DU BAPTÊME
= D. Qu'est-ce que le baptême ? — R. Le baptême est un sacrement qui efface en nous le pe'ehé originel et nous fait entants de Dieu et de l'Église.
Explication. — Le mot baptême signifie littéralement la même chose que bain, ablution ; baptiser, c'est laver, nettoyer, purifier. On appelle baptême le premier des sept sacrements, parce qu'il a la vertu de laver et de purifier l'âme des souillures que le péché lui a fait contracter.
Le baptême est un sacrement, puisqu'il est un signe sensible institué par Jésus-Christ pour nous sanctifier. 1° Le baptême est un signe sensible qui consiste dans l'action que fait le ministre en versant de l'eau sur la tête de la personne qu'il baptise, et dans les paroles qu'il prononce. 2° Il a été institué par Jésus-Christ , lorsqu'il dit : Allez et instruisez toutes les nations, les baptisant aunomdu Père, et du Fils, et du Saint-Esprit (I). 3° Jésus-Christ l'a institué pour nous sanctifier, en lui donnant la vertu d'effacer le péché originel et de répandre dans nos cœurs la charité, qui nous rend justes et saints aux yeux du Seigneur.
Dans l'état de nature, c'est-à-dire depuis la chute d'Adam jusqu'à Moïse, il existait, selon le sentiment commun des théologiens, un remède pour effacer le péché originel. Ce remède ou sacrement, que l'Écriture ne nous fait point connaître, consistait probablement dans quelque cérémonie extérieure par laquelle on manifestait sa foi dans le Messie promis. Depuis ia vocation d'Abraham et sous la loi de Moïse, la circoncision, selon l'opinion adoptée par le plus grand nombre des docteurs, et en particulier par saint Thomas d'Aquin, Innocent III, Eugène IV et Benoit XIV (2), effaçait
(1) Matth., xxvin, 19.
(-2) Benedict. XIV, De festis, lib. I, cap. I, n» i2>
le péché originel dans les enfants mâles, lesquels, suivant l'ordre exprès du Seigneur, devaient être circoncis au bout de huit jours. ïi y avait sans doute, comme sous la loi de nature, quelqu'autre remède ou sacrement pour les filles et pour les garçons qui, avant d'avoir huit jours, se trouvaient en danger de mort (l).
Sous la loi de grâce, c'est le baptême qui efface le péché originel, c'est-à-dire le péché que nous apportons tous en naissant, qui nous vient d'Adam, notre premier père, lequel, ayant désobéi à Dieu, nous a rendus tous pécheurs par sa désobéissance.
Lorsqu'on vous présenta à l'église, le jour où le lendemain de votre naissance, vous étiez donc, mes enfants, coupables de ce péché, et voici comment vous en avez été purifiés : le prêtre parla avec empire au démon, qui possédait vos âmes : Éloigne-toi, esprit immonde, de cette image de Dieu, dit-il d'un ton d'autoriié , et cède la place au Dieu vivant et véritable. Puis il fit couler par trois fois, sur votre tête, l'eau salutaire en forme de croix. A l'instant même la tache originelle fut effacée et le Saint-Esprit descendit dans vos âmes pour y habiter et demeurer constamment avec vous , tant que vous n'auriez pas le malheur de le chasser par le péché mortel.
= D. Le baptême n*efface-t-il que le péché originel? — R. Le baptême efface aussi les péchés actuels qu'on pourrait avoir commis avant de le recevoir.
Explication. — C'est particulièrement pour efface le péché originel que Jésus-Christ a institué le baptême; mais ce sacrement efface aussi les péchés actuels, si l'on en a commis avant de le recevoir. Il ne saurait y avoir de doute à cet égard, d'après ces paroles du grand apôtre : « Ne savez- « vous pas que nous tous qui avons été baptisés en Jésus- « Christ, nous avons été baptisés en sa mort? Nous avons « été ensevelis avec lui par le baptême pour mourir an
(1) Dens, t. v, p. 92.
\<kê, afin que, c -Christ est rfessàecHê
c d'entre gloire èe son Père (4)^, îh aat»-
a chions aussi daus une. vie nouvelle. Car si nous som « entés en lui par la ressemblance de sa mort, nous y serons a aussi entés par la ressemblance de sa résurrection , sa- « chant que notre vieil homme a été crucifié avec lui, « que le corps du péché soit détruit et que désormais nous « ne soyons plus asservis au péché (2). » Saint Paul pouvait-il enseigner d'une manière plus formelle que par le baptême nous mourons au péché et que le péché est d'truit en nous (3)? D'ailleurs Jésus-Christ n a-t-il pas dit : o Celui a qui croira et qui sera baptisé (4) , sera sauvé ? » Or, cela ne suppose-t-il pas évidemment que tous les péchés commis avant le baptême sont remispar la vertu de ce sacrement? Ame: tous les Pères de l'Église sont-ils unanimes sur ce point (% Ainsi, mes enfants, supposons qu'un homme parvenu à l'âge de soixante ans ait commis, chaque jour, depuis qu'il a atteint l'âge de raison , des milliers de péchés et de crimes,, s'il recevait aujourd'hui le baptême avec les disposition, nécessaires, il obtiendrait la rémission non-seulement lu péché originel , mais aussi de tous les péchés actuels qaï a commis pendant tout le cours de sa vie. Je dis : s'il iv. c vait le baptême avec les dispositions nécessaires: car, pour qu'un adulte, c'est-à-dire celui qui a atteint l'âge de raisoa, reçoive dans le baptême le pardon de ses péchés, il faut qu'il ait la loi, l'espérance, le repentir, et au moins un commencement d'amour de Dieu. Si ces dispositions lui manquent, il reçoit, il est vrai, le caractère de chrétien, mais
(1) De Sacy traduit : Pour ta gloire de son Père. — D'après le Met. f}:ilologique"àù Huré, 2:1er signifie quelquefois à cause de. Au mot Gloria, il traduit ainsi : « Jésus-Christ est ressuscité d'entre les morts par la gloire de son Père,» c'est-à-dire par la force et la puissance de son Père, force et puissance qui le rendent glorieux, (rluré, t. Il, p. 407.)
(2) Rom., vi, 3-6.
(3) Trorr.belli, De baptismo, t. v, p. 92. (i) Marc, xvi, 16.
