APOTRES
DOUBLE-MAJEUR
Cette Fête est célébrée quand elle tombe le Dimanche*
Saint Philippe , natif de Bethsaïde , fut un des premiers disciples du Sauveur, et sa fidélité lui mérita par la suite d'être élevé à la dignité d'apôtre. Il jouissoit d'une sainte intimité avec Jésus-Christ, comme on en peut juger par la question que le Sauveur lui adressa à la multiplication des pains , et par le recours que quelques gentils eurent à cet apôlre pour obtenir la faveur de voir l'homme-Dieu. Saint Philippe prêcha l'Evangile dans la Phrygie, couronna sa carrière par une fin glorieuse, et fut enterré à Hiérap'e.
Saint Jacques le Mineur, ainsi appelé pour le distinguer de l'autre apôtre du même nom , étoit fils d'Alphée et de Marie , sœur de la sainte Yierge , par conséquent très-proche parent de Jésus-Christ; aussi est- il surnommé généralement frère du Seigneur à cause de cette parenté, et juste a cause de son éminente vertu. Consacré à Dieu avant de naitre , il suivit constamment les abstinences des Nazaréens , et se fit remarquer par une assiduité extraordinaire à se livrer ù l'exercice de la prière. Il fut établi par les autres apôtres évêque de Jérusalem et gouverna cette Eglise pendant trente ans. A l'Age de 96 ans, il fut assailli d'un grêle de pierres par les Juifs qui ne pouvoient plus supporter le zèle de ses prédications et les fruits incroyables qu'elles produisoient dans Jérusalem. Après cette
mière attaque ils le précipitèrent du haut du temple, d'où il tomba demi-mort et les membres brisés. Dans cet état, il eut encore la force de lever les mains au ciel pour demander à Dieu leur pardon dans les mêmes termes dont Jésus-Christ s'étoit servi sur la croix. A peine eut-il terminé cette prière qu'un foulon qui passoit lui brisa la tête avec le levier dont les gens de cette profession se servent pour fouler les draps. 11 est l'auteur d'une des sept épîtres catholiques qui ont été insérées dans le canon des saintes Ecritures.
Introït. Apoc. 21. Ps. 86.
Les fondemens de Jérusalem, la cité sainte, sont ornés de toutes sortes de pierreries , et les noms des douze apôtres de l'Agneau y so?it inscrits. Voyezvous , fidèles , comme saint Jean emprunte à la terre ses plus riches comparaisons pour nous peindre les trésors de l'autel de Dieu ? L'Eglise des élus est la ville sainte par excellence, la Jérusalem d'en haut : Dieu en est le fondement et l'autel aussi bien que le prêtre et la victime : les anges et les saints relèvent cet or pur des fondemens comme autant de pierreries diverses : et au milieu de toutes ces pierres précieuses , il en est douze dont l'éclat plus vif saisit d'abord les regards, et sur lesquelles on voit étinceler en traits de feu le nom des douze apôtres de l'Agneau immolé à jamais pour le salut du monde. Voilà le spectacle que le Seigneur nous présente aujourd'hui, malgré les ombres et les voiles qui couvrent le sanctuaire d'ici bas ; sur la terre comme au ciel , c'est la ville sainte, la Jérusalem cité de Dieu, c'est le même fondement , le même autel , revêtu des mérites des saints , soutenu par les apôtres ; et en nous approchant de cet autel, nous lisons en particulier les noms de saint Philippe et de saint Jacques , que nous honorons en ce jour. Oui, publions-le avec joie, l'Eglise de Dieu , Jérusalem , repose sur les fondemens apostoliques comme sur de saintes montagnes; le Seigneur aime p lus les portes de Sion que toutes les lentes de Jacob : son amour a élevé les apôtres au-dessus de ses autres saints, et leur solennité doit nous assurer
j if SAINT PHILIPPE ET SAINT JACQUES, APOTRES.
une plus grande protection , une plus vive confiance de voir s'ouvrir devant nous les portes du sanctuaire et les portes du ciel.
