‹ Explication des messes de l'Eucologe de ParisChapitre 53 sur 95 · OU DES PALMES · texte numérisé non relu

OU DES PALMES

Autrement appelé Pâques fleuries.

DOUBLE-MAJEUR

Ce dimanche est ainsi appelé à cause des rameaux que l'on bénit et que l'on porte à la procession de ce jour pour honorer l'entrée triomphante de Jésus-Christ à Jérusalem.

Dimanche dernier , l'Eglise relevoit toute la majesté de la victime de la croix avant, de la présenter a ses fidèles , aujourd'hui elle ne craint pas de raconter toutes ses humiliations et toutes ses douleurs , parce qu'elle trouve jusque dans ce récit l'impression forte des grandeurs du Dieu qui se sacrifie pour les hommes.

Ce récit solennel des souffrances du Sauveur est précédé d'une cérémonie auguste qui rappelle son triomphe, et surtout le triomphe qu'il veut obtenir sur nos cœurs dans les pâques qui s'ouvrent aujourd'hui. Aussi les fidèles comprendront, pendant la procession, que Jésus-Christ demande l'empire sur leurs cœurs ; et lorsqu'au retour, on frappe à la porte de l'église qui est fermée, ils penseront que c'est le dernier coup que la grâce veut porter à leurs âmes, ils croiront entendre de la bouche de Jésus-Christ ces paroles de l'apocalypse : Voici que je me tiens à la porte ft que je frappe ] si quelqu'un entend ma voix et m'ouvre s j'entrerai chez lui } je souper ai avec lui et lui avec moi } et dans ces dispositions heureuses , ils s'efforceront d'entrer de plus en plus dans la pari qu'ils doivent prendre au sacrifice du Seigneur.

(Ce dimanche es! encore le début de la Semaine sainte,

DIMANCHE DES UAMkAtIX. 'l.fa

que l'on appelle pénible et laborieuse, à cause des douleurs que Jésus-Christ a endurées; grande, à cause des profonds mystères qui s'y opèrent et des offices solennels qui s'y célèbrent. Elle doit être aussi pour nous grande parle recueillement et l'assiduité à l'église , laborieuse par les derniers efforts d'une pénitence sincère, sainte par tous les fruits du Carême que nous devons y cueillir, en passant du péché à une vie nouvelle de grâce et de persévérance. )

Introït. Ps. i\.

L'Eglise , avant de publier le récit des douleurs et de la mort de Jésus-Christ , semble ne vouloir se servir que du psaume i\ : elle a tiré de ce psaume son introït y le graduel et le trait. C'est que le prophète-roi a crayonné d'avance, dans cet étonnant cantique, tous les détails de la passion, jusqu'à décrire le partage des vétemens du Sauveur, et sa robe jetée au sort : c'est que cette prophétie entoure déjà d'une auréole de gloire et d'honneur l'histoire des ignominies de l'homme-Dieu. Biais si nous nous appliquons à nous-mêmes les paroles du psaume, nous y trouverons encore une source de méditation profonde. Seigneur, rièloignez pas de moi votre secours qui va descendre sur l'autel, soyez attentif à ma défense dans le sacrifice, comme je suis attentif à l'implorer à son début. Je vous en conjure en présence de votre croix, et du renouvellement de l'oblation que vous y avez consommée, délivrez-moi de la gueule du lion, de la fureur du démon qui a dévoré mon ame et qui voudroit la dévorer encore après que vous avez terrassé sa puissance,- sauvez ma foiblesse des attaques de la licorne j ne vous contentez pas d'avoir opère mon salut sur la croix , opérez-le jusque dans mon cœur par l'application de votre sang, et défendez ici mon ame des efforts renaissans de mon ennemi, qui voudroit m 'empêcher d'aller à vous et de puiser le pardon et la vie jusque dans le plus intime de vos plaies. Mais je vous invoque avec présomption , je ne devrois penser, au pied de l'autel , qu'à m'humilier, qu'à confesser mes offenses : Mon Dieu', mon Dieu, regardez -moi, montrez-moi votre miséricorde,

pourquoi m* ave z-vous abandonné après m'avoir aime jusqu'à mourir pour moi? Par le libre abandon cp'a éprouvé votre ame sainte sur le calvaire , ne m'abandonnez pas ; et si vous avez voulu être rejeté un instant de Dieu , rappelez-vous que c'étoit pour que je ne fusse pas rejeté à jamais. U est vrai que le cri de mes péchés éloigne de moi le salut. Mais le cri de tj;râce que vous avez jeté en mourant , et qui trouve son écho sur l'autel, me rassure et me console; la voix de votre sang répandu pour moi parle mieux que la voix du sang d'Àbel : son sang demandent vengeance , le votre implore et obtient le pardon.

Collecte.

Le crime de l'homme a été de vouloir être semblable à Dieu dans sa gloire et dans sa majesté : le salut de l'homme est de devenir semblable à Jésus-Christ dans ses anéantissemens et dans ses souffrances. C'est pour cela que Dieu a voulu que noire Sauveur, celui par qui nous pouvons être sauvés , se revêtît de notre chair et souffrît le supplice de la croix; c'est pour nous donner un modèle que nous puissions imiter. Or, puisque nous comprenons si bien maintenant l'économie du mystère delà rédemption , faites, Seigneur, qu'instruits par la patience de l'homme-Dieu , nous méritions d'avoir part à sa résurrection. En effet, si nous espérions seulement en Jésus-Christ pour cette vie , nous serions les plus malheureux des hommes , nous dévouant, sans but, à une vie de pénitence, de renoncement et de sacrifice ; mais nous espérons au Sauveur pour toujours , nous avons droit de lui ressembler en tout, et après avoir porté la ressemblance de ses humiliations , nous aurons part à sa résurrection dans la grâce et dans la gloire : sous ce rapport, nous sommes les plus heureux des chrétiens.

Epi r re. Philip. 2.

L'Apôtre va développer ce grand point de foi et d'espérance que la collecte n'a fait qu'indiquer pour nous préparer à l'instruction publique. 11 nous représente Jésus-Christ s'anéantissant pour notre salut

jusqu'à prendre la forme et la nature d'un esclave , s'assujétissant à toutes les misères de l'humanité qu'il a prise , se rabaissant au-dessous de la condition des derniers des mortels, se rendant obéissant jusqu'à la mort et jusqu'à la mort de la croix; puis élevé de la main de Dieu en proportion de ses humiliations, recevant un nom au-dessus de tout nom , voyant tomber à ses pieds le ciel, la terre et l'enfer, enfin recevant de toute langue la confession glorieuse qu'il est le Seigneur et qu'il est dans la gloire de son Père. A la vue de ce divin modèle , l'Apôtre s'écrie : Soyez dans la même disposition et dans les mêmes sentimens où a été Jésus-Christ ,• partagez ses humiliations, ses douleurs , son obéissance ; et Dieu , en vertu des mérites de son Fils et de la conformité que vous aurez eue avec lui , ressuscitera votre ame à la grâce , et élèvera votre fidélité jusqu'à la possession de sa gloire.

Graduel. Ps. 21.

