MŒURS ET COUTUMES
453. Si , du tableau qu'offrent les mœurs au milieu de la république, lorsque chaque citoyen respire au dedans la liberté, au dehors la domination , on passait tout à coup au tableau qu'elles présentent actuellement, quel contraste ne trouverait-on pas! Mais c'est par degrés que nous sommes parvenus ici , les événements de chaque jour nous ont préparés à des changements que nous trouvons naturels, et nous avons besoin de nous transporter en arrière, de voir ce que Rome fut autrefois pour juger combien elle est différente aujourd'hui.
Accoutumés sous Auguste au commandement d'un seul homme, dépouillés bientôt de leurs droits politiques, de leurs anciens magistrats, baissant la tête sous le sceptre des empereurs, sous le glaive des soldats, assimilés à tous les sujets qui peuplent
(1) Le sénatas-consulte Tertullianum , rendu sooa Antonin le Pieux, et le sénatus-consultc Orphitianum, sous Marc-Aurèle, le premier pour les droits de succession de la mère , le second pour ceux des enfants.
rempire, les Romains ne savent même pins se souvenir que jadis ils ont été libres; à la susceptibilité, à Tagitation républicaines, onf^uccédé Tambition, Tadulationde cour. On cherche le sourire du maître, on demande des faveurs, on implore une grâce, on attend le rescrit qui doit les apporter; les jurisconsultes euxmêmes, si justes, si libres dans le droit privé, laissent leur savoir, leur indépendance lorsqu'il s*agit du droit public, et remettent dans les mains d*un seul la toute-puissance. Les dissensions religieuses se répandent dans TÉtat, et entraînent avec elles Taigreur, les haines , les persécutions.