‹ Explication historique, dogmatique, morale, liturgique et canonique du catéchismeChapitre 3 sur 139 · PARAGRAPHE II · texte numérisé non relu

PARAGRAPHE II

DES SACRAMENTAUX.

D. N'y a-t-il pas, dans l'Église, certaines choses qui ont quelque rapport, quelque analogie avec les sacrements, quoiqu'elles n'en fassent pas partie? — R. Oui, ce sont les sacramentaux.

Explication. — Avant de passer à l'explication de ce qui regarde chacun des sept sacrements , nous croyons devoir, mes enfants, vous dire quelques mots des sacramentaux, qui ont quelque rapport ou quelque analogie avec les sacrements, quoiqu'il y ait une différence essentielle entre les uns et les autres.

On entend par sacramentaux certains objets bénis, certaines prières, certaines cérémonies, qui effacent les péchés véniels et produisent une grâce particulière en faveur de ceux qui en font usage avec foi, et surtout avec une douleur sincère de leurs péchés.

D. En combien de classes se divisent les sacramentaux? — R. En six ôlasses (2).

Explcation. — ^es sacramentaux se divisent en six classes :

1° Orans. — Toutes les prières faites dans nos temples, lorsqu'ils ont été bénits, mais surtout quand ils ont été consacrés par l'évêque ; toutes les prières faites au nom de l'Église et en union avec elle, comme la messe, les vêpres, les cérémonies et les prières qui sont liées avec l'administration des sacrements , etc. , ont plus d'efficacité que les prières qu'on fait dans sa maison ou en particulier. L'oraison dominicale est aussi plus efficace que toute autre prière,

ayant pour titre : De disciplina arcani, per Emmanuelem a Schelstrate, bibliothecae Vatican» prœfectum, 1 vol. in-4°, Romœ, 1685. — Voir aussi l'ouvrage intitulé : De antiquis liturgiis et de disciplina arcani, par Lienhart, supérieur du séminaire de Strasbourg, 1 vol, in-8°. (2) Hoc versiculo comprehenduntur :

Orans, tinctus, edens, confeuus, dans, benedicens.

même quand on la récite en particulier ; il en est de même de la prière faite en se frappant la poitrine, à l'exemple du publicain (1).

2° Tinctus. — L'eau bénite a une vertu particulière pour effacer les fautes journalières , pour éloigner l'esprit tentateur et attirer sur nous, en toute occasion, la présence et îe secours du Saint-Esprit pour le bien de notre âme et de notre corps. L'usage de l'eau bénite est très-ancien dans l'Église. Le prêtre, pour la bénédiction de cette eau, prend du sel et de l'eau naturelle. Le propre de l'eau, c'est de laver; le propre du sel, c'est de préserver de la corruption : l'eau et le sel mêlés, bénits et répandus sur les fidèles, sont un symbole très-convenable pour marquer le dessein qu'a l'Église de les purifier et de les préserver de la corruption. Le prêtre exorcise ensuite le sel et l'eau , c'est-à-dire qu'il ■commande au démon, au nom et par la puissance de Jésus- Christ, de ne point se servir de ces choses pour nuire aux hommes, et il récite des prières qui nous apprennent les effets que nous devons attendre de cette eau sainte. L'aspersion de l'eau bénite qui se fait, avant la messe paroissiale, sur l'autel, le clergé et le peuple, et pendant laquelle on chante une partie du psaume Miserere, a pour but de nous faire entrer dans un esprit de componction, disposition la plus propre à retirer le fruit convenable , tant du divin sacrifice que des prières qu'on y joint et des avis et des instructions qu'on y reçoit. L'aspersion de l'eau bénite est aussi destinée à mettre en fuite les démons qui nous suivent partout, dit l'Écriture, et qui viennent autour des fidèles dans le lieu saint pour les porter à la dissipation et les empêcher de mettre à profit les grâces attachées à la célébration des saints mystères. On se priverait, par conséquent, d'un grand avantage si l'on ne venait à la messe qu'après l'aspersion, laquelle, étant faite par un prêtre spécialement député par l'Église, a plus d'efficacité que celle que Ton fait soi-

(i) S. Aug., Enchiridion, c. lxxi, epist. cviii

même en prenant de l'eau bénite lorsqu'on entre à Féglise (1). D'après ce que nous venons de dire de la vertu et des effets de l'eau bénite, on comprend aisément combien il importe à tout fidèle d'en avoir dans sa maison. C'est une excellente pratique de faire le signe de la croix avec de l'eau bénite, le matin en se levant et le soir en se couchant, et même d'en asperger son lit avant de se livrer au repos.

Un autre sacramental, du même genre que l'eau bénite, est l'impopition des cendres , qui se fait le premier jour de carême.