Ce que vous me commandez, Seigneur, est très-juste, mais en même temps bien difficile pour ma foiblessc ; vous êtes mon Dieu , ne vous éloignez p as de moi , le secours ne saurait être trop près, parce que f affliction me presse > et qu'il n'y a personne pour me secourir contre le démon qui veut m'empêcher de profiter de votre sang, contre le monde qui voudroit me persuader qu'on se l'approprie à peu de frais , contre moi-même, qui le dissiperai peut-être en quelques jours. Autant ^ennemis qui m'assiègent de toutes paris comme des taureaux impatiens et furieux , furieux de mon bonheur, impatiens de me le ravir. Ce sont des lions affamés et rugissans qui ouvrent la gueule pour nous dévorer > et qui redoublent leurs attaques au moment le plus précieux de la sainte quarantaine , au moment où nous allons faire un dernier effort pour leur échapper et pour passer du côté de Dieu.

Trait. Ps. 21.

Après avoir déjà médité quelques versets isolés du psaume 21, on le reprend ici presqu'en entier, comme

>..)'>. DIMANCHE DLS RAMEAUX.

pour donner l'histoire de la passion écrite par le Prophète, avant d'en publier le récit évangélique - <•! pour environner de tout l'éclat des prophéties l'accomplissement du grand mystère de la croix. 11 est à remarquer que Jésus-Christ s'est fait à lui-même l'application de ce psaume , quand il l'a entonné sur le Calvaire , en disant : Mon Dieu , mon Dieu , pourquoi m'avez-vous abandonné? nous indiquant que nous n'avions qu'à poursuivre le psaume pour y trouver les détails de ses souffrances , de sa mort, et de la gloire qu'il a acquise au prix de tout son sang.

Passion de N. S. J. C. selonS. Matth. ch. 26et27-

Il suffira de lire avec attention et respect cet immortel récit, pour être pénétré d'amour et de reconnoissance envers le Sauveur, et pour sentir briser son cœur du repentir de ses fautes et du désir de plaire à quelque prix que ce soit à un Dieu qui nous a tant aimés,

Nous ferons seulement quelques réflexions en dehors d'un si beau sujet. i° L'Eglise a réuni sous le même titre de Passion de Notre- Seigneur l'historique de l'institution de la sainte eucharistie au cénacle , et l'historique du sacrifice sanglant de Jésus-Christ au Calvaire , pour bien nous faire entendre que le sacrifice du Sauveur est unique , que c'est une seule et même oblation , instituée à la dernière cène, consommée sur la croix , continuée sur l'autel et dans le ciel. '2° Tout en abîmant nos pensées dans les profondeurs desabaissemens et des souffrances de Jésus- Christ, n'oublions pas que c'est un Dieu qui souffre et qui meurt , et reconnoissons toujours notre Dieu au calme si majestueux avec lequel il se prépare à son immolation, à la liberté dont il use en maître pour préciser , suspendre ou hâter le moment de son sacrifice , à l'empire qu'il exerce encore jusqu'au moment où il permet qu'on le charge de liens, à la dignité de ses réponses , à l'aveu si complet et si multiplié de son innocence qu'il tire de la bouche de ses juges , du traître qui l'a livré , de ses accusateurs et de ses bourreaux, à l'autorité si incroyable avec laquelle il

dispose de tout du haut d'une croix, et aux merveilles qui environnent la mort de l'auteur de la nature. r>° Enfin , n'oublions jamais que toute cette Passion, avec ses mérites et ses prodiges , est renouvelée réellement chaque fois que la messe se célèbre ; et assistons-y toujours avec les mêmes sentimens que nous eussions éprouvés sur le Calvaire.

Offertoire. Ps. 68.

Mon cœur a attendu, dit le Seigneur, l'opprobre et l'angoisse , et au signal que leur a donné mon amour pour les hommes, ils ont débordé sur moi à grands flots ; j'ai attendu que quelqu'un prît part à ma douleur et personne ne l'a fait , j' ai cherché un consolateur et je n'en ai point trouvé ; venez donc , fidèles, faire cesser les plaintes de votre Dieu , venez au moment de l'oblation sainte , au moment de vous offrir en sacrifice avec votre Dieu , lui dire que vous allez prendre part à ses souffrances et à sa mort , que vous allez le consoler de tant d'efforts de sa miséricorde en sachant en profiter. Ils m'ont donné du fiel à manger, continue le Sauveur, et dans ma soif ils m'ont présenté du vinaigre. J'ai attendu , disoit-il autrefois par son prophète , que ma vigne choisie portât des fruits , et elle n'a produit que des grappes acerbes : Seigneur , il n'en sera pas ainsi de nous , et après tout le soin que vous avez pris de nos âmes pendant ce Carême , après que vous apaisez la faim et la soif de notre cœur par votre divin corps et votre précieux sang , nous étancherons par des larmes de repentir la soif de notre salut que vous éprouvez si vivement sur la croix.

Secrète.

Renouvelant par ce sacrifice non sanglant l'immolation sanglante de Je sus- Christ humilié et obéissa?it jusqu'à la mort de la croix , seule différence accidentelle qui existe entre l'autel et le Calvaire , ô Dieu , faites-nous la grâce d'entrer dans les mêmes sentimous de ce même Jésus-Christ $ que nous ayons la même ardeur pour nous immoler et îe même dévoue-

•î54 DIMANCHE i)i:s ramkux.

ment partait dans le sacrifice. Qu'il n'y ait aussi de différence que dans la manière de s'offrir , que notre ame soit percée de douleur comme le corps de la victime Fa été par les clous , et que nous mourions au péché comme il est mort réellement pour en acquitter la dette.

Communion. Ajjoc. I.

En ce. jour qui ouvre la quinzaine de Pâque , et au moment de la communion , il convient de faire retentir l'annonce de la grâce et de la paix , que Jésus-Christ nous souhaitera si solennellement après que son sacrifice aura été consommé par sa résurrection. Que la grâce donc et la paix vous soient données par Jésus-Christ qui nous a aimés sur la croix et jusqu'à la fin , et qui a lavé nos péchés dans son sang $ qui nous a aimés jusqu'à faire de son sang le prix de notre rançon, le remède à nos blessures , et l'aliment de nos âmes. La grâce et la paix , voilà le fondement et le couronnement de ce salut opéré sur la croix , voilà les deux grands biens que concentre la sainte communion et qu'elle dépose au fond de nos cœurs.

Postcommunion.

Seigneur , qui nous avez rendus participans des dons célestes en mémoire de la passion de Jésus- Christ, notre Seigneur , nous faisant souvenir de l'amour avec lequel vous vous êtes livré pour nous à la mort , faites que nous nous appliquions pendant la messe , et quand nous communions , au souvenir de votre sacrifice sanglant ; mais faites surtout que nous en profitions réellement , et ne permettez pas que cette nourriture destinée dans vos pensées de miséricorde à être le remède des fidèles , tourne à notre jugement et à notre condamnation. Que votre sang ne tombe pas sur nos têtes comme la tempête qui écrase, mais qu'il coule sur nos cœurs comme la rosée qui les fertilise pour la vie éternelle.

LE JEUDI SAINT. '-i55

Appelé le Jeudi dans la Cène du Seigneur.

SOLENNEL-MAJEUR

( L'office de ce jour n'est qu'à dévotion. )

L'Eglise célèbre à la messe de ce jour l'institution de la sainte eucharistie, et la piété a coutume de choisir cette fête pour remplir le devoir de la communion pascale.

On récite avant la messe les sept psaumes de la pénitence comme on l'a fait à l'ouverture du Carême , et l'on donne Y absoute dont on renouvelle encore la bénédiction le jour de Pâque. A l'entrée de la sainte quarantaine, cette cérémonie touchante avoitpour but de disposer nos âmes a la pénitence ; aujourd'hui elle témoigne hautement que cette pénitence est accomplie, et que notre passage de la mort à la vie, du péché à îa grâce a été heureusement opéré par nos foibles efforts unis aux mérites infinis du Sauveur.

