DU TEMPS DE LA PASSION
lion sincère s'unisse aux souffrances du Sauveur, qu'une confession salutaire se joigne à ses humiliations , qu'une satisfaction proportionnée nous fasse communiquer à ses douleurs , qu'une absolution méritée ensevelisse k jamais le péché dans le tombeau de l'Homme-Dieu, et qu'une sainte communion pascale nous unisse à Jésus-Christ , fasse triompher sa grâce dans nos âmes, et nous assure une vie nouvelle puisée au mystère de la résurrection.
Dans ce but > et pour parler d'abord k la foiblesse de nos sens , elle retrancha de ses offices tout ce qui sentoit encore l'élan de la louange et la joie de l'assemblée sainte , elle se revôt d'ornemens de deuil pour amener par ces dehors k la considération de la mort que le péché a donnée k nos âmes , et qui n'a été détruite que par la mort d'un Dieu sur la croix ; enfin elle proclame , dès le dimanche de la Passion , la règle solennelle qui oblige tous les fidèles k la réception des sacremens dans les fêtes de Pâque. Mais en se pénétrant de l'esprit des offices de FEglise pendant ce temps si grave et si précieux, on sentira encore mieux tout ce qu'elle se propose pour consommer en nous l'œuvre de la foi , pour nous initier par une pleine réconciliation k la vie d'un Dieu ressuscité , et l'on parcourra avec plus de fruit cette gradation si admirable par laquelle elle nous conduit au point central de toutes ses solennités. Suivons donc l'esprit de l'Eglise pendant ce temps, tenons-nous , pour ainsi dire , continuellement au pied de la croix, méditant sérieusement ce que Dieu a fait pour nous sauver , et ce que nous devons faire pour profiter d'un salut si abondant.
DOUBLE-MINEUR
En arborant aujourd'hui d'une manière solennelle l'étendard de la croix pour rallier ses enfans autour de ce signe de salut, l'Eglise a à cœur de publier l'innocence de la victime qui y est attachée ; elle paroît tout occupée
DIMANCHE DE L\ PASSION. 'l\l
kv prouver que c'est ic jusîe par excellence qui y souffre pour des coupables , et que cet arbre de vie est chargé de nos plus chères espérances. C'est sous ce point de vue que nous méditerons la liturgie de ce jour.
Introït. Ps. Ip..
Si l'on retranche , aux offices de ce temps , le psaume Judica de l'ordinaire de là messe , parce qu'il seroit déplacé de demander pourquoi notre amé est triste, en présence des divines douleurs qui nous ont enfantés à la vie; il a paru convenable d;en conserver quelques paroles pour l'entrée à l'autel : 0 Dieu, soyez mon juge, et scjjarez ma cause de celle des impies : délivrez-moi de /.'homme injuste et trompeur, parce que c'est vous qui êtes mon Dieu et ma force* Ces paroles appliquées à Jésus-Christ sur la croix et mises dans la bouche de l'auguste victime , expriment parfaitement l'innocence de celui qui meurt pour les pécheurs ; dans ce début plein de dignité^ qui rappelle déjà le début de l'évangile, nous comprendrons que la cause du Sauveur est bien différente de celle du méchant, et que sa mort, loin d'être un châtiment mérité , est l'expiation qui mérite aux coupables la miséricorde et le pardon. Faites luire sur moi votre lumière et votre vérité, elles m'ont conduit et fait arriver à votre montagne sainte et jusque dans vos tabernacles . En nous appliquant à nous-mêmes ces paroles, nous demandons que la lumière* qui rejaillit de la croix , que la vérité qui en découle, c'est-à-dire l'innocence d'un Dieu victime qui expire pour nos péchés , et la nécessité indispensable d'accomplir en nous ce qui manque à sa passion , nous demandons que cette foi si lumineuse et si vraie précède nos pas en allant à l'autel ^ nous éclaire en gravissant la montagne du sacrifice, nous introduise jusque dans les tabernacles éternels ; et reconnoissant qu'un Dieu a souffert ce que nous avions mérité, nous devons, en commençant i'oblation de sa mort , nous sentir excités à accepter généreusement la part d'expiation qu'il a laissée à notre foi blesse.
■>.\'\ DIMANCHE Dli LA PASSION.