(5) Amputantur an hominibus peccatâ, cum in baptisrao issio peccatorum. (Origenes, apud Trombelli, De baptismoj t. •• .
ies autres effets du sacrement , savoir l'infusion de îa grâce sanctifiante, la rémission du péché originel et des péchés actuels , sont suspendus et ne seront produits que lorsqu'il aura levé l'obstacle par un véritable et sincère repentir. « Un adulte, dit le savant ïrombelli, qui reçoit le baptême sans aucun sentiment de piété, est lavé, il est vrai, extérieurement, mais son âme n'est point purifiée; et, au lieu de la sanctifier, il la souille et la déshonore. » D'après renseignement des théologiens et des Pères, celui qui est mal disposé reçoit, comme celui qui est dans de bonnes dispositions, le sacrement de baptême : l'un et l'autre sont lavés, l'un et l'autre reçoivent un caractère qui les incorpore à l'Église et en vertu duquel ils lui appartiennent ; mais celui-là ne reçoit aucune des grâces attachées au sacrement (1). Ce n'est que lorsque ces mauvaises dispositions viennent à cesser, que la grâce sanctifiante est répandue dans son âme et que le péché originel est effacé, aussi bien que tous les péchés actuels dont il s'était rendu coupable avant d'être baptisé. Et comme un péché mortel ne peut pas être remis sans que tous les autres soient remis en même temps, il reçoit également le pardon des péchés actuels qu'il a commis depuis qu'il- a reçu le caractère du baptême. C'est la même grâce qui efface les uns et les autres ; mais cette grâce a un double principe : elle provient du baptême, en tant qu'elle efface les péchés commis avant la réception de ce sacrement ; et, quant aux péchés commis depuis, c'est la pénitence qui en est la source (2).
(1) Trombelli, De baptismo, t. i, p. 60.)
(2) Est eadem formaliter gratia per quara delentur peccata quœ baptismum sive praècesserùhl, sive secuta sunt ; non potest quippe peccatum sine alio dimitti; cum igitur per baptismum confertur gratia per quam formaliter delentur peccata qurc ipsum prœcedunt, eodem prorsus instanti confertur gratia qua formaliter remittuntur peccata subsequentia baptismum. Sed illa gratia ab eodem effectivo principio non procedit; prior a baptismo, altéra vero a pœnitentia; est igitur eadem gratia formaliter quoad suum formaient cflectum, sed non eadem quoad prmeipium, seu causam iliius productivam. (Tournely, De baptismo. queest. 4.) ' ^ '
-= D. Le baptême remet-il aussi les peines temporelles ? — R. Le baptême remet toutes les peines temporelles dues au péché, en sorte que ceux qui meurent sans avoir commis aucune faute depuis leur baptême, vont au ciel sans passer par le purgatoire.
Explication. — Non-seulement le baptême efface tous les péchés que l'on a commis avant de le recevoir, mais il remet encore toutes les peines qui leur étaient dues, soit en ce monde, soit en l'autre; en sorte que, comme parle l'apôtre (1), il n'y a plus de condamnation pour ceux qui sont en Jésus-Christ par ce sacrement. Ainsi un enfant qui meurt après avoir reçu le baptême, monte aussitôt au ciel; ainsi encore un adulte qui mourrait sans avoir commis aucun péché depuis qu'il a reçu le baptême avec les dispositions requises, irait droit au ciel sans passer par les peines du purgatoire , quand bien même il aurait commis , avant son bapitême, toutes sortes d'abominations et de crimes, et se serait plongé dans les plus affreux désordres.
C'est parce que le baptême remet toutes les peines, soit étemelles, soit temporelles, dues au péché, que l'Église n'impose point d'oeuvres satisfactoires aux adultes qui reçoivent ce sacrement.
L'ignorance, la concupiscence, les infirmités du corps et de l'àme, la nécessité de mourir, qui sont les suites du péché d*Adam, ne sont pas détruites par le baptême, parce que Dieu a voulu que, dans ce lieu d'exil, l'homme, en les conservant, se ressouvint de sa chute, vécut dans la crainte, et que toutes ses misères servissent d'exercice continuel à sa vertu.
= D. Comment le baptême nous fait-il enfants de Dieu? — R. Le baptême nous fait enfants de Dieu en ce que Dieu nous adopte, par le baptême, pour ses enfants, et nous donne droit à son royaume céleste.
Explication. — Le baptême nous régénère et nous donne une nouvelle vie en Jésus-Christ, par la grâce sanctifiante
(1) Rom., vin, i.
et les vertus infuses qu'il nous communique; il nous rend en quelque sorte participants de la nature divine, nous faisant enfants de Dieu par adoption ; il nous donne le Saint- Esprit, qui répand la charité dans nos cœurs et qui nous unit à Jésus-Christ; il les fait vivre en nous et nous fait vivre de sa vie, comme les membres vivent de la vie de leur chef. Ce sacrement nous donne droit d'appeler Dieu notre père et de regarder le ciel comme notre héritage, parce que, étant ses enfants, nous sommes aussi ses héritiers et les cohéritiers de Jésus-Christ.
= D. Nous n'étions donc pas auparavant les enfants de Dieu ? — R. Non, la tache de notre origine faisait, que nous étions, aux yeux de Dieu, des enfants de colère et de malédiction.
Explication. — Avant d'avoir reçu le baptême, nous étions des enfants de colère; le péché originel nous rendait, aux yeux de Dieu, des objets de malédiction et d'anathème. Nous appartenions au démon, nous l'avions pour père, nous étions soumis à son tyrannique empire; et, après avoir été quelque temps le jouet de la fureur de cet ennemi cruel, nous n'avions à attendre, après cette vie, que l'enfer, que son éternité et ses horreurs. Quel admirable changement le baptême a opéré en nous ! Il nous a arrachés à l'empire de Satan ; il nous a purifiés de la souillure que nous avions contractée, comme enfants du premier homme rebelle et prévaricateur. Dès ce moment le Père céleste n'a plus vu en nous que des enfants chéris, objets de sa tendresse et de ses complaisances. Dès ce moment nous sommes devenus frères et cohéritiers de Jésus-Christ, et, en cette qualité, nous avons des droits certains à l'éternel bonheur; nous sommes appelés à régner à jamais dans le ciel et à y partager le trône et la gloire de notre père; oui, mes enfants, de notre père, car nous sommes autorisés par Jésus-Christ lui-même à appeler Dieu ainsi : « Lorsque vous prierez, dit-il dans « l'Evangile, vous direz : Notre Père, qui êtes aux cieux. » Jésus-Christ seul est fils de Dieu par nature ; mais nous
sommes fils de Dieu par adoption : « La charité du Père est a telle , dit l'apôtre , que non-seulement il veut que nous « soyons appelés, mais que nous soyons en effet enfants de a Dieu (i). » Il nous aime comme s'il nous avait engen- 1res de sa propre substance , et nous prodigue les mêmes 4oins et les mêmes faveurs.