On consacre à cette messe une seconde hostie que Ion porte processionnellement dans une chapelle séparée, appelée communément Tombeau; cette hostie est. réservée pour la communion du lendemain, parce que l'Eglise latine ne consacre pas au jour de la mort de Jésus- Christ.

Introït. Hèbr. 5. Ps. 3g.

Quoique la solennité de l'institution de la sainte eucharistie, comme sacrifice et comme sacrement, soit toute resplendissante de joie , néanmoins cette allégresse des chrétiens est comprimée par le deuil sacré qui couvre les autels à la veille de la mort de Jésus- Christ. Les fidèles apercevront facilement la nuance de tristesse mêlée à l'éclat de cette fête dans l'office ce jour; ils verront que l'Eglise semble se partager entre la scène du cénacle et celle du Calvaire , et

2?56 JEUDI >.\l\1.

que si elle soulève «mi moment les voiles lugubre:

île ses temples pour laisser échapper quelques transports , elle n'oublie pas qu'elle va passer bientôt sur la montagne des douleurs et pleurer la mort de son divin époux. C'est pour donner un libre cours aux accens de la reconnoissance publique des fidèles envers le grand bienfait de l'eucharistie, que le pape Urbain IV transféra la pompe de cette solennité au jeudi après l'octave de la Pentecôte , jour où nous célébrons maintenant la fête du Saint-Sacrement, sous le nom populaire de la Fête-Dieu,

Jésus-Christ^ quoiqu'il fut le Fils de Dieu, et Dieu lui-même , investi de la félicité et de la gloire qui lui sont essentielles, a voulu néanmoins, pour notre exemple et pour notre salut , faire par ses souffrances l'expérience de l'obéissance la plus parfaite, jusqu'à mourir sur la croix , de sorte qu'étant parvenu à la consommation de la gloire par ses souffrances , il est devenu la cause et le principe du salut éternel pour tous ceux qui lui obéissent , qui s'immolent comme lui et avec lui , et qui , morts au péché y se montrent fidèles au Seigneur jusqu'à la fin. C'est pour cela que Jésus-Christ a été appelé de Dieu pontife selon l'ordre de Melchisédech 3 parce qu'en souffrant il s'est offert lui-même à la Moire de Dieu son Père. Mais en s'offrant lui-même , c'est un homme- Dieu qui est sacrifié à Dieu par un Dieu, et de ce sacrifice si grand de la Passion, concentré dans l'eucharistie , résultent trois effets admirables : la gloire rendue dignement au Seigneur jusqu'au plus haut des cieux, la déclaration solennelle du souverain pontificat de Jésus-Christ, la paix et le salut éternel pour tous les hommes de bonne volonté. Ce n'est donc pas en vain que f ai attendu long temps le Seigneur, que j'ai passé quatre mille ans à travers des promesses éloignées , des oblations figuratives , des mei veilles qui n'étoient que l'ombre des biens futurs ; ce Dieu a rempli mon attente , et je trouve , dans l'eucharistie qu'il institue, toutes les promesses réalisées, tous les sacrifices remplacés, toutes les merveilles anciennes, toutes les grâces de sa vie et de sa mort

LE JEUDI SAINT. iOy

perpétuées au-delà de toute espérance. Si l'on se rappelle que le début de la messe représente les temps de vœux et de désirs où Jésus-Christ étoit attendu sur la terre , on sentira toute la justesse de cette application du psaume 39, et on l'entonnera avec tout l'élan de la reconnoissance , aujourd'hui que notre Dieu nous lègue , par acte authentique , le trésor de ses bontés anciennes et nouvelles.

Collecte.

0 Dieu y dont le Fils unique , après avoir aimé les siens , les a aimés jusqu'à la fin, terminant une vie pleine de merveilles et de charité par l'établissement du chef-d'œuvre de sa puissance et de son amour : Faites-nous la grâce de célébrer dignement le divin mystère de son éternelle bonté qu'il a institué en ce jour , et de nous conformer fidèlement à l'exemple d'humilité qu'il nous a donné , en lavant les pieds de ses apôtres avant la cène eucharistique , et en mourant sur une croix pour consommer l'offrande du sacrifice parfait qu'il venoit d'établir dans le cénacle ; afm que nous méritions d'être crucifiés avec ce Dieu qui meurt pour nos péchés, et de le suivre ressuscitant à une vie nouvelle pour notre justification. Car voilà les deux grands effets de Poblationdu Sauveur sur le Calvaire et sur l'autel, c'est de nous faire mourir au péché par sa grâce comme il meurt pour nos offenses par sa miséricorde ; c'est de nous faire passer à une vie spirituelle et céleste comme il passe du tombeau à la gloire de sa résurrection • voilà ce que doit corn» mencer au moins en nous chaque messe que nous entendons , si nous savons bien nous y unir, et ce que doit consommer en nous le sacrement de pénitence et la communion au sacrifice.

Epître. 1 Cor, 1 1 .

Saint Paul reprend ici avec sévérité les Corinthiens des abus qui s'étoient glissés dans leurs assemblées chrétiennes lorsqu'ils se réunissoient pour la célébration des saints mystères , et se plaint vive* ment de la manière dont se passoient les agapes. Les

ï58 lf. ji;iDi Siti«r.

agapes é toi ont des soupers que L'on faisoil alors d;

l'Eglise , en Phbnileur dé celui que Jésus-Christ lïl

lorsqu'il institua la sainte eucharistie ; et, pour copier entièrement la cène légale qui précéda la cène sacrée, ces agapes précédaient la communion. On les appeloit agapes ou cha/ilés, à cause de la commune charité de tous les fidèles qui mangeoient ensemble , riches et pauvres : mais , par un abus qui s'étoit introduit dans l'église de Corinthe , les riches, méprisant les pauvres , f ai soient leur souper à part sans s'attendre mutuellement, et par là iaissoient lançuir leurs ireres, couvroient de coniusion ceux qui îrav oient rien apporté , scandalisoient l'assemblée , et défiguroient , par leur gourmandise et leur dureté, la représentation de la cène du Seigneur, qui fut si unanime, si modeste, si édifiante par la charité qui y régna. Assurément, ajoute saint Paul, je ne vous louerai pas de cette conduite si digne de blâme , et si je vous ai loués ailleurs comme fidèles observateurs des traditions , vous me paroissez ici les avoir tellement oubliées , que je me vois obligé de vous tracer par écrit ce que je vous ai dit de vive voix ; puis il commence le récit de la grande action du cénacle. Le jour de la fête du Saint-Sacrement, où l'on lit pour épître le même sujet, la lecture ne commence qu'à ces mots . J'ai appris du Seigneur ce que je

vous ai enseigné comme ayant trait plus direct à

l'objet de la solennité; mais le Jeudi saint, l'Eglise a jugé à propos de rapporter ce qui précède contre les abus des agapes , pour témoigner des usages antiques et de la scrupuleuse fidélité avec laquelle les fidèles calqiïoient la grande action du Seigneur dans les saints mystères, fidélité qui nous répond du zèle qu'ils apportoient pour l'action sacramentelle , faisant exactement ce que Jésus-Christ avoit fait luimême. Mais c'est aussi pour nous apprendre par ces abus combien elle a eu raison de supprimer ces repas si sujets au scandale: elle les toléra encore pendant quelques siècles pour le Jeudi saint seulement, et saint Augustin n'osoit blâmer ceux qui , par éspri! de religion, croveîent devoir manger en ce jour avant

