LES ESPRITS
La terre contient quatre sortes de terrain dont la superposition horizontale, ça et la mêlée de roches ou rognons de formation cristalline, ici inclinés, là verticaux, prouve à la fois quatre catastrophes successives, et que ces catastrophes ont été produites ou par des satellites de la terre , qui , s'approchant constamment d'elle comme fait la lune, ont fini par se venir briser sur elle, perturber ses eaux et la pénétrer de leurs débris; ou par des fontes de glaces qu'auront causées alternativement a chacun de ses deux pôles les huit jours d'inégalité de ses hivers à ses étés , et par des explosions de la matière en fusion de son centre, au contact, à travers ses fissures, de ses masses d'eau déplacées.
Or, dans ces terrains divers se trouvent des squelettes d'animaux et de végétaux que nous ne connaissons plus, et d'autres dont la race subsiste encore, pas un seul d'homme. L'homme n'existe donc que depuis la dernière de ces catastrophes. Pour que des molécules de l'atmosphère terrestre l'électricité qui part du soleil pût enfin composer un être si supérieur aux autres, il n'a pas suffi de je ne sais combien de transformations des gaz de cette atmosphère en eau , en végétaux, en animaux, et du retour de ces formes a l'état de gaz; il a fallu quatre bouleversements de la planète elle-même.
Cela nous autorise a penser que , de toutes les formes
-Si —
successivement revêtues par des parcelles de l'intelligence divine, nous sommes la dernière sur la terre. Mais est-ce a dire que, dans notre atmosphère ou ailleurs, il n'en est pas de moins matérielles par lesquelles, quand ces parcelles sont dégagées de nos corps , elles doivent encore passer avant de rentrer dans l'éther?
Il faut bien qu'il en soit ainsi
Pour que sir Ed. B. L., baronnet et membre du parlement d'Angleterre, qui me l'a raconté lui-même à son dernier voyage d'il y a six mois à Paris, ait pu, défiant un sien ami de dissiper, par un fait quelconque, ses doutes sur ce point, voir successivement, à sa grande surprise, une table massive se précipiter sur lui, et du vin s'agiter dans un flacon de cristal sans que le flacon bougeât ;
Pour que M. Cahaignet, qu'il est facile de trouver à Paris, rue de la Fidélité, n° 23, ait pu, dans un livre intitulé les Arcanes de la vie future, rapporter cinquante apparitions de personnes mortes, dont la somnambule, qui voyait leurs ombres et ne les avait pas connues pendant leur vie, a dépeint, aux visiteurs à la demande de qui elles étaient évoquées, les traits et les derniers habits ;
Pour qu'enfin un homme de beaucoup d'esprit, qui demeure rue de la Verrerie et se pique de matérialisme, m'ait affirmé ceci de telle façon qu'il m'est impossible d'en douter :
Comme il s'amuse quelquefois à faire du magnétisme, une femme du peuple et d'une cinquantaine d'années était venue le prier d'essayer si elle serait bonne soin-
nambule, et au bout d'un quart d'heure, cette femme, en état d'extase, les bras étendus, les yeux grands ouverts : « Ah ! mon cher oncle, est-ce bien vous? que je » suis heureuse de vous revoir ! — Comment ! votre » oncle, dit le magnétiseur, mais je ne vois personne. Où » est-il donc ? — Vous ne le voyez pas ? Regardez, il est » là, sur un escabeau, avec son vieil uniforme et son » bonnet de police. — Qu'est-ce qu'il était donc? — » Tambour. — Eh bien ! demandez-lui une faveur : » qu'il prenne son instrument et que je puisse l'en- » tendre, puisque je ne puis pas le voir. »
Et deux ou trois minutes n'étaient pas écoulées que la femme de mon ami s'évanouit, sa servante se sauve, et lui-même est frappé d'une stupeur à laquelle, pendant plusieurs semaines, il ne peut s'empêcher de penser. Le rappel s'était fait entendre à ses deux témoins comme à lui. Il avait commencé, faible, à un coin de sa chambre qu'il m'a fait voir, s'était renforcé en la traversant, et s'était affaibli par degrés, comme s'il s'éloignait, après être sorti par un autre coin.
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