‹ Explication historique, dogmatique, morale, liturgique et canonique du catéchismeChapitre 22 sur 139 · LE JOUR LE PLUS HEUREUX LE MA VIE FUT CELUI DE MA · texte numérisé non relu

LE JOUR LE PLUS HEUREUX LE MA VIE FUT CELUI DE MA

première communion ! » — Comme il promenait son regard sur l'assemblée et n'y voyait que de la surprise, il aperçut une larme dans l'œil de l'un des assistants ; s'approchant vivement de lui, et lui serrant la main : « Vous me comprenez, vous! » lui dit-il. Ces quatre mots sont un éloge de la piété de Drouot, car c'était à lui que Napoléon parlait ; on ne pourra suspecter de sincérité la bouche qui les lui a adressés (1).

= D. Quelles sont les dispositions qui regardent le corps? — R. Les dispositions qui regardent le corps sont d'être à jeun, c'est-à-dire de n'avoir ni bu ni mangé depuis minuit, et d'avoir un extérieur modeste et recueilli.

Explication. — Pour communier dignement, il faut : i° être à jeun. Quoique Notre-Seigneur Jésus-Christ ait institué l'eucharistie après la cène, laquelle fut célébrée le soir, et qu'il l'ait distribuée à ses apôtres qui venaient de manger avec lui l'agneau pascal, cependant une tradition constants, qui remonte jusqu'aux temps apostoliques, a fait une loi précise de ne recevoir ce sacrement que lorsqu'on est à jeun. Ce jeûne sacramentel est beaucoup plus sévère et plus rigoureux que celui qui est prescrit les jours de pénitence; il consiste à n'avoir absolument rien pris, ni solide, ni liquide, ni comme nourriture, ni comme remède, depuis minuit (2).

(1) Voir re journal intitulé L'Étoile du Peuple.

(2) On distingue deux sortes de temps : le temps moyen, qui est me-

C'est pour nous faire comprendre quel respect nous devons avoir pour le sacrement du corps de Jésus-Christ, que l'Église a porté cette loi, et qu'elle a exigé que depuis la première heure du jour il n'entrât aucune nourriture dans un corps

sure par une horloge bien réglée et d'une marche uniforme, et le temps vrai, qui est indiqué par le passage réel du soleil au méridien. La différence entre le midi et le minuit moyen, et le midi ou le minuit vrai, s'élève quelquefois jusqu'à 16 minutes 1/2. Le temps moyen est celui qu'il faut toujours suivre pour le jeûne eucharistique, attendu que personne n'est obligé d'avoir des connaissances astronomiques. Cependant, serait-il permis de suivre le temps vrai, lorsqu'il est plus favorable à la liberté, que le temps moyen? Par exemple : nous sommes au 11 mars ma montre, que je suppose être bien réglée selon le temps moyen, marque minuit; mais le minuit vrai n'arrivera que dans 10 minutes. Si je n'ai pas soupe, ne pourrai-je pas prendre quelque nourriture pendant 9 minutes encore, et communier dans 10 minutes au méridien inférieur? Cette question ne laisse pas d'être sérieuse, et elle peut se rencontrer assez souvent dans la pratique. M. l'abbé Migne, à qui elle avait été proposée, y répondit en ces termes dans la Voix de la Vérité :

« L'Église défend très-expressément à celui qui veut communier, de prendre aucune espèce de nourriture passé minuit.

« Plusieurs motifs l'ont déterminée à prescrire cette abstention d'aliments. Celui qu'il nous paraît le plus convenable d'indiquer ici, parce qu'il pourra servir à mieux faire comprendre notre décision, c'est le désir que cette nourriture divine que le prêtre tire de la victime êhiguste du sacrifice, soit la première de la journée qui entre dans son corps.

« Le jour commence immédiatement après minuit et finit à minuit ; de telle sorte que l'instant qui marque minuit termine le jour précédent, et que celui qui suit minuit est le premier instant du nouveau jour qui commence.

« L'obligation du jeûne eucharistique est du nombre de celles qu'on ne peut pas éluder. La loi est formelle. Elle est en matière grave. Prêtres et fidèles doivent s'y conformer, autant et de la manière qu'ils le peuvent, moralement parlant.

