‹ Explication historique, dogmatique, morale, liturgique et canonique du catéchismeChapitre 106 sur 139 · DE L'OBJET ET DES CONDITIONS DE LA PRIÈRE · texte numérisé non relu

DE L'OBJET ET DES CONDITIONS DE LA PRIÈRE

= D. Que devons-nous demander à Dieu dans nos prières ? — R Nous devons demander à Dieu ce qui peut contribuer à sa gloire, à notre salut et au salut de notre prochain.

Explication. —Dieu étant le premier principe et la dernière fin de toutes les créatures, et ce graud Dieu ayant tout fait pour lui-même, nous devons, pour entrer dans ses vues et nous conformera ses desseins, lui demander, avant tout, ce qui peut contribuer à sa gloire : la conversion des infidèles et des pécheurs ; la persévérance des justes; l'accroissement de la piété dans les âmes qui ont déjà le bon-

(1) Vie de S. Philippe de Néri, 26 mai.

2) Voyage dans le Thibet, par MM. Gabet et Hue, lazaristes, 2 vol. in.gi. Voir les Annales de philosophie chrétienne, livr. de février 1850, p. 90.

heur d'être à lui. Nous devons ensuite demander à Dieu ce qui peut contribuer à notre salut : la foi des vétitésqui nous sont annoncées; l'espérance des biens qui nous sont promis; la charité , sans laquelle on est dans la mort (l); la victoire sur nos passions ; la vigilance pour prévenir les tentations et la force pour les surmonter; la persévérance dans le bien ; la haine déclarée du vice, en un moi, toutes les grâces nécessaires à notre faiblesse, pour rendre notre vocation et notre élection certaines par la pratique assidue des bonnes œuvres (2). C'est là ce que nous enseigne Jésus- Christ quand il nous recommande de chercher d'abord le royaume de Dieu et sa justice (3). Nous devons demander les mômes grâces pour le prochain, puisque nous devons l'aimer comme nous-mêmes; or, serait-ce l'aimer comme nous-mêmes, que de ne pas nous intéresser à son salut?

= D. Pouvons-nous demander à Dieu des biens temporels ? — ft Oui, nous pouvons lui demander la vie, la santé, un temps heureux, etc., mais pour une bonne fin seulement et avec une parfaite résignation ci sa sainte volonté.

Explication. — Les biens temporels, comme la vie, la santé", la fortune, un temps heureux, le gain d'un procès, le succès de nos entreprises, la conservation des personnes qui nous sont chères, la délivrance des maux qui nous accablent, etc., sont des choses bonnes en elles-mêmes, nous pouvons donc les demander, mais uniquement pour une bonne fin, c'est-à-dire dans l'intention de nous en servir pour glorifier le Seigneur et opérer notre salut. Il faut, dô plus, que nous les demandions en nous soumettant d'avance atout ce qu'il plaira à Dieu, souhaitant toujours que sa sainte volonté s'accomplisse de préférence à la nôtre, et le conjurant même de ne pas nous exaucer, s'il prévoyait

(1) Qui non diligit, m ftnët In morte. (I Joui., ni, 14.)

(2) Satagitej nt par bona opéra certain vestram vocationem et cîoetionem Faciatis. (II Petr., i, 10. )

(3) Qunriteergo primum regnom Dci, etjurtitiam ejni. (Mutin., vij 33.)

que nous dussions abuser des grâces que nous sollicito avec le plus d'instance.

= D. Que devons-nous lui demander le plus souvent? — R. Ne devons lui demander sans cesse la grâce de vivre et de mou dans son amour.

Exflication". — La grâce que nous devons dernand Fans cesse au Seigneur, c'est celle de vivre et de mou: dans son amour, puisque, sans cela, tout le reste dévie drait inutile. Que sert d l'homme, dit Jésus-Christ, de g ffhêr V univers entier, s il vient à perdre son dme(i)?Q lui sert de posséder d'immenses richesses, de jouir de Te time universelle, si après cette vie il est précipité au foi des enfers?

