‹ Explication des messes de l'Eucologe de ParisChapitre 44 sur 95 · II DIMANCHE DE CAREME · texte numérisé non relu

II DIMANCHE DE CAREME

Appelé Reminisccre du premier mot de l'Introït,

Les difficultés générales de découragement, de présomption et d'accommodement qui pou voient arrêter les iidèles au début de la carrière, sont applanies, et déjà ils uni dû faire quelques pas avec courage. Mais a peine entrés dans la voie, nous découvrons que pour venir k la suite de Jésus-Christ, il faut se renoncer soi-même, porter sa croix tous les jours , et ce chemin de la croix, qui est la route obligée du Carême et de la vie chrétienne, offre une tentation nouvelle et plus forte encore de ne pas pou&~

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suivre» Aussi l'Eglise veut-elle détruire aujourd'hui ce grand obstacle en proposant le sujet de la transfiguration , et assurer la constance de ses enl'ans en les faisant monter sur le Thabor avant de les conduire sur le Calvaire.

Introït. Ps* i/\.

A la nouvelle épreuve , prise du Carême en luimême, et essentiellement attachée à la voie que nous désirons huivre, se joint une nouvelle force et un nouveau courage , que l'Eglise puise au pied de l'autel. Seigneur, dit-elle ,*?vafc levé mon ame vers vous ; mon Dieu, je me confie en cous et dans votre grâce : que je ne sois pas trompé dans mon attente. Puis s'animant de plus en plus à la confiance au bas de cette montagne mystérieuse du sacrifice qui réunit à la fois les rigueurs du Calvaire et les délices du Thabor : souvenez-vous, poursuit-elle dans l'antienne qu'elle a tirée du psaume de l'entrée , souvenez-vous, Seigneur, de vos bontés et de vos miséricordes qui sont éternelles, que jamais ?ws ennemis ne remportent sur nous et ne puissent ralentir noire ardeur : Dieu d'Israël, délivrez- nous de toutes -nos angoisses , afin que nous marchions d'un pas ferme et résolu dans la route sainte que nous avons prise.

Collecte.

0 Dieu, qui , au milieu des périls de ce monde qainous assiègent, nous soutenez par If attente do la béatitude céleste , et qui encouragez le chrétien voyageur , effrayé des travaux du voyage , en lui dévoilant les récompenses qui l'attendent au terme de la patrie ; faites que méprisant , dans cette V'ie , les faux biens de la terre , nous soyons entraînés de toute V affection de nos cœurs par le désir des biens célestes. Si nous hésitons encore, Seigneur, à franchir le chemin royal de la croix, c'est qu'épris de quelques avantages du présent , nous avons peu d'attrait pour les avantages de l'avenir. Changez ces dispositions , et nous ne balancerons plus à choisir la meilleure part; inspirez le dégoût d'un présent souvent incertain et toujours trompeur, alors notre cœur goûtera la vérité qui demeure et qui ne trompe ja-

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mai 8, cl notre misérable nature, entraînée par d'aussi justes désirs, ne restera plus en chemin.

Epître. i Thess. 4«

L'Apôtre publie la grande loi de la sanctification , et de la sanctification par le renoncement à soimême, par le crucifiement des convoitises et des désirs déréglés, loi inhérente à la sainteté du Carême , loi qui consutuc la grande tentation que l'Eglise veut combattre aujourd'hui. Nous vous conjurons, mes fre) es, de marcher avec tant de courage que vous avanciez déplus en plus dans la vole que nous vous avons enseignée pour plaire à Dieu. Et quelle est cette voie? c'est la sanctification de nos âmes , ce grand résumé de la volonté de Dieu, détaillée dans les divers commandemens. Et quelle est cette sanctification? c'est, en particulier et avant tout, de nous abstenir du mal le plus opposé à la sainteté de Dieu et à son esprit , de devenir maîtres de nos sens au lieu d'en être les esclaves , de vivre dans le détachement chrétien et non dans l'abrutissement des mœurs païennes, de fuir l'usurpation et l'injustice de l'adultère , dont Dieu se déclare le vengeur ; car il ne nous a appelés au christianisme que pour vivre dans la sainteté et non dans la corruption. Voici la loi dans toute sa sévérité ; mais que sa rigueur est adoucie par les tendres invitations de l'Apôtre ! qu'elle est tempérée par cette auréole d'honneur qui couronne la pureté évangélique ! qu'elle est décisive, si nous voulons éviter la vengeance céleste et répondre à la dignité de notre vocation I

Graduel. Ps. i4* Seigneur, qui habitera dans votre tabernacle/ et qui se reposera de toutes ses fatigues et de tous ses combats sur votre montaçpie sainte , où la gloire et le bonheur découleront dans l'âme courageuse et persévérante? Voici la réponse à cette importante question : C'est celui qui marche dans l'innocence , et qui pratique la justice, qui dit la vérité dans son cœur <'} dans ses 'œuvres, et dont 'a langue nJest. point rem-

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plié d'artifices-, c'est celui qui observe généreusement ce que l'Apôtre vient d'enseigner touchant la pureté , la justice et la sincérité. Oui , Seigneur, c'est la condition pour aller au ciel , et nous voulons la remplir fidèlement avec votre grâce.