« Nous disons moralement parlant, parce que celui qui n'a pour se guider que des appréciations incertaines, des observations peu exactes, doit être sans inquiétude. Le jour eucharistique, s'il est permis de s'exprimer ainsi, ne commence pour lui qu'au moment où il croit de bonne foi qu'il commence. Ainsi, le missionnaire, revenant de ses courses apostoliques k une heure avancée de la nuit qu'il juge par erreur n'être pas encore celle de minuit, ne viole point la loi du jeûne eucharistique en prenant après minuit la nourriture dont il a besoin, et peut célébrer le lendemain, sans scrupule.

« La durée du jour eucharistique est mesurée par le temps moyen; mais l'Église n'ayant adopté cette mesure que parce que c'est la seule m. 9.

destiné à le recevoir. La petitesse de la matière n'excuserait pas d'un péché très-grave celui qui communierait après avoir avalé quelque peu de nourriture ou de remède. Minait commence au premier coup de l'horloge, lorsqu'elle est exacte et bien réglée. Par conséquent, si, lorsque le premier coup de minuit sonne, une personne était occupée à boire un verre d'eau ou de vin, et qu'elle se proposât de faire la sainte communion, elle ne devrait pas continuer ; elle ne devrait pas non plus mâcher et avaler la nourriture qu'elle aurait alors dans la bouche, mais la rejeter aussitôt (1). Quand on doute si c'est depuis minuit qu'on a bu ou mangé, à cause de la différence des horloges, on doit s'en rapporter à celle qu'on croit la plus exacte ; et si l'on ne peut avoir d'assurance à cet égard, ne pas communier ce jour-là, c'est adopter le parti le plus sûr (2).

Il faut, pour communier, n'avoir absolument rien pris depuis minuit; ainsi une personne qui, en se couchant, aurait mis dans sa bouche un morceau de sucre ou de réglisse, et qui l'aurait avalé en dormant, après minuit, ne pourrait pas se présenter à la sainte table (3). Mais, quelle que soit l'heure à laquelle on a pris de la nourriture le soir, pourvu que ce soit avant minuit, on peut communier le lendemain. ïl n'est point nécessaire que la digestion soit faite, ni qu'on se soit livré au sommeil depuis qu'on a bu

qui soit à la portée du plus grand nombre, ce ne serait s'écarter ni le sou esprit ni de sa volonté, que de se servir du temps vrai quand an a le moyen de le connaître. Au contraire, on s'en rapprocherait darantage.

« Nous c» oyons seulement que l'on ne pourrait pas se servir alternativement du temps \rai et du temps moyen, selon qu'on y trouverait gon intérêt. Habituellement, il faut suivre l'une ou l'autre des deux mesures. La préférence de celle des deux qui est la plus favorable ne peut être licite que dans les cas extraordinaires et non prévus où l'on en a besoin pour agir en sûreté de conscience et sans crainte de s'exposer à violer la loi. »

(1) Sœttler, t. iv, p. 119.

(2) Rituel de Langres.

(3) P. Catalani, Uaiversi juris fïieologico-moralis corpui integrum, t. Il, p. 61.

ou mangé (1). Il pourrait se faire, cependant, que le défaut de sommeil ou le travail de la digestion fussent un cbstacla au recueillement; alors il serait bon de retarder la communion. Si Ton devait communier de très-grand matin, comme dans la nuit de Noël, il conviendrait de ne pas différer soi? repas ou sa collation jusque vers minuit, parce qu'il semble peu conforme au respect dû au corps de Jésus-Christ de le faire entrer dans un estomac encore tout chargé de nourriture matérielle ; toutefois, l'Église n'a rien prescrit à cet égard (2).

On ne regarde pas comme une infraction au jeûne naturel et sacramentel ce qui s'avale fortuitement et sans dessein, par la seule respiration, ni ce que Ton goûte sans l'avaler. Ainsi : 1° ce n'est pas rompre le jeûne que d'avaler involontairement, avec sa salive (per modum salivœ), quelques gouttes d'eau ou de vin en se lavant la bouche; quelques gouttes de sang venant des gencives ou du cerveau ; quelques gouttes d'eau qui tombent par hasard dans la bouche, par un temps de pluie ; quelques flocons de neige, quelques gouttes de sueur (3); pourvu, toutefois, que tout cela arrive fortuitement et sans dessein, comme nous venons de le dire, et que ce qui entre dans l'estomac avec la salive soit en petite quantité; car le jeûne serait rompu si, par exemple, on avalait sciemment, et avec réflexion, le sang qui coule d'un doigt auquel on s'est fait une blessure ; ou si, ayant la bouche pleine d'eau, on venait à l'avaler, même invo» lontairement. Quant aux restes de nourriture qui étaient demeurés entre les dents et qui viennent à s'en détacher, la mieux est de les cracher dès qu'on s'en aperçoit ; toutefois, si, on les avait avalés, ce ne serait pas un obstacle à la communion (4). 2° Le jeûne n'est point rompu lorsque ce qui entre dans la bouche ne pénètre point dans l'estomac;

(1) P. Catalani, Universi juris theologico-moralis corpus mtegrum, t. ii, p. 61.

