L'INVENTION DE LA SAINTE CROIX
DOUBLE-MAJEUR
Cette Fête est célébrée quand elle tombe le Dimanche,
Hélène, inère du grand Constantin, eut la pieuse pensée de rechercher par tous les moyens possibles la croix sur laquelle Jésus- Christ étoit mort pour le salut du monde. Après s'être assurée du lieu véritable où le Sauveur avoit été crucifié, elle fit faire en cet endroit des fouilles profondes , et après d'immenses travaux on découvrit trois croix que l'on crut être celles du Sauveur et des deux criminels condamnés avec lui. Il étoit à craindre que l'on prît la croix d'un voleur pour celle du Seigneur, ou que l'on profanât le bois sacré en le rejetant comme l'instrument fatal d'un supplicié ordinaire. Dans cette anxiété, Dieu se laissa encore toucher par le zèle et la piété d'Hélène , et inspira à sa servante la pensée de faire apporter le cadavre d'une personne récemment morte. L'application
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du cadavre aux deux premières croix ne produisit aucun effet, la mort méprisa le bois des criminels; mais quand on fit l'épreuve sur la troisième, le mort se leva aussitôt plein de vie , et l'on reconnut que l'on avoit trouvé la vraie croix de celui qui est la résurrection et la vie. La découverte de ce précieux trésor est l'objet de la joie et de la reconnoissance de l'Eglise dans cette fête appelée V Invention de la sainte croix*
Introït. Act. 10. Ps. 96.
Le temps pascal est une époque si marquée dans l'année religieuse, que l'Eglise ne veut pas perdre de vue , même pour un seul jour de sa cinquantaine, les grands mystères qu'elle y célèbre. Non contente de mêler à toute la liturgie le cri de louange alléluia, il faut encore que le souvenir de la résurrection se mêle à toutes ses fêtes , et que les solennités qui tombent dans ce temps soient nuancées sur l'objet principal de sa reconnoissance et de sa joie ; c'est une remarque que nous avons pu faire dans les offices précédens , et qui se trouve bien confirmée dans l'office de ce jour. A l'entrée du sanctuaire, au début de la messe , qui renouvelle la scène du Calvaire , l'Eglise nous présente la croix , la découvre à nos regards , la fait briller à nos esprits et à nos cœurs ; mais cette croix nous est présentée aujourd'hui radieuse et triomphante comme au jour de son invention. Celui qvi a été attaché et mis à mort su?* ce bois, nous dit-elle , a été ressuscité de Dieu le troisième jour, et c'est lui qui a été établi juge des vivans et des morts ; comme si elle nous disoit : La croix , dont vous venez honorer la découverte , n'est pas un gibet infâme, un instrument de douleur ; c'est l'autel du plus beau sacrifice, puisqu'un Dieu y a été attaché et immolé 5 c'est le sceptre du plus glorieux empire , puisqu'il est soutenu par le vainqueur de la mort et de l'enfer 5 c'est le glaive du plus redoutable tribunal, puisqu'il est porté par le Souverain juge des vivans et des morts ; la victime qui y a laissé la vie , et qui a repris cette vie trois jours après avec gloire et puissance, est le salut, la sagesse et la vertu de Dieu.
V~>'1 L'iM'E.Yl l()> DE LA sainte CR01X.
Mais prenons garde, la victime delà meêie eëi h même que l'hostie de la croix, elle est oblation dam
le sacrifice, règne de Dieu dans la communion an sacrifice , jugement de Dieu dans les fruits du sacrifice ; le Dieu que nous allons offrir est tout à la lois propitiation pour nos péchés , roi de nos aines, juge de nos consciences, et pour début nous lui disons : Jugez-moi, mon Dieu. Prosternons-nous donc au pied de cette croix, publions sa puissance et chantons a sa gloire : Le Seigneur a règne , que la terre se réjouisse, que toutes lès îles tressaillent d'allégresse.
Collecte.
0 Dieu, qui avez renouvelé dans V Invention du hois salutaire de la Croix les merveilles que vous opérâtes au temps de la Passion ; qui avez ressuscité un mort dans cette occasion solennelle , comme plusieurs sortirent des sépulcres au moment où vous expiriez sur le Calvaire , montrant ainsi que nous avons bien sûrement trouvé l'instrument de la rédemption et le trône de celui qui est la résurrection et la vie j daignez, par lu prix du sang répandu sur cet arbre de vie, nous accorder V éternité bienheureuse ;- Faites qu'en collant avec foi nos lèvres à ce bois précieux nous y puisions la vie de la grâce, et qu'en recevant dans notre cœur le même sang , dont il a été trempé , nous possédions le £age de la vie éternelle.
Epi tue. Coloss. 2.