Trait. Ps. 35.

Que ce passage du psaume est propre à nous fortifier et à nous faire goûter cette gloire du ciel que l'évangile va nous révéler en partie! Seigneur, votre miséricorde est aussi élevée que les deux y votre vérité va jusqu'aux nues , de là elles protègent nos efforts , et les enfans des hommes espéreront à l'ombre de vos ailes. Ils seront enivrés de V abondance de votre maison, et vous les ferez boire à long irait au torrent de vos délices, après qu'ils auront bu dans le chemin au torrent des larmes et des peines. Car en vous est la source de la vie, et nous verrons la lumière dans votre propre lumière. Vous allez laisser échapper un rayon de cette lumière sur le Thabor, nos yeux en seront éblouis : que sera-ce donc quand elle se révélera à nous dans tout son éclat ? Vous allez laisser tomber une goutte du bonheur du ciel sur la montagne sainte, et Pierre ne voudra plus la quitter ; que serace donc, quand nous étancherons à loisir la soif de nos cœurs au torrent qui réjouit la cité céleste ? Evangile. Matth . 17.

L'épître en promulgant que la route du Carême étoit la voie du renoncement et de la croix , se bornoit a dire que telle étoit la grande volonté de Bieu, la hauteur de la vocation chrétienne, et l'inévitable sanction donnée par un -Dieu vengeur : l'évangile ajoute à la puissance de ces motifs toute la consolation qui est réservée pendant le voyage et surtout au terme de cette route si pénible en apparence. J. C. conduit ses disciples à l'écart, sur une haute montagne que le monde ne connoît pas, et c"est de ce vrai point de vue qu'il fait envisager le Calvaire, détruisant par sa transfiguration le scandale de la croix par rapport à lui , adoucissant par sa transfiguration la rigueur de la croix par rapport à ses disciples. Si nfcras

*^4 ,! WMAHCHB DE CAULME.

voulons rapprocher dans ce dessein la double scène du mont Golgotha et du mont Thabor, voici les principaux traits de ce parallèle si glorieux pour J. C. et si encourageant pour notre foiblesse : là le Dieu sauveur est défiguré au point que le prophète qui a voit chanté sa beauté et ses triomphes ne peut plus le rcconnoître; ici il est transfiguré avec tant d'éclat, que la lumière céleste lui sert de manteau : là sa face adorable est pâle , livide et meurtrie ; ici elle est resplendissante comme l'astre du jour : là il est dépouillé de ses vêtemens, et des soldats grossiers les jouent au sort comme une viîe acquisition ; ici les vctemens qui couvrent son humanité sainte ont plus d'éclat que la neige la plus pure : là , placé entre deux criminels, il essuie les outrages de l'un et convertit le cœur de l'autre ; ici Moïse et Elic viennent lui rendre hommage et s'entretenir avec lui , la loi et les prophètes viennent témoigner de leur accord avec l'Evangile la 1 xerre et les apôtres l'ont abandonné ; ici Pierre trouve qu'il fait bon de demeurer et ne veut plus descendre de la montagne : là des ténèbres affreuses couvrent toute la terre, annonçant les souffrances du maître de la nature ; ici une nuée lumineuse couvre d'un même pavillon d'honneur la loi , la prophétie et l'Evangile : là un entend ce cri : Mon Dieu , mon Dieu, pourquoi m'avez-vous abandonné? ici une voix se fait entendre : Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j'ai mis mes complaisances , écoutez-le. C'est donc à la lueur du Thabor qu'il faut envisager les horreurs du Calvaire, c'est du ciel qu'il faut contempler les sacrifices de la terre. Et la conséquence de tout cela , c'est qu'il a fallu que le Christ souffrît et qu'il entrât ainsi dans sa gloire : c'est que nous ne pouvons entrer dans le royaume des cieux que par beaucoup de tribulations, c'est que le disciple ne doi! pas être mieux traité que le maître, c'est enfin que si nous souffrons avec Jésus-Christ nous régnerons avec lui , et que nous nous trompons cruellement , si nous croyons marcher à sa suite sans nous renoncer nous-mêmes et sans porter notre croix tous les jours de la vie.

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