= D. Comment le baptême nous fait-il enfants de Y Église? — R. Le aaptêrne nous fait enfants de l'Église en ce qu'il nous met au rang des fidèles, nous donne droit aux sacrements et à tous les autres biens spirituels de TÉglise.
Explication. — L'Église, en nous conférant le baptême, nous régénère, c'est-à-dire nous engendre de nouveau, nous donne une nouvelle naissance. Nous étions nés dans le péché , et par le baptême , nous naissons dans la sainteté et la justice, nous commençons à vivre de la vie de la grâce, puisque c'est par le baptême que nous recevons une vie nouvelle : l'Église, qui nous confère ce sacrement, est donc notre mère, nous sommes donc ses enfants.
C'est par le baptême que nous cessons d'être infidèles et que nous entrons dans la grande famille dont Jésus-Christ est le chef invisible et le souverain pontife le chef visible. Or, par là même que nous devenons membres de l'Église , nous avons le droit de participer à tous ses biens spirituels, à ses sacrements, à ses prières, etc. Ceux, au contraire, qui ne sont pas devenus enfants de l'Église par le baptême, n'ont aucune part à ses biens spirituels (2), et ils ne peuvent recevoir validement les autres sacrements : ainsi le baptême est le premier de tous les sacrements, non-seulement parce qu'il est le plus nécessaire, comme nous allons bientôt l'expliquer, mais encore parce qu'il donne droit à la réception des autres, et que sans lui les autres sont essentiellement et radicalement nuls.
(1) Videte qualem charitatem dédit nobis Pater, ut filii Dei nominemur et simus. (I Joan., ni, 1.)
(2) Voir ia leçon xxvm de la première Dartie.
= D, Le baptême est-il nécessaire au salut ? •— R. Oui, le baptême est absolument nécessaire au salut.
Explication. — Si le baptême est le premier de tous les sacrements, parce qu'il fait naître en Jésus-Christ ceux qui le reçoivent, qu'il les fait enfants de l'Église et leur donne droit aux autres sacrements, il est aussi le plus nécessaire, parce que non-seulement les adultes, mais encore les enfant?, ne peuvent, sans le recevoir, être sauvés et délivrés de la damnation que le péché originel a attirée sur toute la nature humaine. Jésus-Christ lui-même Ta déclaré en ces termes : « Je vous dis en vérité que, si un homme ne renaît de Feau « et du Saint-Esprit, il ne peut entrer dans le royaume de « Dieu (1). »
= D. Que deviennent donc ceux qui meurent sans être baptisés? — R. Ceux qui meurent sans avoir été baptisés ne peuvent jamais entrer dans le royaume des cicux.
== D. Seront-ils eondamnés à l'enfer ? — R. Ceux qui meurent avec le seul péché originel seront exclus à jamais du royaume des cieux, voilà tout ce que la Toi nous enseigne.
Explication. — Ceux qui meurent avec le seul péché originel ne verront jamais Dieu, le royaume des cieuX ne sera jamais leur partage, c'est une vérité de foi catholique ; mais quel est leur sort, sont-ils condamnés à l'enfer, y souffrentils la peine du sens? La foi se tait à cet égard. Saint Augustin et après lui un grand nombre de théologiens croient que l'état des petits enfants qui meurent sans baptême est tel, qu'ils le préfèrent à la non-existence, c'est-à-dire qu'ils aiment mieux exister de la sorte que de ne point exister. Quelques auteurs les placent dans un lieu appelé les limbes, où ils ne souffrent point, mais où ils sont privés de la vue de Dieu. Nous avons traité cette question en parlant des membres de l'Église (2).
(1) Joan., III, 5.
(2) Voir le tome i.
= D. C'est donc un grand malheur pour un enfant que de mourir sans baptême? — R. Oui, et l'on doit empêcher ce rnalheui*avec tout le soin possible.
Explication. — Quand il serait certain que les enfants qui meurent sans baptême ne souffrent point dans l'autre, vie, mais qu'ils sont seulement privés de la vue de Dieu, quel affreux malheur n'est-ce pas pour un enfant, que de mourir avant d'avoir été régénéré en Jésus-Christ ! Quelles précautions ne doivent pas prendre les parents pour empêcher un semblable malheur; et quels reproches n'auraientils pas à se faire, si, pour avoir trop différé de présenter leur enfant à l'église, ils étaient cause qu'il fût à jamais exclu du royaume des cieux î
Les parents doivent faire baptiser leur enfant le plus tôt qu'il leur est possible, et ils ne peuvent, sans la permission de l'évêque, attendre plus de trois jours pour le présenter à l'église. L'absence du parrain ou de la marraine n'est point, en elle-même, une raison suffisante pour différer davantage; mais ils doivent, dans ce cas, choisir un autre parrain ou une autre marraine, ou bien les faire représenter par d'autres personnes (1).
L'évêque permet quelquefois d'administrer simplement le baptême, c'est-à-dire de n'observer que l'essentiel du sacrement, et de remettre les cérémonies à une époque plus ou moins éloignée; c'est ce qu'on appelle ondoyer, d'un mot latin (undaré) qui signifie laver avec de l'eau. Ainsi ondoyer,
(1) Parocbus moneat eos arl quos ea cura pertinet, ut recens nati, quand primum fieri poterit. deferantur ad ecclesiam; ne Mis sacramentum tantopere necessarium differatur cum periculo salutis. (Acta et décréta ùonalii prouinciœ Remeru&s, anno 1S49 celebrati, p. 61.) — Quamvis *alde expédiât ut infantes intra brève tempos post nati\itatem baptizentur, ne salus eorum periclitetur, non tamen damnandi essenf parentes qui, patrinum aut matrinam exspectantes, per duos aut très dies differrent praes ntationera infantis ad baptismura, ex eonsensu parochi, modo eautissime in eum inviçilarent. At pmhibemus "ne baptismus ultra très dies differatur sine licentia nostra. [Statutasynod. diœc. Cehomaii.j an. ISoi, p. 54, 55.)
c'est répandre de l'eau sur la tête d'un enfant, au nom des trois personnes de la sainte Trinité, sans observer les cérémonies ordinaires du baptême.
