CLAUSES RELATIVES A LA DISTRIBUTION ET A L'ÉCONOMIE DOMESTIQUE
XVI. Le logement, la nourriture, l'habillement, le blanchissage et l'éducation des enfants, seront payés sur
Je fonds commun de rétablissement, depuis leur sevrage jusqu'à l'âge de dix-sept ans, âge où ils pourront en devenir membres.
XVII. Les parents qui voudront élever eux-mêmes chez eux leurs enfants paieront leur nourriture, leur habillement et leur blanchissage.
XVIII. Les salles et cuisines communes seront chauffées gratis.
XIX. Chaque personne logée à part et faisant cuisine chez elle paiera son feu.
XX. Un sous-comité d'économie domestique seraspé^ cialement chargé de se procurer et de mettre en pratique les procédés culinaires les meilleurs et les moins dispendieux.
XXI. Le blanchissage sera fait en commun, et les dé-^ penses de savon , de feu et de main-d'œuvre, seront sup-< portées par tous les adultes.
XXII. Chaque membre laissera sur ses gages un demi-3 penny par shelling pour former un fonds de réserve en faveur des malades et invalides.
XXIII. Tout dommage fait par un membre de l'asso-^ ciation dans ses logements, meubles ou approvisionnements, sera retenu sur les gages de l'individu, à moins que le comité ne lui en fasse remise.
MOTIFS ET EFFETS
Dans une société tout a fait rationnelle, il ne serait pas fait de différence de salaire entre les divers genres de travail. Une journée utilement employée serait payée
comme toute autre journée employée autrement, mais aussi utilement. C'était le désir de M. Vandeleur. Mais il ne put pas avoir de charpentiers , de menuisiers , de peintres, sans leur donner un peu plus qu'aux tiavailleurs a la terre.
L'association avait commencé, ainsi que je l'ai dit plus haut, par quarante membres , mais ce nombre ne fut pas trouvé suffisant et fut bientôt porté au double.
Les gages étaient ainsi réglés par semaine au mois de juin 1833 :
Le secrétaire ....... 8 shellings.
Le garde-magasin 8
Un charpentier 8
Un compagnon ...... 6
Un serrurier 8
Un compagnon 6
Un directeur de l'agriculture . . 8
Un jardinier 7
Un boucher ....... 6
Trois maîtres laboureurs, par tête. 5
Vingt-trois compagnons, id. . 4
Vingt et une femmes, id. . 2
Neuf jeunes gens et enfants. . . 0
En tout 81 individus. .... 214 shellings.
Le travail de chaque jour était ainsi réparti sur la feuille d'avril 1833 :
15 hommes a la bêche, 4 au voiturage et a l'étendage rju fumier, 4 aux charrues, 3 aux vaches et aux mou-
tons , ht aux compôls , 1 a la boucherie , 3 à la charpente, 2 à la serrurerie , 1 au magasin , 1 au secrétariat , 1 a la cuisson des pommes de terre, S femmes à la culture, 3 à la laiterie et aux poules, 1 à l'école.
Le travail des jeunes gens et des enfants n'entrait pas dans la feuille, puisqu'il n'était pas payé ; mais pour ceux de 9 a 17 ans il était regardé comme plus que suffisant aux frais de leur entretien et de leur éducation.
Les prix des denrées du magasin étaient ceux-ci :
Autant de pommes de terre qu'un homme en pouvait manger dans sa semaine , 4 shelling.
Idem pour une femme , 6 pence.
Le lait, 1 penny la pinte; le porc, 2 pence et demi la livre; le mouton et le bœuf, 4 pence la livre; le beurre, 8 pence.
La tourbe pour les logements était payée par les ménages , le coût de l'arrachage et du transport. — Chaque cottage était payé , non à M. Vandeleur, mais à l'association , 6 pence par semaine. C'étaient là les seules charges que les ménages eussent à supporter de plus que les célibataires. Mais cela était juste, puisqu'ils avaient plus de jouissances, et de plus c'était une petite indemnité lux célibataires pour la dépense des enfants.
Le temps, le travail, le savon, l'empois, les aiguilles, le fil, la laine, etc., du blanchissage et du raccommodage, étaient payés au moyen d'une cotisation entre les adultes; les articles d'habillement aux prix du gros.
Les laboureurs se contentaient en général d'acheter du lait et des pommes de terre. Les mieux payés prenaient du thé ou du café, rarement de la viande. Dans le ver-
ger, pièce de terre de deux acres et demi, que M. Vandeleur estimait peu, il avait planté quelques arbres fruitiers. L'association fit son jardinier d'un de ses membres, l'aida à épierrer, a améliorer, a enclore ce terrain, puis lui en laissa le soin. Il y fit venir toutes sortes de légumes et de fleurs, et cbaque travailleur, en s'adressant à lui , en eut pour son usage et sans aucune rétribution tant qu'il en voulut. Tout était en abondance et de la meilleure qualité. Les repas de chacun étaient ainsi agréablement variés. L'Irlande et l'Angleterre n'avaient point d'ouvriers mieux portants, plus dispos, plus actifs, ni plus gais.
