RÉSUMÉ DE MACKINTOSH
La science des choses naturelles s'appelle physique ; celle des lois de l'univers , cosmologie. Ces deux sciences n'en font qu'une ; il n'en est point que l'on dût enseigner avant elle : car, de toutes , c'est la plus simple , en même temps que la plus utile et la plus vaste. Pour toute formation et pour toute décomposition , il n'est besoin que d'espace , de temps, de matière et de mouvement : elle se réduit donc à ces quatre termes.
C'est cette science que je vais traiter, d'après un homme dont les travaux ont fait, il y a vingt ans, une grande sensation en Angleterre, aux Étatsl nis et dans les Indes. Je ne sache pas qu'aucun de
nos savants lui ait payé le tribut qu'il me paraît mériter.
Espace et Temps. — En fait d'espace, nousne connaissons que celui du système solaire , dont notre globe fait partie, et nous ne le connaissons qu'imparfaitement. En fait de temps, nous ne connaissons que quelques milliers d'années , et les histoires que nous en possédons renferment, sur l'origine de la terre et la création de l'homme , des absurdités si palpables qu'elles ne méritent pas réfutation, Mais , d'une part , des faits astronomiques et géologiques multipliés nous prouvent incontestablement que , dans le système solaire seul , de grandes révolutions se sont, les unes commencées, les autres accomplies , qui ne l'auraient pas pu sans un espace immense et des milliers de millions d'années ; de l'autre , nous observons autour d'étoiles dont chacune est évidemment , comme le soleil , un centre , plusieurs systèmes dont les lois sont les mêmes que celles du sien. Nous pouvons donc raisonnablement en conclure non seulement qu'une même loi régit tout l'univers , mais encore que l'espace et le temps, dans lesquels s'accomplissent les révolutions que je viens de dire, sont tous deux éternels et infinis.
Matière et Mouvement. — Il fautbien aussi quela
matière et le mouvement soient infinis et éternels , puisque l'une est l'objet, l'autre l'agent de ces révolutions. D'ailleurs , nous sentons tous qu'il y a un Etre-Suprême éternel. Pourquoi et comment eût-il existé un instant sans eux?
Mais ce n'est pas , comme pour l'espace et le temps , tout ce qu'il y a à en dire. La matière tombe sous nos sens : nous devons en trouver les éléments. Le mouvement est un effet : nous devons en trouver la cause.
Un grand fait va nous mettre sur la voie. Ce fait, c'est que toute matière est douée de trois existences : Tune gazeuse, la seconde fluide , la troisième solide.
L'eau en est un exemple : elle existe en vapeur, en eau , en glace. Ce n'est pas l'exemple le plus général possible , car aucune combinaison chimique n'y semble entrer, et dans la plupart des [autres il en entre; mais c'est un exemple que tout le monde sait.
Or comment l'eau pourrait-elle s'épandre en vapeur, si ce n'était par une force de répulsion qui contraint toutes ses molécules de s'éloigner de leur centre, et les unes des autres? Comment la vapeur se condenser en eau , l'eau en glace , si ce n'était par une force d'attraction qui contraint les mêmes molécules de se rapprocher entre elles et de leur
centre ? Ces deux forces, qui produisent l'une l'expansion, l'autre la concrétion , doivent être égales entre elles : car, si Tune avait plus d'action , l'autre n'existerait pas ; et elles sont toutes deux les attributs de la seule électricité. C'est donc l'électricité qui est le principe des transformations de la matière. En voulez-vous une preuve?
Prenez un litre d'eau , mettez-le en communication avec deux vases clos, de la capacité de 2,000 litres , et exposez-le à l'influence d'une batterie galvanique : l'eau se décomposera en deux gaz qui rempliront les deux vases clos. Cela fait, réunissez les deux avec précaution , et faites passer par eux une étincelle électrique : un éclair, une explosion, auront lieu de suite , et les deux mille litres de gaz se reconvertiront en un litre d'eau. Voilà tous les effets que donnerait l'addition , par le feu , de 500 degrés de calorique aux 100 degrés d'un litre d'eau, puis la soustraction par l'air froid de ces 500 degrés ajoutés. Eh bien , cette électricité que son action par une pile ou par une étincelle nous révèle dans les effets du calorique et de l'air froid sur l'eau et la vapeur, il n'est point de solide qu'elle ne puisse convertir en gaz , point de gaz qu'elle ne puisse solidifier.
Depuis quatre ans on a , par le feu électrique 7
volatilisé du charbon, du titane, fondu du silicium, du bore, du tungstène, du platine, avec une merveilleuse facilité.
Mondes. — Maintenant partons de ces axiomes : 1° Que l'expansion de la matière résulte d'une répulsion mutuelle entre ses atomes , et constitue une formation dont le dernier terme est un gaz ; 2° Que la concrétion de la matière résulte d'une attraction mutuelle entre ses atomes , et constitue une décomposition dont le dernier terme est un solide ;
3° Que l'expansion va du centre à une circonférence plus ou moins éloignée , et dans un temps plus ou moins long , suivant que l'intensité de l'action et la masse de la matière sont plus ou moins grandes;
4° Que la concrétion va de la circonférence au centre , dans un temps plus ou moins court , suivant que le mouvement imprimé est plus ou moins direct , l'action plus ou moins vive , la masse de la matière plus ou moins grande , la distance plus ou moins longue.
Nous trouverons que le mouvement perpétuel est impossible , soit par expansion vers une circonférence , soit par contraction vers un centre , parce qu'il y a nécessairement un point, quelles
que soient les dimensions de la masse , où la force qui pousse du centre à la circonférence ou de la circonférence au centre s'épuise; mais que le mouvement perpétuel peut et doit exister pour des corps doués de la force d'attraction ou électricité négative, et situés entre un centre et un autre centre pris sur la circonférence du premier, lesdits centres doués tous deux de la force d'expansion ou électricité positive.
La ligne que voici va aider à me comprendre :
A représente ici un centre ; BB , d'autres centres pris sur la circonférence du premier ; aa , des corps placés entre le premier centre et les autres. Il est clair que ces corps ne pourront aller éternellement, ni dans la direction de A , ni dans celle d'aucun des B ; mais que leur mouvement pourra et devra être éternel , s'ils vont alternativement dans l'une et dans l'autre direction.
Ainsi sont doués et se meuvent éternellement les mondes.
Dans le système de Newton , ils sont inertes et se meuvent dans le vide. Une force centripète , effet de l'attraction , les fait tendre vers le soleil ,
ainsi que les uns vers les autres. Puis une force centrifuge , effet d'une impulsion perpendiculaire à l'extrémité du rayon d'attraction du soleil, les force à fuir par la tangente et les retient ainsi à distance, sans arrêter leur course.