La permission de séparer le baptême des cérémonies qui raccompagnent, étant une sorte de dérogation aux ordonnances de l'Église, les évêques, pour combler la brèche faite à la loi, et aussi pour rendre plus rares les demandes de dispense, ont coutume d'exiger une offrande, laquelle est employée en bonnes œuvres.
= D. Le baptême ne "peut-il pas être suppléé ? — R. Le baptême peut être suppléé, dans les enfants, par le martyre, et, dans ceux qui ont l'usage de la raison, par le martyre ou par un acte de charité, avec le désir d'être baptisés aussitôt qu'ils le pourront.
Explication. —Le baptême peut être suppléé^ c'est-à-dire que quelque chose peut en tenir lieu. Un enfant qui ne serait pas baptisé, mais qui serait mis à mort pour la cause de Jésus-Christ, serait sauvé ; la mort qu'il endurerait pour Jésus-Christ ou à l'occasion de Jésus-Christ, ce qu'on appelle souffrir le martyre, lui tiendrait lieu de baptême. C'est^d'après ce principe que l'Église fait la fête des enfants qu'Hérode fit mourir à Bethléem et dans les environs, et qu'on appelle les Saints Innocents. Ils régnent dans le ciel pour avoir, ici-bas, confessé Jésus-Christ, non parleurs discours, mais parleur mort et l'effusion de leur sang, comme le chante l'Église (1).
Dans les adultes, le baptême peut être suppléé : 1° par le martyre (2). Celui qui meurt pour Jésus-Christ est baptisé dans son propre sang, obtient une entière rémission de tous ses péchés, et entre sur-le-champ en possession du bonheur du ciel. Aussi l'Église honore- t-elle d'un culte public saint Genès d'Arles, qui n'était encore que catéchumène lorsqu'il fut décapité, sur les bords du Rhône, pour avoir refusé de
(1) Non loqupnrlo, sed moriendo.
(2) Si quis baptisma non recipit, salutem nonhabet; exceptis martyribus, qui etiam sine aqua regnum recipiunt. (S. Cyril, Hierosolyi'% Catech., iii, apud Trombelli, De baptisma, t. t. d, 12.)
souscrire à un édit de Maximilien Hercule, qui ordonnait de persécuter les chrétiens (1). 2° Parle désir sincère d'être baptisé, si on le pouvait, joint à un acte de charité parfaite. Une personne qui se trouve dans l'impossibilité de recevoir le baptême, mais qui le désire avec ardeur, et qui s'excite en même temps à une douleur sincère de ses péchés et à un grand amour de Dieu, reçoit, si elle meurt dans ces dispositions, l'effet du baptême, et le ciel devient aussitôt son partage.
Le jeune empereur Yalentinien mourut sans baptême, dans le temps même qu'il se préparait à aller à Milan pour se faire baptiser par saint Ambroise. Ce saint docteur, en faisant son oraison funèbre, n'hésita point à le regarder comme sauvé, et dit qu'on ne pouvait pas douter qu'il n'eût obtenu de Dieu l'effet du baptême, qu'il avait ardemment désiré.
= D. 1/ y a donc trois sortes de baptême ? — R. Oui, il y a trois sortes de baptême : le baptême d'eau, le baptême de sang et le baptême de désir, et cependant il n'y a qu'un seul sacrement de baptême.
Explication. — Le baptême d'eau, c'est celui que Ton administre en versant de l'eau sur la tête de la personne que l'on baptise. Le baptême de sang, c'est le martyre enduré pour Jésus-Christ. Le baptême de désir, c'est le désir sincère d'être baptisé, joint à un acte de charité et de repentir. Ce désir ou vœu du baptême qui, d'après le concile de Trente (2), suffit dans relui qui ne peut recevoir le sacrement, peut très-bien s'entendre du vœu implicite, tel qu'il se trouve dans celui qui, sans avoir connaissance du baptême, est dans la disposition de faire tout ce que Dieu prescrit comme moyen de salut. C'est l'opinion de plusieurs docteurs,
(1) Voir Trombelli, De baptismo, t. I, p. 13.
(2) Quae quidem translatio (ab eo statu in quo homo nascitur filius primi Adae in statum gratiae), post eyangelium promulgatum, sine layacro regenerationis. aut e.jus voto, fipvi non r>oWt (Conc. Tri'd.J
parmi lesquels on distingue saint Thomas et saint Alphonse de Liguori (1). ■
Il n'y a que le baptême d'eau qui soit un véritable sacrement et qui imprime un caractère; mais les deux autres produisent les mêmes effets, quant à l'infusion de la grâce et à la rémission des péchés. L'Écriture ne laisse aucun doute à ce sujet : « Quiconque, dit l'apôtre, aura invoqué « le nom du Seigneur, sera sauvé (2) ; » voilà pour le baptême de désir. « Celui, dit Jésus-Christ, qui aura perdu la vie à a cause de moi, la retrouvera (3) ; » voilà pour le baptême de sang. Saint Paul parle aussi du baptême pour les morts (A); selon quelques interprètes des saintes Écritures, il faut entendre par là un baptême d'affliction et de larmes ; selon d'autres, l'apôtre fait allusion à l'erreur de ceux qui s'imaginaient qu'après avoir reçu le baptême pour eux-mêmes, ils pouvaient se faire baptiser une seconde fois à l'intention des morts, afin de leur procurer du soulagement (5).
== D. Qui a le pouvoir de baptiser ? — R. En cas de nécessité, toute personne peut baptiser; mais, hors le cas de nécessité, le propre curé, ou un autre prêtre, de son consentement, doit seul administrer ce sacrement.
Exlication. — Les évêques et les prêtres sont les ministres ordinaires du baptême, et ils ont seuls le droit de l'administrer avec solennité. Le diacre peut aussi donner le baptême solennel, c'est-à-dire avec les cérémonies qui l'accompagnent, comme sont les exorcismes, la présence d'un parrain et d'une marraine, l'imposition d'un nom à la personne que l'on baptise, etc., mais seulement lorsqu'il en a reçu la permission expresse de l'évêque.
(1) Remissionem peccatorum quis comequitur, secundum quod habet baptismum in voto vel explicite vel implicite. (S. Thomas, part, m, quaest. 69, art. 4.)
(2) Rom., x, 13.
(3) Matth., x, 39.
