OU L'OCTAVE DE PAQUE
SOLENNEL- MINEUR
Ce dimanche est appelé, dans le style de l'Eglise, îe dimanche où Von dépose les habits blancs , parce qu'en ce jour les nouveaux baptisés qui avoient porté la robe blanche depuis la veille de Pâque, en signe de leur vie nouvelle et sainte , la quittaient et paroissoient pour la première fois à l'Eglise vêtus comme le reste des fidèles, rendant de publiques actions de grâces à Dieu et renouvelant encore leurs promesses baptismales. C'est pour conserver le souvenir de ces rites anciens que l'on voit ceux qui dirigent le cbœur vêtus d'aubes [albis) aux vêpres de Pâque et de toute la semaine pour la procession des fonts , et qu'ils les quittent a l'office de ce dimanche pour reprendre les chapes à l'ordinaire ; c'est pour cela encore que l'on a fixé à ce jour dans plusieurs églises la cérémonie du renouvellement des vœux du baptême. Ce dimanche est appelé plus communément Octave de Pâque, et Quasimodo du premier mot de l'introït. Le peuple l'a nommé Pdque-clos parce qu'il est regardé comme la clôture et le sceau non-seulement de cette célèbre octave , la première et la plus noble des octaves de l'année , mais encore delà quinzaine pascale, dont le dimanche des Rameaux ou Pâque fleurie fait l'ouverture, et dont le grand dimanche de Pâque par excellence est le centre. C'est donc encore la clôture du temps prescrit pour remplir le devoir pascal, c'est le dernier terme pour le renouvellement des chrétiens, et ce dimanche doit être considéré comme le dimanche de la persévérance et des promesses. La paix que Jésus-
1 DIMANCHE APRÈS PÀQUE. 3o3
Christ souhaite à ses disciples et à sou Eglise dans l'évangile est le grand fruit de la résurrection > et le nouveau motif d'espérance qui nous est çJonné pour aller au ciel à l'ombre de celte paix. Car il faut marcher maintenant dans la vie nouvelle que nous avons reçue, et si le pain céleste est venu nous fortifier après le jeûne de quarante e jours, il faut avancer encore quarante jours dans la force de cette nourriture jusqu'à la montagne de l'Ascension, pour marcher ensuite dans l'esprit de Jésus-Christ jusqu'à la montagne de Dieu, c'est-à-dire jusqu'au ciel.
Introït, i Pierre., n. Ps. 80.
Comme des enfans nouvellement nés par le baptême, comme des chrétiens devenus par la pénitence de nouvelles créatures en Jésus-Christ, introduits par le Seigneur dans une terre où coulent le lait et le miel , désirez ardemment le lait spirituel et tout pur du sein de l'Eglise votre mère ; elle vous le présente, mais il faut que vous le recherchiez ; elle tire , sur l'autel, du sang de Jésus-Christ un lait délicieux pour les foibles et les commencans, et un breuvage généreux pour les forts et les parfaits; mais il faut que les uns et les autres soupirent après ce grand soutien de la vie spirituelle, afin qiï il vous fasse croître pour le salut, et que vous passiez ainsi du premier âge de la grâce aux années pleines de l'homme parfait. A ce prix , poussez des cris de joie en V honneur de Dieu qui est notre secours, qui va aider votre foiblesse par la force de son sacrifice; chantez les louanges du Dieu, de Jacob au jour insigne de votre solennité. Poursuivons ce beau psaume , et appliquons-nous ce que Dieu recommandoit à son peuple après sa grande délivrance : ce Mon peuple , si tu es docile à ma voix , » tu n'auras pas de Dieu étranger : je suis le Seigneur w ton Dieu , qui t'ai tiré de la servitude ; dilate tes
» désirs et je les remplirai Si mon peuple marche
» dans mes voies , j'humilierai ses ennemis , je le » nourrirai du plus pur froment, et je le rassasierai » du miel des rochers. y>
Dieu tout- puissant , nous avons achevé de célébrer
3o4 I D1MAKCBE AI>KÈS l'AQUK.
les fêles pascales y nous ayons célébré le passage du Seigneur, qui a teint nos âmes de son sang , qui nous a arrachés aux ténèbres pour nous faire passer à la lumière , qui nous a délivrés de la mort pour nous faire passer à la vie ; nous avons passé nous-mêmes du côté de Dieu par une coopération fidèle à ces grands mystères ; et , déposés sur le rivage de la grâce , nous sommes comme de nouvelles créatures en Dieu ,- régénérées par son esprit : faites que nous retenions le fruit de ces fêtes, dont la solennité passe, par notre vie et nos mœurs; que le résultat s'en étende à toute Tannée , car c'est toujours Pàque pour des chrétiens : chaque dimanche est un renouvellement du grand jour : Jésus-Christ, notre Agneau pascal est toujours immolé , que ce soit donc toujours Pàque dans nos cœurs. Vie de Pâque , mœurs et ferveur des jours saints, voilà ce qui doit demeurer ; ayons sans cesse la vie et les mœurs d'un chrétien qui a 2ms se à Dieu. Une vie de passage continuel à un état meilleur , une vie de passage et de voyageur qui tende au ciel et qui ne s'arrête pas en chemin , voilà le fruit de la grande solennité que nous terminons en ce jour. Combien ces désirs de progrès spirituel, exprimés dans l'introït, combien cette persévérance demandée dans la collecte contrasteroient mal avec la tiédeur qui reprendroit son cours dès la clôture des pàques, et avec la piété mal entendue , qui croiroit que tous ses efforts se terminent aujourd'hui !
Epître. i Jean, 5.
Saint Jean, dans cet endroit de sa première lettre, déclare que ceux qui sont nés de Dieu par le baptême sont victorieux du monde auquel ils ont renoncé , et que cette victoire est l'effet de notre foi en Jésus- Christ Fils de Dieu; car la foi en sa mission divine fait que nous nous attachons à lui , que nous prenons dans son baptême les moyens qu'il a établis pour le salut, et que nous foulons aux pieds les maximes , les pompes et les œuvres de ce monde , auquel notre Dieu a dit anathème. Jésus-Christ est ce Sauveur annoncé qui est venu nous racheter par Veau du
î DIMANCHE APRÈS PAQUi:. 3tt5
baptême qui est ie signe de la grâce , et par le sang qu'il a versé , qui est la source cie la justification. // n'est pas venu seulement baptiser dans Veau , comme le précurseur, mais dans l'eau et dans le sang } qui la rend féconde pour engendrer les enfans du ciel ; et le Saint-Esprit } qui applique aux âmes les mérites de ce sang et la vertu de cette eau , rend, témoignage que Jésus- Christ est la vérité, vérité éternelle comme Verbe fils du Père , véritable envoyé de Dieu comme homme, et interprète infaillible de la volonté divine à notre égard. Or voici les détails de ce grand témoignage que l'Esprit saint rend à Jésus-Christ dans famé des baptisés, leur faisant comprendre que celui auquel ils s'attachent est la vérité même , et qu'ils deviennent véritablement les enfans et les héritiers de Dieu : ces détails viennent du ciel , et doivent se retrouver sur la terre par analogie. Trois personnes dans le ciel témoignent que Jésus-Christ est la vérité, le Père, le Verbe et le saint Esprit: ils l'ont témoigné au baptême du Sauveur, quand toute la Trinité s'est manifestée pour proclamer qu'il falloit écouter ce Fils bien-aimé; ils l'ont témoigné à la passion, quand une voix du ciel a déclaré qu'elle glorifieroit le Fils, quand le Verbe s'est déclaré le Fils de Dieu devant les tribunaux, quand le Saint-Esprit a environné Fhomme-Dieu de merveilles et de prodiges à sa mort et à sa résurrection j ils l'ont témoigné au jour de la- Pentecôte, quand l'Esprit saint , envoyé par le Père et le Fils , a fait connoître Jésus-Christ à l'univers pour le Fils de Dieu et le Sauveur du monde ; et comme ces trois personnes distinctes n'ont qu'une seule nature , ce triple témoignage se réunit en un seul point de force et d'autorité. Egalement trois choses sur la terre témoignent que Jésus-Christ est la vérité, l'eau baptismale qu'il a instituée et qui purifie nos offenses , le sang qu'il a répandu sur la croix et qui a racheté tous les hommes , l'Esprit saint et la vie céleste et surnaturelle qu'il répand dans les âmes : or, comme ces heureux effets sont divins et l'œuvre propre du Messie , il est évident qu'ils attestent que ce Messie étoitDicu et la vérité même 5 et ces trois
3o6 I DIMANCHE APRÈS PAQUE.
effets, de l'eau , du sang , de l'Esprit sanctificateur, n'ont qu'une voix pour publier que le Dieu au nom duquel nous sommes régénérés ne sauroit ni se tromper ni nous tromper. Voilà le témoignage réuni de Dieu et des hommes , qui fait qu'en croyant au Fils de Dieu et aux espérances qu'il nous a données dans le baptême , nous avons pour nous le témoignage même de Dieu et la garantie de sa parole divine. Fidèles régénérés dans l'eau , dans le sang et dans l'Esprit, au nom du Père, du Verbe et de l'Esprit saint, vous êtes donc nés de Dieu , vous êtes donc victorieux du monde ; mais n'oubliez pas que vous devez marcher comme des enfans de Dieu, comme des vainqueurs qui ne laissent pas échapper leur conquête. Disons encore, dans un sens accominodatif , que dans le baptême et dans le renouvellement de la pénitence, le Père rend témoignage que nous sommes ses enfans , le Fils que nous sommes ses frères , le Saint-Esprit que nous sommes ses membres ; mais qu'aussi trois grands points de la vie chrétienne doivent répondre à ce triple témoignage , une vie digne de la profession du baptême , une vie digne du sang de Jésus-Christ reçu dans la communion , une vie digne de l'Esprit defjDieu qui doit nous animer; que nous devons vivre comme clés enfans du Père, comme des frères du Fils, comme des membres régis par l'Esprit de grâce et de vérité.
Alléluia, i Pierre , 2.
Autrefois vous n'étiez pas le peuple de Dieu } mais maintenant vous êtes son peuple par le baptême ; vous n'aviez pas obtenu miséricorde , mais maintenant vous l'avez obtenue par votre retour au salut et par votre renouvellement dans la grâce. Chantez donc les bienfaits de votre Dieu , publiez toute votre reconnoissance, et apprenez des paroles qui vont suivre, à quoi vous engagé une gratitude sincère et efficace.
Alléluia. 1 Pierre, 2.
