RÉPONSE AUX OBJECTIONS QUE L'ON FAIT CONTRE LA CONFESSION
D. A quoi sert la confession ? n'est-elle pas complètement inutile ? — R. La confession, loin d'être inutile, procure à l'homme des avantages immenses.
Explication. — Nous avons démontré, mes enfants, par l'Écriture, la tradition et la raison, que la confession a Jésus-Christ lui-même pour auteur. Or, Jésus-Christ, la sagesse éternelle, a-t-il pu agir sans motif, et ne se proposer aucun but, aucune fin? A-t-il pu imposer aux hommes une pratique qui n'aurait pour eux aucun résultat avantageux? Le dire, le penser même, ne serait-ce pas une témérité? ne serait-ce pas un blasphème? Jésus-Christ a institué la confession, et la confession est inutile! Pour réfuter une pareille proposition, n'est-ce pas assez de l'énoncer?
A quoi sert la confession? — A réconcilier le pécheur avec Dieu. La parole de Jésus-Christ est formelle: «Les péchés seront remis, a-t-il dit à ses ministres, à ceux à qui vous les remettrez, » Le péché avait élevé entre Dieu et le pécheur un mur de séparation ; la confession le fait tomber : et le pécheur, en quelque nombre et de quelque nature que soient ses fautes, peut s'écrier avec le Psalmiste: «J'ai dit: Je « m'élèverai contre moi-même, je confesserai, sans dégui- « sèment et sans réserve, toutes mes iniquités, et aussitôt, « mon Dieu, vous m'avez pardonné (1). »
A quoi sert la confession? — A réconcilier le pécheur avec lui-même. Celui qui a eu le malheur de fouler aux pieds la loi de Dieu et de s'abandonner au mal, ne connaît plus
(1) Dixi : Confitebor adversum me injustitiam raeara Domino : et tu remisisti impietatem peccati mei. {Psal. xxxi, 3.)
ni paix ni bonheur. Déshonoré aux yeux des anges, il l'est aussi à ses propres yeux; il ne peut plus descendre au fond de son cœur sans rougir, et à chaque instant il entend la voix de sa conscience qui lui reproche ses infidélités et ses prévarications. Confus et humilié, il ne peut s'empêcher de s'écrier douloureusement: Je ne suis plus dans la bonne voie ; e* c'est parce que j'ai cessé d'y marcher que le trouble m'agite, que les remords me déchirent, que les idées sombres" m'attristent. Oh! qu'il se vérifie bien en moi, cet oracle de l'Esprit-Saint: « Il n'y a point de paix pour le pécheur, « iln'y a point de paix pour l'impie (1). » Mais quand on a déposé le fardeau de ses fautes, ne sembie-t-il pas qu'on est déchargé d'un poids accablant? Quelle paix! quel calme succède aux troubles et aux orages de la conscience ! Il est si doux de pouvoir se dire à soi-même : J'étais captif, je traînais une chaîne pesante, qui par une de ses extrémités tenait à l'éternel abîme où une place m'attendait, et me voilà rendu à la liberté des enfants de Dieu! J'étais mort, et me voilà ressuscité ! J'étais dans un état complet de pauvreté et de dénûment, et me voilà enrichi des dons les plus précieux; tous mes anciens mérites revivent; je suis rétabli dans tous mes droits ! J'étais l'enfant du démon, et me voilà l'enfant de Dieu, l'héritier de son royaume! Ce prêtre du Seigneur m'a dit: Je vous absous, allez en paix; et depuis quej'ai entendu cette consolante parole, une paix délicieuse, une paix toute céleste règne dans mon âme. 0 confession ! tu es la félicité de l'homme pécheur, tu le réconcilies avec Dieu, tu le réconcilies aussi avec lui-même (2).
Un pieux auteur (3) rapporte qu'un ancien officier de cavalerie, étant passé, dans un de ses voyages, par un lieu où le P. Bridaine* donnait une mission, fut curieux d'entendre un orateur d'une si grande renommée. Il entra dans l'église lorsque ce missionnaire, après les exercices du soir, déve-
(1) Non est pax impiis. (Isaï., xlviii, 22.)
