurs.

Evangile. Matth. i3.

L'Eglise , qui est le royaume des deux, peut être comparée au grain de sénevé ; quoi de plus foible dans ses commencemens que la prédication de l'Evangile ? Repoussante dans ses dogmes , sévère dans sa morale , cette semence a été jetée dans un champ corrompu par l'orgueil , dépravé par tous les vices ; elle a été semée par des hommes ignorans et foibles ; elle a germé dans des cœurs simples et méprisés du inonde, et la terre où elle commençoit à paroître s'est agitée en mille manières pour déraciner cette

1?*) VI DIMANCHE APRÈS l'lPIPIIANIE.

plante si délicate. Cependant L'Evangile s'est accru, est devenu un grand arbre qui a couvert le monde entier de son ombre divine : sous ses branches bénies sont venus se reposer et les plus sublimes génies et les intelligences les plus communes , et les plus grands pécheurs et les plus hautes vertus , et les rois et les peuples , et le sauvage et l'homme civilisé, et et les âges d'ignorance et les siècles de gloire et de progrès.. On peut aussi appliquer cette parabole à la grâce de Jésus-Christ dans nos cœurs : le premier mouvement divin qui commence l'oeuvre du salut est souvent insensible j c'est une bonne pensée , une secrète impulsion , un mot relatif à Dieu , un accident; mais quand on est fidèle , cette première grâce se fortifie, produit des vertus solides, et nous fait trouver, à l'ombre d'une vie chrétienne , consolation de l'esprit et repos du cœur. La parabole du levain mêlé dans trois mesures de farine jusqu'à ce que toute la pâte soit levée , est encore une image de l'établissement de la religion chrétienne. Le levain de l'Evangile a commencé à fermenter dans la terre des promesses , de là la fermentation s'est communiquée à toutes les parties du monde , et tout a été agité , remué par ce ferment de vie. L'esprit de l'homme s'est élevé jusqu'à la vérité de Dieu , le cœur de l'homme s7est élevé jusqu'à la grâce de Dieu ; et tout son être est devenu capable de s'élever jusqu'au bonheur de Dieu. Le levain de notre parabole est encore la figure de l'eucharistie , que l'Eglise met en nous à la communion comme un ferment sacré qui doit sanctifier notre esprit, notre cœur, nos sens, toute notre vie. Conjurons donc le Seigneur de se mêlera nos âmes , de nous pénétrer, de nous changer, de s'incorporer avec nous , de nous transformer en lui , de nous faire avec lui un même esprit , un même cœur, une même chair, et de nous rendre un pain mystique digne de celui que nous mangeons à l'autel de la terre , digne surtout d'être servi à la table du ciel.

Offertoire. Ps. 66.

Au moment où nous nous rendons à l'autel pour

VI DIMANCHE APRÈS L'EPIPHANIE. l^Ç)

l'offrande , à cet autel que l'arbre de vie va couvrir de son ombre sacrée , disons avec ardeur et répétons mille fois : Que Dieu, notre Dieu, nous bénisse, que nous trouvions sous ses ailes grâce , salut et protection ; que notre Dieu soit craint jusqu'aux extrémités du monde, et que les fruits de son sacrifice s'étendent sur nous et sur tous ses enfans. Mais prenons-y garde : pour que notre ame aille se reposer à la messe sous les branches de l'arbre de la croix, il faut qu'elle ressemble aux oiseaux du ciel, c'est-à-dire qu'elle se dégage de la terre et qu'elle s'élève vers les choses d'en haut.

Secrète.

0 Dieu y que cette oblation nous purifie et nous donne une vie toute nouvelle, comme le levain sanctifie la masse , et donne au pain le suc et la saveur ; que cette oblation nous conduise \et nous protège, comme l'arbre qui attire le voyageur, et qui lui procure la fraîcheur et le repos : alors le sacrifice sera vraiment pour nous la source de toute grâce pour nous arracher à la mort et nous rendre à la vie, et la source de toute bénédiction céleste pour nous conduire et nous protéger dans le chemin du ciel.

Communion. Ps. 47 • * -

Ce Dieu noire Dieu, que nous conjurions de nous bénir à l'offrande, est descendu dans nos cœurs comme principe de vie et de bénédiction : nous le sentons en ce précieux moment, c'est bien lui qui est Dieu, tant notre ame est divinement émue : c'est lui qui est notre Dieu, de toute éternité et pour toujours, lui que notre cœur, tourmenté du besoin d'être heureux , cherchoit comme l'ombre et le repos , et qu'il cherchera encore jusqu'à ce qu'il se repose pleinement et éternellement en lui; c'est lui enfin qui régnera sur nous à jamais^ car comment notre foiblesse pourroi t-elle quitter cet arbre protecteur, et consentir à retomber sur la terre de gémissement et d'esclavage? Non , non : ce Dieu si bon sera sans retour le compagnon de mon exil, le soutien de mon voyage, et ma joie dans la patrie.

l8o DU TEMPS DE LA SEt>TLTACÉSlME.

Postcommunion.

Nourris de vos célestes délices, Seigneur, unis au levain délicieux de votre amour, nous vous supplions de nous faire désirer sans cesse celte nourriture sacrée, ce mélange divin de votre chair à notre chair, de votre sang à notre sang , de votre esprit à notre esprit, de votre divinité à noire misère , union admirable qui nous donne la véritable vie* L'ame unie au corps donne à l'homme une vie mortelle et empruntée qui n'en est pas une, à parler justement, tandis que l'eucharistie unie à notre ame nous communique la vraie vie, puisqu'elle nous donne la vie de Dieu même. Mais pourquoi désirer sans cesse ce principe vivifiant s'il est déjà incorporé à notre être? c'est qu'il n'agit ici bas que par degrés , et que son action ne sera parfaite que dans le séjour de la gloire : c'est qu'ici bas le levain de l'eucharistie ne peut que fermenter, et que la pâte digne d'être offerte à la table des élus ne sera toute levée que dans le ciel.

Nous réciterons aujourd'hui avec ferveur les trois oraisons qui précèdent la communion.

Après avoir posé le fondement delà foi pendant YAvent, <sn nous faisant sentir le besoin que nous avons de Dieu , sans le secours duquel nous ne pouvons rien par rapport au salut ; après avoir révélé, au temps de la Nativité , l'auteur de la foi , et les richesses de la grâce du rédempteur , en qui nous pouvons tout pour le ciel; il s'agit, dans la troisième partie du temps consacré à la foi , c'està-dire, depuis la Septuagésime jusqu'à Pâque, d'exiger notre correspondance k la grâce , par les œuvres de la foi. En deux mots , nous ne pouvons rien sans Dieu, voilà la vérité inculquée pendant l'Avent; nous pouvons tout avec Dieu , voilà le mystère que révèle le temps de Noël ; Dieu, qui nous a créés sans nous , ne sauroit nous sauver

DU TEMPS Uj; LA SEPTtLVGÉsiMI- •♦ l8't

sans nous , et sans notre coopération aux moyens du salut et aux remèdes de la foi , voilà le secret que l'Eglise va publier par degrés jusqu'au jour de la résurrection. Elle nous fera joindre nos foibles efforts aux travaux de l'homme Dieu, notre pénitence légère a ses mérites abon- <lans, notre conversion sincère aux souffrances de sa passion , notre mort au péché à sa mort pour le péché , afin d'ensevelir nos iniquités avec Jésus-Christ, et do nous faire passer comme lui à une vie nouvelle et glorieuse. Toutefois cette grande œuvre de correspondance aux fruits de la rédemption ne marchera que progressivement : au temps de la Septuagêsime , l'Eglise se bornera à nous convaincre de la nécessité de coopérer au salut ; au temps du Carême , elle commencera à convertir ses enfans^ et aies tourner vers le Dieu qui s'est tourné vers leur misère; au temps de la Passion, elle mettra la dernière main k l'œuvre , pour consommer notre union avec Dieu, devenu ainsi l'auteur et le consommateur de noire foi.

