DE L'EXERCICE DU CHRÉTIEN
= D. Quel est le moyen de vivre saintement chaque jour ? — R. C'est de suivre exactement l'exercice du chrétien. = D. Qu'entendez-vous par l 'exercice du chrétien? — R. J'entends, par l'exercice du chrétien, la manière de sanctifier toutes les actions de la journée.
Explication. — Il ne suffit pas de faire ses actions avec ferveur d'esprit et avec pureté de cœur et d'intention, il faut encore les faire avec ordre et y suivre le plan d'une conduite toujours égale et uniforme. Que tout, dit saint Paul, se fasse honnêtement et dans l'ordre (1). Or, faire chaque jour ses actions avec ordre, avec règle, dans son temps et dans toutes les autres circonstances convenables, afin de les sanctifier et de les rendre méritoires, c'est ce qu'on appelle s'acquitter exactement de l'exercice du chrétien.
= D. Que doit faire un chrétien à son réveil ? — R. Un chrétien, à son réveil, doit faire le signe de la croix et dire : « Mon Dieu, je vous adore, je vous aime de tout mon cœur, et je ne veux rien faire en ce jour que pour votre amour. »
Explication. — « Consacrez au Seigneur, dit saint Jean Climaque, les prémices de votre journée, car elle appartiendra à celui qui en aura pris possession le premier. L'ennemi du salut se trouve toujours au réveil des fidèles pour tâcher de ravir au Seigneur, les premiers fruits d'un cœur et d'un esprit chrétiens. Aussitôt donc que vous êtes éveillés, ayez grand soin d'éloigner de votre esprit, en faisant le signe de la croix, les pensées vaines, inutiles, dangereuses, que le démon peut y faire naître ; adorez Dieu et donnez-lui, au moment de votre réveil, le premier mouvement de votre cœur, en disant : « Mon Dieu, je vous
(1) Omnia autem honeste, et secundum ordinem fiant. (I Cor,, Xiv, 40.)
adore, etc. » — C'était, dit un pieux auteur, la pratique d'un jeune enfant de qualité d'offrir son cœur à Dieu tous les matins avec beaucoup de ferveur; ce qui était comme l'âme de toutes les action s qu'il faisait pendant le jour- a Si je manque, disait-il, à ce devoir, comme il m'est arrivé quelquefois, je suis dissipé tout le reste de la journée. » Ce saint enfant, n'ayant pas encore l'âge de douze ans, mourut avec les sentiments d'une rare piété. « Mon Dieu, s'écriait-il de temps en temps, étant près d'expirer, je vous ai fais presque tous les jours un sacrifice de mon cœur, je vous en fait un maintenant de ma propre vie. » Imitez ce pieux enfant, et soyez exacts comme lui à offrir tous les matins Votre cœur à Dieu, afin de mourir comme lui dans les sentiments d'une tendre piété.
== D. Quand faut-il se lever? — R. Il faut se lever à une heure convenable, toujours à la même, s'il est possible, et ne jamais rester au lit par paresse.
Explication. — Sept à huit heures de sommeil suffisent pour l'ordinaire. Les maîtres de la vie spirituelle conseillent de se coucher de bonne heure et de se lever matin. « Se lever matin, dit saint François de Sales est bon pour la « santé et pour la sainteté. » Si l'on donne trop de temps au sommeil, le corps devient lourd et pesant, et, par suite de l'influence du physique sur le moral, les facultés intellectuelles deviennent moins actives et ont plus de peine à se développer. Il est surtout bien important de ne jamais rester au lit par paresse, parce que c'est alors surtout que le démon, dont la malice ne s'endort jamais, présente à l'esprit une foule d'idées dangereuses et qui deviennent criminelles, . si l'on a le malheur d'y consentir.
= D. Que faut-il observer par rapport au lever? — R. Quand le moment est venu, il faut se lever promptement et s'habiller modestement.