Enfans de l'Evangile , publiez les grandeurs de
I DIMANCHE APUÎiS PAQUE. 007
celui qui vous a appelés des ténèbres à son admirable lumière, publiez-les surtout par votre vie et vos mœurs , qu'une conduite sainte fasse connoître en vous l'œuvre du Dieu trois fois saint , qu'une conduite courageuse et persévérante révèle l'œuvre du Dieu fort et tout-puissant , qu'une piété sincère annonce que votre Dieu est le Dieu véritable , que l'abondance de vos vertus annonce les richesses des miséricordes du Seigneur. Ne vous contentez pas de tressaillir de joie pour quelques jours à la lumière admirable, montrez encore que cette lumière est admirable dans ses fruits 5 vous étiez autrefois ténèbres , aujourd'hui que vous êtes lumière , ne vous endormez pas , marchez comme des enfans de la lumière ; or le fruit de la lumière est en toute bonté , justice et vérité, c'est-à-dire en toute action juste devant Dieu, bonne à l'égard du prochain , véritable envers vous-mêmes, et dans le soin de rechercher toujours , l'Evangile à la main , ce qui est agréable au Seigneur pour l'accomplir.
Evangile. Jean, 20.
Dans les derniers jours de son octave , et en le terminant aujourd'hui , l'Eglise invoque le témoignage de saint Jean sur le fait de la résurrection, comme elle a précédemment recueilli celui des évangélistes qui l'ont devancé ; or voici les preuves frappantes que fournit sur ce point l'apôtre bien-aimé. Le premier jour de la semaine vers le soir, c'est-à-dire le dimanche même de la résurrection , Jésus-Christ apparoît à ses disciples , leur souhaite par deux fois la paix qui est le grand fruit de l'incarnation et de la rédemption , leur montre ses pieds et ses mains percés, pour leur faire toucher du doigt le miracle , et leur confie solennellement la mission pour continuer son œuvre sur la terre , et pour remettre à chacun les péchés expiés pour tous sur la croix. Thomas étoit absent à cette première apparition , à son retour ses collègues la lui racontent dans toute l'effusion de leur foi et de leur bonheur j mais Thomas ne veut pas y croire, et prétend qu'il ne se rendra qu'à son évidence propre ,
kkS i DIMANCHE APRÈS l'Am.i.
qu'il ne lui faut rien moins que mettre ses doigtl dans le trou des clous et sa main dans la plaie du coté de Jésus-Christ pour ajouter foi à la merveille qu'on lui raconte. Et voilà que huit jours après, dans ce même dimanche de l'octave de Paque que nous célébrons , le Sauveur apparoît de nouveau , donne le salut de paix à l'assemblée , et s'adressant à Thomas : Mets-là ton doigt , lui dit-il , et vois mes mains, donne ta main , mets-la dans mon côté, et ne sois plus incrédule, mais fidèle. Thomas est forcé de se rendre, et pénétré de foi , de repentir et d'amour , il s'écrie : Vous êtes mon maître et mon Dieu. Or, continue saint Jean, ces prodiges, et tant d'autres qui n'ont pas été écrits , sont consignés dans l'Ecriture et dans la tradition,, pour que nous croyions que Jésus est le Christ Fils de Dieu , et que , pur cette foi, nous ayons la vie en son nom. Remarquez , fidèles , cette digne conclusion du mystère qui nous occupe : le fait de la résurrection solidement établi doit nous conduire à croire que ce Jésus de Nazareth est le Fils de Dieu , le Messie qu'il a envoyé à la terre ; cette foi doit nous conduire à rechercher la vie spirituelle qu'il est venu nous rendre par sa mort et sa résurrection , et à la puiser dans les moyens que sa sagesse et sa puissance ont établis pour nous la communiquer ; cette vie de la grâce fidèlement gardée , ou sincèrement recouvrée , doit nous conduire et nous faire passer enfin à la vie de l'éternité bienheureuse. Et quoi de plus propre à affermir notre croyance en un Dieu ressuscité , que cette obstination de saint Thomas à ne pas croire jusqu'à ce qu'il ait des preuves palpables? L'infidélité passagère de cet apôtre, dit saint Grégoire , sert plus à notre foi que la foi de tous les disciples ensemble, et nous pouvons dire: Heureux ceux qui n'ont pas vu et qui ont cru après des témoignages aussi éloignés de toute erreur et de toute illusion! Mais dans la communion, nous faisons plus que de toucher Jésus-Christ du doigt , nous le recevons dans le plus intime de notre substance ; disons donc dans ce moment béni : Vous êtes mon Seigneur et mon Dieu, , vous êtes mou Dieu, et je m'abîme devant vous d'à-
I DIMANCHE APRÈS PAQUE. 3o9
doration , de foi , de reconnoissance ; vous êtes mon Seigneur et mon maître , et je proteste à vos pieds que je veux vous obéir, vous servir tous les jours de ma vie, et vous suivre sur la terre et au ciel à l'ombre de votre paix.
Offertoire. 4 ft°îs> *7# Cest le Seigneur votre Dieu qui vous a tirés de la terre d'Egypte par sa grande puissance et par la force de son bras, c'est lui qui , sur le Calvaire , vous a délivrés de l'esclavage du péché , c'est lui qui a étendu ses bras sur la croix pour rassembler tous ses élus depuis l'origine du monde jusqu'à la consommation des siècles ; et cette pàque nouvelle est bien autrement admirable que la pàque antique, puisqu'au lieu d'un peuple il a affranchi toutes les nations de la terre , puisqu'il a brisé les chaînes du démon mille fois plus dures que le joug des Egyptiens , puisqu'il nous a conquis le ciel dont la possession du pays de Chanaan n'étoit qu'une image grossière. Ce même Dieu va encore déployer la force de son bras en renouvelant sur l'autel le sacrifice de la croix ; animez-vous donc , chrétiens , à profiter des bienfaits du Seigneur ; craignez-le, car autant sa miséricorde a été abondante pour vous racheter, autant sa justice sera sévère si vous rendez inutiles les richesses du salut; adorez-le, en lui payant dans l'oblation le tribut de votre amour et de votre dépendance; et offrez-lui vos sacrifices en unissant l'immolation de vos cœurs au sang divin que vous allez lui présenter. Allez à l'offrande avec la religieuse frayeur du respect et du recueillement, anéantissez -vous en sa présence à la consécration pour rendre vos hommages a sa divine majesté , donnez-vous entièrement à lui à la communion comme il va se donner tout à vous.
Dieu des miséricordes > qui avez pardonné les péchés de ceux qui ont été régénères dans les eaux du baptême et qui ne vous êtes pas montré moins miséricordieux envers ceux qui ont été renouvelés
3lp I DIMANCHE APRES PAQCE.
par les exercices et par le sacrement de la pénitence , nous vous supplions de recevoir favorablement nus offrandes, et pour achever l'œuvre que votre grâce a si heureusement commencée en nous,t/e nous accorder une pleine adoption, en ce jour où nous renouvelons la ■mémoire de noire baptême , et où nous venons ratifier les promesses que les jours saints nous ont inspirées. Dieu nous adopte pour ses enfans dans le baptême , il répare- les droits de cette adoption dans la pénitence , mais ce n'est que dans l'eucharistie , qui est la consommation de la vie chrétienne , que cette adoption se trouve pleine et parfaite , parce que nous y sommes intimement incorporés à son Filsbien-aimé, et plus fortement pénétrés de l'Esprit de Jésus-Christ; c*est cette grâce d'adoption consommée que nous demandons aujourd'hui à la messe : mais elle doit nous apprendre que , si l'on sort enfant de Dieu de l'eau du baptême , on doit remporter de l'autel la plénitude de ce titre glorieux et la perfection de la vie à laquelle il engage.
Communion. 2 Pierre, 3.
Voici le dernier et solennel avis que l'apôtre saint Pierre va nous donner après toutes les grâces de cette grande époque de l'année chrétienne : Prenez garde à ne pas déchoir de l'état ferme où vous êtes établis, gardez bien le trésor de pardon , de force et de persévérance déposé dans votre ame , et que le corps de Jésus-Christ garde lui-même cette ame pour la vie éternelle. Mais prenez garde encore; le serviteur qui avoit conservé fidèlement le talent confié par son maître sans le faire valoir , fut condamné ; croissez donc dans la grâce et dans la connoissance de notre Seigneur et de notre Sauveur Jésus-Christ. Croissez d'abord dans la grâce, dans l'amour et la fidélité , car c'est le chemin le plus abrégé pour servir Dieu et pour profiter de ses faveurs , puis croissez dans la connoissance de Jésus-Christ, appliquez-vous de jour en jour à mieux connoître ce qu'il a fait pour vous et ce que vous devez faire pour lui , car cette science approfondie de ses bienfaits et de vos devoirs est le
I DIMANCHE APRÈS PAQUE* 3 1 f
plus sûr garant d'une piété solide et d'une fidélité durable ; apprenez que Jésus-Christ est notre Seigneurj notre maître , et vous soumettrez vos esprits à la foi : apprenez qu'il est notre Sauveur, et vos cœurs seront enflammés du désir de lui plaire. Garder le don de Dieu , croître dans la connoissan.ee du don de Dieu, et dans la fidélité au don de Dieu , tel doit être le fruit de toute communion , mais en particulier de la communion pascale et des saints exercices de la pâque.
PoSTCOMMUNtONV
Seigneur •, nous supplions humblement votre clémence, et nous demandons comme conclusion et action de grâces du sacrifice, de nous faire recevoir et conserver avec une charité continuelle et avec un état de grâce persévérant le mystère du sacrement de la pâque , mystère ineffable que nous honorons par la foi, sacrement admirable que nous désirons avec une ferme espérance. Dans ce peu de mots, l'Eglise récapitule tout ce qu'elle a voulu nous apprendre et nous faire goûter de la pâque du Seigneur ; et voici l'enchaînement de cette haute doctrine dont le dernier anneau se rattache au ciel : 1 ° honorer par la foi le mystère de pâque, c'està-dire être fortement convaincu du fait de la résurrection , et par conséquent croire à la divinité de Jésus-Christ, et par conséquent adhérer à ce qu'il nous a enseigné , pratiquer ce qu'il nous a commandé dans le sens et de la manière que son Eglise , qu'il a revêtue de sa mission et de son autorité, nous propose de le croire et de l'observer. 2° Désirer avec espérance le mystère de la pâque , c'est-à-dire mettre toute notre confiance en Jésus-Christ ressuscité ; attendre de ses divins mérites la résurrection à la gloire si nous avons profité de son sang pour ressusciter à la grâce , espérer que nous aurons part au ciel avec lui , et que nous passerons , comme lui , de ce monde vers son Père , si nous avons eu part à ses souffrances , et si nous sommes passés du péché à la vie par le moyen des sacremens qu'il a établis et que l'Eglise dispense en son nom. 3' Conserver parla charité le mystère
3l2 II DIMANCHE APRÈS PAQUE.
de la pâquc , c'est-à-dire être dans l'état de grâce par une réconciliation parfaite avec le Seigneur, avoir scellé cette paix avec Dieu par la communion à son corps et à son sang, vivre désormais dans la justice d'une vie nouvelle selon le modèle de la résurrection du Sauveur, enfin persévérer dans cette fidélité par une charité continuelle qui nous empêche de déchoir, et qui nous fasse croître pour le salut dans la connoissance , dans l'amour et dans la grâce de notre Dieu -7 voilà tout ce que nous enseigne le mystère, et tout ce que nous doit faire pratiquer le sacrement de la pâque chrétienne. Il étoit impossible de terminer plus heureusement la belle liturgie de la plus grande de nos solennités!