— D. Comment faut-il prier? — R. Il faut prier avec attentio humilité, confiance, pureté d'intention et persévérance. = D. Qu/e?t-ce que prier avec attention ?— R. Prier avec attei lion, c'est penser que nous parlons à Dieu, et le faire avec respect qui lui est dû.

Explication. — Sans l'attention, il n'y a point de vér table prière ; peut-il, en effet, s'imaginer de bonne foi qu' prie, celui qui ne sait ce qu'il dit ni ce qu'il demande Prions donc avec attention, c'est-à-dire pensons à ce qi nous disons, et n'oublions pas qu'en priant nous parlons Dieu ; autrement, nous nous flatterions en vain d'être exai ces. De quel droit prétendrions-nous que Dieu nous écou tàt, si, volontairement distraits et occupés de mille chose étrangères, nous ne nous écoutions pas nous-mêmes?

D. Qu'est-ce que prier avec humilité ? — R C'est prier avec u vif sentiment de son indignité et de ses misères.

Explication. — a Mon âme a en aversion un pauvre fie a et superbe, » un misérable qui demande du secours e qui le demande avec hauteur, comme s'il lui était dû (2)

(1) Aïatth., xvi, 26.

(2) Pauperem superbum odit anima mea. [Ecclesiast., xxv, i.)

C'est le geigneut qui parle de la sorte et qui nous apprend qu'un vif sentiment de nos misères et de notre indigence doit toujours accompagner nos prières. L'arrogance dans la prière ne serait pas seulement un vice, ce serait une contradiction, une démence. Car, qu'est-ce que prier? c'est reconnaître son indignité, sa bassesse, son impuissance, son néant en présence d'un Dieu infiniment pur, infiniment saint, infiniment grand, infiniment puissant; c'est \\ i confesser ingénument qu'on n'est rien, qu'on n'a rien, qu'on ne peut rien de soi-même et de son propre fonds ; c'est se montrer intimement convaincu du nombre prodigieux de ses besoins et de ses misères ; c'est parler à Dieu comme un pauvre qui manque de tout et qui sollicite des secours proportionnés à son extrême indigence. Or, mes enfants, comment s'y prend un pauvre qui est dans la plus pressante* nécessité et qui va demander l'aumône? Se présente-t-il au riche sous l'appareil du faste et de l'arrogance? Ah! couvert des livrées de la plus affreuse misère, il fait adroitement contraster ses vils haillons avec les vêtements supetbes du riche; sa misère avec son opulence; sa maigreur, sa faiblesse, ses plaies même, avec sa vigueur, sa force, et son embonpoint; arrivé là, il se jette à ses pieds, il embrasse ses genoux, il le prie de jeter un regard de compassion sur lui; il supplie, il conjure, il presse, jusqu'à ce qu'il ait obtenu ses besoins. Voilà, mes enfants, la conduite que nous devons tenir à l'égard de Dieu, voilà les sentiments qui doivent nous animer quand nous le prions. Ainsi priait le roi-prophète, lorsqu'il s'écriait : or Qu'est-ce « que l'homme, 6 mon Dieu, pour que vous daigniez voua « souvenir de lui! Ayez pitié de moi, Seigneur, ayez pitié « de moi, parce que je suis pauvre et infirme, parce que « je suis un ver de terre et non pas un homme, parce que oc je suis un pécheur et que j'ai été conçu dans l'ini- « quité (1). » — Ainsi priait le père des croyants, lorsqu'il

(1) Eccc enim in iniquitatibus conceptus sum. [Psal. l, 7.)