L'établissement des trois semaines de pénitence, qui précèdent la pénitence plus austère du Carême, est venu de la diversité des usages touchant le jeûne de la sainte quarantaine. Dans les lieux où l'on ne jeûnoit pas tous les jours de chaque semaine du Carême , on avoit soin de reprendre les jours qui manquoient au nombre de quarante sur les semaines précédentes , pour jeûner le nombre de jours prescrits. La Quinquagésime étoit pour sup pléer aux jeûnes que l'on ne fait pas les dimanches, comme nous le pratiquons encore aujourd'hui en commençant le jeûne le mercredi des Cendres. La Sexagèsime étoit pour ceux qui prenoient un jour chaque semaine, outre le dimanche, pour rompre le jeûne; et la Septuagèsime pour ceux qui ue jeûnoient en Carême ni les jeudis ni les samedis. Or, comme ces trois semaines devenoient ainsi un temps de supplément et de complément à la pénitence quadragésimale , on a voulu, par analogie, figurer des noms pour ces semaines sur celui de Quadragèsime , qui veut dire Carême , ou quarantaine de jeûnes; et, lorsque l'on a remonté en rétrogradant par degrés jusqu'aux trois dimanches précédens, dont les semaines servent de préparation au Carême , on a voulu garder l'ordre des nombre* par dizaines depuis quarante jusqu'à soixante dix. Ainsi

le dimanche qui précède le premier delà Quadragésirnc ou du Carême a été nommé Quinquagcsimc ou cinquantaine; celui d'auparavant Sexagésime ou soixantaine ; et celui qui sert de premier terme à l'ordre des fêtes mobiles qui précèdent le jour de Pâque, Septuagêsime ou soixantedizaine.

Il faut avouer néanmoins que l'Eglise, en instituant cette anticipation du Carême pendant ces trois semaines de préparation , n'a eu d'abord égard qu'à ses offices qui respirent la pénitence dans ce temps. En effet la liturgie devient plus grave et plus sévère, le chant joyeux de Y Alléluia est remplacé par les accens lugubres du trait, on se revêt à l'autel des vétemens de deuil et de tristesse , tout indique que le Carême approche , et ce temps de la Septuagêsime est une transition sombre à une nuance plus sévère. L'Eglise semble vouloir habituer peu à peu ses enfans à une vie austère , et peut-être a-t-elle voulu que la consonance des mots Septuagêsime , Scxagèsime et Quinquagésime avec celle du mot Quadragésime , qui désigne les jours de son expiation solennelle , indiquât aux fidèles que ce temps préparatoire participoit à l'esprit du temps rigoureux de sa pénitence. L'esprit du monde , diamétralement opposé à l'esprit de Jésus-Christ , consacre ce temps précieux aux divertissemens frivoles et aux excès coupables 5 trop heureux encore s'il ne prolonge pas jusque dans la sainte quarantaine les habitudes d'une vie sensuelle et dissipée.

Parabole des ouvriers envoyés à la vigne à différentes heures du jour ,• appelait salut.

Introït. Ps. 17.

L'Eglise veut, dès ce moment, jusqu'au Caiën e, nous pénétrer de la nécessité de coopérer à la grâce du salut, et nous remplir de l'esprit de la pénitence,

comme elle nous animera ensuite à l'exercice de cette vertu, et à la pratique du sacrement qui la vivifie. Dans ce but elle nous fait dire dès l'entrée à l'autel : Les gèmissemens de la mort m'ont environné , malgré les gèmissemens d'un Dieu réparateur : les douleurs de V enfer m'ont assiégé , malgré les souffrances et les satisfactions d'un Dieu victime pour moi : je ne puis espérer d'en être délivré qu'en unissant les gèmissemens de la pénitence aux larmes du Sauveur , et les expiations de ma foiblesse aux travaux qu'il endure pour mon amour. Aussi j'ai invoqué le Seigneur dans mon affliction, j'ai correspondu au cri de sa tendresse qui m'appeloit au fond de l'abîme du péché ; de son saint temple, quelque distance infinie qu'il y eût entre lui et moi, entre sa sainteté suprême et mon extrême corruption , il a entendu ma voix , et de cette coopération fidèle à ses gèmissemens, à ses douleurs , à ses instances, résultera le salut le plus abondant. Vous m'avez aimé le premier , ô mon Dieu : Je vous aimerai à mon tour , Seigneur , qui êtes ma force; le Seigneur est mon appui , mais il fout que je m'appuie sur lui ; il est mon refuge , mais il faut que je recoure à lui; il est mon libérateur , mais il faut que je profite de sa rédemption. ... Ces paroles conviennent admirablement au début du sacrifice ;

qu'à la plus entière confiance. D'abord elle se pr sente dans les gèmissemens et dans les larmes , puis elle invoque son Dieu avec quelque espoir,- enfin ce Dieu l'écoute dans son saint temple , et alors elle l'aime avec transports comme sa force et son appui , comme son refuge et son libérateur. Ces paroles sont bien différentes de la joie qui retentit au seuil des assemblées mondaines, et l'Eglise , en commençant cette carrière de pénitence , semble vouloir briser , dès le premier pas , avec les habitudes de ce temps de dissipation.

Collecte.

Nous vous supplions. Seigneur, d'exaucer avec

J#4 />1AiA.\( ,HE DE LA SEPTOAGÉSI.MI.

bonté les prières de votre peuple , qui vous invoque tlaus l'affliction et dans la douleur du péché; qui Extourne maintenant vers vous dans les gémisse m eti» et dans les larmes , après que vous vous êtes tourne vers lui dans la richesse de votre miséricorde et dans l'abondance de votre salut; afin que justement affligés pour V expiation de nos fautes , qui méritent tous vos < halimcns , nous soyons miser icordicusement délivres pour la gloire de votre nom. Nous reconnoissons 7 Seigneur , que nos crimes méritent votre vengeance éternelle; nous pleurons l'offense qu'ils vous ont faite , bien plus que la peine qu'ils nous ont méritée ; mais qu'il ne soit pas dit que vos travaux et vos souffrances ont été sans profit pour nous : sauvez nos âmes coupables, pour la gloire de votre nom , et pour l'honneur de tous les efforts de votre charité, que vous allez renouveler à l'autel.

ErÎTRE. i Cor. (j et 10.

