‹ Explication historique, dogmatique, morale, liturgique et canonique du catéchismeChapitre 31 sur 139 · DU SAINT SACRIFICE DE LA MESSE · texte numérisé non relu

DU SAINT SACRIFICE DE LA MESSE

— D. Que faut-il entendre par sacrifice? — R. Le sacrifice est l'offrande faite à Dieu seul, par un ministre légitime, d'une chose extérieure et sensible, laquelle est détruite ou au moins

(1) Vie du B. Alphonse, par l'abbé Rondot.

(2) Souvenirs de la congrégation de Notre-Dame.

changée, pour reconnaître le souverain domaine de Dieu, et lui rendre rhommage dû à sa souveraine majesté par toutes les créatures.

Explication. — Nous disons que le sacrifice e^ïV offrande d'une chose extérieure et sensible, pour le distinguer du sacrifice d'un cœur contrit et humilié, et de l'oblation des choses purement intérieures et invisibles qui ne sont point un sacrifice proprement dit. Le sacrifice est une offrande faite à Dieu seul, parce que cet acte de religion témoigne par sa nature que celui à qui on l'offre est le premier principe et la dernière fin de toute créature; droits et attributs qu'on ne peut, sans sacrilège, reconnaître qu'en Dieu. Le sacrifice est une offrande faite à Dieu seul par un ministre légitime; parce que, le sacrifice étant un acte public et le plus excellent de la religion, il doit être offert par des personnes commises à cet effet. Le sacrifice est l'offrande d'une chose extérieure et sensible, laquelle est détruite ou au moins changée, comme cela se pratiquait à l'égard des victimes qu'on immolait et qu'on brûlait ensuite en tout ou en partie. Enfin, le sacrifice est offert à Dieu pour reconnaître son souverain domaine, sa souveraine autorité, et rendre l'hommage dâ à sa suprême majesté par toutes les créatures. Nous avons à remplir envers Dieu quatre grands devoirs, qui sont : l'adoration, l'action de grâces, l'expiation des péchés et la demande. 1° L'adoration : Dieu est l'être des êtres, le principe et la fin de tout, il est le maître absolu de toutes choses, et il en dispose avec une volonté et une liberté toutes-puissantes; il faut donc reconnaître cette grandeur et cette puissance, en s'abaissant profondément devant elle par l'adoration. 2° C'est de Dieu que nous tenons tout ce que nous sommes et tout ce que nous avons; c'est lui qui nous conserve ces dons par sa puissance et sa bonté; quoi de plus juste que de lui en témoigner notre reconnaissance par l'action de grâces? 3° Non-sëulement nous sommes infiniment au-dessous de Dieu, mais encore, depuis le péché, nous sommes des criminels et les objets de

sa juste indignation; c'est donc pour nous une obligation d'apaiser sa justice en effaçant nos péchés par l'expiation. •4° Nous sommes dans une dépendance continuelle du secours de Dieu pour la vie corporelle et spirituelle; nous sommes impuissants à tout par nous-mêmes et indignes de tout, nous devons donc l'engager, par nos humbles demandes, à répandre sur nous les effets de sa bonté. Tels sont les devoirs de l'homme envers Dieu, et c'est pour mettre l'homme en état de les bien remplir, que le sacrifice a été institué.

D. A-t-on offert, dans tous les temps, des sacrifices au Seigneur? — R. Oui, et les divines Écritures ne nous laissent aucun doute à cet e'gard.

Explication. — Si nous remontons jusqu'à l'origine du genre humain , nous y verrons les premiers hommes honorer Dieu par l'oblation et l'immolation des victimes. Tantôt offrant sur ses autels les prémices des fruits de la terre, ils protestaient d'une manière pathétique que c'était de la main de Dieu qu'ils les avaient reçus ; tantôt y versant le sang des animaux, ils reconnaissaient le Seigneur pour maître absolu de leur vie et de leur existence; ils avouaient qu'ils avaient mérité la mort en désobéissant à Dieu; et par cet humble aveu, plutôt que par le mérite même de la victime qu'ils immolaient, ils s'efforçaient d'apaiser sa colère et de désarmer sa justice. A bel offre au Seigneur les premiers-nés de ses troupeaux, et le Seigneur jette sur ces sacrifices un regard favorable. — Noé, au sortir de l'arche, offre en hslocauste une partie des animaux qu'il avait sauvés avec lui du déluge, et le Seigneur le reçoit, dit l'Écriture, comme un sacrifice d'agréable odeur : Qdoratusque est Dominus odorem suavitatis (1). — Abraham, après avoir reçu du ciel l'ordre de quitter le sein de sa famille et la maison de son père, pour aller au pays que Dieu lui montrerait, dresse des autels au Seigneur, et y

(1) Gen.t vin, 2i.

invoque son nom. Parmi les sacrifices offerts par ce saint patriarche , il en est un surtout digne d'être religieusement remarqué, à cause de l'ineffable mystère dont il a été une figure si expresse. Dieu lui-même éprouve Abraham ; il lui ordonne d'immoler son fils unique, Isaac, l'objet de sa tendresse. Abraham n'hésite point; il se met en devoir d'immoler son fils unique, sur qui reposaient les promesses qui lui avaient été faites de devenir le père d'une nombreuse postérité. La foi qui l'anime lui fait comprendre qu'étant assuré du commandement de Dieu, il doit commencer par obéir, et que Dieu saura bien ressusciter ïsaac pour accomplir ce qu'il a promis. Mais Dieu, qui n'a pas épargné son propre fils, et l'a livré à la mort pour nous tous, n'agrée point de victimes humaines; content de l'obéissance du saint patriarche, il arrête le coup qu'il allait porter à Isaac, et substitue à celui-ci un bélier qu'Abraham offre réellement en holocauste en place de son fils. — Que signifiait, dit saint Augustin, ce bélier qui, lorsque Abraham l'aperçut , avait la tête engagée dans des ronces, sinon Jésus couronné d'épines avant d'être immolé sur la croix? — Nous trouvons dans ce même temps de loi de nature, avant la loi écrite, un sacrifice singulier et qui est très-remarquable : c'est celui de Melchisédech, roi de Salem, qui, par ces deux mots, réunit en sa personne les titres de roi de justice et de paix. L'Écriture ne parie de lui qu'une seule fois, dans le livre de la Genèse, où elle le fait paraître comme prêtre du Très-Haut , offrant à Dieu, en cette qualité, un sacrifice de pain et de vin, qu'il distribue ensuite à Abraham et à ses soldats, lorsqu'ils revenaient victorieux des cinq rois qui s'étaient ligués contre Sodome. Elle ajoute qu'il bénit Abraham, et qu'il reçut de lui la dime de toutes les dépouilles. Comme l'Écriture ne parle de lui gu'à cette occasion, sans rien dire de son origine ni de sa fin, elle nous le représente, suivant la remarque de saint Paul, sans père, sans mère, sans généalogie, n'ayant ni commencement ni fin de ses jours, et comme possédant seul un sa-

