‹ Explication historique, dogmatique, morale, liturgique et canonique du catéchismeChapitre 69 sur 139 · DE L'ABSOLUTION · texte numérisé non relu

DE L'ABSOLUTION

— D. Reçoit-on le sacrement de -pénitence toutes les fois que ton va à confesse? — R. Non, on ne reçoit le sacrement de pénitence que lorsque le prêtre donne l'absolution et qu'on est bien disposé.

Explication. — Les trois actes du pénitent, savoir: la contrition et la confession dont nous venons de parler, et la satisfaction, dont nous parlerons bientôt, sont, sinon la matière, au moins comme la matière de la pénitence. La forme de ce sacrement consiste dans les paroles que prononce le prêtre en donnant l'absolution. Or, un sacrement n'existe que lorsque la forme est appliquée à la matière (2); par conséquent, on ne reçoit le sacrement de pénitence que quamî on reçoit l'absolution avec les dispositions requises; car si Ton manquait de ces dispositions, l'absolution serait nulle, c'est-à-dire qu'elle ne produirait aucun effet.

(1; Vie de Mgr de Cheverus.

(2) Accedit verbum ad elcmenlum et ût sacramentum. (S. Aug.)

= D. Qu'est-ce que l'absolution ? — R. L'absolution est une sentence que prononce le prêtre au nom de Jésus-Christ, et par laquelle il remet les péchés à celui qui s'est confessé avec les dispositions requises.

Explication. — Jésus-Christ ayant établi les prêtres juges des consciences, l'absolution qu'ils prononcent est une véritable sentence judiciaire. Cette sentence, ils la prononcent, non pas en leur nom, mais au nom de Jésus- Christ, qu'ils représentent et dont ils sont les ministres. A peine ont-ils parlé, que le pécheur, s'il s'est confessé avec les dispositions requises, reçoit la rémission des péchés dont il s'était rendu coupable ; son âme est lavée dans le sang de Jésus-Christ, purifiée des souillures qu'elle avait contractées , affranchie de ses liens et rétablie dans la grâce et l'amitié de son Dieu ; elle recouvre la paix, l'innocence, avec tous ses droits au. royaume des cieux, que le péché lui avait ravis.

ù. Quelles sont les paroles par lesquelles le prêtre remet les péchés?* — R. Ce sont les paroles suivantes : « Je vous absous de vos péchés, au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. »

. Explication. — Le prêtre, après avoir entendu la confession du pénitent et lui avoir imposé une pénitence, lui donne l'absolution s'il le juge suffisamment disposé. Il récite d'abord, la tête découverte, le M isereatur ; puis, élevant la main droite sur ou vers le pénitent, il dit : Indulgentiam, aùsolutionem, etc. Ensuite, se couvrant de son béret et étendant la main vers le pénitent, il prononce ces paroles : « Que Notre-Seigneur Jésus-Christ vous absolve ; et moi, par son autorité, autant que je le puis (1) et que vous en avez besoin, je vous absous de tous les liens d'excommunication, de suspense (2) et d'interdit (3) , ensuite

(1) Il y a des liens qu'un prêtre ne peut rompre, des péchés dont il ne peut absoudre; c'est ce. qu'on appelle cas réservés; voilà pourquoi le confesseur dit: Autant que je le puis.

(2 Le confesseur omet le mot suspense quand il donne l'absolution à un laïque.

Çô) L'interdit est une censure par laquelle l'Église défend l'usage de

je vous absous de tous vos péchés, au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Ainsi soit-il. » Il fait en même temps le signe de la croix sur la tête de celui qui vient de se confesser, pour lui rappeler que ce n'est que par les mérites de Jésus-Christ crucifié que ses péchés lui sont pardonnes. La formule d'absolution terminée, il se découvre et récite la prière suivante : « Que la passion de Nôtre-Seigneur Jésus-Christ, les mérites de la bienheureuse vierge Marie et de tous les saints, tout ce que vous avez fait de bien et enduré de mal, servent à vous obtenir la rémission de vos péchés, à augmenter en vous la grâce et à vous obtenir la- récompense éternelle. Ainsi soit-il. » Passio Domini (I)...

quelques sacrements , prive de la sépulture ecclésiastique , en punition de quelque péché grave et d'une désobéissance notable et scandaleuse.

(1) Nous croyons devoir insérer ici la formule de l'absolution, telle qu'elle se trouve dans le Rituel romain.