(4) Alioquin quid facient qui baptizantur pro mortuis, si omnium mortui non resurgunt?... (1 Cor., xv, 29.)
(5) Voir Trombelli, De hoptismo, t. ni, p. 15, 44.
Comme on ne peut être sauvé sans le baptême, Jésus- Cirist a voulu qu'il y eût aussi un ministre extraordinaire de ce sacrement ; il a voulu que, dans un besoin pressant, il pût être administré par toutes sortes de personnes, ecclésiastiques et laïques, hommes et femmes, fidèles et infidèles, pourvu qu'elles observassent ce qui est de L'essence du baptême. Vers l'an 800, les Bulgares furent convertis à la foi par saint Cyrille et saint Méthode. Quelques-uns ayant é:é baptisés, dans des cas pressants, par la main des laïques, et même des infidèles, s'adressèrent au pape pour savoir à quoi ils devaient s'en tenir sur ce sujet. Nicolas Ier répondit que leur baptême était valide, et qu'il ne fallait point le réitérer (1). — En cas de nécessité, toute personne peut baptiser ; il faut néanmoins remarquer qu'un prêtre, dans cette fonction, doit être préféré à un diacre ; un diacre, à un clerc ; un clerc, à un laïque ; une personne raisonnable, à un enfant ; un catholique, à un hérétique ; un homme, à une femme ; à moins que, pour certaines raisons, il fût plus à propos qu'une femme baptisât qu'un homme, par exemple si elle savait mieux la manière de bnptiser, etc.
Le père et la mère ne doivent, pas baptiser leur enfant, à rotins qu'il n'y eût danger de mort et qu'il ne se trouvât personne pour le baptiser ; s'ils le faisaient, hors ce cas de nécessité, ils contracteraient entre eux une affinité spirituelle, et ils ne pourraient plus vivre ensemble que comme le frère et la sœur, jusqu'à 2e qu'ils eussent obtenu une dispense (2).
Le baptême donné par un laïque, hors le cas de nécessité, serait valide ; toutefois, ce laïque se rendrait coupable d'une faute grave, en usurpant une fonction qui ne lui appartient, pas; mais aussi, quel mérite n'acquiert pas devant Dieu
(1) Vie de S. Cyrille, 14 février.
(2) Licet quaelibet persona valide baptizare possit, nullus tamen, extra easurn nécessitât^ hoc sacramentum conférât, praeter pa'rochum, ejus vicarium, aut alium sacerdotem a parocho directe aut indirecte delegatum. {Stat. syn. diœceas Ceuom., an. 1831, p. 54.)
celui qui, dans un besoin pressant, devient le ministre extraordinaire de ce sacrement ! — Dans un des hôpitaux de Paris, un enfant venait de naître, et tout annonçait qu'il n'avait que quelques instants à vivre. On s'occupait beaucoup de la mère, mais on ne songeait nullement à procurer à cet enfant le sacrement de la régénération. « Il faudrait aller au plus pressé, dit alors un jeune homme plein de foi, et ne pas laisser mourir cet enfant sans baptême. » Ces paroles sont accueillies par des sarcasmes : il parlait devant des impies. Alors le jeune homme va lui-même chercher de l'eau, la verse sur la tête de l'enfant en prononçant les paroles sacramentelles, et lui ouvre ainsi les portes du royaume des cieux.
« Voici, dit M. Verroles, missionnaire apostolique, comment nous nous y prenons pour procurer la grâce du baptême aux enfants mourants des idolâtres. Dans les endroits les plus populeux de la mission, nous établissons des personnes destinées à exercer cette bonne œuvre. Ces personnes, auxquelles on a bien appris la forme du baptême, sont ordinairement des femmes d'un certain âge, qui ont quelque expérience dans le traitement des maladies des enfants, et qui, à ce titre, ont un accès facile partout. Munies de quelques pilules inoffensives et d'une bouteille d'eau bénite, dont elles vantent la vertu, elles s'introduisent dans les maisons où elles savent qu'il y a des enfants malades ; elles commencent partâter le pouls à l'enfant et connaissent bientôt, à certains symptômes, s'il est en danger de mort. Dans ce cas, elles en avertissent les parents et leur disent qu'avant d'administrer d'autres remèdes, il est nécessaire, pour les rendre plus efficaces, de leur laver le front avec de l'eau purifiante qui est contenue dans leur bouteille. Les parents, ne se doutant pas de la pieuse ruse, y consentent facilement ; et c'est par ces innocentes fraudes qu'on vient à bout de procurer, chaque année, dans notre mission, le baptême à sept ou huit mille enfants. »
= D. Comment donne-t-on le baptême ? — • R. On verse de l'eau naturelle sur la tôle de la personne que Ton baptise, avec l'intention de faire ce que fait l'Église en baptisant, et l'on prononce en même temps ces paroles : Je te baptise, au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit.
Explication. — La matière éloignée du baptême est de l'eau pure et naturelle, telle qu'est celle de mer, de rivière,, d'étang, de puits, de fontaine, de pluie, et non pas de l'eau artificielle , comme Veau de rose, Veau de Cologne t et tout autre suc tiré des fleurs et des herbes, qui n'est pas proprement de l'eau . Si Feau était entièrement corrompue, elle ne serait pas suffisante pour baptiser ; mais si elle était seulement un peu altérée, on pourrait en user, faute d'autre, dans un besoin pressant (1).
On ne doit point se servir, pour le baptême solennel, d'autre eau que de celle qui a été bénite le samedi saint ou la veille de la Pentecôte, et qui est conservée aux fonts baptismaux ; mais on peut se servir, en cas de nécessité, d'eau bénite ordinaire, à défaut de celle dont nous venons de parler ; et, à défaut d'eau bénite ordinaire, de toute autre eau, pourvu qu'elle soit naturelle.