Le Seigneur est venu parmi nous rapporter le prix de la vie éternelle que nous avions perdu ; il a ouvert dans son Evangile et dans son Eslise une carriere a parcourir pour remporter ce prix; mais il faut encore , pour que son œuvre ne devienne pas inutile, des athlète» qui s'exercent à la victoire et qui courent au but. Or, comme les athlètes qui courent dans une carrière y courent à la vérité tous , mais que tous ne remportent pas le prix , de même il ne suflit pas que la carrière du salut soit ouverte : il ne suffit même pas dyy courir , il faut mettre en pratique ce que nous dit aujourd'hui l'Apôtre : Courez de telle sorte que vous obteniez la couronne. Pour cela , pensez que , comme les athlètes qui s'occupent aux exercices corporels s'abstiennent de tout ce qui peut diminuer leur force et leur ardeur, dans le but de recevoir une couronne corruptible ; vous , qui prétendez à un prix éternel , vous devez vous éloigner par la pénitence et par une vie pénitente de tout ce qui pourroit entretenir la foiblesse de vos âmes. Prenez exemple sur moi, dit l'Apôtre: je cours comme vous ; je fournis avec vous la car-

DJMAKCHE DE LA SEPTUAGÉSIMÉ. l85

rière du salut ; mais je vais droit , et je ne cours pas au hasard; je ne combats pas en l'air; mes coups portent juste; je frappe sur cette chair rebelle , ennemie de l'esprit , de peur de m'oublier moi - même en soignant les autres , et d'être réprouvé tout en sauvant mes frères. Peut-être direz-vous , chrétiens , que vous avez peu à craindre la perte du salut; qu'ayant pour vous le baptême , l'eucharistie , les sacremens , ce salut ne peut manquer de s'opérer? Sou venez- vous de ce qui est arrivé à nos pères : les bienfaits de Dieu dont ils ont joui étoient la figure des grâces dont nous jouissons tous : les chatimens temporels dont ils ont été punis sont la figure de notre punition éternelle. Or, voyez : tous , étant sortis d'Egypte, ont marche sous la nuée qui les dirigeoit , comme nous allons au ciel sous la conduite et à l'ombre de l'autorité de l'Eglise : tous ont passé la mer Rouge , et sous la direction de Moïse ont reçu une espèce de baptême sous la nuée qui les couvroit , et dans les eaux qu'ils traversoient , coaune nous avons été baptisés en Jésus-Christ, au sein de l'Eglise catholique. Tous ont mangé la même nourriture spirituelle , la manne descendue du ciel, comme nous participons au pain céleste de l'Eucharistie : tous ont bu le même breuvage spirituel, l'eau que Moïse a voit tirée du rocher, et qui les suivoit partout pour étancher leur soif (ce rocher représentoit Jésus-Christ, dont le côté frappé par la lance a laissé couler l'eau vive des sacremens qui rejaillit jusqu'à la vie éternelle), comme nous buvons la vie dans les canaux des sacremens. IVca/imoins la plupart de nos pères n'ont pas été agréables à Dieu, puisqu'il les a punis de mort dans le désert, et que deux hommes seulement d'entre eux sont entrés dans la terre promise. Craignons donc aussi que notre ingratitude ne soit d'autant plus criminelle et notre châtiment d'autant plus terrible, que les grâces de l'Evangile sont au-dessus des faveurs de l'antique alliance. La cupidité mauvaise a perdu nos pères , l'idolâtrie les a corrompus , la fornication les a souillés, l'incrédulité a blessé leurs âmes, l'esprit de mur-

l86 imiA.NCUb Dli LA SM'll A(;i'SiAH .

mure les a dépravés : ils mai choient dans la ©arrière véritable , mais ils y ont marché en aveugles : ils avoient tous les secours clans la carrière, mais ils en ont abusé. Ce qui est arrivé aux juifs est la ligure de ce qui se passe parmi nous : tout cela est écrit pour l'instruction et l'amendement des chrétiens, arrivés à la plénitude des temps : soyons donc sages et prudens aux dépens des autres , et que celui qui est. debout prenne garde de tomber comme Israël. En deux mots, saint Paul dans cette Epître , exhorte les fidèles à travailler fortement au salut ; il détruit et pulvérise toute présomption dans l'affaire du salut. Ces graves pensées nous feront opérer, à l'autel, notre sanctification avec crainte et tremblement j car de quoi nous serviroit ce pain offert pour la vie éternelle , ce calice présenté pour le salut de tous, cette nourrriure sacrée donnée à nos âmes, ce breuvage divin répandu dans nos cœurs, si une vie anti-chrétienne convertissoit pour nous les bienfaits de Dieu en trésors de colère et de ven-

geance ?

Graduel. Ps. q.

Seigneur , vous êtes mon aide dans les momens opportuns , et dans la tribulations vous tendez une main secourante à votre créature renversée par le péché , et devenue incapable de se relever par ses propres forces : que ceux qui vous connoissent déjà par la foi et par les richesses de la foi , espèrent en iwus , s'ils ont la fidélité de correspondre à ce bienfait par les oeuvres de salut ; car vous êtes venu chercher ceux qui ne pensoient plus à vous , et vous n'abandonnez pas ceux qui vous cherchent par une juste coopération aux prévenances de votre amour. Le pauvre ne sera pas éternellement en oubli , parce que vous vous êtes souvenu , Seigneur, de vos promesses, et qu'il se souviendra à son tour de vos miséricordes : la patience des affliyés ne sera ^jûs déçue à jamais, vous les aurez attendus à pénitence , et ils n'attendront pas en vain l'effet de vos paroles et la consola- 'ion de votre grâce. Levez- vous , Seigneur, afin que

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l'homme ne prévale pas : faites plus que de nous avoir apporté les biens du salut, la dureté humaine pourvoit bien encore y être insensible; levez-vous et venez combattre en nous V homme de péché , qui résiste à la volonté fidèle , et qui voudroit l'empêcher de profiter de tant de moyens de sanctification. Ce secours de Dieu, cette confiance en Dieu, cette recherche de Dieu , ce souvenir , cette consolation , cette force de Dieu , se trouvent à l'autel comme dans une source abondante ; c'est là surtout que se communique la correspondance aux mérites de la rédemption ; Seigneur , faites que Fhomme ne prévale pas dans cet auguste sacrifice, faites qu'il y soit anéanti , converti et changé.

Trait. Ps. 12,9.

Vous vous êtes approché de mon abîme, Seigneur, pour m'appeler à grands cris à la vie et au salut , à mon tour j'ai crié vers vous du fond de V abîme de ma misère; écoutez ma voix, Seigneur, comme j'ai écouté le cri de vos instances. Que vos oreilles soient attentives à la prière de votre serviteur , comme votre serviteur a été attentif à répondre à l'appel de votre bonté. Mais en sortant de cet abîme, en saisissant cette main qui s'avance pour m'en retirer, je crains de retomber au fond de nouveau ; car il me faudra paroître à votre lumière tout couvert d'iniquités , et si vous les observez à la rigueur. Seigneur, qui pourra se tenir devant vozis? N'ai-je pas à craindre que la main qui m'aura retiré des ténèbres ne m'y replonge aussitôt? Mais vous êtes plein de miséricorde > et f espère en vous , Seigneur , à came de votre loi; je l'ai violée, il est vrai, mais je l'aime maintenant, je veux y être fidèle : elle a des menaces pour le cœur endurci qui méprise les prévenances de son Dieu , mais elle a des promesses consolantes pour le cœur pénitent qui veut profiter du pardon et de la miséricorde.

Evangile. Matih. 20.