Mais si un corps inerte est en repos, il y reste ; s'il est en mouvement dans le vide , il se meut toujours , et toujours en droite ligne , puisqu'il n'a pas de force intérieure pour changer de direction.
Or le vide n'existe pas : il y a des obstacles au mouvement, et pourtant les mondes décrivent des courbes! Comment le pourraient-ils s'ils étaient inertes? Comment une provision de forces, due à une force d'impulsion première, balancerait-elle une force naturelle continue et inépuisable ? Entre deux pouvoirs si inégaux, il faudrait qu'un troisième pouvoir, en dehors des mondes, fût venu constamment au secours du plus faible contre le plus fort , pour que tous ces mondes , jetés l'un sur l'autre par le plus fort des deux pouvoirs , ne se fussent pas mille fois brisés.
Un tel système ne soutient pas l'examen. Pour que le mouvement des mondes soit éternel , il n'est pas possible que son principe ne soit pas double, que ses deux forces ne soient pas égales , que les mondes ne les aient pas en eux. L'électricité seule
possède ces deux forces , dans la dilatation et la condensation. Elle seule peut les partager entre les mondes. C'est donc elle qui meut tout, comme elle forme et décompose tout. C'est sous Faction alternative de ses deux forces exactement égales , l'une tendant au centre , l'autre à la circonférence , que les mondes sont maintenus dans la course qui leur est assignée , avec autant de précision et de sûreté que dans un étau. Si les deux forces agissaient à la fois , les mondes seraient immobiles. Ils se meuvent parce qu'elles agissent tour à tour. Une fusée volante peut nous donner une idée de ces mouvements : mettez-y le feu , la force , ici artificielle, d'expansion, la fait monter jusqu'au point où finit la force de concrétion de la terre , et là , ces deux forces, en équilibre, la maintiennent sans mouvement, jusqu'à ce que, la première s'épuisant, l'autre fasse retomber le tube vide. C'est ainsi que les mondes sont alternativement éloignés et rapprochés les uns des autres dans des limites où chacune des deux forces s'en empare à son tour. Seulement, la nature ne s' exposant jamais à l'impossible , chacune cesse de dominer avant le point extrême auquel elle serait épuisée. C'est ainsi que jamais le mouvement ne s'arrête; c'est une suite perpétuelle de circuits faits par les corps 7 et dont
chacun a pour causes une expansion et une contraction consécutives.
Circuit. — Il est important, dans ce système nouveau, de se rendre bien compte des circuits dont le mouvement se compose. Bien que celui que fait un aérostat n'ait pas lieu en vertu d'une opération de la nature , il nous donne l'idée de ceux que la nature fait faire , et il en doit être ainsi , pour qu'elle soit bonne , de toute invention humaine : plus elle se rapproche des procédés de la nature , mieux elle vaut ; nous ne pouvons pas créer des forces , nous ne pouvons qu'étudier celles qui existent dans la nature , et en faire notre profit. Voyons donc tout ce qui se passe dans une expérience aérostatique complète. Elle va nous offrir deux circuits complets. J'en pourrais montrer autant dans tout autre corps ; je prends mon exemple au hasard.
1° Le ballon est chargé de gaz plus léger que l'atmosphère , au moyen de la combustion d'une certaine quantité de charbon , et il s'élève à une certaine hauteur en raison de cette légèreté. Voilà la première moitié d'un circuit parcourue en vertu d'une expansion de la matière , d'une conversion de solide en gaz.
2° En l'air, le ballon est poussé dans telle ou
telle direction. Le vent est l'effet de la chaleur opérant sur l'air entre les tropiques , comme le feu opère sur le charbon , le faisant monter en gaz jusqu'à une région plus froide, où il redevient lourd en se condensant , et d'où il redescend sur la terre , non pas en droite ligne , parce que d'autres colonnes , montant sous lui , lui font obstacle , mais en biais vers les pôles, pour y prendre la place de l'air qui est allé de son côté le remplacer entre les tropiques , quand la chaleur l'y a élevé. Voilà une impulsion extérieure produite par une expansion et une contraction des atomes contenus dans l'air.
5° Le ballon, arrivé au point d'où il veut descendre , opère sa descente , en laissant échapper le gaz qu'il renferme , et en redevenant ainsi , sous un volume moindre , plus lourd qu'un volume d'air égal , tandis qu'avec le gaz il était devenu , sous un volume plus grand, plus léger qu'un égal volume d'air. Il n'y a pas ici contraction naturelle de tous les éléments avec lesquels il s'est élevé ; mais si l'on avait trouvé moyen de reconvertir, sans danger, le gaz en charbon , ce serait par l'effet de cette contraction qu'il redescendrait sans rien supprimer de ce dont il se compose. Voilà la deuxième moitié de son circuit propre.
Son voyage entier se peut clone diviser en trois sections : Tune, effet de l'expansion, ou répulsion loin de la terre , et première moitié de circuit; l'autre, effet de l'expansion et delà contraction d'air qui causent le vent, c'est-à-dire d'un circuit étranger et complet ; la troisième, effet de la contraction , ou attraction vers la terre, et qui complète, avec la première , son circuit à lui.
Animaux. — La vie n'est dans les animaux qu'une suite d'expansions et de contractions du sang , Gomme le mouvement n'est dans la machine à vapeur qu'une suite de dilatations et de condensations de l'eau.
Dans la machine, le principe actif est le feu. Appliqué à la chaudière, il force l'eau qu'elle contient à s'épandre en vapeur. Celle-ci , pour se faire place, pousse un piston jusqu'à ce qu'elle rencontre un orifice par lequel elle s'échappe pour aller se condenser au froid de l'air et se rendre dans un réservoir , d'où une pompe alimentaire la ramène à la chaudière. C'est un mouvement perpétuel tant qu'il y a de l'eau, du feu, de l'air, et quelesorganesdelamachinesontbons. Quel'eau, que l'air, que le l'eu manque, et, bonne ou mauvaise, elle s'arrête.