La matière prochaine du baptême est l'ablution, ou l'application de l'eau sur le corps du baptisé. Elle peut se faire en trois manières, savoir : ou par l'aspersion, en jetant sur la personne plusieurs gouttesd'eau, comme quelquesauteurs présument que faisaient les apôtres quand plusieurs milliers d'hommes se présentaient au baptême; ou par immersion, en plongeant la personne dans l'eau, comme on le pratiquait autrefois ; ou par infusion, en répandant l'eau sur la tête. Cette troisième manière de baptiser est maintenant la
(1) Quelques auteurs parlent d'un prêtre qui, à défaut d'eau, avait baptisé avec du vin un enfant en danger de mort ; ils ajoutent que la conduite de ce prêtre fut approuvée par Etienne II, et que ce pape avait déclaré qu'un part il baptême était valide : Infontes sic perrhcMeani in ipso baptismo. -Mais ce fait est regardé comme controuvé, ainsi que l'a démontré le P. Hardouin, dans une dissertation ayant pour *itre : De baptismo in vino, 1 vol. in -4°.
seule qui soit en usage dans l'Église latine. — Le baptême par immersion a encore lieu dans la cathédrale de Milan, où s'est conservé le rite ambroisien ; mais on n'y baptise plus en plongeant le corps entier dans Peau, comme cela se pratiquait dans les premiers temps. Après les prières d'usage, la récitation du symbole, etc., le prêtre prend l'enfant dans ses bras et plonge dans l'eau sainte le derrière de sa tête, à laquelle il fait décrire trois signes de croix, en di? • Je te baptise, au nom du Père, etc. (1).
Pour que le baptême soit valide, il faut verser de l'eau sur celui que l'on baptise , en telle quantité qu'on puisse dire qu'il est lavé. Il ne suffît donc pas d'en répandre quelques gouttes ni de mouiller son pouce pour l'en toucher ensuite, mais il faut prendre de l'eau dans un vase et la verser sur lui. Cette eau doit être versée sur la tête, où résident principalement les organes des sens et de la raison; c'est l'usage de l'Église, auquel il faut se conformer, hors les cas de nécessité. Dans ces cas mêmes, si l'on avait verse l'eau sur une autre partie du corps, il faudrait rebaptiser sous condition (en disant : Si tu n'es pas baptisé, je te baptise, etc.), parce qu'il n'est pas tout à fait certain qu'un tel baptême soit valide. Si l'on doutait que l'enfant fut vivant, il faudrait dire : Si tu es vivant et capable du baptême, je te baptise, etc. (2).
Il suffit, pour la validité du baptême, de verser l'eau une seule fois sur celui que l'on baptise; néanmoins, l'usage de l'Église, qu'on doit suivre, est d'en verser par trois fois en formant chaque fois le signe de la croix. Il faut, de plus,
(1) VUnivers, n» du 7 janvier 1843.
(2) Dans un ouvrage de médecine publié récemment, on lit ce qui suit : « Il convient d'ondoyer l'enfant menacé de perdre la vie. On portera de l'eau sur la partie qu'il présente, en prononçant seulement ces mots : « Enfant, je te baptise, si tu es vivant et capable du baptême; » cela annonce une profonde ignorance. 11 n'est pas absolument nécessaire d'exprimer la condition si tu es vivant, etc., mais il est absolument indispensable, pour la validité du baptême, de prononcer ces paroles : Je te baptise, au nom du Père, du F ils et du Saint-Esnrit. (Voir VAntropologie catholique, livr. du 15 octobre 1847.)
pour ooLÏérer validement le baptême, avoir l'intention de faire ce que fait l'Église en baptisant, c'est-à-dire avoir la volonté de faire, ou le sacrement dont on emploie le rite extérieur, ou ce que Jésus-Christ a institué en établissant ce rite dans son Église, ou du moins vouloir faire ce que les chrétiens pratiquent en pareille occasion.
En même temps qu'on verse de Feau naturelle sur la tête de la personne que Ton baptise, il faut appliquer la forme à la matière. La forme du baptême consiste essentiellement dans ces paroles : Je te baptise, au nom du Père f, et du Fih f, et du Saint f Esprit. On n'en peut rien retrancher; car, pour la validité du baptême, il faut exprimer Faction du ministre, la personne qu'on baptise, et Finvocation expresse et distincte des trois personnes de la très-sainte Trinité , au nom desquelles il doit être administré , selon Fordre exprès de Jésus-Christ, qui a dit : « Allez, enseignez « toutes les nations, les baptisant au nom du Père, et du « Fils, et du Saint-Esprit (1). » C'est pourquoi, si le ministre prononçait seulement ces paroles : Au nom du Père, sans dire : Je te baptise: ou s'il disait : Je te baptise, au nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ ; ou au nom de la sainte Tri' nité; ou au nom du Père et du Fils, sans ajouter du Saint- Esprit, il n'y aurait point de sacrement.
On doit prononcer les paroles de la forme en même temps qu'on verse l'eau. Il n'importe , pour la validité du baptême, en quelle langue elles soient exprimées : mais lorsqu'on baptise solennellement, il faut les exprimer en latin.
= D. Faut-il que ce soit la même personne qui verse Veau et prononce les paroles ? — R. Oui, cela est absolument nécessaire.
Explication. — Si une personne versait Feau etquune autre prononçât les paroles de la forme : Je te baptise, au nom du Père, etc., le baptême serait absolument nul, c'està-dire qu'il n'y aurait point de sacrement. Baptiser veut dire laver; or, pour qu'une personne puisse dire avec vé-
(i) Matth., xxvin, 19.
rite : Je te lave, n'est-il pas évident qu'il faut que ce soit elle-même qui verse l'eau sur la tête de la personne qui est baptisée?
Ajoutons que, puisque baptiser veut dire laver, il faut, pour que le baptême soit valide , qu'il y ait écoulement de u l'eau. Si on laissait tomber sur la tête d'un enfant une ou ! deux gouttes d'eau qui y resteraient immobiles, le baptême serait nul , parce que, dans ce cas, il n'y aurait réellement pas ablution (1). — Il n'est nullement certain que le baptême fût valide, si quelqu'un, après avoir trempé son doigt dans l'eau, formait une croix sur le front de l'enfant, en disant : Je te baptise , etc. Peut-on , en effet, regarder cette action comme une véritable ablution (2) ? Mais il y aurait réellement ablution, et par conséquent le baptême serait valide, si, au lieu de verser de l'eau sur la tête d'un enfant, on le plaçait, par exemple, sous le toit d'une maison d'où il tomberait de la pluie, et qu'on prononçât en même temps les paroles de la forme : Je te baptise, etc. (3).
D. Si Veau ne touchait que les cheveux, ou si les paroles étaient mal prononcées, le baptême serait-il bon? — R. Non, dans ce cas, la personne ne serait point baptisée.
Explication. — Pour qu'une personne soit réellement baptisée, pour que le baptême soit valide, il est absolument nécessaire de prononcer distinctement, en versant l'eau, les paroles de la forme : Je te baptise, etc., et si on es prononçait mal, au point d'en changer le sens, il n'y mrait point de baptême (4). — Il n'est pas moins néces-
(1) Collet, De baptismo, apud Migne, Cursus theoL, compl., t. xxr,
(2) Ibid.