cerdoce qu'il n'a hérité de personne, et dans l'exercice duquel personne ne lui a succédé. Dieu a voulu, dans la personne, de ce grand homme, nous donner, dès les premiers temps, la figure la plus parfaite de Jésus-Christ, îe rédempteur promis. En effet, par tous les caractères qu'on remarque en lui, il représente d'une manière singulière Jésus-Christ, prêtre éternel , roi de la paix véritable , qu'il a apportée sur la terre, et de la justice, qu'il dispense avec une puissance souveraine. Toujours subsistant et survivant à son sacrifice, ce divin Sauveur en a établi la mémoire et la continuation sous les espèces et apparences du pain et du vin, pour être distribué aux enfants de la foi d'Abraham, victorieux des ennemis de leur salut , qu'il comble de bénédictions et de qui il reçoit les hommages. — Isaac et Jacob dressèrent aussi des autels et offrirent des sacrifices au lieu d'Abraham. — Le saint homme Job, cet illustre patriarche qui mérita par ses vertus que Dieu lui-même lui rendît le glorieux témoignage qu'il n'y avait personne sur la terre qui l'égalât, offrait des sacrifices pour chacun de ses 'enfants , dans l'appréhension qu'ils ne se fussent rendus coupables de quelque péché : ne forte peccaverint filii mei (1). — Dans la suite des temps, les hommes oublient leur Créateur et transportent à de viles créatures le cuite qui n'est dû qu'à la Divinité ; mais, au milieu des ténèbres profondes dont ils sont enveloppés, ils conservent constamment la précieuse institution des sacrifices. La terre est couverte d'autels élevés, les uns aux idoles et aux esprits impurs, les autres, en bien plus petit nombre, au Dieu tout-puissant qui a créé l'univers ; et l'on trouve des sacrifices partout où l'on trouve quelque principe de religion, quelque notion de la Divinité ; partout on voit des temples et des autels , des prêtres et des victimes. Or, si tous les peuples de la terre se sont accordés dans cette croyance ; si ces peuples si différents dans leurs lois, dans leurs mœurs, dans l'idée même qu ils avaient de Dieu, ont tous unanime-

(1) Job, i, 5

ment reconnu la nécessité du sacrifice; si ceux mêmes qui ne suivaient que les faibles lueurs de la raison ont pensé sur ce sujet comme ceux qui ont été éclairés des lumières de la révélation, n'est-ce pas une preuve évidente que le sacrifice est, en effet, une partie essentielle de la religion?

D. Y avait-il, sous la loi mosaïque, un grand nombre de sacrifices? — R. Il y avait, sous la loi mosaïque, un grand nombre de sacrifices que Dieu lui-même avait prescrits à son peuple.

Explication. — Dieu, après avoir délivré son peuple de la captivité d'Egypte par le ministère de Moïse, le conduisit dans le désert, où il lui donna sa loi au milieu de l'appareil le plus effrayant. Il donna ensuite ses ordres a Moïse pour l'établissement du culte religieux qu'il exigeait des Israélites; et il lui prescrivit, dans un grand détail, l'ordre des cérémonies et des sacrifices qu'il voulait être observés par cette nation jusqu'à l'avènement du Messie. Son dessein en cela était de représenter les mystères et les etfets du sacrifice de Jésus-Christ d'une manière constante et plus expressive qu'ils ne l'avaient été jusqu'alors. — Moïse s'empressa d'exécuter les ordres que le Seigneur lui avait donnés; il fit dresser le tabernacle dans le désert, suivant le modèle qui lui avait été montré sur la montagne. Dans ce tabernacle, qui était une tente couverte de différentes peaux, l'apôtre saint Paul nous fait remarquer deux parties principales, savoir : le lieu saint, et le saint des saints, c'est-à-dire le lieu très- .-■aint, séparés l'un de l'autre par un grand voile d'étoffe précieuse. Dans le lieu saint étaient le chandelier d'or à sept branches, les pains de proposition (1), et l'autel d'or des parfums. Dans le saint des saints était placée l'arche d'alliance, sous les ailes des chérubins, toute couverte d'or en dedans et en dehors. Dans cette arche étaient renfermées les

(1) Pains de proposition. On appelait ainsi les pains que le prêtre de semaine mettait, tous les jours de sabbat, sur la table d'or qui était dans le saint devant le Seigneur. Ils étaient au nombre de douze et désignaient les douze tribus d'Israël.

deux tables de pierre sur lesquelles était gravée la loi de Dieu. Il y avait aussi un vase plein de la manne dont Dieu avait nourri les Israélites dans le désert, et la verge d'Aaron, qui avait miraculeusement fleuri pour être un signe perpétuel de sa vocation et de celle de ses descendants au souverain sacerdoce. C'est sur le propitiatoire qui couvrait l'arche que Dieu rendait ses oracles, et, pour cette raison, il était regardé comme le trône de la Divinité. — Les sacrifices qui, selon Tordre de Dieu, étaient offerts dans le tabernacle, étaient de deux sortes : les uns se faisaient avec effusion de sang, les autres étaient non sanglants. Les sacrifices non sanglants consistaient dans des offrandes de parfums, de petits gâteaux de pure farine, pétris avec de l'huile ; dans des libations de vin et de fleur de farine mêlée d'huile, qu'on répandait sur les victimes; ces libations accompagnaient presque toujours les sacrifices sanglants. Ceux-ci se réduisaient à trois espèces : les holocaustes, les sacrifices propitiatoires ou d'expiation, et les sacrifices pacifiques. — Le but de l'holocauste était de reconnaître la suprême majesté de Dieu, sa puissance infinie, son souverain domaine, rentière dépendance où nous sommes de lui, et de lui rendre les adorations qui lui sont dues à tous ces titres. Aussi toutes les parties de la victime étaient-elles consumées par le feu, et la fumée qui s'élevait du bûcher vers le ciel témoignait que Dieu est la source de tous biens, que nous n'en pouvons avoir aucun que nous ne tenions de lui, comme la cendre du sacrifice marquait que l'homme devant Dieu n'est que cendre et poussière, qu'il est devant4lui comme s'il n'était pas. — Le sacrifice propitiatoire ou d'expiation était celui qui devait être offert en expiation des péchés ,'commis. Celui qui l'offrait mettait les mains sur la victime, comme pour la charger de ses iniquités. Le prêtre réservai* pour luimême une partie de cette victime, et tout le reste était réduit en cendres. Par cette action, le pécheur reconnaissait la grandeur de ses crimes et la peine qu'il méritait, puisque la victime qui tenait sa place était mise à mort et consumée

par le feu. — Il y avait deux sortes de victimes pacifiques: les unes étaient offertes en actions de grâces des bienfaits reçus, et c'étaient les sacrifices eucharistiques; les autres étaient offertes dans la vue d'obtenir de nouvelles faveurs, et c'étaient les sacrifices inrpétratoires. Après avoir immolé une victime, on la partageait en plusieurs parties; on en consumait la principale, et cette partie, qui était considérée comme celle de Dieu, était le signe de l'union qu'il voulait avoir avec ceux pour qui le sacrifice était offert; la secondé partie était pour le prêtre qui servait de médiateur entre Dieu et le peuple; la troisième était abandonnée à celui qui avait fourni la victime, et il la mangeait devant l'autel avec ses amis, dans un esprit d'union et de joie, pour entrer en communion avec Dieu, étant pour ainsi dire assis à sa table et participant à la même victime que lui.