Dans la machine animale, le principe actif est
l'électricité. Ses conducteurs sont les nerfs, sa batterie le cerveau. Les poumons sont à la fois le foyer où s'entretient le calorique dégagé par l'électricité, et la chaudière dans laquelle le calorique contraint le sang à s'épandre. L'oxygène que nous aspirons est l'aliment du feu. Le carbone que nous exhalons est la fumée. Le cœur est , d'un côté, la pompe alimentaire qui fournit le sang aux poumons, après l'avoir reçu noir des veines, dans lesquelles l'estomac Ta envoyé ; de l'autre, le cylindre dans lequel le sang , devenu rouge , passe aux artères. La peau, avec ses pores et les extrémités, est le condenseur dont le froid balance la dilatation produite par le calorique des poumons. Nous avons une seule fonction de plus que la machine : la génération du sang par les aliments , tandis que sa chaudière reçoit l'eau toute faite. C'est une circulation continuelle quinous fait vivre, tant que nous avons du sang , de l'air , de l'électricité et des organes sains. Que le sang, l'air ou l'électricité nous manque, et, sains ou malsains, nous mourons. Voulez-vous plus de force à une machine bien pourvue d'eau , mettez plus de charbon au feu. Voulez-vous plus de force à votre corps convenablement alimenté , aspirez plus d'air. L'air contient le combustible que brûle notre électricité.
Une expérience curieuse a démontré , il y a une quinzaine d'années , à Venise , qu'il est possible de faire ainsi des tours de force surprenants. De cinq hommes , le plus lourd se prêta à s'étendre , les épaules sur une chaise , les jambes sur une autre ; quatre cherchèrent à l'enlever, deux par les épaules , deux par les jambes , et ne purent y parvenir. Ils recommencèrent, en respirant à pleins poumons tous ensemble \ porteurs et porté , à un signal donné par un sixième, et, à la surprise de tous, l'homme à enlever se trouva ne peser pas plus qu'une plume. Ses quatre amis le soutinrent en l'air sur leurs index tant qu'ils purent tous les cinq retenir leur respiration. L'un était-il plus léger, ou les autres plus forts ? Je n'assure rien , et ne garantis pas l'expérience -, mais elle est si facile à répéter, qu'il y aurait faute à ne le point faire. Observez seulement de respirer bien ensemble. Si l'un des porteurs manque au signal , le poids est fort augmenté.
Galvani, de Bologne, est le premier qui, sur quelques convulsions provoquées dans les poumons d'une grenouille par le contact d'instruments de métal , ait conçu l'idée d'une électricité innée dans tous les animaux. L'appareil électrique soumis dans la torpille à la volonté de cet animal était
déjà connu des philosophes. Mais cela n'empêcha pas Volta , aussi célèbre que Galvani par ses découvertes et par ses appareils, de nier l'électricité animale, et de soutenir que les convulsions et autres phénomènes observés provenaient de l'électricité générale mise en action par le contact mutuel de corps dissemblables, tels que métaux, charbons ou matières animales , rapprochés les uns des autres, ou unis à certains fluides. Une seule chose est incontestablement démontrée, l'action de l'électricité; mais encore aujourd'hui on n'est pas d'accord sur la question de savoir si l'électricité est innée dans l'animal et s'y développe par sa seule volonté , ou si elle est générale et lui doit être communiquée par des conducteurs extérieurs. Ce doute est naturel : le plus grand nombre des expériences faites depuis Galvani et Volta l'a été avec les éléments indiqués par celui-ci.
C'est ainsi qu'une batterie voltaïque mise en rapport, par deux baguettes, d'un côté avec le bas de l'épine , de l'autre avec le nerf sciatique , a causé des mouvements convulsifs , pareils à ceux d'un fort frisson ;
Que la baguette en contact avec le nerf sciatique ayant été portée au talon a fait allonger la jambe avec une force irrésistible ;
Que , du nerf phrénique du col au haut du diaphragme , l'appareil a provoqué autant de soulèvements et de resserrements dans les poumons qu'il a fait de décharges galvaniques ;
Que du talon au nerf du sourcil il a déterminé toutes les grimaces imaginables ;
Que de la moelle épinière au coude il a fait mouvoir les doigts comme pour jouer du violon, etc., etc. (1);
Qu'appliquée à la peau du dos d'un lapin, dans l'estomac duquel on a introduit du persil par une incision faite à son cou , après avoir coupé la huitième paire de nerfs, qui conduit à l'estomac, une plaque d'argent Ta fait, trente-six heures de suite, respirer et digérer le persil , tandis que, sans l'appareil voltaïque, il n'a ni digéré ni respiré.
Mais traitez un lapin de même, sans lui couper la huitième paire , il fera les mêmes fonctions sans avoir besoin d'appareil. Donc le fluide nerveux et l'électricité envoyée par l'appareil voltaïque sont identiques.
Rapprochez un membre d'animal à sang froid
(1) Dans toutes ces expériences, appliquez le pôle positif ou zinc aux nerfs, le pôle négatif ou cuivre aux muscles.
d'un membre d'animal à sang chaud , par exemple les nerfs et les muscles d'une grenouille de la chair sanglante du col d'un bœuf nouvellement tué, vous verrez de puissantes contractions musculaires. Mettez en contact mutuel certains nerfs et certains muscles d'un même animal, ou certains nerfs d'un animal avec certains muscles d'un autre, vous verrez des effets semblables. Donc l'animal a son électricité propre , ainsi que l'a pensé Galvani , et cette électricité n'a pas besoin, pour se développer, d'un agent extérieur.
Suivant Ritter, l'électricité du pôle positif augmente l'action vitale, et l'électricité du pôle négatif la diminue. L'une produit certains gonflements ; l'autre les déprime. Tenu en contact quelques minutes avec le pôle positif, le pouls s'élève ; en contact avec le négatif, il s'affaiblit. Le premier de ces phénomènes est accompagné d'une sensation de chaleur ; le second d'une sensation de froid. A un œil électrisé au positif les objets paraissent plus grands, plus brillants et rouges; à l'œil électrisé négativement ils paraissent plus petits, moins distincts et bleuâtres. Or, le rouge et le bleuâtre sont les deux couleurs extrêmes du prisme.
On sait de sir Humphrey Davy comme quoi les deux électricités, alternativement appliquées à la
langue, y développent alternativement le goût acide et le goût alcalin ou salé.
Enfin , Ritter assure encore qu'elles produisent sur l'ouïe , l'une , un son plein , l'autre , un son aigu; sur l'odorat, Tune, un sentiment d'acide oxymuriatique , l'autre , un sentiment d'ammoniac.
Il y a à tirer de toutes ces données un parti inappréciable contre les maux de nerfs. Il n'y en a pas moins à tirer, pour tous les secrets de la vie, d'une dernière expérience que je vais encore citer.