(2) Ibib., p. G4.

(3) Ibid., p. 68.

(4) Ibid., p. 63, n<> 20,

lorsqu'on mord, par exemple, dans un morceau de pain sans en rien avaler, ou que Ton goûte, avec la langue et le palais seulement, une sauce, un bouillon, du vin, etc. 3° Ce qui est le pur effet de la respiration, nous l'avons déjà dit, ne rompt point le jeûne naturel et sacramentel : comme avaler de la fumée, de la poussière, une mouche ; ceci s'applique aussi à ceux qui prisent du tabac, quoiqu'il ne soit pas rare qu'il en tombe dans la gorge et dans l'estomac. Mais le respect dû au sacrement demande qu'on s'abstienne de fumer et de chiquer avant de communier; plusieurs conciles, et le souverain pontife Urbain VIII, le recommandent expressément (1). 4° Le jeûne naturel n'est point non plus rompu quand on avale des choses qui ne digèrent pas et ne se décomposent pas dans l'estomac : comme l'or, l'argent les cheveux, les ongles, le fer, le verre, le bois (2). Quant aux substances qui, sans être nutritives, s'altèrent néanmoins et se décomposent dans l'estomac, comme le papier, le fil, la terre, le charbon, la paille, la cire,... plusieurs théologiens pensent qu'elles rompent le jeûne ; si donc on en avait avalé quelqu'une, le parti le plus prudent et le plus sûr serait de remettre la communion à un autre jour (3).

Une autre disposition du corps nécessaire pour communier dignement, c'est d'avoir un extérieur grave et recueilli. Un extérieur dissipé, un air évaporé, seraient une véritable insulte faite à Jésus-Christ, et annonceraient qu'on n'est guère occupé de l'action que l'on va faire, et qu'on en sent bien peu la sainteté et l'importance. Quant aux habits, ils doivent être propres et décents, c'est-à-dire qu'il ne doit s'y trouver ni négligence, ni vanité, ni rien qui soit contraire aux règles de la pudeur et de la modestie. — Il convient, avant de communier, de se laver la bouche et les mains, de se

(1) Indecens est ante conmiunionem fumum tabaci attrahere ob fetorera quem reliquit inore,utrecte observât Escobar. (P. Çatalani t n p. 63, n" 20.) ' ' '

(2) Un grand nombre de théologiens pensent que, dans ce cas le jeûne naturel serait rompu. (Voir P. Çatalani, t. II. p. 63, n» 16 * '

(3) Sœttler, t. iv, p. 120, 122.

présenter sans gants, et, si l'on est militaire, de déposer son sabre ou son épée (1). .

= D. Ne peut-on jamais communier sans être à jeun ? — R. On peut communier sans être à jeun en cas de maladie, quand on est en danger de mort; c'est ce qu'on appelle communier en viatique.

Explication. — S'il est un moment dans la vie où la communion soit ordonnée, c'est certainement au dernier de tous, dit un pieux auteur, puisque c'est celui où elle est le plus nécessaire. Dans ce combat suprême où, affaiblie par la maladie, l'âme est en même temps plus vivement attaquée par l'ennemi du salut, elle a plus que jamais besoin de se munir du pain des forts et de recevoir, comme son bienfaiteur, le Dieu qu'elle va bientôt contempler comme juge. Aussi est-ce une pratique très-ancienne, dans l'Église catholique, de porter l'eucharistie aux malades ; et le saint concile de Trente a statué que cette coutume, tout à la fois nécessaire et salutaire, devait être retenue avec la plus grande exactitude.

Lorsqu'un fidèle est en danger de mort, il peut commu- .nier sans être à jeun, et après avoir pris ce que le médecin a jugé lui être nécessaire; c'est ce qu'on appelle communier en viatique (2). Viatique signifie les provisions dont un voyageur se munit pour le cours de son voyage. On donne ce nom à l'eucharistie administrée aux fidèles gui sont en danger de mort, parce qu'elle les soutient et les fortifie dans le pénible voyage du temps à l'éternité. D'après un grand nombre de théologiens, on peut et Ton doit communier en viatique quand bien même on aurait déjà communié le même jour. La défense de communier plus d'une fois dans un jour ne s'étend point, disent-iis, à ceux qui, ayant communié le matin, tombent tout à coup dans un état tel,

(1) Rituel de Langres.