O Dieu, qui nous inspirez une sainte joie dans la fête des apôtres saint Philippe et saint J rac(/ues , parce que nous sommes sûrs, en nous attachant à ces pierres précieuses incrustées dans les fondemens de la Jérusalem céleste , de goûter la grâce cjui réjouit à l'autel , et le bonheur qui enivre dans la patrie : accordez à leur intercession , que participant , dans les saints mystères , aux mérites de la passion et de la résurrection de votre Fils unique , qui vont y être renouvelés et appliqués, nous possédions un jour dans votre maison la demeure que vous nous réservez en héritage. A la messe, le sang de Jésus-Christ, la vie de Jésus-Christ passent en nous pour entraîner nos âmes vers les demeures éternelles : et nous passons nousmêmes par ce sang qui purifie , par cette vie qui mérite, pour arriver à la demeure immuable : le testament de Dieu est déposé dans notre cœur pour nous donner acte d'un droit acquis à l'héritage de ses enfans.
Epître. i. Cor. 10.
Nous attacher aux apôtres comme à une pierre ferme, par eux nous attacher à Jésus-Christ, véritable fondement, et par Jésus-Christ nous attacher à l'héritage de Dieu , voilà l'économie du royaume céleste ; mais cet attachement aux apôtres consiste dans l'adhésion à la foi qu'ils ont prêchée , à la doctrine du salut qu'ils ont enseignée , à la voie du ciel qu'ils ont indiquée , et c'est pourquoi l'Eglise nous donne aujourd'hui, par la bouche de Saint-Paul, la récapitulation de cet Evangile par lequel nous serons sauvés, pourvu que nous le retenions comme il nous a été annoncé : autrement ce seroit en vain que nous aurions embrassé la foi , si cette foi, sortie pure des canaux apostoliques , nous arrivoit dans la suite des siècles altérée et corrompue , ou si , passant par la corruption de nos esprits et de nos
cœurs, elle se dénaturait et quittoit le lit que la main divine lui a creusé. Ce sommaire de l'Evangile consiste dans les grands mystères de la mort, de la sépulture et de la résurrection de Jésus- Christ , et dans les preuves de cette résurrection , fondement de notre foi , appui de nos espérances , modèle de notre vie de fidélité et de charité; preuves qui se rattachent aux apparitions si multipliées que le Sauveur a voulu faire à Pierre, à Jacques, à Paul, aux onze apôtres réunis , et à plus de cinq cents fidèles assemblés. Non contens de nous attacher à cette croyance apostolique, appliquons-nous-en les fruits , et puisons à l'autel les mérites de la mort d'un Dieu par la mort au péché, les mérites de la sépulture d'un Dieu par un changement entier de conduite, les mérites de la résurrection d'un Dieu par une vie nouvelle de ferveur et d'amour.
Alléluia» Jean, 20.
Jésus vint , et paroissant au milieu de ses disciples, il leur dit : Lapaix soit avec vous. Jésus-Christ va venir encore , il va paraître au milieu de nous , il va nous donner sa paix et s'identifier à nos âmes : puisse-t-il paraître au milieu de disciples fidèles à son Evangile , et pleins du désir de recevoir et de conserver sa paix !
Alléluia. Jean, 20.
Les disciples eurent une joie extrême de voir le Seigneur. Partageons cette consolation si douce des apôtres , et soyons pleins d'ardeur pour entendre la parole de Jésus-Christ, avant d'avoir le bonheur de le voir au sacrifice et de nous l'incorporer à la communion ; qu'il vienne en nous par un redoublement de foi , par un accroissement de charité , avant de venir réellement dans nos cœurs nous enivrer des joies ineffables de sa présence.
Evargile. Jean, 14.