3° Edens. — Le pain bénit, appelé par les Grecs etàoyiai, bénédiction, prière, communion, quand on le mange avec foi et respect , a la vertu d'effacer les péchés véniels. Il convient de le manger à l'église, mais cela n'est pas nécessaire, comme le prétendent certaines personnes peu éclairées. L'usage du pain bénit remonte à la plus haute antiquité. ïl a été institué pour être un signe d'union entre les fidèles, qui doivent tous ensemble composer un même corps par la foi et par la charité ; or, pouvait-on trouver un symbole plus expressif de cette union, que le pain, qui est fait de plusieurs grains réunis et confondus ensemble? ïl a été aussi institué, selon plusieurs auteurs, pour être une sorte de supplément à la communion , et il date de l'époque où la communion sacramentelle devint moins fréquente.

Saint Cyprien nous apprend que, de son temps, personne ne s'en retournait de l'église sans avoir communié ou reçu du pain bénit en signe de communion. Il paraît certain qu'on donnait le pain bénit aux catéchumènes, c'est-à-dire à ceux que l'on préparait pour le baptême ; c'est ce qu'insinue saint Augustin , quand il dit : « Quoique ce ne soit pas le « corps de Jésus-Christ qu'on donne aux catéchumènes, c'est « cependant une chose sainte et plus sainte que ne sont les « aliments dont nous nous nourrissons, car c'est une espèce a de sacrement (2). » Mais on ne donnait pas le pain bénit

(1) Rituel de Belley, t. I, p. 96.

(2) S. Au£.; de Pec, lib. n.

aux excommuniés; et saint Grégoire de Tours nous rapprend en disant qu'il l'avait refusé au prince Chram, qui s'en plaignit, prétendant qu'il était injustement excommunié. Saint Grégoire consulta Ragnemode, alors évèque de Paris, qui lui conseilla de rétablir cet homme dans la communion de l'Église ; il le fit et lui donna part au pain bénit (I).

4° Confessus. — La quatrième classe des sacramentaux comprend le Confiteor Veo omnipotent i, etc., ou la confession générale des péchés que l'on fait au commencement de la messe, à l'office de prime et à celui de compiles ; l'absolution générale que donne le prêtre avant la communion, et l'absoute du mercredi des cendres et du jeudi saint.

5° Dans. — L'aumône (2) est le cinquième des sacramentaux, et, sous ce nom, il faut entendre toutes les œuvres de miséricorde, spirituelles et corporelles. Ainsi, apprendre à quelqu'un à prier Dieu, enseigner le catéchisme, visiter les malades, les prisonniers, les pauvres , consoler les affligés, sont autant de bonnes œuvres qui, outre leur mérite intrinsèque, ont une vertu spéciale qui leur vient des promesses de Dieu consignées dans les divines Écritures.

6° Benedicens. — La sixième et dernière classe des sacramentaux comprend d'abord, et avant tout, la bénédiction du saint sacrement; ensuite la bénédiction de Févêque, laquelle a toujours plus de vertu, à raison de la plénitude du sacerdoce, même lorsqu'il n'est pas en fonctions; et c'est sans doute delà qu'est venu le pieux usage de se mettre à genoux lorsqu'il passe, même dans les rues. Puis la bénédiction du prêtre, quand il est en fonctions, par exemple à la fin de la messe ou quand il donne la communion, etc. Enfin, tous les objets bénits, tels que les cierges, les rameaux, les ornements sacerdotaux, les scapulaires, les croix, les médailles, etc.

Les sacramentaux ne produisent point la grâce par euxmêmes, comme les sacrements; ils ne la produisent que

(1) Mémento du clergé, année 1841, p. 284.

(2) L'aumône est plutôt d'institution divine que d'institution ecclésiastique.

médiatement, c'est-à-dire que, si quelqu'un fait avec foi ei àôvction usage des sacramentaux, il peut obtenir, en vertu des prières de l'Église , des grâces pour se disposer à recevoir la rémission de ses péchés et la grâce sanctifiante dans le sacrement de pénitence. Déplus, ils ont la vertu d'inspirer des dispositions de foi, de confiance dans les mérites de Jésus-Christ et dans les prières de l'Église, de charité et de contrition ; dispositions auxquelles Dieu accorde , même hors du tribunal de la pénitence, la rémission des péchés véniels.

TRAITS HISTORIQUES

sur l'abandon des sacrements.

Un saint prê've disait en gémissant : « Combien n'y a-t-il pas de malades qui, dans la belle saison, vont aux eaux de Bourbon, de Vichy, de Baréges, etc.? Ils font de grandes dépenses pour obtenir la guérison de quelques infirmités corporelles, et il s'en faut bien qu'ils guérissent tous ! Nous avons des sources admirables pour toutes les maladies de Târne : ce sont les sacrements; ces sources de grâce guérissent infailliblement tous ceux qui y ont recours étant bien disposés : comment tant de pécheurs négligent-ils d'y aller puiser une eau qui est si salutaire? comment la plupart de ceux qui y vont n'y portent-ils pas les dispositions requises (1)? »

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