(2) Potest viaticum brcvi morituris Jari non jejunis. (Rit. rom.f De coYnmunione infirmorum.)

qu'on atout lieu de craindre qu'ils ne viennent bientôt * mourir (1). D'autres théologiens soutiennent une opinioD opposée. Chaque curé peut suivre, sur ce point, le sentiment qui lui parait le plus probable, et agir en conséquence à l'égard de ses paroissiens (2).

Un malade est libre de communier plusieurs fois pèt! ant la même maladie, si le péril de mort continue, quoiqu'il ne puisse garder le jeûne (3). Mais combien doit-il s'écouler de jours entre la première communion en forme de viatique et la seconde? Les docteurs sont loin d'être d'accord sur ce point. Quelques-uns pensent que la communion en forme de viatique pourrait se réitérer dès le lendemain, et ils rapportent l'exemple du R. P. Jean Evrard Nithardi, depuis général de la compagnie de Jésus, qui donnait tous les jours le saint viatique au roi d'Espagne Philippe IV, dangereusement malade et désireux de recevoir la sainte eucharistie. Ce sentiment est adopté par de grands théologiens, et en particulier par le cardinal Bracantius, qui a publié un opuscule sur ce sujet. Selon d'autres, il doit y avoir six à huit jours entre chacune des communions; selon d'autres, enfin, quelques jours suffisent. Au milieu de cette rariété d'opinions, une seule règle paraît solide et sûre : Siivre la coutume de chaque diocèse (4). Le dernier concile

fl) Benoît XIV, De synod. diœc, lib. vu, cap. n. — Sœttler, t. iv, 150. — Qui mane sauus couiraunionem suscepisset, a prandio in pe- /iculum vitee cadens, illam per modura viatici sumere débet. (Dian^ apud Corsetti, p. 332 )

i Le savant pape Benoît XIV, parlant du saint viatique, à l'égard d*uné personne qui aurait déjà communié le même jour en parfaite sauté* cite les différents sentiments qui partagent les théologiens; puis il ajoute qu'un curé est parfaitement libre de prendre le sentiment •ju'il voudra, sans craindre de se rendre coupable de la violation d'un Mjfttut synodal, parce que, dit-il, un évêque ne doit point statuer sut es questions controversées entre les docteurs catholiques. (Benedict. XIV De synod. diœc., lib. vu, cap. u, il, 3, apud DD. Gousset, Défense d.t h. théologie de saint Liguori. p. 72.)

(3) Benoît XIV, De synod. diœc., lib. vu, cap. xn, n° 4.

(4) Voir, dans les Mélanges théologiques, lre série, deux dissertations irès -intéressante s sur ce sujet.

de la province .de Reims a rendu sur ce sujet un décret conçu en ce? termes : « Si le péril de mort continue, Ton « peut réitérer l'administration du viatique ; de plus, selon « l'avertissement du souverain pontife Benoît XIV, les curés a doivent porter de nouveau la sainte eucharistie aux ma- « lades qui, pendant le cours de la même maladie, regardée « comme dangereuse, désirent la recevoir fréquemment c< en viatique, parce qu'ils ne peuvent observer le jeûne « naturel (1). »

Celui qui, pendant la quinzaine de Pâques, communie en viatique, satisfait par là même au devoir de la communion pascale. En effet, qu'ordonne l'Église? la communion. Or, celui qui a reçu le viatique a communié ; il n'est donc point obligé de communier de nouveau. Mais celui qui, ayant rempli le devoir de la communion pascale, tombe dangereusement malade, est obligé de communier encore, parce qu'il existe un précepte en vertu duquel on est tenu, sous peine de péché mortel, de communier, si on le peut, quand on est en danger de mort (2).