Le but de cet ouvrage n'est pas de donner l'explication ou l'homélie de chaque évangile , mais seu-
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lementd'en tirer ce qui a rapport à la fête, au temps . et au sacrifice auguste de nos autels. Aussi j sans approfondir en ce jour toutes les vérités sublimes que renferme le passage qui est offert à nos méditations , nous remarquerons seulement, |°la consolation el la paix que Jésus-Christ met au cœur de ses apôtres, en ranimant leur foi en sa divinité, en excitant leur espérance par la vue des demeures qu'il leur al loi t préparer au ciel, en enflammant leur charité par l'attente d'un même sort et d'un même bonheur avec lui à la fin de la carrière ; 2° la réponse que le Sauveur fait à saint Thomas : Je suis la voie , par mes mérites , mes sacremens, mes préceptes et mes exemples 5 je suis la vérité, dans mes prophéties, mes mystères , mes dogmes , mes promesses et mes menaces ; je suis la vie, par ma grâce, ma paix , mon esprit et mon amour ; 3° la réponse de Jésus-Christ à saint Philippe , que gui le voit voit son Pare • qu'il est dans le Père et le Père en lui\ qu'il ne parle pas et n'agit pas de lui-même, mais que c'est le Père demeurant en lui qui parle et qui fait les œuvres qu'il fait: c'est-à-dire, qu'il y a une relation nécessaire du Père au Fils et du Fils au Père, que le Fils est nécessairement le même Dieu que le Père, quoiqu'il soit une personne différente , parce qu'en Dieu il y a trois personnes et une seule nature. O divin Sauveur, nous croyons en Dieu et par conséquent en vous; nous croyons qu'il y a beaucoup de demeures dans votre éternelle maison, et que si les meilleures places sont pour vos apôtres et vos plus grands saints, nous en trouverons encore d'assez bonnes pour nos foibles mérites, nous croyons que vous êtes occupé dans le ciel à nous préparer des demeures , qu'en descendant sur la terre au sacrifice , vous entrouvrez ce ciel pur nous les laisser apercevoir et pour nous exciter à les mériter, et que si vous nous laissez encore sur la terre, ce n'est que pour un temps , et avec la certitude que vous reviendrez enfin nous prendre avec vous pour jamais ; venez donc souvent à nous , vérité et lumière , vie et sanctification, voie et terme du bonheur! venez, et nous dirons : montrez-vous
seulement à nous , cela nous suffit ; avec vous nous avons le Père et le Saint-Esprit , avec vous nous avons lous les trésors de la puissance , de la sagesse et de la bonté de Dieu ; avec vous nous avons le ciel entier, la foi pleine et entière, l'espérance ferme et solide , la charité forte et immuable , la paix surabondante , le bonheur pur et éternel ; avec vous nous avons tout ; montrez-vous seulement , descendez sur l'autel et dans nos cœurs , et cria nous suffit , et trop avare seroit le cœur à qui Dieu ne sauroit suffire !
Offertoire. Act, 1.
Au moment où l'on découvre le calice , où la matière du sacrifice se présente et à nos regards et surtout aux regards de Dieu, l'Eglise nous fait dire : (pie Jésus se fit voir vivant à ses disciples après sa passion , et par plusieurs preuves 9 leur apparoissant durant quarante jours > et leur parlant du royaume de Dieu. Par cette antienne, notre souvenir se reporte à ces jours où le Sauveur renouvela plus d'une fois avec ses apôtres les merveilles et les bienfaits du cénacle , et nous apprenons nous-mêmes tout ce que ce Dieu fait pour nous dans le sacrifice que l'on offre sur l'autel. Après sa passion , c'est-à-dire après avoir renouvelé sa mort à nos yeux par la consécration , il se montre à nous et se donne à nos âmes vivant, ressuscité et glorieux; il nous donne mille preuves de sa vie répandue en nous avec son sang ; il réitère pour nous ces grâces , non-seulement pendant quarante jours , mais tous les jours de notre vie 5 et chaque fois qu'il se présente ainsi , il nous entretient du royaume de Dieu, de ce règne qu'il veut à toutes forces établir dans nos cœurs par sa grâce et par son amour, et de ce règne qu'il nous donnera un jour dans sa gloire , quand , après l'avoir pris et reçu sur la terre , il viendra nous recevoir et nous prendre avec lui dans le ciel. Disons donc avec ferveur, comme le larron pénitent le répétoit dans la première obla- ( ion de ce sacrifice : Souvenez-vous de moi , Seigneur, quand vous serez dans votre royaume, n'oubliez pas de m'y préparer une place , et de venir me prendre,
afin qu'à la vie et à la mort je sois toujours là où vous êtes.
Secrète.
Recevez favorablement , Seigneur, ces dons que nous vous offrons en honorant vos apôtres saint Philippe et saint Jacques: vous êtes médiateur entre votre Père et nous , voilà notre grande confiance à la messe; souffrez aussi que nous placions vos saints apôtres entre vous et nous pour être encore plus assurés de votre médiation; agréez le sacrifice que nous vous offrons par leurs mains, et pour que les nôtres ne soient pas indignes de ce ministère qu'il faut bien que nous remplissions en dernier résultat, donnez nous cette religion pure et sans tache qu'ils nous ont enseignée, et saint Jacques en particulier dans son épître ; religion pure, qui consiste, selon votre apôtre , à pratiquer fidèlement ce que l'on croit, à réprimer sa langue de peur de n'avoir qu'une piété illusoire , à s'exercer aux œuvres de charité , et à se garder de la corruption du siècle. Donnez-nous donc, Seigneur, pour vous offrir dignement la victime sainte, donnez-nous une foi vive et pratique , une piété droite et sincère , une charité qui n'onense en paroles ni Dieu ni le prochain , une miséricorde qui s'étende à toutes les misères, au moins par la compassion et l'affection; ôtez de nos cœurs l'esprit et l'amour du monde; et donnez -nous votre amour, votre Esprit et votre vie.