disait à Dieu : a Je parlerai à mon Seigneur, quoique je ne « sois que cendre et poussière (1). » — Ainsi priait le prince des apôtres, quand il disait à Jésus-Christ : « Éloi- « gnez-vous de moi, parce que je suis un pécheur (2). » — Ainsi priait le publicain , lorsque, se tenant à la porte du temple et se frappant la poitrine, il s'écriait : « 0 Dieu , « soyez propice à un indigne pécheur (3) ! » Ainsi priait l'enfant prodigue, lorsque, confus et touché de la douleur la plus amère à la vue de ses excès, il disait à son père : « Ah ! mon père, mon tendre père, j'ai péché contre le ciel a et contre vous, je ne suis pas digne d'être appelé votre ce fils. » — Telle était aussi la prière de cette femme pécheresse, qui, pénétrée d'un vif regret de ses crimes, vint se jeter aux pieds du Sauveur et les arrosa de ses larmes, sans oser proférer un seul mot, se contentant de laisser parler sa douleur. — Telle était aussi la prière de cet illustre pénitent, qui, tout absorbé dans l'abîme de son indignité, s'écriait plein de confusion : « Je suis indigne de la lumière « que je vois, de l'air que je respire, du pain que je mange, « de l'eau que je bois, de la terre qui me porte, des vète- « ments qui me couvrent; je suis indigne de vivre parmi « les hommes ; je suis indigne de toute grâce, de toute con- « solation; je suis indigne des flammes du purgatoire, et « ce que je mérite, c'est le feu éternel de l'enfer. » — Priez ainsi, et vous serez exaucés. C'est l'humilité qui rend la prière recommandable (4). La prière de celui qui s'humilie, est-il dit au livre de Y Ecclésiastique, percera les nues, et elle ne s'en retournera pas d'auprès du trône de l'Éternel qu'il ne Tait honorée d'un regard et d'un accueil favorables (5).

(1) Loquar ad Dominum meum, cum sim pulvis et cinis. [Liber Gen., xvin, 27.)

(2) Exi a me, quia homo peccator sum, Domine. (Luc, v, 8.) {3) Dcus, propitius esto mihi peccatori. (Luc.,xvui, 13.)

(4) Hurailitas orationem comraendat. (S. Ambr.) (o) Oratio humiliantis se nubes penetrabit...., et non discedet donec Altissimus aspiciat. {Ecclesiast», xxxv, 21.)

= D. Qu'est-ce que prier avec confiance? — R. C'est espérer fermement que Dieu nous exaucera si nous le prions comme il faut.

Explication. — Il ne suffit pas de prier avec humilité, il faut le faire avec confiance : Tune est fondée sur le sentiment de notre bassesse, l'autre a pour base la promesse de Dieu, sa puissance et sa bonté. C'est à Dieu que nous adressons nos vœux, et ce Dieu est tout-puissant : il peut donc les exaucer; il est infiniment bon : il le veut donc; il Ta promis : quelle défiance pourrait alors nous rester? Quoi ! c'est un Dieu dont la puissance est sans bornes qui nous invite à le prier, et nous déclare qu'il est toujours prêt à écouter nos prières ; un Dieu dont la bonté est infinie et qui ne désire rien tant que de nous faire du bien ; un Dieu qui nous- aime comme ses enfants et qui a pour nous des entrailles de père; un Dieu à qui notre salut est aussi cher* que la vie de son propre Fils, puisque pour nous sauver

il a livré son Fils à la mort et nous pourrions douter

encore et manquer de foi ?

Voyez ce pauvre qui est aux pieds du riche : après lui avoir exposé sa misère, que fait-il? Il lui parle de ses bontés, il compte sur sa générosité et lui témoigne de la confiance; c'est ce qui porte le riche à le secourir. Mes enfants, Dieu est plus généreux que tour les riches de l'univers.

Voyez ce malade désespéré qui reçoit la visite d'un habile médecin : après lui avoir exposé son état, il se livre à lui sans réserve et promet de faire tout ce qu'il lui ordonnera; il lui témoigne de la confiance : voilà pourquoi le médecin lui prodigue les soins les plus tendres et les plus assidus. Mes enfants, Dieu est plus habile dans l'art de guérir que tous les médecins de la terre.