LE .fKUni SAINT. $5tj

de communier. Depuis long-temps la discipline de l'Eglise est fixée sur ce point, elle exige tous les jours, sans exception, un jeune absolu de ceux qui s'approchent de la sainte eucharistie, à moins qu on ne reçoive ce sacrement en maladie comme viatique. Saint Augustin lui-même est témoin etpromulgateur de cette discipline solennelle : ce Il est clair, dit-il , » que lorsque les disciples reçurent pour la première » fois le corps et le sang du Seigneur, ils ne corarau- » nièrent point à jeun ; mais il ne faut pas pour cela r> accuser l'Eglise universelle qui exige toujours le » jeûne absolu : car depuis il a plu au Saint-Esprit » que le corps de Jésus-Christ fût reçu avant toute » autre nourriture , en l'honneur d'un si grand sa- » crement ; et cette coutume est observée dans tout w l'univers. Le Seigneur a donné son corps et son » sang après le repas ordinaire.... Mais il n'a rien » établi sur la manière dont on communierait en~ » suite , afin de laisser ce règlement de discipline à » ses apôtres par qui il devoit fonder et former les » églises. » Toutefois ce qu'il y a déplus important dans l'épi tre de ce jour, c'est de peser les paroles de l'apôtre touchant la sainte eucharistie , elles portent toutes avec elles la preuve la plus consolante de la vérité du mystère qui nous occupe. Saint Paul a appris du Seigneur que c'ètoit dans la nuit même où il fut livre qu'il institua le sacrement de son corps et de son sang : c'étoit donc en présence de la mort, dans un temps où les paroles sont graves et solennelles : c'est un père plein de tendresse qui fait son testament avant de mourir, et dans cette circonstance jamais homme sage n'a employé un style figuré, marquant, par exemple , qu'il lègue un diamant, lorsqu'il ne veut léguer que l'image d'une pierre précieuse. Jésus-Christ dit : Ceci est mon corps qui sera livré pour vous, et il a livré à la mort son corps véritable : Ce calice, ou ce qui y est contenu , est la nouvelle alliance , l'instrument authentique du nouveau pacte que Dieu fait avec les hommes qui garderont sa loi, et par lequel il leur lègue les biens éternels , la foi , l'espérance , la charité , le pardon , la grâce*,

le ciel j admirable testament qui est écrit et signe avec le sang et dans le sang d'un Dieu! L'Ancien Testament fut fait par le sang des animaux immolés, et versé extérieurement sur le peuple : le Nouveau est fait avec le sang de Jésus-Christ offert en sacrifice, et répandu dans nos âmes pour notre justification ; mais en l'un et en l'autre testament, il y a sang véritable , sang de sacrifice. Si l'on vouloit exprimer la réalité de la présence de Jésus-Christ au sacrement de nos autels , telle que l'Eglise l'enseigne , on ne pourroit trouver des paroles plus claires et plus précises pour exprimer cette réalité, que celles dont le Seigneur s'est servi. Les mots sacramentels sont simples et clairs , comme les paroles d'un père proche de sa mort , qui fait son testament devant ses enfans bien-aimés ; comme les paroles d'un médiateur sincère qui fait une alliance éternelle où toutes les expressions doivent être pesées; comme les paroles d'un pontife véritable qui institue un sacrement et un sacrifice , où l'équivoque seroit de la plus dangereuse conséquence ; comme les paroles d'un Sauveur toutpuissant et rempli d'amour qui vouloit nous donner un abrégé de toutes ses merveilles et non une vaine représentation ; enfin , dans ce peu de mots si simples se trouvent et la vérité du sacrement et la vérité du sacrifice à n'en pouvoir douter à moins de fausser le sens le plus naturel. ( Voir le Manuel de la Messe , Ire partie , chap. vu , pag. 48. ) La suite des paroles de l'apôtre touchant l'usage du saint sacrifice et de la communion ne sont pas moins convaincantes que celles qui précèdent touchant l'institution. Toutes les fois que vous mangerez ce pain et que vous boirez ce calice , vous annoncerez , vous renouvellerez la mort du Seigneur aussi véritablement qu'elle s'est opérée sur l'autel de la croix. Quiconque mange ce pain et boit ce calice indignement est coupable du corps et du sang de Jésus- Christ , il boit et il mange sa condamnation, et se l'incorpore , ne faisant pas le discemement convenable du corps du Seigneur d'avec le pain ordinaire. Saint Paul , le docteur de la vérité , par- Ieroit-il de cette force pour un simple morceau de

LE JLCDI SÀLNT. 2#t

pain bénit et 'figuratif mangé indignement? S'il rie s'agissoit que de la figure du Sauveur, les Pères n'auroient-ils pas tempéré les expressions de l'apôtre? Et, au contraire, ils les confirment de tout leur pouvoir ; ils disent que l'on est , dans ce cas , coupable de la mort de Jésus-Christ , comme si l'on en avoit versé le sang; que c'est un crime énorme, comme si Ton crucifioit le corps du Sauveur; que l'on est aussi criminel que Judas et les Juifs déicides : croyons donc qu'à la messe et à la communion il y a réellement et en vérité le corps et le sang de Jésus- Christ , et pesons mûrement les paroles de l'apôtre qui sont si fortes , et dans leur énergie si consolantes et si terribles à la fois. Le jour du saint Sacrement

Fépître se termine ici; mais le Jeudi saint l'Eglise a voulu y joindre les trois versets qui suivent, pour peindre le malheur de la communion indigne, après nous en avoir représenté le crime , et pour que nous fassions sérieusement l'épreuve et le jugement de notre conscience avant de célébrer la pâque du Seigneur.

Graduel. Héhr, 4-

L'Apôtre vient de dépeindre vivement le crime et le malheur d'une mauvaise communion ; il vient de nous révéler, de la part du Seigneur, qui a été son maître sur ce point si important , toute la hauteur et la dignité du sacrifice et du sacrement de l'eucharistie ; mais prenons-y garde , la conséquence de ses enseignemens n'est pas de fuir la table sainte , mais d'en approcher saintement : et cette sainteté requise est telle qu'il convient à notre foiblesse. Nous prétendrions faussement ne pouvoir jamais y atteindre. Approchons-nous donc avec tremblement , mais disons avec confiance en approchant : Nous n'avons pas un pontife qui ne puisse compatir à nos infirmités ; au contraire, il les a éprouvées toutes, à l'exception du péché; et pourvu que le péché ne domine pas dans notre aine, pourvu qu'il ait été effacé dans nos cœurs parle sacrement de pénitence, allons avec confiance nu tronc de sa grâce > à l'autel, malgré nos foîblesses

et notre fragilité , afin d'obtenir mis êricor de sur miséricorde , et d'y trouver le secours de la grâce dans le moment opportun , dans le moment où il descendra , ce Dieu , pour apporter le secours et la force , et où il se communiquera à nos âmes avec tous ses biens.