(2) Pœnitentia horr.inis félicitas. (Tertullien.)
(3) M. l'abbé Carron, Vie du P. Bridaine.
loppait, dans un avis, l'utilité et la méthode d'une bonne confession. Le militaire, touché, forme à l'instant la résolution de se confesser, vient au pied de la chaire,. parle au père Bridaine et se décide à rester à la mission. Sa confession fut faite dans les sentiments d'un vrai pénitent. 11 lui semblait, disait-il, qu'on ôtait de dessus sa tête un poids insupportable. Le jour où il eut le bonheur de recevoir l'absolution, il sortit du tribunal témoin de ses aveux en versant des larmes que tout le monde lui vit répandre. Rien ne lui était si doux, disait-il, que ces pleurs qui coulaient sans efforts, par amour et par reconnaissance. Il suivit le saint prêtre lorsqu'il se rendit à la sacristie, et là, en présence de plusieurs missionnaires, le loyal et édifiant militaire exprima en ces termes tes sentiments dont il était animé: « Messieurs, écoutez-moi, de grâce, et vous particulièrement, P. Bridaine. Je n'ai goûté de ma vie des plaisirs si purs et si doux que ceux que je goûte depuis que je suis en grâce avec mon Dieu ! Je ne crois pas, en vérité, que Louis XV, que j'ai servi pendant trente-six ans, puisse être plus heureux que moi. Non, ce prince, dans tout l'éclat qui environne son trône, au sein de tous les plaisirs qui l'assiègent, n'est pas si content, si joyeux que je le suis, depuis que j'ai déposé l'horrible fardeau de mes péchés. » Voilà, mes enfants, ce qu'éprouvent tous ceux qui reviennent sincèrement à Dieu. C'est cet immense avantage de la confession que proclame Voltaire lorsqu'il s'écrie dans un de ses ouvrages : «Il n'y a peut-être point d'établissement plus utile; la plupart des nommes, quand ils sont tombés dans de grands crimes, en ont naturellement des remords; s'il y a quelque chose qui les console sur la terre, c'est de pouvoir être réconciliés avec Dieu et avec eux-mêmes (1). »
A quoi sert la confession? — A empêcher une foule de crimes et de scandales. Que d'adultères prévenus! que de divorces arrêtés ! que de liens flottants raffermis par la confession ! Combien de jeunes gens, déjeunes personnes ne
(1) Voltaire, Remarques sur Qiympie.
doivent qu'à la confession de s'être conservés dans la pureté et l'innocence ! Il en coûte pour faire Vaveu de ses fautes, et la honte attachée à cet humble av,a a la force, selon la remarque de Marmontel (1), d'arrlter sur le bord de Fabime. Je ne ferai pas cela, parce qu'A faudrait le dire à confesse; que d'égarements et de faiblesses, que d'excès et de désordres cette seule réflexioD, ce simple raisonnement n'a-t-il pas fait avorter! Que je suis heureux , o mon père, d'être venu me confesser; fêtais perdu, oui. fêtais perdu si je n'étais pas venu à vos pieds! Combien de fois, dans l'exercice du saint ministère, n'avons-nous pas entendu rendre cet hommage à l'efficacité de la confession? Souvent aussi nous avons entendu des coupables, dont la grâce avait touché le cœur, s'écrier douloureusement : C'est l'abandon de la confession qui est la cause de tous mes malheurs ; non, jamais je ne serais tombé dans les crimes qui pèsent sur ma conscience, si j'avais continué de m' approcher du tribunal sacré.