Introït. Ps. 99.
Ce dimanche , appelé du Bon Pasteur , à cause du sujet de l'évangile , offre un puissant motif à l'espérance chrétienne et à notre confiance en Dieu ; car si le prophète a pu dire : Le Seigneur me conduit, et rien ne me manquera , que pourroit-il manquer aux fidèles qui peuvent ajouter : Le Seigneur est pour nous le bon Pasteur? il a donné sa vie pour ses brebis? Aussi nous remarquerons avec dévotion cornbien le sujet de ce jour est admirablement choisi et placé à la suite des grands mystères que nous venons de célébrer. Présentez-vous donc devant le Seigneur et à son autel , dans les transports de joie , d'espoir et de reconnoissance , vous qui êtes son peuple acquis par son sang , et les brelds de son pâturage qu'il nourrit de ce même sang versé pour le troupeau sur la Croix et sur l'autel; entrez dans son temple en cèlè~ brant ses louanges , pénétrez dans son sanctuaire avec des hymnes et des cantiques 5 il seroit difficile de mieux préciser les senti mens qui doivent nous con-
II DIMANCHE APRÈS l'A QUE* 3 l3
duire aujourd'hui à la messe. Entonnons avec ferveur ce psaume si bien approprié et au début du sacrifice et au temps que nous célébrons : Que toute la terre pousse des cris de joie vers Dieu, vers le Dieu qui remplit de bonheur nos âmes rajeunies par sa grâce 5 que toute la terre serve le Seigneur avec allégresse !
Collecte.
O Dieu y qui faites briller la lumière de votre vérité sur ceux qui s'égarent , afin qu'ils puissent rentrer dans la voie de la justice : qui avez manifesté à vos brebis errantes le flambeau qui éclaire tout homme venant en ce monde, en leur montrant Jésus-Christ votre Fils élevé sur le Calvaire , et s'élevant glorieux du tombeau ; qui nous mettez à la main , à l'entrée de l'autel , la lumière et la vérité pour nous conduire à votre sainte montagne et dans vos tabernacles; donnez à tous ceux qui se font gloire déporter le nom de chrétien , qui se sont fait inscrire au baptême au nombre de vos enfans, et qui ont renouvelé cette glorieuse inscription par la pénitence et par le devoir pascal, de rejeter tout ce qui est contraire à cet auguste nom , comme les œuvres de ténèbres, le péché et l'esprit du monde , et de suivre ce qui convient à la sainteté de leur profession , vivant toujours comme des enfans delà lumière et comme des disciples de la vérité. On voit que l'Eglise insiste encore dans cette prière sur les fruits du renouvellement de la pâque , et sur la persévérance que nous y avons jurée.
( On fait mémoire de la translation des reliques de saint Vincent de Paul y et de même à la secrète et à U
Epïtre. i Pierre y 2.
L'évangile nous donnera tout le détail des qualités du bon pasteur que Jésus-Christ possède éminemment. Mais Pépître tirée des lettres de saint Pierre se borne à nous faire entendre que nous sommes les brebis que le pasteur suprême a amenées de loin à la bergerie ; que c'est pour nous qu'il a souffert, qu'il a donné sa vie pour nous chercher et nous retirer de
3l | il DIMANCHE APRES PKQ\
l'égarement , et qu'enfin cette considération est bictl puissante pour animer notre espéraïice et pour nous faire marcher avec fidélité sur les traces d'un tel pas teur. Jésus-Christ a souffert pour nous , dit le prince des apôtres , il nous a cherchés à travers tous les sacrifices, afin que nous suivions son exemple, le recherchant à notre tour au prix de toutes les peines de notre vie. Ce Dieu sauveur n' avoit pas commis le péché pour souffrir ainsi, et nous qui l'avons tant offensé, que ne devons-nous pas supporter pour profiter de sa rédemption? C'est lui-même qui a porté nos péchés dans sa chair sur la croix > qui a assumé sur lui la dette de tout le troupeau , afin qu'étant morts au péché qu'il a détruit par sa mort, nous vivions à la justice qu'il nous a rendue par sa résurrection. Et voici l'effet admirable du dévouement du bon pasteur; wms étiez comme des brebis égarées avant qu'il vînt vous chercher, vous appeler, vous presser dans ses bras sur la croix, mais maintenant vous êtes retournés au pasteur et à Vévéque de vos âmes jvous vivez, sous sa conduite et sous sa sollicitude , de la justice qu'il vous a méritée , et vous marchez dans la voie du ciel où il
vous a réunis.
Alléluia. Ps. q4-
Que répondre à cette nouvelle énumération des bienfaits du Seigneur, comment lui témoigner notre reconnoissance ? C'est en reconnoissant la vérité de ce que nous venons d'entendre , et en y répondant par une fidélité inviolable. Oui , ce bon pasteur est \e Seigneur notre Dieu, c'est lui qui nous a ramenés de la région de la mort et des routes de la perdition : i>tnr\ii<i ftnmm.pfi le rmuolû de sonnâturaae au'il nourrit
et nous sommes le peuple de sonpâturage qu'il nourri
jusq foi , amour et fidélité.
Alléluia. Is. 40.
Ne craignons pas que ce Dieu nous abandonne à notre foiblesse dans les sentiers de la justice où sa grâce
Il DIMANCHE APRÈS PAQCE. 3|5
nous a conduits : il fera paître son troupeau comme un pasteur plein de tendresse ; après avoir donné la vie, il donnera le soutien de cette vie dans des pâturages abonda ns ; il rassemblera les petits agneaux dans ses bras, il les prendra da?is son sein , c'est-à-dire qu'il évitera toute fatigue aux âmes nouvellement revenues au bercail , et qu'il les portera sur son cœur si elles ne peuvent encore marcher d'elles-mêmes. Nous avons pour garant d'une si grande sollicitude ce que son Evangile nous raconte de sa bonté envers les pécheurs, et les traits aimables sous lesquels il a voulu s'y peindre , tantôt se comparant à une poule qui rassemble ses petits sous ses ailes , tantôt à ïin berger qui ramène avec joie sur ses épaules la brebis qui s'est fatiguée à se perdre.
Evangile. Jean, io.
Après avoir médité dans le Carême tous les efibrfs de notre Dieu pour nous ramener à la vérité et à la justice , après avoir célébré les souffrances et la mort du souverain pasteur des âmes , et l'invention de son amour pour se donner en sacrifice et en nourriture au troupeau , après avoir chanté en triomphe qu'un agneau a voit racheté les brebis , et que la paix la plus heureuse les réunissoit toutes sous sa houlette et dans un même bercail, on comprend tout ce qu'il y a de fécond dans cette pensée de l'Eglise de nous présenter Jésus-Christ disant aujourd'hui à ses enfans rassemblés : Je suis le bon pasteur ; le bon pasteur donne sa vie pour ses brebis ; le loup dévore le troupeau , le mercenaire l'abandonne dans le danger ; mais moi ,je suis le bon pasteur, je connois mes brebis , je les sers. avec désintéressement , je donne ma vie pour elles , je les nourris de ma chair et de mon sang, je les rassemble, quelque éloignées qu'elles soient , dans l'unité du vrai bercail 5 encore une fois , je suis le bon pasteur l Nous le reconnoissons , ô mon Dieu ! mais faites que cette foi soit agissante par la charité et par la grâce : si vous êtes le bon pasteur , nous sommes vos brebis , puissions-nous être constamment fidèles ! donnez-nous de vous eonnoître h
Il DIMANCHE APRÈS PÀQtTE.
de vous servir et de vous aimer, d'être dociles à votre voix et de ne jamais nous éloigner de vous. Si je ml fatigue, ô mon Dieu! portez-moi dans vos bras ; si je m'inquiète, serrez- moi contre votre coeur; si je m'éloigne , que votre houlette me rappelle ; si je m'égare , que votre charité me cherche j si je fuis, qu'elle me poursuive ; et si je tombe d'épuisement à force de me soustraire à votre amour, que cet amour me mette sur vos épaules et me ramène au sentier de la paix et du bonheur ; ou plutôt, que renouvelant sans cesse à la messe la mémoire et la vérité de votre sacrifice , j'aille à vous par l'oblation , que je me tienne sous vos ailes à la consécration , et que je goûte les pâturages de la vie à la communion.
Offertoire. î Pierre, 3.
Vous étiez comme des brebis errantes, autrefois, gentils , vous erriez eà et là dans une multitude de sacrifices abominables qui ne pouvoient que vous éloigner du Seigneur 5 autrefois , juifs , vous alliez d'un sacrifice à l'autre , d'une oblation à un holocauste , sans pouvoir vous rapprocher de Dieu avec toutes ces offrandes multipliées '.mais aujourd'hui 3 chrétiens , vous êtes retournés au pasteur et à l'évêque de vos um.es , Dieu vous réunit dans la vérité de son sacrifice unique, pour vous unir à son amour, pour vous conduire par sa tendresse., pour vous nourrir par son inépuisable charité. V étiez donc , et serrezvous autour du pasteur, brebis que son sacrifice rassemble , que son amour va presser dans ses bras , et qui allez vous repaître de la chair et du sang de votre rédempteur. Nous lisons au livre des Rois une parabole remarquable que Nathan proposoit à David : Un homme > lui disoit le prophète , avoit une brebis y qu'il avoit achetée > et qu'il nourris so it ; cette brebis avoit grandi dans sa maison avec ses en fans , elU mangeoit de son pain , buvoit à sa coupe , dormoit dans son sein > et étoit comme sou enfant. Aujourd'hui , et surtout en commençant le sacrifice, nous pouvons bien appliquer à nos âmes cette parabole : elle n'exprime que bien foiblement toute la tendresse du bon
U DIMANCHE APRES PAQUE. 3 l 7
pasteur, dont nous allons renouveler à l'autel la mystérieuse et incompréhensible charité.
Secrète.
