‹ Explication des messes de l'Eucologe de ParisChapitre 42 sur 95 · COMMENCEMENT DU JELNE DU CARÊME · texte numérisé non relu

COMMENCEMENT DU JELNE DU CARÊME

{ L'office de ce jour ?i'est qu'à dévotion. }

La cérémonie parlaquelîel'Eglise commence le Carême a quelque chose de si instructif et de si touchant, qu'il est delà piété des fidèles d'y faire une attention sérieuse. L'Eglise se servoit autrefois de l'imposition des cendres pour mettre en pénitence les pécheurs qu'elle esp'roit réconcilier avec Dieu le Jeudi Saint. Aujourd'hui, qu'elle a changé sadiscipline à l'égard de la pénitence publique, elle répand indistinctement des cendres sur la tête des justes et des pécheurs. Elle récite d'abord les sept psaumes pénitentiaux , les entremêlant d'oraisons pour demander à Dieu l'esprit de componction et la rémission des péchés : elle les termine par une forme d'absolution générale, qui ne doit être re-

gardée en ce moment que comme un vœu ardent de voir ses enfans réconciliés par les sacremens , et comme un appel fail à la miséricorde divine pour obtenir la grâce el le temps de faire pénitence ; enfin elle bénit de la cendre , qu'elle met sur la lête des fidèles , en disant a chacun : Souviens-toi , 6 homme, que tu es poussière , et que tu retourneras en poussière ,

Les fidèles réciteront les sept psaumes et les prières qui y sont jointes; pendant l'absoute, ils s'exciteront au regret de leurs péchés , et prendront la ferme résolution de se présenter au plus tôt au tribunal de la pénitence ; pendant la bénédiction des cendres, ils demanderont un cœur contrit et humilié, dont les cendres sont le symbole et la figure, ils se présenteront avec humilité pour les recevoir, et en les recevant ils se souviendront que leur corps a été formé de poussière , que la mort le réduira bientôt en ce même état, que toute cette vie n'est que vanité, et que la véritable sagesse de l'homme est de s'en détacher, de craindre Dieu , de garder ses commandemens, de se préparer à la mort et de faire pénitence ; pendant la messe, ils conjureront le Seigneur de conserver en eux ces sentiinens pendant le Carême et pendant 1oute leur vie.

Introït. Sag. il. Ps. 5o.

La liturgie du mercredi des Cendres peut être considérée comme une publication solennelle du jeûne et de la pénitence du Carême. Aussi l'Eglise débutet-elle par ce grand accent d'un cœur brisé de douleur : Ayez pitié de moi, ô Dieu, selon votre grande miséricorde y et la raison qu'elle donne de ce début si convenable est consignée dans l'antienne qu'elle a tirée du livre de la Sagesse : Vous avez pitié de tous, Seigneur, vous ne haïssez aucun des ouvrages de vos mains, vous dissimulez les jiéchés des hommes, à cause de la pénitence qu'ils en font} vous faites semblant de ne pas entendre le cri de vengeance que leurs iniquités poussent vers le ciel, parce que vous prévoyez que le cri de leur douleur va étouffer la voix de la justice ; et vous pardonnez les fautes, parce que vous clos le Seigneur notre Dieu, plein de bonté et de miséricorde. Mais ces paroles, si capables de ra-

a 10 MERCREDI DES CENDRE».

nimer la confiance do tous les pécheurs sans exception , sont bien plus consolantes encore au pied de l'autel , à l'entrée de ce sanctuaire où va se renouveler la passion d'un Dieu, mort pour tous les hommes, où le cri de grâce que Jésus-Christ a poussé sur la croix va retentir encore pour fortifier le cri de notre pénitence , et peur étouffer pleinement le cri vengeur de nos iniquités. Ayez donc pitié de moi, o Dieu, selon cette grande miséricorde que vous allez déployer dans l'auguste sacrifice!

Collecte.