Un M. Cross, deBroomfield, voulait tenter, il y a une vingtaine d'années , une cristallisation par l'appareil voltaïque. 11 avait, en conséquence, chauffé un caillou au blanc, l'avait plongé dans l'eau pour le réduire en poudre , et l'avait , après l'avoir ainsi réduit, saturé d'acide muriatique Sa mixture était dans une jarre. Une pièce de flanelle, plongée dedans, avait un de ses bouts au dessus d'un entonnoir et la filtrait doucement, par l'attraction capillaire, dans cet entonnoir, d'où ladite mixture tombait en gouttes sur un morceau de minerai de fer du mont Vésuve, préalablement chauffé lui-même au blanc , pour qu'aucun germe vital ne s'y pût maintenir. Enfin, deux fils, partant chacun d'une
extrémité de la batterie voltaïque de M. Cross , étaient placés sur ledit morceau de minerai , et il venait chaque jour voir le progrès de son expérience. Le quatorzième jour, il aperçut quelques petites taches blanches sur le minerai. Quatre jours après, ces taches s'étaient allongées, et avaient pris la forme ovale. Il crut que c'était des coinmericements de cristaux ; mais grande fut sa surprise le vingt-deuxième jour : chacun de ces petits corps blancs avait projeté huit pattes. Il ne pouvait se décider à croire que ce fussent des êtres vivants. Son doute fut dissipé le vingt-sixième jour: il les vit se mouvoir, se nourrir ; c'étaient des insectes parfaits; il y en avait 18 ou 20. Beaucoup de personnes les ont vus , et n'avaient jamais vu d'insectes pareils. C'étaient comme des mites, ayant huit pattes, quatre poils à la queue , et les côtés très velus. Leurs mouvements étaient visibles à l'œil nu, leur couleur grise, leur substance charnue. Ils paraissaient se nourrir des molécules caillouteuses du fluide, et, ce qui rendait la chose encore plus étrange , c'était la nature môme du fluide : un acide qui détruit instantanément la vie.
M. Cross voulut savoir si ces insectes provenaient de l'acide ou du silex. Il réduisit, en conséquence, un autre caillou en gélatine, sans y ajou-
ter d'acide , et y plongea un fil d'argent attaché par ses deux bouts aux deux pôles de la batterie , de manière à apporter au fluide un courant électrique incessant. Trois semaines après , il alla voir ses pôles , et à l'un des deux bouts du fil il aperçut un de ces étranges insectes.
En voilà assez , je crois , pour démontrer que l'électricité est le principe non seulement du mouvement , mais de la vie animale. Ceux qui veulent absolument tirer d'ailleurs leur principe vital peuvent persister dans leur prétention, s'ils la trouvent plus satisfaisante. Je reste , moi , dans ma conviction qu'il n'y a pas moyen de perfectionner la condition physique et morale de l'homme tant que nous ne voudrons pas asseoir nos systèmes moraux sur les faits matériels et incontestables que nous découvrons dans la nature.
Végétaux. — Les végétaux, comme les animaux, sont des combinaisons de matière sous les trois formes spécifiques, solide, liquide et gazeuse. Les fluides ou sucs s'assimilent en eux aux solides , par des procédés invariables , comme dans les animaux. Seulement la circulation de ces sucs est extrêmement lente , comparée à celle du sang, dans les animaux à sang chaud , et elle ne s'opère pas de même.
Dans Tanimal , le sang tourne toujours dans le môme sens. 11 passe toujours par la totalité des artères et des veines , et laisse à chaque tour sur son passage , pour alimenter l'action vitale , seulement quelques parties de lui-même , élaborées par l'air dans les poumons.
Dans le végétal , la masse des sucs entière est convertie, à chaque tour, toute en solide, de la manière que voici :
Introduite en eau par les racines , elle en part pour s'élever, par certains canaux, jusqu'au plus haut de la plante , en fait sortir des feuilles , et , une fois celles-ci développées, y est travaillée par l'air à travers leurs pores , pour en revenir, par d'autres canaux , en jus d'un autre aspect , alimenter la plante depuis ses extrémités supérieures jusqu'à la plus ténue de ses racines. Ses canaux ne sont pas non plus des tubes d'une seule venue, comme dans l'animal ; ce sont des groupes de petits vaisseaux , tenant l'un à l'autre.
Une longue série d'expériences a démontré que le mouvement des sucs est dû , comme celui du sang , à l'électricité. En voici quelques unes :
Un vase fermé, d'une surface métallique de 42 pouces, chargé d'électricité, en a été déchargé par la pointe d'un végétal en 4 minutes 6 secon-
des, et ne l'a été qu'en 11 minutes 18 secondes par une pointe métallique.
Un électroscope à feuilies d'or a été affecté à 6 pieds 5 pouces de distance par un autre vase de métal chargé , quand son bout de cuivre a été armé d'une branche de l'arbrisseau appelé genêt de boucher; et, armé de pointes métalliques, il ne l'a été qu'à 11 pieds 10 pouces.
Des électromètres armés de branches semblables donnent des signes d'électricité au passage de nuages qui n'affectent nullement d'autres électromètres armés de pointes de métal.
Présentez un brin d'herbe et une pointe métallique à un conducteur , la distance à laquelle ils resteront l'un et l'autre éclairés sera quatre fois plus grande, si c'est en juin, pour le brin que pour la pointe , et ne le sera que deux fois si c'est en octobre (preuve que, dans le moment de la végétation, l'absorption électrique des plantes est deux fois plus grande que lorsque la végétation est finie).
Faites pour les végétaux une expérience bien simple et bien facile : Prenez de la graine de moutarde ou de cresson; laissez-la tremper quelques jours dans de l'acide oxymuriatique étendu d'eau. Semez-la en pot dans une terre bien légère. Couvre! I<i pot d'une plaque de métal. Puis, mettez
cette plaque en contact avec le conducteur d'une machine électrique. Votre graine germera et poussera comme par magie , et vous aurez en peu de minutes une récolte à couper, une salade à mettre sur la table.
Les Japonais ne se bornent pas à électriser ainsi des graines dans des pots. Ils fertilisent des champs entiers de légumes , en y attirant , par d'ingénieux appareils, l'électricité atmosphérique.
Cette énergie conductrice des bouts de branches, cette relation entre les feuilles et les nuages électrisés , cette action double au printemps de ce qu'elle est à l'automne, et qui fait si vite germer des graines, pousser leurs produits, ne démontrent-elles pas jusqu'à l'évidence que l'électricité est le principe de vie des végétaux ?