Les sentimens de haute confiance qu exprime le

dernier verset du trait, nous conduisent admirablement au récit de l'Evangile : car dans le passage que nous lisons en ce jour, la bonté et la patience du Seigneur à nous appeler au salut à toute heure , s'y manifestent de manière à donner du courage à l'ame la plus abattue. Remarquons déjà que l'instruction de l'évangile est bien autrement abondante que celle de l'épître : l'Apôtre s'est borné à exhorter au salut et à détruire toute présomption en cette matière; Jésus- Christ établit un juste tempérament en relevant la confiance et en confondant la présomption. Dans le sens littéral et historique de la parabole , il s'agit de Féconomie divine du salut par rapport aux juifs et aux gentils : dans le sens spirituel et moral il s'agit de l'économie du salut pour tons : les premiers peuvent devenir les derniers , les derniers peuvent de venir les premiers ; tous sont appelés , donc plus de défiance : peu sont élus, donc plus de présomption ; donc pour tous confiance mêlée d'une crainte salutaire. i° Jésus-Christ relève une juste confiance au salut , car celui qui appelle à la vigne est un père : et que pourrions-nous craindre? que la grâce de Dieu nous manque? mais il nous appelle à toute heure, dans l'enfance, dans la jeunesse, dans l'âge mûr, dans une vieillesse avancée , il n'est aucun moment de la vie où nous puissions dire que le secours d'en haut nous ait été refusé. Le mystère mal compris de la prédestination nous je teroit- il clans le désespoir? Mais de quelque manière que vous compreniez cette vérité terrible , n'entendez-vous pas cette parole de

l'Evangile : Je suis bon je vous donnerai ce qui

sera juste? Mais , après tout, il faut en venir à cette conclusion , que Dieu nous a prédestinés de la manière la plus juste etlaplus miséricordieuse. 3° Jésus- Christ confond la vaine présomption du salut. Car l'effet de cette présomption seroit de trop compter sur la grâce toute seule : mais si Dieu est sorti à toute heure, c'est pour appeler à toute heure des ouvriers ; de trop compter sur les momens de la grâce , et de ne venir qu'à l'onzième heure parce que le denier de la vie éternelle est promis également à ce court travail :

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mais , dit saint Augustin , êtes-vous sur d'arriver à cette heure , votre œil est-il méchant parce que Dieu est bon ? enfin de trop compter sur la prédestination , sur cette convention qui est faite entre Dieu et l'homme : mais la convention est faite avec des ouvriers , la prédestination ne sauroit être la récompense d'un délai injurieux et d'une oisiveté coupable. Et voici la grande conclusion : Allez travailler à la vigne de votre ame ; allez-y à quelque heure que Dieu vous appelle : et travaillez avec crainte et coniiance , mettant de côté toute vaine sollicitude , et cherchant à rendre votre élection certaine par les bonnes œuvres et par un travail prompt, assidu et persévérant. L'heure de la messe est V heure par excellence pour opérer notre salut; hélas! comment des chrétiens languissent-ils tout le jour dans une indifférence mortelle , quand ils peuvent à tous momens assister à ce divin sacrifice , et venir traiter avec Dieu , de la manière la plus avantageuse , une affaire d'une si haute conséquence !

Offertoire. Ps. 118.

J'ai été profondément humilié , l'aveu de ma misère a dû me tenir dans cette humble posture en commençant le sacrifice , et les instructions de la liturgie sacrée ont du entretenir en moi l'humilité et la défiance causées par mon humiliation et mes fautes. Rendez-moi la vie, Seigneur } vivifiez-moi selon votre promesse y maintenant , qu'encouragé par vos invitations pressantes , je me lève pour arriver à votre autel et pour pénétrer jusqu'au Dieu qui retrempe dans son oblation mon ame renouvelée et rajeunie. Aidez-moi , et je serai sauvé: ne vous conteniez pas, Seigneur, de m'appeler à votre vigne, tendez-moi votre main, aidez-moi à monter jusqu'à vous , et mon salut , remis entre vos mains avec mon offrande , deviendra plus facile ; le peu que j'ai à faire pour me sauver ne m'effraiera plus, quand je l'unirai à votre mort et à votre sang , à tout ce que vous avez daigné faire pour me sauver.

11)0 dimanche de la septuagésime.

Secrète.

Nous vous offrons, Seigneur, le sacrifice de noire dévotion, les dons -de la piété chrétienne : nous unissons nos efforts pour opérer notre salut à tous les prodiges de votre amour pour nous le mériter ; nous nous dévouons à cette grande affaire, avec la victime qui s'est dévouée et se dévoue continuellement sur Tautel , pour la traiter avec vous en notre nom ; et nous vous demandons humblement que , comme le péché d'un seul homme est devenu pour nous une condamnation de mort , par la transmission du péché d'Adam à toute sa postérité, la justice d'un seul homme, Jésus- Christ , notre Seigneur, devienne notre sanctification pour la vie éternelle ; que le remède soit pour tous comme la faute , que les droits au ciel soient rendus par les mérites de l'homme nouveau , comme ils ont été perdus par la désobéissance du vieil homme ; et si nous sommes coupables dans la volonté de notre premier père , que nous soyons justi fiés dans les mérites de notre Père céleste ; surtout , Seigneur, quand nous nous dévouons à coopérer à ce salut , et quand on us unissons franchement notre volonté de ne plus pécher à votre volonté sainte qui ne veut pas la mort du pécheur.

Communion. Ps. 3o.

Dans ce moment heureux où je vais m 'incorporer l'auteur du salut, Seigneur, montrez à votre serviteur un visage serein , que les nuages de colère et de vengeance qui obscurcissoient votre face adorable soient dissipés : sauvez -moi dans votre miséricorde, car vous n'êtes pas venu pour perdre , vous ne descendez pas dans mon cœur pour me condamner : Seigneur, que je ne sois pas confondu , puisque je vous ai invoqué. Vous m'avez fait dire que vous vouliez que le pécheur se convertisse et qu'il vive, que vous étiez venu pour nous donner la vie etune vie abondante : oh! dans quelle confusion je tomberois , si , appelant en moi ce Dieu de miséricorde et de bonté , je trouvais un Dieu sévère et implacable ! Mais non , Seigneur, je

&IMÀNCHE t)E LÀ SEPTUÀGÉSIME. 1g ï

vous trouverai , dans la communion , tel que vous êtes , tel que vous vous êtes annoncé ; montrez-moi seulement une visage serein qui respire le pardon et la paix , alors je ne craindrai pas d'être confondu , et je vous attirerai en moi avec confiance , pour venir aider à mes foibles efforts de sanctification et de salut.

Postcommunion.

Pour arriver au ciel , il faut y être appelé par la grâce de Jésus-Christ, qui ne manque jamais , mais qui doit toujours prévenir nos efforts ; il faut fournir la carrière du salut, qui n'est autre que le cours de la vie présente saintement employée ; et pour marcher dans cette carrière de manière à seconder la grâce et à remporter le prix , il faul des forces spirituelles puisées dans une nourriture céleste. Or voilà tout ce que récapitule admirablement la postcommunion de ce jour, et ce que nous y demandons à Dieu comme dernier fruit de la messe : Dieu tout-puissant qui nous avez préparé par voire inisèricordc dans ce sacrement des forces pour arriver à l'éternité que vous nous avez promise , faites que, par la vertu de cette nourriture divine qui soutient vos athlètes, nous courions dans ia carrière de la vie présente, de manière à remporter le prix éternel auquel vous nous avez appelés en Jésus-Christ. Entrer dans la voie du ciel par la grâce qui prévient , marcher dans cette voie par la force de la grâce de l'eucharistie qui soutient et qui accompagne , arriver au terme par la grâce de la persévérance qui suit et couronne nos efforts, voilà l'économie du salut, et l'heureuse dispensation que nous en trouvons à l'autel.

ll)î DIMANCHE DE LA SLXACLSIMK.

Parabole de la semence. Fruits de la parole de Dieu.

Introït. Ps. 43.