La prière collective va demander la consécration de cette pénitence que l'Eglise publie avec une gravité si solennelle. Seigneur, accordez à vos fidèles la grâce d'entrer dans la solennité des saints jeunes avec une piété sincère $ qu'ils ne cherchent pas à s'en dispenser sur de vains prétextes et par une délicatesse mal entendue. Faites qu'ils en fournissent la carrière avec une dévotion que rien ne puisse troubler ; qu'ils ne soient détournés de ce sacrifice spirituel ni par la longueur du temps , ni par les efforts qu'il exige de la nature , ni par l'esprit de pénitence encore plus difficile à pratiquer que les actes extérieurs de la mortification.

( Dans les fériés de Carême on fait mémoire de la sainte Vierge et des saints, et l'on prie spécialement pour les pénitens. )

Epitue. Jcel, 2.

Prêtons maintenant une oreille attentive au son éclatant de la trompette prophétique. L'entendezvous retentir dans bion ? Elle annonce le plus saint des jeûnes, elle appelle aux assemblées de religion, elie convoque tout le peuple sans distinction d'âge, d'état ou d'occupations ; elle ordonne aux prêtres de pleurer entre le vestibule et l'autel, aux fidèles de se convertir de tout leur cœur, à tous de revenir à Dieu dans la pénitence et dans les larmes. Soyons dociles à cet appel de grâce et de miséricorde , car les enfans de l'Evangile savent, à n'en pouvoir, don-

ter, que le regret sincère uni au sang de Jésus-Christ désarme le Seigneur, et obtient de sa bonté inépuisable la bénédiction , la vertu du sacrifice et l'onction de la grâce.

Graduel. Ps. 56 et 118.

Ayez pitié de moi, 6 Dieu, ayez pitié de moi: je répète maintenant cet accent avec plus de confiance encore qu'à Feutrée de l'autel, je le répète et voudrois le répéter sans fin, parce que mon ame se confie en vous ?* et comment n'auroit-elle pas cette confiance dans un Dieu qu'on vient de lui dépeindre comme bon et compatissant , patient et riche en miséricorde, comme plus fort pour pardonner que porté à punir le pécheur ! Mon ame, au commencement du sacrifice , a été comme attachée à la terre par la crainte et l'humiliation , mais à mesure que j'avance, Seigneur, dans l'action sacrée qui a réconcilié le ciel avec les hommes , redonnez-moi la vie selon votre parole si capable de relever tout espoir.

Trait. Ps. 102 et 78.

Les paroles de ce trait, si connu et d'un usage si fréquent dans l'Eglise , sont aussi claires que pleines de ferveur : récitons-les donc dans l'effusion d'un cœur contrit et humilié , et regardons-les comme la plus convenable disposition pour entendre les menaces et les promesses du saint Evangile.

Evangile. Matth. 6.

L'épître s'est bornée à appeler les fidèles au jeûne, à la pénitence et aux bonnes œuvres ; l'Evangile, qui perfectionnne la loi ancienne , nous apprend à sanctifier sincèrement tous ces moyens de salut. Jésus- Christ défend une tristesse hypocrite en entrant dans la carrière de la pénitence , car ce scroit nourrir trop délicatement l'amour-proprc que de le repaître de mortification. 11 recommande au contraire les eçret du jeune autant que possible , et la joie au milieu du jeûne , pour ne pas faire dire au monde que

ces abstinences «ont impraticables, qu'elles ruinent la santé , ou du moins qu'elles font disparoîtrc toute aisance et toute sérénité dans le commerce de la vie. Réservez donc, chrétiens, pour les yeux seuls de votre Père céleste tout ce que vous pourrez de vos jeûnes et de vos mortifications , n'en montrez au inonde que ce que vous ne pouvez pas lui cacher sans scandale et sans respect humain 5 et encore dans le peu que l'obéissance aux lois de l'Eglise vous oblige à faire en sa présence , mélez-y tant d'aisance et de calme que vous portiez par là les hommes à vous imiter, et à glorifier le Seigneur. Voici le temps d'amasser des trésors de mérites et de grâces, guérissez donc cette fureur d'amasser sur cette terre , où la rouille du temps détruit tout, où le ver de l'envie ronge tout, où la force et la vicissitude des événemens renversent tout. Amassez pour le ciel 5 là les trésors sont impérissables : et s'il est dans la nature de l'homme que son cœur soit où estson trésor, que l'effet de la grâce fixe vos cœurs là où sont les joies véritables.

