‹ Explication des tables parlantesChapitre 15 sur 58 · TABLES · texte numérisé non relu

TABLES

Il paraîtra moins étrange à présent que je descende sans transition de ce qui précède a des réponses faites par des tables. N'est-il pas naturel de chercher ce que deviehtcette intelligence de l'homme quand elle remonte, comme son électricité, dans l'espace, au moment où celle-ci quitte le corps? N'est-il pas intéressant de savoir si, gardant son individualité, elle emporte ou non avec elle jusqu'à l'image immatérielle de sa forme passagère, pour subir des récompenses ou des peines, ou plutôt pour rester plus ou moins long-temps dans notre atmosphère avant d'arriver à l'éther ou à Dieu , selon que, dans sa vie de ce monde, elle s'est dégagée plus ou moins des influences de la matière ? N'est-il pas doux de nous rapprocher, si nous le pouvons, des parents et des amis que nous avons perdus, et lors même qu'ils n'auraient rien d'utile à nous révéler, est-ce une raison pour ne pas tâcher de ressaisir, en attendant que nous allions les rejoindre, nos relations avec eux?

Enfin, comment sonder un tel mystère, si ce n'est à l'aide de tables ou de somnambules? Jusqu'à présent,

nous n'en savons pas d'autre moyen; et si l'on convient que la chose ait droit de nous occuper, on ne peut nier qu'entre les réponses d'un corps inerte, dénué d'idées a lui, et celles d'un être humain, qui a son imagination propre, les préférables soient celles d'un corps inerte , car celui-ci ne peut en tirer de son fonds. Si ce qu'il dit n'est conforme ni à mes idées ni a celles d'aucune des personnes qui le magnétisent avec moi , il faudra bien qu'un Être invisible l'inspire.

Je vais donc, au risque d'être pris pour fou, écrire ce que m'ont dit des tables. Je n'en ai interrogé qu'avec des personnes incapables de se jouer de moi.

lr« Expérience. — Chez M. et Mme T.9 rue Basse-du-Iiempart, «©.

M. T., Mlle Is., M. le capitaine P. et moi, faisant la chaîne autour d'un guéridon d'acajou. Après une douzaine de minutes , le guéridon a paru s'émouvoir. Mlle Is. a. dit : Y a-t-il la un esprit? Qui! fasse lever un des pieds du guéridon. Le guéridon a levé un pied.

Mlle Is. Voulez-vous nous parler? Quand vous voudrez dire oui, frappez un coup de pied; quand vous voudrez dire non , frappez-en deux ; quand vous voudrez écrire une phrase , suivez-moi bien , j'appellerai l'une après l'autre toutes les lettres de l'alphabet, et vous frapperez un coup au moment où j'en prononcerai une dont vous ayez besoin. Est-ce convenu?

Réponse : Un pied se lève et frappe un coup, oui.

Mlle Is. : Pour qui êtes-vous la? Pour M. T.?

Réponse : Deux coups, signifiant non.

— Pour le capitaine P.? — Non. — Pour moi? — Non. — Pour M. G4**? — Oui.

Moi : Est-ce un ami? — Non. — Est-ce mon père ? — Non. — Est-ce ma mère ? — Oui. — J'ai un procès, le gagnerai-je? — Non. (Je l'ai perdu.) — L'empereur m'accordera-t-il une autorisation que je désire? — Non. (Elle m'est refusée.) — Aimez-vous toujours une femme qui demeure rue T. ? — Non. — Vous blâmez donc sa conduite? — Oui. — Est-il a espérer qu'elle se corrige? — Non. — Il n'y a rien a y faire ? — Non. — Souffrez-vous dans l'autre monde ? — Oui. — Des prières peuvent-elles vous soulager? — Oui.

Mlle Is. : Etiez-vous catholique? — Oui. — Sont-ce des messes que vous entendez par ces prières ? — Oui.