La parole deDieu est un des plus puissans moyens pour nous faire coopérer au salut, c'est une grâce extérieure qui va se répandre avec abondance dans la sainte quarantaine ; aussi l'Eglise en fait-elle le sujet de ses méditations dans ce temps qui prépare au Carême. Pour entrée à l'autel, elle récite le psaume: O Dieu y nous avons entendu de nos propres oreilles, et nos pères nous ont appris les merveilles que vous avez opérées de leur temps : car le récit des grâces dont Dieu a comblé ses serviteurs, des promesses qu'il a faites à leur fidélité , des menaces qu'il a prononcées contre leurs prévarications, des châtimens temporels par lesquels il a daigne les rappeler à l'observation de sa loi , est bien propre à réveiller en nous l'amour et la pratique de la parole sainte. Mais , Seigneur ; puisque nous sommes disposés à écouter avec fruit ces oracles sacrés , puisque nous venons à votre autel pour les entendre d'une manière solennelle, levez-vous , pourquoi dormez-vous? Levezvous, et ne nous repoussez pas à jamais, maintenant que notre ame se réveille au son de votre voix. Pourquoi détournez-vous votre visage , et scmblez-vous nous oublier dans notre tribulatiou? N'avez-vous pas engagé votre parole à vous tourner vers notre misère, clés qu'elle se tourneroit et se convertiroit à votre miséricorde ? Voyez-nous, Seigneur, au pied de cet autel où nous attendons que vous vous leviez sur nous et dans nos cœurs; voyez nos entrailles sont collées à la terre en vous confessant nos ingratitudes ; levez-vous, aidez-nous et délivrez-nous. Cette antienne tirée du psaume exprime parfaitement ce qui

DIMANCHE DE LA SEXAGÉSIME. ig3

se passe dans la préparation détaillée qui se fait au bas du sanctuaire, et résume en traits vifs et concis la crainte , le désir, l'espoir du psaume Judica, l'aveu des fautes dans une posture humiliée , et les accens de ferveur pour obtenir la rémission des péchés.

Collecte.

O Dieu qui voyez, par l'humble aveu que nous venons de faire en nous présentant au sacrifice, et par ce cri de pitié qui vient de retentir si long-temps autour de votre autel, que nous ne mettons noire confiance dans aucune de nos œuvres: voyez aussi que nous profitons déjà de la parole du salut, car cette parole qui sauve les âmes se réduit à ces deux points : ne pas se confier en sa foiblesse , se confier en Dieu par qui nous pouvons tout. Fortifiez-nous donc , Seigneur, contre toutes les adversités par le secours de votre grâce : que la défiance de nous-mêmes appelle la confiance en vous , et que cette confiance , si juste en présence du trône de la miséricorde , nous y fasse trouver en toutes choses grâce et protection.

Epître. 2 Cor, 11.

Saint Paul , dans l'épi tre de ce jour, nous apprend d'une manière frappante à ne mettre notre confiance dans aucune de nos œuvres, à ne nous glorifier que dans nos infirmités , et à nous bien convaincre que la grâce de Dieu nous suffit: i° forcé de se louer et de

fmblier ses travaux et ses souffrances pour relever 'honneur de son ministère méprisé par l'ingratitude des Corinthiens , l'apôtre s'appelle constamment insensé et imprudent dans ce plaidoyer d'une modeste et légitime défense , et le termine en déclarant qu'il ne veut tirer gloire que des souffrances et des humi-

i'autorité et la mission de son ministre, saint Paul raconte son ravissement au troisième ciel et ses communications intimes avec le Seigneur, comme si c'étoit le fait d'un autre que lui : il s'exprime sous le

U)4 m.M.VNCUtt DE LA SKXAGKSIME.

nom d'une personne inconnue, il dérobe encore le. plus qu'il peut la connoissance de ses prérogatives . et comme pour échapper hien vite à la nécessité de

1)ailer de lui , il va chercher un abri pour son liumiité à l'ombre du contrepoids humiliant que Dieu avoit donné aux grandes faveurs de son apôtre. Qui osera donc , après cet exemple , se confier en soimême ? qui ne se sentira porté à s'abîmer devant Dieu dans une juste humiliation? Mais pourquoi l'Eglise , dans l'oraison de ce jour et dans l'épîtrc , insiste-t-elle aussi fortement sur la défiance de nousmêmes et sur la confiance en Dieu ? C'est que , dans cette première partie de l'instruction liturgique , elle veut préparer à fond la terre de notre ame à recevoir la semence de la parole divine ; et la meilleure façon qu'elle puisse donner à cette terre , est de la retourner en tous sens , et de lui montrer ainsi à découvert sa stérilité et son impuissance pour produire par elle-même des fruits de salut.

Graduel. Ps. i. Rom, i.

Celui qui médite la loi du Soigneur jour et nuit, est semblable à un arbre planté sur le bord des eaux courantes, qui porte son fruit dans son temps. Sans cette étude constante , notre ame seroit comme un grand chemin ouvert à toute la dissipation du monde, et où la semence foulée aux pieds ne sauroit germer ; tout au plus ressemblerions-nous à cette terre pierreuse et sans profondeur, où la semence germe, sèche et périt saus pouvoir parvenir à maturité. Mais prenons-y garde : la divine parole ne vivifie pas toute seule et par elle-même; l'apôtre nous avertit que ce ne sont pas ceux qui écoutent la loi qui sont justes auprès de Dieu, mais que ce sont ceux qui la mettent en pratique qui seront justifiés. Parole profonde qui devroit pénétrer nos cœurs, chaque fois que nous avons le bonheur de lire ou d'entendre l'Evangile. Aujourd'hui, du moins, faisons-en la plus utile application.

Trait. Ps. ïl\i.

S'il est important de réfléchir à ces grandes vérités

DIMANCHE DE LA SEXAGÉSIA1E. f()5

de la religion , qui bamiiroient à la fin tant de légèreté dans la vie chrétienne r il est encore plus nécessaire de recourir à Dieu pour lui demander la grâce de nous les rendre familières et pratiques. Aussi , après avoir médité dans le graduel les avantages de la méditation et de l'observation de la sainte parole , nous demandons au Seigneur dans le irait de les graver dans nos cœurs encore plus que dans nos esprits , et cette prière est une préparation plus directe à la lecture du saint évangile. J'élève les mains vers vous, Seigneur, et mon ame vous attend comme une terre sèche attend la pluie. Venez pénétrer cette ame, l'attendrir, et en faire une bonne terre qui rapporte au centuple. Faites-moi connoître la voie dans laquelle je dois marcher, parce que je tiens mon ame élevée vers vous. Après que vous m'aurez indiqué ce chemin que je suis résolu de suivre , après que votre parole évangélique me l'aura marqué avec précision , Seigneur, ne m'abandonnez pas à la foiblesse de mes résolutions : Délivrez -moi de mes ennemis puisque j'ai recours à vous, et que je connois leur acharnement à me détourner de la voie droite. Enseignezmoi, non-seulement votre volonté, mais à faire celte volonté connue, car vous êtes mon Dieu, et vous connoissez les mille foiblcsses et les mille besoins de mon cœur.

Evangile, lue , 8.

Pour juger de l'importance du sujet de cette parabole , il faut considérer, i° que Jésus-Christ semble ne la proposer au peuple que comme le prix de son zèle et de son empressement à tout quitter pour entendre la parole de Dieu ; 9° que Jésus-Christ en commence le récit par ce mot : Ecoutez ; et qu'il le termine, en élevant sa voir et disant: Que celui-là entende quia des oreilles jJour entendre; 3° enfin, que Jésus-Christ a daigné donner à ses apôtres et laisser à son Eglise Yexplinalion de cette parabole > dont l'intelligence pratique est si précieuse pour notre salut et notre perfection.