Offertoire. Judiïth, 4-

Tout le peuple cria vers le Sei jneur avec grande instance 9 et ils humilièrent leurs âmes dans le jeûne et la prière. Ce cri de douleur, cette instance de repentir, cette humiliation de l'esprit qui s'anéantit devant Dieu et qui voudroit détruire un corps de péché, sont les sentimens bien convenables au moment d'offrir aujourd'hui la victime sainte. Ce qui doit exciter encore ces sentimens dans nos cœurs, c'est de voir les ministres même du sacrifice revêtus d'habits de deuil et de pénitence, et porter jusqu'à l'autel la cendre de l'expiation répandue sur leurs têtes.

Secrète.

L'Eglise veut que nous offrions en ce moment trois choses à l'autel : les dons de Voblation sacrée, les prémices de V abstinence corporelle , et le sacrifice d'un cœur contrit et humilié. Elle demande que les prémices de la mortification dont Dieu se montre si jaloux accompagnent l'offrande du corps et du sang

MERCREDI DES CENDRES. 2î3

de Jésus-Christ , pour nous faire participer en quelque chose à ses souffrances et à sa mort , et que lo sacrifice d'un cœur contrit accompagne les prémices de l'abstinence extérieure^ pour vivifier et rendre agréables ces mortifications corporelles ; en sorte que notre p>ière si foible , soutenue kVaulel par le jeûne et l'aumône, monte jusqu'au trône de la miséricorde , et que de là, soutenue par l'oblation et le mérite d'un Bien , elle arrive portée par les mains du saint Ange à l'autel sublime du ciel en présence de la divine majesté.

Préface du Carême.

Nous élevons nos cœurs en haut, et nous rendons grâces au Seigneur au milieu de la solennité des jeûnes , parce que ce jeûne , déjà si puissant pour aider la prière , est fécond en merveilles. Il réprime les passions qui doivent mourir au pied de l'autel, il élève Vame, qui doit se détacher des choses de la terre , selon l'invitation qui vient de lui en être faite , il obtient la force et la récompense que nous devons remporter comme fruits du sacrifice 5 ainsi donc, rien de plus juste et de plus salutaire que de bénir Dieu d'un moyen qui nous unit si efficacement aux mérites de l'oblation.

Communion. Judith, 4»

Dans l'antienne de la communion , nous demandons la persévérance dans la carrière de la pénitence. L'Esprit saint nous fait savoir que le Seigneur exaucera nos prières, et qu'il conservera en nous les fruits de son sacrifice , si ?ious persévérons devant Dieu dans le jeûne et la prière, si chaque jour du Carême nous trouve aussi assidus à la messe, aussi exacts aux lois de l'Eglise , aussi fervens dans la réception des sacremens , ou du moins dans le désir d'y participer, que nous devons l'être aujourd'hui en commençant la sainte quarantaine.

Si la pénitence doit préparer à la réception des

Ti l4 1 DIMANCHE DE CARÊME.

sacremcns , les sacremens doivent à leur tour vivifier la pénitence ; aussi l'Eglise demaiide--t-ellc dans cette prière d'action de grâces que le fruit de la communion de ce jour soit de rendre nos jeûnes agréables à Dieu , et profitables à la guérison de nos âmes.

Oraison sur le Peuple.

( Voir ce qui est dit au Manuel de la Messe , [\e partie, pag. 53 o.)