Telles é* aient les différentes espèces de sacrifices qui étaient offerts dans le tabernacle, d'après l'ordre exprès que Moïse en avait reçu de Dieu. — Nous allons maintenant parler de quelques sacrifices particuliers. — D'abord, tous les jours, sans exception, les prêtres offraient, au nom du peuple, deux sortes de sacrifices, soir et matin, l'un sanglant, l'autre non sanglant. Le sacrifice sanglant consistait en deux agneaux qu'on offrait en holocauste, l'un à l'heure de tierce, c'est-à-dire vers neuf heures du matin, l'autre à l'heure de none, c'est-à-dire vers trois heures après midi. Le sacrifice non sanglant, qu'on offrait aussi tous les jours, consistait dans Foblation de i'enceus, d'une composition ordonnée par le Seigneur lui-même. Le prêtre ie faisait brûler soir et matin avec le feu sacré, sur l'autel d'or qui était dans le lieu saint, vis-à-vis du voile. Le feu sacré dont il pst ici question était descendu du ciel après le sacre d'Aaron, et les prêtres étaient chargés de l'entretenir sous peine de mort. — Des sacrifices plus solennels étaient offerts aux principales fêtes de l'année. La plus solennelle de toutes était celle de Pâques, qui avait été instituée pour rendre grâces à Dieu de la délivrance de la captivité d'Egypte. Tous les Israélites

immolaient, la veille, devant le tabernacle, des agneaux sans tache, qu'ils faisaient ensuite rôtir et qu'ils mangeaient dans chaque famille avec des pains sans levain et des laitues amères. Cette fête durait sept jours, pendant lesquels il leur était défendu, sous peine de mort, de manger du pain levé. La seconde fête des Juifs était celle de la Pentecôte, qu'on célébrait le cinquantième jour après la fête de Pâques. Elle avait été établie pour conserver et honorer la mémoire de la publication de la loi, et de Falliance que Dieu, par l'entremise de Moïse, avait faite avec les Israélites sur le mont Sinaï, le cinquantième jour après la sortie d'Egypte et la célébration de la première pâque. On offrait ce jour-là deux pains qui étaient les prémices de la moisson, outre l'holocauste de sept agneaux, l'immolation d'un bouc pour le péché, et de deux agneaux qui étaient offerts en sacrifice pacifique. — La troisième solennité était la fête des tabernacles ou des tentes, qui était célébrée après la moisson, le quinzième jour du septième mois. Elle durait sept jours, pendant lesquels les Israélites habitaient sous des tentes ou sous des berceaux de feuillage, pour conserver la mémoire de ce que leurs pères, avant d'entrer dans la terre promise, avaient demeuré quarante ans dans le désert, sous des tentes. On offrait pendant ces jours un grand nombre de sacrifices, et l'on faisait des festins de réjouissance et d'hospitalité auxquels étaient invités les lévites, les étrangers, les veuves et les orphelins. — Cinq jours avant cette fête, c'est-à-dire le dixième jour du septième mois, on faisait la fête de l'expiation générale de tous les péchés de la nation, par un jeûne universel dont personne ne pouvait se dispenser, sous peine de mort. Ce jour était le seul de l'année où il était permis au grand prêtre d'entrer dans le saint des saints. Il y entrait tenant d'une main un encensoir où brûlaient des parfums dont la fumée devait lui dérober la vue de l'arche d'alliance, afin qu'il ne fût pas frappé de mort; et de l'autre une coupe contenant du sang d'un veau qui venait d'être immolé, et qu'il dardait sept fois avec le doigt vers le propitiatoire.

Pendant cette cérémonie, il était défendu, sous peine de mort, aux prêtres mêmes, de se trouver dans l'enceinte du tabernacle. On présentait ensuite au grand prêtre deux boucs pour les péchés du peuple. Il immolait celui sur qui le sort tombait, et prenant de son sang, il en faisait aspersion dans le tabernacle et sur tout ce qui y était renfermé, pour purifier le lieu saint des péchés du peuple. Cela fait, il présentait à Dieu l'autre bouc vivant, et, lui mettant les mains sur la tête, il faisait la confession publique des péchés du peuple, dont il chargeait ce bouc avec imprécation. Ensuite un homme, choisi pour cette fonction, l'emmenait hors de la ville et le chassait dans le désert pour y être dévoré par les bêtes. C'est pour cette raison que ce bouc s'appela-it eWssaire, qui signifie chassé ou envoyé dehors. — Il y avait encore un sacrifice particulier, mais qui n'était point fixé à un certain jour, et qu'on renouvelait toutes les fois que la nécessité l'exigeait. C'était celui de la génisse rousse, que le grand prêtre faisait immoler hors du camp, et qu'on brûlait tout entière avec du bois de cèdre, de l'hysope et de l'écarlate. On en recueillait les cendres, qu'on mettait en réserve pour être distribuées aux Israélites. C'était de cette cendre, mêlée avec de l'eau, qu'ils se servaient toutes les fois qu'ils avaient besoin de se purifier, ce qui était très-fréquent parmi eux.

Un autre sacrifice singulier était celui que devait offrir un lépreux, après que sa guérison avait été déclarée, et avant qu'il rentrât dans la société du peuple. Il offrait deux passereaux vivants, avec du bois de cèdre, de l'écarlate et de l'hysope. Après avoir égorgé un de ces passereaux, dont on recevait le sang dans un vaisseau de terre où il y avait de l'eau, le prêtre y trempait l'autre passereau vivant, avec le cèdre, l'hysope et l'écarlate, et ayant fait l'aspersion sept fois sur le lépreux guéri, il le déclarait pur et laissait ensuite envoler le passereau, qui acquérait ainsi la liberté et la vie par la mort de son semblable.

Voilà en quoi consistaient les principaux sacrifices établis

par lfordre de Dieu chez les Israélites, en attendant l'avénement de la grande victime, de Jésus-Christ, dont ils étaient la figure, comme nous allons l'expliquer.

D. Les sacrifices de la loi mosaïque n'ètaicnt-ils pas la figure du sacrifice de Jésus-Christ? — R. Les sacrifices de la loi mosaïque étaient autant de figures du sacrifice de Jésus-Christ.

