DE LA MANIÈRE DE SE CONFESSER
= D. Comment faut-il se confesser? — R. H faut se mettre. à genoux, faire le signe de la croix et dire au prêtre : Bénissezmoi, mon père, parce que j'ai péché.
Explication. — Un pécheur qui se présente devant le prêtre pour se confessep, doit , après avoir ôté ses gants circonstance symbolique qui signifie qu'il va parler sans aucun déguisement), 1° prendre le maintien d'un coupable et d'un suppliant, se mettre à genoux pour exprimer par cette posture humiliée qu'il est confus d'avoir offensé Dieu et qu'il reconnaît Ténormité de sa faute. 2° Faire le signe de la croix pour implorer le secours des trois personnes de la sainte Trinité, et s'exciter à la confiance en formant sur lui ce signe auguste qui lui rappelle que le fils de Dieu a donné son sang et sa vie pour mériter aux plus grands pé-
(1) Vie du card. de Çheverus, par M. Hamon.
cheurs le pardon de leurs péchés. 3° Demander la bénédiction du prêtre, en lui disant : Bénissez-moi, mon père, parce que j'ai péché. Le pécheur donne au prêtre le nom de père, et non celui de monsieur (terme dont il ne faut point se servir en confession), parce qu'il tient à son égard la place de Dieu, qu'il est le père spirituel de son âme, et qu'il a pour lui toute la tendresse d'un père. Il le conjure de le bénir, c'est-à-dire de prier pour lui et de solliciter auprès du Seigneur les grâces dont il a besoin pour faire une bonne confession. — On peut donner encore un autre sens à ces paroles : Bénissez-moi, mon père, parce que fai péché ; c'est comme si Ton disait : Je suis coupable, il est vrai, et grandement coupable, mais je me repens de mon iniquité, je la déteste et je sais qu'aux yeux de Dieu, dont vous êtes, mon père, le représentant, l'enfant prodigue qui dit, dans l'amertume de son âme : J'ai péché, n'est pas indigne des bénédictions paternelles. — A peine le pécheur a-t-il dit : « Bénissez-moi , mon père , » que le prêtre étend la main et le bénit en disant : « Que le Seigneur soit dans votre cœur et sur vos lèvres, afin que vous fassiez une sincère et entière confession de tous vos péchés ; au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Ainsi soit-il. »
= D. Que faut-il faire après avoir demandé la bénédiction du •prêtre ? — R. Il faut réciter le Confiteor jusqu'à mea culm : ou bien Je confesse à Dieu, jusqu'à par ma faute.
Explication. — La récitation du Confiteor est un aveu général de ses fautes que fait le pécheur en présence 3ë Dieu et des saints, et une invocation à la sainte Vierge, aux anges et à tous les bienheureux, pour les engager à être ses protecteurs et ses intercesseurs auprès de Dieu. Cette pratique est très-ancienne ; mais la formule du Confiteor n'a pas toujours été la même, quoiqu'elle ait toujours eu le même sens. C'est seulement depuis le pape saint Pie V, mort en 1572, que dans toute l'Église occidentale le Confiteor est récité absolument selon la formule
que vous connaissez. Les Grecs ont une formule de Confiteor conçue dans des termes plus généraux que la nôtre, et il n'y est fait mention d'aucun saint.
Il faut, après avoir demandé et reçu la bénédiction du prêtre, réciter le Confiteor, non pas en entier, mais seulement jusqu'à ces mots : meaculpa. Il convient que ceux qui n'entendent pas le latin le récitent en français, et dans les termes que voici , sans y rien changer : « Je confesse à Dieu tout-puissant, à la bienheureuse Marie, toujours vierge, à saint Michel, archange, à saint Jean-Baptiste, aux saints apôtres Pierre et Paul, à tous les saints , et à vous, mon père, que j'ai beaucoup péché, en pensées , en paroles et en œuvres (1). » — Si le pénitent, par défaut de capacité ou de mémoire , ne peut réciter la formule précédente , il doit dire au moins : a Je me confesse à Dieu tout-puissant, et à vous, mon père (2). » — Selon le rite ambroisien, on ajoute au nom des saints apôtres Pierre et Paul celui de saint Ambroise : beaio Ambrosio. Il est aussi d'u?age, dans plusieurs communautés et congrégations, de joindre aux noms de saint Pierre et de saint Paul celui du saint qu'on honore d'une manière particulière; les Visitandines, par exemple, ajoutent le nom de leur saint Fondateur : heato Francisco. Un grand nombre de fidèles mettent également dans le Confiteor le patron du diocèse ; cette pratique n'a rien que de très-louable. —Par un décret de la congrégation des rites, en date du 22 juillet 1848, les religieuses Glarisses de L'île de Cuba ont été autorisées à ajouter au Confiteor le nom de sainte Claire. Une quinzaine d'années auparavant, le pape Léon XII avait accordé la même faculté aux Clarisses de Rome (3).
