HONORINE LE CORRE
La veille du jour où elle devait faire sa première communion^ une jeune personne, nommée Honorine Le Corre, se trouva si souffrante, qu'on fut obligé de veiller jusqu'à minuit pour la faire boire. Son premier mot, à son réveil, fut un acte de désir; puis elle ajouta dans un saint transport : Enfin, c'est donc aujourd'hui le plus beau jour de ma vie ! Toutes ses compagnes furent frappées de l'expression pleine de foi, d'innocence et de bonheur, qui se peignait dans tous ses traits au sortir de la messe. Les paroles lui manquaient à elle-même, lorsqu'elle
non potest, sumpta fuit una tantum particula consecrata ; tune ea infirmo administrata., sacerdos cum manu benedicit, et una cum aliis privato habitu ad domum revertitur. (Rit. rom.)
(1) Favores sunt ampliandi. {Reg. juris.)
(2) Vie de S, Thomas d'Aquin, 7 mars.
voulait parler de ce qui s'était passé dans son cœur au moment où elle avait reçu son Dieu. Une des pensées qui me rend le plus heureuse, disait-elle, c'est que lapremiêre communionest en quelque sorte un second baptême; aussi ai-je demandé à Dieu, de tout mon cœur, la grâce de mourir avant d'avoir le malheur de perdre cette précieuse inno.cence qui m'a été rendue; oui, je l'espère, eUe m'accompagnera jusqu'à la mort. On gardait autrefois la robe baptismale comme un souvenir de la grâce reçue aux fonts sacre's; dans le même sentiment religieux, Honorine conserva les vêtements et les livres qui lui avaient servi au beau jour de sa première communion. 'Souvent on l'a vue les baiser avec respect; et lorsqu'on lui demandait la raison de cette espèce de culte : Ah! disait-elle, ces objets me rappellent un jour où mon tune était si bien avec Dieu, qu'il me semble, en les voyant, jouir encore du même bonheur ! — Honorine mourut le 25 février 1838, âgée de quinze ans.
BEAUX SENTIMENTS DE SON ÉMINENCE LE CARDINAL PIERRE GIRAUD, ARCHEVÊQUE DE CAMBRAI.
C'est au mois d'avril 1850 que Mgr Pierre Giraud, cardinalarchevêque de Cambrai, a été enlevé au diocèse qu'il gouvernait avec beaucoup de sagesse et de zèle, après avoir reçu les derniers secours de la religion avec les sentiments de la foi la plus vive. « Eh quoi 1 s'écria-t-il dès qu'il aperçut le saint sacrement, Seigneur, c'est vous qui venez à moi, tandis que c est moi quf devrais aller à vous ! Mais vous savez ce qui m'en empêche. » Et lorsque la sainte hostie lui fut présentée pour la communion, à cette interrogation du Rituel, Croyez-vous?... il. répondit : « Oui, je crois, je^crois toutes les vérités que l'Eglise enseigne; je crois toutes, et chacune en particulier, les ventes qu'enseigne l'Eglise catholique, cette Église dans laquelle j'ai eu le bonheur de naître et de vivre, et dans laquelle j'espère avoir la grâce de mourir; cette Église qui est ce que j'aime le plus au monde, quoique je l'aie si mal servie. Ce n'est point par ma propre vertu que j'ai eu cet amour, mais par la grâce de mon Dieu; je l'ai puisé aux sources saintes du baptême et dans le bonheur d'une éducation chrétienne. Je crois, je crois, je crois. » Et quelque temps après avoir pieusement reçu la. sainte communion': «Messieurs, reprit-il, en s'adressant aux ecclésiastiques qui entouraient son lit de mort, si j'ai le regret de vous quittevje suis bien aise de vous dire, pour la consolation de plusieurs qui pourraient s'inquiéter et appréhender,
^u'il n'est pas si difficile de mourir. J'ai accepté la mort par un acte formel et d'une volonté forte et absolue. Je sais que je devrais craindre pour la multitude de mes péchés, en paraissant devant un juste juge; mais je sais aussi que c'est devant un sauveur, et le meilleur des pères, que je serai présenté par la plus tendre des mères. Je demande pardon des scandales que j'ai donnés, et je pardonne moi-même de grand cœur, sans qu'il m'en coûte, à tous ceux qui, sans le vouloir, ont pu me faire de la peine. Je vous recommande tout spécialement la paix entre vous, cette paix qui surpasse tout sentiment, qui est le lien de la perfection et le plus grand bien en cette vie ; cette paix que le Seigneur, en mourant, laissa à ses disciples... » Puis, bénissant tout le diocèse en bénissant l'assistance, il dit : « Recevez ma bénédiction, qui n'est pas la mienne, mais celle de Jésus-Christ (1). » Il mourut quelques jours après.
3LEÇOM IX.