Une4 personne qui, quoique en danger de mort, peut communier à jeun, doit le faire. Celui qui, sans être en danger de mort, est obligé de prendre souvent quelque chose, par exemple d'heure en heure, ne saurait communier sans être à jeun ; mais, dans ce cas, le curé ou le confesseur est libre de lui donner la communion aussitôt après mi-

(1) Persévérante periculo mortis, iterari potest viatici administratio : quin etiam parochi debent, ut monet Benedictus XIV, pontifex rnaximus (De synod. diœc, lib. vu, cap. xn), SS. eucharisliam iterato déferre ad œgrotos qui, persévérante eodem morbi periculo, illam sa?pius per moduni viatici, cum naturale jejunium servare nequeant, nercipcrc cupiunt. (Décret, conc.prov. Remensis, an. 1849, p. 68.) . "'

(2) Prœccptum de communione per modum viatici in articulo mo;/^! obligat, etiam siinfirmus in paschate connnunicaverit, quia, cum s- A ' mentum eucharistie institntum fuerit pro salutis viatico, tune prj'Jl *" sumendum est cum e vita niigrandum est. (Corsetti, p. 322.),. Ke^P* recipiendi viatici lege eximitur quicumque, seu devotionis en -*1S. paSC a~ paechule praeceptum impleret, corpore Domini assumpto, p, • ,s,7 , lUuHDum jrra?em incident. (Conc. prou. Rcmensis, an. {?" ^ans#> 18iï'J

nuit (1), si, toutefois, cela peut avoir lieu sans inconvénient et sans danger.

Lorsque le prêtre porte le saint viatique à un moribond, il récite le psaume Miserere ; mais il doit s'en abstenir si l'administration a lieu pendant la messe, ce qui arrive quelquefois, surtout dans les hôpitaux. De plus, il devrait attendre que la messe fût terminée, s'il ne pouvait aller jusqu'au lit du malade sans perdre de vue l'autel, parce que ce serait en quelque sorte interrompre le sacrifice (2).

Le prêtre, quand il va porter hors de l'église la sainte eucharistie à un malade, a toujours, sur sa soutane, un rochet ou surplis avec une étole, et il ne lui est pas permis, quelle que soit la longueur de la route, d'être sans surplis (3). Mais il peut, si sa santé l'exige, être couvert, à la campagne, du béret ou bonnet carré (4) ; il pourrait même, dans certains cas, monter à cheval (5).

Il n'est aucun jour dans l'année où l'on ne puisse porter le saint viatique à un malade ; si c'est le vendredi saint, le

(i) Itamulti.

(2) An tempore sacrosancti missae sacrificii, praesertim in xenoehiis, liceat ab altari recedere usque ad eegrotorum lectum recitando intérim psalmum Miserere, ut fieri solet extra missam? — Resp. Négative, unquain psalmum Miserere recitandum. Insuper ammadvertendum, quod si celebrans pro viatici administrations intra missam, altare e conspectu suo amittat, banc administrationem non licere. (S. R. C, 19 dec. 1829, apud Gardellini., t. vtil, p. 93.) — Hoc enim esset, ait Gardellini, sacrificium qnodammodo interrumpere, tum propter longum iter, quod supponi débet, si sacerdos e conspeetu amittat altare, tum propter interpositionem aliarum precum. (Itnd.)

(3) In parochiis rnralibus, ubi longum faciendum est iter, plerumque portatur SS. sacrameutum ad aegrotos, eisque administratur cum ='.r>la super vestem communem, absque cotta, vel superpelliceo, qaaeritiu"da praxis il!a, ubi invaluit, retiueri possit? — Resp. Négative. (S. R. (;., 16 dec. 1826, apud Gardellini, t. vin, p. 28.)

(4) Parocbo rheumate laboranti, et SS. sacramentum innrmis u'eferenti, solet indulgeri usus pileoli, in itinere, non tamen intra emfttea, vel oppidum, de consensu tamen episcopi. (S. R. G.. 5 mart. ibé'6.)

(o) Viaticum, ob locorum distantiam, difficultat em Uineroin% viarum aspcritalem, parocho deferri potest equitando,juxU Lamen arbitrium et prudentiam episcopi. (S. R. G., 23 jan. 1741.)

prêtre, orné d'une étole blanche, récite à voix basse les psaumes ordinaires, avec le Gloria Patri à la fin ; mais il ne donne point la bénédiction aux fidèles qui ont accompagné le saint sacrement (1).

Les prières que récite le prêtre en administrant et après avoir administré le saint viatique, sont toujours les mêmes; par exemple, en faisant l'aspersion de Feau bénite dans la chambre du malade, il dit l'antienne Asperges me, même dans le temps pascal (2).

D. Y a-t-il obligation de porter ostensiblement le saint viatique aux malades ? — R. Oui, excepté dans quelques circonstances extraordinaires.