Après l'expérience de M. Cross, et le fait des petits animaux créés par sa batterie voltaïque, mes lecteurs ne doutent pas , j'espère , que l'électricité ne puisse créer aussi des végétaux. S'ils en doutaient, qu'ils aient la bonté de réfléchir à un fait tellement commun , qu'il échappe , par cela même , à notre attention , comme beaucoup d'autres de semblable nature : c'est que, pour faire naître des végétaux du dernier ordre, il ne faut que le concours de trois circonstances, de l'humidité, de l'air et des rayons
du soleil. Partout où ces éléments sont mis en contact, il y a végétation. Or ce contact est un procédé galvanique. Il ne produit plus de grands végétaux , parce que l'humidité et l'atmosphère de la terre ont perdu une partie de leur chaleur primitive. Mais il les produit en rapport avec la chaleur actuelle. Aussi long- temps donc qu'il y aura sur la terre un animal , un végétal vivant , c'est à l'électricité que cet animal et ce végétal devront la vie.
Voici comment s'expliquent et son origine et ses effets.
C'est du soleil qu'émane , dans ses rayons , le fluide électrique à l'état simple. Comme l'air a la propriété de s'électriser par le contact, le fluide se répand dans l'air; là, une partie s'en neutralise, soit en se combinant avec l'eau ou l'oxygène, soit en s'absorbant dans la substance de notre globe. Ce qui n'est pas absorbé ou combiné reste flottant à l'état simple, y produit les effets électriques ou galvaniques que nous connaissons , et y resterait en bien plus grande quantité , surtout dans les régions hautes où se trouvent flottantes moins de matières aveu lesquelles il puisse se combiner, sans les végétaux qui, par la pointe de leurs feuilles.
l'attirent vers la terre et l'entretiennent d'oxygkne , dégagé de l'acide carbonique de leur sève et de leur suc. L'organisation des végétaux, qui consiste en matière non conductrice et en troncs percés d'une infinité de tubes capillaires , offre un admirable passage à l'ascension de la sève vers les feuilles et à la descente vers la terre de l'électricité de l'atmosphère , attirée par les extrémités aiguës des feuilles ; c'est ainsi introduite en eux que l'électricité y excite toutes les fonctions de la vie , et que sa surabondance , en s'échappant par les racines fibreuses des plantes , est à la fois ce qui les met à même d'absorber une humidité nouvelle , et ce qui maintient dans la terre la quantité de fluide électrique nécessaire à l'équilibre dont dépendent l'harmonie et la tranquillité de l'univers. Je le répète, l'air garderait trop d'électricité sans les plantes. De ce que leur action est moins forte à l'automne, où la végétation est finie, qu'au printemps , où elle est dans sa force , résulte l'absence d'orages au printemps , et leur fréquence à l'automne. Enfin, ce sont les courants d'électricité établis dans notre globe par toutes ces pointes de végétaux qui le font tourner constamment , ainsi que les autres planètes, en vertu de l'action re-
connue de tout courant galvanique sur toute sphère placée de façon à le recevoir au bout et à angle droit de ses rayons.
Cette rotation perpétuelle , imprimée par le soleil à la terre et à son immense appareil conducteur, a pour objet de distribuer le principe de végétation au règne végétal en môme temps que la lumière et la chaleur à toute la création.
Minéraux. — Lesminéraux n'ont point d'organes vitaux. Je n'ai donc rien à dire d'eux et de l'électricité sous ce rapport. Mais pour être habituellement inertes , ils n'en ont pas moins , par intervalles, de terribles moments d'énergie, et l'on peut, sans crainte d'être démenti par les faits, attribuer à l'électricité ces moments-là. Ce sont des courants électriques qui, en traversant les minéraux, doivent évidemment déterminer leur ignition, les tremblements de terre et les éruptions volcaniques.
Air et Eau. — Dans les trois règnes que nous venons de parcourir ne se trouvent ni l'eau ni l'air : l'eau, qui constitue l'Océan, les mers, les lacs, les rivières, etc.; l'air, qui, sous le nom d'atmosphère, enveloppe entièrement le globe terrestre. Voyons si leurs mouvements et leurs transformations ne sont pas dus aussi à l'action électrique,
Je prie le lecteur de se rappeler l'expérience du
litre d'eau changé en 2,000 litres de vapeur par le contact d'une pile; puis de ces mômes 2,000 litres de vapeur reconvertis en un litre d'eau par une étincelle électrique. Cette expérience n'est-elle pas sur une petite échelle ce qui se passe en grand dans l'air? Ne réunit-elle pas en elle les matériaux et les effets d'un orage? Nous ne pensons pas à cela quand nous voyons briller l'éclair, quand nous entendons gronder le tonnerre , et quand , à la suite de ces éclairs et de ces détonations , des masses d'eau tombent sur nous. Les deux pouvoirs de répulsion et d'attraction que l'électricité seul possède et qui produisent successivement, sur le litre d'eau et les 2,000 litres de vapeur, expansion et contraction de matière , sont pourtant précisément ceux que la nature met alors en jeu sans nous. L'eau qui tombe en pluie n'a pas été tout entière dilatée jusqu'à l'état de gaz. Une grande partie en a monté dans l'atmosphère à l'état de vapeur seulement, y est resté quelque temps en suspension, et n'a eu besoin que d'un courant d'air froid pour se condenser en gouttes et redescendre. C'est un fait incontestable, un fait dont chaque brouillard, chaque goutte de pluie rend témoignage , que celui d'une immense quantité d'eau passant continuellement de l'Océan dans l'atmosphère, et retombant
continuellement de l'atmosphère, partie sur l'Océan , partie sur la terre , où ce qu'en reçoivent les collines et les montagnes forme des ruisseaux, des torrents , puis des rivières et des fleuves qui retournent à l'Océan.
L'électricité gouverne donc les mouvements et les transformations de l'air et de l'eau comme ceux des animaux, des végétaux et des minéraux.
Système général. — Depuis long-temps l'étude de tout ce qui appartient à la terre a été singulièrement facilité par la division en trois règnes : animal, végétal et minéral. L'étude de ce qui existe dans la nature ne le sera pas moins désormais par la division en trois empires : gazeux, fluide et solide. Je n'ai fait jusqu'ici qu'indiquer comment la matière passe de chacun de ces empires aux deux autres. Il me reste à démontrer que toute matière est continuellement en train de préparer ou d'effectuer un de ces passages , de l'empire gazeux au fluide et de l'empire fluide au solide, ou de rempire solide au fluide et de l'empire fluide au gazeux; passage dont la succession constitue la grande chaîne des causes et des effets, le grand circuit de l'univers physique, dont chaque circuit d'un de très n'est autre chose qu'un anneau.
