‹ Explication historique, dogmatique, morale, liturgique et canonique du catéchismeChapitre 21 sur 139 · DES DISPOSITIONS NÉCESSAIRES POUR BIEN COMMUNIER · texte numérisé non relu

DES DISPOSITIONS NÉCESSAIRES POUR BIEN COMMUNIER

= D. Quelles sont les dispositions nécessaires pour communier dignement? — R. 11 y en a de deux sortes : les unes regardent rame et les autres regardent le corps.

Explication. — Le sacrement de l'eucharistie, étant de tous les sacrements le plus excellent et le plus auguste, puisqu'on y reçoit non-seulement la grâce mais Fauteur m£me de la grâce, exige nécessairement des dispositions plus saintes, et les exige plus sévèrement que les autres m. 9

sacrements. Entre ces dispositions, les unes regardent Tâme et les autres regardent le corps.

D. Quelle est la première disposition de Vàme nécessaire pour communier dignement ? — R. C'est de n'avoir sur la conscience aucun péché mortel.

Explication. — La sainte eucharistie étant un sacrement des vivant?, elle suppose la vie spirituelle de ia grâce et une sainteté au moins commencée dans ceux qui la reçoivent. Le chrétien qui se prépare à la sainte communion doit, par conséquent, s'éprouver soi-même, selon la doctrine de l'Apôtre (1) ; et si, après un sérieux examen de conscience, il se sent coupable de péché mortel, c'est pour lui une obligation indispensable de recourir au sacrement de pénitence pour s'en purifier; et, quelque contrition qu'il lui semble avoir, il ne doit pas communier avant d'avoir reçu l'absolution de son péché (2).

D. Que doit faire celui qui se souvient, avant la communion, d'avoir oublié en confession un péché mortel ? — R. Il doit, s'il est possible, s'en confesser avant de se présenter à la table sainte.

Explication. — Il est certain, comme nous l'expliquerons bientôt, que le péché omis dans la confession, par un oubli non coupable, a été remis, avec tous les autres, par l'absolution générale qu'on a reçue. En conséquence , celui qui aurait communié sans se ressouvenir de ce péché, et croyant de bonne foi s'être accusé de tout ce qu'il avait commis , n'aurait pas communié indignement, et la communion produirait en lui tous ses salutaires effets. Celui qui ne se ressouvient du péché oublié en confession qu'au moment de la communion, et lorsqu'il est déjà à la sainte table, ne doit pas se retirer au risque de scandaliser les assistants; il faut

(1) Probet autem seipsum homo : et sic de pane illo edat, et de calice bibat. (I Cor., xr, 28.)

(2) Ecclesiastica autem consuetudo déclarât, eam probationem necessariara esse, ut nullus sibi conscius mortalis peccati, quantumvis sibi ^ont^itus videatur, absque prsemissa sacramentali confessione, ad sacram euebaristiam accedere debeat. (Conc. Trid., sess. xm, cap. vu.)

seulement qu'il forme dans son cœur un acte de contrition, et qu'il prenne la résolution d'accuser ce péché dans sa prochaine confession. Mais si l'on se rappelle un péché grave omis en confession , assez à temps pour réparer cette omission sans crainte de scandale, on doit, s'il est possible, aller retrouver le confesseur avant de se présenter à la sainte table. « Quoique le sentiment opposé, dit le cardinal de La Luzerne, soit soutenu par plusieurs docteurs, celuici nous paraît devoir être suivi, dans la pratique, comme plus probable, et surtout comme plus sûr (1). »

D. Celui qui, se croyant de bonne foi en état de grâce, communierait avec un péché mortel, commettrait-il un sacrilège? — R. Non, il ne commettrait pas un sacrilège, pourvu qu'il ne conservât aucune affection au péché mortel.

Explication. — Cette question est, au fond, quoiqu'elle diffère dans les termes, la même que celle qui a été proposée ci-dessus : La communion peut-elle être nulle sans être sacrilège? Nous y avons répondu en citant un grand nombre àe théologiens qui enseignent, de la manière lr xilus positive, que celui qui, se croyant de bonne foi en état =ae grâce , s'approcherait de la table sainte avec un péché mortel pour lequel il ne conserverait aucune attache, ne commettrait pas un sacrilège. Dans ce cas, disent-ils, le sacrement de l'eucharistie effacerait d'abord en lui le péché «lont son âme se trouve souillée, et produirait ensuite tous ses autres effets. Il en serait de même à l'égard de celui qui, ne pouvant se confesser, et croyant avoir la contrition parfaite avec le vœu du sacrement de pénitence, communierait avec la seul^ attrition (2) .

D. Quelle est la seconde disposition de Vàme nécessaire pour conv munier dignement? — R. C'est d'être bien instruit des principaux mystères de la foi.