(3) Quia sicut vere maculât vestem et qui eara aspergit luto, et qui eam luto ïipplicat, sic vero abluit corpus, qui vel ipsum perfundit aqua, vel ipsum applicat aquae. (Collet, De baptismo, apud Migne, Cursus theoL complet., t. xxi, p. 333 )
(4) Si quis puerum ter in aqua merserit, in nomine Patris, et Filii, et Spiritus Sancti, et non dixerit : Ego te baptizo, etc., puer non est baptizatus. (Innocentais )ll, Extrav. de baptismo, cap. Si quis.) — Valuit aliquando baptismus in hac forma collatus : In nomine Patris, etc.,
saire, selon le plus grand nombre des théologiens, que l'eau touche la peau de la tète; et ils enseignent que le baptême serait nul si elle touchait seulement les cheveux (i), parce que, disent-ils, les cheveux ne sont pas regardés comme faisant partie du corps : doue, dans le cas dont il s'agit, le corps ne serait pas lavé ; donc il n'y aurait pas de baptê . D'où il s'ensuit que, lorsqu'on baptise un enfant qui a des cheveux, on doit les écarter avec la main gauche, en même temps que l'on verse l'eau avec la main droite, afin qu'elle coule sur la peau immédiatement (2). A plus forte raison, le baptême serait absolument nul, si l'eau n'avait touché que les vêtements, et il ne saurait y avoir de doute à cet égard (3).
^ D. L'administration du baptême est-elle accompagnée de quelques (gémonies ?— R. L'administration du baptême est accompagnée de cérémonies très-augustes et très-édifiantes.
Explication. — Voici une explicatiou abrégée de ces cérémonies, qui, suivant les saints Pères, sont" de tradition apostolique.
D'abord, on arrête à la porte de l'église ceux qu'on présente au baptême, pour marquer qu'étant, par le péché, soumis à l'empire du démon, ils sont indignes d'entrer dans le lieu saint.
Ensuite le prêtre souffle sur leur visage, en forme de croix, pour chasser le démon par la vertu du Saint-Esprit,
praatermissis istis : Ego te baptizo. (Prop. condamnée par Alexandre VIII, le 7 décembre 1690.)
(1) Nobis videtur recta omnio Logo, Vivœ, etc., qui dubitant quod baptisma sit validum, si ablutio continuât tautum in capitiis, et ideo tficont esse denuo conferendum sob conditione. (Scavini, t. m, p. 46.)
2 Curandura et maxime curandum baptismi ministro, ut tangat aqua peilem capitis; unde si capellatus sit qui baptizatur, di.-itis sinistre nianus caesariem ejus discriniinet, dum dextera aquâm infundit... Cérte non constat crines esse corporis partes... esse corpus ammatum. (Collet, De baptismo, apud Migne, t. xxi, p. 334.) — Infundatur aqua super caput. ita ut cutem tangrat, non autem solos capillos. {Cateck. rom.)
(3) Collet, De baptisma, apud Migne, t. xxi, p. 334. — Si ablutio contingat tauium in veste, fateatur merito omnes theolorf taie baptisma esseprorsusinvalidum. (Scavini, t. ni, p. 46.)
qui est comme le souffle de Dieu, et par les mérites de Jésus-Christ crucifié.
Il les marque aussi, sur le front, sur les oreilles, sur les yeux, sur les narines, sur la bouche, sur le cœur et sur les épaules, du signe de la croix, qu'il forme avec le pouce sur ces différentes parties du corps, puis sur le corps tout entier, mais sans le toucher, pour montrer qu'ils doivent se faire honneur de la croix de Jésus-Christ, l'aimer, y mettre toute leur confiance , et témoigner hautement qu'ils sont chrétiens , bien loin d'avoir honte de le paraître et d'en faire les actes.
Il fait sur eux plusieurs exorcismes, c'est-à-dire une espèce de cérémonie accompagnée de paroles pour chasser le démon, sous la puissance duquel ils sont par le péché originel. L'étymologie de ce mot (exorcisme) indique parfaitement, du reste, le sens de cette opération : en effet, dérivé de ègopx/çw, je conjure, il signifie une prière adressée à Dieu et un commandement fait au démon de sortir du corps de celui qu'il possède.
Le sel , que le prêtre met dans la bouche de ceux qui se présentent au baptême, signifie la sagesse et le goût des choses du ciel, que l'Église demande pour eux au Seigneur, et l'obligation qu'ils vont contracter de se conduire, non selon les maximes de la sagesse humaine, mais selon les lois et les maximes de l'Évangile; et de ne jamais proférer que des paroles assaisonnées du sel de l'honnêteté, de la décence, de la pudeur et de la piété.
Le prêtre leur met de la salive aux narines et aux oreilles, en disant lEpheta, Ouvrez-vous, pour signifier qu'ils doivent avoir les oreilles ouvertes aux vérités de l'Évangile, en sentir la bonne odeur et en comprendre toute l'excellence. Le prêtre imite en cela l'action de Jésus-Christ, qui se servit de sa salive pour guérir un homme sourd et muet, en disant : Fpheta, Ouvrez-vous.
Il leur fait une onction sur la poitrine et entre les épaules, avec l'huile des catéchumènes , pour les disposer à com-
battre avec courage les ennemis de Dieu , en généreux athlètes , et à porter avec joie le joug de Jésus-Christ, par le secours et l'onction de sa grâce.
Après qu'ils sont baptisés , il les oint à la tète avec le saint chrême, pour marquer qu'ils sont unis à Jésus-Christ comme les membres à leur chef; que cet Homme-Dieu les fait participer à sa royauté pour régner sur leurs passions et en triompher avec gloire, et à son sacerdoce pour offrir à Dieu un sacrifice continuel de bonnes œuvres. — Si un baptême avait lieu quelques jours après le jeudi saint, et qu'on n'eût pas encore reçu, dans la paroisse où il se fait, les saintes huiles récemment consacrées par Févêque, les deux onctions dont nous venons de parler ne seraient pas pour cela omises, mais elles seraient faites avec les saintes huiles de l'année précédente (1).
Le chrémeau, que le prêtre met ensuite sur la tête des baptisés, tient lieu de la robe blanche qu'on leur donnait autrefois, comme marque de l'innocence que le baptême leur a procurée et qu'ils doivent s'efforcer de conserver jusqu'à la mort.