Voyez ce fils ingrat et rebelle qui demande pardon à son père : après s'être prosterné à ses genoux et avoir fait l'humble aveu de ses torts, il ajoute qu'il compte sur ses bontés; il lui témoigne de la confiance; voilà pourquoi il

obtient le pardon qu'il implore. Mes enfants, Dieu est plus riche en miséricorde que tous les pères de la terre (1).

Que de motifs pour prier Dieu avec foi et sans aucune hésitation (2) ! Oui, mes enfants, quand vous vous présenter: à Dieu, il faut vous y présenter avec la persuasion intime que si grande que soit votre misère, il peut y subvenir ; s: grands que soient vos maux, il peut les guérir; si non? breux que soient vos ennemis, il peut les terrasser; 0L douter un seul instant, ce serait douter de sa toute-puissance et conséquemment de sa divinité. Ne mettez pas plus de bornes à votre espérance, qu'il n'en a mis à son engagement; or, ne s'est-il pas engagé à vous accorder tout ce que vous lui demanderez ? Demandez donc hardiment les dons les plus excellents : si c'est une vertu, qu'elle soit parfaite; si c'est une victoire, qu'elle soit complète; si c'est la rémission des péchés, qu'elle soit entière; la magnificence divine est le contraire de la libéralité humaine : plus on lui demande, plus on a le droit d'obtenir, parce que rien ne flatte tant notre Dieu que de voir la haute opinion que l'on a de sa puissance, de sa bonté, de sa fidélité à s?,s promesses. Mais pour peu que nous doutions, nous arrêtons le cours de sa miséricorde. Moïse frappe deux fois le rocher en présence d'Israël, et il est exclu pour jamais de la terre promise. Saint Pierre marche sur les eaux en hésitant, et dans l'instant même il enfonce; le centenier, au contraire, se présente à Jésus avec la plus vive confiance : « Seigneur, « lui dit-il, j'ai un serviteur malade. — J'irai, lui répond « Jésus-Christ, et je le guérirai. — Ah ! Seigneur, reprend « le centenier, ne vous donnez pas tant de peine, mais a dites seulement une parole, et je suis sûr de la guérison « de mon serviteur. » Cette parole, Jésus la prononce, et à l'instant même le centenier, en récompense de sa foi, obtient l'effet de sa demande. Demandons ainsi, et nous obtiendrons.

(1) Nemo tam pater, quam Deus. (S. Aug.)

(2) Postulet in fide nihil heesHins. (Jac, i, 6.)

Intimement persuadé de la divinité de Jésus-Chrjst, l'hémorrhoïsse dit en elle-même : « Il n'a pas besoin de me « voir, pourvu que je puisse toucher le bord de sa robe, « cela me suffit ! » Elle approche secrètement et en tremblant ; elle touche le bord de la robe de l'Homme-Dieu, elle a confiance, et elle est exaucée. « Allez, lui dit le Sauveur c en se retournant; votre foi vous a sauvée. » Ayons la même confiance, et nous obtiendrons.

= D. Qu'est-ce que prier avec pureté d'intention ? — R. Prier avec pureté d'intention, c'est prier en vue de la gloire de Dieu, de notre propre salut et du salut de notre prochain.

Explication. — Dieu ayant tout fait pour sa gloire et pour notre salut, nous ne devons rien lui demander que comme moyen de procurer cette gloire et de parvenir à l'éternelle félicité qui nous est préparée. Se proposer une autre fin en priant Dieu, lui demander, par exemple, la santé, afin de pouvoir se livrer aux divertissements et aux plaisirs défendus par la religion ; les richesses, afin d'être k même de ne rien refuser aux désirs déréglés de son cœur; le gain, d'un procès, afin d'insulter à son ennemi, de jouir de sa ruine et de l'écraser pour ainsi dire sous ses pieds, ne serait-ce pas un véritable désordre? ne serait-ce pas outrager, de la manière la plus audacieuse, le Dieu trois fois saint, puisque ce serait le prier de favoriser l'iniquité et de fournir des armes contre lui-même ?