Collecte.
0 Dieu, qui par les humiliations, les souffrances et fa mort de votre Fils unique, avez brisé l'orgueil de V ancien ennemi des hommes , et réprime l'insolence du démon qui se flattoit de nous avoir abattus au point de ne plus pouvoir être relevés de notre chute : donnez à vos fidèles la grâce de célébrer dignement ce qu'un Dieu a souffert pour nous, et de supporter avec patience, et à son exemple, toutes les tribulations. Le moyen de célébrer dignement ce que Jésus- Christ a enduré pour notre salut , est de nous appliquer le prix de ses souffrances par les sacremens, et de participer à ses souffrances en supportant avec résignation toutes les peines qu'il plaît à Dieu de nous envoyer ; peines et afflictions de la vie qui sont mesurées dans la proportion que la justice divine doit exiger de nous, après que la miséricorde a tant fait pour nous décharger du principal de la dette.
Epître. Hébr. 9.
Saint Paul relève ici la mort de la victime du genre humain et le sacrifice sanglant offert sur la croix. Il nous montre que Jésus-Christ est le pontife des biens futurs et éternels , qu'il nous a mérité ces biens dans la nouvelle alliance par l'ablation de son corps sacré , et que les sacrifices anciens, auxquels Dieu n'avoit promis que des récompenses temporelles , n'ont eu d'autre mérite que de figurer cette grande et éternelle oblation. Le pontife lévitique sujet à la mort entroit dans un sanctuaire matériel en passant par un tabernacle fait de la main des hommes; Jésus -Christ, pontife éternel de la nouvelle alliance, est entré dans le ciel, véritable sanctuaire de Dieu , en passant par un tabernacle plus excellent , c'est-à-dire par son corps, qui a frayé aux hommes le chemin de la terre au ciel. Le pontife lévitique portoit dans le sanctuaire le sang des boucs et des veaux; Jésus-Christ a porté dans le ciel son propre sang qui a sauvé le monde , et dont la voix puissante nous mérite une place dans le rovaume de Dieu. Les sacrifices anciens conféroient
une pureté extérieure et cérémonielle , le sacrifice nouveau purifie la conscience des œuvres mortes. Jésus-Christ est donc le pontife des biens éternels , le médiateur du testament nouveau, la victime sans tache ; il expie les iniquités , donne la pureté de Pâmer, et procure l'héritage éternel. Comme tout cela relève la majesté delà croix , la dignité de l'oblation des chrétiens ! comme tout cela doit accroître en nous l'espérance du salut , et nous en faire chercher le gage à l'autel , où se renouvelle l'immolation du Calvaire !
Graduel. Ps. 68.
Votre croix , Seigneur, et le sacrifice que vous y offrez , paroissent une folie aux Gentils et aux mondains , mais c'est pour V amour de vous que je souffre les opprobres, et que f ai le visage couvert de confusion ; vos humiliations, dont je connois le mystère, sont l'honneur du chrétien , et à Dieu ne plaise que je me glorifie en autre chose qu'en cette croix qui a sauvé le monde, fermé l'enfer et ouvert le ciel ! Je suis à l'égard de mes frères comme tin 'et ranger ^ les juifs, nos aînés dans la foi , ne veulent plus nous reconnoître ; la croix , au pied de laquelle tous les hommes dévoient s'embrasser comme des frères, est devenue pour le juif un scandale ; mais par votre grâce , nous y reconnoissons la vertu de Dieu , la sagesse de Dieu , et la bonté de Dieu ; et loin de devenir pour nous un sujet de chute dans le chemin du ciel , la croix est le poteau qui nous indique la voie, et le signal qui nous découvre le terme. Le zèle de votre maison me dévore , Seigneur, je voudrois déjà , portant dans mon ame votre sang divin , pénétrer dans les tabernacles éternels et être enivré des biens futurs dont vous êtes le pontife ; mais en attendant cette espérance, dont le traité se lit au haut de votre croix , je veux en remplir toutes les conditions ; les injures que l'on vous fait retombent sur moi, parce que c'est pour moi que vous vous êtes humilié jusqu'à la mort, parce que c'est à noi pécheur de recevoir le contre-coup de la main ôc Dieu qui vous a frappé si sévèrement.