Préface des Apôtres, page 439.
Communion. Jean, i4.
A combien de chrétiens Jésus-Christ ne pourroitil pas adresser ces paroles : Il g a tant de temps que je suis avec vous, et vous ne m? avez pas encore connu ! Depuis si long-temps que vous communiez , que vous me visitez et que je vous visite, que vous me tréquentez et que je vous entretiens à ia table sainte, vous ne me connoissez pas encore. Car savez-vous bien d'abord ce que vous recevez en prenant mon corps et mon sang? Vous ne recevez pas seulement
SAINT PHUUPPE ET SAINT JACQUES, APOTKLS. 44l)
un Dieu , vous vous incorporez , vous vous identifiez tous les mérites de ma naissance , de ma vie , de ma mort, de ma résurrection, de mon ascension; vous communiez à ma grâce , à ma paix , à ma vie , à mon Esprit. Savez-vous bien ensuite à quoi vous vous engagez en me recevant ? A ne plus faire qu'une aine , qu'un esprit, qu'une chair, qu'une vie avec moi, à ne plus vivre de vous-mêmes , à vivre de moi , en sorte que vous ne viviez plus , mais que ce soit moi qui vive en vous. Il n'est que trop vrai , Seigneur, ic Dieu de l'autel est souvent un Dieu inconnu : on le reçoit bien , mais avec la froideur et l'embarras que cause l'arrivée d'un inconnu ; on lui parle , mais vaguement et brièvement comme à un inconnu ; on le quitte sans regret et presque sans souvenir, comme l'inconnu qu'on ne croit plus revoir. Philippe, qui me voit , voit mon Père : ne croyez-vous pas que je suis dans le Père, et que le Père est eu moi? Ames fidèles , connoissez donc le Dieu de la communion et les fruits de la communion ; l'union doit être telle , la communication, et surtout l'habitude intime, doit nous faire tellement prendre de son Esprit , que qui nous voit, voie Jésus-Christ, et que nous soyons en lui aussi bien qu'il est en nous. On dit avec raison que Ton prend nécessairement beaucoup des personnes que Ton fréquente ; n'y auroit-il donc, ô mon Dieu ! que la fréquentation d'un ami tel que vous qui ne laisserai t rien de votre vie et de vos habitudes sacrées dans notre vie et dans nos habitudes ?
Postcommsnion.
Purifiez , Seigneur, nos âmes par la vertu des saints mystères aux queh nous avons participé : que nos ténèbres se dissipent dans la communication de votre vérité, que notre vie terrestre soit absorbée dans votre vie spirituelle et divine , que nos propies entiers se perdent dans la grande voie que vous nous i rayez au ciel 5 afin que vofis contemplant dans noire Père, et votre Père en vous, avec vos apôtres Philippe et Jacques, nous possédions la vie éternelle , par la lui à la vérité sainte , par l'espérance en la vie de la
45o l'invention de la sainte choix.
grâce , par l'amour fidèle de la voie du salut. Dieu invisible de sa nature a voulu se rendre visible dans l'incarnatiou • en Jésus-Christ fait homme nous voyons Dieu , nous entendons Dieu, nous possédons Dieu , et nous serions inexcusables de ne pas nous attacher à cette vie de grâce et de bonheur qui étoit dans le sein du Père, et qui nous a été manifestée, à cette vie éternelle qui nous a apparu en Jésus-Christ, et s'est rendue accessible par les moyens de l'obtenir les plus proportionnés à notre foiblesse et à nos moyens. O vérité incarnée ! ô voie incarnée ! ô vie incarnée ! combien vous vous êtes rapprochée de nous pour que nous puissions vous saisir ! O nourriture de vérité , de voie et de vie , comme vous descendez profondément dans nos âmes par la communion !
3 Mal