= D. Qu'est-ce que prier avec persévérance? — R. Prier avec persévérance, c'est ne jamais nous rebuter et prier jusqu'à ce que nous soyons exaucés.

Explication. — Une autre qualité que doit avoir la prière, c'est la persévérance : avec elle, on obtient tout ; sans elle, on n'obtient rien, parce que c'est une preuve qu'on n'a pas de confiance. Jésus-Christ promet que les vœux faits en son nom seront exaucés, mais il n'en fixe pas le moment ; il s'engage à nous accorder toutes nos demandes, mais non pas aussitôt qu'il nous plaira de les faire. Souvent, au con-

traire, il paraît ne pas nous écouter : Pourquoi? Parce que s'il nous accordait ses grâces dès que nous les lui demandons, nous n'en sentirions pas toute Fexcellence; un bienfait trop facilement accordé perd tout son prix. Mais quand il nous laisse frapper longtemps à la porte de sa miséricorde, quand il parait sourd à nos soupirs et à nos vœux, qu'arrive-t-il ? Nous prions avec plus de ferveur, nous sentons plus vivement l'étendue de nos besoins, nous demandons avec plus d'instance. Un bienfait adroitement refusé enflamme le désir; plus la grâce que nous réclamons est difficile à obtenir, plus elle nous paraît précieuse et désirable; et quand nous l'avons obtenue, elle laisse dans nos cœurs des sentiments bien plus profonds de reconnaissance envers notre bienfaiteur, et nous rend plus vigilants à faire tout ce quïl faut pour la conserver. Tels sont les tendres desseins que Dieu a sur nous lorsqu'il diffère d'exaucer nos prières ; sa dureté apparente est un raffinement de bonté; il veut tout à la fois éprouver et exaucer notre patience, notre humilité, notre ferveur.

Ne vous lassez donc pas de prier avec une humble confiance, avec une sainte importunité, avec une persévérance à l'épreuve des plus longs et des plus humiliants délais. Le moment où vous cesseriez votre prière serait peut-êtee celui où elle allait être exaucée. Jusqu'ici vous n'avez rien obtenu, jusqu'ici le Seigneur n'a opposé que de la rigueur à vos vœux les plus légitimes; gardez-vous bien pour cela de vous rebuter : continuez de frapper, et il finira par vous ouvrir; continuez de demander, et à la fin vous obtiendrez; il n'est rien dont on ne vienne à bout par la persévérance.

C'est ce que Jésus-Christ nous fait entendre dans l'Évangile par la parabole de cet homme qui va, à minuit, demander un pain à son voisin pour un ami qui vient de lui arriver. La première réponse de cet homme est un refus; et s'il s'en tenait là, il n'aurait rien. Mais si, comme le dit Jésus-Christ, il continue de frapper, le voisin se lève et lui

donne ce qu'il demande, ne fût-ce que pour s'en débarrasser et dormir en repos.

La Cananéenne demande à Jésus la guérison de sa fille : est-elle exaucée sur-le-champ ? Non. D'abord Jésus-Christ ne la regarde seulement pas ; quand il voit qu'elle insiste, il lui répond de la manière la plus dure en apparence. Si cette femme s'en fût tenue là, elle n'aurait rien obtenu ; mais que fait-elle ? Plus Jésus-Christ l'humilie, plus elle s'humilie elle-même ; le cœur de l'Homme-Dieu en est touché : « Femme, lui dit-il, votre confiance est grande ; a allez. Votre fille est guérie. » Prions ainsi , et nous obtiendrons.