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Tuait. Ps. 128.
Avant de lire , dans l'évangile , le récit dus attaques dirigées contre la vérité même dans le cours de son ministère public , et au souvenir perpétuel des attaques plus violentes encore auxquelles Jésus- Christ a été en butte dans sa passion , l'Eglise nous propose ces paroles que David a chantées dans un esprit prophétique : Ils m'ont souvent attaque depuis via jeunesse , mais i's n'ont pu avoir l'avantage sur moi} les pécheurs ont sillonné mon dos de leurs coups prolongés, mais le Seigneur brisera la tête des médians. Ces paroles conviennent à Jésus- Christ persécuté jusqu'à la mort et vainqueur de la mort : mais elles conviennent aussi à l'Eglise sans cesse attaquée comme le maître , et toujours triomphante comme son divin époux ; elles conviennent enfin au chrétien qui partage les souffrances de son chef, et qui peut compter de partager à ce prix sa gloire et son bonheur.
Evangile. Jean, 8.
Quoique les ministres de Dieu se soient épuisés pendant le Carême pour appeler au repentir et à la vie , leur voix n'a été que celle du héraut qui précède le vainqueur ; Jésus crucifié est le grand prédicateur qui se trouve placé au bout de la carrière de la pénitence , et dont la croix seule nous apprend tout, dignité de nos âmes, énormitédu péché, prix du ciel, conditions pour y arriver. D'où vient donc qu'au début de ce temps de la passion l'évangile ne dise pas un mol des souffrances de l'IIomme-Dieu, et ne paroisse occupé qu'à justifier sa vie, sa doctrine et son ministère de tout reproche? C;est qu'il falloit avant de nous ordonner de prendre Jésus crucifié pour ora cie, pour guide et pour modèle, que nous fussions convaincus de l'innocence de sa cause et de la libre générosité de son sacrifice ; c'est qu'après avoir détruit dans nos cœurs le scandale de la morale de la croix, il falloit dissiper dans nos esprits la folie apparente de ses célestes enseignemens ; c'est qu'il falloit qu'un
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tel prédicateur, se présentant dans toute la gloire de sa cause personnelle , et dans toute la force de la cause qu'il vient gagner contre nous, pût se servir de cet exorde favorable : Qui de vous me convaincra de pèche ? pour avoir le droit d'ajouter aussitôt : Si je vous dis la vérité, pourquoi ne me croyez-vous pas ? si quelqu'un garde ma parole, il ne mourra jamais. Après ce point de vue, qui déjà éelaircira pour les fidèles le choix de l'évangile de ce jour, nous pouvons tirer une autre réflexion du texte sacré : c'est que la vérité enseignée par la religion catholique étant la même que la vérité prêchéc par Jésus-Christ, elle doit être toujours attaquée comme elle l'a été dans la personne du maître, et toujours défendue comme elle l'a été par la bouche du maître. Or la vérité de Dieu est attaquée , comme le Dieu de vérité , par des injures et des outrages , par des évidences chimériques , des interprétations absurdes , des triomphes puérils , par le sarcasme et les fades plaisanteries, par la fureur et la persécution ; et la vérité de Dieu doit être enseignée , défendue, pratiquée comme l'a fait le Dieu de vérité, en opposant le silence aux injures , la douceur aux outrages, l'abandon de l'amour-propre devant les absurdités, la noblesse et la franchise en présence des plaisanteries , enfin la prudence quand on ne peut qu'aigrir la persécution sans corriger la fureur. Dignité et pureté d'intention , courage modeste et fermeté prudente , voilà les armes des enfans de la lumière , voilà le trophée que Jésus-Christ dépose aujourd'hui en vainqueur au pied de la croix qui a triomphé du monde, de l'enfer et du péché.
Offertoire. 1 Pier,e, 1.