Moi : Combien de messes? Moins d'une dizaine? — Non. — Des dizaines ? — Non. — Des centaines? — Oui. — Combien de centaines? — 18 ! !

Ici nous avons interrompu et sommes allés dans la salle à. manger prendre quelques glaces sur une table pouvant contenir une dizaine de personnes. En la magnétisant tous debout, nous l'avons fait tourner avec assez de rapidité pour avoir peine a la suivre.

Rentrés dans le salon, j'ai prié Mlle Is. de nous remettre au guéridon. — Il a recommencé de se pencher et de déclarer que ma mère y était. J'ai alors demandé son nom de baptême, et j'ai appelé depuis A jusqu'à L. Le guéridon ne s'est penché qu'à L. Et comme ma mère s'appelait Jeanne-Victoire, j'ai dit : Vous vous trompez. Voyons le second nom. Le guéridon s'est levé à M —

Vous vous trompez encore ; il n'est pas possible que vous ayez oublié vos deux noms. Vous êtes donc un esprit menteur, et vous avez voulu vous moquer de moi?

— Oui.

*' Expérience. — Chez les mêmes personnes.

M. T., une femme de chambre et moi, faisant la chaîne autour d'un petit lavabo contenant une cuvette en porcelaine. Au bout de vingt-cinq minutes le lavabo s'est penché.

M. T. :Quiestlà? manière? — Non. — Monfrère? — Oui.

— Lequel? James ? — Oui. — Comment s'appelait notre mère ? — Elisabeth. — Voulez -vous répondre à M. G*- ? — Oui.

Moi : Ètes-vous heureux dans l'autre monde ? — Oui. — Suffit-il de ne faire que du bien pour être heureux ? — Non. — Faut-il prier ? — Oui. — Les saints ?

— Non. — Jésus? — Non. — Jésus n'est donc pas Dieu? — Non. — Il ne faut donc prier que Dieu? — Oui. — La métempsy chose est-elle vraie? — Oui. — Les esprits reviennent-ils animer des bêtes ? — Non. — Des hommes seulement ? — Oui.

3e Expérience. — Chez M"" D., rue du Unussayc, 5.

A une petite table carrée. Pendant quarante-cinq minutes Mme D. et moi, seuls; puis, sa femme de chambre avec nous, dix autres minutes. Chaîne. Le parquet étant très glissant, la table n'apas pu lever un pied, et il

a été convenu qu'elle glisserait vers moi pour dire oui, vers Mmc D. pour dire non.

Mme D. : — Est-ce ma mère? — Non. — Notre grand mère ? — Non.

Moi : B***? — Non. — Adolphe P***? (mien cousin et oncle de Mme D.) — Oui. — Es-tu heureux ? — Oui. — Aimes-tu encore] Mme ***. — Oui. — Se peuielle corriger ? — Oui. — Serait-elle plus heureuse si nous nous rapprochions ? — Oui. — Et moi? — Oui. — Es-tu sûr de mieux distinguer le bien du mal, et le parti à prendre dans chaque affaire, que tu ne le pouvais dans ce monde-ci? — Non. — Le succès de ce que tu me conseilles la n'est donc qu'une espérance , et non pas une certitude ? — Oui.

J« Expérience. — Chez .nme O'C, avenue Frochot, *.

Autour d'une table d'acajou à quatre pieds : M. O'C. la calant de ses deux pieds pour qu'elle puisse se pencher, sa femme, une femme de 40 ans, deux autres hommes. Point de chaîne.

Est venu s'écrire, en répondant, comme je l'ai dit plus haut, par un coup a l'appel de chaque lettre de son nom, Ezéchiel. — Proudhon a demandé : Qu'est-ce qu'un esprit ? — Réponse par des lettres impossibles à assembler. — Qu'est-ce qu'autorité ? — Pou... cl des consonnes. — Combien d'années vivra le catholicisme? — Neuf. — Quelle religion le remplacera? — Lettres impossibles à assembler.