Or, voici l'explication de la parabole : La semence >

c'est la parole de Dieu; parole divine, renfermée dans les livres saints et dans les monumens de la tradition, proposée et développée dans la chaire chrétienne , accommodée à nos besoins personnels dans le secret de la pénitence , variée sous mille formes, pour arriver à nos cœurs par les saintes pensées, les bons désirs , les remords, les pieux exemples et les divers événemens de la vie. Dieu parle en mille manières à nos cœurs, mais les auditeurs de cette parole de vie peuvent être rangés en quatre classes : voyons à quelle classe nous appartenons. Les premiers sont dissipés, et semblables à un grand chemin, où tout passe et repasse ; le terrain est trop battu pour que la semence puisse y pénétrer, et elle est ou foulée aux pieds par le tumulte du monde , ou enlevée et dévorée par la frivolité de la vie et la légèreté de la conduite. Les seconds sont superficiels , c'est ce qui signifie le sol pierreux, où il y a peu de terre végétale, et par conséquent refoulement de la racine qui commencoit à s'étendre, et dessèchement de la plante qui ne peut jeter ses racines : ce sont ces cœurs pleins d'une ferveur présomptueuse , mais que la douleur n'a pas brisés, que les larmes n'ont pas amollis , que l'amour divin n'a pas attendris, que la méditation des vérités du salut n'a pas pénétrés assez profondément : cœurs qui joignent à la ferveur d'un jour des années d'une vie lâche , à un moment de foi et de bonne volonté dans l'église des heures d'infidélité et d'inconstance au milieu du monde et dans leur intérieur. Les troisièmes sont partagés entre Dieu et ie monde : c'est le bon grain au milieu des épines ; ils veulent Dieu et les richesses, Dieu et les plaisirs, Dieu et le tourbillon d'une vie mondaine : ils croient pouvoir tout accorder ; et les bons sentimens et les désirs de salut sont étouffés et sans fruit par l'effet de cet alliage et de ces prétendus accommodemens. Les quatrièmes sont bien disposés , c'est la bonne terre : ce sont des cœurs recueillis, des cœurs profondément touchés, des cœurs droits et sincères, des cœurs qui écoutent avec attention , qui méditent avec soin , qui conçoivent de saints désirs , qui tirent des conséquences prati-

rpies, cl qui conservent ces heureux effets de la divine parole. — On peut dire que l'eucharistie est cette semence bénie que Dieu répand à la messe dans nos cœurs. Examinons donc, avant de participer aujourd'hui au sacrifice , si ce germe précieux tombe dans une bonne terre, s'il n'est pas vrai de dire que trop souvent il tombe le long du chemin, ou dans un sol pierreux, ou au milieu des épines. Seigneur, ayez pitié de moi, changez mon ame , afin que votre semence y demeure, y germe en liberté, et produise les fruits du salut éternel.

Offertoire. Ps. 16.

Seigneur, je counois le chemin qui mène à vous , et je le prends pour aller vous offrir maintenant le sacrifice qui vous est agréable. De grâce, affermissez mes pas dans vos sentiers 3 afin que je ne m'en écarte jamais : je veux en ce moment vous présenter un cœur digne de vous \ écoutez-moi donc, et ne rejetez pas la prière que je vous fais d'ôter de mon ame toute dissipation, toute inconstance, tout partage indigne et dangereux. Faites éclater sur moi vos miséricordes , vous qui sauvez ceux qui espèrent en vous , afin que votre semence sacrée, qui va être répandue, porte des fruits dans un sol bon et très-bon.

Secrète.

Dans cette prière sur les oblations, l'Eglise demande trois choses qui s'enchaînent utilement pour le salut : 1" que là précieuse semence de la foi soit jetée dans nos âmes par la grâce qui prévient nos efforts , exporte ses fruits par la grâce de coopération ; i° que le fruit de cette foi soit d'aimer Dieu de tout notre cœur; 3o que le résultat de cette foi fécondée par l'amour divin soit de nous faire offrir au Seigneur un sacrifice qui lui soit agréable; car le sacrifice du corps et du sang de Jésus-Christ ne sauroit manquer de plaire à Dieu, quand il est offert par un esprit immolé à la foi et par un cœur immolé à sa grâce. Tel est en effet le plan admirable de la religion , qui dépose dans l'ame des dogmes révélés par l'autorité ai-

vinc, qui tire de ces dogmes la conséquence pratique des devoirs delà morale, et qui exprime par le culte, dont le sacrifice est le point central, l'enchaînement de la croyance et de la vie chrétienne.

Communion. Ps. 118.

En ce moment , ce n'est plus seulement la parole de Dieu qui retentit à nos oreilles, ce n'est plus seulement la. parole de la foi qui est déposée dans notre ame ; c'est le verbe de Dieu , sa parole éternelle, fait chair pour nous , réduit pour notre amour sous les apparences du pain et du vin, qui veut pénétrer jusqu'au fond de nos cœurs. Là il parle et sa parole demeure , elle demeure et on l'aime, on l'aime et on veutla garder et la pratiquer. Qu'il est donc juite de s'écrier alors avec le Prophète : Que vos oracles, 6 mon Dieu, sont pour moi pleins de douceurs, quand vous les faites entendre à mon ame de si près ! Ils sont plus suaves à mon coeur que le miel ne l'est à ma bouche. Je goûte vos oracles , je savoure vos ordonnances , mais aussi je veux y être fidèle ; c'est pourquoi en votre présence j'ai juré et résolu de garder les préceptes de votre justice.

Postcommunion.

Seigneur, qui nous avez fait connaître et goûter par avance, dans la communion , le mystère de votre royaume céleste , puisque vous nous y donnez sous des voiles la vérité et le bonheur que nous contemplerons face à face et que nous puiserons au ciel dans sa source, pourvu que nous vous fassions régner en nous par la grâce , en attendant que vous régniez sur nous dans votre gloire 5 donnez-nous ce cœur bon et parfait avec lequel vous voulez qu'on écoute votre parole , et qu'on la conçoive saintement : afin que ne V oubliant pas après l'avoir écoutée, que ne la perdant pas après l'avoir reçue, nous portions du fruit par la patience qui fait arriver jusqu'au ciel, Dieu parlant à nos coeurs , Dieu descendant dans nos âmes pour nous parler plus intimement , cette parole féconde germant en nous, et produisant dans une conduite

chrétienne des fruits qui demeurent; voilà le mystère du royaume céleste et l'heureux secret d'y arriver. Or, à la messe Dieu se fait entendre extérieurement, et cette parole de vie vient habiter en nous pleine de grâce et de vérité : ce qui fait que le sacrifice de nos autels nous initie parfaitement à la science pratique qui forme les élus et les saints.

Jésus- Christ prédit sa passion , et guérit V aveugle de Jéricho. — Préparation immédiate au saint temps de Carême.

Introït. Ps. 3o.

Le souvenir de l'importance que je dois donner à l'affaire de mon salut, est la première pensée qui doit saisir mon cœur, quand il s'agit de coopérer à l'œuvre de ma rédemption ; la grâce toute particulière de la parole sainte est du côté de Dieu le plus excellent moyen de faire réussir celte correspondance qu'il exige de ma part ; mais il faut enfin que je mette la main à l'œuvre , et comme j'ai besoin pour cela du secours qui aide et qui accompagne , aussi bien que de la grâce qui prévient et qui excite, je m'écrie en me présentant aujourd'hui à l'autel , où je vais puiser toute cette force pour le temps du Carême : Seigneur, soyez mon D ieu protecteur } mon refuge et mon asile pour me sauver, car vous êtes mon appui et via ressource^ et pour ta gloire de votre nom , qui veut que le pécheur se convertisse et vive, vous serez dans votre sacrifice mon guide vers le ciel, et vous m'y donnerez la nourriture pour soutenir ma ibiblcsse dans le chemin. Seigneur, est-ce trop présumer, quand ou est devant le trône de vos miséricordes? Non certainement. Aussi je m'abandonne à toute confiance, car f ai mis mon espérance en vous,

'*00 DIMANCHE DE LA QUiN^l ACESI.WL.

et je ne tomberai jamais dans la confusion: délivrez woiparvo'rc justice, et sauvez-moi par votre bon lé. Quel contraste de ces graves pensées qui disposent à l'expiation solennelle, avec les folies du monde qui redoublent dans ces derniers jours qu'il a cru pouvoir s'approprier !