Nous pouvons remarquer trois choses dans cette prière si parfaite qui termine le saint sacrifice : i°quc Dieu y est invoqué comme le dispensateur de la miséricorde et l'auteur de toute bonté, ce qui est bien propre à encourager tous les pénitens ; 2° que les œuvres de pénitence comprises sous la dénomination générale du jeûne, de la prière et de V aumône, sont établies de Dieu comme remède des péchés, comme source de toutes les vertus, ce qui doit nous exciter à les pratiquer avec ferveur pendant le Carême ; 3° qu'à cet enseignement salutaire que nous recevons dès le début dans la carrière sainte doit se joindre, par la grâce du Seigneur , une volonté infatiuable d'accomplir ce que nous savons être la satisfaction de nos offenses, le principe de Ja vie chrétienne, et. le grand moyen d'obtenir miséricorde.

I DIMANCHE DE CAREME.

Appelé Invocabit du premier mot de V Introït DOUBLE-MINEUR.

l/Eglise a promulgué la loi de la pénitence publique, elle vient d'ouvrir la carrière laborieuse qui doit conduire à Dieu ses enfans : mais déjà elle suppose avec raison que oes mêmes enlans , ayant mesuré par la pensée l'espace à parcourir et les difficultés à surmonter , peuvent en être

1 DIMANCHE DE CAUÔIE. '2 î f>

effrayés, et tentés de regarder en arrière après avoir mis la main à l'œuvre du salut. C'est pour cela qu'elle nous propose aujourd'hui l'exemple du Sauveur se livrant a toute la rigueur du jeûne , et vainqueur du démon dans la tentation; elle espère encourager notre foiblesse par un si beau modèle, et nous rendre plus propres au royaume de Dieu après avoir applani les obstacles qui semblent nous arrêter dès le premier pas dans la carrière.

Introït. Ps. 90.

Au seul récit du psaume de l'entrée à l'autel : Celui gui se repose sur l'assistance du Très-Haut ne sera pas ébranlé sous la protection du Dieu du ciel, ne semble-t-il pas voir, d'un côté, les chrétiens ^hésitant à entrer dans la carrière de la pénitence, et de l'autre, l'Eglise encourageant leur foiblesse par tous ses efforts ! Comme l'aigle provoquant ses petits à voler d'eux-mêmes, voltigeant au-dessus d'eux pour les rassurer, cette tendre mère nous excite du bas de son autel à aller nous reposer dans le sein du Seigneur j elle semble même là se baisser pour nous prendre sur ses ailes et pour nous élever dans les cieux. Ah ! ne résistons pas plus long-temps à ce cri maternel qui doit nous encourager pleinement , et méditons les ineffables promesses que Dieu fait dans ce même psaume à celui qui se confie en lui , promesses qu'il va réaliser dans le sacrifice : Il m invoquera, et je V exaucerai: je le délivrerai, et je le remplirai de gloire ; je le comblerai de jours et d'années, et je lui montrerai mon salut.

Collecte.

A cet appel de Yintroït qui doit déterminer nos pas incertains , se joint la prière faite à Dieu pour nous fortifier contre notre trop longue hésitation. La première partie de la collecte indique les avantages du Carême, qui , chaque année , purifie et sanctifie Y Eglise par les observances de la sainte quarantaine; la seconde partie demande avec instance que les serviteurs de Dieu fassent ce qu'il faut par leurs bonnes œuvres pour arriver à ce qu'ils s'efforcent d'obtenir

2l6 1 DIMANCHE DE CARÊME.

par leur abstinence. Et voici l'enchaînement de la sainte liturgie : l'Eglise promulgue son Carême, nous hésitons à y entrer; Dieu nous appelle et nous encourage , nous balançons encore ; enfin , l'Eglise rappelle les grands biens de ce temps de pénitence , et si nous sommes dociles à sa voix , nous nous déciderons enfin à nous abstenir pour obtenir, à nous éloigner du monde et du péché pour nous approcher de Dieu et du ciel.