Enfin, le cierge allumé qu'il leur présente signifie qu'étant devenus enfants de lumière, ils doivent briller dans la maison de leur père comme des lampes ardentes et luisantes; que leurs cœurs doivent brûler sans cesse du feu sacré du divin amour, et que l'éclat de leurs vertus doit éclairer et édifier tous les fidèles.
Après toutes les cérémonies que nous venons d'expliquer, on se rend au pied de l'autel, le parrain et la marraine récitent l'oraison dominicale, puis le prêtre met son étole sur la tête de l'enfant et récite l'évangile selon saint Jean : In principio. C'est pour rappeler à l'enfant qu'il ne conservera la grâce que par la prière, et qu'il ne peut l'ob-
(1) An in baptismo solemni ungendi sint infantes olco et chrismate praecedentis anni, dum recenter consecrata non habeantur ; an vero omittenda sit haec caeremonia, et postea supplenda quum novum oleum et novum chrisma recipiantur ? — R. Affirmative ad primam partem, négative ad secuadam. (S. R. C, die 23 sept. 1837.)
tenir que par Jésus-Christ, la vie et la lumière des hommes ; par Jésus-Christ, le Verbe de Dieu, qui s'est fait chair afin d'habiter avec nous et de nous montrer sa gloire.
Le prêtre est revêtu de Fétole violette pour toutes les cérémonies qui précèdent l'administration du baptême, parce que le péché originel n'est pas encore effacé , que l'enfant est encore sous l'esclavage du démon , et qu'il ne conviendrait pas de prendre une autre couleur que celle qui est le symbole du deuil et de la tristesse ; mais, arrivé aux fonts, le prêtre prend l'étole blanche, en signe de joie, et pour annoncer que la tache originelle va être effacée et anéantie par les mérites de Jésus-Christ (1).
D. Supprime-t-on quelques-unes des cérémonies dont il vient d'être parlé, lorsqu'on administre le baptême à un enfant qui est en danger de mort ? — R. Oui, on en supprime plusieurs, que l'on supplée ensuite, si l'enfant peut être apporté à l'église.
Explication. — D'après une décision émanée assez récemment de la sacrée congrégation des rites: 1° le baptême administré à la maison doit l'être avec l'étole blanche, et non avec l'étole violette, que le prêtre dépose lorsqu'il a terminé les cérémonies préliminaires à l'administration du baptême, et qui sont connues dans la science liturgique sous le nom de cathéchisation. 2° L'onction avec l'huile des cathéchumènes, faisant partie des cérémonies de la cathéchisation, doit être omise dans les cas de baptême administré à la maison. 3° Il en est autrement de l'onction du saint chrême, qui se fait sur la tête du baptisé, après l'administration du sacrement; elle doit, ou du moins elle peut avoir lieu, ainsi que l'imposition du chrémeau et la tradition du cierge allumé, même dans le baptême conféré à la maison, si les forces de l'enfant le permettent, suivant la prescription du Rituel romain (2). Voici, selon Gardellini, la raison de cette
(1) Corse tti, p. 490.
(2) Joseph-Tibur»e Callega, chanoine pénitencier de la cathédrale de Calahorra et Calzada, en Espagne, proposa à la sacrée congrégation des rites le doute suivant : « Parochus in casu necessitatis periclitantem
décision : lorsque rô^î î iptêîne à une personne
qui est en aa ."... - qtii
précèdent l'administra .erement, de peur que la
mort ne survienne avant qu'elles aient pu être terminées; mais la même crainte n'existe plus lorsque le baptême a été conféré, et c'est pourquoi les cérémonies qui suivent ne doivent pas être omises (1). Si l'enfant échappe au danger qui e menace, on l'apporte à l'église, et alors on fait sur lui les cérémonies de la catéchisation et les exorcismes; non pour chasser de son âme le démon, qui a cessé d'y régner, mais uniquement en vue de rappeler le triste état où cet enfant était réduit, et dont il a été délivré par la grâce du ! dempteur.
Les cérémonies du baptême ne sont pas tout à fait les les adultes que pour les enfants, comme on peut le voir dans le Biû-el.
Si l'on supplée les cérémonies du baptême à un catholique adulte qui areçu validement le baptême après sa naissance, on observe prescrit dans le Rituel, paurde baptême des enfants (â). Mais si un adulte, né dans l'hérésie, se convertit à la foi catholique, et qu'on le baptise sous con-
puèniïfî stoîa violacea indutus dorai baptizavit, eique sacrum chrisma., et oleum sacrum quod sec uni Jctulit, imposait, prout in Rituali fom Qoœritur an bene vel inale se gesserit in casa unctiouis extra ecclesiam ? » — Le 23 septembre 1828, la sacrée congrégation, sur le rapport du cardinal Jules-Marie délia Sbmâglià, préfet, répondit : « Parocbum maie se gessfeste baptizando cum stoia vioJacea, t pue-
rum pericdtantL-m extra ecck-sicm, o!eo etiam eaieeimm morum. feo enim necessitatis, juxta Ritualis prsescriptum, omniasunt omittenda baptismum praecedunt, qttaeque postuïodùm suppTeïufa sunt in ceci sià ad quam prsesentandus est puer cum convalescit. » {Auxiliaire cv liqv.e, t. î, p. 299.)
(1) Gardeiliui, t. vu, p. 2S et suiv.
(2) Quœnam servari debent caeremoniae, et preces quae suppTcfidàe sunt aSûltO catholico valide post uativitatem bfcr/tii
mordis; quse juxta Rituale baptismum praeci debent; an
illae qu?e in Rituali assignanlur pro baptismo adulforato, vel 'quœ pra
baptismo uiTautium? — ReSp. C .ventur, quse in
Rituali àssignaufur çro baptismo infantium. (S. R. C, die 27 aug. 1836.)
dition, parce qu'on doute qu'il Fait été validemeut par le ministre hérétique, les cérémonies du baptême,, ci on les supplée, carl'évêque peut en dispenser, sont celles qui sont prescrites dans le Rituel pour le baptême des adultes (i). La raison de cette double décision de la sacrée congrégation des rites, est que, dans les cérémonies du baptême des adultes-, on adresse au catéchumène certaines questions qu'il ne paraît pas nécessaire d'adresser à celui qui est né et a été élevé au sein de l'Église catholique (2).
TRAITS HISTORIQUES