Explication. — Le Rituel romain dit expressément qu'on doit porter le saint sacrement aux malades, non pas en cachette, mais d'une manière ostensible et avec les solennités requises (3). La même chose est recommandée dans le plus grand nombre des Rituels et Statuts diocésains. Mgr Gousset excepte le cas où il s'agit d'administrer ce sacrement à un fidèle qui est en grand danger, et dont les parents impies, tout en tolérant qu'un prêtre s'approche du malade, s'opposent absolument à ce qu'on fasse aucune cérémonie religieuse dans la maison (4). — c< Il est permis, disent les Conférences ecclésiastiques de Valence, de l'an-

(1) Ansit laudandus parochus, qui in feria vi in parasceve, dum defort SS. sacramentum ad domum sui parochiani infirmi pro ministrando ei viaticum, per vias publicas récitât consuetos psaimos, sed in fine eorum omittit f. Gloria Patri , et ingressus ecclesiam statim reponit S. pyxidem, et dimittit populum absque benedietione ? — R. Non est reprobandus... etiamsi dicat f. Gloria Patri, etc. Quia in tali circumstantia talis actio nihil habet in se cum functionibus Ecclesiae hujus diei, et considerandum est quod defert cum stola albi coloris... quandoin feria supradicta color paramentorum est niger... (S. R. C, 15maii 1745.)

(2) Utrum a parocho viaticum ad infirmos déférente, antiphona Asperges me, aut Vidi aquam tempore paschali sit rccitanda? — Resp. Servandum esse omnino rituale, nulla habita ratione temporis paschalis. (S. R. C, 11 febr. 1702.)

(3) Manifeste atque honorifice. (Rit. rom., p. 94, edit. Paris., 1847.)

(4) Theol. morale, t. n, n° 240.

née 1839, dans certaines occasions, lorsque le danger de mort est pressant , par exemple dans les temps d'orage, lorsqu'il faut passer par des chemins très-difficiles, etc., de porter quelquefois le saint viatique secrètement et sans cérémonies; c'est-à-dire que le prêtre prend une hostie qu'il / place dans un ciboire ou dans un corporal, et qu'il la porte ' ainsi sur sa poitrine, sans être revêtu du surplis. Mais, dans ce cas, le prêtre doit porter ou faire porter un surplis et une étole pour s'en revêtir en entrant dans la maison du malade. Il n'est pas permis de porter habituellement ainsi le saint viatique. Les prêtres qui croiraient avoir des raisons pour agir de la sorte doivent auparavant s'adresser aux supérieurs (1) » — A Paris, on porte presque toujours secrètement le saint viatique, à cause des graves inconvénients qu'il y aurait à le porter ostensiblement.

« A moins d'un danger pressant, dit encore Mgr Gousset, on ne doit porter le saint viatique à un malade qu'après l'avoir confessé et s'être assuré qu'aucun accident de maladie ne met obstacle à sa communion. Cependant, quand on vient chercher le curé pour un malade qui est éloigné de l'église, il peut emporter le saint sacrement, se réservant déjuger, quand il sera sur les lieux, s'il y a possibilité de lui administrer le viatique. Mais ici il peut se présenter une grande difficulté : le malade déclare, en se confessant, des liaisons criminelles auxquelles il ne veut pas renoncer, des injustices graves et certaines, sans être disposé à faire ce qui dépendra de lui pour les réparer, et le confesseur ne peut, par aucune considération, changer son cœur et le rendre digne de l'absolution : que faire dans cette circonstance? Évidemment on ne peut l'absoudre. Le confesseur lui fera donc promettre de dire, après sa confession faite, qu'il ne veut pas encore recevoir l'eucharistie. S'il fait cette déclaration, on ne la lui administre pas; s'il refuse de la

(i) Conférences du diocèse de Valence, de l'an. 1839.— Mandement de Mgr de Valence pour le carême 1840.

faire et demande à communier, le confesseur est obligé de lui donner la communion, et la lui donnera (1). »

D. N'y a-t-il pas d'autres circonstances que celle d'une maladie dangereuse où Von peut communier sans être à jeun? — R. Oui.