A quoi sert la confession? — Jean-Jacques Rousseau, dans son Emile, répend ainsi à cette question : « Que de restitutions, de réparations la confession ne fait-elle point faire chez les catholiques (2) ! « Pendant la quinzaine de Pâques, un prêtre remit à un ministre protestant habitué à tourner en dérision les sacrements de l'Église, une somme considérable à laquelle il ne s'attendait pas. Cet argument très-sensible détrompa si bien le ministre prévenu contre l'Église catholique, que, lorsque l'occasion s'en présentait, il ne pouvait s'empêcher de dire : « Il faut avouer que ha confession est une très-bonne chose. » — Un catholique de Suisse, des environs de Fribourg, ayant trouvé une forte somme sur le chemin de Berne à Fribourg, la retint; mais étant allé à confesse quelque temps après, son directeur l'engagea à dé-
(1) « Quel préservatif pour les mœurs de l'adolescence, que l'usage et l'obligation d'aller tous les mois à confesse ! La pudeur de cet humble aveu de ses fautes les plus cachées en épargnait peut-être un plus grand sombre que les motifs les plus saints. » [Mémoires de Marmontel, t. I, iiv. i.
(2) Emile, t. m, li?c îv, p. 42, édit. Lccointe, 1829.
poser, dans les mains des magistrats de Berne, la somma qu'il avait trouvée sur les terres de ce canton, ce qu'il fit. Cette action causa une sensation prodigieuse parmi tes protestants. — a II y a environ, six mois, dit Mme de Genlis dans un de ses ouvrages, que Ton vola ici (au Palais- Royal) la valeur de dix mille francs d'argenterie. Il m'a été impossible de découvrir Fauteur de ce vol, ni même de pouvoir former un soupçon à cet égard. Hier, M. le curé de Saint- Eustache fit demander à me parler en particulier: c'était pour m'annoncer qu'il m'apportait la restitution du vol. Nous sommes à la fin du carême, et le voleur a voulu faire ses pâques. Si, au lieu d'avoir été élevé dans la religion catholique, il n'eût connu que la religion des philosophes, il aurait pensé, comme tant d'autres, que ce qui est bon à prendre est bon à garder. Deux hommes ont apporté dans ma chambre la caisse qui contenait l'argenterie. M. le curé de Saint-Eustache a demandé que la restitution fût vérifiée en sa présence. On avait effacé toutes les armes, rompu quelques cueillers, et ployé en deux trois plats; mais tout s'y trouvait; il n'y manquait pas une seule pièce (1). » — Je pourrais, mes enfants, vous citer mille autres, faits semblables ; plusieurs sont arrivés très-récemment; il n'y a pas longtemps on lisait dans un journal : « M. le curé de Nontron a remis, ces jours derniers, a Mme veuve Forien, 1,005 fr., reste d'une somme qui lui fut volée il y a environ un an ; cet argent avait été donné à M. le curé dans son confessionnal (2). » — L'Académie des sciences morales et philosophiques a entendu, dans sa séance du samedi 6 avril 1839,, un rapport de M. Charles Lucas sur l'état physique et moral des individus cellules dans les maisons centrales de Gaillon, Beaulieu, etc. Il a cité un fait qui prouve que la maison de Beaulieu a un excellent aumônier dans M. l'abbé Laine qui depuis cinq ans a fait opérer plus de vingt mille francs de restitutions. Il n'y a pas de résultats pénitentiaires plus
(1) Suite des souvenirs de Féiicie, par Mm° de Genlis.
(2) Gazette de France du 21 mars 1836.
positifs que d'amener des voleurs à restituer l'argent volé, et c'est un consolant spectacle de voir la confessiou opérer à la prison ce que la justice n'avait pu obtenir au tribunal (1).