5e Expérience. — Chez la même.

Est venu le maréchal Faber. — Mme O'C. : Auronsnous la guerre? — Non. — Puis questions et réponses sans intérêt.

©" Expérience. — Chez MlleB., rue Mogador, 15.

Autour d'un petit guéridon d'acajou: M. D., un petit portier, qui a onze ans, et moi. Chaîne. — Moi : Qui est la? un parent? — Non. — Un Français? — Non. — Un Anglais? — Oui. — Un négociant? — Non. — Un ministre ? — Oui. — Peel ? — Non. — Pitt ? — Non. — Castlereagh? — Oui. — Avez-vous regretté de vous être coupé la gorge? — Oui. — Il ne faut donc pas se tuer quand on souffre? — Non. — Aurons-nous la guerre? — Non. — De plus le guéridon a dit l'âge de Mme D. et du fils du portier.

Ve Expérience. — Chez HI,ne O'C.

Cinq personnes autour de la table. Point de chaîne. Est venu Dbaf, Arabe tué en 18&2 par nos troupes. — Es-tu heureux? — Oui. — Mahomet était donc bien un prophète ? — Oui. — Et Jésus ? — Oui. — Ils sont bien ensemble dans l'autre monde ? — Oui. — Habites-tu une planète ? — Oui. — Laquelle ? — Céré. — Puis questions et réponses sans intérêt.

8e Expérience. — Chez moi.

Mme Hayden, médium américain a moi recommandée par R. Owen, Mme D., M. A. avec moi, a une table de sapin, couverte de lettres et de chiffres qu'elle place en tournant sous une aiguille. Point de chaîne.

Est venu écrire son nom, Napoléon le grand. — Moi : Quelle est maintenant votre idée dominante ? — Love ail men (aimez tous les hommes).

même Soirée.

Mme Hayden avec moi, M. Le T. et M. Al., a un guéridon d'acajou. Autant de coups, mais très faibles, que nous en avons demandé. Ces coups (knockings) ont été frappés sous le plateau du guéridon sans qu'aucun de nous le touchât. Puis moi : Que faut-il être pour réussir aujourd'hui à Paris, vertueux? — Non. — Vicieux? — Oui.

Oc Expérience. — Chez Moi.

Mlles L., D. et moi, sur la table de sapin à chiffres et a lettres. Chaîne. Au bout d'une demi-heure s'est écrit: Hubert. — Moi :QuelHubcrt?Lenotaircdela Villette qui a fait un legs aux ouvriers? — Oui. — Pouvez-vous me dire Page de la plus jeune des demoiselles ? — Oui. — Quel est-il? — Quatorze ans. — Celui {le l'aînée? — Vingt-trois ans. — Leur frère sera-t-il officier? — Oui.

— Dans combien de mois? — Trois. — Sera-ce sur la présentation du général A. ? — Oui. (Les deux âges sont exacts*; mais trois mois sont écoulés , et le frère n'est pas officier.) — Pouvez-vous me dire si deux affaires que je suis réussiront ? — 0,.i. — Vous les connaissez bien? — Oui. — Nommez-les. — Banq. — Aucune ne s'écrit ainsi. Ma caisse d'épargnes sera-t-elle autorisée ?

— Oui. — Et ma société d'échange ? — Oui. — Je n'ai donc pas deux ministres contre moi ? — Non. — M. F. se conduit-il loyalement à mon égard ? — Non. — Et mon vieux camarade M*** me sert-il avec chaleur? — Oui. — Combien durera le catholicisme? — Neuf ans. — Le protestantisme prendra-t-il sa place? — Non. — Qui le remplacera? — La fatalité,

l«*e Expérience. — Chez moi.