Explication. — En premier lieu, Jésus-Christ est visible* ment cet agneau pascal, pur, sans tache, dont la mort a été demandée par les cris redoublés de tout un peuple, et qui a été immolé comme l'agneau de notre pâque. C'est par l'aspersion de son sang que nous avons été purifiés du péché, délivrés de la colère de Dieu, et affranchis de l'esclavage du démon. — C'était pour célébrer la mémoire de la délivrance de la captivité dans laquelle, depuis si longtemps, Pharaon les faisait gémir, que les Israélites immolaient tous les ans, à pareil jour, un agneau, figure de celui que leurs pères avaient immolé en Egypte, et qu'ils le mangeaient avec des pains sans levain et des laitues amères. C'est aussi en mémoire »du sacrifice de notre rédemption et de la délivrance acquise par la mort de Jésus-Christ, que, selon l'ordre qu'il nous en a laissé, nous annonçons sa mort par le sacrifice non sanglant de son corps et de son sang, que nous offrons à Dieu sous les apparences du pain et du vin. Nous nous nourrissons de la chair de ce divin agneau, après avoir banni de nos cœurs tout l'ancien levain de la malice du péché, en joignant l'amertume des larmes d'une sincère pénitence à la pureté d'un cœur embrasé du feu de la charité et pénétré d'une piété sincère et véritable. — Jésus-Christ est la vérité représentée par le sacrifice perpétuel du matin et du soir; celui du matin marquait les temps qui devaient s'écouler jusqu'à sa venue, et celui du soir l'accomplissement des temps où il devait être réellement offert en sacrifice, afin qu'il fût vraiment reconnu pour Y agneau immolé dès le commencement du monde, la vertu de son sang s'étendant .jusqu'à ces premiers temps. L'heure

même de l'oblation du second agneau et des parfums, assignée entre les deux soirs, c'est-à-dire entre midi et six heures, annonçait d'une manière précise la mesure du temps que cette divine victime devait être attachée à la croix, et présenter sur cet autel le parfum de ses humbles prières; puisque l'Évangile nous apprend que Jésus-Christ a été mis en croix sur le milieu du jour, et qu'ayant expiré à trois heures environ, il en a été détaché avant six heures du soir. — Jésus-Christ est l'objet que Dieu avait eu en vue dans le sacrifice de l'expiation générale : il n'était permis qu'en ce seul jour, de toute l'année, au grand prêtre, d'entrer dans le tabernacle au delà du second voile, qui restait toujours abattu comme auparavant, et dérobait à la vue le saint des saints. Les corps des animaux dont le sang ouvrait le saint des saint? au pontife étaient brûlés hors la ville. Le Saint- Esprit a voulu nous apprendre, par ces circonstances, que le sacrifice qui seul pouvait expier nos péchés et lever tous les obstacles qui nous fermaient l'entrée du ciel, serait consommé hors de la ville de Jérusalem, et que, pour en recevoir les effets, il fallait n'être plus attaché à la Jérusalem terrestre, à son temple ni à son sacerdoce : a Sortons donc g aussi du camp, nous dit le grand apôtre, et allons à Jésus a en portant l'ignominie de sa croix ; car nous n'avons point « ici de demeure permanente, mais nous cherchons celle « où nous devons habiter un jour. » Jésus-Christ a singulièrement accompli la figure du bouc émissaire chargé de tous les anathèmes dus aux pécheurs, et chassé avec outrage au milieu des cris et des imprécations du peuple, le jour de l'expiation générale. Une circonstance aussi extraordinaire était nécessaire pour nous rendre attentifs à l'excessive charité de notre divin Pontife, qui, devenu victime de malédiction pour nous, a voulu être chargé d'opprobres, et a été traîné ignominieusement au supplice, ho. s de la ville, au milieu des blasphèmes et des insultes d'une populace effrénée. — Jésus-Christ est l'objet que Lieu a\ait en vue dans le sacrifice de la génisse rousse immolée hors du camp

et consumée tout entière avec de l'hysope, du bois de cèdre et de la laine teinte en écarlate, dont les cendres, conservées et mêlées avec de l'eau, servaient à purifier les Israélites des impuretés légales qu'ils contractaient si souvent. Toutes ces circonstances, en effet, représentaient d'une manière admirable l'holocauste parfait de Jésus-Christ, qui s'est offert lui-même hors de la ville de Jérusalem, et qui, s'étant livré par un excès d'amour pour nous à la mort ignominieuse de la croix, a été exempt de la corruption du tombeau et est toujours en état de purifier des souillures du péché tous ceux qui recourent avec confiance à la vertu de son sang. Ce sacrifice, qui était sanglant dans son origine et dans la préparation, ne l'était pas dans l'application et dans l'usage auquel il était destiné. Il était unique, et néanmoins commun à tous les Israélites : offert une fois pour tous, il conservait une vertu toujours subsistante et toujours suffisante pour effacer les souillures légales, et sa vertu était si nécessaire, que quiconque n'était pas purifié par l'aspersion de cette eau mêlée de ces cendres, demeurait impur et était exclu des avantages de la société d'Israël. Qui ne voit dans tous ces traits un symbole admirable du sacrifice de Jésus-Christ qui, ayant été une fois accompli d'une manière sanglante sur le calvaire, subsiste toujours, par sa vertu, pour nous purifier de toutes les taches du péché, et est si nécessaire que, sans l'aspersion intérieure de la vertu de ce sang, les péchés subsistent et nous rendent indignes de la participation aux choses saintes? — Jésus-Christ est la vérité représentée par le passereau immolé dans le sacrifice de l'expiation du lépreux; et nous reconnaissons, avec actions de grâces, que notre bonheur était annoncé par le passereau qui devait sa liberté et sa vie à l'aspersion du sang de son semblable. — En un mot, en parcourant les circonstances de chaque sacrifice de l'ancienne loi, nous sommes convaincus que Jésus- Christ seul était l'objet adorable que Dieu avait voulu peindre en mille manières par cette multiplicité de victimes et de cérémonies; qu'il était le corps de toutes ces ombres, et que

lui seul a pu en remplir parfaitement la vérité par l'unité de son adorable sacrifice (1).

= D. Jtsus-Christ n'a-t-iî institué T eucharistie que pour se donner à nous dans la sainte communion ? — R. Jésus-Christ a encore institué l'eucharistie afin de s'offrir à Dieu en sacrifice pour nous.

Explication. — L'eucharistie n'est pas seulement un sacrement institué pour nourrir, augmenter et affermir dans les chrétiens la vie spirituelle de la grâce; Jésus-Christ, en laissant à son Église ce gage précieux de son amour, a voulu qu'elle possédât dans ce mystère un sacrifice perpétuel et toujours subsistant; qui réunit en lui seul tous les caractères des victimes et des offrandes de la loi ancienne. En sorte que l'eucharistie est tout à la fois un sacrement où il se donne à nous, et un sacrifice où il s'offre pour nous à Dieu son père.