A quoi sert la confession? — A consoler le pécheur mourant, à dissiper en lui les craintes de l'avenir, à le disposer au ffrand vovage de l'éternité. Que pourrait-il craindre, en effet, ce pécheur, quel que soit le nombre de ses iniquités? Il en a fait l'humble aveu au ministre de Jésus-Christ; une sentence de miséricorde a été prononcée sur lui, et il a la douce confiance que cette sentence a été ratifiée dans le ciel. — Le célèbre médecin Tissot donnait, à Lausanne, les secours de son art à une jeune dame étrangère, dont la maladie arriva bientôt à un point fort alarmant. Instruite de =nn dangereux état, et tourmentée par le regret de quitter bientôt Ta vie, elle s'abandonna à de violentes agitations et aux transports du désespoir. Le médecin jugea que cette nouvelle secousse abrégerait encore le terme de sa vie, et celon son usaçe, il avertit qu;il n'y avait pas à différer pour lui administrer les secours de la religion. Un prêtre est appelé- la malade l'écoute et reçoit, comme le seul bien qui lui reste' les paroles de consolation qui sortent de sa bouche. Elle <e calme, s'occupe de Dieu et de ses intérêts éternels, reçoit les sacrements avec une grande édification, et le lendemain matin, le médecin constate un état de paix et de calme qui l'étonné; il trouve la fièvre baissée, voit les symptômes "hantés en mieux, et bientôt la maladie cessa. M. Tissot, qui était protestant, aimait à raconter ce trait, et il s écriait avec admiration : Quelle est donc la puissance de la confession chez les catholiques! — Oui, la puissance de la confession est orande chez les catholiques, et, sous le rapport même de la santé, il n'est rien de plus avantageux et de plus utile. « La raison et l'expérience nous apprennent tous les jours, dit un savant religieux, que les consolations de la religion et les sacrements~qui sont institués pour le soulagement spirituel (!) Voir le Journal de? Débats du 9 ayril 1839.
et corporel des malades, n'aggravent jamais leur position, et que, loin de troubler les âmes vraiment chrétiennes, ils les consolent et les rassurent contre les frayeurs de la mort. D'ailleurs, ils relèvent et fortifient singulièrement le système nerveux, cet immense levier du moral de l'homme, élèvent l'âme à son plus haut degré de puissance, et la rendent capable d'imprimer un mouvement de force et de vitalité nouvelle à tout l'organisme plus ou moins déprimé par le travail de la maladie. On sait, en effet, que rien n'est plus propre à favoriser l'action de la médecine matérielle, que la paix et le calme de l'âme et de la conscience. Cette heureuse situation morale double au moins la puissance médiatrice du système nerveux (1), sans l'influence de laquelle aucune maladie n'est humainement domptable (2). » — Voici comment s'exprime, sur le même sujet, un médecin protestant (3) : «Lorsqu'on considère l'immense avantage du moral sur le physique de l'homme, il est facile d'entrevoir combien d'affections nerveuses ne sont entretenues que parce que, privés de consolations, les malades, sans confidents intimes, cherchent, mais en vain, à étouffer leurs remords. Sans cesse tourmentés par le souvenir de leurs fautes, ils languissent sous le poids de quelques-unes de ces affections, pour peu que leur organisation y soit disposée. Combien de personnes, peut-être, ne sont souffrantes, sans que le médecin s'en doute, que parce qu'elles sont privées de la faculté de pouvoir déposer dans le sein d'un ministre de paix F aveu de leurspéchés!... La confession est donc un remède adjuvant plus utile qu'on ne le pense... Par l'habitude d'ouvrir son âme, on prend celle d'apporter plus de régularité dans ses actions. On règle sa conduite avec plus de soin ; on évite
(1) Voir t. i, lec. vin, § il, ce que nous disons des nerfs et du cerveau.
(2) Étude de la mort, yw P. J. G Debreyne, docteur en médecine, prêtre et religieux delà Grande-Trappe, p. 3 de la préface.
(3) Réflexions médico-théologiques sur la confession, parmi médecin protestant. (Le docteur Ami Badei, de Genève. Cette brochure est très- remarquable.)
alors bien plus facilement les désordres, les excès divers qui détruisent les sources de la vie et d'où naissent la plupart des maladies. L'âme souffre de l'état malade du corps, cela doit être: x/où il s'ensuit qu'une pratique qui force à la sagesse devient la cause le ta santé de l'une et l'autre. Si, dès les premiers pas dans le libertinage, Fhomme se rapprochait de son Dieu, qu'il confessât franchement se: torts, avec la ferme résolu tien d'en revenir sérieusement, il aurait un moyen pour se diriger et deviendrait plus religieux; sa vie, alors, as^cz à temps, cesserait d'être licencieuse; conséquemment les débauches, les plaisirs meurtriers ne viendraient plus miner sourdement sa santé, commencer des maladies qui en peu de temps se trouvent au-dessus des ressources de l'art. » D'où l'auteur que nous citons conclut que la pratique de la confession est avantageuse non-seulement aux individus, mais à la société entière, et quelle mérite de fixer l'attention de tous ceux qui cherchent le bienêtre de l'espèce humaine.