Collecte.

Seigneur, écoutez favorablement nos prières : pénétrez déjà nos âmes de si saintes dispositions, que vous commenciez à mus délivrer des liens de Viniquitè, et qu'après cette délivrance vous nous gardiez de toute adversité. Eloignez tout malheur qui distrairoit nos âmes de la grande occupation du salut, qui retarderoit l'œuvre de notre sanctification 5 délivreznous surtout du malheur de l'aveuglement spirituel , et de la folie d'un monde aveugle qui se prépare à la pénitence par des excès et des scandales. Donneznous, à votre autel, les yeux éclairés du cœur, pour voir clairement le but sacré où vous appelez vos serviteurs fidèles.

Epîtue. 1 Cor. i3,

Sur le point de nous appliquer efficacement, dans la sainte quarantaine, à rentrer en grâce avec Dieu, l'Eglise offre aujourd'hui à nos méditations l'admirable éloge que fait saint Paul de l'excellence de la Charité, que l'on appelle autrement </rdc<? habituelle, grdee sanctifiante^ état de grâce. 11 ne s'agit donc pas, dans cette épître, de la charité envers les pauvres, puisque l'Apôtre déclare que, quand on anroit distribué tout son bien pour les nourrir, cette œuvre de miséricorde ne servir oit de rien sans la charité, n'étant elle-même qu'un des devoirs subordonnés de l'amour du prochain, et l'amour du prochain n'étant à son tour qu'une conséquence de l'amour de Die ut ou de la charité proprement dite. Il ne s'agit pas même de la charité envers nos semblables , c'est-àdire , de la bonté , de la douceur, du support , et de tous ces mille rapports charitables que nous devons Exercer envers nos frères, puisque rÀpôtre loue U

charité dont il traite, comme la reine et la forme des autres vertus, sans laquelle toutes les bonnes œuvres sont informes, mortes et inutiles; ce qui n'est vrai que de l'état de grâce ou de charité habituelle, et ce qui ne pourroit convenir à la charité envers nos semblables. Car être charitable dans ses paroles et dans ses actions , est un grand point à la vérité : mais cette vertu, que le monde prise tant pour se donner le droit de ne pas aimer Dieu , et que la piété légère ne cultive pas toujours assez , ne suffit pas, comme l'amour et la grâce de Dieu , pour rendre notre vie méritoire du ciel; et si dans ce passage de l'Apôtre nous trouvons des caractères qui semblent peindre la charité envers le prochain, c'est que le second commandement est semblable au premier, et qu'un même lien de religion doit unir d'abord l'homme à Dieu , ensuite réunir les hommes entre eux. Cet éclaircissement est plus important qu'on ne pense pour détruire l'erreur des mondains qui ne connoissent d'autre charité que l'aumône, pour instruire tant d'honnêtes gens selon le monde, qui ne veulent dans la pratique d'autre symbole et d'autre précepte de religion que cette charité qui consiste , selon eux , à ne point faire de mal et à faire du bien à ses frères ; pour détromper enfin les uns et les autres, qui s'imaginent avoir des droits incontestables au ciel pour avoir seulement été sur la terre bons et humains. L'Apôtre parle donc ici de la charité proprement dite , de la grâce sanctifiante, qui est un don surnaturel de Dieu, qui demeure en l'homme, qui fait que l'homme aime le Seigneur et en est aimé , et qu'il devient agréable et juste aux yeux du souverain maître. Posséder cette charité habituelle dans son cœur, c'est ce qu'on appelle communément vivre dans V amour de Dieu, être en état de yrâce devant Dieu; l'effet de cette charité est d'aimer Dieu pour lui-même, et de nous aimer, ainsi que le prochain , pour l'amour de Dieu ; d'où il est facile de voir que l'aumône et les autres œuvres de miséricorde ne sont qu'une dépendance du second effet de la charité. Or saint Paul prouve l'excellence de cette charité , ou grâce de Dieu, en trois

•loi DIMANCHE DE LA QUIKQUAGÉS131K.

manières : 1° parce qu'elle est le plus nécessaire des dons de Dieu; 2° parce qu'elle est la plus utile de toutes les vertus, nous faisant à elle seule éviter tout mal et pratiquer toutbien ; 3o parce qu'elle est la plus durable des grâces du Seigneur ; grâce suréminente, qui doit survivre aux autres dons , et même à la foi et à l'espérance , pour aller se perdre éternellement dans le sein de Dieu comme dans sa source. Mais pour ce qui revient à notre sujet, qui est de nous disposer au Carême, et de rentrer en grâce avec Dieu dans ce saint temps, nous pourrons dire dans un sensaccommodatif: Quand je par lerois le langage des hommes et des anges , quand j'aurois dans la prière et dans les exercices de religion une ferveur angélique, si tout cela n'aboutit pas à recouvrer sincèrement la grâce de Dieu, c'est un son qui se perd dans le vide et qui ne monte pas jusqu'au ciel. Quand faurois le don de prophétie, d'intelligence des mystères, de science delà religion, quand j'assisterois à toutes les instructions et que je les comprendrois mieux que tout autre ; q uandfaurois une foi à transporter les montagnes', quand je ferois de grandes aumônes dans les jours saints ; quand j'exercerois toutes les pénitences corporelles, si avec tout cela je n'ai pas la charité y l'état de grâce dans mon ame, je ne suis rien, et ces œuvres me seront inutiles pour le ciel. Pesons bien chaque caractère de la charité, pour exprimer tous ses traits ravissans dans notre conduite ; enfin pensons que cette charité , qui nous eonduitpar la main dans l'enfance de la vie présente où nosconnoissances célestes sont petites et obscures, est la seule qui puisse nous ouvrir le ciel , nous initier à la claire vue de Dieu, et nous inonder du bonheur de Dieu même , dont elle est l'essence.

Graduel. Eccli, 1,

Vous qui craignez le Seigneur, espérez en lui, comme cet aveugle dont l'Evangile va vous raconter la confiance infatigable , et la miséricorde qu il exercera envers vous à l'autel, comme envers lui sur le chemin de Jéricho, vous comblera de joie. Vous qui

daignez le Seigneur d'une crainte chaste et filiale, aimez-le comme l'apôtre vient de vous l'enseigner, et vos cœurs seront remplis de lumière, d'une lumière plus précieuse que celle du jour, de la lumière de l'éternité. La foi conservera encore , il est vrai , ses ombres et ses énigmes , mais à la fin le voile transparent se déchirera , et nous verrons la lumière dans la lumière de Dieu même. Envoyez déjà, Seigneur, cette vérité dans nos âmes ; c'est elle qui nous conduira à la sainte montagne du sacrifice où l'on voit plus clair que dans cette vallée de larmes, c'est elle qui nous élèvera encore plus haut , et qui de cette montagne nous introduira jusque dans vos tabernanacles éternels.

Trait. Ps. î9.