D. Où se fait cette offrande ? — R. Dans la sainte messe, qu'on appelle, pour cela, le saint sacrifice de la messe.

Explication. — C'est dans la sainte messe, appelée pour cela le saint sacrifice de la messe, que Jésus-Christ s'offre à Dieu son père comme victime pour nous. Le mot messe vient du mot missa ou missio, qui signifie renvoi. Quelques savants ont voulu en trouver Fétymologie dans l'hébreu; une lettre de saint Alcime Avite, adressée à Gondebaud, roi des Bourguignons, nous apprend que le mot missa était une simple formule usitée dans les églises, dans les palais et les prétoires, pour congédier les assistants (2). Dans les premiers siècles, après les prières solennelles de l'exhortation, on renvoyait les catéchumènes, c'est-à-dire ceux qu'on instruisait pour les préparer au baptême: ce qui s'appelait -messe ou renvoi des catéchumènes: missa catechumenorum, comme nous le voyons dans le quatrième concile de Cartilage, canon 8-4. Dans la suite, toute cette première partie de lali-

(1) Plowden, Traité du sacrifice de Jésus-Christ.

(2) S. Alcime Avite, apud Guillon, t. xxiii, p. 20.

iurgie s'appela messe des catéchumènes. La seconde partie, qui contenait le sacrifice, où les chrétiens seuls avaient droit d'assister, et qui est terminée par Jte, missa est, fut appelée messe ou renvoi des fidèles; c'est de là qu'est venu le nom de messe, affecté à toute la liturgie.

Le nom de liturgie (1), que Ton donne à l'auguste sscrifice de nos autels, signifie la même chose que service ri œuvre publique, parce qu'en effet la messe est la partie la plus auguste du service divin (2).

— D. Qu'est-ce que la messe? — R. La messe est le sacrifice du corps et du sang de Jésus-Christ, offert à Dieu, sur l'autel, par le ministère des prêtres, sous les espèces du pain et du vin, pour continuer et représenter le sacrifice de la croix.

Explication. — La messe est un sacrifice : Jésus-Christ l'institua la veille de sa mort, quand il donna à ses disciples son corps à manger et son sang à boire ; en sorte que le sacrifice non sanglant de la sainte eucharistie a précédé le sacrifice sanglant de la croix. Pour nous en convaincre, transportons-nous en esprit dans le cénacle (3) ; voyons ce que Jésus-Christ y fait, et prêtons Foreille aux paroles qu'il prononce. Il prend du pain, le rompt, le donne à ses disciples, en disant : « Prenez et mangez, ceci est mon corps, a qui est livré pour vous (4). » Il prend ensuite le calice, et, rendant grâces, il leur donne en disant : « Buvez-en tous, « car ceci est mon sang, le sang de la nouvelle alliance, « qui sera répandu pour plusieurs pour la rémission des « péchés (5). » Ainsi Notre-Seigneur a donné à ses apôtres son corps séparé de son sang, et son sang séparé de son corps. Il était donc, dans le cénacle, présent entre ses propres mains, comme dans un état de mort, et, par conséquent, après s'être offert lui-même en sacrifice d'une

(1) Liturgie vient du mot grec Xeiroup-yta, service, ministère public qui lui-même est formé cIcXsïtoç, public, et de eppv, ouvrage.

(2) Nous reviendrons sur ce sujet dans le tome iv.

(3) Salle à manger où Jésus-Christ fit la pàque avec ses disciples.

(4) Matth., xxvi, 26.

(5) lbid., 28.

manière non sanglante. C'est pour cela qu'il présente à ses apôtres son corps comme nourriture : a Prenez et mangez; « car ceci est mon corps ; » et son sang comme breuvage ■ « Buvez-en tous, car ceci est mon sang. » Et qui ne sait que la chair de la victime ne peut être propre à servir d nourriture, que le sang de la victime ne peut être propre à servir de breuvage, qu'après que le sacrifice est consomme par l'immolation? Jésus-Christ,, continuant d'adresser la parole à ses apôtres, dans le cénacle, ajoute : a Faites ceci « en mémoire de moi. » Par là il les a établis prêtres, leur a donné le pouvoir d'offrir le même sacrifice, et celui de transmettre le sacerdoce, dont ils venaient d'être revêtus.

D. Quelle est la matière éloignée du sacrifice de la messe? — R. C'est le pain de froment et le vin de la vigne.

Explication. — Le pain de froment et la liqueur tirée du raisin, voilà la matière éloignée du sacrifice de la messe. C'est en même temps ia matière nécessaire, c'est-à-dire sans laquelle on ne peut consacrer validement ; parce que, d'après la tradition, ce fut du pain de froment et du vin de la vigne que Jésus-Christ consacra, et qu'il ordonna aux apôtres et à leurs successeurs de consacrer. — La matière serait valide si l'on avait mêlé au froment un peu d'autres grains ; mais si le mélange était considérable, la matière serait au moins douteuse, et l'on ne pourrait s'en servir sans pécher mortellement. — On ne peut consacrer que du pain cuit au feu et pétri avec de l'eau naturelle; et, par conséquent, du pain cuit au soleil ou pétri avec de l'eau de rose ou toute autre liqueur n'est pas matière suffisante delà consécration, parce que ce n'est pas un pain ordinaire et proprement dit. — On ne peut consacrer validement avec du pain entièrement corrompu, ni avec du vinaigre. On le peut, mais illicitement, avec du pain qui commence à se corrompre, et avec du vin qui commence à s'aigrir. — On ne peut non plus consacrer validement avec du verjus, parce que ce n'est pas du vin. On le peut avec du vin doux, parce que c'est

du vrai vin; on ne le doit cependant pas sans nécessité, à cause de son impureté. — On peut consacrer validement et icitement avec du vin de toute sorte de couleur : blanc, rouge, rose. — Le vin gelé est aussi une matière valide, pourvu qu'on puisse le faire dégeler, soit en approchant du feu le vase qui le contient, soit en l'enveloppant de linges chauds ; il faudrait faire la même chose s'il venait à geler dans le calice, autrement la consécration ne serait pas valide, selon le sentiment de tous les théologiens (1).

D. Quelle est la matière prochaine du sacrifice de la messe? — R. C'est le corps et le sang de Jésus-Christ.

Explication. — La matière prochaine du sacrifice de la messe, c'est le corps et le sang de Jésus-Christ, offerts à Dieu par le ministère des prêtres. Ce divin Sauveur est sur l'autel sous une figure de mort ; et quoique son corps et son sang ne soient pas réellement séparés, il s'en fait cependant une sorte de séparation représentative et mystique ; représentative, parce que la séparation du pain consacré d'avec le vin consacré sur l'autel, représente la séparation du corps et du sang de Jésus-Christ sur le calvaire ; mystique, parce que la mort de Jésus-Christ nous est représentée d'une manière figurative et en mystère, c'est-à-dire par la séparation des symboles. L'espèce du pain présente, d'un côté, le corps de Jésus-Christ; l'espèce du vin présente, d'un autre côté, le sang de Jésus-Christ, en sorte que Jésus- Christ paraît comme mort ; il se montre sur l'autei, il y est offert à son père dans le même état qu'il était sur la croix. C'est ce qu'exprime énergiquement le grand Bossuet, lorsqu'en parlant du sacrifice de la messe, il dit que « le glaive est ia parole qui sépare mystiquement le corps et le sang (2). » Cette pensée est ainsi développée par un auteur que nous avons déjà cité plusieurs ibis (3) : « Les paroles sacramentelles, d'elles-mêmes, devraient séparer le corps d'avec le

(1) Corsetti, p. 1, 3, et omnes alii theol.