11 est un livre par excellence dont tous les livres sacrés ne sont que le commentaire, c'est le livre de la croix de Jésus-Christ , et saint Paul nous le présente en ce jour pour y puiser l'instruction liturgique. Nous y lisons que toute la plénitude de la divinité habite eorporellement dans le Dieu fait homme, et que par conséquent il est la vérité même , la sainteté par essence : véritéque nous devons croire, sainteté que nous devons suivre. Nous avons tous reçu de cette plénitude , c'est 'en Jèsus-Chri: t et par Jésus-Christ que nous en sommes remplis , comme tous les membre du corps sont animés et pénétrés par la vie du chel.
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Et comment cette plénitude de grâce et de vérité a-t-elle découlé du chef aux membres , du Sauveur à ses disciples? Ce n'est pas, dit l'Apôtre, par la vertu de la circoncision charnelle qui ne servoit qu'à marquer grossièrement les esclaves de Dieu : c'est par le dépouillement efficace des œuvres et des affections de la chair dans le baptême , qui nous a fait renaître de l'eau et du Saint-Esprit. Dans ce sacrement nous avons été ensevelis avec Jésus-Christ : plongés dans les eaux auxquelles il a attaché le prix de son sang , nos péchés ont été submergés dans cet océan de rédemption , et en sortant de cette eau , signe visible de la grâce invisible , nous sommes ressuscites à une vie sainte et nouvelle par la même puissance qui a tiré Jésus- Christ du tombeau. Mais ce baptême luimême , ce baptême si merveilleux puisqu'il nous applique les mérites de la mort , de la sépulture et de la résurrection du Sauveur, ce baptême n'est que le ruisseau de la grâce du rédempteur ; si vous voulez remonter jusqu'à la source d'une rédemption si abondante, continue l'Apôtre, élevez-vous jusqu'au sacrifice de la croix qui est la cause première du pardon des péchés. Là un Dieu fait homme a effacé de son sang l'obligation que nous avions souscrite par le péché , et le décret de damnation éternelle signé par la justice de Dieu : bien plus , Jésus-Christ a déchiré cette obligation fatale , il la mise en pièces par sa mort , il l'a attachée à la croix comme un trophée, et ayant ainsi dépouillé le démon , prince de ce monde et maître de nos âmes , du titre qu'il avoit contre nous, il mène ce fier dominateur hautement en triomphe à la face du monde entier comme un ennemi vaincu par la croix. Dès ce moment nous n'appartenons plus ni au démon , ni au monde , ni à nous-mêmes , nous sommes le prix et la conquête du sang d'un Dieu ; il prend possession par le baptême de chaque ame qu'il a rachetée, et à ce moment heureux, l'homme est inondé du sang de Jésus-Christ , rempli de toute la plénitude de Dieu , et s'il s'attache avec une fidélité persévérante à cette vérité et à cette sainteté qui absorbe tout son être , il sera plongé un jour dans le
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torreat de délices qui réjouit la cite de Dieu ; voilà la haute et complète doctrine du livre de la croix. () livre divin, dont Jésus-Christ est le texte sacré, non-seulement vous vous faites entendre à nos âmes, niais dans quelques instans vous allez être imprimé dans nos cœurs : que rien au monde ne puisse donc effacer ces lignes de vie et de salut qui vont être gravées en nous avec le sang même de notre rédemplion!
Alléluia. Ps. cj5.
Dites parmi toutes les nations , que le Seigneur a régné par lr bois de sa croix. Dites que ce règne , qui ne s'établit pas par le 1er comme celui des hommes, est un règne de justice , de vérité , de grâce , de sainteté , d'amour et de bonheur; dites que c'est un règne qui fait des enfans et non des esclaves, des heureux et des héritiers, et non des tributaires qui gémissent.
Alléluia. 2 Cor. i3.
Jésus-Christ a été crucifié selon la foihlesse de la chair , mais il vit par la vertu de Dieu : ce Dieu , revêtu de notre foibiessc afin de pouvoir mourir pour nous, est maintenant à jamais tout-puissant et immortel. De même si , dociles à l'Evangile , nous crucifions, par la pénitence qu'il prêche, notre chair avec ses vices , ses convoitises et ses fragilités , nous deviendrons participais de la vie glorieuse qui est le fruit de la croix , et si nous nous préparons au sacrifice par le renoncement évangélique, nous retirerons du sacrifice la vertu de Dieu pour vivre de la vie de Dieu.
Evangile. Jean, 3.
Cet évangile se trouve expliqué au lundi de la Pentecôte , pag. 384- Nous remarquerons seulement aujourd'hui que , dans le langage céleste que Jésus- Christ tient à Nicodème après avoir éclairé son esprit et dissipé ses doutes , la mort de l'homme-Dieu est présentée comme le aaçe de notre régénération et
ne notre espérance. Comme Moïse éleva le serpent drus le désert pour offrir un remède de guérison h ceux qui étoient mordus par les serpens enflammés ,
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il faut de même que le Fils de l'homme soit élevé sdi* le bois de la croix , afin que tous ceux qui croient en lui ne périssent point , mais qu'ils aient la vie éternelle. Jésus-Christ sur la croix est donc le principe de notre délivrance et de noire bienheureuse éternité , le baptême est l'application de ce principe, et si nous joignons au sacrement une vie de foi et d'amour , le ciel en sera l'éternelle conséquence. Jésus-Christ est élevé sur l'autel comme sur le Calvaire , approchons donc avec un cœur pur dans la plénitude de la loi , afin de ne pas périr , et de vivre à jamais.