Nous venons, mes enfants, d'exposer en peu de mots les principaux avantages de la confession, et nous sommes persuadés que jamais vous ne serez tentés de dire avec l'impie et le mauvais chrétien: « A quoi sert la confession? îs "estelle pas complètement inutile? »
D. Les personnes qui vont à confesse sont-elles donc meilleures que celles qui n'y vont pas1! — R. Oui, saus aucun doute, si elles s'approchent du saint tribunal avec de bonnes dispositions.
Explication.— C'est dans le tribunal de la pénitence que disparaissent tous les vices, que germent toutes les vertus. C'est là que les époux deviennent plus fidèles, les épouses plus vertueuses, les parents plus soigneux de procurer à leurs enfants une éducation chrétienne, les enfants plus respectueux envers leurs pères et mères, les filles plus modestes, les jeunes gens plus sages, les maîtres plus humains, les domestiques plus laborieux, les ouvriers plus probes, les riches plus charitables, les pauvres plus patients et plus résignés;
c'est ce que démontre chaque jour l'expérience, et ce qui est confirmé par tout ce que nous avons dit précédemment sur les avantages et les effets admirables de la confession. — - Examinez, mes enfants, la conduite des personnes qui vont à confesse : vous y verrez des défauts, sans doute, vous y remarquerez peut-être quelques manquements graves; car, hélas! quel est l'homme qui ne pèche pas, et quelle est la chose dont on n'abuse pas? Mais, à coup sûr, ce n'est point parmi ces personnes que se trouvent les enfants ingrats et les pères dénaturés ; les filles éhontées et les jeunes gens dissolus; les époux infidèles et les femmes violatrices de leurs serments; les amis perfides et les ennemis implacables; les hommes faux, les hommes injustes, les hommes qui font honte à l'humanité par la bassesse de leurs vices ; les homm es qui effraient la société par des crimes ou qui l'empoisonnent par des scandales. — Et s'il vous faut quelque chose de plus positif pour vous convaincre, interrogez les ennemis mêmes de l'Église, ceux qui ont prétendu la réformer en abolissant une partie des sacrements; ils vous avoueront avec franchise que l'abolition de la confession a fait aux mœurs, parmi eux, une plaie incurable, et qu'il en est résulté des crimes sans nombre, des désordres inouïs jusqu'alors (1). — D'après tout ce que nous venons de dire, prétendra-t-on encore que ceux qui se confessent ne valent pas mieux que ceux qui ne se confessent pas?
D. N'esl-il pas bien dur et bien humiliant d'aller se mettre à genoux aux pieds d'un homme ? — R. Non, parce que le confesseur n'est plus un homme ordinaire, mais le mandataire et le délégué de Jésus-Christ.
Explication. — N'est-il pas bien dur et bien humiliant d'aller se mettre à genoux aux pieds d'un homme? — Dieu le veut, mes enfants, c'est à nous de nous soumettre et d'obéir. Outragé par nos révoltes, il nous offre le pardon; mais auparavant il exige de nous une chose : c'est que, avec un cœur contrit et humilié, nous fassions à l'un de ses ministres
(1) Voir p. 2S2 et suiv.
