I. Origines de Rome
2. L'enfance de laus les peuples est incoooue ; les premières années de leur exiateoce sont remplies par des traditions douteuses et des fables iavjraisemblables. C'est surtout aux Romains qu'il faut appliquer cette réflexion : leurs origines, bien qu'elles n'aient pas une haute antiquité, son! restées voilées à leurs propres yeux. Des narrations populaires, des chants héroïques, des. annales pontificales où la constatation de prodiges et de faits surhumains n'était pas épargnée, ont formé, pour les Romains eux-m&mes, une base prcmiè«*e. Là-dessus s'est assise une sorte d'histoire, que leurs poêles, leurs historiens, leurs publioistes, leurs jurisconsultes, indii^tiBotemeot, adoptent, cépëtent, sans hésitation, compie chose recueil connue de tous. C'est la croyance nationale ; on la trouve partout dans leur littératujrQ. .
3. Gependaiikt la critique et le scepticisme des. temps modernes se sont mis à battre en brèche ces croyances romaines , et la mode a pu venir d'en reléguer les faits et les personnaige^ au rang des mythe», nôi^HBeul ornent dans la partie fabuleufte de ces narratioDS qui se révèle d'eHe-même, mais toéme dans ce qu'elles ont, en apparence, de plus sérieux.
4f. Les efforts ne se sont pas bornés à renverser ; la critique, a vouiu. recourt riiire : elle ^'i^t travaillée:^ faire surgir de sa tombe séculaire cette Roine primitive, cette Rome véritable, inconnue aux Romains eux-mêmes. L'ambition delà singularité, l'entraînement et quelquefois la richesse de rîmagîriâtion ont poussé dans une voie de hardiesses conjecturales; tandis qu'au dehors le prestige de ce qui parait nouveauté a fa^t pour .^n temps, dans le courant des esprits fascinés, la fortune de ces soirées de eonjectares.
Le travail dont nous parlons ne date pas d*hier. Dès la renaissance littéraire de notre seizième siècle, la discussion est ouverte. Déjà dans une dissertation écrite en 1685, Périzonius signale comme ayant servi de fondement aux premiers récits de Thistoire romaine, ces vieilles chansons populaires, ces éloges funèbres, ces poèmes héroïques dont parlait Caton dans son livre des Ori-gines, qui étaient, plusieurs siècles avant son âge, chantés à la table des grands en Thonneur des héros dont ces grands prétendaient descendre, et que Cicéron regrette de ne plus avoir (1). Périzonius invite les esprits sérieux à se tenir en garde contre ces sortes de récits poétiques, que Tamour du merveilleux ou la vanité ont enfantés (2). Cette remarque, quand elle a été reproduite et mise en saillie avec plus de lumière de nos jours, n*éfait pas nouvelle. En 1738, sans parler de plusieurs lectures et de controverses antérieures, produites sur le même sujet au sein de l'Académie des belles-lettres, de Beaufort publie sa Disser-tation sur l'incertitude des cinq premiers siècles de Vhistùire romaine (3). Quelques années auparavant, la reconstruction de cette histoire incertaine, sur des données plus indépendantes tirées des grands principes de la philosophie de l'histoire , avait été entreprise à Naples par Vico , dont on peut dire que iViebuhr, à notre époque, a été en certains points le continuateur (4).
5. On a été plus loin encore, on a poussé plus avant dans le passé des siècles. On a tenté de retrouver la trace d'une civilisation môme antérieure à celle-là, d'évoquer à résurrection ces uationa-
(1) Cicéron, In Brutum, J 19 : s Atque utinam exsfarent ilia carmioa, qaae multis sœcuiis ante suam œtatem in epulis esse cantitala a siogalis çonvivis de clarorum viroram laudibus , in Originihus scriptuoi reliquit Galo ! i
(2) Périzonius, Animadvers, historicœ, ch. 5 et 6. Amsterd., 1685.
(3) Utrecht, 1738. A quoi il faut joindre, du même auteur, La République romaine, La Haye , 1766 , 2 vol. in-4<>.
(4) Vico, parmi ses prenûères œuvres latines, dans celles De uno unhersi juris principio et fine uno (1720), De constantia jurisprudentiœ , divisée en deux parts; De constantia philosophiœ et De constantia philologiœ (1721) ; mais surtout àms ml Sdenxa nuova (l'^«édit., 1725; 2« et3« édit., 1730, 1744). — \iBBUHR, Histoire romaine (premiers volumes publiés en 1^1 et 1812, refondus dans les éditions suivantes ) ; traduction française par M. ob Golbéry (6 vol. in-8û, 1830 à 1837). La mort a arrêté Niebohr (2 janv. mi) avant la fin de son gnmd ouvrage.