Explication. — La première action qu'on doit régler pour vivre saintement chaque jour, c'est le lever. On peut
dire que le reste de la journée en dépend ; il n'est pas aisé de bien finir quand on a mal commencé. Il faut donc éviter avec soin l'excès du sommeil qui, d'ailleurs, amollit le corps, affaiblit la santé, abrège la vie; en fixer les heures conformément à son vrai besoin, et s'y assujettir avec fidélité; se lever régulièrement à la même heure autant qu'on le peut. « Les oiseaux, dit saint François de Sales, ne nous « excitent-ils pas de grand matin à quitter le sommeil et g à chanter les louanges de Dieu ? » Il faut se lever promptement, s'habiller modestement et éviter en cette action la lenteur et la négligence, qui sont l'effet d'un cœur mou, d'un esprit pesant et d'une conscience peu délicate.
= D. Que faut-il faire quand on est habillé ? — R. Dès qu'on est habillé, il faut se mettre à genoux et faire dévotement la prière du matin.
Explication. — Dès qu'on est habillé, il faut se mettre à genoux (à moins qu'on ne soit malade ou infirme), devant un crucifix ou une image de dévotion, et faire la prière du matin, sans jamais y manquer. Le Seigneur est jaloux de ce premier devoir. Que nulle affaire, quelque pressante qu'elle soit, ne vous empêche, mes enfants, de vous en acquitter. N'imitez pas tant de chrétiens lâches et indolents qui négligent entièrement la prière du matin, ou qui ne la font qu'après s'être occupés de leurs affaires temporelles, ou bien encore qui, sans nécessité, la font en s'habillant, en voyageant, en s'occupant de toute autre chose ; que votre conduite soit conforme a celle de l'homme sage que l'Écriture (1) nous représente offrant dès le matin ses hommages à son Créateur, en appliquant son esprit et son cœur pour prier avec tous les sentiments qu'exigent la présence et la majesté du Très-Haut. — Manquer sans cause et sans aucune raison aux prières du matin et du soir, et laisser la journée tout entière se passer sans invoquer ni Dieu, ni la
(1) Quoniam oportet praevenire solem ad benedictionem tuam, et ad ortum lucis te adorare. [Sap,, xvi, 28.)
sainte Vierge, ni les saints, c'est montrer peu de zèle pour son salut; il est bien difficile, dans ce cas, d'être excusé de tout péché. Y manquer souvent, plusieurs jours de suite, c'est s'exposer évidemment au danger de perdre tout sentiment de piété et de tomber bientôt dans quelque faute plus ou moins grave.
= D. Que faut-il faire après la prière du matin?— R. Il faut se mettre à son travail, chacun selon sa condition, et ne jamais rester oisif.
Explication. — Dieu a mis l'homme sur la terre pour y travailler, et il a puni son péché en le condamnant à manger son pain à la sueur de son front. Quiconque refuse de travailler, va donc contre l'ordre de Dieu; il ne fait point la pénitence qui lui est prescrite ; il ne mérite pas, selon saint Paul, le pain qu'il mange. Dans quelque rang, donc, et dans quelque condition que vous soyez, aimez le travail ; bannissez-en la lenteur et la nonchalance : Soyez prompt, diligent dans toutes vos actions, et par ce moyen, dit l'Écriture, vous éviterez toutes sortes de maladies. Vous éviterez aussi la pauvreté : celui qui laboure sa terre sera rassasié de pain ; mais celui qui aime l 'oisiveté sera dans une profonde indigence (1). Ne restez jamais à rien faire; il n'y a point de désordres que la fainéantise n'entraîne après elle. C'est à juste titre qu'elle est nommée, par saint Bernard, l'égout de toutes les tentations, le réceptacle de tous les maux; et, par l'Esprit-Saint même, la maîtresse de tous les vices. Les anciens avaient coutume de dire que celui qui travaille n'a qu'un démon à combattre ; mais que celui qui ne travaille point a autour de lui une légion de démons qui l'attaquent. Aussi saint Jérôme donne-t-il pour règle de conduite cette excellente maxime : Que l'esprit tentateur vous trouve toujours occupé.