Explication. — Celui qui ignorerait qu'il n'y a qu'un

(1) Rituel de Langres, in-4°, p. 307.

(2) VMr ci-dessus, p. 142, — - Voir aussi la leçon des sacrements en général.

seul Dieu en trois personnes; que la seconde personne, le fils, s'est fait homme pour nous racheter; que le même fils del)ieu fait homme a institué un sacrement où il est réellement et substantiellement présent; celui, dis-ie, qui ignorerait ces vérités, serait-il en état de comprendre la grandeur et l'excellence de Faction que l'on fait en communiant? serait-il capable d'apprécier Ja sainteté et l'amour immense de celui qui, dans l'eucharistie , se donne à l'âme fidèle, sans réserve et sans partage? Il est donc nécesaire, pour communier dignement, d'être instruit des principaux mystères de la foi.

D. Quelle est la troisième disposition de l'âme nécessaire pour communier dignement? — R. C'est de croire fermement que l'eucharistie contient réellement et substantiellement le corps, le sang, l'âme et la divinité de Jésus-Christ.

Explication. — C'est la conséquence de ce qui vient d'être dit. Comment, en effet, pourrait-on apprécier la grandeur et l'excellence de l'action que l'on fait en communiant, si l'on ne croyait pas ce que la foi enseigne touchant l'eucharistie? Il faut donc, pour ne pas profaner cet admirable sacrement, croire fermement que, en communiant, c'est Jésus-Christ qu'on va recevoir, le même Jésus-Christ qui est mort pour nous racheter, qui est sorti du tombeau plein de gloire et d'immortalité, et qui est maintenant assis au plus haut des cieux, où il reçoit les adorations des anges et des saints. On doit le croire plus fermement que si on le voyait de ses propres 3 ux se soumettre entièrement à Dieu, qui a révélé ce prodige , et courber avec docilité ses sens et sa raison sous le joug de le foi. En effet , les sens et la raison peuvent être trompés, la véritable foi ne peut l'être : la parole de Dieu, proposée par son Église, ne peut jamais égarer.

D. Les dispositions dont il vient d'être parlé ne peuvent-elles pas se trouver même dans les criminels condamnés à mort? — R. Oui, et c'est pour cela qu'ils peuvent être admis à la communion.

Explication. — Le savant Joseph Molanus prouve que

c'est aller contre les sair^s canons, que de priver de la communion les criminels condamnés à mort, s'ils la demandent et donnent des marques non équivoques de repentir. ïl cite, à l'appui de son opinion, plusieurs conciles qui se sont exprimés à cet égard de la manière la plus formelle. « Si , « à l'article de la mort , on doit donner la communion à « tous ceux qui font l'aveu sincère de leurs péchés et qui <t les détestent du fond du cœur, pourquoi ne la donneraitk oû pas à ceux qui, en expiation de leurs crimes, subissent « la peine capitale ? » Ainsi s'exprime le concile de Worms, de l'an 700 (i). « Les voleurs et les brigands que l'idée du g supplice qui les attend pourrait réduire au désespoir, ne « doivent pas être privés de la communion, s'ils expriment « le désir de la reeevoir. » Ce sont les paroles du concile de Tribur, de l'an 898 (2). Cependant la plupart de nos rituels défendent de la leur donner. Cela vient peut-être de ce que, autrefois, ils étaient exécutés le jour même de leur condamnation, et jetés ensuite à la voirie ; et, par respect pour le corps de Jésus-Christ, on ne jugeait pas à propos de l'unir à un corps qui, peu d'heures après , allait être traité de la manière la plus ignominieuse. Mais aujourd'hui qu'il s'écoule ordinairement plusieurs mois entre la condamnation et l'exécution, et que les cadavres des suppliciés ne sont plus privés de la sépulture, il semble qu'il n'y a plus les mêmes raisons pour priver de la communion les infortunés dont il s'agit; et déjà, dans plusieurs diocèses, les évêques ont permis de les y admettre. Le Rituel de Paris, publié en 1839, défend de leur donner la communion le matin,

(1) Si omnibus, de peccatis suis puram confessioncm agentibus, et di gne pœnitentibus, communio in fine secundum canonicum jussum dandà est, cur non eliara eis qui pro suis peccatis pœnarn extremam perso Ivunt? (Conc. Wormatiense, apud Moîanum, t. xxvn, p. 458, Cursus thïôl. complet.)

(2) Furibus et latronibus, si exspectationc mortis desperati putantur, mtie réconciliai se mysteriis sacrosanctis deprecantur, communionis gratiam non negamus tribuendarri. (Conc. Triburiense, apud Molanum, t. xxvn, p. 458, Cursus the.cl., complet.)