Cela se conçoit facilement. Si les gages hebdomadaires étaient a Rahaline fort au dessous de ce que sont ailleurs ceux des mécaniciens et de quelques autres artisans , il s'y trouvait en revanche beaucoup de comforts coûtant peu de chose, beaucoup ne coûtant rien, et voici ce que présentaient en général les comptes de ces travailleurs.
Les simples compagnons , je l'ai dit plus haut, avaient par semaine 4 shellings, c'était là leur revenu. Leur dépense consistait en 10 pintes de lait. 0 sh. 10 p.
Pommes de terre et assaisonnement.
Autres légumes et fruits de toute sorte.
Blanchissage et raccommodage.
Fonds de retraite.
Habillement.
-os simples ouvriers avaient par semaine 2 shellings
6 pence, et dépensaient pour 8 pintes de lait, pommes de terre, légumes et assaisonnement. 1 sh. 2 p. Blanchissage et fonds de retraite, 0 3 1/4
Habillement. 1 0 3/4
ïl ne restait sans doute aux célibataires mâles et femelles que de quoi s'habiller fort simplement. Mais tout ce qui leur était fourni était infiniment supérieur à ce qu'ils auraient eu ailleurs. Ils avaient pour rien feu et lumiè-. re toujours, lecture un soir la semaine, école deux soirs, danse deux soirs, et ils étaient assurés de ne jamais manquer. Puis, que d'avantages dès qu'ils se mariaient! Pour 6 pence par semaine un cottage , pour 2 pence peut-être leurfeu. Pour rien la subsistance, l'habillement; l'éducation de leurs enfants , depuis 14 mois jusqu'à 9 ans a l'école, depuis 9 ans jusqu'à 17 avec les adultes non mariés. Et point de soucis pour leur vieil âge, ni pour ces mêmes enfants. Venaient-ils à mourir , l'association adoptait les orphelins. Si toutes les populations étaient ainsi organisées, on ne verrait ni veuves ni orphelins dans la détresse.
Soixante shellings par semaine à Liverpoolou à Lon-^ dres ne donnent pas dans l'ordre social actuel à un ménage les avantages et les comforts que Rahaline a pro-* curés à ses habitants, moyennant 6 shellings 6 pence.
L'Irlande est pleine de familles à demi-nues , sans lit, sans meubles , sans autre ustensile qu'une marmite de fonte pour faire cuire les pommes de terre qui sont leur seule nourriture, couchant pêle-mêle sur la paille avec
des cochons, des canards, des oies, des poules, des chiens, des vaches, dans de misérables cabanes sans cheminée, sans croisées, et toujours obstruées de fumier,
A Rahaline tous les cottages étaient pourvus de couchettes, de lits, de couvertures, de tables, de chaises, de fauteuils, aussi propres que chez les artisans les plus aisés de l'Angleterre. L'école , placée a la suite de six cottages occupés par les parents , avait pour chaque enfant un bon berceau à balançoire avec couches et couvertures ; pour ceux plus âgés de bons lits bien garnis, des bancs, des ardoises, une cour, un jardin, un gymnase avec mâts , escarpolettes, etc. ; pour la gouvernante un mobilier semblable à celui des parents. Cette gouvernante était une jeune personne élevée à Dublin pour être institutrice , et que les enfants aimaient beaucoup. Us n'auraient pas été a beaucoup près aussi bien dirigés par leurs pères et mères que par elle. La salle du comité, celle d'assemblée, celle à manger et la classe des jeunes gens étaient également pourvues de tout ce que l'on pouvait désirer pour chacune d'elles. Au dessus de ces salles étaient les dortoirs, un pour les garçons, un pour les filles. Une femme adulte avait la direction des dortoirs, une autre celle des salles. La cuisine et le blanchissage communs se faisant dans des pièces à ce destinées, et tous les enfants étant réunis dans l'école, les femmes mariées pouvaient à la fois, sans aucune peine, travailler a l'association et tenir leurs cottages en ordre. Le bois et les autres matériaux ayant été fournis par M. Vandeleur, les serruriers e1 les menuisiers de l'association avaient fait
à leur temps perdu tous les bancs , pupitres , tables * chaises, couchettes, etc., dont je viens de donner le dé^ tait.
L'appareil pour laver et cuire les pommes de terre était très commode. Un cylindre à jour comme une cage d'écureuil, suspendu horizontalement sur un axe, était tourné au moyen d'une poignée dans un baquet d'eau jusqu'à ce que les pommes de terre fussent propres. Elles passaient de la dans un vase couvert, à fond percé de trous par où pût entrer la vapeur. Ce vase était posé corn-» me un couvercle sur une grande chaudière pleine d'eau qu'on faisait bouillir, et les pommes de terre cuisaient ainsi fort vite. Un homme pouvait en deux heures pré-, parer ce qu'il en fallait pour toute l'association.
La scierie et la machine a battre épargnaient également beaucoup de temps, et on ne négligeait aucun des moyens inventés pour faire avec plus d'économie et de promptitude le blanchissage. L'association inventa elle-même , pour sa moisson, une machine au moyen de laquelle elle fit avec un cheval ce que n'auraient pas fait douze hommes, et elle publia a cette occasion une lettre dans laquelle elle invitait tous les cultivateurs d'Angleterre et d'Irlande a se réunir par groupes pour pouvoir comme elle employer des machines. Je ne sais si ces cultivateurs ont fait leur profit de ce conseil.