Avec Mme D., M. St. et la fille de notre concierge, âgée de six ans. Chaîne, table à lettres et à chiffres. — Moi : Qui est là ? — Lettres impossibles à assembler. — Vous ne savez donc pas écrire ? — Point de réponse. — Voulez-vous nous envoyer un autre esprit? — Non,

«f Expérience. — Chez »Ime O'C.

Moi, avec elle, son mari, M. Th., le baron D., et Mlle Elisa G., du Palais-Royal. Point de chaîne.

Est venu Cagliostro. MmeO'C. : Pourquoi n'êtes-vous pas venu il y a quelques jours ? — Sous domination divine. — Pouvez-vous nous faire entendre des knoc-

kings? — Oui. Et nous en avons entendu d'assez forts, autant que nous en avons voulu. — Souffrez-vous dans l'autre monde? — Pardonné. — Qui aimez-vous le mieux de nous ? — Elisa. — Pourquoi vous intéressez-vous à elle? — Parce qu'elle a de l'avenir. — Quelle sera sa spécialité ? — Être aimée.

Après ces mots, le guéridon s'est penché plusieurs fois sur Mlle Elisa , comme si l'esprit qu'il renfermait trouvait du plaisir à la toucher. Puis, ce guéridon ne répondant plus a des questions sans intérêt que nous lui adressions, Mlle Élisa l'a décidé a répondre en lui donnant un baiser. Après cela : Pouvez-vous nous faire venir l'esprit de Bouet? — Oui. — Dans combien de minutes? — Deux. — Dans le petit guéridon ? — Oui.

Salle au petit guéridon d'acajou.

Mlle Élisa, M. et Mme O'C. S'est écrit Bouet.

Élisa : Est-ce bien vous? Dites votre nom de baptême. — Edouard. — Avez-vous souffert en mourant? (Il s'est noyé.) — Oui. — Êtes-vous heureux ? — Oui. — M'aimez-vous toujours ? — Oui. — Vous fais-je plaisir quand je vais prier sur votre tombe9 — Oui. — Marine y va-t-elle aussi ? — Non. — De quelle couleur sont ordinairement mes guirlandes? — Jaunes. — Et la dernière ? — Noire. — N'y avez-vous pas vu deux lettres ? — Deux E en blanc. — Habitez-vous une planète ? — Oui. — Laquelle ? — Eos.

1 S- Expérience. — Chez Moi.

Sur la table a lettres, les demoiselles L., D. et moi ; puis comme cela ne tournait pas, ma sœur. Chaîne. — Est venu s'écrire Bocace.

Moi : Par quel hasard? Nous connaissez-vous? — Oui.

— Il y avait donc quelque relation entre les B**% nos ancêtres, et vous ? — Oui. — Pouvez-vous m'être utile?

— Oui. — Comment? par des conseils? — Oui. — Que faut-il que je fasse pour réussir ? — Courber.

13e Expérience. — Chez A3. C, au château de Lamolle , en Périgord.

Mlle Z. M., M. Ach. Desc. , une servante et moi , formant la chaîne autour d'un lavabo.

Quand le lavabo s'est ébranlé, j'ai demandé, comme à mon ordinaire: Qui est là? Si c'est un esprit, qu'il frappe un coup , etc. — Un des pieds a frappé un coup.

Moi : Est-ce l'esprit d'un homme ? — Non. — D'une femme? — Non. — D'un animal ? — Oui. — Quel animal, un bœuf? — Un cochon? — Non. — Un chien ? — Oui. — Qu'est-ce que ton esprit fait dans l'air? doit-il venir animer un homme? — Oui. — Peux-tu soulever tout a fait le lavabo? — Ici des efforts qui agitaient le lavabo, mais ne lui ont pas fait quitter la terre. — Peuxtu dire l'âge de Mllc Z ? (Mlle Z a 26 ans.) — Le lavabo a frappé 41 coups.

14e Expérience. — Même château.

Mêmes expérimentateurs. Est venu l'esprit d'un paysan.

Moi : Quel est ton nom? — Brul...

