L'HOMME
11 est démontré que la matière , c'est-à-dire tout ce qui tombe sous nos sens dans les trois règnes de la nature, est susceptible de trois états : le solide, le fluide , le gazeux, et que sa divisibilité est infinie.
Il est également démontré que, tantôt latente, tantôt visible, c'est l'électricité qui, avec sa double faculté d'attraction et de répulsion, est le principe du mouvement, de la lumière, de la chaleur, de la sensation, de la force, et qui compose, décompose et recompose tout dans l'univers.
En nous examinant nous-mêmes, nous nous trouvons bien positivement ces deux principes, dont le plus sub til donne, un certain temps, au plus grossier ce pouvoir d'aspirer l'air, de s'assimiler les aliments, de sentir, de parler et d'agir, qui s'appelle vie.
Il est donc démontré que l'homme est un composé, partie solide, partie fluide, partie invisible, de substances qui se trouvent toutes dans l'air, et qu'il n'y distingue point, parce qu'elles s'y trouvent à l'état de gaz. Il se multiplie
de graine. Chaque femelle en porte quelques unes. Son union avec un mâle doue pour un certain temps une de ces graines de la double faculté de concréter et de dissoudre , apparemment en produisant un courant d'électricité : car cette double faculté , l'électricité seule la possède. Et voilà un être nouveau , qui , prenant dans sa mère comme dans un moule une forme mâle ou femelle, puis aspirant de l'air et s'assimilant avec son aide d'autres êtres végétaux ou animaux venus de graine comme lui , composés d'air comme lui, à d'autres doses, se développera jusqu'à un certain point, restera quelque temps stationnaire, perdra ensuite peu à peu sa double force, et lorsqu'il ne lui en restera plus rien, ou qu'un accident dérangera sa construction, retournera à l'air d'où il est venu, soit en fumée et sur-le-champ si on le brûle, soit plus ou moins lentement et en passant par d'autres êtres qui se l'assimilent à leur tour, si on le laisse sur la terre, ou si on l'enfouit ou le noie (1).
. Ce que nous appelons la mort ne détruit donc pas plus les parties, soit subtiles, soit grossières, de l'homme, que la conception ne les a créées : elles existaient dans l'air ; elles ont pris une forme en se concrétant et la perdent en se séparant ; mais elles sont toutes également immortelles, leur forme seule périt.
Sous cette forme leur éphémère ensemble a éprouvé du plaisir et de la peine, suivant que ses besoins d'ab-
(4) Les insectes qu'a, fait naître d'un silex liquéfié et saturé d'acide muriatique un courant d'électricité tiré d'une pile voltaique ont prouvé que l'électricité est le principe de la vie.
sorption et de restitution, de mouvement et de repos, ont été ou non satisfaits; puis des sentiments d'amour ou de haine pour les êtres avec qui il s'est trouvé en rapport, suivant que ces êtres lui ont causé du plaisir ou de la peine ; puis une aspiration continuelle à ne rencontrer que du plaisir, et, pour y parvenir, un travail intérieui d'où sont nées en lui des idées.
Ces idées constituent son intelligence. Est-ce un être a part que cette intelligence qui semble chargée de juger des sensations de notre âme et de notre corps, et de diriger en conséquence par l'une les mouvements de l'autre, mais qui, tantôt ignorance, tantôt faiblesse, ne leur fait pas toujours faire le bien, et souffre plus ou moins quand ils ne le font pas?
Suivant Épicure , Démocrite et plusieurs philosophes modernes, c'est une faculté de sentir, de penser, comme dans les arbres celle de végéter. On sent par les nerfs, on pense par la tête, comme on touche avec les mains, comme on marche avec les pieds. Mais la plupart des hommes ont adopté, de temps immémorial, l'idée contraire que l'âme est une essence à part, pure, immortelle et responsable. Cette idée, qui est à la fois la plus répandue, la plus sage, la plus consolante et la plus politique, n'est pas plus prouvée que l'autre.
Descartes nous a bien expliqué nos sensations ainsi que nos mouvements, et comment tels ou tels de nos nerfs, qui sont de petits tuyaux, transmettent a notre cerveau, parle moyen de ses pores, une vapeur subtile que produit la chaleur de notre sang, et qui, ressortant de 1k
par le même moyen dans d'autres nerfs qu'elle raccourcit en les gonflant, tandis que le surplus reste vide , fait tirer par eux nos muscles dans tous les sens.
Il nous dit bien aussi comment c'est vraisemblablement une petite glande suspendue au milieu de notre cerveau, au-dessus du conduit par lequel les cavités antérieures communiquent avec les postérieures, qui dirige vers tels ou tels nerfs la sortie de ladite vapeur, suivant e sens dans lequel cette vapeur Ta poussée elle-même en entrant.
Il se comprend que le moindre changement dans le point d'où vient la vapeur change beaucoup les mouvements de la glande et que le moindre déplacement de celle-ci change beaucoup le cours de la vapeur. Il se comprend aussi que du passage plus ou moins fréquent de cette vapeur par les mêmes pores dépende notre plus ou moins d'aptitude à telle ou telle action, et tous ces effets supposés de la vapeur de notre sang n'ont rien que de conforme aux principes de la physique; mais outre qu'ils sont repoussés par tous nos médecins , ils n'expliquent que les actes décidés en nous par nos sensations physiques, point ceux qu'y détermine si souvent en opposition, et après une lutte avec elles, le principe que nous appelons notre raison.
Nous ne savons pas si notre sang et nos nerfs sont chargés de deux électricités contraires dont l'alliance est nécessaire a notre vie, et dont l'une sert exclusivement nos sens, l'autre notre raison. Nous sommes seulement portés à supposer ce dualisme, pour peu que nous réfléchissions à la fatigue que nous causent les luttes entre notre rai-
son et nos sens, ainsi que le calme qui rentre en no as aussitôt la décision prise.
En un mot la question reste entière. Est-ce un être a part que l'intelligence ? La graine humaine la contenait-elle en germe? ou voltigeait-elle en l'air et a-t-elle été aspirée parmi toutes les molécules que la graine, en se développant, s'est incessamment assimilées? ou bien encore est-ce tout simplement un"produit, une élaboration de ces molécules assemblées, comme le parfum est un produit des molécules que s'assimile la rose?
Je ne puis douter, quant à moi, qu'il y ait en nous trois principes: car, si l'électricité, c'est-a-dire l'âme, était une faculté ou une modification de la matière , c'estàdire du corps, elle ne quitterait pas celui-ci quand il meurt, et, si l'intelligence était une faculté ou une modification de l'électricité, elle reparaîtrait avec la sensation et l'action dans le corps mort quand nous le faisons respirer et mouvoir au moyen d'une pile galvanique.