l'aveu de nos fautes. Avons-nous le droit de nous plaindre! Ne devons-nous pas, au contraire, bénir sans cesse la clémence et la miséricorde de ce grand Dieu qui veut bien, a ce prix, nous rendre son amitié et ses bonnes grâces? Eutil attacbé ce bonheur à des conditions infiniment plus diifidles à remplir, devrions-nous balancer un seul instant? ne devrions-nous pas, au contraire, être prêts à tout entreprendre pour recouvrer l'innocence et nous débarrasser du fardeau de nos iniquités? ;
hel divines Écritures rapportent que Naaman. gênerai de* armées de Syrie, étant attaqué de la lèpre, vint dans le pays d'Israël pour obtenir sa guérison. Il arriva à la porte du prophète Elisée, qui lui envoya dire par un domestique d'aller se laver sept fois dans le Jourdain, et qu'il serait guéri. Naaman, qui croyait que l'homme de Dieu lui avait manqué, s'en allait plein de colère, en disant : « Je croyais « qu'il me viendrait trouver, et que, se tenant debout il « invoquerait le nom du Seigneur son Dieu, qu'il touchées rait de sa main ma lèpre, et qu'il me guérirait. N'avons- « nous pas à Damas les fleuves d'Abana et de Phasphar qui « sont meilleurs que tous ceux d'Israël pour m'y aller laver « et me rendre le corps net? » Ses serviteurs, le voyant partir ainsi, tout indigné, s'approchèrent de lui, et lui dirent • « Père, quand le prophète vous aurait ordonne quel- « que chose de bien difficile, vous auriez dû néanmoins le « faire ; combien donc lui devez-vous plutôt obéir, lorsqu il « vous dit : Allez vous laver, et vous deviendrez net. • — Il s'en alla donc et se lava sept fois dans le Jourdain, selon que l'homme de Dieu le lui avait ordonné, et sa chair aevint comme la chair d'un petit enfant, et il se trouva o-uéri (1). — Réfléchissez sur cette histoire, mes entants: comme Naaman, vous êtes attaqués d'une lèpre; le remède qui vous est proposé vous parait dur; mais je vous dirai ce que les serviteurs de Naaman dirent à leur maître : Quand on exigerait de vous quelque chose de plus difficile encore, (1) IV Reg., v, 9-15.
certainement vous devriez vous y soumettre, puisqu'il s'agit de vous guérir de votre lèpre, puisqu'il n'y a pas d'autre moyen de briser les liens du péché, d'éviter l'enfer et ses éternels supplices.
N'cst-il pas bien dur et bien humiliant d'aller se mettre à genoux aux pieds d'un homme? — Et moi je dis, au contraire : N'est-il pas bien étonnant que Dieu, qui sans injustice pouvait perdre à jamais le pécheur, à l'instant même qu'il s'est révolté contre lui, veuille bien lui pardonner ses crimes les plus nombreux et les plus énormes, à une condition qui n'a, dans la réalité, rien de bien pénible, à une condition si facile à remplir? — r Non, elle n'a rien de difficile ni de pénible, la condition à laquelle il a plu à Dieu d'attacher le pardon des péchés ; et, loin de nous plaindre, nous devrions être pénétrés des sentiments de la plus vive reconnaissance. Afin de vous rendre cette vérité sensible et palpable, je vais vous raconter, mes enfants, un trait qui se rapporte admirablement au sujet que nous traitons. — « Un homme du peuple fut admis à la cour d'un homme puissant. Rien ne manquait à sa félicité : honneurs, richesses, plaisirs, tout lui était donné par la munificence du monarque. Tant de bienfaits auraient dû lui inspirer un dévouement sans bornes et un attachement inviolable pour le roi; il n'en fut pas ainsi : entraîné par je ne sais quelle passion abjecte, l'ingrat commit contre son bienfaiteur un crime énorme qui ne passa pas, à la vérité, dans le public, mais parvint néanmoins à la connaissance du prince, avec toutes les- preuves propres à en donner la certitude. Alors le roi, usant du droit qu'il avait de punir, prononça la condamnation du coupable. Pâle, tremblant, les yeux baissés, pouvant à peine se soutenir, le malheureux est conduit au lieu du supplice. Déjà le bourreau tient le glaive levé sur sa tête; c'en est fait, l'ingrat va mourir et subir le juste châtiment de son crime.... Mais tout à coup une voix forte fait entendre ce cri : Grâce ! grâce ! de la part du roi /// Le coupable ose à peine en croire ses oreilles; son cœur se di-