Evangile. Jean, i3*

Les trois évangélistes, saint Matthieu , saint Marc et saint Luc , ont rapporté en termes clairs et précis l'institution du sacrifice et du sacrement de nos autels à la dernière scène. Saint Paul a appris de Jésus- Christ glorifié dans les cieux tous les détails de ce mystère, et les a consignés dans son épître au Corinthiens : montrant par là toute la vérité et toute l'importance de ce dogme, puisque Dieu lui-même jugea nécessaire de le lui révéler avant de lui confier les fonctions de l'apostolat. Saint Jean, le disciple bienaimé, l'apôtre qui reposa sur le sein du Sauveur pendant la cène , est le seul évangéliste qui ne fasse pas l'historique de cette institution. Mais dans son chapitre 6e il rapporte, dans les termes les plus forts , la promesse que Jésus-Christ fit solennellement de donner son corps à manger et son sang à boire ; mais le peu de mots que sa plume a tracés , lorsqu'il parle du lavement des pieds qui précéda immédiatement la cène eucharistique , est la preuve la plus convaincante de la vérité du récit des autres écrivains sacrés; en sorte que ceux-ci témoignent de ce que Jésus-Christ a fait extérieurement dans cette occasion , et que le disciple bien-aimé puise jusqu'au fond du cœur de son maître les sentimens et la volonté qui dirigeoient cette grande action extérieure. Jésus, dit saint Jean, tachant que son heure étoit venue de passer de ce monde vers son Père , après avoir aimé les siens qui ètoient dans le monde , les aima jusqu'à la fin sachant que son Père lui a tout remis entre les mains ,

et qu'il est sorti de Dieu, et qu'il retourne à Dieu

et la suite. Or si le récit des autres véangélistes, touchant l'institution de l'eucharistie , n'est pas la vérité, si Jésus-Christ ne nous a pas donné réellement

son corps et son sang à la dernière cène ; si nous n'avons, sur nos autels, malgré toute la force et la clarté des paroles divines , que le souvenir, la figure , Pimage, la nue représentation du corps et du sang du Sauveur, il faut dire qu'un Dieu descendu du ciel et sur le point d'y remonter, voulant marquer son passage de bénédiction sur cette terre , et signaler sa dernière heure au milieu de ses enfans, a épuisé toute la puissance que le Père avoit remise entre ses mains, pour nous léguer par testament un peu de pain et un peu de vin ! il faut dire que ce Dieu, voulant déployer toutes les richesses de son amour, et mettre le dernier sceau à mille bienfaits, en aimant les siens jusqu'à la fin, a légué par testament, comme dernier effort de sa tendresse , un peu de pain et un peu de vin ! il faut dire que ce Dieu, sur le point de mourir pour le salut du monde , a trouvé dans les trésors de sa sagesse , comme moyen d'éterniser cette charité immense qui l'a porté à mourir sur une croix un peu de pain et un peu de vin !

D'où il suit que l'enseignement contraire au dogme de la présence réelle de Jésus-Christ dans l'eucharistie , est le comble de l'absurdité , et que le peu de paroles que saint Jean a rapportées à ce sujet, appuient d'une manière irréfragable le récit des autres évangélistes et l'enseignement de la foi. [Voyez, pour plus de développement , au Manuel de la Messe , ire part*, chap. vu , pag. 54 et suiv. )

L'évangile rapporte ensuite les détails du lavement des pieds , pour nous apprendre par cette cérémonie touchante avec quelle pureté nous devons approcher des saints mystères et manger la pàque du Seigneur ; et l'Eglise imite à l'autel cette action d'une manière mystérieuse , par la récitation alternative du Confiteor, en commençant la messe et au moment de donner la communion.

Offertoire. Ephés. 5.

Jésus- Christ nous a aimés et s'est livré lui-même pour nous à Dieu en oblation et en victime d'agréable odeur. Voilà toute la grandeur, toute la richesse, toute

fc(>4 LE JtUDI SAliNT.

la bénédiction du sacrifice de la messe : c'est un Dieu qui s'offre à un Dieu , son amour infini est le pretnet le ministre de l'oblation ; la victime et le pontife lie peuvent manquer d'être agréables ; et au milieu de la corruption de la terre , un Dieu immolé à Dieu par Dieu lui-même, devient nécessairement un parfum de suavité qui pénètre les cicux , et qui doit retomber sur nous en rosée de bénédiction. Tâchons au moins d'unir notre repentir à l'innocence d'une telle victime , nos vœux sincères et notre bonne volonté à la puissance d'un tel sacrificateur , notre amour et notre dévouement à tout l'amour d'un Dieu qui nous a aimés jusqu'à se livrer lui-même pour nous sauver.

Secrète.

Que ce soit donc , Seigneur saint, Père tout-puissant, Dieu éternel, que ce soit Jésus-Christ luimême qui vous rende agréable notre sacrifice , lui dont l'offrande , qu'il renouvelle sans cesse à l'autel, est montée vers votre trône en odeur de suavité ; lui , qui, selon la tradition de ce beau jour, a montré à ses disciples à l'offrir en mémoire de lui. Oui, Seigneur, n'oubliez pas que c'est en mémoire de votre Fils notre Seigneur que nous sacrifions , en mémoire de son amour qui nous a tout mérité , en mémoire de sa puissance qu'il nous a communiquée ; et souvenez vous , vous-même , que nous ne faisons ici que lui prêter notre voix et nos mains ; souvenez-vous que c'est ce Fils bien-aimé qui est ici le prêtre principal, et que nous n'agissons qu'en son nom et à sa place. Alors la victime , qui est d'un prix infini, sera agréée de Votre Majesté sainte , quand vous considérerez et ce qui vous est offert , et quel est celui qui vous offre par notre ministère.

Préface du Jeudi saint.

Aujourd'hui l'Eglise a une préface et un Communicantes propres ; elle précise encore l'institution du mystère adorable dans les prières du canon Hanc igitur , et Qui juidic. En indiquant ce jour heureux d'une manière si

solennelle et si répétée, elle semble ne pouvoir se lasser Je bien marquer l'époque à jamais mémorable où elle a reçu le pouvoir de reproduire son Dieu et de l'offrir en sacrifice, f Voir le Manuel de la messe, pag. 33 , 399 , 4iO et 41?')

Communion. Luc, 22.

Lorsque Jésus-Christ se fut placé à table avec ses apôtres , il leur dit : J'ai désiré d'un désir extrême de manger cette pâque avec vous avant que de souffrir : le besoin qui oppressoit mon cœur s'exhale et se soulage en ce moment , parce que l'instant heureux est arrivé de vous laisser dans l'eucharistie le plus grand gage de mon amour, et de vous donner sur la croix la plus grande preuve de ma tendresse. Hélas ! que ces désirs empressés du cœur de Jésus-Christ contrastent tristement avec l'indifférence de tant de chrétiens qui ne s'inquiètent nullement de célébrer la pâque du Seigneur, avec l'ennui des lâches chrétiens qui passent ces jours dans la tristesse d'un devoir qui les accable , avec le calcul de certains fidèles , qui ne cherchent qu'à se débarrasser d'une obligation importune ; enfin avec l'ignorance coupable , qui feint d'oublier qu'on ne communie que pour vivre ensuite pieusement en Jésus-Christ , et par conséquent pour souffrir persécution dans cette vie nouvelle , si éloignée du monde et du péché î

( Après la communion , on porte processionnellement au lieu préparé , que l'on appelle communément Tombeau^ la seconde hostie qui vient d'être consacrée a la messe et que l'on réserve pour la communion du Vendredi saint. Au retour de la procession , on chante les vêpres , et l'on continue la messe comme à l'ordinaire.)

Postcommunion.

