SAINT PHILIPPE DE NÉRI
Saint Philippe de Néri obtint de Dieu le don de la plus sublime oraison. Les douceurs qu'il goûtait dans cet exercice étaient si grandes, qu'il ne pouvait se soutenir; alors il se couchait par terre, et s'écriait : « C'en est assez, Seigneur, c'en est assez. Je vous prie de suspendre un peu le torrent de vos consolations. Éloignez-vous de moi, Seigneur, éloignez-vous de moi. Je suis un homme mortel, et par conséquent incapable de supporter une telle abondance des célestes délices. Je me meurs, mon Dieu, si vous ne me secourez. » On l'entendait aussi dire souvent : « 0 mon Dieu ! puisque vous êtes si aimable, pourquoi ne m'avez-vous donné qu'un cœur [tour vous aimer? Pourquoi du moins ce cœur est-il si petit et si étroit? »
(1) Dictionnaire dis hérésies, art. Tasgadrugiiies.
On croit et le saint lui-même était persuadé qu'il serait mort d'un excès de joie, si, dans ces circonstances, Dieu n'eût modéré ou retiré ses consolations (1).
LES THIBÉTÀINS.
Il existe à Lahsa, capitale du Thibet, une coutume bien touchante. Sur le soir, au moment où le jour touche à son déclin, tous les Thibétains cessent de vaquer aux affaires et se réunirent, hommes, femmes et enfants, conformément a leur âee et à leur sexe, dans les principaux quartiers de la ville et sur les places publiques. Aussitôt que les groupes se sont formés tout le monde s'accroupit par terre et l'on commence a chanter des prières lentement et à demi-voix. Les concerts délicieux qui s'élèvent du sein de ces réunions nombreuses produisent dans la ville une harmonie immense, solennelle, et oui agît fortement sur l'àme. La première fois que nous fumes témoins de ce spectacle, disent les missionnaires qui racontent ce fait, nous ne pûmes nous empêcher d'établir un douloureux rapprochement entre cette ville païenne, où le monde priait en commun, et nos cités d'Europe, où l'on rougirait de faire en public le signe de la croix (2).
S.EÇON XXXV.