Vdyêfe , par exemple, Combien de transforma-
fions subit ia matière d'une chandelle. C'est un corps solide qui ne passerait à l'état gazeux que lentement, laissée à elle-même; mais allumez-la , ce sera bientôt fait. De suite le solide commencera par se décomposer en fluide , dans une petite coupe qui se formera autour de la mèehe. Du liquide, elle passera à l'état gazeux en deux gaz ou plus, qui, combinés avec l'oxygène de l'air, donneront immédiatement chaleur et lumière.
Au bout de quelques heures, quand la chandelle est consumée , y a-t-il une seule de ses molécules qui soit perdue? Non , le tout se retrouve dans l'empire gazeux. L'hydrogène et le carbone qui étaient en elle ont continué, tout le temps qu'elle a brûlé , à se combiner avec l'oxygène. La partie d'oxygène unie à l'hydrogène a formé une vapeur, et la partie unie au carbone , un gaz acide carbonique ; gaz et vapeur se sont mêlés à l'atmosphère. Quelque temps encore, et la vapeur condensée en eau par le froid , à une certaine distance de la terre , retombe sur la terre , sous forme de pluie, tandis que le gaz acide carbonique, à cause de sa pesanteur spécifique , est resté flottant près du sol. Continuons. L'eau et l'acide carbonique sont la substance des végétaux ; l'herbe s'en empare, vit et grandit; des moutons ou d'autres
herbivores se nourrissent, vivent et grandissent de l'herbe à leur tour. Engraissés, ils sont tués, nous les mangeons , et refaisons de leur graisse de la chandelle. Voilà un circuit complet d'expansion et de contraction , circuit qui peut recommencer toujours.
Autre exemple : prenez un morceau de houille, qui, dans la condition où nous la trouvons, peut être considérée comme un minéral , quoiqu'il suffise d'une inspection légère pour reconnaître qu'elle a existé à la surface de la terre sous une forme végétale. Jetez ce morceau dans le feu , il se convertira à l'instant en acide carbonique , en vapeur, en d'autres gaz encore , et tout cela , obtenu de la décomposition d'un lit de charbon , ira alimenter une foret qui, à son tour, pourra devenir un lit do houille.
Dans la chandelle, nous avons circulé de l'état animal au végétal, et réciproquement; dans le charbon , nous avons passé du minéral au végétal , et nous sommes revenus au minéral ; et ce sont des expansions et des contractions successives qui , dans ces deux cas , nous ont conduits. Eh bien, il n'y a point de vide dans l'univers, il est plein de matière divisée presque à l'infini (I);
(i L'u pouce cube de matière solide , doconn>oso jusqu'à ses der-
et toute cette matière est l'objet de transformations perpétuelles comme .celle que je viens de citer. Si l'homme pouvait suivre les expansions et contractions de la matière sous toutes ses formes et dans toutes ses conditions , les secrets de la nature lui seraient tous révélés.
Soleil , Comètes , Planètes. — Le soleil est un centre de force d'expansion qui tient jusqu'à une certaine distance de lui , dans tous les sens , la matière à l'état de gaz.
Les comètes sont des agrégats de molécules de ce gaz, formés à diverses doses, et conséquemment à diverses distances du soleil, de la même manière que la vapeur est condensée en eau loin de la terre par la force d'attraction mutuelle de ces molécules, et par le mouvement de rotation que leur imprime en sens inverse d'elle-même la rotation du soleil. Ces agrégats ne sont encore qu'à l'état de pâte molle , tendant à se solidifier.
Leur queue est leur portion la moins condensée; portion qui, par cet état où elle est encore, tend à les tirer loin du soleil , comme le ballon d'un aérostat tire loin de la terre sa nacelle , et qui di-
nières limites , est capable , Newton Ta dit , de s'épandre en assez de gaz pour remplir le système solaire tout entier, et, réciproquement, le gaz du système entier peut se réduire de façon à tenir dans un pouce cube.
minue de longueur à chaque révolution , en même temps que le noyau, en se condensant davantage, parcourt un plus grand espace.
Les planètes sont des agrégats de même nature , non plus gazeux et fluides , mais en partie fluides , en partie solides , capables de végétation, parvenus à un orbite elliptique en rapport avec leur densité , et conservant jusqu'à une certaine distance sur les gaz qui les entourent la force d'attraction qui les a formés.
Toute la matière du système solaire va se contractant et se solidifiant graduellement ainsi , et si ce procédé de contraction se continuait quelques siècles, sans que la force d'expansion qui la balance travaillât dans le sens contraire, il est évident que l'empire gazeux finirait par être absorbé tout entier dans l'empire solide. Quand la nature entière en serait arrivée là, elle serait obligée de s'arrêter; il n'y aurait plus de mouvement : car tout mouvement mécanique , c'est-à-dire de matière à l'état solide , n'est qu'un effet d'expansions et de condensations alternatives , qui sont elles-mêmes des effets d'un éternel combat entre l'attraction et la répulsion.
Mais le mouvement est impérissable comme la matière. Les priori pes qui la régularisent sont des
propriétés essentielles de la nature , propriétés qui lie peuvent pas plus être séparées de la matière que la sensation ne peut l'être de l'animal vivant. Les deux pouvoirs opposés sont toujours en action. A mesure que la matière quitte l'empire gazeux pour se convertir en solide dans les comètes et planètes du système solaire , une quantité équivalente de matière solide est rendue au gazeux par l'action du soleil lui-même, et l'équilibre se maintient et se maintiendra probablement toujours, les mondes se formant et se décomposant alternativement , mais le système solaire restant le même.
Déluges, Fin delà terre. — J'ai déjà dit que, par l'action du soleil sur l'Océan , une partie de l'eau, transformée en gaz, s'élève dans l'atmosphère, est portée par le vent aux régions les plus froides de l'atmosphère, s'y condense en gouttes de pluie, et, parla loi de contraction, est forcée de revenir à la terre. Celles de ces gouttes qui tombent sur les hauteurs forment, en grande partie, des ruisseaux. Ceux-ci descendent, se joignent à des rivières, et ces dernières , à leur tour , vont se jeter dans la mer. Pour eette portion de l'eau vaporisée, le circuit est complet. Elle rentre directement dans le lit d'où elle est partie. Mais une autre portion s'en introduit dans la terre, la pénètre, y alimente des vé
gétaux, et ceux-ci nourrissent des animaux dont les excréments et les débris forment avec le temps, comme le détritus des végétaux, de la terre qui se change elle-même plus tard en rocs et en toute sorte de minéraux.