Conservez, Seigneur, ceux que vous avez rachetés, soyez vous-même le gardien de votre sang et de votre rédemption , qui viennent d'être appliqués à nos âmes par la communion ; car vous n'êtes pas seulement ici notre victime , vous êtes en même temps notre prêtre , chargé de veiller à l'effet et au but du

sacrifice , car vous n'êtes pas seule mes t ici le pris de

notre rançon appliqué à nos âmes, vous êtes en même temps notre rédempteur, chargé de veiller au boîi emploi d'un si grand prix. C'est pour cela qu'il nous est dit en communiant : ce Que le corps de notre Seigneur Jésus-Christ garde votre ame pour la vie éternelle. » Mais ces dernières paroles nous révèlent jusques à quand doit durer cette garde du Seigneur autour de nous; elle doit persévérer jusqu'à ce que la rédemption nous soit acquise d'une manière complète et irrévocable; aussi demande -t-on à Jésus - Christ qu'après nous être nourris ici bas de sa table , en mémoire de sa passion } nous méritions d'être rassasiés dans le ciel de son éternel festin.

( L'office de ce jour n'est qu'à dévotion.)

L'Eglise honore en ce jour la mort de Jésus-Christ et la rédemption qu'il a opérée pour nous sur la croix , c'est le jour de son grand deuil et de sa plus haute espérance.

L'office de ce jour a cela de très-particulier qu'on n'y offre pas le saint sacrifice. Après diverses lectures, qui sont suivies du chant de la passion, on fait des prières publiques très-générales, très-antiques et très-solennelles, on va à l'adoration de la croix , et le célébrant communie seul avec l'hostie qui a été consacrée la veille, et réservée dans le reposoir appelé Tombeau : c'est pour cela que cette espèce de messe est connue sous le nom de messe des présanctifiés , c'est-à-dire messe célébrée avec les saints mystères sanctifiés ou consacrés d'avance. Du reste tout dans les temples annonce le plus grand deuil, les autels sont entièrement dépouillés , on chante la passion et Ton va k l'adoration de la croix pieds nus , on ne bénit les fidèles qu'avec la croix, et l'on est tellement absorbé par la scène du Calvaire que l'Eglise a jugé plus convenable

LE VENDREDI SAINT. 'iGl

de s'abstenir du bonheur de renouveler ce grand mystère à l'autel.

Les fidèles n'ont rien de mieux à faire que de suivre avec la plus grande dévotion l'office de ce jour 5 chaque parole, chaque cérémonie inspirent des sentimens assez profonds pour qu'il ne soit pas nécessaire de lf s expliquer, Il suffira d'appeler leur attention sur cette messe des prèsanctifiés , qui est la partie moins connue de l'office de ce grand jour.

Dans des siècles déjà bien éloignés de nous , l'Eglise ne croyoit pas devoir unir la joie de la célébration de la sainte eucharistie avec la tristesse et la pénitence des jours de jeûne,* aussi voyons-nous, dans ces siècles, Fa défense de célébrer les fêtes dans le Carême , excepté dans les jours où l'on ne jeûnoit pas, parce que d'un côté on ne croyoit pas devoir célébrer de fête sans mecse , et que d'un autre on ne pen-soit pas devoir célébrer la messe les jours déjeune. Néanmoins, pour ne pas se priver totalement de quelque participation aux saints mystères , l'on consacroit plusieurs hosties à la inesse du dimanche, et on les réservoit pour chaque jour de la semaine où il ne devoit pas y avoir de sacrifice ; dans ces jours, il y avoit. réunion des fidèles et communion du célébrant, à peu près comme il se pratique aujourd'hui le Vendredi saint, et l'on appeloit cette réunion pieuse et cette communion publique messe des prèsanctifiés.

La discipline de l'Eglise a changé depuis sur ce point , l'on trouva bonde ne pas se priver du sacrifice les jours où l'on offre plus particulièrement à Dieu le sacrifice d'un cœur contrit et humilié , on allia la messe avec le jeune»; cependant l'on relint de l'ancien usage le soin de n'admettre dans la sainte quarantaine que les fêtes les plus solennelles, l'attention de les retrancher entièrement de la semaine sainte : et le deuil de la messe des prèsanctifiés ne fut conservé, comme exception unique, que pour le jour du grand deuil de la mort de Jésus-Christ.

Or voici l'ordre de cette messe des prèsanctifiés, telle que nous la célébrons le Vendredi saint. Après les lectures, les prières, et l'adoration de la croix, le prêtre lave ses mains en silence , et descend au bas de l'autel pour réciter le Çonfiteor avec ses assistans. De là on va chercher an reposoir l'hostie consacrée la veille ] ou la dépose sur le

grand autel et on l'encense. Le diacre met du vin et de l'eau dans le calice, et après ces préparatifs, le célébrant chante le Pâte?- à demi- voix , comme si sa voix étoit voilée par la douleur de ce jour : il récite sur un ton plus élevé qu'à l'ordinaire la prière Libéra nos , parce qu'à l'anniversaire de notre grande délivrance nous sentons plus de confiance pour demander d'êîre délivrés de tous les maux passés , prêscns et à venir, et pour obtenir la paix , la miséricorde et V exemption du péché que Jésus-Christ nous a acquises sur la croix. Le prêtre élève ensuite l'hostie en silence, faisant voir à tout le peuple la grande victime du inonde qui a été élevée sur le Calvaire ; il fait la fraction de l'hostie, parce que ce rite exprime plus sensiblement la mort du Sauveur ; enfin, après une oraison préparatoire , il communie sous la seule espèce du pain , fait cette communion au nom de l'assemblée , et prend les ablutions dans le calice comme à l'ordinaire.

La réunion se termine par la récitation des vêpres sans chant, et par l'oraison Respice que l'on finit à voix basse.

( L'office de ce jour n'est qu'à dévotion. )

L'Eglise honore en ce jour la sépulture de Jésus-Christ, le temps qu'il demeura dans le tombeau, la descente de son ame sainte dans les limbes, et les prémices de la joie de la résurrection.

(Après la bénédiction du feu nouveau et du cierge pascal, après la lecture des prophéties et la bénédiction des fonts baptismaux, on revient au chœur en chantant la dernière litanie , qui tient lieu d'introït , et que l'on termine par le Kyrie eleison à l'ordinaire ; puis on entonne le Gloria in excelsis comme annonce de la gloire d'un Dieu ressuscité 5 pendant cette hymne de joie et de triomphe, on sonne, dans le même but, toutes les cloches. L'on sait qu'elles ne s'éloient point fait entendre depuis la fin de la

LÉ SAMEÔÎ SAIKT. 2(>h

messe du Jeudi saint, pour honorer par ce silence extérieur le temps que Jésus-Christ demeura dans le tombeau. )

Collecte.