Daignez , ô bon pasteur y veiller sur votre troupeau rassemblé autour de votre autel, et ne permettez pas que le démon ravage sous vos yeux, et déchire les brebis que vous avez rachetées par l'effusion de votre sang précieux. Au moment de la consécration , ce troupeau va se presser sous vos ailes; là il invoquera le secours et la force contre l'ennemi qui rôde sans cesse pour dévorer et pour perdre : Seigneur , que le démon rugisse en vain , qu'il reconnoisse que vous êtes le bon Pasteur, et non pas le mercenaire ; qu'il fuie en votre présence , et que le troupeau marqué de votre sang ne devienne jamais , par votre grâce , la proie du loup et du voleur.
Communion. Jean, to.
Dans le moment de la communion, où nous nous incorporons la chair et le sang du pasteur de nos âmes , où nous nous identifions avec le prix de sa mort et le trésor de ses mérites , nous comprenons plus que jamais toute la force et toute la douceur de ces paroles que Jésus-Christ nous fait entendre au cœur : Je suis le bon pasteur, je cannois mes brebis, elles me connoissent 3 et je donne ma vie pour elles. Que je vous connoisse , ô mon Dieu, comme vous me connoissez ; que je vous aime comme vous m'aimez, et que je vous consacre toute ma vie comme vous avez donné la vôtre pour mon salut !
Postcommunion.
Dieu de paix , qui avez promis cette paix à la terre au moment de l'incarnation , et qui l'avez donnée au monde après la consommation de la rédemption ; Dieu de paix , qui nous avez annoncé cette paix à l'entrée du sacrifice , et qui venez de la répandre dans nos coeurs à la communion qui le termine ; Dieu de paix , qui , pour en sceller à jamais
3 1 8 III DIMA.NCfli: APBÈS PAQUE.
le traite , avez ressuscité d'entre les morts Jésus- Christ noire Seigneur, devenu le grand pasteur des brebis par l'effusion de son sang qui les a rachetées , et qui a rétabli les bases de l'alliance éternelle; Dieu de paix, qui venez de renouveler à la messe l'effusion de ce sang précieux, et de nous appliquer de nouveau le prix et les droits de cette belle alliance : Rendez -nous propres à tout bien après un secours si abondant, afin que nous accomplissions votre volonté , qui est par-dessus tout que nous soyons des saints , et que ne vivant plus pour nous-mêmes, nous vivions pour celui qui est mort pour notre salut , et qui est ressuscité pour notre justification. Mais pour que cette volonté soit plus fidèlement accomplie , faites vous - mê,Ae en nous. Seigneur, ce qui est agréable à vos yeux. Vous venez de prendre possession de nos cœurs ; tournezles , dirigez-les comme il vous plaira, et qu'ils soient toujours dociles à suivre cette sainte et heureuse impulsion.
Introït. Is. 48. Ps. 65.
Si , après les premiers jours de la pâque , nous étions comme des enfans qu'il faut nourrir de lait , ce lait de consolation ne nous a été donné que pour croître dans le salut , que pour arriver à pouvoir user d'une nourriture solide : si nous étions comme de foibles agneaux que le pasteur avoit besoin de porter dans ses bras , cette condescendance de la grâce 11'étoit que pour aider notre foiblesse , que pour nous faire marcher plus tard avec fermeté et persévérance. Or, en avançant dans les sentiers d'une vie nouvelle, et en comptant aujourd'hui les progrès que l'espérance des enfans de Dieu a du nous faire faire , il est temps d'essayer nos forces à travers les peines de cette
vie, et de digérer, pour ainsi dire, les vicissitudes de ce monde : il est temps de rechercher , non plus les consolations de Dieu pour lui être fidèle , mais le Dieu des consolations pour lui être fidèle à tout prix, et pour lui prouver , par les sacrifices et la patience, la force de notre amour et l'affermissement de notre fidélité. Voilà ce que l'Eglise veut apprendre , en ce jour^, à ses enfans devenus plus parfaits : elle leur révèle leur part en ce monde et leur partage en l'autre ; en ce monde les souffrances et les pleurs , en l'autre une joie pleine et impérissable, et c'est le nou* veau soutien qu'elle donne à leur fidélité et à la pratique de V espérance, Loinxlonc de vous laisser abattre par les épreuves de la vie chrétienne , et de perdre déjà cette ferveur que vous aviez à Pàque , faites retentir un cri de joie au pied de l'autel ; demandez à votre ame pourquoi elle se trouble si vite , pourquoi elle s'attriste de si peu , comme s'il lui arrivoit quelque chose d'extraordinaire, quelque chose que Jésus-Christ n'ait pas clairement prédit et annoncé à ses plus fidèles serviteurs. Dites jusqu'aux extrémités de la terre, publiez d'un bout à l'autre de cette vallée de larmes , que le Seigneur a délivré son peuple , non des suites du péché qui servent d'exercice à notre vertu et de matière à notre triomphe , mais du péché qui ne pou voit servir qu'à notre perte ; dites que le Seigneur nous a tirés du fond de l'abîme où nous périssions, mais qu'il a laissé au vent sa force et aux flots leur agitation pour nous pousser avec plus de rapidité vers le port du salut éternel. Peuples de toute la terre , poussez des cris d'allégresse vers Dieu qui vous a rachetés ; chantez des cantiques à son nom par lequel vous recueillez les fruits de sa rédemption -, rendez gloire et louange à sa sagesse qui vous donne le prix du salut et les moyens de le mériter.
Collecte.
O Dieu , qui par l'abaissement de votre Fils avez relevé le monde abattu dans la tristesse du péché , qui avez fait descendre ce Sauveur jusqu'à notre profonde
p2G 111 DIMANCHE A PUES PAQUf.
(misère pour nous élever jusqu'à la hauteur de votre miséricorde : accordez à vos fidèles une joie durable , une joie que le monde ne puisse leur ravir , et que le péché ne vienne pas leur enlever, afin que ce nu: que vous avez délivrés d'une chute qui entraînait avec die la mort éternelle , jouissent par votre y race d'une éternelle félicité; en sorte que la réparation ne soit pas moins efficace que l'offense, et que là où a abondé l'iniquité , surabonde une miséricorde sans fin et sans mesure.
Epi ï re. i Pierre, 2.
Ce qui rend les peines de cette vie un scandale pour la ferveur et un écueil pour la fidélité , c'est le plus souvent que nous sommes étonnés de les éprouver j et ce qui produit cette nouveauté et cet étonnement auquel nous nous laissons surprendre, c'est que nous nous regardons comme établis ici bas, et conséquemment comme devant jouir à l'aise des biens de cet établissement. Or, pour lever ce scandale , pour anéantir cette épreuve , pour détruire cette illusion si peu chrétienne, l'apôtre saint Pierre nous conjure , en ce jour , de nous regarder sur la terre comme étrangers et voyageurs , et par suite de nous abstenir dos désirs charnels qui ne peuvent convenir qu'à ceux qui croient avoir ici bas une demeure permanente, mais qui se trouvent en révolte et en opposition avec les idées de ceux qui attendent une patrie meilleure. Le moyen donc de ne pas laisser abattre notre piété par les afflictions et les épreuves du jxissage de la terre au ciel , c'est de regarder la vie comme passagère s et nous-mêmes des passagers : c'est de poursuivre notre pâque et notre passage en n'usant du monde arien passant, comme font les voyageurs et les étrangers dans les villes qu'ils traversent, et dans les hôtelleries qu'ils n'habitent que pour peu de temps. Aussi lisons-nous que dans la vie des ténèbres on est assis , que dans l'ombre de la mort il y a pour les pécheurs habitation fixe ] tandis qu'Israël marehoit toujours dans le désert , ne se reposoit que sous des lentes , ne se
promettait de repos que dans la terre promise : c'étoit pour inculquer cette haute pensée à l'ancien peuple , qu'il avoit ordre de manger sa pâque debout, un bâton à la main , le vêtement relevé par la ceinture , en un mot , dans l'attitude et la disposition d'un voyageur qui s'arrête un moment sans intention de demeurer : et cette figure de la pâque antique doit trouver dans la pâque nouvelle sa vérité et son accomplissement. Nous devons la manger à la hâte , comme des étrangers et des voyageurs qui vont au ciel , et qui n'ont pas un moment à perdre dans le chemin. L'apôtre poursuivant cette idée féconde , veut que la conduite du chrétien voyageur et infatigable soit l'édification de ceux qui ne croient pas , et que considérant ses oeuvres , on l'admire partout comme un noble étranger qui passe pour se rendre dans ses Etats. Pour cela il consent que nous nous montrions libres , comme des serviteurs de Dieu, que le monde ne sauroit retenir dans ses liens , que les épreuves ne sauroient abattre , que les difficultés ne sauroient arrêter , et qui au besoin prendroient des ailes pour aller se reposer en Dieu , si le monde s'avisoit de leur refuser le passage 3 mais il recommande avec soin de ne pas se servir de cette liberté spirituelle comme d'un voile qui déguiseroit mal une licence coupable et une indépendance mal entendue. Le voyageur a droit au passage et aux égards de l'hospitalité ; mais il n'a pas le droit de violer ou de mépriser l'ordre établi dans les pays qu'il parcourt; il donneroit par cette façon d'agir une triste idée du pays d'où il vient et de la destination où il se rend : c'est pour cela que la religion , cette fille du ciel qui voyage en ce monde pour se rendre dans sa patrie , recommande aux hommes qui veulent l'accompagner dans son pèlerinage, de se regarder, à son exemple , comme des étrangers , de faire bénir le nom qu'ils portent , de faire tomber les calomnies qui pèsent sur les inconnus , et de traverser la vie avec patience pour les maux qui s'y rencontrent , et avec respect pour l'ordre qu'ils trouvent çà et là établi : se soumettant , en passant, à toute créature humaine
à cause de Dieu, de qui vient toute puissance, quelle qu'en soit la forme, les dépositaires et les reprfc^ sentans, craignant Dieu par-dessus tout, rendant l'honneur à qui l'honneur est dû , ne voyant dans tous les hommes que des frères à aimer , et dans ton! pouvoir le pouvoir de Dieu auquel il faut se soumettre et obéir par conscience. Ah! si ces pensées étaient imprimées dans tous les cœurs chrétiens, que le passage des enfans de Dieu sur la terre scroit courageux et persévérant! Si le monde reconnoissoit à ces traits le passage du chrétien au milieu de sa tristesse et de ses joies , comme il seroit tenté de suivre ces heureux voyageurs et ces étrangers dignes de toute bénédiction !
Alléluia. Luc, i!\.