Mlle Z : Quoi ? est-ce Brulatour? — Oui. — Souffrestu dans l'autre monde? — Oui. — Que faut-il pour te soulager? — Des messes. — Combien ? — Dix.

Moi : Qui les paiera? Ta femme n'a reçu que 10 sous hier pour solde de sa semaine? — Tuil.(Tuil est un paysan qui était ami du mort.) — Dis l'âge de Mlle Z. — 26 ans.

Je dois ajouter a ce récit que deux jours avant l'expérience dans laquelle est venu le notaire Hubert, j'avais reçu la visite de son exécuteur testamentaire, gérant de la Ruche populaire, Duquesne. Je dois de plus faire observer que quelques unes de ses réponses et celles d'Ad. P. ont été contraires à d'autres sur les mêmes sujets, et que Castlereagh , Bocace, Hubert , Napoléon , étaient à cent mille lieues de nous occuper quand ils se sont présentés. Je ne puis pas savoir ce à quoi pensaient les personnes qui ont opéré avec moi chez Mme O'C. Pourtant les noms du maréchal Faber et de Dbaf n'étaient assurément dans la cervelle d'aucun d'elles. Enfin il est bon que l'on sache qu'un chien et un nommé Brulatour sont morts il y a deux ans a Lamolle.

15 Expérience.

M. et Mmc T**% leurs deux enfants, deux demoiselles D*" et moi autour de la table a lettres.

S'est écrit Cornichon, et sur notre prière de nous dire quelque chose , le mot du général Cambrone à la bataille de Waterloo. Nous avons alors demandé a l'esprit qui nous raillait ainsi de nous en envoyer un autre.

Est venue Louise.

Moi : Quelle Louise? Une femme? — Non. — Un enfant?— Oui. — A quel âge êtes-vous morte? — Cinq ans. — Etes-vous la petite Louise que j'ai fait placer dans mon caveau? ■ — Oui. — J'ai eu tort de douter de votre mère? — Oui. — Elle n'a pas voulu me tuer? — Non. — M'aimez-vous? — Oui. — Venez-vous pour me conseiller? . — Oui. — Que me conseillez-vous? — Vivre tranquille.

Aucune des personnes présentes n'a connu l'existence de cet enfant

f ©e Expérience.

M. le comted'O***, M. l'abbé Ch., et six autre personnes a une table a manger de dix, en présence de M. Ségouin, de M. Mouttet et de moi, une table a dit les variations de la Bourse du matin. Nous avions un exemplaire de la Patrie qu'aucun de nous n'avait lu, et nous avons pu vérifier l'exactitude de chaque réponse a mesure qu'elle nous était faite. Une seule fois la table s'est trompée, et a peine avait-elle fini d'écrire qu'elle frappait quatre ou cinq coups pressés pour avertir de son erreur.

1S« Expérience — Chez M. le Comte d'O., rue de las Ciuausséc-d'Antin, 8S.

