‹ Explication des messes de l'Eucologe de ParisChapitre 45 sur 95 · II DIMANCHE DE CARÊME · texte numérisé non relu

II DIMANCHE DE CARÊME

Offertoire. Ps. 83,

Le passereau trouve une demeure , et la tourterelle un nid rpour déposer ses petits . Une demeure charme la solitude du passereau , un nid et ses douces occupations suspendent les gémissemens de la tourterelle. Vos autels, Seigneur des armées, mon Roi et mon Dieu, seront mon asile dans ma séparation d'avec le monde, et ma consolation dans les accens plaintifs de ma pénitence. Heureux ceux qui habitent dans votre maison, ils vous loueront dans les siècles des siècles , ils vous béniront, parce qu'ils seront arrivés au terme de tous les sacrifices. Mais en attendant , dressons trois tentes en cette vie , une sur le Calvaire , pour apprécier là les obligations d'une vie chrétienne; une dans le ciel, dont le Thabor n'est qu'une image imparfaite, pour encourager nos efforts et nos combats ; une sur l'autel, pour y trouver, entre le précepte et la récompense , la consolation qui soutient en cette vie ; ou plutôt ne dressons qu'une seule tente , et qu'elle soit fixée sur l'autel du Seigneur, car nous trouvons .là et le Dieu du Calvaire qui commande une vie d'immolation , et le Dieu du Thabor qui console de ce renoncement exigé , et le Dieu du ciel qui couronne le courage et la persévérance de se? serviteurs.

Secrète.

Seigneur, recevez favorablement les prèsens de votre Eglise, que votre miséricorde nous a donnes pour vous les offrir, et que votre puissance fait devenir miraculeusement le mystère de notre salut. C'est un mystère aux yeux du monde que les hommes puissent renoncer au plaisir, aux sens et à eux-mêmes, pour mériter à un prix si dur un bonheur futur et invisible; c'est un mystère aux yeux de la chair et du sang que l'esprit de l'homme se déprenne des illusions de la terre, que son cœur se détache des jouissances d'ici bas pour rechercher et goûter une vie de privations et de sacrifices. Mais ce mystère,, caché à la sagesse du siècle et à sa corruption , s'é~

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claircit à l'autel ; c'est là que les dons sacres devten-

nent le mystère de noire salut, en nous donnant à la lois et la conviction de la loi de la pénitence, et la force de l'accomplir, et le gage du bonheur, et tous les moyens de sanctification , en rendant possible, facile et consolant par la vertu de Dieu ce cjue l'homme regarde comme impraticable, excessif et révoltant pour sa foiblessc. Allons donc avec confiance puiser aux sources du Sauveur cette eau merveilleuse qui étanche toute soif et qui rejaillit encore de notre cœur jusqu'à la vie éternelle.

Communion. Ps. 3o.

Chrétiens , si vous vous êtes approchés du banquet sacré avec les dispositions convenables, Dieu a dû vous dire au cœur le mot de l'énigme d'une vie pénitente et heureuse ; il a dû vous dévoiler les secrets de sa puissance et de sa bonté 5 vous avez connu alors le mystérieux abri contre le monde et ses illusions , l'asile plein de merveilles contre ses menaces et ses assauts , et vous vous êtes écriés avec toute l'ardeur du prophète : Qu'elle est grande, Seigneurj la multitude de douceurs que vous avez réservées en secret à ceux qui vous craignent ! vous les cacherez dans le secret de votre visage resplendissant d'éclat et de beauté , vous les protégerez dans votre tabernacle où il fait si bon de demeurer à jamais.

Postcommunion.

Seigneur , faites que nous écoutions toujours des oreilles du cœur voire Fils bion-aimé , que nous avons reçu caché sous le nuage des sacrés mystères. Faites que notre cœur ne l'écoute pas seulement au moment de la communion et dans la douceur de cet entretien sacré , mais qu'il l'écoute toujours dans tous les détails d'une vie chrétienne, toujours dans l'explication de l'énigme et du mystère du salut , toujours dans l'assurance qu'il nous donne que le Calvaire est le chemin du Thabor, et la pénitence la voie du ciel. Faites enfin qu'après l'avoir écouté à l'ombre du voile que son amour a choisi pour nous

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parler, nous l'entendions un jour nous dire face à face : Parce que vous avez été fidèles, entrez dans la joie de votre maître.