(1) D'après saint Charles Borromée, Corsetti, Catalani, etc., on doit s'arrêter à ces paroles : Par ma faute, mea culpa, et ne les prononcer qu'après la confession. (Voir Corsetti, p. 346.)
(2) Rit. rom., tit. xvm. — Confiteor in compendium redigilur dicend'o : Confiteor Deo omnipotenti, et tibi 3 pater, etc. (Baruffaldi,
(3) GardeUini, t. vm, p. 496, n'4.
= D. Que faut-il faire ensuite ? — R. Il faut, après avoir récité Je Confiteor jusqu'à mea culpa inclusivement, dire depuis quel temps on ne s'est pas confessé; si l'en a reçu l'absolution et fait sa pénitence ; déclarer ensuite tous ses péchés, en disant : Mon père, je m'accuse de
Explication. — Il ne faut pas attendre, mes enfants, que ie confesseur vous interroge sur ces divers points. Mais vous devez, dès que vous avez récité le Confiteor j usqu'à mea culpa, lui faire connaître depuis quel temps vous ne vous êtes pas confessés ; si vous avez reçu ou non l'absolution ; si vous avez fait la pénitence qui vous avait été imposée, ou si vous n'en avez fait qu'une partie, ou si vous Favez entièrement omise par oubli ou par paresse. C'est après avoir donné connaissance de toutes ces choses au confesseur, que vous devez déclarer les fautes dont vous vous êtes rendus coupables, en vous servant de cette formule, qui exprime les sentiments d'humilité dont vous devez être pénétrés : Mon père, je m'accuse d'avoir menti, d'avoir désobéi à mes parents et à mes maîtres, etc.
== D. Doit-on éviter de faire connaître les personnes avec qui Von a péché ? — R. Oui, l'on doit l'éviter avec soin, autant que cela est possible.
Explication. — On doit confesser ses propres péchés, et non les péchés d'autrui. Il faut donc éviter avec soin de faire connaître ses complices; et si l'on était dans l'impossibilité d'accuser exactement tel péché sans faire connaître celui d'une autre personne, on devrait, s'il était possible, s'adresser à un confesseur à qui cette personne fût inconnue. De même que le confesseur n'a pas le droit de vous demander votre nom, sans motif et par pure curiosité, parce que votre nom n'est pas un péché, de même vous n'avez pas le droit de lui faire connaître le nom de ceux avec qui vous avez commis telle ou telle faute grave; parce qu'il n'est jamais permis de manquer à la charité, encore moins dans le saint tribunal qu'ailleurs. S'il vous était cependant
impossible d'accuser un péché grave sans laisser deviner quel est votre complice, et qu'il vous fût difficile de vous adresser à un autre confesseur, vous ne seriez pas dispensé pour cela de faire une confession entière ; d'autant plus que celui avec qui vous avez péché s'est mis dans l'occasion volontaire d'être connu de votre confesseur, et qu'il ne doit pas être raisonnablement opposé (rationabiliter invitus) à ce que sa faute soit révélée, surtout sous la loi d'un secret inviolable, lorsque, sans cette révélation, vous ne pourriez vous confesser comme il faut. Mais, hors le cas de nécessité, on ne doit jamais faire connaître en confession les complices de fautes graves ; selon un grand nombre de théologiens, c'est se rendre coupable de péché mortel, parce que c'est compromettre essentiellement la réputation du prochain (I). — Une femme, pour excuser ses péchés racontait en confession tout le mal qu'elle savait de son mari. « Hé bien ! lui dit le confesseur, pour vos péchés, vous direz un Salve, regina, et pour les péchés de votre mari vous jeûnerez pendant un mois. — Mais, mon père, dois-je faire pénitence pour les péchés de mon mari?— Il le faut bien, puisque vous les accusez pour excusez les vôtres. Allez donc, et désormais confessez -vous de vos péchés, et non de ceux des autres (2). »
= D. Quand on a fini d'accuser ses péchés, que faut-il faire? — R. II faut dire : De ces péchés et de tous ceux dont je ne me souviens pas, je demande pardon à Dieu, et à vous, mon père, péni tence et absolution.
Explication. — On fait cette déclaration générale de ses péchés, de peur que la confession n'ait pas été entière par oubli ou par ignorance. Il est bon d'y ajouter quelque faute de sa vie passée, c'est un conseil que donnent les maîtres de la vie spirituelle : « Je m'accuse de tous ces péchés, de ceux dont je ne me souviens pas, ainsi que de tous les péri) VoirSœttler. Tract, de vomit.,?. 236.