Le comte d'O., M. H. de G., M. le baron **% M» et

Mme O'C, M., Mme etMlle Lav., M. et Mme *** et moi, autour d'une table d'acajou dans une obscurité complète. Au bout de vingt minutes , la table a fait plusieurs craquements, puis des mouvements en tous sens. Chacun de nous s'est proposé a son tour pour interlocuteur. Elle n'a répondu oui qu'à moi. J'ai alors demandé a l'esprit d'écrire son nom. Il a écrit Esiushaclu. — Étiezvous Européen ? — Non . — Africain ? — Non . — Asiatique?— Oui. — Pouvez-vous nous faire entendre des coups? — Oui. — Frappez-en six. Et nous en avons entendu ce nombre. — Pouvez-vous nous apparaître sous une forme quelconque? — Oui. — Dans combien de minutes? — Dans quatre. Et au bout de quatre minutes Mme Lav. a vu paraître sur la table une flamme bleue qui a pris la forme d'un globe renfermant une flamme jaunâtre. Une demi-minute après, le baron l'a aussi aperçue. Mme *" en a dit autant, mais le globe lui a paru rouge. — Moi : Faites-nous lire des caractères. Et la première dame a déclaré qu'elle lisait foi en lettres blanches. — Que voulez-vous dire par ce mot? Est-il méritoire de croire? — Oui. — Pourrions-nous en nous réunissant renverser par la foi une maison? — Oui. — Avez-vous autre chose a nous conseiller? Et il s'est écrit charité, xviii. — DIEU SEUL. — La charité est-elle la vertu la plus honorée dans le ciel? — Oui. — Que veut dire xvm? — Que j'ai vécu il y a dix-huit siècles. — Avez-vous connu Jésus-Christ? — Oui. — Etes-vous de ceux qui ont demandé sa mort? — Non, non, non. — Etos-vous un des trois rois qui l'ont adoré dans une êtable? — Oui. — Était-il fils de Dieu? — Oui. — Le Saint-

Esprit est-il Dieu? — Non. — Pouvez-vous nous envoyer un autre esprit? — Oui. — Dans combien de minutes? — Deux. Deux minutes après, la table s'est agitée de nouveau. L'esprit, interrogé par chacun de nous , a déclaré vouloir causer avec le baron , et se nommer Xaein, Africain. — Le baron : Voulez-vous nous apparaître?— Oui. Et au bout quelques instants, Mme Lav. a dit voir un compas en feu. Mme***l'a vu également. Elles ont vu ensuite une balance tenue par une main sans pouce. — Le baron : Que veut dire ce signe? — Justice. — Justice aux peuples? — Oui. — Cela a-t-il trait à la question du jour? — Oui. — La Russie sera-t-elle punie de son ambition? — Oui. — Xaein a dit après cela des choses tellement étranges, qu'elles ne peuvent trouver place ici. Il est fâcheux que ce genre d'expériences, qui est celui de M. de Reichembach, ne puisse être attesté que par des gens qu'il appelle sensitifs. Les trois sensitifs que nous avions au milieu de nous sont fort sincères, et nous disaient a tout moment, comme gens qui la voyaient bien , où se portait la boule de feu qui paraît avoir erré sur la table. Mais je dois convenir que pas un des huit autres expérimentateurs n'a vu la moindre lueur. Nous avons entendu les craquements, les coups et senti les mouvements de la table. Voila tout ce que je puis certifier.

Comment soutenir contre ces faits-la, avec une certitude complète d'avoir raison, que toutes les réponses sortent de nos têtes?

Quant à moi , je suis bien loin d'avoir la certitude

que ce sont des morts qui m'ont parlé, mais je le voudrais de tout mon cœur. Excepté la première expérience, où le nom de ma mère a fait courir un froid dans tout un côté démon corps, ces conversations-là ne m'ont donné que du plaisir et laissé qu'un seul regret, celui de n'être pas sûr de n'avoir pas causé avec moi-même et mes compagnons d'expériences.

Voici maintenant des expériences faites hors de ma présence : je les donne avec la permission de leurs auteurs , parce que je suis certain de leur sincérité, et parce que l'obstination des académies a nier les faits et à décourager les recherches me paraît inexcusable en présence de toutes les découvertes du siècle.

A M. G***, à Lamolle.

Du Mouvement des tables.

Six personnes se placent autour dune table ronde, de grande dimension ; l'imposition des mains est faite. Après une demiheure d'attente environ, la table commence un mouvement de rotation; mouvement faible d'abord, puis très rapide. A mon commandement, la table se soulève, et reste soulevée près d'une minute, ne posant plus à terre que sur deux pieds. Puis , obéissant a la parole , elle frappe autant de coups que je veux.

D'où vient ce mouvement de rotation , quelle est sa cause?