Or, les végétaux et les animaux sont des composés, à diverses doses, d'oxygène, d'hydrogène, d'azote et de carbone, c'est-à-dire des mêmes gaz, à d'autres doses, que l'eau (oxygène et hydrogène), et que l'air (oxygène , hydrogène , azote et acide carbonique, ou combinaison d'oxygène et de carbone). L'empire solide gagne donc lentement sur le fluide et le gazeux ; et toute la matière contenue dans l'Océan et dans l'atmosphère est capable de passer dans le règne minéral. Si l'on concevait là dessus quelque doute, les preuves ne manqueraient pas pour les dissiper. Donnons-en une.
Un lit de houille, enseveli dans la terre à des milliers de pieds de profondeur , ne consiste-t-il pas presque entièrement en matière végétale, serrée et minéralisée ? Est-il possible de supposer que cette matière se soit formée dans les entrailles de la terre ? Ne doit-elle pas avoir poussé à sa surface ou à celle d'un de ses satellites, exposée au soleil et à l'air? Ses racines ne doivent-elles pas s'être abreuvées d'humidité, et cette humidité avoir été entre-
tenue par la pluie tombée de l'atmosphère , et la pluie de l'atmosphère s'être formée comme aujourd'hui de la vaporisation de l'Océan ? Ce sont des bouleversements qui ont enterré ces végétaux , ce sont des siècles qui les ont minéralisés , et il en est de même de presque tout ce qui se trouve en fait de minéraux et de pierres , soit dans la terre , soit à sa surface. Des débris d'animaux et de plantes qui ont vécu sous l'influence du soleil, de l'air et de la pluie, s'y reconnaissent en foule, soit par l'analyse , soit même par la seule inspection.
Maintenant, tirez attentivement les conséquences de ces lentes opérations de la nature , vous trouverez que, l'Océan perdant chaque année, par l'évaporation, un peu plus que ne lui rendent les pluies, puisqu'une partie de l'eau convertie en végétaux devient terre et minéraux parles détritus des végétaux, la terre, qui a en lui, tant qu'il dure, un aliment à fournir à la forcé d'expansion du soleil, doit finir, quand cet aliment sera épuisé, par être calcinée, fondue, volatilisée elle-même.
Subira-t-elle avant cette fin quelque catastrophe semblable au déluge qui l'a inondée il y a cinq mille ans? On va en juger.
Ce n'est pas seulement une fois que la terre a été bouleversée. Son intérieur présente , dans les
jointures apparentes de quatre couches en partie superposées, en partie mêlées les unes aux autres, et qui seraient régulièrement horizontales si elles s'étaient tranquillement agglomérées, les vestiges évidents de quatre catastrophes différentes.
Le terrain de première formation consiste dans des rocs durs et de la nature de l'ardoise , qui se distinguent, par leur contexture cristalline et l'absence de tous autres cailloux , de tous débris fossiles, soit d'animaux, soit de végétaux. C'est la croûte du noyau qui a été d'abord la terre.
Un second terrain, composé de craie, d'argile, de chaux , de marne rouge , de houille , de sable rouge, etc., etc., contient des coquilles, des plantes fossiles marines , des débris d'animaux qu'on ne connaît plus, entre autres d'amphibies gigantesques , ressemblant à des crocodiles , et qui ne devaient pas avoir moins de 36 pieds de long.
Le troisième se compose, comme le second, de couches de différentes natures, beaucoup moins unies et étendues que celles du second. Les animaux et végétaux dont il offre les débris sont terrestres ou d'eau douce et d'espèces qui existent encore.
Enfin, il y a une quatrième sorte de terrain, dont les parties affectent la forme cristalline, sont divi-
sées par fragments ou rognons, et non par couches uniformes , ne contiennent aucun débris de végétaux et d'animaux, et sont capables, presque toutes, de recevoir un brillant poli. Or, cette variété de couches, cette houille ensevelie si profondément dans la terre, tandis que son inspection prouve qu'elle est composée de végétaux qui ont eu besoin d'air et d'eau, par conséquent de vivre à la surface du sol; cet état ir régulier du terrain secondaire, du tertiaire, du quatrième surtout, mêlés tous trois de tant de façons avec la matière du premier, sont des preuves évidentes, d'abord, que trois fois avant le déluge dont la mémoire est parvenue jusqu'à nous, le globe primitif a été couvert de matières étrangères à sa formation primitive, et l'a été violemment, puisque , de ces superpositions , aucune n'est régulière et horizontale, c'est-à-dire parallèle à sa surface, comme les couches de matière de son noyau; ensuite, que celles-ci ont été en fusion, circonstance sans laquelle les autres ne les auraient point pénétrées; enfin, que le système newtonien de force centrifuge est complètement faux : car , s'il était vrai, aucun corps du système solaire n'aurait jamais pu venir choquer la terre, y déterminer des inondations générales, et se joindre à elle en morceaux , tandis que nous savons positivement par
les éclipses, dont nous avons connaissance jusqu'à 2700 ans en arrière , que la lune s'approche de nous, d'où nous devons conclure qu'elle avait commencé de s'approcher avant cette époque , et que ce sont quatre autres satellites qui , par une loi semblable à la sienne , se seront approchés de la terre pendant des siècles , et se seront successivement brisés contre elle. On objecte que les matières de la seconde , de la troisième et de la quatrième formation, ne font pas en tout la grosseur de quatre satellites comme la lune. Mais rien ne nous prouve que ces satellites fussent pleins, ils peuvent avoir été creux. Creuse, la lune ne formerait pas, si elle tombait dans l'Océan , une île plus grande que l'Australie ou la Nouvelle-Hollande; pleine, elle ne remplirait pas tout le lit de l'Océan. Qu'elle soit solide ou creuse, il est certain , par son mouvement constant vers la terre, qu'il n'y a pas dans le soleil une force pour la retenir. Elle doit donc, à une époque calculable, se précipiter sur la terre. Celleci se couvrira alors de la matière qui la compose; un déluge général aura lieu; végétaux et animaux, tout périra: ce sera une catastrophe semblable à celle que notre planète a déjà subie quatre fois, et un démenti de plus aux forces centrifuge et centripète. Résumé. — L'électricité seule, avec son action
positive et son action négative, peut aussi bien tenir les mondes à distance fixe les uns des autres , en leur distribuant également l'attraction et l'expansion, que les approcher et les éloigner en les leur distribuant inégalement.