Etître. 2 Cor. G.

Entendons donc maintenant la forle et solennelle exhortation de l'apôtre, qui nous conjure de no pas recevoir en vain une grâce si précieuse. Si Dieu doit nous écouter dans le temps favorable , s'il s'est engagé à nous secourir aux jours du salut, le voici ce temps favorable sur tous les autres , les voici ces jours de salut plus prochain et plus abondant. Le ministère ecclésiastique va redoubler son zèle et ses efforts ; mais prenons garde de le faire mépriser. Le monde en effet se moqueroit de tout l'appareil de sanctification que l'on déploie dans ces jours , si les fidèles recevoient en vain la grâce de Dieu ; et il jugeroit avec raison que cette grâce est reçue inutilement, si tout le Carême consistoit en certaines observances extérieures adoucies jusqu'à l'excès, en une fréquentation légère de la parole sainte , en quelques charités exercées mondainement , et dans la réception des sacremens sans aucune amélioration édifiante. Chrétiens , vivifiez donc le ministère ecclésiastique , rendez-le respectable au monde , non-seulement par votre fidélité aux pratiques religieuses , mais encore plus par l'esprit qui doit animer les exercices du Carême : i° esprit de mortification dans la patience et dans la soumission 5 20 esprit de Dieu dans la pratique des vertus évangéliques ; 3' esprit de détachement à la vie et à la mort, dans la joie et dans la tristesse, dans la richesse et dans la pauvreté, «inns la possession et dans la privation.

Graduel. Ps. 17.

Si tant d'efforts demandés rcpugiielit à la nature,

ï DIMANCHE DE CAREME. 21?

si nous sommes tentés de retourner en arrière , c'est par vous, o mon Dieu ! que nous serons arrachés à une tentation si dangereuse. Y a-t-il en effet un autre dieu que le Seigneur, que ce Dieu qui ceint nos reins de force et de courage au début de 1-a course , et qui ouvre à nos yeux la route de l'innocence ? Comment pourrai-je hésiter encore ? Vous m'avez donné, Seigneur, la protection de votre salut ; que craindrai-je? Potre droite me soutient , et mes pas ne sont plus ébranlés*

Tuait. Ps. go.

L'Eglise répète ici presqu'en entier le psaume tout de confiance dont elle nous a donné le début et la conclusion dans V introït. C'est une assurance presque continuelle de la protection dont Dieu nous environnera dans la route qui conduit à lui. -Pesons chaque parole, et soyons assurés que toutes les promesses admirables de ce style figuré s'accompliront à la lettre si nous entrons avec courage dans le chemin du salut.

Evangile. Maith. 4.

Dans le sujet de cet évangile, l'Eglise nous montre le Seigneur conduit dans la retraite par l'Esprit de Dieu, se livrant à la pénitence la plus austère pendant quarante jours, et se soumettant à toutes les tentations pour nous apprendre à les vaincre et pour v nous mériter la grâce de les surmonter. Par là elle veut nous apprendre que c'est dans ce même Esprit de Dieu qu'elle a institué son Carême , que les exercices du maître ont servi de modèle à la pénitence des serviteurs .; et que si nous entreprenons fidèlement cette laborieuse quarantaine , nous pouvons espérer aussi d'être vainqueurs de toutes les tentations dont la vie chrétienne est semée. Mais, pour retirer du Carême cette force et cette victoire sur les difficultés du salut , il faut d'abord surmonter les tentations qui nous empêcheroient de profiter du Carême même. Or, voici ces tentations: 1" le découragement: le démon semble nous dire : Faites que ces pierres de-

2l8 I pi MANCHE DE CARÊME.