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quand l'exécution a lieu le jour même, avant midi ; ce qui permet de supposer qu'on pourrait la leur administrer la teille, ou le jour, si elle ne devait avoir lieu que dans la joirée. Là congrégation des évêques a décidé qu'il ne fallait pas la leur refuser, lors même qu'ils iraient au supplice quelques heures après (1). Mgr Gousset, archevêque de Reims, a publié une lettre fort intéressante sur ce sujet, dans laquelle il émet désir de voir se pratiquer en France ce qui se pratique en Italie, en Belgique et en Allemagne, où l'on admet à la communion les criminels condamnés au dernier supplice, quand on les juge suffisafltment dispesés (2). — Le concile de la province de Reims, tenu à Soissons en 1849, a publié un décret ainsi conçu : a Quant « aux criminels condamnés à mort, nous ne les mettons s pas au nombre de ceux qui doivent être repoussés de la « communion ; nous voulons, au contraire, qu'ils y soient a admis, pourvu qu'ils soient vraiment repentants ; ainsi, « un des jours qui précèdent l'exécution, la veille, s'il est « possible, ou le jour même, lorsqu'il n'y a rien à craindre « qui soit contraire au respect dû au sacrement , on doit « leur donner la sainte eucharistie, qui les aidera admi- ■ raDiement à supporter avec résignation et avec patience a les douleurs de la mort (3). »

D. Pour recevoir tous les fruits de la sainte communion, ne faut-il pas encore d'autres dispositions? — R. Oui, pour recevoir tous les fruits de la sainte communion, il faut encore être dans la volonté sincère de ne commettre aucun pe'ché véniel de propos délibéré, et s'exciter à une grande dévotion au moment de la communion.

(1) Reis, capitali sententia damnatis, etiara mane quando exequenda est, potest administrai! eucharistia. (Congr. episcop., 26 jun. 1590, apud Pittoni, p. 47.)

-.2) Sœttler, t. iv, p. 115.

(3) lilos autem qui morte plectendi sunt, nedum inter repellendos ab «ucharistise sacramento recenseamus, judicamus e contra et volumus <dmittendos, modo vere pœuitentes sint ; ideoque una ex diebus quae ^raecedent mortem, puta pridie executionis, si fieri potest, aut etiam tjus ipsa die, quando nihil indecentiae timendum erit sacramento, cou-

Explication. — Le péché véniel ne rendant pas Phomme ennemi de Dieu, la communion que fait celui qui en est chargé n'est pas une communion indigne. Mais il est certain que celui qui reçoit le corps de Jésus-Christ dans une âme plus pure, reçoit une plus grande abondance de grâces. C'est, par conséquent, une pratique salutaire, et que l'on ne doit pas négliger, de se confesser, avant la sainte communion, de tous ses péchés, même véniels, ou du moins de s'exciter à un vif regret de les avoir commis ; et si, en communiant, on conservait de Faffection pour quelque faute légère, si Ton n'avait pas la volonté sincère de n'en commettre aucune de propos délibéré, on ne jouirait pas de la plénitude des grâces attachées à la réception du corps et du sang de Jésus-Christ. Il faut donc, pour recueillir tous les fruits de la sainte communion, être exempt de l'affection à tout péché véniel ; il faut, de plus, au moment où l'on va communier, s'exciter à une grande dévotion, à une grande ferveur, à une piété tendre et affectueuse, à un vif amour pour Jésus-Christ, à un désir ardent de le recevoir et de s'unir à* lui par le sacrement.

Celui qui s'approche de la table sainte avec de telles dispositions est heureux, et la communion lui procure de bien douces jouissances. Un enfant, ne pouvant exprimer toute la joie qu'il avait ressentie le jour de sa première communion, disait, avec une admirable simplicité, qu'il lui semblait que le paradis était comme un jour de première communion qui ne finit point (1).

Le général comte Drouot, mort à Nancy en 1847, avait conservé presque seul, au milieu de ses compagnons d'armes, les pratiques de notre sainte religion, et vivait avec la régularité d'un chrétien de la primitive Église. Il aimait à raconter de son empereur le fait suivant : Napoléon était un

feratur eis eucharistia, qua ad dolores mortis resignato et patienti animo suslinendoSj mirifice adjuvabuntur. {Décréta conc. provinciœ Remensis, (1) Persévérance chrétienne, par M, Gosselin, p. 4.

jour dans sa tente, sur le champ de bataille, et recevait les compliments d'une victoire décisive ; quelqu'un lui dit : « Sire, c'est le jour le plus heureux de votre vie. » Napoléon répliqua vivement : « Non, Monsieur... » Il se fit alors un long silence, et chacun ensuite nomma le jour qui lui semblait mériter le mieux cette qualification : Montenotte, le dix-huit brumaire, Marengo, le couronnement, Austerlitz, la naissance de son fils ? — « Non, Messieurs, dit encore Napoléon. » — Il y eut un nouveau silence et de Fétonnement ; alors Napoléon, grave, recueilli ettrès-ému, s'écria :

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