Mort d'Elisabeth, reine d'Angleterre en
H. ft, IU. — L. 3, \h. — Fig. plus gr. que nat. — Toile.
« Elisabeth donna une bague à son favori, le comte « d'Essex, à son retour de l'heureuse expédition de « Cadix, en lui ordonnant de la garder comme un gage « de sa tendresse, et en l'assurant que, dans quelque « disgrâce qu'il pût tomber, s'il la représentait alors à « ses yeux, elle serait favorable à sa justification. Lors- « qu'il se vit jugé et condamné, il confia cet anneau à « la comtesse de Nottingham , en la priant de le re- « mettre à la reine. Le comte de Nottingham, ennemi « déclaré du duc d'Essex, exigea de sa femme qu'elle « n'exécutât point la commission dont elle s'était char- « gée. Elisabeth, qui attendait toujours que son favori « lui rappellerait ses promesses par ce dernier moyen, « pour l'émouvoir en sa faveur, fut décidée enfin, par « le ressentiment et la politique , à signer l'ordre de « l'exécution. La comtesse de Nottingham tomba ma-
lade, et sentant approcher sa fin, les remords d'une si grande infidélité la troublèrent: elle supplia la reine de venir la voir, et lui révéla ce fatal secret en implorant sa clémence. Elisabeth, saisie de surprise et de fureur, traita la mourante comtesse avec l'emportement le plus extrême, s'écriant que Dieu pouvait lui pardonner, mais qu'elle ne lui pardonnerait jamais. Elle sortit avec la rage dans le cœur, et s'abandonna dès ce moment à la plus profonde mélancolie; elle rejeta toute espèce de consolation , et refusa même de prendre des aliments; elle se j< ta par terre, y resta immobile, nourrissant ses regrets des réflexions les plus cruelles, et déclara que la vie n'était plus pour elle qu'un fardeau insupportable. Des cris étouffés, des gémissements, des soupirs, furent le seul langage qu'elle se permit. Elle passa ainsi dix jours et dix nuits étendue sur son tapis et appuyée sur des coussins que ses femmes lui apportèrent ; ses médecins ne purent lui persuader de se mettre au lit, et encore moins d'essayer les secours de leur art. Sa fin parut prochaine. Le conseil s'assembla et députa le chancelier, l'amiral et le secrétaire d'État à cette reine, pour savoir ses intentions sur le choix de son successeur. Elle répondit, d'une voix défaillante, qu'ayant porté le sceptre des rois, elle voulait qu'un roi lui succédât. Cécil la pressa de s'expliquer plus positivement : «Un roi me succédera, répliqua-t-elle, et ce ne peut être que mon plus proche parent, le roi d'Ecosse. » L'archevêque de Canterbury l'exhorta ensuite à tourner ses pensées vers Dieu : « C'est ce que je fais, et mon âme cherche à s'unir à lui pour jamais. » Peu de temps après, sa voix s'éteignit, ses sens s'affaiblirent ; elle tomba dans un assoupissement : léthargique qui dura quelques heures, et elle expira : doucement, sans aucun signe violent d'agonie, dans l 1a soixante-dixième année de son âge et la quarantecinquième de son règne.
On remarque le lord garde du sceau , le lord
ami-
« rai, l'archevêque de Canterbury et le secrétaire d'ÉI « Cécil, qui est à genoux devant la reine. »
Salon de 1827.
Gravé par Jazct , manière noire.
Appartient au Musée du Luxembourg,