Quelques hommes de science ont donné leur explication. Selon eux , la table soumise à l'action simultanée des mains est entraînée peu à peu par la pression des doigts ; il faut voir dans ce phénomène un fait matériel, et rien de plus.

Cette explication ne me parait pas satisfaisante. 11 est possible

que l'action , la pression des doigts, soit pour quelque chose dans la rotation de la table , mais il doit exister encore un autre moteur.

En effet, dans certains cas dix personnes ne feront pas bouger une table après une heure d'attente; l'adjonction d'une seule personne suffira pour déterminer le mouvement. Cette personne, privilégiée peut-être, se retirera, et le mouvement sera interrompu par son absence.

D'un autre côté , quittez pendant quelques minutes la table que vous venez de mettre en mouvement. Il vous a fallu uue heure, je suppose, pour obtenir ce mouvement; eh bien! la table reprendra sa marche instantanément aussitôt que vous recommencerez l'imposition des mains.

Si le premier mouvement n'était dû qu'à la pression des mains, ne faudrait- il pas le même temps pour produire le second? Pourquoi dans un cas un mouvement attendu pendant une heure, et pourquoi dans le second un mouvement instantané?

Si l'on suppose, au contraire, que l'action magnétique a fait passer dans la table un agent actif, puissant, invisible, un courant électrique , entin, on expliquera facilement le mouvement instantané.

Ceci admis , cherchons quel est cet agent.

E*e l'agent actif et invisible.

Nous opérons sur un guéridon en bois de peuplier. Le plateau est mobile, et peut tourner soit à droite, soit à gauche. Une aiguille fixe est adaptée au pied , qui ligure alors un axe immobile. — Sur le plateau sont inscrits nos chiffres de 1 a 0, nos lettres de A à Z , et les deux mots oui et non.

L'imposition des mains est faite, le charme a opéré , la table manifeste un mouvement.

Je demande :

— Y a-t-il quelqu'un?

Le mouvement recommence et l'aiguille se fixe sur le oui.

— Quel est ton nom?

Le plateau , tournant et présentant successivement les lettres

— lit —

de l'alphabet a l'aiguille immobile, et s'arrêtant a chacune de celles qui doivent former les réponses, va nous donner des mots et des phrases. La table va écrire ainsi pendant des heures entières d'une façon intelligente.

Ce n'est pas une jonglerie : nous sommes de bonne foi. Qui donc nous répond?

Ce n'est pas la table elle-même, bois, matière brute ; et d'ailleurs les conversations ne s'établissent qu'après l'imposition des mains. C'est donc un agent actif et invisible, dont la présence a été déterminée, provoquée, par cette imposition.

Quel est- il? Ici commence le mystère; ici nous entrons dans le monde de l'inconnu.

Je suppose la table imprégnée de notre chaleur vitale, de notre fluide magnétique; une partie de notre moi est maintenant dans ce bois insensible.

J'interroge, et ce bois me répond.

La table n'est-elle qu'un miroir où ma propre pensée vient se refléter?

Voila la première hypothèse. Voici la seconde :

La table étant imprégnée d'électricité humaine , celle électricité devient l'agent au moyen duquel un esprit, un habitant du monde invisible, une âme enfin , peut entrer en commerce avec notre âme , enveloppée dans ses liens charnels.

Un de nos amis, M. **, place sur la table un livre fermé et dit:

— Lis a la page 37 la ligne 6e...

Et la table lit.

Cette expérience a été répétée plusieurs fois.

Après un fait semblable, il faut admettre, ou une espèce de lucidité pareille à celle des somnambules, ou la présence d'un esprit.

Illusion de l'intelligence, mirage de l'imagination, ou révélations du monde invisible, il y a la dans tous les cas un phénomène extrêmement curieux.

Voici le résumé de nos expériences.

Conversations.

Nous admettons que nous sommes eu rapport avec les es-

prits , et nous employons ce mot pour pouvoir nous faire com prendre.

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