Explication. — Il y a d'autres circonstances où il est permis de communier sans être à jeun : par exemple, lorsqu'un prêtre est obligé de continuer le saint sacrifice commencé par un autre, qui, après la consécration, s'est trouvé dans l'impossibilité de l'achever , lorsqu'il n'est pas donné de soustraire à la profanation les saintes espèces , à moins de les consommer ; elles pourraient même, dans ce cas, êtrfc consommées par un laïque, s'il n'y avait point de prêtre qiv* pût le faire (2). — Mais le prêtre qui aurait achevé la messe qu'un autre n'aurait pu continuer, pourrait-il, s'il n'avait pas pris les ablutions, célébrer le même jour? La sacrée congrégation des rites a décidé qu'il ne le pouvait pas (3),

D. Est-ce un grand malheur d'être privé du saint viatique ? — R. Oui, et l'on ne doit rien négliger pour en préserver les moribond*.

Explication. — C'est un grand malheur d'être privé, par sa faute, du saint viatique, et de païaître devant son juge sans avoir été purifié, par son sang, de toutes souillures. Mais comme les malades, accablés par la douleur, ignorent leur état et ne songent pas à demander les secours de l'Église, c'est à leurs parents ou à leurs amis de leur procurer cette consolation et ce bonheur. Cependant on se laisse souvent aveugler par une fausse tendresse ; et pour ne pas contrister celui qu'on prétend aimer, on l'expose de sangfroid à la mort éternelle. Si l'on était vraiment chrétien, si l'on avait la foi, on ne négligerait rien pour faciliter à ceux qu'on chérit l'accomplissement d'un devoir si important et si indispensable.

(1) M>r Gousset, Thèol. morale, t. n, n» 240.

(-2) Srettlor, t. iv, p. 123.

1p) fjk H. C, )G (iec, ISkS, apud Gnrdcllim, t. vi% p. 160.

C'était pour ne point s'exposer au malheur d'être privés, à la mort, de la sainte eucharistie, que, dans la primitive Église , non-seulement les ecclésiastiques , mais aussi les laïques, la portaient suspendue à leur cou, lorsqu'ils étaient fin voyage. Pendant plusieurs siècles, les papes observèrent cette pieuse coutume. Souvent la sainte eucharistie était portée devant eux dans des espèces de palanquins ; d'autres fois, dans de grands tabernacles de bois précieux, placés sur des mules richement caparaçonnées, au cou desquelles étaient suspendues des sonnettes en vermeil, qu'on appelait tintinnabula popalia. Un clerc précédait le cortège, annonçant, par le son de la cloche, la présence de Jésus-Christ, que les fidèles venaient adorer (1).

= D. Que faut-il faire quand on a reçu la sainte hostie? — R. Quand on a reçu la sainte hostie, il faut la laisser s'humecter sur la langue, puis l'avaler avec respect, en évitant de la mâcher.

Explication. — Si l'on cherchait à avaler la sainte hostie aussitôt que le prêtre l'a déposée sur la langue, et avant de l'avoir laissée s'humecter un peu, elle s'attacherait peut-être au palais, et il pourrait en résulter quelque trouble intérieur pour le communiant; il pourrait même arriver qu'il devînt très-difficile de la faire passer dans l'estomac. On doit aussi éviter de mâcher la sainte hostie ; le respect dû au corps de Notre-Seigneur l'exige; le fidèle doit, d'ailleurs, faire voir qu'il sait distinguer la nourriture toute céleste qu'il reçoit à l'autel, d'une nourriture commune et ordinaire.

= D. Si ïhostie s'attachait au palais, que faudrait-il faire? — R. Il faudrait la détacher doucement avec la langue sans y porter les doigts.

Explication. — Si la sainte hostie s'attachait au palais ou demeurait collée sur la langue, il ne faudrait point se troubler, mais s'efforcer de la détacher doucement avec la langue, sans y porter les doigts ; parce que, d'après la disci-

(1) Rocca,t. i, p. 45.— Hist. des chapelles papales, p. 423.

pline actuelle de l'Église, il n'appartient qu'aux prêtres, dont les doigts ont été consacrés par l'évoque, de toucher la sainte hostie. Un simple laïque ne peut même pas, sans permission expresse , toucher les vases sacrés , le calice , le ciboire, l'ostensoir.

J). Peut-on la laisser fondre tout à fait dans sa bouche? — ft. Non, dans ce cas on ne communierait pas.

Explication. — Jésus-Christ ayant institué le sacrement de l'eucharistie par forme de repas spirituel, il faut, pour y participer, qu'il y ait manducation. Or, il n'y aurait pas manducation s'il n'entrait dans l'estomac au moins une partie de la sainte hostie ; par conséquent , on ne communierait pas si on la laissait fondre tout à fait dans sa bouche. — On doit éviter de cracher immédiatement après la communion. H convient aussi d'attendre un quart d'heure avant de prendre de la nourriture. Toutefois, il n'existe aujourd'hui aucune loi de l'Église à ce sujet (1).