Appelé Oculi du premier mot de V Introït.

Toutes les tentations générales et particulières qui pouvoient nous arrêter dans le chemin de la sanctification , sont écartées et vaincues ; l'Eglise suppose maintenant que nous sommes entrés franchement dans la carrière de la pénitence, et que nous la poursuivons avec ardeur. Elle va donc en venir au fait par le sacrement de la réconciliation qui détruit en nous la mort spirituelle , et par le sacrement de l'eucharistie qui fortifie la vie de la grâce ; et aujourd'hui elle s'occupe spécialement de chasser de nos cœurs le démon muet qui nous empêcheroit d'avouer nos offenses, de témoigner à Dieu notre douleur, et d'obtenir une pleine et entière rémission.

Introït. Ps. i!\.

Je marche avec constance dans la voie droite et sûre où l'esprit de Dieu m'a conduit , mais pour rn'encourager, je tiens toujours mes yeux élevés vers le Seigneur, sans la grâce duquel je ne puis rien ; car c'est lui qui dégagera mes pieds du filet dont le démon les embarrasse pour m'empêclier d'aller au tribunal de la miséricorde. Jetez vos regards sur moi, Seigneur, et ayez pitié de ma misère, parce que je suis seul et pauvre, dénué de toute force quand je suis abandonné à moi-même. Seigneur, j'ai levé mon ame vers vous du bas de votre saint autel ; mon Dieu, je me confie en vous, que je ne sois pas trompé dans mon attente ! C'est ici que j'attends que vous ne me laissiez pas seul en proie à mon néant, c'est ici que je suis assuré que vous vous unirez ù ma

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faiblesse, et que je pourrai tout eu celui qui me iortifie.

Collecte.

Dieu tout-puissant , recevez avec honte les vœux de vos fidèles qui sont dans l'abaissement , et qui reconnoissent que sans vous ils lie pourront se tirer ;Io9 rî ocres de l'ennemi du salut : étendez pour notre défense le bras de votre majesté, et à l'ombre de votre main qui s'étendra sur nous dans le tribunal de la pénitence, nous ne craindrons plus les liens du péché, nous espérerons tout à l'ombre de vos ailes, parce que nous aurons pris le Très-Haut pour notre refuge.

Epître. Ephés. 5.

Si le démon rend les liommes muets quand il s'agit d'avouer leurs fautes , de promettre de les éviter, et d'en demander à Dieu le pardon, il ne sait que trop délier la langue de ses esclaves pour la faire abonder en mille paroles de ruine et de damnation ; aussi l'apôtre veut-il , dans l'épître de ce jour, bannir de nos cœurs le démon des mauvaises paroles, laissant ensuite à Jésus-Cbrist de ebasser le démon du silence funeste au salut. Ecoutons-le donc avec docilité réprimer dans les fidèles , i° les paroles de vengeance , les discours contraires à la charité, voulant qu'ils soient les imitateurs du Dieu qui pardonne , et de Jésus-Christ qui nous a aimés jusqu'à se livrer pour nous comme une victime d'agréable odeur; 2° les paroles criminelles, peu séantes et trop légères, qui ne devraient jamais se trouver suides lèvres chrétiennes , consacrées à une continuelle action de grâces ; 3° les paroles vaines qui séduisent, qui font les incrédules , et qui attirent la colère de Dieu. Ce langage pouvoit peut-être convenir aux enfans des ténènres, mais il est indécent dans la bouche des enfans de la lumière ; et puisque nous devons marcher à la lumière de Dieu , sachons bien que ses fruits consistent en toute sorte de bonté, de justice et de vérité : de bonté à l'égard du prochain , de justice

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à l'égard de nous-mêmes, de vérité à l'égard de Dieu; langage de charité envers nos frères, langage de justice pour nos aines qui sont les temples de Dieu , langage de vérité envers le Seigneur dans tout ce qu'il nous révèle , et dans tout ce qu'il exige de notre servitude.

Graduel. Ps. 34.