viennent des pains, nourrissez-vous , si vous le pouvez , de ces épreuves qu'entraîne une vie de retour à Dieu. Répondez-lui : L'homme ne vit pas seulement de pain, la vie chrétienne ne se compose pas que de difficultés, mais la parole de Dieu adoucit de son onction les sacrifices qu'elle commande. 2° La présomption : le démon nous transporte en esprit au milieu des derniers jours saints comme sur le pinacle du temple , il nous dit : Jetez-vous en bas , Dieu enverra ses anges pour vous soutenir', il sera temps alors de vous précipiter dans les bras de la miséricorde du Seigneur, et ses ministres vous aideront alors pour vous préserver d'une chute périlleuse. Répondons : Il est écrit : Vous ne tenterez pas le Seigneur votre Dieu, et ce seroitle tenter que de réserver pour quelques derniers jours une préparation précipitée , de négliger le chemin et de croire pouvoir arriver heureusement au terme. 3° L esprit d'accommodement : le démon consent à ce que nous lassions quelque chose pour Dieu , mais il veut que , considérant la religion en grand et d'une certaine hauteur, nous ne refusions rien au monde de ce qu'il exige. Le démon promet à ce prix de nous tout donner, et de tresser notre couronne des roses du plaisir et de quelques épines de la pénitence. Répondons lui : Vous adorerez le Seigneur votre Dieu, vous ne servirez que lui seul : il n'y a pas de partage possible, Dieu veut >tout ou rien. Si nous surmontons ces tentations de découragement , de présomption, d'accommodement, le démon nous laissera, les anges du Seigneur s'approcheront pour nous servir dans la carrière, et nous la fournirons de manière à profiter de tous les moyens de salut que Dieu nous y prépare.

Offertoire. Veut. 9.

Je me suis prosterné devant le Seigneur, f ai passé quarante jours et quarante nuits sans manger et sans boire, à cause de tous vos péchés ; et le Seigneur in a exaucé. Voilà le sacrifice rigoureux que Moïse présenta à Dieu pour tout son peuple, et le succès qu'il

I DIMANCHE DE CAREME. 2 1(J

remporta d'un pareil dévouement. Mais ees paroles conviennent bien plus justement à Jésus-Christ, le vrai médiateur de tous les hommes; c'est lui qui , dans l'oblation , se prosterne toujours devant sou Père pour les péchés du monde entier 5 c'est lui qui offre aujourd'hui son jeûne de quarante jours pour vivifier nos privations dans la sainte quarantaine ; c'est lui eiilin qui , bien mieux que Moïse , peut nous assurer que le Seigneur l'exauce continuellement à cause du souverain respect qui est dû à sa divine médiation.

Seckète.

L'Eglise , en immolant sou sacrifice dans les premiers jours du Carême , demande à Dieu que nous joignions à l'abstinence de la nourriture corporelle l' éloigne ment des plaisirs nuisibles à nos âmes. Il est à remarquer que les encouragemens que Dieu nous donne pour entrer dans la carrière ne sont pas légers et trompeurs 5 il nous assure bien de sa force et de sa protection , mais il ne déguise pas ce que nous aurons à pratiquer ; et , après nous avoir donné tout courage et par son exemple et par ses promesses , il nous dit clairement que tout le travail ne se borne pas à un simple retranchement extérieur, qu'il faudra jeûner surtout du péché et de tout ce qui charme faussement le cœur pour l'entraîner au mal.

Communion. 3 fi ois j 19*

Où donc trouver, au milieu de toutes ces privations si solennement promulguées, une nourriture qui soutienne nos âmes? Nous la trouverons dans la sainte eucharistie. Elle , après son jeûne de quarante jours , a pris le pain et le breuoaye qu'un auga lui présentoit, et il a marché f($r la force de cette nourriture quarante jours et quarante nuits, jusqu'à la montagne de Dieu-, foible image de la force que la communion nous communique pour aller au ciel. Prosternons-nous donc à l'exemple de Moïse , prosternons-nous devant l'autel dans un jeûne de quarante jours ; mais , comme Klie , mangeons dans

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