Offertoire, i Pierre , 2.
Jésus- Christ a porté nos péchés en son corps sur tu croix , c'est pour cela qu'à la messe nous déchargeons sur cette même victime toutes nos offenses , et c'est ce qu'expriment, dans l'oblation, les mains du prêtre étendues sur la matière du sacrifice. Mais prenons y garde , c'est un fardeau , un poids terrible que nous déposons sur le corps de Jésus-Christ , sur la chair de cet agneau de Dieu qui a porté les péchés du monde , afin de ne plus le reprendre : Jésus-Christ s'en charge pour que morts au péché nous vivions à la justice : il se charge de nos crimes et il nous donne sa justice et sa grâce à porter ; consentons à l'heureux échange, et délivrés de nos misères accablantes, prenons de bonne grâce un joug si doux et un fardeau si léger.
Secrète.
Seigneur, que le secours de vohe miséricorde prévienne et précède les prières et les offrandes de notre humilité. Dans le sacrifice nous allons par la prière et l'oblation jusqu'aux portes du salut , nous portons avec un cœur contrit et dans un esprit d'humilité la divine victime qui est la clé du ciel ; Seigneur, malgré ces bons sentimens , que votre bon secours nous précède encore pour être plus sûrs qu'on nous ouvrira ; et que la porte du salut fermée par la confiance téméraire et présomptueuse d'Adam en l'arbre de vie du Paradis terrestre, nous seit ouverte de nouveau par notre foi en l'arbre de lu croix. L'arbre de vie véri-
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table est planté sur le Calvaire et sur l'autel, il est par lui-même la clé du céleste séjour, mais il faut se servir de cette clé avec une foi pleine d'humilité , avec utie confiance fondée sur le repentir et vivifiée par le secours de la miséricorde de Dieu.
{Préface de la Croix, pag. i\?>.)
Communion. Col. 1.
Dieu nous a arraches de la puissance des ténèbres, et nous a fait passer dans le ?vyaume de son Fils hienairné : voilà notre pàque , et le passage admirable qui se consomme dans la communion. l\on-seulement Dieu a arraché à notre ennemi le titre d'obligation qu'il avoit contre nous , il nous a arrachés nousmêmes à sa puissance , pour nous faire passer dans le royaume de son Fils , royaume de lumière et de vérité , royaume de liberté et de bonheur, royaume où nous sommes avec lui rois et héritiers du ciel ; et c'est ail moment où ce Dieu passe dans noire cœur avec son empire, qu'il achève son oeuvre, nous entraînant à sa suite , établissant la paix entre le ciel et la terre , entre Dieu et l'homme, par le sang de sa croix. Ce sang divin répandu sur l'arbre de vie nous donne confiance d'aller à Dieu , et donne à Dieu toute satisfaction pour se rappiocher de nous ; ainsi la paix s'établit entre ce que le péché avoit séparé , et quand ce sang est répandu dans nos cœurs , c'est la perfection et la consommation d'une réunion si admirable et si heureuse.
Postcommunion.
Fortifiés par la nourriture céleste et par le breuvage spirituel , nous vous supplions , Dieu tout-puissant, de nous défendre de la malice de V ennemi, après nous avoir fait triompher par le bois sacré de la croix de votre Fils. Le sang de Jésus-Christ versé sur le Calvaire a pacifié le ciel et la terre, réconcilié l'homme avec Dieu : en conséquence de cette paix rétablie , Dieu a repris de force au démon le décret de notre condamnation qui étoit en sa puissance : pour bien prouver à l'ennemi du salut que ses funestes droits étoient anéantis , il a déchiré ce décret , l'a attaché
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au haut de sa croix comme un trophée , il a arraché les débiteurs à son esclavage , et leur donnant la li* berté des enfans de Dieu , il les a menés en triomphe et introduits dans le royaume de sa grâce et de son amour : voilà Pœuvre de la croix et l'application qui est faite de ses mérites dans la communion. Mais tant que le royaume de Dieu est encore sur cette terre de périls et de combats , l'ennemi furieux tourne sans cesse autour de la proie qui lui échappe pour la reprendre à tout prix , et l'Eglise demande , comme fruit de la messe et de la communion , que le Seigneur tout-puissant nous défende , nous protège , et conserve le peuple qu'il a conquis par tout son sang ; elle veut aussi que nous nous gardions un peu nousmêmes , et que nous trouvions dans la force de l'aliment céleste et du breuvage spirituel la grâce de résistance , la fidélité de la vigilance , le courage qui garde et qui défende le trésor que nous avons trouvé à l'autel. Dieu nous dit : gardez-vous , soyons fidèles à cette parole : nous disons à Dieu : gardez-moi, Seigneur , protégez-moi à l'ombre de vos ailes , soyons pleins de confiance dans cette parole (*).