Non-seulement le démon me retient loin de vous, ô mon Dieu , mais il rive mes fers par l'incrédulité irréfléchie , par le désordre , l'aigreur et la vengeance. Seigneur, désarmez ceux qui m' attaquent si rudement , prenez vos armes pour les vaincre , et votre bouclier pour me couvrir; levez-vous pour venir à mon secouis-, car il faut deux choses pour ma conversion : la première, que vous brisiez mes liens; la seconde, que vous me protégiez , lorsque je viens à vous fuyant le démon qui me poursuit. Ah I je vous en conjure , que ceux qui cherchent à me faire périr soient couverts ^dc confusion, ne pouvant m'atteindre derrière votre bouclier : que ceux quipensent à me faire du mal et à doubler mes chaînes soient confondus. Seigneur, en me voyant rendu à la liberté de vos enfans.

Trait. Ps. \i\.

Les paroles du psaume que l'Eglise a choisi pour le trait sont une hymne de confiance et de reconnoissance , qui précède admirablement bien la délivrance heureuse que l'Evangile va publier. Les expressions en sont claires et faciles ; il suffit de savoir qu'elles servent de transition entre la prière cki graduel et le récit consolant de la guérison du possédé.

Evangile. Luc, \ 1 .

En ce temps-là, Jésus chas s oit un démon qui et oit muet-, voilà encore, dans ce temps de salut, la grande occupation d'un Dieu sauveur, et le but du ministère qu'il exerce par son Eglise et par ses représentai. Pourquoi, dans ces jours favorables, la parole sainte est-elle si multipliée, le zèle si admi-

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vable , les tribunaux de la pénitence si solennellement ouverts ? C'est pour chasser du cœur dc^i hommes le démon qui les rend muets et qui les empêche de confesser leur injustice au Seigneur* Et quel est le but que l'Eglise se propose dans la sainte quarantaine ? c'est de forcer ces muets spirituels à parler, et à trouver par une confession salutaire la rémission de leurs offenses. Toutefois à la publication du précepte de la confession annuelle , comme à la vue de la guérison de cet homme que le démon rendoit muet, des pensées bien opposées et bien diverses s'agitent dans les cœurs. Les uns blasphèment cette merveille de Dieu , et veulent que le sacrement de pénitence ne soit qu'une illusion et qu'une chimère. Les autres reconnoissent en Dieu le pouvoir de remettre les péchés, mais ils voudroient que le signe de la réconciliation vînt uniquement du ciel ; ils voudroient se confesser à Dieu seul , et être absous par Dieu seul , sans l'intermédiaire que Dieu a établi dans sa puissance, dans sa sagesse et dans sa bonté. Ceux-ci sont pleins d'admiration pour l'œuvre divine , ils pensent à profiter de ses richesses , sans s'inquiéter d'assurer leur persévérance , au risque que leur dernier état devienne pire que le premier. Enfin ceux-là s'épuisent en accens de ferveur pendant le Carême , sans bien pensera la régler, et Jésus - Christ leur déclare qu'heureux sont ceux qui écoutent la parole de Dietij et surtout qui la mettent en pratique. Demandons donc au Seigneur de nous pénétrer de plus en plus de l'institution divine du sacrement de pénitence, des consolations qui sont attachées au moyen par lequel Dieu a voulu qu'il s'exerçât , et des dispositions que nous devons y apporter pour en retirer une guérison durable et une ferveur bien entendue ; c'est la grâce que nous allons solliciter par l'oblation de la sainte victime.

Offertoire. Ps. 34»

Seigneur, qui est semblable à vous ? Vous êtes ce fort armé qui garde la maison, et sous la vigilance duquel toute possession est paisible. Un plus fort

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que nous peut bien venir enlever les armes de notre fbiblesse et les dépouilles de notre misère , mais un plus fort que vous ne sauroit se montrer ; vous arrachez le foible de l'oppression du plus fort, vous délivrez le pauvre des mains de ceux dont il êtoit la proie. Venez, Seigneur Jésus , le fort des forts, venez sur cet autel, de là passez dans notre cœur, arrachez-nous, délivrez-nous, et jamais le démon n'osera troubler l'empire que vous garderez dans nos cœurs.

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