La route d'épreuves et de soumission que l'apôtre vient de nous tracer n'est-elle pas celle que Jésus» Christ a suivie pour nous donner l'exemple ? N'a-t-il pas fallu que le Christ souffrît et qufil entrât ainsi dans sa gloire? Voilà notre modèle dans le trajet de cette vie à la bienheureuse éternité ; toute autre voie seroit trompeuse et funeste , car le disciple ne doit pas être mieux traité que le maître, et ce n'est que par beaucoup de tribulations qu'il nous faut entrer dans le royaume des cieux.
Alléluia. Jean, 16.
Peut-être voudrions -nous voir Jésus-Christ en. personne marcher à notre tête dans les difficultés du passage, peut-être sommes-nous découragés de ne le voir présider à nos efforts que du haut du ciel : mais n'oublions pas qu'il veille suffisamment sur nous de ce séjour où il est allé prendre possession de son royaume et pour lui et pour nous. Bien plus , il reviendra ; c'est lui-même qui nous l'assure dans l'Evangile : Je vous rcverrtii de nouveau , et votre cœur se réjouira de ma présence , qu'il étoit de ma sagesse de vous dérober quelque temps pour enflammer vos désirs , et pour rendre méritoire le voyage. Alors personne ne vous enlèvera cette joie , que la
111 DIMANCHE APRÈS FAQUE* 3?.3
crainte et les épreuves se disputoient à l'envi le long du chemin, parce que vous serez heureusement arrivés à ce jour qui ne comioît pas de déclin , et à cette patrie paisible qui ne connoît ni ennemis, ni perturbateurs.
Evangile. Jean, îG.
L'épître , en nous découvrant le p>r^nc^Pe de nos peines, les a réduites à leur juste valeur, c'est-à-dire à cette persécution du monde , partage nécessaire de ceux qui veulent vivre pieusement en Jésus-Christ. L'Evangile , en nous révélant la fin de nos peines , nous apprend de plus à porter avec courage ce peu de tribulation qui s'attache forcément aux pas du chrétien voyageur. Pour cela Jésus - Christ fait nettement la part de ses enfans et la part des mondains : Vous pleurerez, dit-il , et vous gémirez, et le inonde sera dans la joie ; voilà pour le moment présent. Votre tristesse se changera en une joie que personne ne pourra vous ravir: au contraire, la joie du monde, que tout lui aura disputé pendant la vie , lui sera enlevée à la mort pour se changer en une tristesse sans fin; voilà pour le siècle futur. Qui voudroit donc maintenant ne pas accepter le partage des enfans du Seigneur ? Qui voudroit l'échanger contre la part du monde? Qui ne se sentirent ranimé à la vue d'une fin si désirable ? Mais ce n'est pas tout : ces épreuves ne sont que pour un peu de temps, et Jésus-Christ appuie fortement sur ce p>eu de temps, sur ce moment de tribulation légère qui doit produire un poids éternel de gloire. Ce n'est pas encore assez : après ce peu de temps de souffrances que nous échangerons contre une éternité de bonheur, Jésus- Christ nous reverra de nouveau : Encore un peu de temps, disoit-il à ses apôtres, et vous ne me verrez plus à cause de la mort que je vais souffrir ; encore un peu de temps et vous me reverrez ressuscité et retournant vers mon Père qui est dans les cieux. Encore un peu de temps et vous ne me verrez plus, nous dit-il à nous-mêmes , parce que je serai occupé dans le ciel à vous préparer des places : encore un
3*4 ln DIMAHCHB APRÈS l'AQi E.
peu de temps et vous me reverrcz à la fin de la vie, venant vous couronner au bout de la carrière. Toute la vie présente, dit saint Augustin, est justement
appelée peu de temps, car elle n'est longue que pendant qu'elle passe , et encore elle fuit comme l'ombre ; mais quand elle sera passée , clic ne vous paroîtra qu'un point à la lueur de l'éternité; voilà bien de quoi encourager notre fidélité et soutenir notre espérance! Jésus -Christ a commencé notre pâque , en passant lui-même sur la terre pour nous faire passer de la mort à la vie ; il consommera cette pàque , en revenant à nous pour nous faire passer de la vie à la gloire; mais entre ces deux extrêmes se trouve , pour ainsi dire , une pàque intermédiaire qui se célèbre au saint autel : là Jésus-Christ passe sans cesse du ciel en terre et de la terre au ciel, pour attirer à lui d'avance nos cœurs et nos affections, pour que nos âmes , s'élevant continuellement audessus des choses d'ici bas , s'habituent à se fixer par la pensée et le désir là où il est arrivé le premier, et où il doit nous prendre un jour avec lui ; pàque mystérieuse qui n'est connue que des âmes fidèles ; pàque de grâce dans laquelle Jésus-Christ nous revoit de nouveau pour réjouir notre cœur ; pàque pleine de fruits qui assure la première résurrection à la grâce, et qui ménage la seconde résurrection à la gloire ; pàque efficace qui combat les ennemis sur le passage , et qui défie la vie ou la mort, le présent ou l'avenir, les puissances de ce monde ou les peines de cette vie de nous séparer de la charité de notre Dieu et de la joie solide qu'elle nous communique.
Offertoire. JèTTSi.
L'oracle du prophète va s'accomplir : Je changerai leurs pleurs en des chants d'allégresse, et je les consolerai de leurs douleurs : Jésus-Christ en effet va passer sur l'autel , dont nous nous approchons en ce moment , et son peuple sera comble de ses biens, il entrera dans la joie de son maître , et il va traiter avec avantage la consommation de son dernier pas-
ÎII DIMÀNCHF. APRÈS PAQUE. 3 >.;>
sage de la terre au ciel. Si le calice que nous offrons avoit la vertu d'enivrer Famé des martyrs au point de ne pas sentir les tourmens , au point de les faire surabonder de joie dans les plus cruelles souffrances, n'auroit-il donc pas la force d'endormir nos peines si petites , et de charmer nos épreuves si légères ?
Donnez-nous , Seigneur, cet effet consolant de là pâque dont nous renouvelons le sacrifice ; que la vertu des saints mystères éteigne en nous le désir des choses terrestres, source de nos peines, et allume dans nos cœurs l'amour des biens du ciel , cet amour qui fait disparaître la peine , qui la diminue de beaucoup, et qui fait aimer ce que Dieu en laisse pour servir de matière à nos mérites ; que nous ne soupirions plus vers l'Egypte et ses douceurs payées bien cher, que nous tendions de tous nos cœurs vers la terre promise ; alors les épreuves du désert seront supportées avec joie^ alors les chants de reconnoissance remplaceront, les murmures désolans , et nous avancerons vers la patrie consolés de nos douleurs , sûrs d'être comblés de biens au terme du voyage.
Communion. Is. 65.
La communion est la consommation de la pâque sur la terre , elle nous unit à Dieu sous les voiles eucharistiques ; mais en cela elle est l'image et l'ombre salutaire de la consommation de la paque dans le ciel , où nous nous unirons à Dieu cœur à cœur, sans voiles et sans nuages. Aussi est-il vrai de dire dès ici bas : le passé sera en oubli, nous ne nous souvenons plus des peines du passage ; ce passé ne reviendra plus sur le cœur $ ce cœur, élevé jusqu'à Dieu dans la communion, a placé trop haut son refuge pour que les épreuves puissent monter jusqu'à lui , pour que les flots des tribulations puissent le submerger ; chrétiens , vous serez éternellement dans la joie et l'allégresse, quand la gloire du Seigneur vous apparaîtra, et déjà ces doux transports vous enivrent lorsque sa bonté vous apparaît
3'i6 III DIMANCHE Al>Ui:s PAQL'E.
et descend dans vos âmes par son sacrement : oubliez donc dans ce moment heureux les affliction» de la terre , qu'elles ne puissent atteindre jusqu'à vos cœurs, et que la joie que vous goûtez au banquet céleste soit l'avant-goùt du bonheur qui inondera tout votre être au festin éternel de la patrie. Sachons comprendre , en ce délicieux moment, que toute créature gémit, et est, pour ainsi dire, dans le travail de l'enfantement , parce que son heure est venue de souffrir et de pleurer ; mais quand le travail de la vie sera terminé , nous ne nous souviendrons même plus de nos douleurs, nous serons tout entiers à la joie d'avoir donné l'être et la vie à l'homme créé selon Dieu dans la justice , à l'homme parfait en Jésus •- Christ dans la sainteté. Alors l'heure sera venue de nous livrer pour jamais à la joie et au bonheur. La communion est une minute de cette heure de bénédiction , c'est un instant où Dieu suspend nos peines pour nous les faire reprendre avec plus de courage , et pour nous donner une idée de l'état immuable qu'il nous accordera au jour de Téternité.
POSTCOMMUNIOS.
Malgré de si puissans encouragemens, notre foiblesse est extrême; Seigneur, que la réception du sacrement soutienne donc notre fragilité , et que la vertu qu'il communique s'étende sur la suite de notre vie. Que la promesse des biens cèles /es, confirmée si solennellement dans l'évangile, nous console dans l'exil de cette vallée de larmes, et que par la force de la nourriture divine , nous marchions à travers le feu de l'épreuve et l'eau de la tribulation jusqu'à la montagne de Dieu , où se trouve le rafraîchissement:, le repos et l'abondance. La vie est une vallée de larmes à traverser, les promesses et les sacremens du Seigneur nous y soutiennent : le ciel est une montagne de bénédiction qu'il faut gravir, mais à son sommet nous attendent l'effet et l'accomplissement des plus magnifiques promesses : courons donc par la patience an Dut qui nous est proposé, volons avec ardeur
tV DtMANCHE APRÈS PAQUE. 3*^7
pour saisir à la fin de la carrière la couronne de gloire impérissable.
Introït. Ps. 97.
C'est quelque chose pour Vespérance que de la prémunir contre les épreuves et les afflictions, comme l'Eglise vient de le faire au dimanche qui précède : mais ce n'est pas assez pour alimenter cette vertu , il faut qu'en s'attendant à la persécution des hommes, elle s'attende aussi à l'accomplissement des promesses de Dieu , et c'est ce que d'Eglise entreprend dans l'office de ce jour. Elle célèbre la vérité des promesses que Jésus-Christ avoit faites à ses apôtres peu de temps avant sa mort , et elle ranime notre confiance en nous assurant que ces promesses regardent aussi tous ceux qui croiront au Sauveur et qui lui demeureront fidèles. C'est ce nouveau sujet d'espérance et de joie qui doit exciter nos transports, eu arrivant aujourd'hui au sacrifice , qui réalise déjà la parole que Jésus-Christ nous a donnée , et qui est aussi bien l'accomplissement de ses miséricordes que l'abrégé de ses merveilles ; chantez donc au Seigneur un cantique nouveau, parce qu'il a opéré des prodiges, sa droite seule et son bras saint nous ont sauvés. 11 nous a sauvés non -seulement de la mort dans laquelle nous étions plongés, mais encore de tout ce qui pourroit détruire cette vie nouvelle qu'il nous a rendue ; ses mains puissantes étendues sur la croix nous ont arrachés à la puissance des ténèbres, ses bras saints étendus sur l'autel nous retiennent sous son heureux empire par tous les moyens de persévérance. Que toute la terre tressaille en Dieu, qu'elle élève la voix , qu'elle publie sa gloire, qu'elle chante ses grandeurs, et qu'elle dise : Le Seigneur
>2^ 'v dimanche APRÈS paqie.
nous a rachetés , le Seigm ur nous conserve , le Sri -
gneur nous donne ici le gage de tout ce éu'il non* a
promis.