(2) Bossuet, Exposition de la foi.

(3) M. de La Cbétardie, 1. 1, p. 211.

sang, mettant Fun sous l'espèce du pain, et l'autre sous

l'espèce du vin ; comme elles l'eussent fait si les apôtres eussent dit la messe le samedi saint, lorsque le corps de Jésus-Christ était dans le tombeau et son sang sur le calvaire. Si elles n'opèrent pas sur l'autel cette séparation, ce n'est pas un défaut de vertu en elles, c'est par accident et par une raison étrangère, savoir : parce que le corps de Jésus-Christ, à présent impassible et immortel, ne peut être séparé de son sang, ni son sang de son corps ; d'où il suit qu'il y a entre l'un et l'autre une concomitance nécessaire, comme disent les théologiens ; en sorte que, partout où est son corps, là est son sang, et que partout où est son sang, là est son corps. Ainsi, quoique les paroles prononcées sur le pain n'opèrent précisément par elles-mêmes que le changement du pain au corps, et celles qu'on prononce sur le vin, que le changement du vin au sang de Jésus-Christ, néanmoins le sang ne laisse pas d'être avec le corps sous l'espèce du pain, et le corps avec le sang sous l'espèce du vin, parce qu'à présent l'un ne peut pas être sans l'autre. Aussi est-il vrai de dire que les paroles sacramentelles sont un glaive mystique, puisqu'elles sont capables, par ellesmêmes, de faire sur l'autel ce que le glaive matériel des Juifs lit sur le calvaire, c'est-à-dire de donner le corps de Jésus-Christ épuisé de sang, et son sang sorti de son corps, s'ils étaient capables de cette séparation. »

D. Sous quelles espèces le corps et le sang de Jésus-Christ sont-ils offerts à Dieu dans le sacrifice de la messe ? — R. Sous les espèces du pain et du vin.

Explication. — Dans le sacrifice de la messe, Jésus-Christ est offert à Dieu soks les espèces du pain et du vin. Les espèces qui voilent le corps et le sang de Jésus-Christ appartiennent au sacrifice, mais ne le constituent pas. On offre à Dieu le corps et le sang de Jésus-Christ, sous les apparences du pain et du vin, mais on ne lui offre pas ces faibles et viles apparences ; c'est de la dignité de la victime, supé-

rieure à tout ce que l'esprit humain peut imaginer, que le sacrifice de la loi nouvelle tire sa grandeur et son excellence.

1). Siirquoi le corps et le sang de Jésus-Christ sont-ils offerts dans le sacrifice de la messe ? — - R. Sur l'autel.

Explication. — Dans le sacrifice de la messe, le corps et 1s sang de Jésus-Christ sont offerts sur V autel. Dans l'ancienne loi, c'était sur un autel (plate- forme de terre, de pierre ou de bois, élevée au-dessus du sol (1)), que l'on offrait des sacrifices ; sous la loi de grâce, c'est aussi sur un autel que Ton offre le sacrifice du corps et du sang de Jésus- Christ. L'autel est quelquefois une grande pierre, d'environ six à huit pieds de long, placée sur une maçonnerie ; c'est ce qu'on appelle un autel fixe; il doit être consacré sur place par un évêque, et il perd sa consécration dès qu'il est séparé de sa base. Au lieu d'un autel fixe, on peut avoir un autel portatif, appelé communément pierre sacrée, parce qu'elle est aussi consarée par l'évêque. On la place sur une table en pierre ou en bois, à laquelle on donne improprement le nom d'autel (2).

D. Par le ministère de qui le corps et le sang de Jésus-Christ sont-ils offerts dans le sacrifice de la messe? — R. Par le ministère des prêtres.

Explication. — Dans le sacrifice de la messe, Jésus- Christ est offert à Dieu par le ministère des prêtres, qui servent d'instrument et d'organe à cet Homme- Dieu.

c= D. Le sacrifice de la messe est-il le même que celui de la croix ? — R. Oui, le sacrifice de la messe est le même que celui de la croix, quoique la manière de l'offrir soit différente.

Explication. — Le sacrifice de la messe se rapporte entièrement à celui de la croix ; il n'en est pas seulement la vive représentation, mais encore la continuation ; il n'en diffère que quant à la manière de l'offrir. En changeant le pain en son corps, Jésus-Christ offre ce corps adorable

(1) Autel vient du mot altus (élevé), à cause de son élévation.

(2) Voir au tome iv ce que nous disons d© V Autel.

comme il 1 a offert sur la croix. L'eucharistie renferme sa passion, et c'est parce qu'il offre lui-même sur nos autels sa mort précieuse, que. selon les expressions de saint Paul, toutes les fois que nous communions nous annonçons sa mort; et il est vrai dédire, avec saint Cyprien, que le sacrifice de la messe est la passion même du Sauveur.

= D. Pourquoi dites-vous que le sacrifice de la messe est le r que le sacrifice de la croix ? — R. Parce que c'est la même hosiie qui est offerte et le même sacrificateur qui l'offre, tant sur j'autel que sur la croix.

Explication. — La victime du sacrifice de la croix, l'hostie qui fut immolée sur le calvaire, c'est Notre-Seigneur Jésus-Christ ; la victime du sacrifice de la messe, l'hostie qui est immolée sur l'autel, c'est aussi Notre-Seigneur Jésus- Christ. Lorsque Jésus-Christ expira sur la croix, il fut luimême le prêtre, le sacrificateur qui immolait la victime ; il s'offrit parce qu'il le voulut : les Juifs n'étaient que les instruments dont il se servait pour la consommation de son sacrifice. Sur l'autel, il remplit la même fonction ; le prêtre n'est que le ministre secondaire : et c'est pour cela qu'en prononçant les paroles de la consécration, le prêtre ne dit pas : Ceci est le corps, ceci est le sang de Jésus- Christ, mais : « Ceci est mon corps, ceci est mon sang. » Ainsi, à l'autel comme au calvaire, c'est le même prêtre et ia même victime. Le sacrifice de la messe est donc absolument le même que celui de la croix.

= D. Pourquoi dites-vous que la manière de l'offrir est différente? — Pt. Parce que Jésus-Christ, sur la croix, s'est offert lui-même d'une manière sanglante; au lieu que, sur l'autel, il s'offre, par le ministère du prêtre, d'une manière non sanglante.