Pour bien comprendre cette collecte, il faut savoir deux choses : la première , que quoique Ton ait avancé les offices de la nuit de Pâque au jour qui précède, et qui est notre Samedi saint } anciennement l'office que nous célébrons le samedi matin n'a- \ oit lieu que dans la nuit du dimanche. Cette veille de Pâque étoit la première en dignité , et par son antiquité , elle étoit en même temps la plus indispensable , la plus longue , la plus chargée de pratiques , elle joignoit l'office de la grande fête de Pâque au sien , et duroit jusqu'au point du jour, lorsqu'on ne la commençoit que vers le coucher du soleil dû samedi. Pendant cette grande veille de la nuit de Pâque, on occupoit le temps aux diverses bénédictions du feu nouveau, du cierge pascal , des fonts baptismaux; ce qui restoit entre ces diverses pratiques et la messe de cette veille > étoit employé à lire des leçons de la loi , des prophètes et des psaumes. Mais ce qui prenoit encore beaucoup de temps , c'étoit le baptême solennellement administré aux catéchumènes , qui recevoient immédiatement le sacrement de confirmation des mains de Févêque , et étoient conduits ensuite à l'autel au chant des litanies et en procession , pour assister au sacrifice et recevoir tous la communion, où se termine l'accomplissement et la perfection du christianisme. Cette messe n'étoit pas censée appartenir à l'office du Samedi saint : c'étoit un sacrifice offert pour les néophytes ou nouveaux baptisés , à l'entrée de la grande fête de Pâque. Elle se célébroit en effet vers l'heure matinale de la résurrection du Sauveur : l'Eglise quittait alors ses habits de deuil , et marquoit par des chants d'allégresse , par des illuminations, des parfums, des carillons, et d'autres témoignages de réjouissance publique, la joie qu'elle avoit de voir son époux sortir glorieux du tombeau, et reprendre une nouvelle vie pour la communiquer à ses enfahs. Quoique bien

des changemens soient survenus et four les pratiques de cette veille, et pour l'heure d'en célébrer les (observances , il est impossible de ne pas retrouver dans l'office actuel du Samedi saint les restes de cette vénérable antiquité, et ce souvenir contribuera beaucoup à réveiller aujourd'hui l'attention et la piété des fidèles. La seconde chose à savoir pour bien entendre cette collecte et toutes les oraisons qui suivent jusqu'à la fin de l'office de Paque, c'est de se rappeler que l'Eglise étoit tout occupée de prier pour ses enfans nouvellement nés en Jésus-Christ par le baptême, et de demander pour eux la confirmation des grâces qu'ils avoient reçues, et la persévérance dans une vie chrétienne. Aujourd'hui qu'il n'y a presque plus de catéchumènes , on peut et l'on doit appliquer toutes les cérémonies et les prières de l'Eglise , dans cette grande et solennelle octave, aux chrétiens renouvelés par la pénitence du Carême, régénérés par le baptême laborieux de la confession pascale, et vivifiés en Jésus-Christ par la digne réception de son corps et de son sang. C'est dans ce sens que nous expliquerons désormais toutes les prières et les instructions qui regardoient anciennement les catéchumènes; et les fidèles , en se les appliquant , devront demander à Dieu l'affermissement et la persévérance dans la nouvelle vie qu'ils viennent de promettre et de recevoir en faisant leurs pâques. Maintenant la collecte n'a plus besoin d'explication : 0 Dieu , qui avez illustré à jamais cette nuit si sainte par la gloire de la résurrection du Seigneur > conservez dans la nouvelle famille de vos enfans l'esprit d'adoption que vous leur avez donné par le baptême et par le sacrement de la réconciliation , afin que renouvelés de corps et d'esprit, ils vous rendent l'hommage d'une conduite pure ••

Epi t re. Coloss. 3.

Saint Paul avertit ceux qui sont ressuscites avec Jésus-Christ par le baptême, ou par la pénitence, de n'avoir plus d'empressement et de goût que poulies choses du ciel , où Jésus-Christ glorieux et triomphant est assis à la droite de Pieu. 11 nous dit que

nous sommes morts au monde et à la vie du monde, et que, si la vie spirituelle de la grâce, dont nous vivons maintenant , est cachée en Dieu et inconnue aux hommes , elle paroi tra et brillera cette vie divine , lorsque Jésus-Christ paroîtra pour nous juger et que nous apparoîtrons alors glorieux avec lui. Ah ! qu'avant ce dernier jour, cette vie si bonne et si belle apparoisse au monde par l'édification , puisque Jésus-Christ a paru pour nous sur l'autel et a été s'ensevelir dans nos cœurs par la communion !

Alléluia. Ps. 117.

On reprend ici V Alléluia qui avoit été interrompu depuis la Septuagésime à cause de l'affliction et du deuil de la pénitence. Alléluia est un cantique de louange , composé de deux mots hébreux qui veulent dire en substance , mais d'une manière plus énergique que nous ne pouvons l'exprimer : Louez Dieu avec joie et transports. Autrefois ce cantique avoit été de tous les offices , de toutes les saisons, de toutes les heures et de toutes les prières de l'Eglise, même en Carême j mais déjà du temps de saint Augustin X Alléluia étoit particulièrement destiné pour les offices de la cinquantaine , c'est-à-dire pour tout le temps depuis Pâque jusqu'à la Pentecôte. Toutefois on ne laissoit pas, quoique moins souvent, de le chanter encore tous les dimanches de l'année, qui sont autant de répétitions de la joie de la résurrection du Seigneur; on en usoit encore de même en certains jours de fêtes , selon les difFérens usages des lieux , et cette pratique, attestée par saint Augustin , est encore celle que nous suivons aujourd'hui par rapport à l'usage et à l'emploi du cantique Alléluia. Après ce début joyeux qui commençoit la solennité pascale des baptisés , on comprend avec quelle effusion de reconnoissance les chrétiens régénérés doivent chanter ces paroles : Louez le Seigneur, parce qu'il est bon, parce que sa miséricorde est éternelle !

Trait. Ps* 116.

Les paroles du trait sont comme la suite et la pa-

2^2 i.l SAM K1>1 SA!> l ,

raphrase du verset de Y Alléluia . Que toutes le* na tions louent le Seigneur, que tous les peuples célèbrent ses louanges j parce que sa miséricorde a été confirmée, aiîbrmie sur nous par la régénération que les sacremens nous ont conférée, et la vérité du Seigneur demeure éternellement ; elle subsiste à jamais cette vérité de la résurrection du Sauveur que nous allons lire dans l'évangile , et Dieu en donne des preuves continuelles et consolantes en renouvelant les âmes par la grâce de son triomphe sur la mort et le péché. Le faux éclat des pompes du monde , le faux attrait des illusions du monde , le faux entraînement des maximes et des œuvres du monde, se dissipe et périt : tôt ou tard notre cœur s'en déprend, et heureusement il en est dépris dans ces solennités pascales, mais la vérité du Seigneur, la vérité de ses oracles, de ses lois, de ses menaces, de ses promesses , de ses merveilles, de ses consolations , demeure éternellement ; puisse notre fidélité persévérer également à jamais \

Evangile. Malth. 28.

L'évangile de la messe de cette nuit de Pâque commence l'histoire du mystère de la résurrection . et coïncide parfaitement avec le moment heureux que l'Eglise veut honorer ici. Nous remarquerons que l'Eglise , ayant intention de nous faire lire cette histoire selon les quatre évangélistes pendant l'octave de Pâque , comme elle en a usé à l'égard de la passion pendant la Semaine sainte , nous la fait commencer selon saint Matthieu à la messe de la nuit de Pâque, pour pouvoir la lire selon saint Marc à la messe du jour \, et selon saint Luc et saint Jean pendant Yoctave. C'est nous dire combien les mystères de la passion et de la résurrection importent à notre salut et à notre espérance , que de vouloir les ap puyer ainsi du concours de tous les témoignai;* sacrés.

( On ne dit point d'offertoire.)

Secrète.

Recevez j Seigneur, les ohkifions de voire peuple et

de vos enfans régénères; faites que l'hommage de leur servitude ne soit pas seulement borné au sacrifice qu'ils vous offrent présentement , mais que renouvelés par le baptême, et par la confession de votre nom, c'est-à-dire par une vie digne du nom chrétien qu'ils portent , par une vie qui professe et ne désavoue pas les promesses de leur baptême , Us obtiennent le bonheur éternel, qui est la fin du sacrifice , et de tous les sacremens que nous avons reçus.