= D. Que faut-il faire en commençant son travail ? — R. Un bon chrétien a soin d'offrir à Dieu son travail et de lui dire, plus de
(1) Qui autem sectatur otium, replebitur egestate. [Prov. xxvin, 19.)
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cœur que de bouche : « Mon Dieu, bénissez cette action que je veux faire pour votre gloire et pour accomplir votre sainte volonté'. »
Explication. — En commençant votre travail, offrez-le à Dieu, afin qu'il le bénisse; et pendant que vos mains et vos autres membres travailleront, ayez soin que votre esprit et fotre cœur prennent de nouvelles forces, en les élevant à Dieu par de fréquentes aspirations.
= D. Que doit faire le chrétien avant son repas ? — R. Le chrétien doit demander à Dieu, avant son repas, qu'il répande sa bénédiction sur lui et sur ce qu'il va prendre pour sa nourriture. = D. Quelle prière doit-il faire? — R. Il doit dire en latin : Bénédicité. Dominus. Nos et ea quœ sumus sumpturi, benedicat dextera Christi. In nomine Patris, etc. Ou bien en français : Que Notre-Seigneur Jésus-Christ nous donne, s'il lui plaît, et aux choses que nous allons prendre pour notre nourriture, sa sainte bénédiction. Ainsi soit-il.
= D. Que faut-il faire après le repas? — R. Le chrétien, après son repas, doit remercier Dieu de ses bienfaits, et dire en latin : Agimus tibi grattas, omnipotens Deus, pro universis beneficiis tuis, quivivis et régnas, Deus, in secula seculorum. Amen. Ou bien en français : Nous vous rendons grâces pour tous vos bienfaits, ô Dieu, tout-puis saiit, qui vivez et régnez dans tous les siècles des siècles. Ainsi soit-il.
Explication. — L'usage de demander la bénédiction de Dieu avant le repas, et de lui rendre grâces après l'avoir pris, est fondé d'abord sur l'exemple de Jésus-Christ même, comme nous le voyons dans plusieurs passages de l'Évangile : il rendit grâces quand il rompit le pain; il rendit grâces quand il prit le calice, il récita un cantique avec ses disciples à la fin du banquet pascal (1). Celui qui regarderait comme suranné de dire une petite prière avant et après le repas, peut se demander s'il veut suivre l'exemple de Jésus-Christ ou celui du monde. — Cet usage est, en second lieu, aussi ancien que le christianisme. Voici comment
(1) Matt., xxvi, 30.— Marc, XIV, 26.
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s'exprime à ce sujet Tertullien : « Ou ne souffre dans nos « repas rien de Las, rien d'immoral; on ne se met à table
« qu'après avoir adressé une prière à Dieu le repas finit
« de même par la prière (i). » — Ceux qui négligent de se conformer à Fusage dont nous parlons, sont des aveugles et des ingrats qui méconnaissent la main de leur bienfaiteur, et un auteur ne craint pas de les comparer aux animaux dépourvus de raison, qui mangent et boivent sans penser à celui qui est Fauteur et le dispensateur de toutes choses. Nous ne prétendons pas, cependant, que les prières qui se font immédiatement après et avant les repas soient strictementobligatoires ; mais peut-on dire que celui qui y manque habituellement soit animé de l'esprit de piété et de foi? Ne doit-on pas craindre, en les omettant, de causer un véritable scandale? Un auteur non suspect, un philosophe, Sainte- Foi (2), a fait la réflexion suivante, qu'on ne saurait trop méditer : « Chez les Romains, en se mettant à table, le maître de la maison prenait une coupe de vin et en versait quelques gouttes à terre : ces libations étaient un hommage qu'ils rendaient à la Providence. De tout temps, les chrétiens, avant et après le dîner et le souper, ont fait une prière à Dieu pour le remercier du repas qu'ils allaient prendre ou qu'ils avaient pris. N'est-il pas bien condamnable et en même temps bien ridicule qu'en France, depuis cinquante ans, cet acte si naturel de reconnaissance et de religion ait été regardé, par les personnes du grand monde, comme une petite cérémonie puérile, une vieille mode que le nouveau bel usage doit proscrire ? Nos inférieurs, en devenant, à notre exemple, ingrats envers Dieu, s'habituent à l'être envers nous. »
= D. Si* Von éprouve quelque tentation, que faut-il faire? — R. Il faut recourir à Dieu et lui demander lu grâce de ne pas y succomber.
