RE CN
départ (‘). Les fleuves vont à la mer et la mer n’en regorge point; les fleuves retournent à leurs sources pour aller de nouveau vers le lieu (la mer) où üs vont. Toutes choses se fatiquent plus que l’homme ne peut dire. L’œil ne se lasse pas de voir (c’est-à-dire, les sens, de jouir, iv, 8: v, 10. 11: À Jean 11, 16), l'oreille ne se rassasie point d’entendre (l'esprit, de connaître). Ce qui a élé, n’est-ce pas ce qui sera (dans le monde physique)? ef ce qui s’est fait (dans le monde moral), n'est-ce pas ce qui se fera? Et ü n’y a rien de nouveau sous le soleil. Il est des choses dont on dit : « Voici, c’est nouveau...» c’était déjà ü y a long-temps dans les siècles qui ont été avant nous (°). Aucun souvenir ne reste parmi nous de nos ancêtres, et, de ceux qui seront après nous, il ne subsistera non plus aucun souvenir chez ceux qui leur succéderont. —1, 2-11. C'est ainsi qu'avant de commencer l'examen calme et réfléchi des diverses vanités humaines, le sage inspiré nous transporte en esprit pour un instant sur une montagne cé— leste, du haut de laquelle nous embrassons d’un regard la terre entière, et nous la montrant du geste, il nous dit : » Voyez l'étrange agitation à laquelle est en proie ce monde sublunaire! Considérez l'humanité dans son ensemble : elle change toujours, elle est toujours la même; elle naît, elle meurt, elle renaît pour mourir, et, sur la terre immobile, les générations, toutes semblables les unes aux autres, ar-
(‘) Ce tableau du travail de la nature est d’une grande beauté: la répétition dés mêmes expressions, le choix des mots, les inversions, tout peint cette fatigue qui n’aboutit à rien de nouveau.
(?) « L’Assyrien Tatien, vo yant les Grecs si fiers de leurs arts qu'ils croyaient avoir inventés, et qui leur étaient arrivés de nations qu'ils traitaient de barbares, leur disaient : N’appelez pas ces choses evpnseis (inventions), mais bien punsee (imita-
tions). » (Henry.)
rivent et s’en vont et se succèdent sans relâche, comme des volées d'oiseaux qui s’abattent un instant sur la prairie, comme les nuées qu'emporte le vent impétueux d'Orient. Considérez la nature : des quatre élémens qui la composent, l’un est condamné à un perpétuel repos, tandis que les autres se meuvent et s’agitent, s’en vont et reviennent et tournent dans un même cercle sans jamais en sortir, sans y faire jamais de halte. Considérez l’homme : son cœur est un abime (Prov. xxvir, 20) que ne sauraient combler richesses, gloire, puissance, plaisirs, toutes les joies du monde, ni l'univers entier; et son ame est dévorée d’une soif que ne peuvent élancher toutes les eaux de la terre. L'homme demande à chaque jour quelque aliment nouveau qui apaise sa faim , et les jours succèdent aux jours, les années aux années, les siècles aux siècles sans lui apporter d'autre nourriture que celle qu’il a eue dés l’origine. Considérez enfin à quel terme ‘aboutit tant d’agitation : à la mort! et le lourd et sombre linceul de l'oubli recouvre les unes après les autres toutes ces générations humaines à qui rien ne reste de tout leur travail. Nature et vie humaine, abus et légitime usage des choses du monde, tout est vanité. > —Mais en écrivant ses paroles, Salomon, élevant son ame vers Dieu, se réjouissait à la pensée qu’un descendant de David établirait un jour un royaume qui ne passerait pas et qui durerait éternellement (2 Sam. var, 12-16).
Tout est vanité, et le cœur de l'homme a soif de biens qu'il puisse posséder en paix! Tout est fatigue et tourment d'esprit, et il a besoin de repos et de joie! Tout est souffrance, et il est avide de bonheur! Où le bonheur se trouvetil? (1)
() Luther remarque avec raison que trasal, amal, s'entend ici non de l’œuvre des hommes, mais de la peine et fatigue qu'ils se donnent le voulant bien, et par laquelle ils se tourmen-
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