Exh.iga.TION. — 1° Sur la croix, ce fut Jésus-Christ luimême qui s'offrit pour nous à son père, sans l'intervention d'aucun prêtre ; sur l'autel, il s'offre par le ministère des prêtres, qui exercent visiblement ce que ce divin Sauveur exerce invisiblement. 2° Sur la croix, Jésus-Christ s'offrit d'une manière sanglante : son sang coula, et il répandit jus-

qu'à la dernière goutte ce sang d'un prix infini. Sur l'autel, il s'offre d'une manière non sanglante ; son sang n'y est répandu qu'en figure, et sa mort n'a lieu qu'en représentation ; c'est-à-dire que Jésus-Christ est, sur l'autel, sous une figure de mort, quoique, en réalité, il soit vivant, glorieux" et immortel. Son corps et son sang paraissent séparés ï'un et l'autre, quoiqu'ils ne le soient réellement pas, et que l'un et l'autre soient véritablement contenus sous chaque espèce. 3° La victime offerte sur la croix fut réellement détruite ; sur l'autel elle n'est détruite que mystiquement et sacramentellement, c'est-à-dire que Jésus-Christ perd, quand on le mange, l'être que la consécration lui a donné. Par la consécration, le corps de Jésus-Christ est produit et prend, pour ainsi dire, la forme d'aliment, puisqu'il est dans l'eucharistie pour servir de nourriture aux âmes fidèles ; or, toute viande préparée pour être mangée tend, de sa nature, à être changée et détruite par la manducation ; et bien que le corps de Jésus-Christ ne reçoive aucune plaie lorsque les fidèles le mangent, et qu'il ne perde rien de son être naturel, cependant il est vrai de dire qu'il perd son être sacramentel, en tant qu'il cesse d'être réellement présent et d'être une nourriture sensible dans le sacrement, quand les espèces sacramentelles sont une fois altérées par la communion. Mais pourquoi cette destruction mystique et sacramentelle? Parce que, dans tout sacrifice, il faut qu'il y ait destruction de la victime qui est offerte. En effet, le sacrifice, comme nous l'avons dit, est un acte par lequel on reconnaît que Dieu est le souverain maître de la vie, et qu'il peut l'ôter, quand il le voudra, à telle et telle de ses créatures et à toutes à la fois, si c'est son bon plaisir ; ce qu'on n'exprime bien qu'en détruisant la victime immolée en son honneur ; et c'est ce qu'accomplit admirablement Jésus- Christ dans le sacrifice de l'autel, d'une manière à la vérité mystique et sacramentelle, mais très-parfaite et très-réelle (1).

(1) La Chétardie, t. i, p. 214,215.

Non-seulement Jésus-Christ continue d'offrir sur Faute! le même corps et le même sang qu'il offrit sur la croix, mais encore il met la dernière perfection à ce divin sacrifice, qui ne pouvait servir de nourriture aux fidèles sur le calvaire, en nous nourrissant tous les jours, dit saint Ambroise, de ce sacrement de la passion. La manducation de la victime manquait à l'autel de la croix, et elle fait la perfection du sacrifice de nos autels. Sur le calvaire et sur nos autels, la même victime est offerte ; mais au calvaire elle n'est qu'offerte; ici, elle est offerte et distribuée, selon l'expression de saint Augustin.

Jésus-Christ s'offre donc à l'autel, comme il s'est offert en mourant sur la croix, et il n'y a de différence qu'e/z la 'ère d'offrir, comme nous venons de l'expliquer. Il s'y offre aussi comme à la résurrection, puisqu'il y offre son corps glorieux et immortel. Il s'y offre également comme à l'ascension, puisqu'il monte encore de l'autel de la terre au sublime autel du ciel, est-il dit dans le canon, pour y aller résider et intercéder pour nous, offrant ainsi toujours une même hostie. C'est pour cela que le prêtre dit, à la messe, qu'il offre ce sacrifice pour renouveler la mémoire de la passion, de la résurrection et de l'ascension de Notre- Seigneur Jésus-Christ.

Tels sont les mystères que renferme la continuation du sacrifice de Jésus-Christ ; ainsi se vérifient chaque jour ces paroles du Psalmiste : a Le Seigneur, plein de bonté et de a miséricorde, a laissé un monument de ses merveilles : il a a donné la nourriture à ceux qui le craignent (1). »

= D. A qui offve-t-on le sacrifice de la messe? — R. Le sacrifice

de la messe ne peut être offert qu'à Dieu seul.

= D. Pourquoi ne peut-on l'offrir qu'à Dieu seul? — R. On ne

peut offrir le sacrifice de la messe qu'à Dieu seul, parce que

Dieu seul est notre souverain Seigneur, et que le sacrifice de

la messe est une reconnaissance de la souveraineté de Dieu sur

nous.

(1) Psai. ex, 4.

Explication. — Le sacrifice étant Facte d'adoration le plus parfait, et Dieu seul pouvant être adoré, il s'ensuit qu'il ne peut être offert qu'à Dieu. L'homme qui offre un sacrifice substitue à sa place la victime qu'il immole, pour témoigner à Dieu qu'il devrait, si cela lui était permis, se détruire et s'anéantir à la gloire de sa majesté suprême. Par le sacrifice, on reconnaît donc que tout vient de Dieu, comme créateur, et qu'il a sur toutes choses un souverain domaine ; d'où il est facile de comprendre que l'offrir à la créature, sous quelque prétexte que ce soit, serait un crime d'idolâtrie.

— D. N'offrc-t-on pas aussi le saint sacrifice de la messe à la ■sainte Vierge, aux anges et aux saints? — R. Non, on célèbre la messe en l'honneur de la sainte Vierge, des anges et des saints, pour remercier Dieu des grâces qu'il leur a faites et obtenir leur intercession, mais on ne leur offre pas ce divin sacrifice.

Explication. — Les messes qu'on célèbre les jours consacrés à honorer les anges et les saints, et auxquelles on donne le nom de messes de la sainte Vierge, des anges, des apôtres, des confesseurs, etc., ne sont ainsi appelées que parce que, en les célébrant, on fait une mention particulière des anges et des saints ; toutefois, ce n'est point à eux que le sacrifice est offert, mais à Dieu seul. On fait, à l'autel, une mention particulière des saints, on y rappelle leur mémoire, 1° pour remercier Dieu des grâces qu'il leur a accordées, des victoires qu'il leur a fait remporter, du bonheur dont il les fait jouir, et auquel nous parviendrons nous-mêmes si nous marchons sur leurs traces et si nous imitons leurs vertus, et c'est à quoi il faut penser, c'est de quoi nous devons nous occuper quand nous assistons à une messe qui se dit en l'honneur d'un saint; 2° pour conjurer 'es saints d'unir leurs prières aux nôtres, d'intercéder pour nous et d'être nos protecteurs auprès de Dieu.

= D. Pour qui peut-on offrir le saint sacrifice de la messe ? — R. On peut offrir le saint sacrifice de la messe pour les vivants et pouf les âmes du purgatoire.