Préface de Paque et du Temps pascal.

Dans cette préface , nous déclarons que si Dieu mérite d'être loué, béni, remercié en tout temps, ces devoirs doivent lui être bien plus solennellement rendus dans la nuit , dans le jour, et dans le temps de Pâque , parce que nous célébrons l'immolation de la victime pascale , ou du passage, immolation qui nous a fait passer de la mort à la vie , du péché à la grâce , en anéantissant par la mort de la victime la mort que nous avions méritée , et en réparant notre vie spirituelle par la vie glorieuse qu'elle a reprise en ce grand jour.

On fait encore mémoire particulière de la résurrection dans la prière Communicantes ; et l'on recommande spécialement les fidèles régénérés dans la prière Hanc igitur : ce qui s'observe jusqu'à la fin de la semaine de Pâque.

( On ne dit point /'Agnus Dei , ni d'antienne de communion ; mais après les ablutions on chante le psaume Laudate Dominum et le cantique Magnificat avec leurs antiennes, pour servir d'office de vêpres ; et Von termine ces courtes vêpres par la postcommunion et le reste de la messe à l'ordinaire.)

Postcommunion.

O Dieu, qui par le mystère de la pâque nous avez appris à quitter la vie ancienne du vieil homme, et à marcher dans l'esprit nouveau de Jésus-Christ 5 le mystère de la pâque, c'est le mystère du passage,

2} I IE SAMEDI SALNT.

mystère ineffable , dans lequel un Dieu a passé pour nous de la mort à la vie , et par lequel nous passons, avec les mérites de ce Dieu , de l'empire du péché au règne de la grâce, du vieil asservissement d'Adam au nouvel affranchissement du Rédempteur. 0 Dieu, qui nous avez initié par la messe et la communion à ce merveilleux secret , faites que votre Fils unique ne meure pas seulement pour nous sur l'autel , mais que par ce sacrement il nous donne encore sa vie, lui que nous reconnoissons en ce jour, et à ce moment du sacrifice, pour le fort armé qui a pris sur lui notre mort , et pour le vainqueur qui l'a étouffée et détruite entre ses bras , quand elle a osé se précipiter sur son maître.

[Noie sur les rctranchemens faits à la liturijie dans la messe du Samedi saint. Ces retranckemens sont très- anciens , et ont été conservés comme vestiges de l'antiquité ; ainsi , le psaume de X introït étant employé pour occuper le temps oà les fidèles se réunissoient au pied de l'autel, a dû être supprimé en ce jour, puisque la dernière litanie servoit à conduire à la messe en procession les fidèles et les nouveaux baptisés. Ainsi, pressé par la longueur des offices de cette veille, et par l'urgence de commencer promptement l'office propre du jour de Pâque, on retranchoit l'offrande du peuple et par conséquent l'antienne de Y offertoire. V A g nus Dei et l'antienne de la communion étoient aussi supprimés , parce que la plupart des fidèles ne pouvant pas, selon les règles de l'Eglise, communier deux fois depuis minuit du iiiênie jour, réservoient leur communion pour la messe solennelle de Pâque , qui se célébroit peu d'heures après la messe de la veille ou de la vigile. Il faut en dire autant de la suppression de Y introït la veille de la Pentecôte: mais c'est le seul retranchement de cette vigile, parce que l'office se célébrant le jour précédent laissoit plus de loisir pour le baptême solennel et pour la communion. 1

Ce temps comprend les cinquante jours qui s'écoulent depuis la fête de Pâque jusqu'à celle de la Pentecôte j c'est la seconde partie de l'année ecclésiastique, et l'Eglise la consacre à l'exercice de Y espérance chrétienne. La foi, dont nous avons jusqu'ici posé le fondement, pesé les richesses 3 et calculé les œuvres qu'elle exige de notre coopépération , cette foi sert de substance , de soutien et de motif a V espérance divine , c'est la pierre cachée dans les fondations sur laquelle repose le travail et l'espoir de ceux qui bâtissent. Le point de départ de l'espérance est de revivre à la grâce avec Jésus-Christ, par la vertu de sa résurrection; le chemin qu'elle franchit est bordé par tous les motifs que Dieu donne à notre persévérante fidélité , et le point d'arrivée est de ressusciter à la gloire par le fruit de la divine ascension ; Jésus ressuscité nous renouvelle à la grâce et à la vie de Dieu , et devient le fondement, et le modèle de notre résurrection future : Jésus triomphant dans les cieux et nous y préparant une place , nous donne la haute confiance que nous passerons de la vie de la grâce à la vie du bonheur éternel. De sorte que , dans cette seconde partie de l'année, comme il a été' dit dans l'aperçu général de l'année ecclésiastique, Y espérance des enfans de Dieu, assise avec calme et avec joie sur la pierre renversée du tombeau du Sauveur, se nourrit de la paix qu'il donne, s'abandonne à sa houlette pleine de consolation , se fortifie des promesses divines qui ne passent pas , se revêt de la prière et de la bénédiction comme d'un manteau, et, prenant son élan de cette pierre devenue le fondement de la foi et de l'espérance, parvient à jeter l'ancre du salut jusque dans le ciel, où elle trouvera infailliblement la consommation de ses désirs, et le couronnement de son attente.

Les Pères nous disent que le temps pascal, qui est un temps de joie, est le symbole de la vie du ciel, comme le temps du Carême, consacré au retranchement et à la pé-

tence, est l'image de la vie présente. Et en effet , dans ces jours d'allégresse , Y Alléluia retentit sans cesse comme il se fait continuellement entendre au pied du trône de l'Agneau : on prie debout comme des vainqueurs, et non plus prosternés comme dans le travail et le combat: on ne jeûne jamais, comme dans le ciel il n'y a plus ni douleurs ni privations, mais possession de tous les biens : on doit être vivant de la grâce qui sera confirmée en nous dans la Jérusalem céleste ; ressuscité à celte grâce , on ne vit plus pour soi, mais pour Dieu, on ne cherche plus, ou ne goûte que les choses d'en haut , enfin on habite le ciel d'esprit et de cœur , ne pouvant encore y entrer réellement. Après avoir jeûné quarante jours et après avoir mangé le pain des forts , on marche encore quarante jours dans la force de cette nourriture jusqu'à la montagne de Dieu, pour marcher ensuite dans son esprit jusqu'au ciel.

Mais , prenons-y garde , toute pénitence ne doit pas cesser avec le Carême, et tout désir du ciel ne doit pas languir après le temps pascal ; ces grandes époques de la vie chrétienne sont spécialement } mais non pas exclusivement consacrées à la pratique des plus hautes vertus ; et de même que l'Eglise répand çà et là sur le cours de l'année quelque chose de sa pénitence quadragésimale , et que chaque dimanche est un renouvellement réel , quoique moins solennel, de son jour de Pâque et de son temps pascal , de même tous les jours de notre vie doivent être consacrés aux larmes du repentir et à la joie pleine de confiance en la divine miséricorde; la vraie couleur d'une vie sainte doit être nuancée dans une juste proportion du sombre de la pénitence et du vif éclat de Y espérance chrétienne. Cette dernière réflexion est très-importante pour nous faire éviter ce reproche des saints docteurs : Les solennités passent et les iniquités restent 3 et pour nous rendre dociles au vœu que l'Eglise exprime si souvent, que passant toujours à une vie meilleure, nous ayons soin de rendre perpétuel en nous le mystère pascal.

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