laie de joie. Bientôt l'envoyé du roi est arrivé près de lui : Mon maître est bon, lui dit-il ; oui, il vous accorde votre grâce; mais il veut que vous fassiez l'aveu de votre crime à l'un de ses ministres, sans en omettre la moindre circonstance; c'est la seule condition que sa générosité vous impose : choisissez entre le supplice et cette voie de salut. — Ah ! montrez-moi ce ministre, s'écrie le coupable, transporté d'une joie nouvelle, je suis prêt à tout avouer; je n'ai qu'une crainte, c'est que mon roi ne se rétracte. — L'envoyé lui répond : Mon maître est bon, et, pour preuve de sa clémence, il vous permet de choisir, sur douze de ses ministres, celui qui vous inspire le plus de confiance; déplus, il enjoint à ce ministre un silence absolu sur tout ce que vous lui aurez confié, sous peine de venir lui-même prendre votre place à l'échafaud. Qui pourrait juger des nouveaux transports du patient et des bénédictions que la foule adresse au monarque!...» — Ne vous reconnaissez-vous point dans cette histoire, mes enfants, et dans ce roi clément ne reconnaissez-vous pas votre Dieu ? Oui, c'est vous qui, honorés d'une protection spéciale, et couverts de ses bienfaits, avez osé vous révolter contre lui. Sa justice vous a atteints, convaincus, condamnés; déjà elle a préparé votre supplice. Mais une voix, celle de l'infinie miséricorde, a parlé et a demandé grâce pour vous. Oui, le Seigneur vous pardonne; il ne vous impose qu'une condition, c'est que vous accuserez vos fautes à l'un de ses ministres ; et il vous permet de choisir non pas entre douze ministres, mais entre mille, celui en qui vous mettrez votre confiance; le secret le plus impénétrable couvrira vos aveux; et le prêtre qui romprait le silence, devenu plus coupable que vous-mêmes, prendrait votre place et subirait une condamnation plus rigoureuse. Cessez donc de blasphémer la clémence divine et d'appeler dureté ce qui est, au contraire, un excès de miséricorde et d'indulgence (1) N'est-il pas bien dur et bien humiliant d'aller se mettre à (1) Analyse des sermons du P. Guyon.
genoux aux pieds d'un homme? N'est-ce pas là se dégrader et s'avilir? — Et pourquoi, je le demande, cet acte pourrait-il nous dégrader? Le prêtre à qui je confie mes fautes n'est plus un homme ordinaire ; c'est le ministre d'un Dieu toutpuissant; c'est le mandataire et le délégué de Jésus-Christ, et c'est à Jésus-Christ lui-même que je m'adresse dans la personne de son représentant. « Lorsque je confesse mes péchés, dit l'auteur des Mémoires de M. de Belval, ce n'est pas au prêtre seul que j'en fais l'aveu, mais à Dieu tout- puissant, dont j'implore la clémence et la miséricorde ; c'est à la sainte mère du Sauveur, cette vierge toujours pure et sans tache, qui, n'ayant jamais eu besoin de pardon pour ellemême, le réclame pour moi; c'est à l'archange Michel, qui a vaincu le prince de l'iniquité, l'a chassé de devant Dieu et Ta précipité dans l'éternel abîme; c'est à Jean-Baptiste, prédicateur de la pénitence; à Pierre, à qui furent confiées les clefs du royaume des cieux ; à Paul, qu'un miracle convertit et associa au chef de l'Église ; à tous les saints qui régnent dans la gloire, qui sont heureux du bonheur de Dieu même, et pour lesquels, cependant, la conversion d'un pécheur est un jour de fête. C'est donc le Dieu trois fois saint et toute l'armée céleste qui environne son trône, que je prends pour té inoins de ma sincérité et démon repentir; je me transporte par la pensée au milieu de cette cour suprême qui a les yeux fixés sur moi ; j'oublie l'homme qui m'entend, je n'envisage que celui qui a tout vu, tout entendu, et qui sait déjà le fond de mon cœur; et, inaccessible à la honte que pourraient faire naître en moi de pénibles aveux, je fais avec joie et avec bonheur une démarche que la religion agrandit à mes yeux, et qui se trouve complètement justifiée par ma raison même. » — En effet, mes enfants, la raison ne nous dit-elle pas que Dieu a pu attacher la clémence à l'aveu de nos crimes? Et s'il l'a fait, comme la foi nous l'enseigne, pourquoi n'aurait-il pas investi du droit d'absoudre un homme comme nous, mais revêtu néanmoins d'un caractère sacré? Et, dans ce cas, est-ce donc s'avilir que de tomber aux ge-