Seigneur mon Dieu, renouvelez ici en ma faveur le miracle que vous avez opéré dans l'évangile que je vais lire , éclairez mes y eux afin que je ne m'endorme pas d'un sommeil de mort ; ôtez de mon cœur l'aveuglement spirituel 5 car, à force de marcher dans les ténèbres avec les mondains, je rn'endormirois comme eux dans l'indifférence et dans une insensibilité mortelle. Le démon mon ennemi triompheroit de ma défaite , et après m'avoir ébranlé , il se réjouiroit de m'avoir abattu; mais j'ai espéré dans votre miséricorde si abondante à la messe , mon cœur se réjouira da?is le salut que vous m'y apportez. Alors avec les transports de la reconnoissance de l'aveugle guéri , je chanterai le Seigneur qui m'a comblé de biens, et je célébrerai le nom du Très-Haut : telle sera l'heureuse conclusion du sacrifice auquel je vais m'unir et participer.

Evangile. Luc , 18.

L'épître nous a développé l'excellence et les avantages de cet état de grâce auquel le Carême va nous appeler si fortement ; l'Evangile nous apprend ce que nous avons à faire dans le Carême et dès ce jour, pour recouvrer cette grâce de Dieu, ou pour nous affermir dans la vie de son amour. L'Edise semble nous

2C>4 DIMANCHE DE LA QtilNQUAGKSlMti.

dire: Voici le temps où Jésus-Clirist prend avec lui ses disciples, où il les sépare des folies et des scandales du monde, où il les appelle à un recueillement plus profond ; voici que nous montons en esprit à Jérusalem , pour voir se renouveler le souvenir et les fruits des souffrances, de la mort et de la résurrection du Sauveur. Tout a été accompli de la part du chef, mais tout ne l'est pas du côté des membres : il faut,, comme dit Papôtre , que nous accomplissions en notre chair ce qui manque à la passion de Jésus-Christ dans sa chair. Or il manque à ses souffrances que nous y joignions nos pénitences et nos expiations ; il manque à sa mort que nous nous en appliquions le fruit par les sacremens , et que nous mourions avec lui au péché ; il manque à sa résurrection que nous passions du péché à la grâce et de la mort de Pâme à une vie nouvelle, digne des enfans de Jésus ressuscité ; alors tout sera accompli après cette grande consommation tant de la part du Sauveur que de la nôtre. Mais prenons garde GÎe ressembler aux apôtres qui ne comprenoient rien à cette parole } préservons-nous de l'illusion de tant de fidèles qui croient n'avoir rien à unir aux travaux du maître , et qui s'imaginent avec quelques mortifications sensuelles , avec quelques prières de routine, avec quelques aumônes qui ne coûtent rien, avec une confession et des Pâques qui ne changent rien , avoir rempli toute justice et toute coopération au salut. Hélas ! ces chrétiens sont plus aveugles que le pauvre de Jéricho ; assis sur le chemin de la vie, ils mendient à toute créature le bonheur et le repos qui ne se trouvent qu'en Dieu. Ah ! si dans ces jours où tout semble s'agiter et s'ébranler dans les âmes, ils entendent passer quelquechose qui réveille leur foi: qui Is demandent ce que c'est, et on leur répondra : c'est la Pâque ou le passage du Seigneur : c'est le Seigneur qui passe avec son Evangile , sa grâce , ses sacremens, ses souffrances , avec le prix de sa mort et de sa vie glorieuse. A cette grande nouvelle qui va retentir dans PEglise de Dieu, crions avec la ferveur de l'aveugle. Jésus, fih de David, ayez pitié de

DIMANCHE DE LA QUINQUAGÉSIME. 2o5

moi-, le monde voudra nous faire taire, essayera de couvrir notre voix par le tumulte de ses joies et de ses affaires , il prétendra que nous l'importunons de nos cris, il nous rappellera à la modération j mais ne laissons pas passer en vain Jésus-Christ , crions encore plus fort, disons-lui de tout notre cœur : Seigneur, faites que je voie ce que j'ai à faire pour participer à vos souffrances, à votre mort, à votre vie. Alors il éclairera nos yeux et nos cœurs , nous le suivrons dans le chemin , nous arriverons à la pàquc pleins de joie et de reconnoissance polir le Dieu qui nous aura comblés de biens. Tout cela doit s'accomplir déjà en partie à l'autel : voici que nous allons monter au Calvaire , et voir se renouveler sous nos yeux la passion , la mort et la résurrection de Jésus- Christ; comprenons bien l'esprit de ce sacrifice, éludions-le profondément , pour y assister mieux , et tous les jours, dans la sainte quarantaine ; répétons souvent à la messe ces paroles : Seigneur, ayez pitié, Seigneur, faites que je voie, et suivons notre Dieu dans son immolation , en le louant et en le bénissant de toutes les grâces qu'il nous y apporte.

Offertoire. Is. 5o.

qui

dans ce moment du sacrifice , pour lui porter un cœur brisé de douleur et résolu de vivre dans son amour, que celui-là espère au nàfti du Seigneur; et s'il est encore trop foible pour marcher seul , parce qu'il s'est long-temps fatigué dans des voies obscures et pénibles , qu'il s'appuie sur son Dieu, sur cette main divine qui lui est présentée à l'autel pour l'amener jusqu'au Seigneur, sur cette grâce qui va renouveler et rajeunir son ame épuisée par un si triste

éloignement.

Secrète.

Que les mérites du sacrifice que nous vous offrons , Seigneur, nous rendent womptement soumis a votre

'ÀOG DIMANCHE DE LA QCINQU AGÊSIME.

volonté, et qu'ils nous obtiennent de répondre à ce que vous allez exiger de nous pendant le Carême ; car ce seroit abuser de votre grâce et fatiguer votre miséricorde, que de rejeter à la fin de la sainte quarantaine le sérieux de la pénitence , et de réduire ainsi à une semaine ou deux les jours de salut. Mais quoique nous soyons résolus d'entrer courageusement dans la carrière dès le premier jour, notre foiblesse est grande, nos résolutions ont plus d'une fois échoué, et nous vous conjurons , Seigneur, par la vertu de l'oblation sainte , d'ajouter à cette grâce de promptitude , la grâce d'une volonté toujours excitée à implorer votre secours, sans lequel nous ne pourrions avancer, et sans lequel nous nous arrêterions dès les premiers pas.

Communion. Ps. 33.

Approchez- vous du Seigneur par la communion , et vous serez éclairés , car c'est à la fraction du pain qu'il a coutume d'ouvrir les yeux de ses disciples , et cte se manifester avec tous les desseins de sa grâce et de son amour. Ne craignez pas que votre aveuglement spirituel soit trop invétéré pour qu'il puisse ou qu'il daigne vous guérir , vous ne serez pas rejetés comme trop incurables , vous ne vous retirerez pas d'auprès de Dieu la confusion sur le visage. Voyez , ce pauvre aveugle de Jéricho a crié avec ferveur et avec instance , et le Seigneur Va exaucé ; criez aussi , dites de toutes vos forces en ce moment, Seigneur, ayez pitié de nos misères , ouvrez nos yeux , éclairez nos ténèbres ; et le Seigneur vous entendra , vous exaucera , il vous dira aussi cette consolante parole : Voyez , voire foi vous a sauvé.

Postcommunion.

Versez donc abondamment, ô mon Dieu! dans nos esprits et dans nos cœurs les rayons de votre divine lumière. Lumière éternelle , soleil de justice , splendeur du Père , océan de vérité , vous venez de descendre dans nos âmes ; ah ! comment ne seroientelles point éclairées, échauffées et vivifiées! Versez , versez, Seigneur, les torrens de votre lumière; qu'elle

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