= D. Dieu nous exauce-t-il toujours, quand nous le prions comme il faut ? — R. Oui, il nous exauce tôt ou tard quand nous le prions comme il faut; car Jésus-Christ a dit : « Demandez, et « vous recevrez"; cherchez, et vous trouverez; frappez, et l'on « vous ouvrira (1). »

Explication. — « En vérité, en vérité je vous le dis, » c'est Jésus-Christ qui parle de la sorte, « si vous demandez « quelque chose à mon Père en mon nom, il vous l'accor- <c dera.s... tout ce que vous demanderez, vous l'obtiena drez (2). » D'après des textes aussi formels, il est impossible de douter que Dieu n'exauce tôt ou tard ceux qui le prient comme il faut. Mais, dit un saint docteur, il veut en quelque manière être foi ce de nous accorder ses dons, il veut qu'on triomphe de lui par une sorte d'importunité (3); et « Celui qui n'est pas importun, dit saint Laurent Justia nien, se prive du fruit de la prière (4). »

D. La prière est donc bien efficace ? — R. Il n'y a rien de plus efficace que la prière, quand elle est bien faite.

Explication. — Tout est promis à la prière; tout, par conséquent, peut être obtenu par elle; ce qui fait dire à un

(1) Petite, et dabitur vcbis. (Matth., vu, 7.)

(2) Joan., Xiv, 12.

(3) Vult cogi, \ult quadam importunitate vinci. (S. Hyeron.)

(4) Orationis fructu privatur,qui non est importunus. (S. L. Just.)

tu. 3t.

grand saint qu'il n'y a rien de plus puissant que l'homme qui prie (1). — « La prière, dit saint Grégoire de Nysse, a est la mère et la source de tous les biens ; elle est le rema part de la pudeur, le sceau de la virginité, le frein de la a colère, la répression de l'orgueil, l'oubli des injures re- « eues, la réconciliation des ennemis, la consolation des a affligés, le soulagement de ceux qui pleurent. Sa force et « son efficacité sont si grandes , que lorsqu'elle entre une a fois dans l'âme, toutes les vertus y entrent avec elle, et « rien ne fait autant avancer dans la perfection que de « converser et de s'entretenir assidûment avec Dieu. »

C'est la prière qui nous découvre la laideur du vice, la beauté de la vertu, la bassesse de l'homme, la grandeur de Dieu, cet être infini, pour nous attacher uniquement à lui et nous faire reposer dans son sein comme dans le centre de notre félicité. C'est dans la fournaise de la prière que s'allume, que s'enflamme le feu sacré de l'amour de Dieu et du prochain, le zèle de la gloire du Seigneur et de la sanctification des âmes, qui porte efficacement à embrasser avec joie les travaux les plus pénibles, pour étendre et cimenter l'empire de la religion.

La prière est toute-puissante (2) ; ce fut par elle que Josué arrêta le soleil, qu'Élie fit descendre du ciel, tantôt le feu, tantôt la pluie et la fécondité; que David et Manassès obtinrent la rémission de leurs péchés ; que Salomon obtint la sagesse, et le pieux Ézéchias la prolongation de ses jours; qu'Esther et Mardochée sauvèrent les Juifs des fureurs d'Aman; que la chaste Suzanne triompha des pièges et de la calomnie des infâmes vieillards qui en voulaient à son innocence et à sa vie.

La prière est toute-puissante contre la toute-puissance même. Le Seigneur veut exterminer Israël idolâtre qui vient d'adorer le veau d'or; Moïse n'a point encore ouvert la bouche, il n'a pas encore proféré une seule parole, mais son

(1) Nih.il potentius homine orante. (3. Bernard.) m QfflûipQteûS oratio. (S. Hytîroû.à

cœur est dans la disposition de prier, c'en est assez pour désarmer la colère divine, a Laissez-moi, dit Dieu à Moïse, « afin que ma colère s'enflamme contre eux et que je les « extermine (1). » Paroles remarquables, qui prouvent que la prière a la vertu d'arrêter le bras du Seigneur et de le forcer à pardonner. Aussi les Pères n'ont pas craint de comparer sa force irrésistible à celle de la parole toutepuissante de Dieu ; ils lui trouvent même une sorte du supériorité : Dieu n'exerce son pouvoir que sur les créatures, et la prière agit sur Dieu même : Dieu obéit à la voix de l'homme (2).