(2) L'abbé Vermot, Questions pratiqv»" "~ '- écrément de pénitence.
chés de ma vie passée, surtout de ceux dont j'ai le plus d'horreur et de contrition, et que j'ai commis contre la charité, la pureté...; j'en demande pardon à Dieu, et à vouSj mcn père, pénitence et absolution. »
= D. Que faut-il faire après cette déclaration générale de ses fautes ? — R. Il faut achever le Confiteor, écouter les avis du confesseur avec humilité, et s'il juge à propos de différer l'absolution, s'y soumettre sans murmurer.
Explication. — La confession étant terminée, on achève le Confiteor, en disant : Par ma faute , par ma faute, par ma très-grande faute; c'est pourquoi je supplie la bienheureuse Marie, toujours vierge, saint Michel, archange, saint Jean-Baptiste , les saints apôtres Pierre et Paul , tous les saints, et vous, mon père, de prier pour moi le Seigneur notre Dieu. Ainsi soit-il. — En prononçant ces paroles : Par ma faute, etc., on se frappe trois fois la poitrine, pour imiter l'action du publicain dont il est parlé dans l'Évangile, lequel se frappait la poitrine en signe de componction , et mérita ainsi d'obtenir miséricorde (1). Si le confesseur fait ensuite quelques questions, il faut y répondre avec simplicité et candeur, puis écouter avec humilité les avis qu'il donne ; les écouter en silence, et ne pas imiter ceux qui, presque à chaque mot qne leur adresse le confesseur, l'interrompent par ces paroles: Oui, mon père, oui, mon père. C'est là, mes enfants, une mauvaise habitude que vous devez bien vous garder d« contracter. Enfin, si le prêtre juge à propos de différer l'absolution, il faut se soumettre avec docilité à son jugement et s'abstenir de tout murmure ; ceux qui murmurent et qui sont fâchés de ce que le confesseur leur refuse l'absolution, montrent par là même qu'ils n'ont pas la contrition , et que le confesseur fait bien de différer de les absoudre.
Comment faut-il considérer, au saint tribunal, le prêtre à
(1) Publicanus, a longe stans, nolebat nec oculos ad cœlum levare : sed percutiebat pcctus suum. (Luc, xviii, 13.)
qui Von se confesse ? — R. On doit le considérer comme tenant la place de Jésus-Christ même.
Explication. — Le prêtre à qui Ton se confesse est le représentant de Jésus-Christ, et c'est à Jésus-Christ luimême qu'on s'adresse dans la personne de son délégué. Scit qu'il parle, soit quïl agisse, le prêtre est l'apôtre, il est l'envoyé de la Divinité. Tenant sur le tribunal sacré la place du Sauveur du monde , c'est en son nom , par sa parole et par ses mérites, qu'il reprend, qu'il ordonne, qu'il absout. Lors donc, mes enfants , que vous vous présentez au saint tribunal, oubliez l'homme qui vous entend, n'envisagez que celui qu'il représente, celui qui a tout vu, tout entendu , et qui connaît déjà le fond de vos cœurs, et vous surmonterez la honte que vous coûteraient de pénibles aveux (1).
D. De quels ornements le frétée est-il revêtu lorsqu'il entend les confessions ? — R. Il est revêtu du surplis et dune étole violette.
Explication. — Le Biiv.el romain est formel à cet égard : a Le prêtre appelé pour entendre les confessions doit se servir du surplis et d'une étole de couleur violette (2), » parce que cette couleur est le symbole de l'affliction , du deuil et de la tristesse (3). Les membres de la compagnie de Jésus sont dispensés de porter le surplis lorsqu'ils administrent le sacrement de pénitence ; mais tout prêtre séculier doit le porter, ainsi que l'étole, comme l'a déclaré la congrégation des évèques (4). La même déclaration a été faite plusieurs fois parla congrégation des rites (5). Mais elle a défendu en
(1) Voir p. 295.
(2) Superpelliceo et stola violacei coloris utatur. (Rit. rom.) — Sacramenta nonnisi cum cotta et stola administranda sunt. îBaruffaldi, p. o5.J
(3j Corsetti, p. 424.
(4) Parochus secularis audiens confessiones tenetur déferre superpelliceum et stolam. (Congreg. episcop., die 8 nov. 1588, apud Pittoni,
(5) Quaeritur an confessarii in Ecclesia cathedrali in actu. confessionum assnmere debeaut stolam, qua non utuntur? — Resp. Affirmative juxta alia décréta. (S. R. G., die 11 sept. 1847, apud Gardellini, t. vin, p. 4S0.)
même temps paix chanoines de confesser en niozette; cette défense s'étend à Fadministration des autres sacrements, de même qu'aux sépultures (1).
TRAITS HISTORIQUES