Q Dieu, qui unissez les esprits des fidèles dans une même volonté, ne faisant de tous vos serviteurs , m différens de science , d'opinion, de goût et d'aifection, qu'un cœur et qu'une ame pour vous connoître, vous servir et vous aimer : donnez à votre peuple d'aimer vos commandemens , de désirer vos promesses, de chérir ces liens de foi , d'espérance et de charité qui unissent tous les hommes à Dieu £t tous les hommes entre eux par une même croyance , par une même a ttente, par un même attachement; afin qu'au, milieu de V instabilité des choses de ce monde, qui nous agitent si vainement en mille sens contraires, nos cœurs soient, fixés là ou se trouve le véritable bonheur. Le cœur de l'homme est dans la gêne, dans l'inquiétude, dans le trouble continuel jusqu'à ce qu'il se repose en Dieu , jusqu'à ce que , faisant toutes choses pour Dieu , ses fatigues sur la terre deviennent le prix du repos éternel : mais pour se reposer ainsi en Dieu de toutes les agitations d'ici bas, pour ne se fatiguer qu en Dieu au milieu des affaires de ce monde, notre (oiblesse a besoin de fixer souvent le terme du vrai bonheur, pour ne pas s'en écarter, et c'est à la messe surtout que nous pouvons , chaque dimanche, après les inquiétudes et les tourmens de la semaine , viser juste, et redonner à notre ame une plus heureuse direction.
Epître. Jac. t.
Si tout don ea collent , si tout bien parfait descend du Père des lumières, en qui ne se trouve ni changement ni ombre de vicissitude , nous sommes assurés que les promesses du Sauveur, si excellentes et si parfaites, viennent d'en haut, et qu'elles sont immuables comme le Dieu qui les a faites. Rappelonsnous donc, pour encourager notre espérance, tout*? les grâces que le Seigneur nous a conférées et tout
ve qu'il a droit d'attendre de nos efforts désormais fixés sur le véritable but ; Dieu , par le libre choix de son amour, nous a rendus ses en fans par la parole de vérité ; cette semence divine a poussé un rejeton divin , afin que nous fussions les prémices de ses créatures , des enfans de lumière dignes du Père des lumières , des créatures saintes mille fois plus chères et plus agréables à ses yeux que tout le reste de la création. 0 hommes, dont l'agitation ne veut entendre à rien et veut parler de tout , qui trouvez dans cette agitation un sujet d'irritation continuelle, scahez bien que cet état de l'ame hors d'elle-même n'est pas propre à obtenir le royaume que Dieu nous promet , et à accomplir la justice qui y conduit. Re~ jetez donc tout ce qui vient de votre fonds , c'est-àdire , toute production impure et superflue du péché , recevez, dans le calme et dans la paix , la parole divine qui a été entée en vous , c'est elle seule qui peut sauver vos âmes et vous assurer le fruit des promesses du Seigneur. Quand un arbre est de mauvaise nature et que l'on veut en tirer de bons fruits , on retranche toute la végétation et toutes les brandies superflues , on y insère , à l'aide d'une incision , une branche de bonne nature , on rejoint le tout de son mieux , et la sève sauvage filtrant à travers les fibres de la tige franche , s'épure , s'adoucit, s'améliore et parvient à donner des fruits excellens. Or voilà dit saint Jacques, ce que Dieu a fait par rapport à nous j notre fond vicié ne nous faisoit entendre que des réponses de mort , Dieu a greffé sur nous sa parole de vie , et si cette divine greffe n'est pas dérangée par l'agitation d'une vie coupabie , si nous recevons cette parole entée avec le calme nécessaire pour qu'elle prenne bien en nous , nos âmes seront sauvées et s'élèveront jusqu'à l'espérance des promesses éternelles. A la communion de la messe , le Verbe même de Dieu , sa parole essentielle , est enté dans nos coeurs • rejetons donc déjà tout ce qui vient du mal et de nous-mênies, ouvrons dès ce moment nos âmes par la douleur et le repentir, afin de recevoir dans la paix de Dieu cette greffe merveilleuse qui nous fera
33o IV DI M ARCHE APKLS i'AgU .
produire dans le Seigneur, et qui nous rendra dignes
de toutes les promesses de Jésus-Christ.
Alléluia, Jean, 14.
Je vais vous préparer une place, voilà la grande parole du Sauveur en quittant la terre ; je reviendrai quand cette demeure céleste sera disposée et que vous aurez eu le temps de la mériter ; alors je vous prendrai avec 7770* pour toujours , afin que vous soyez là où je suis. Quelle ineffable consolation , et comme toute l'économie du salut est clairement tracée ! Dieu est venu sur la terre acheter le ciel pour nous ; il est remonté vers son Père pour disposer la demeure qu'il nous a acquise , il nous laisse le temps de la vie pour mériter cette possession, et il reviendra prendre avec lui ceux qui se seront montrés dignes de n'être jamais séparés de son bonheur. Il revient tous les jours à la messe , ce Dieu si bon , il vient voir où en est notre ouvrage, car le sien est déjà consommé : il vient là où nous sommes afin d'exciter en nous le désir de demeurer là où il est.
Alléluia. Jeany t/\.
Nous pouvons appliquer au mystère prochain de l'Ascension ce que Jésus-Christ disoit de sa mort prochaine : Encore un peu de temps, et le monde ne vie verra plus , je vais le quitter, et lui, qui ne veut pas me suivre par la foi et par l'espérance dans les demeures éternelles, sera privé de ma présence et de la force qu'elle communique. Mais vous , apôtres bienaimés , disciples fidèles , chrétiens persévérans ; vous me verrez toujours , vos pensées et vos désirs me contempleront sans cesse à la droite de mon Père, parce que je vis et que vous vivrez , parce que ma vie étant en vous , c'est-à-dire parce que vivant de la même vie que moi , de la vie de ma grâce et de mon amour, vous pourrez dire : Je sais que mon rédempteur est vivant , et je le verrai au dernier jour ; je sais qu'il est allé me préparer une place , et comme ce n'est plus moi qui vis , mais mon rédempteur qui vit en moi, parce que je vis moi-même en sa
IY DIMANCHE APRÈS PAQIE. 33 1
foi , je le verrai , je le louerai, je l'aimerai , je le posdéderai à jamais. L'Evangile est le grand canal de cette vie qui nous fait voir Dieu , sur la terre par la foi , et dans le ciel par une contemplation sans ombre et sans nuage : écoutons-le donc avec respect , avec amour , avec désir de garder cette parole qui peut sauver nos âmes.
Evangile. Jean, 16.
Ce trait du discours de Jésus-Christ après la cène est comme le centre et le foyer des promesses que le Sauveur a faites à son Eglise. Jésus-Christ annonce positivement qu'il retourne vers celui qui l'a envoyé , que sa mission de sauveur est achevée : mais pour consoler la tristesse de ses apôtres à cette nouvelle , et celle que nous devrions éprouver nousmêmes de ne pas jouir de la présence de Phomme- Dieu , il déclare solennellement qu'il nous est avantageux qu'il s'en aille , que la soustraction de sa présence sensible est nécessaire à l'exercice de notre foi et à la perfection de notre espérance ; bien plus, que ce départ est indispensable pour que le Saint- Esprit descende sur nous : Si je ne m'en vais pas , le le Consolateur ne viendra pas ; mais si je m'en vais , je vous l'enverrai. Parole profonde , qui nous révèle l'ordre admirable de l'essence divine et des conseils de la sagesse céleste : le Verbe , Fils de Dieu , engendré du Père, a été envoyé par le Père pour opérer notre salut , en satisfaisant pour nous dans la nature humaine qu'il s'est unie substantiellement. Quand ce grand ouvrage estaccompli, Jésus-Christ remonte au ciel , et alors le Saint-Esprit est envoyé conjointement par le Père et le Fils dont il procède, pour nous appliquer les fruits du salut , le prix du sang divin , en sa qualité d'Esprit de vérité^ de sainteté, de force, d'adoption et de consolation. De sorte que Dieu a voulu garder dans ses œuvres extérieures le même ordre qui existe dans ses opérations éternelles : le Fils est envoyé aux hommes par le Père, comme il est engendré du sein du Père : le Saint-Esprit est envoyé aux hommes par le Père et le Fils , comme il
i;)"2 IV DIMANCHE AMES IMOW.»