noux de cotte homme? Est-ce donc s'avilir que d'imiter tant de grands monarques, tant d'illustres capitaines, tant de magistrats intègres, tant de littérateurs dont le nom ne périra jamais, qui non-seulement ont cru, mais ont pratiqué et se sont confessés? Ah ! ils étaient trop bons juges de l'honneur pour se permettre rien qui y fût contraire. Est-ce donc s'avilir que de marcher sur les traces de l'incomparable Racine? or, les écrivains de sa vie nous rapportent qu'eY se confessait souvent à un bon prêtre de Saint-André-des-Arts (1). Est-ce donc s'avilir que de marcher sur les traces de l'immortel d'Aguesseau, dont la piété était si vive et si pure; du grave Montausier, non moins distingué par sa fidélité à accomplir tous hs précepte* de la religion, que par sa bravoure et son austère probité; du vaillant Bertrand du Guesclin, lequel, quand la mort se vit si approucher, dévotement receut les sacrements (2); du bon chevalier sans peur et sans reproche (Bavard), lequel, se sentant blessé mortellement, se priât à crier: Jésus! et puis il dist: Hélas! mon Dieu, je suis mort !... Si prit son épée par la poignée en signe de croix, en disant tout kault : Miserere mei, Deus... et lui fut
amené un prestre auquel dévotement se confessa (3) Après
de pareils exemples, il n'est plus permis de dire que c'est se dégrader et s'avilir que de tomber à genoux aux pieds d'un prêtre. Les illustres personnages dont je viens de citer les noms avaient compris qu'en se confessant ils ne parlaient point à un homme ordinaire, mais au représentant de la Divinité; l'acte qu'ils faisaient leur paraissait avec raison plein de grandeur et de noblesse; et, je ne crains pas de le dire, un pareil acte ne saurait déplaire qu'à un orgueil insensé.
(1) Vie de Jean Racine, par Geoffroy.
(2) Chronique de du Guesclin, édit. de 1830. p. 445.
(3) Le bon chevalier sans paour et sans reprouch?, 1 vol. ini-18, Paris,
TRAIT HISTORIQUE
c'est la corruption du coeur qui éloigne de la confession. Bouguer, profond géomètre et membre de l'Académie royale des sciences, à la mort duquel d'Alembert ne put s'empêcher ôe dire : Nous venons de perdre la meilleure tête de V Académie, Bouguer avait eu le malheur de laisser éteindre dans son cœur je flambeau de la foi. Vers la fin de sa vie, la curiosité l'ayant amené aux discours que le P. La Berthonie, dominicain, prêchait avec le plus grand éclat contre les incrédules, dans les principales chaires de la capitale, il y trouva le terme et le remède de ses erreurs. 11 se confessa, et, avant de commencer sa confession, il dévoila, en présence de plusieurs personnes, le
ecret motif qui l'avait entraîné dans le parti de l'incrédulité : « Je n ai été incrédule que parce que j'ai été corrompu ! s'écria-t-il dans l'amertume de son âme ; allons au plus pressé, mon père ; c'est mon cœur, encore plus que mon esprit, qui a besoin d'être guéri. » Sa conversion fut aussi sincère que solide, et une mort chrétienne, arrivée au mois d'août 1758, couronna cet heureux changement (1). — Bouguer n'est pas le seul incrédule qui se soit confessé à la mort : La Mettrie, le comte de Boulainvijliers, Montesquieu, Dumarsais, Maupertuis, Fontenelle, Boulanger, le marquis d'Argens, Toussaint, BuiFon, le comte de Tressan, Delangle, Robinet, Larcher, etc., ont eu aussi une fin chrétienne et édifiante. Voltaire lui-même se serait confessé avant de paraître devant le Juge suprême, si les complices de son impiété avaient permis à un prêtre de pénétrer jusqu'à lui, selon le désir qu'il en avait plusieurs fois exprimé. Il mourut dans le plus affreux désespoir, le 30 mai 1778.