= D. D'où vient donc que nous prions si souvent sans être exaucés ? — R. Cela vient de ce que nous prions mal, ou de ce que nous n'avons point le désir de nous changer, ou enfin de ce que nous demandons des choses qui seraient plutôt nuisibles qu'utiles à notre salut.

Explication. — Si dans une foule de circonstances nous n'obtenons pas ce que nous demandons, c'est que nous prions mal. Nous prions mal, parce que nous présentons à Dieu un cœur froid, un esprit égaré, un air dissipé, un maintien superbe; parce que nous conservons l'affection au péché et n'avons aucun désir de nous changer; et alors, au lieu d'obtenir des grâces, nous méritons d'encourir cette terrible imprécation : Que sa prière même devienne pour lui un nouveau péché (3) ! Maudit l'homme qui fait l'œuvre de Dieu négligemment (4). Nous prions mal, parce que trop souvent nous demandons imprudemment à Dieu des choses qui préjudicieraient à notre salut, et qu'il ne nous accorderait que dans sa colère. Comme les fils de Zébédée, nous ne savons ce que nous demandons (5); c'est par pitié que le Seigneur ne nous exauce pas ; il est sévère par miséricorde.

(1) Dimitte me, ut irascatur furor meus contra eos. (Ex,, xxxn, 10.)

(2) Obedientc Domino \oci hcminis. (Jos., x, 14.)

(3) PsaL, cvnr, 7.

(4) Jer., xlviïi, 10.

(5) Matth., XX, 22.

TRAITS HISTORIQUES

*E SÉNATEUR ET i/OISEAU.

On lit dans l'histoire grecque qu'un sénateur de rare*opage ayant repoussé avec quelque violence un oiseau qui s'était jeté dans son sein pour se sauver d'un vautour qui le poursuivait, son action parut si basse, si indigne à tous ses collègues, qu'ils le chassèrent de leur corps, comme l'ayant déshonoré parcelle dureté, qui Lear parut avoir quelque chose d'inhumain et de cruel. Combien plus elle aurait excité leur juste indignation, si au lieu d'un vil oiseau il se fût agi de donner un asile à un enfant, à un homme, à son propre fils? — Que ne pouvonsnous, mes enfants, vous faire sentir par nos paroles tout ce que nous sentons nous-mème au récit de cet événement! Quoi donc ! un procédé indigne de l'homme serait-il digne de Dieu? Ce Dieu de bonté que tous les chrétiens s'accordent à nommer par excellence le bon Dieu, mériterait-il cet aimable nom s'il était capable d'user envers eux, ses enfants, d'une dureté plus odieuse que celle dont usa ce sénateur envers un vil animal? Lorsque, exposés aux attaques du tentateur, aux poursuites du vautour infernal, ils viennent par la prière se réfugier dans le sein du Père céleste, s'il les rejetait alors et leur refusait sa protection, ne se déshonorerait-il pas étrangement lui-nu nie? A-t-on vu qu'en pareil cas il 1? leur ait refusée? Non, non, jamais cela n'e?t arrivé ni n'arrivera. Parcourez tous les siècles, considérez, vous disons-nous avec le Sage, tout ce qu'il y a eu d'hommes parmi les nations, et sachez que nul de ceux qui ont espéré au Seigneur n'a été confondu. Quel est ïhomme qui soit demeuré ferme dans les commandements de Dieu, et qui en ait été abandonné ? Quel est celui qui l'ait invoqué et qui ait été méprisé de lui? il protège tous ceux gui le. d&vchent dans la sincérité de leur cœur.

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