procède du Père et du Fils. Le Père a aimé le mondr en lui donnant son Fils , le Fils a aimé les hommes en se livrant pour eux , le Saint-Esprit a aimé nos âmes en se répandant dans nos cœurs pour nous approprier l'amour du Père et du Fils , pour que Dieu nous aime du même amour dont il s'aime en luimême , et pour que nous aimions le Seigneur du même amour dont le Père et le Fils s'aiment mutuellement.. Voilà le grand avantage qui de voit suivre le départ de Jésus-Christ , et l'ordre que Dieu a voulu garder dans l'économie de ses bienfaits. Et à cette promesse , déjà si magnifique , de donner au monde un Dieu consolateur , après lui avoir donné un Dieu réparateur, se joignent les détails du grand ministère que l'Esprit saint doit remplir ; il convaincra le monde de pèche, en lui faisant toucher au doigt le crime de son incrédulité, en l'amenant de cette conviction à la foi , de la foi au repentir, du repentir à la grâce , de la grâce au bonheur ; il convaincra le monde de la justice , qui veut que le Sauveur retourne vers son Père après sa mission terminée; que nous ne le voyions plus dans sa chair , pour le voir des yeux de la foi , de l'espérance et de l'amour : et , de cette conviction , il amènera les hommes à une vie toute spirituelle, toute détachée,, toute intérieure ; il convaincra le monde dejuyement7 c'est-à-dire , qu'il prouvera évidemment que le démon , jusque là prince du monde et maître des aines , est jugé, condamné, que son règne est détruit, que son culte sera effacé de la terre , mais de cetîe conviction il amènera les hommes à la crainte et à l'attente d'une condahination semblable, s'ils demeuroient opiniâtrement rebelles à Dieu et à sa grâce , et cette crainte produira une vie sobre , juste , pieuse et sans reproche, dans l'attente de la bienheureuse espérance et de l'avènement du roi de gloire. Que de merveilles opérera encore l'Esprit consolateur ! elles* sont si grandes , que Jésus-Christ ne regardoit pas ses apôtres comme capables d'en soutenir le récit au moment où il leur parloit. Jl se borne à dire (mais ce peu révèle tout) , que l'Esprit de vérité enseignera
toute vèiitè-, et de même que le Fils n'a annoncé aux hommes que ce qu'il avoit appris dans le sein du père , de même l'Esprit saint n'enseignera que ce qu'il a entendu dans les secrets de Dieu ; il ne partira donc pas de lui-même , il recevra de ce qui est à Jésus-Christ , il suivra le même ruisseau de doctrine et de grâce pour le faire couler dans tous les cœurs ; il prendra la doctrine même de Jésus-Christ, et la fera goûter à toutes les intelligences dociles ; il prendra la morale même de Jésus-Christ, et en fera les délices de tous les cœurs fidèles ; il prendra le sang même de Jésus-Christ , distribué dans les sacremens, et l'appliquera à toutes les consciences pleines de bonne volonté : voilà l'opération admirable de l'Esprit saint dans l'Eglise jusqu'à la consommation des siècles. Oh que ces promesses sont magnifiques! Venez donc, Esprit de vérité, me convaincre à l'autel de repentir , de détachement et de vigilance ; venez donc , Esprit sanctificateur, prendre ce qui est sur l'autel, c'est-à-dire, mon Sauveur, et venez appliquer à mon ame tout son sang et tous ses mérites : venez donc, esprit d'amour, qui disposez de l'avenir et qui en révélez les secrets , venez garder mon ame pour la vie éternelle , et me révéler tout ce qui m'attend en vertu des promesses de mon Dieu.
Offertoire. Joël, 1.
En vous approchant donc de l'autel du sacrifice, où l'Esprit saint applique à chaque ame le prix du salut que Jésus-Christ a payé pour tous, vous louerez le nom du Seigneur votre Dieu, qui a fait des merveilles au milieu de vous , et qui va les renouveler dans l'ablation sainte ; et monpeuple, dit le Seigneur, ne sera pas confondu à jamais , son espérance en mes mérites ne sera pas vaine , quand il va me voir descendre au milieu de lui dans le même état d'immolation où j'étois sur le Calvaire pour le sauver, et dans le même état de pontife où je suis dans le ciel pour traiter les intérêts de son salut. Mais ce n'est pas tout de montrer le prêtre et la victime, après cela, après Je sacrifice $je répandrai mon Esprit, et
j),ir la grâce de ce divin Esprit , mon peuple s'identifiera avec moi, avec mon sang, avec ma grâce, avec mon amour, pour ne faire qu'un avec moi sur Ja terre et dans le ciel. Seigneur, nous ne quitterons pas l'autel que vous ne nous ayez bénis de la sorte , et que votre parole de vie ne soit accomplie en nous.
Secrète.
O Dieu , qui , par le sacré commerce de ce sacrifice dont l'Esprit saint est le négociateur suprême , nous rendez participans de votre souveraine divinité j absorbant tout ce qui est en nous de misères et de faiblesses pour nous donner vos richesses et votre force, échangeant votre lumière contre nos ténèbres, et votre sainteté contre notre corruption : Faites qriapi^és avoir connu votre vérité qui va descendre sur l'autel , et que votre divin Esprit va faire briller dans nos cœurs, la sainteté de nos mœurs nous rende dignes de marcher à son éclat : laites que cette vérité n'excite pas seulement nos transports à l'heure du sacrifice , mais qu'elle nous attire à sa suite , et que , dirigés par votre lumière admirable , nous marchions dans cette vie comme des enfans de la lumière , jusqu'à ce que nous arrivions au grand jour des promesses de l'éternité.
Communion. Jean, 14*
Le Dieu qui est retourné dans les cieux revient à nous chaque fois que nous communions , comme il reviendra à l'heure de la mort et à la fin des siècles. Maintenant il revient pour encourager les efforts, un jour il reviendra pour les couronner ; maintenant il revient pour occuper la demeure que nous lui préparons dans nos âmes, un jour il reviendra pour nous installer dans la demeure qu'il nous prépare au céleste séjour. Que notre cœur comprenne donc bien, en cet heureux moment , cette promesse du Sauveur ; je ne vous laisserai pas orphelins, je reviendrai a vous} en ce jour-là, vous connoîtrez que je suis en mon Père, et que vous êtes en moi, et que je suis en vous y c'est-à-dire au jour de l'accomplissement de
ma parole , vous saurez que de même que je ne fais qu'un avec mon Père, vous aussi ne faites qu'un avec moi ; vous saurez que je mets en vous mes complaisances comme mon Père met ses complaisances en moi , que je vous communique tout mon bonheur comme mon Père me communique tout son être , et que le même lien d'amour qui m'unit au Père m'unira à vous pour l'éternité. En attendant ces admirables effets de la parole de Jésus-Christ, nous avons dans la communion le gage et la garantie d'une si haute espérance 5 oui , en ce jour même d'exil et de pèlerinage , je connois , ô mon Dieu ! que je suis en vous et que vous êtes en moi par votre chair adorable , par votre divinité, par votre Esprit d'amour et d'adoption ; et je sens déjà , malgré les voiles du sacrement , tout ce qu'il y aura d'intime et de fort dans l'union au-delà des voiles et des nuages.
Postcommunion.
Augmentez en nous, Seigneur, augmentez par ces divins mystères le fruit des bonnes œuvres, soyez en nous comme une «reffe féconde entée dans nos âmes par la communion ; que cette greffe puissante épure notre sève viciée, la change en une semence divine qui porte de bons fruits et qui en produise avec abondance. Afin que nous ayant accordé , par votre rédemption , la liberté de vos en fans, en brisant les liens du péché qui nous retenoient esclaves , lorsque nous étions enfans du démon , enfans de colère et de vengeance , vous nous rendiez , par votre grâce fidèlement conservée en nous, participans de l'héritage éternel qui est la fin et le grand but de toutes vos promesses. A la table de Dieu sur la terre , on s'assied en liberté pour manger le pain des enfans ; à la table de Dieu dans le ciel, on s'assied pour partager en assurance le glorieux héritage des enfans : il faut passer d'une table à l'autre , et nous ne quittons jamais la première sans désirer d'être admis à la seconde. Les fidèles ne doivent pas se lasser de remarquer combien l'Eglise insiste sans cesse sur les fruits et les suites de la communion, et combien par con-
sequent elle a iieti de gémir sur ers chrétiens qui s'occupent encore de se préparer à la table sainte, mais qui ne s'inquiètent nullement d'y trouver la
vie et encore moins de la conserver.
V DIMANCHE APRES PAOUE.
Introït. Ps. 'àG.
L'espérance chrétienne se revêt aujourd'hui de Ja prière comme d'un manteau pour faire le voyage de l'éternité ; et ce grand sujet de force et de consolation est placé à la veille de l'Ascension , pour nous faire désirer que l'esprit de prière se repose sur nous au moment où Jésus-Christ va s'élever dans lescieux. C'est ainsi qu'Elisée conjuroit Elie de lui laisser son double esprit, lorsque porté sur un char de feu il viendroit à quitter la terre. Si vous demeurez attentif, lui répondit le maître, et si vous me voyez monter au ciel , votre prière sera exaucée. Le disciple ne perdit pas un instant de vue la scène glorieuse qui alloit se passer, et pour signe que ses vœux et sa persévérance étoient couronnés , Elie , au milieu de son triomphe, laissa tomber son manteau sur Elisée. Soyons donc également attentifs et fidèles au grand mystère qui se prépare, regardons ce jour et ceux qui vont suivre, ( que nous appelons jours des Rogations ou des prières solennelles) comme destinés à nous fortifier par l'exercice de la prière, et à nous disposer aux heureux effets de la solennité de l'Ascension. Aussi cette sainte inquiétude d'une prière ardente est-elle le sentiment qui nous conduit aujourd'hui à l'autel, où l'on croit oit entendre les soupirs de la divine espérance arrivée au moment d'être comblée de biens : Seigneur, daignez écouter ma prière plus vive que jamais, mon cœur vous parte , mes yeux vous cherchent ,• 6 mon Dieu, je ne cesserai d'implorer votre secours ; ici , comme au jour de
V DIMANCHE Àf'ftLS PAQUL. 33^
votre tiiomphe , je ne vous laisserai point aller que vous ne m'ayez béni ; ne détournez pas de moi votre visage, montrez-le à votre serviteur dans toute sa sérénité. Je m'en vais, disiez-vous, Seigneur, à des cœurs rebelles , vous me chercherez et vous ne me trouverez pas : dites en ce moment aux cœurs dociles qui vous cherchent : Je m'en vais , vous pouvez venir après moi , vous devez y tendre de toutes vos forces, vous me cherchez et vous me trouverez, et je ne détournerai pas mes yeux de ceux qui me recherchent avec instance. Le Seigneur est ma lumière et mon salut , qui craindrai-je ? Cette lumière de vie va s'élever à l'autel et dans le ciel au plus haut point de sa course, que pourrions -nous donc redouter quand elle brillera sur nous de tout l'éclat de ses feux? Ce salut va se traiter avec le dernier succès dans le sacrifice et au pied du trône de l'Agneau , qui pourroit donc ébranler notre espérance à l'ombre dune si haute protection ?
Collecte.
Cette oraison a pour but de nous préparer à la lecture qui va suivre, et comme l'apôtre saint Jacques y recommande de joindre la pratique de la parole de Dieu à l'audition de cette même parole, de rendre la piété sincère par les œuvres qu'elle doit produire, la collecte entre dans ce sens, et dispose nos âmes à s'en bien pénétrer. 0 Dieu, qui êtes l'auteur de tout bien , qui en donnez la pensée , le désir, l'amour et la pratique, daignez nous inspirer de saintes pe?i~ sées dans l'exercice de la prière, et nous les faire exécuter par le secours de votre grâce, comme fruit et conséquence de l'exercice de la prière , afin que notre religion ne soit pas une illusion vaine , et que les actes qu'elle nous inspire , surtout dans la prière par excellence du saint sacrifice , n'aboutissent pas à nous séduire par une fausse confiance.
Epître. Jac. 1.