C'est elle qui, par cette double propriété, a produit les mondes et peut en produire de nouveaux ; qui détermine les évolutions de la lumière et du feu , la vie et la mort des végétaux , des animaux , la formation, le mouvement de tous les corps, leur conflagration et leur décomposition, soit par la fusion , soit par la volatilisation ; qui , en un mot , anime et conduit tout l'univers sous les ordres de Dieu, comme tous nos membres sous les ordres de notre volonté. Ces derniers ordres, c'est notre cerveau qui les transmet , soit en lançant l'électricité jusqu'à nos extrémités , soit en la retirant avec la même célérité. Que dis- je? Sous le nom de magnétisme, nous pouvons apprendre à la lancer hors de nous.
Les personnes magnétisées pour la première fois déclarent sentir quelque chose de semblable à l'effet produit par des étincelles électriques. D'autres, parvenues à l'état de somnambules lucides , disent voir sortir des doigts , de la bouche , des yeux de leurs magnétiseurs, comme des aigrettes lumineu-
ses , ou se voir graduellement envahir elles-mêmes par un fluide blanc ou rouge de feu et brillant si le magnétiseur est bien portant , bleu et moins brillant si le magnétiseur souffre. Il y a plus , une de ces somnambules, assistant à une agonie, a vu, dit M. Chardel dans sa Psychologie physiologique , se dégager des plexus solaire et cardiaque , monter de là au cerveau, puis du cerveau dans l'air, au moment de la mort , une sorte de flamme légère , apparemment l'àme du mourant unie à son intelligence. Or, tous les métaux dégagent de même aux yeux des somnambules des vapeurs plus ou moins claires , plus ou moins brillantes , et ces vapeurs des minéraux sont de l'électricité. C'est donc de l'électricité que ce fluide , qui non seulement circule dans l'homme , en émane et lui forme une atmosphère, mais par qui il soumet, sans savoir qu'il le lui doit, soit ses semblables, soit les autres animaux, et pourrait, s'il en savait user, hâter, arrêter à son gré leur développement et celui des végétaux (1). L'atmosphérique qui s'observe dans l'air, la voltaïque qui s'obtient de l'action des corps aci-
(I) A Saint-Quentin, un médecin nommé Picard a singulièrement accéléré, en les magnétisant, la végétation de quelques arbustes. A Caen, le magnétiseur Lafontaine, en magnétisant un géranium malade, non seulement l'a guéri , mais la fait bientôt dépasser tous ceux qui se portaient bien.
des ou salés sur des surfaces métalliques , et celle résultant des frottements comme dans les machines électriques , sont de même nature et produisent les mêmes effets. Nous sommes donc désormais en mesure de tout étudier et de presque tout découvrir, soit hors de nous, soit en nous.
M. de Reichembach, célèbre physicien allemand, donne un nouveau nom lire du sanscrit, OD , d'où serait venu odin , à l'électricité produisant les effets décrits par Ritter et Humphrey Davy, et d'autres effets aperçus devant lui par des personnes maladives, ou d'une finesse d'organes tout a fait extraordinaire , les uns dans une obscurité complète, les autres en exposant la moitié seulement d'un corps a l'action du soleil. Tous les hommes , dit-il, apparaissent, dans l'obscurité, à ces personnes , comme des fantômes bleus ou luisants qui prennent peu à peu leur forme, mais en conservant autour de la tête une auréole radieuse. Leurs mains , qui commencent par représenter une fumée grise , deviennent transparentes comme devant une bougie allumée , et lancent par le bout des doigts , la droite une lueur bleuâtre, ia gauche une lueur jaune rouge. — Ces lueurs sont de l'OD , positif et négatif comme l'électrité. Le positif occupe tout le côté droit du corps , le négatif tout le côté gauche.
Les animaux et les plantes placés dans la même condition apparaissent également à ces malades comme autant de nuages qui deviennent d'abord des pointe
clairs, puis prennent leur forme incandescente; elle soleil produit, au moyen de cetOD, dans un fil de cuivre dont on lui présente un bout, de la lumière qui se prolonge d'un doigt au delà du bout resté dans l'ombre ; dans un prisme placé entre lui et une muraille , de la fraîcheur quand le reflet est bleu ou violet , une tiédeur désagréable quand ce reflet est jaune ou rouge; dans un verre d'eau recevant le reflet bleu , un bon goût ; dans le même verre placé au reflet jaune , de l'amertume , etc., etc.
Et l'on ne peut appeler cela, continue M. de Reichembach , ni électricité , attendu que l'électromètre n'en est pas affecté ; ni lumière , attendu que la lumière ne produit pas de fraîcheur; ni calorique, attendu que le prisme n'est que tiède quand son reflet est bleu; ni magnétisme, attendu que le cristal est, dans ces expériences, supérieur à l'aimant.
L'électricité renferme en elle lumière et calorique, et elle prend le nom de magnétisme quand elle a passé par un corps. Les effets que je viens de reproduire n'étant ressentis que par certaines personnes dans un état exceptionnel, il ne semble pas démontré qu'il soit nécessaire de changer a propos d'eux en OD ce nom de magnétisme donné jusqu'à présent à la cause de phénomènes qui leur ressemblent et qui se produisent pour tout le monde.
En 1824, Delobel, repoussant comme Mackintosh le système de Newton, avait attribué le double mouvement
de rotation et de translation des corps célestes à d'autres causes que la double action de l'électricité.
Suivant lui, deux matières, Tune lumineuse et active, qui compose le soleil et les étoiles fixes , l'autre opaque et passive, qui compose les planètes, leurs satellites et les comètes , existent de toute éternité , et sont douées toutes deux d'une force d'attraction agissant en raison directe des masses, en raison inverse des volumes et des distances. C'est cette force qui a fait les divers corps de l'univers , en rassemblant des masses de molécules de chacune d'elles sur des points de l'espace d'où elles pussent agir les unes sur les autres et se modifier incessamment a leurs dépens respectifs , de façon a ne se point permettre de prendre la 'forme sphérique, qui les eût mises en équilibre et amenées a l'immobilité. Ainsi maintenus irréguliers, tous ces corps se présentent successivement de plus grands et de plus petits diamètres, se rapprochent quand ce sont les plus grands qu'ils présentent, se reculent, rappelés par le vide, quand ce sont les plus petits, et recommencent continuellement ce vaet-vient, en cherchant sans l'atteindre leur équilibre, plus ou moins mobiles et plus ou moins rapides dans cette mobilité, suivant que leurs figures sont plus ou moins irrégulières.
L'attraction, le vide et l'irrégularité des corps sont, comme on voit , dans ce système , les trois causes de mouvement. Tout corps vivant est un corps mixte où la matière lumineuse anime la matière opaque. Tout corps inerte est un corps simple où manque la matière lumineuse.