SUR ELLE-MÊME
C'était dans le sommeil magnétique, où elle tombait habituellement à 7 heures du soir, que Madame H. prescrivait les recettes à suivre pour elle.
Le quinquina, la camomille, le carament, le thym, la Caroline, l'orange, la feuille de laurier, et surtout l'hypericum perforatum, que l'antiquité et le moyen âge ont eu en grande vénération (1 ) ,
(1) Paracelsc recommande celte plante contre la peste.
furent quelquefois indiqués par elle à petites doses, comme les emploie la médecine homéopathique. Les verrues de cheval réduites en poudre le furent aussi, tantôt comme remède olfactif contre les spasmes, tantôtpour frictions tout le long de l'épine dorsale. Mais le plus souvent elle recourait, comme l'Orient, aux amulette» placée sur le cœur ou sur le dos, ou à des passes magnétiques au nombre de sept pour les douleurs de poitrine, de trois fois sept pour celles de tète, de sept fois sept pour les autres parties du corps , et allant soit directement du front à l'épigastre, soit du front au plexus, par les tempes , le cou , le dos et les côtes , soit du front aux mains par les deux bras , ou aux genoux par le corps. — Il ne fallait ni lui dire, quand elle était réveillée, ce qu'elle avait dit dans le sommeil , ni croiser les mains en la magnétisant. La main droite de son magnétiseur sur son côté droit , ou la gauche sur son côté gauche, la faisaient également souffrir, au lieu de la soulager.
Le mot optinipoga fut enseigné par elle à son frère et au docteur Kerner comme signifiant , dans sa langue interne : Dors , et comme devant , prononcé par eux, suffire pour la faire dormir; elle dormit en effet immédiatement chaque fois qu'ils le lui prononcèrent.
Il fallut un jour pour la calmer que le docteur prononçât en la magnétisant le Pater noster tout entier.
Voici une prescription étrange qui la débarrassa d'une fièvre ardente :
Les doigts douze heures de suite dans du vinaigre où Ton avait mis trois feuilles de laurier et un morceau d'acier.
Elle en ressentit d'abord de vives douleurs dans le bas-ventre et l'épine, puis une pression dans la tête , puis un sommeil suivi de douleurs nouvelles et de diarrhée ; mais après tout cela un grand calme, et ce calme dura quelque temps.
Elle donna elle-même le dessin d'une machine composée i° d'un triangle équilatère en bois de prunier, tenu par deux traverses mobiles entre deux montants du même bois; 2' d'un cylindre de verre rempli d'une infusion de camomille et d'hypericum, et en communication avec trois bouteilles d'eau de rivière contenant du cuir de chamois; 5° de chaînes d'acier suspendues aux côtés du triangle, et plongeant par un bout dans le liquide du cylindre ; 4° d'un conducteur en laine attaché par un bout à ces chaînes, et qu'elle tint dans sa main gauche en regardant fixement le sommet du triangle jusqu'à ce qu'elle ressentit des spas-
mes. Cette machine, qu'elle appelait accorde-nerfs, fortifiait, disait-elle, les siens. Mais le docteur Kerner, qui en vit les effets, ne la considère pas comme supérieure aux autres combinaisons galvaniques connues. Il fallait en magnétiser sept fois la laine et quatorze fois les bouteilles.