L'Eglise, bien plus occupée de nous rendre la prière profitable que de nous en recommander seu-
338 Y D1MANCIIK APRÈS PAQUE.
lement la pratique , a choisi pour sujet de lecture le passage de l'Epître de saint Jacques où cet apôtre exhorte les fidèles, t° à mettre avec soin en pratique la parole sainte qu'ils ont entendue; '2°à avoir une piété éclairée et pleine de bons fruits; où il condamne les âmes frivoles et dissipées dans lesquelles la prédication n'obtient aucun résultat , et les âmes séduites et abusées pour lesquelles la religion n'est qu'un nom sans mérite et sans vertu. Et en effet, de quoi nous serviroit de nous livrer à la prière et aux exercices religieux , si tout y est rendu inutile par notre légèreté , si cette légèreté de conduite engendre une piété illusoire , et si cette piété illusoire tarit la source des grâces que la prière doit attirer sur nous? Or voici l'admirable économie du salut : le ciel est le prix de l'espérance et de la fidélité , la prière nourrit l'espérance et entretient une vie fidèle, la piété vivifie la prière et la rend efficace, les vertus et les bonnes œuvres constituent l'essence de la vraie piété. Si notre vie est agréable à Dieu , nos demandes seront bientôt agréées ; si nos vœux sont exaucés, notre espérance sera juste et solide, et l'espérance chrétienne , fondée sur une vie sainte, soutenue par une prière ardente , ne sera jamais confondue.
Alléluia. 1 Pierre, 1.
La foi produit l'espérance , car nous n'espérons en Dieu que parce que nous croyons fermement ce qu'il a dit et promis : l'espérance à son tour produit la charité ou l'amour de Dieu , car nous nous efforçons naturellement de posséder par la fidélité ce qui est devenu l'objet de notre attente et de notre espoir. Croire en Dieu, c'est donc tout à la fois adhérer de tout notre esprit à ce qu'il a révélé , mettre en lui toute la confiance de notre cœur, et nous porter de toute notre volonté vers l'amour et la possession du souverain bien; or c'est far Jésus- Christ, dit l'apôtre, que vous croyez ainsi e?i Dieu : car Dieu a ressuscité le Sauveur, et voilà le fondement de votre foi : il l'a élevé en gloire, et voilà le fonde-
ment de votre espérance : ce Sauveur n'est ressuscité et n'est monté au ciel que pour vous, et voilà le fondement de votre amour et de votre fidélité. Concluez aussi que c'est par Je sus- Christ, en son nom et par sa divine médiation invoquée si souvent à la messe, que vos prières peuvent être animées par la foi , soutenues par l'espérance, vivifiées par la charité, et que vous devez vous unir avec force à ces paroles qui terminent presque toutes les prières de l'oblation : par notre Seigneur Jésus-Christ votre Fils, qui vit et règne dans tous les siècles des siècles.
Alléluia. P.ç. 32.
Si nos prières sont fidèles en la manière que saint Jacques l'a enseigné dans son Epître , si elles sont appuyées sur la médiation puissante et efficace de Jésus -Christ, nous comprendrons facilement les immenses promesses que le Sauveur fait à ceux qui
gneur est notre appui et notre protecteur dans les vœux que nous formons , notre cœur se réjouira en lui , parce qu'il nous a promis de nous exaucer, et nous avons espéré dans son saint nom. en qui nous pouvons tout.
Evangile. Jean, 16.
Nous ne nous arrêterons qu'à ces paroles , qui font le sujet principal de l'évangile : En vérité, en vérité je vous le dis, si vous demandez quelque chose à mon Père en mon nom, il vous le donnera : et nous trouverons dans ce peu de mots la nécessité, l'objet, les conditions et la force de la prière : i° Nécessité de la prière , si vous demandez : donc si vous ne demandez pas , il ne vous sera rien accordé ; aussi Jésus-Christ ajoute-t-il bientôt: Demandez et vous recevrez , afin que votre joie soit parfaite . 2° Objet de la prière , si vous demandez quelque chose : donc si vous demandez des riens , c'est comme si vous n'aviez rien demandé. Or il n'y a que le ciel et les grâces qui y conduisent qui peuvent être appelés
•M0 V DIMANCHL APRÈS PAQCE.
quelque chose,, la terre et tous les biens de la tvnc ne sont rien, ils ne deviennent quelque chose que lorsqu'ils entrent dans l'ordre du salut : donc demander quelque chose à Dieu , c'est demander les biens du ciel dans la prière, et ne demander les biens d'ici bas qu'autant qu'ils peuvent servir à notre bonbeur éternel. 3° Conditions de la prière , si vous demandez en mon nom : or demander au nom de Jésus-Christ , c'est prier avec l'invocation expresse et formelle de ce souverain médiateur en qui seul nous pouvons être exaucés , et qui est toujours vivant et présent devant Dieu pour intercéder en notre faveur; c'est prier Dieu d'une manière digne de cette invocation et de cette médiation, c'est-à-dire en étant membre de Jésus-Christ par la foi , enfant fidèle de Jésus-Christ par l'état de grâce, animé par l'Esprit de Jésus-Christ qui fait de nos cœurs des Temples vivans et des sanctuaires agréables à Dieu ; c'est demander des choses dignes de ce nom sacré et qui soient en harmonie avec la formule de prière que le Sauveur a daigné nous dicter ; c'est enfin demander avec les sentimens dignes de cette haute intercession, avec respect , avec confiance , avec humilité, avec persévérance. C'est pour cela que Jésus-Christ disoit à ses apôtres, et qu'il nous dit à nous-mêmes : Jusqu'ici vous n'avez rien demande en mon nom-, vous avez demandé les choses de la terre, et non pas les choses du salut , ou du moins avec la condition du salut; vous avez demandé au nom de votre besoin , au nom de votre désir, au nom de votre foiblesse, et non pas au nom de ma puissance, de ma bonté , de ma volonté. 4° Force de la prière, en vérité, en vérité je vous le dis, moi qui suis la vérité même et qui ne saurois ni me tromper ni vous tromper, si vous demandez et si vous demandez bien, mon Père vous te donnera ; demandez et vous recevrez ; si vous n'avez pas reçu jusqu'à présent , c'est que vous avez mal demandé , c'est que ce que vous demandiez devoit vous être plus funeste qu'utile, c'est que le moment de Dieu n'est pas venu , c'est qu'il veut exercer votre persévérance , et qu'il a
droit de vous faire acheter l'accomplisse ment de vos demandes. Prions ainsi , et avec la plus grande ferveur , surtout pendant le saint sacrifice , dans ce moment heureux où Jésus-Christ descend du ciel pour venir en ce monde recevoir nos vœux et nos prières, où il quitte l'autel et retourne vers son Père avec nos demandes , pour répandre sur nous toute grâce et toute bénédiction céleste.
Offertoire. Ps. 65.
Peuples j bénissez le Seigneur notre Dieu , et vous unissant, dans ce moment, à la grande oblation de toute l'Eglise , faites retentir les louanges de celui qui m'a rendu la vie par sa mort et sa résurrection, et qui n'a pas permis que mes pieds fussent ébranlés, tant il a soutenu mon espérance par les fruits abondans du salut. Car si je m'avance chaque jour d'un pas ferme vers l'autel où il a déposé les trésors de son sang et de sa vie , je le dois aux admirables inventions de son amour, qui a trouvé le moyen de perpétuer l'offrande d'un Dieu mort sur la croix et vivant dans le ciel. Béni soit donc le Seigneur •, qui n'a pas rejeté ma prière, qui a promis de tout accorder à mes demandes , et qui n'a pas retiré de moi sa miséricorde, puisqu'il a remis entre mes mains le sacrifice qui peut tout obtenir !
Secrète.
Afin que notre joie soit parfaite , et que nos vœux soient comblés, donnez-nous, Seigneur, le Ion Esprit que vous avez promis et que nous vous demandons ,• donnez-nous cet Esprit, sans lequel nous ne savons ni ce que nous devons demander, ni comment nous devons prier, cet Esprit, auteur et sanctificateur de la prière , qui produit en nous les ineffables gémisseniens que vous ne sauriez rejeter ; qu'il nous fasse rendre de dignes actions de grâces pour les hiens que noîts avons reçus de voire miséricorde , lorsque nous offrons en lui et par lui la victime eucharistique , et qu'il nous inspire des demandes dignes de vous être présentées au nom de votre Fils Jésus-Christ; ce qui ne peut manquer d'arriver si nous sommes fidèles
^ \l Y BI MANCHE APKfeS I'AOt » '
à prier pendant le sacrifice sons l'inspiration et Piniiuence de l'Esprit de Jésus-Christ. Prier comme le Sauveur nous a enseigné à le faire , prier au nom de ce divin Sauveur, prier dans son Esprit et selon son Esprit; voilà le grand moyen d'être exaucés quand nous réciterons l'Oraison dominicale en présence de la victime du salut , et de remporter de l'autel une joie pleine et entière.
Communion. Ps. 62.
En votre nom , Seigneur, f élèverai mes mains vers vous : uni si intimement à vous par la communion, c'est bien en voire nom que je prie en ce moment, ou plutôt ce n'est plus moi qui demande , c'est vous , ô mon Dieu ! qui priez en moi, c'est vous qui agitez, qui dirigez, selon votre volonté , tous les désirs et tous les soupirs de mon cœur. Que mon aine soit donc remplie et comme engraissée de vos bénédictions que vous m'accorderez certainement, puisque c'est vous qui vous priez vous-même en moi ; et ma bouche , qui a donné entrée dans mon cœur à un tel suppliant, se chargera de publier vos louanges et de faire éclater la reconnoissance la plus vive. Nous, pouvons remarquer maintenant la progression de la liturgie de ce jour au sujet de la prière ; d'abord prier dans un état d'ame qui nous rende agréables à Dieu, ensuite prier au nom de Jésus-Christ, puis prier sous l'influence de l'Esprit de Jésus-Christ ., enfin prier par la personne même de Jésus-Christ priant en nous.
FoSTCOMMUNIONr
Que la participation à ce saint mystère ne soit pas seulement pour nous , Seigneur, une nourriture qui passe , une force de prière pour quelques instans , mais qu'elle soit notre vie qui demeure , notre trésox' de prière qui ne s'épuise jamais : que votre Esprit , qui doit nous unir à vous plus long-temps que la présence de vo/re chair adorable y soutienne notre faiblesse, et ranime sans cesse nos désirs; afin que nous souhaitions avec ardeur ce qui est juste à vos yeux, et que nous, le demandions avec persévérance.
l'aSCEKSIOS DE IVOIRE- SEiGNLUR. 34 >
Voilà la dernière conclusion et le fruit parfait de la messe de ce jour : l'Esprit saint a été invoqué pour diriger nos vœux pendant le sacrifice ; et, après la messe , l'Eglise demande que cet Esprit demeure en nous, aide notre fragilité, soit le soufïle divin de notre vie spirituelle, et la source continuelle de nos prières justes , ardentes et persévérantes.