En élevant devant Dieu la matière du sacrifice, que l'Eglise appelle déjà par anticipation Vhostis sans tache, le calice du salut, nous pouvons maintenant publier victorieusement, que ce n'a pas été par de l'or ou de V argent corruptibles, que nous avons été rachetés : toutes les richesses du monde irauroient pu acquitter notre dette envers Dieu, et nous retirer
'*46 nniANciJi; de l\ passios.
des mains du démon auquel nous nous étions vendus. Mai* nous avons été rachetas, et le prix Fa nous en être appliqué à Faute] , par le sang infinimeut précieux de Jésus-Christ , agneau sans tache et sans souillure , dont l'évangile vient de proclamer Finnoeence à la face du monde entier et de tous ses ennemis conjurés. Jésus-Christ se montre le juste par excellence avant de monter sur la croix, pour nous donner toute confiance quand élevé sur cet autel il s'écriera : 31 on PèrOj pardonnez-leur. Oui , il convenait que nous eussions un tel pontife, saint, innocent, sans tache, séparé des pécheurs, plus élevé que les cieux , et toujours vivant pour intercéder pour nous.
Secrète.
Dans cette prière pleine de majesté , nous conjurons les trois adorables personnes de descendre , chacune avec leurs fonctions personnelles , sur les dons offerts : le Verbe saint , pour changer la matière du sacrifice en son corps et en son sang, et pour remettre entre nos mains le prix de notre rançon ; l'Esprit de la gloire suprême et inestimable , pour nous approprier ce prix infini , et rendre Foblation agréable au Seigneur et salutaire à notre foiblesse ; Dieu le Père tout-puissant, pour que le bras invincible de ce fort armé garde ses serviteurs rachetés par le sang de Jésus-Christ , et conserve ses merveilleuses conquêtes teintes du sang du vainqueur. C'està-dire , que nous appelons ici de tous nos vœux le prix du rachat, l'application de ce prix , et la conservation de ce trésor de grâce et de bonheur.
Préface de la Croix.
Dans cette préface nous rendons grâces à Dieu eii particulier du grand bienfait de la rédemption attaché à l'arbre de la croix. L'Eglise nous fait envisager à la fois et cet arbre fatal planté dans le paradis terrestre, et cet arbre heureux planté sur le Calvaire Fttn -produisit des nuits de mort, l'autre porte des fruits «le vie et de salut ; Fun vit triompher le démon
di.ïancju-: su; la passion. î»4/
©4 servit de trône à son empire, l'autre voit notre ennemi succomber , et sa tête écrasée au pied de ce bois victorieux. Rendons grâces au Seigneur d'un triomphe si plein de miséricorde, et n'oublions pas que la puissance de l'enfer se brise continuellement contre la pierre du saint autel.
Communion. Rèhr. 9.
C'est bien au moment de la communion que nous pouvons sentir l'énorme différence entre le sang des boucs et des taureaux , qui ne purifioit que le corps, et le sang de Jésus- Christ , qui , répandu jusqu'au fond du cœur, purifie la conscience. Dans ces courtes paroles, nous trouvons l'abrégé de la passion ou du sacrifice de la croix : nous y voyons le prêtre , la victime , l'application et la vertu. Divin rédempteur du monde , donnez-moi cette vie que je viens chercher à la table sainte ; que par les mérites de votre précieux sang je sois libre de toute œuvre mortelle, que je vive à Dieu seul , et que je le serve en esprit et en vérité.
Postcommunion.
Ayant repris une nouvelle vigueur dans la réfec/im du corps et du sang de Jésus-Christ , qui s'est rendis ({ans ce sacrement le prix de notre rançon , la victime de notre sacrifice , l'aliment de nos âmes , et le remède de notre foiblesse ; nous vous supplions, Dieu tout-puissant, p a »■ ce remède unique , qui remplace si merveilleusement l'insuffisante multiplicité des secours de l'ancienne alliance 5 nous vous conjurons de nous préserver de la contagion de tout péché , faites qu'il ne demeure en nous aucune souillure , après avoir été nourris par des sacremens si purs et si saints , ou du moins que nous nous disposions à en recevoir le pardon dans ces saints jours. Ajoutez encore à cette grâce de nous défendre de l'attaque de tout danger, des attaques de l'ennemi qui nous cmpèeheroient d'arriver jusqu'à une pleine réconciliation , ou qui exposeroient notre ame au péril de nouvelles souillures, Telle est la faveur que noussollici-
}\ù IM.MANCHL DLS RAMEAUX.
Ions au pied de votre croix pour nous préparer nm devoir pascal et pour obtenir d'en conserver les
i Vu ils.