RESPECT POUR CE QUI A RAPPORT AUX SAINTS MYSTÈRES
Rien de plus remarquable que le respect avec lequel on traitait, selon les coutumes de l'abbaye de Cluny, tout ce qui avait rapport au saint sacrifice de l'autel. On faisait à jeun le pain qui devait en être la matière. Quelque pur que fût le froment, on le choisissait grain à grain ; on le lavait soigneusement, puis on le mettait dans un sac uniquement destiné à cet usage. Un domestique reconnu pour un homme de bien le portait au moulin, et, après avoir lavé les meules, il se revêtait d'une aube et d'un amict, moulait le blé, lavait le tamis et préparai* la farine. Trois prêtres ou diacres, avec un novice, revêtus pareillement d'aubes et d'amiets, après s'être lavé les mains et le visage, procédaient à faire le pain. L'un d'eux pétrissait la pâte dans l'eau froide, afin qu'elle fut plus blanche, et formait les hosties ; les deux autres les faisaient cuire dans des fers gravés, sur un jeu de bois sec, choisi et préparé soigneusement; pendant tout ce travail, on chantait des psaumes. Les corporaux, où l'hostie est posée pendant le saint sacrifice, se préparaient avec la même révérence. Il n'y avait que des prêtres ou des diacres qui pussent les laver, ce qu'ils faisaient d'abord, à plusieurs reprises, dans des va^es qui ne servaient qu'à cela; après i;iioi, on leur donnait une lessive légère et on les plongeait dans une eau blanchie d'une farine très-pure. Pour les sécher, on les suspendait sur une corde qui se conservait dans une bourse précieuse et qu'on n'en tirait que pour cet usage; tandis que les corporaux étaient exposés à l'air, on les gardait avec soin, pour empêcher les mouches de s'y reposer (2).