‹ Explication historique, dogmatique, morale, liturgique et canonique du catéchismeChapitre 51 sur 139 · DU BON PROPOS · texte numérisé non relu

DU BON PROPOS

= D. Suffit-il de détester les péchés que Von a commis, pour en recevoir le pardon dans le sacrement de pénitence ? — R. Non, il faut encore avoir la ferme résolution ou le bon propos de ne plus y retomber.

Explication. — Pour obtenir, dans le sacrement de pénitence, le pardon des péchés que Ton a commis, il ne suffit pas de les détester et d'être pénétré pour eux de la plus vive horreur, il faut encore avoir le bon propos, c'est-à-dire la ferme resolution, la volonté bien déterminée de ne plus jamais y retomber et d'éviter avec soin tout ce qui pourrait y porter.

= D. Pourquoi cela? — R. Parce qu'il n'y a point de vraie contrition quand on conserve la volonté de pécher encore.

Explication. — Sans bon propos, il n'y a point de véritable contrition. Peut-on dire, en effet, qu'on se repente d'une faute, si l'on a encore l'intention de la commettre, et ne serait-ce pas se moquer de Dieu, que de lui demander pardon de l'avoir offensé, si l'on n'était pas sincèrement résolu de ne plus l'offenser à l'avenir? Que penseriez-vous d'un enfant coupable qui dirait à son père : « Je suis bien fâché de vous avoir déplu ; cependant je ne puis me résoudre à ne plus vous déplaire; pardonnez-moi , je vous en conjure? » Quel est l'enfant qui oserait tenir un pareil langage, et le père aurait-il lieu d'être satisfait d'un repentir si dérisoire?

= D. Quelles sont les marques d'un bon propos ? — R. Les marques d'un bon propos sont : premièrement, le changement de vie , deuxièmement, la fuite des occasions dangereuses ; troi- (1) Institution et instruction chrétienne, t. n, p. 192.

sièmement, le courage avec lequel on combat ses mauvaises habitudes.

Explication. — La première marque d'un bon propos, c'est le changement de vie, qu'on appelle communément conversion. Un homme était impudique, et il est devenu chaste ; il était avare, et il est devenu charitable; il était ivrogne, et il est devenu sobre ; il était emporté, et il c?'. devenu doux et patient; il était orgueilleux, et il est devenu humble; il était paresseux et indolent, et il est devenu laborieux : voilà une preuve sensible de la sincérité et de la fermeté de la résolution qu'il avait prise; on ne peut douter qu'il n'ait eu le bon propos. Mais celui en qui Ton n'aperçoit aucun changement n'avait pas véritablement renoncé au péché; ses promesses n'étaient que sur ses lèvres et non au fond de son cœur. Où il n'y a point d'amendement, il n'y a ni repentir sincère ni bon propos. « Ce n'est pas être « pénitent, dit saint Isidore, c'est se moquer de Dieu, que « de continuer à faire le mal dont on témoigne du repente tir,»)> — La seconde marque d'un bon propos, c'est la fuite des occasions dangereuses.

= D. Qu'entendezwus par occasions dangereuses? — R. J'entends par occasions dangereuses tout ce qui nous expose au danger de pécher, comme certains lieux, certaines paroles, certaines actions.

Explication. — Par occasions dangereuses, il faut entendre tout ce qui porte au péché et nous expose au danger de le commettre. 11 y a deux sortes d'occasions dangereuses, les unes sont prochaines et les autres éloignées. Les occasions prochaines sont celles qui conduisent infailliblement au péché, où l'on peut regarder la chute comme moralement certaine : tels sout les bals et les spectacles, la lecture des livres contre la foi et les mœurs, les chansons obscènes, les tableaux et les statues déshonnôtes, les nudités, les fréquentations trop familières, la liaison avec des personnes dans la société desquelles on a déjà offensé Dieu, etc. Les occasions éloignées sont celles qui, bien qu'innocentes de leur

nature, peuvent cependant donner lieu à des péchés. Nous devons éviter ces dernières autant qu'il est possible, à cause de notre extrême fragilité ; et, lorsque nous nous y trouvons engagés, elles exigent de notre part beaucoup de circonspection et de vigilance. Mais c'est un devoir indispensable d'éviter les occasions prochaines : a Quiconque, est-il dit au Livre de V Ecclésiastique, aime le danger, doit être assuré d'y périr (1). — « Retirez-vous, s'écrie le Seigneur « dans Isaïe, sortez de ce lieu dangereux , gardez-vous de « porter les mains à ce qui est souillé (2). » Le Nouveau Testament n'est pas moins formel : « Si votre œil droit, dit s Jésus-Christ, est pour vous une occasion de péché, arra- « chez-le et jetez-le loin de vous. Si c'est votre main droite i qui vous entraine dans la chute, coupez-la et rejetez-la. a II vaut bien mieux pour vous perdre un de vos membres a les plus précieux, que de porter votre corps entier dans « l'enfer (3). » Remarquez, mes enfants, combien ce précepte est impératif, combien il est précis. Le Sauveur ne nous dit pas de fermer l'œil, de lier la main qui nous scandalise : « Arrachez, nous dit-il, coupez, rejetez loin g de vous. » Cet objet vous fût-il aussi cher que votre œil droit, s'il est pour vous une occasion de péché, vous devez vous en séparer absolument. Cette amitié si ancienne, si tendre, vous fût-elle aussi précieuse que votre main droite, si elle vous engage à des complaisances criminelles, vous devez la rompre sans hésiter. La fréquentation de cette maison, de eette société, vous procuràt-elle les plus grands avantages, vous fût-elle aussi utile que votre pied droit, si elle vous entraîne dans la chute, si vous êtes exposés à y entendre des discours impies ou orduriers, à y avoir sous les yeux des actions scandaleuses, vous devez y renoncer à jamais. — Il y a donc obligation d'éviter les occasions d& péché, et quiconque y demeure volontairement ou s'y

(1) Qui amat periculum, in illo peribit. (Eccl., ni, 27.)