Explication. — 1° On peut offrir le saint sacrifice de la messe pour tous les vivants : pour les justes, afin qu'ils persévèrent ; pour les pécheurs, afin qu'ils se convertissent ; pour les hérétiques et les schismatiques, afin qu'ils reviennent à TÉglise catholique ; et même pour les infidèles et les Juifs, afin que Dieu leur fasse la grâce de connaître et d'embrasser la vraie religion. 2° On peut offrir le saint sacrifice de la messe pour les âmes du purgatoire, afin que le Seigneur leur accorde un lieu de rafraîchissement, de lumière et de paix. Mais on ne l'offre ni pour les saints qui régnent dans le ciel, parce qu'ils n'en ont pas besoin, ni pour les damnés, parce que, leur sort étant fixé pour l'éternité, ils ne sont pas capables d'en cueillir les fruits. Mais on ne doit point légèrement présumer la damnation d'une âme. Quelque grands, quelque publics qu'aient été les péchés d'un homme, il est possible qu'au moment de la mort, éclairé d'un rayon de la grâce, touché d'un sentiment de pénitence, il ait obtenu le pardon de ses dérèglements. C'est pour cela que l'Église ne refuse point d'offrir le saint sacrifice, même pour celui dont la vie a été criminelle et scandaleuse, à moins qu'il ne soit bien constant qu'il est mort dans l'acte même du crime. Il est absolument possible que les vœux qu'elle adresse pour une âme. lui soient utiles ; ou, s'ils ne le sont pas, ils ne sont point pour cela perdus, et Dieu les applique à d'autres âmes, selon sa sagesse et sa miséricorde.

D. Peut-on faire dire des messes pour Yàrae d'un protestant ? — R. Rien n'empêche qu'un prêtre puisse, à l'autel, prier pour Tàme d'un protestant.

Explication. — Un cé'.èbre défenseur du christianisme, MirFrayssinous, évêque d'Hermopolis, ayant été interrogé sur ce point, répondit en ces termes : « L'Église catholique ne ferait pas célébrer de service public et solennel pour un protestant; mais rien n'empêche qu'un prêtre puisse, à l'autel, prier pour l'âme d'un protestant; et ces prières

pourraient lui être utiles, si, mort dans Terreur, il s'y était engagé de bonne foi (1).

D. Est-il permis aux "prêtres de percevoir des honoraires ou rétributions pour la célébration du saint sacrifice et pour les autres fonctions de leur ministère ? — R. Oui, parce que tout ouvrierest digne de sa nourriture, et qu'il est juste que ceux qui servent à l'autel, vivent de l'autel.

Explication. — Les honoraires ou rétributions qu'on accorde aux prêtres, pour les différentes fonctions de leur ministère, s'appellent casuel ou droits casuels. Souvent on a cherché à rendre ces droits odieux, parce qu'on en ignorait l'origine. Dans les premiers siècles de l'Église, ses ministres subsistaient des oblations volontaires des fidèles ; ainsi, à proprement parler, tout alors était casuel. Les différentes révolutions causées par les persécutions, par les hérésies, par les invasions des Barbares, firent sentir que la subsistance des ecclésiastiques serait moins précaire si on leur assignait des fonds, ce qui fut fait. Plus tard, l'Église fut dépouillée des fonds qui lui avaient été donnés, et les peuples se virent obligés de faire subsister les prêtres par des rétributions manuelles ; ce fut ainsi que le casuel s'établit. Si les pasteurs étaient les maîtres de choisir, ils préféreraient, sans hésiter, une subsistance assurée sur des fonds, à la triste et dure nécessité de reeevoir des honoraires pour leurs fonctions. Ces honoraires, du reste, ce n'est pas à titre à'aumône qu'ils les reçoivent, mais à titre de justice, parce qu'il est de droit naturel de fournir la subsistance à celui qui est occupé pour nous, quel que soit le genre de son occupation. De même qu'il est juste d'accorder la solde à un militaire, l'honoraire à un magistrat, à un médecin, à un avocat, il l'est de faire subsister un ecclésiastique occupé du saint ministère. L'honoraire qui lui est assigné n'est pas plus une aumône que celui des hommes dont nous venons de parler. Ce que reçoivent Les uns et les autres n'est pas non plus le prix de leur travail ; les divers serti) Défense du christianisme 3 t. iv, p. 52.

vices qu'ils rendent ne sont point estimables à prix d'argent, et ils ne sont pas payés par proportion à l'importance de leurs fonctions : la diversité de leurs talents et de leur mérite personnel n'en met aucune dans l'honoraire qui hm est attribué. — Mais, dit-on, Jésus-Christ n'a-t-il pas or* donné à ses ministres de donner gratuitement ce qu'il* avaient reçu par pure grâce (1)? Oui, mais il a eu soin d'ajouter : « Tout ouvrier est digne de sa nourriture (2). » Quelle que soit la force, quelle que soit l'évidence de ces principes, on crie contre le casuel, et tout récemment les protestants ont publié, sur ce sujet, une brochure pleine de faussetés, intitulée : La 'religion d'argent. Voici la réponse d'un de nos plus pieux et plus savants prélats à cet ignoble pamphlet : « En vous élevant avec tant d'amertume contre ce casuel. dont les premiers nous déplorons la triste nécessité, pourquoi dissimuler que l'Évangile l'autorise comme un droit, en déclarant que ceux qui servent à l'autel doivent vivre de l'autel (3) ? Pourquoi taire que les lois civiles ellesmêmes en sanctionnent la perception, qu'elles le regardent c©mme un supplément nécessaire à un traitement dont l'insuffisance est reconnue par le gouvernement même, et avouée par les pouvoirs législatifs, à chacune de leurs sessions?— Pourquoi vos attaques s'arrêtent-elles à nous? Que n'accusez-vous aussi la justice de vendre ses arrêts, parce qu'un modique honoraire est attaché par la loi aux laborieuses vacations de quelques-uns de ses magistrats ? — Combien les pauvres pasteurs, qui exercent dans nos campagnes un si rude ministère, renonceraient volontiers au pénible et chétif avantage dont vous leur faites un crime, si l'État leur accordait ce qu'il donne, avec une libéralité que nous ne lui reprochons pas> au moins rétribué de vos ministres ! Et d'ailleurs, ce pain qui est dû au prêtre, et que lui paie une loi dont vous reconnaissez l'autorité,

(1) Gratis accepistis, gratis date-, (Matth., X, S.)

(2) Dignus euim est operariui cibo suô. i, Matth., X, 10.)

(3) Qui altari de«erviunt, cuiî;altariparticipant.(l Cor., IX, 13.)

ne le partage-t-il pas avec les pauvres ? Qui ne sait que la porte où Tindigence frappe avec moins de timidité, et qui s'ouvre plus souvent pour elle, est celle de l'humble presbytère (1)?»

TRAITS HISTORIQUES

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