= D. Si le prêtre donnait plusieurs hosties ou n'en donnait que la moitié *d'une3 cela devrait-il troubler celui qui communie? — R. Non, parce qu'on ne reçoit pas plus en deux ou trois hosties qu'en une, ni moins en la moitié d'une qu'en une tout entière.

Explication. — Jésus-Christ est tout entier sous l'espèce du pain, tout entier sous l'espèce du vin, et tout entier sous chaque partie des espèces divisées, parce qu'étant vivant, son corps, son sang, son âme et sa divinité sont inséparables. D'où il s'ensuit que celui à qui le prêtre ne donnerait qu'une parcelle de la sainte hostie , ne recevrait pas moins que celui à qui il donnerait plusieurs hosties; et que celui à qui le prêtre donnerait plusieurs hosties, ne recevrait pas plus que celui à qui il n'en donnerait que la moitié d'une. L'un et l'autre recevraient également le corps, le sang, l'âine et la divinité de Notre-Seigneur Jésus-Christ; ni l'un ni l'autre, par conséquent, ne devraient pour cela se troubler en communiant.

(i) Sœttler, t. iv, p. 127.

D. Que doivent faire les fidèles lorsqu'on porte le saint viatique à un ,: ? — R. Ils doivent raccompagner, s'il est possible,

l'Église les y exhorte, et cette pratique de dévotion a été enrichie par les souverains pontifes de plusieurs indulgences.

Explication. — Si, lorsqu'un prêtre porte le saint viatique à un malade, vous venez à le rencontrer dans une rue, sur une place ou ailleurs , ne manquez pas de vous mettre à genoux pour adorer Jésus-Christ. De plus , si vous n'avez point d'affaire pressante qui vous en empêche, accompagnez le saint sacrement, et adressez au ciel, pour ie malade que l'on va administrer, des prières ferventes, afin (Ju'il reçoive de la divine miséricorde toutes les grâces dont il a besoin. Ce n'est point, sans doute, une obligation; mais cette pratique de dévotion envers le saint sacrement et envers le prochain est une œuvre très-méritoire, et les souverains pontifes l'ont enrichie des indulgences suivantes: 1° indulgence de sept ans et sept quarantaines pour les fidèles qui accompagnent le saint viatique, chez les malades, avec un flambeau allumé; 2° indulgence de cinq ans et de cinq quarantaines à ceux qui raccompagnent sans flambeau ; 3° indulgence de trois ans et de trois quarantaines aux fidèles qui, étant dans l'impossibilité de raccompagner , envoient une personne à leur place, avec un flambeau ; 4° indulgence de cent jours pour ceux qui, ne pouvant l'accompagner, récitent, au moment où Ton porte le saint viatique, un Pater et un Ave , selon l'intention du saint-père. Ces indulgences sont applicables aux âmes du purgatoire; elles peuvent être gagnées par les fidèles , même pendant l'année sainte, comme l'ont décidé plusieurs souverains pontifes , et en particulier Léon XII, le 20 juin 1824 (i). Ces indulgences sont gagnées par les fidèles, lors même que le prêtre n'a pris dans le ciboire qu'une seule hostie (2), et que, pat

(i) Mgr Bouvier, Traité des indulgences. — Manuel des principales dévotions auxquelles sont attachées des indulgences, p. 57.

(2) Quando -ob difticultatem, aut longitudiuem itineris, vel quia, ea çua decet veneratione sacramentum ad ecclesiam commodo reportari

conséquent, il ne revient point à l'église avec le saint sacrement, parce que le saint sacrement a été réellement accompagné (1).

TRAITS HISTORIQUES

FOI VIVE DE SAINT THOMAS d'aQUIN.

Saint Thomas cl'Àquin, se sentant près de sa fin, demanda avec instance qu'on lui administrât les derniers sacrements, Pour recevoir le saint viatique, il voulut être étendu sur la cendre, et, sur ce lit d'humilité, il exhala de son cœur cet acte de foi : « Je crois fermement que Jésus-Christ, vrai Dieu et vrai homme, est dans cet auguste sacrement. Je vous adore, ô mon Dieu ! ô mon Sauveur ! Je vous reçois, ô vous qui êtes le prix de ma rédemption et le viatique de mon pèlerinage ! » Il expira quelque temps après (2).

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