(2) Isai., lu, 11.

(3) Matth., V, 29.

expose de plein gré, prouve par là même qu'il n'a ni repentir ni bon propos ; peut-on dire, en effet, qu'on renonce au péché et qu'on est dans la ferme résolution de ne plus le commettre, quand on ne renonce pas à ce qui y conduit? — La troisième marque d'un bon propos est le courage avec lequel on combat ses mauvaises habitudes.

= D. Qu'entendez-vous par mauvaises habitudes? — R. J'entends, par mauvaises habitudes, la facilité de tomber dans certains péchés auxquels on s'est accoutumé ; par exemple, de jurer, de blasphémer, de s'enivrer, etc.

Explication. — Un pécheur qui, ayant contracté de mauvaises habitudes, les combat avec courage, fait de fréquents actes des vertus qui y sont opposées, veille sur lui-même avec le plus grand soin, adresse au ciel de ferventes prières afin d'obtenir les grâces dont il a besoin pour triompher de ses penchants déréglés, s'impose quelque pénitence chaque fois qu'il retombe dans les péchés auxquels il est enclin, en un mot, ne néglige rien pour rectifier ses inclinations, un tel pécheur prouve évidemment qu'il a le bon propos, et qu'il est fortement déterminé à rompre avec l'iniquité. Mais celui qui ne fait aucun effort pour se corriger, qui ne prend aucune mesure pour détruire ses mauvaises habitudes, pour n'y plus retomber, est-il autre chose qu'un imposteur, lorsqu'en récitant l'acte de contrition, il dit à Dieu : Je prends une ferme résolution de ne plus vous, offenser? Si une telle résolution était dans son cœur, no chercherait-il pas les moyens de l'exécuter? ne s'efforcerait-il pas de mettre en pratique ce que le Seigneur ordonne, dans Isaïe, à tous ceux qui se sont écartés des voies de la justice : « Cessez de faire le mal, commencez à faire le

a bien Que l'impie abandonne son péché pour retour-

« ner à Dieu, et Dieu lui pardonnera (1) i »

= D. Ceux qui ne se corrigent nullement après la confession avaient-ils une vraie contrition? — R. Tout annonce qu'ils

(1) Isaï., lv, 7.

n'avaient point une sincère résolution de ne plus pécher, ni par conséquent un vraie contrition.

Explication. — Le sacrement de pénitence ne rend pas mpeccable. Ainsi, de ce qu'un homme, après s'être confessé, retombe dans le péché, il serait injuste de conclure que sa confession ma pas été bonne et qu'il n'a pas eu un vrai repentir. Mais lorsqu'on voit un pécheur, après s'être confessé, retomber promptement dans les mêmes fautes, les commettre avec la même facilité qu'auparavant, les reproduire aussi fréquemment, s'en défendre aussi faiblement, c'est un grand indice que sa confession a été nulle et ne l'a point réconcilié aver Dieu. Peut-on croire, en effet, qu'il ait ressenti, en se confessant, une détestation forte, une horreur souveraine du péché, celui qui, à peine sorti du saint tribunal, a été épris de nouveau de l'amour du péché? On ne passe pas aussi rapidement d'une affection vive à l'affection absolument opposée. Peut-on croire qu'il ait eu, en se confessant, au moins ce commencement d'amour de Dieu, absolument nécessaire pour obtenir le pardon, celui qui, à peine sorti du saint tribunal, a recommencé à offenser Dieu ? Outrage-t-on ce que l'on aime? l'outrage-t-on aussi facilement ? l'outrage-t-on au moment qu'on vient de lui jurer un amour éternel ? Peut-on-croire qu'il ait été, en se confessant, fortement et sincèrement résolu de ne plus pécher, celui qui, presque au sortir du saint tribunal, s'est abandonné de nouveau au péché et s'est plongé dans les mêmes désordres? Ce qu'on veut décidément, y renonce-t-on au même instant? Que penseriez-vous, mes enfants, d'un rebelle qui après avoir obtenu sa grâce recommencerait, immédiatement après une nouvelle révolte? Nejugeriezvous pas, et avec raison, qu'il n'a pas détesté la première, qu'il n'a pas eu une volonté réelle de ne plus renouveler son crime? Lorsqu'on ne se corrige aucunement après la confession, tout annonce donc qu'on n'avait point le bon propos, ni par conséquent la vraie contrition. La réforme des mœurs, voilà, d'après les saints Pères et les maîtres de

la vie spirituelle, le gage le plus certain <Hme vraie pénitence; mais aussi la persévérance dans l'iniquité est la marque la moins équivoque et la plus sensible d'une pénitence fausse et mensongère.

TRAITS HISTORIQUES

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