Explication. — Abandonnés à nos propres forces, il nous
(4) Mgr Guillon, Bibliothèque des Pères, t. II, p. 406. (?) Essais sur Pans.
est impossible de résister à la moindre tentation. Nous avons besoin, pour en triompher, du secours de la grâce. Pour l'obtenir, il faut recourir à Dieu et lui demander avec une humble et vive confiance tout ce qui nous est nécessaire pour mettre en fuite les ennemis de notre salut.
= D. Si Von venait pourtant à tomber dans le péché , que faudrait* il faire? — R. Il faudrait aussitôt s'en repentir, en demander pardon à Dieu et prendre la résolution de s'en confesser.
Explication. — A chaque instant nous pouvons mourir, et si nous mourrions en état de péché mortel, nous tomberions aussitôt dans l'enfer; si donc nous avions le malheur de commettre quelque faute grave, nous devrions aussitôt en faire un acte de contrition et prendre la résolution de nous en confesser au plus tôt.
= D. S'il arrive quelque peine de corps et d'esprit dans la journée, que faut-il faire ? — R. L'accepter avec soumission et l'offrir à Dieu en esprit de pénitence.
Explication. — Accepter avec soumission et supporter sans murmures les peines de corps et d'esprit qui nous arrivent, c'est-à-dire les maladies, les chagrins, etc., c'est le moyen de les rendre méritoires et de satisfaire à la justice du Seigneur pour les péchés dont nous nous sommes rendus coupables.
= D. Par où faut-il finir la journée ? — R. Il faut finir la journée en faisant la prière du soir et l'examen de conscience.
Explication. — S'il est important de bien commencer la journée, il ne l'est pas moins de la bien finir. Les grâces nouvelles que Dieu nous a accordées pendant le jour, et la protection dont nous avons besoin pour passer la nuit sans danger, sont de nouveaux motifs de prier Dieu avec les dispositions dont nous avons parlé. L'examen de conscience doit faire partie de ce dernier exercice de la journée : c'est une des plus importantes pratiques de la vie chrétienne, une des plus propres à prévenir ou à déraciner les habitudes
vicieuses, à faciliter les confessions ordinaires, et à attirer la miséricorde divine.
= D. Que faut-il observer en se couchant ? — R. Il faut se déshabiller avec modestie, prendre de l'eau bénite, faire le signe de la croix et dire : « Mon Sauveur Jésus-Christ, je vous recommande mon âme ; sainte Marie, mère de Dieu, mon bon ange gardien, mon saint patron, saints et saintes qui êtes dans le ciel, priez pour moi. » — a Que les âmes des fidèles trépassai reposent en paix. Ainsi soit-il. » — Ensuite il faut tâcher de s'endormir dans quelque bonne pensée.
Explication. — Saint Louis de Gonzague ne manquait jamais, avant de se coucher, de faire le signe de la croix sur son lit, en jetant de l'eau bénite. — Sainte Thérèse disait qu'elle savait par expérience combien l'eau bénite est redoutable au démon : « Je le chassais, disait-elle, par le signe de la croix, et il s'enfuyait à l'instant ; mais ce n'était, ce me semble, que pour revenir bientôt ; au lieu que, lorsque je joignais de l'eau bénite au signe de la croix, il n'osait plus reparaître. » Marchons sur les traces de ces grands saints, et, comme eux, nous attirerons sur nous les bénédictions du ciel.
TRAIT HISTORIQUE