Cumigitur pœnitentem absoluere voluerit sacerdos, injuncta tiprîus, et ab eo acceptait! salutari pœnitentia, primo dicit : Misérëatur tui omnipotens Deus, et, dimissis peccatis tuis, perducat te ad vitam œternam. Amen.

Deinde, dextera versus pœnitentem elevata, dicit : Indulgeniiam, absolutionem et remissionem peccatorum tuorum tribuat tibi omnipotens et misericors Dominus. Amen.

Dominus Noster Jésus Christus te absolvat, et ego auctoritate ipsius te absolvo ab omni vinculo excommuuicationis (suspensionis),etinterdicti, in quantum possum et tu indiges : Deinde ego te absolvo a peccatis tuis, in Domine Patris t, et Fiiii, et Spuïtus Sancti. Amen.

Si pœnitens sit loicus, onv'ttitur verbum suspensionis.

Passio Domini Nostri Jesu Christi, mérita beatae Marias virdnis, et omnium sanctorum, quidquid boni feceris et mali sustinueris, sint tibi in remissionem peccatorum, augmentum gratiae, et praemium vitae aeternac. Amen.

— Dans quelques diocèses, on a plus ou moins ajouté à ce qu'on vient de lire. Ainsi, dans plusieurs Rituels, après ces mots : Dominus Noster Jésus Christ us t se trouvent ceux-ci : Qui est summus pontifex ; et dans la prière Passio, après ces paroles : Omnium sanctorum, on a ajouté : Suffragia sanctœ matris Ecclesiœ.

Dans quelques éditions du Rituel romain, se trouve en lettres rouges le mot deinde, après in quantum possum et tu indioes. La sacrée Con-

Dans les confessions courtes et qui se répètent souvent, le prêtre peut omettre le Misereaiur, Y Indulgentiam et la prière passio (1). — Si un malade est à la dernière extrémité, le prêtre peut se servir de cette formule abrégée d'absolution : « Je vous absous de toutes censures et de tous vos péchés, au nom du Père, et du Fils., et du Saint-Esprit. Ainsi soit-il (2).

D. Que faut-il faire pendant que le prêtre donne l'absolution ?

— R. Il faut renouveler la douleur de ses péchés et la ferme résolution de ne plus y retomber.

Explication. — Une fois qu'on a confessé ses péchés, il ne faut plus s'occuper qu'à les détester du plus profond de son cœur et à renouveler la ferme résolution de ne plus jamais les commettre. Chercher à s'examiner encore quand le prêtre donne l'absolution ; se troubler, se tourmenter, dans la crainte d'avoir oublié quelque chose, ce serait tomber clans un piège du démon, qui, n'ayant pu réussira rendra la confession nulle par défaut de sincérité, cherche à la rendre nulle par défaut de contrition. Réveiller dans

grégation des rites a été consultée sur la question de savoir s'il fallait dire ou omettre ce mot deinde.

1<> Utrum verbum deinde in forma absolutionis in nonnulis editionibus rubro charactere impressum omittendum sit? Resp. Nihil esse innovandum. (S. R. C, 11 mart. 1837.)

2° An in forma absolutionis ante verba : Ego te absolvo a peccatis tuis, dicendum sit, vcl omittendum verbum deinde ? — Resp. Dctur decretum diei 11 martii 1837. (S. R. G., die 21 febr. 1847, apud Gardellini, t. vin, p. 473.)

De ce qui précède, il faut conclure qu'on ne doit pas omettre le mot deinde.

(1) In confessionibus autem frequentioribus et brevioribus, omitti potest Misereatur, etc., et satis eritdicere, Dominus Noster Jésus Christus, etc., usque ad illud, Passio Domini Nostri, etc. (exclusive).

Cum in Rit. rom., legatur : In confessionibus autem.... usque ad illud, Passio, etc., quœritur an sit intelligcndum exclusive vel inclusive?

— Resp. Intelligendum esse exclusive. (S. R. C, die 27 febr. 1847.)

(2) Urgente vero aliqua gravi necessilate, in periculo mortis, breviter dicere poterit : Ego te absolvo ab omnibus censuris et peccatis. In nomme Patris t, et Filii, et Spiritus Sancti. Amen. (Iitt. rom.)

son âme de vifs sentiments de douleur et de repentir, d'amour et de reconnaissance, voilà quelle doit être l'unique occupation du pécheur au moment où il entend prononcer les paroles mystérieuses qui ont la vertu, s'il est bien disposé, de lui ouvrir le ciel et de fermer sous ses pas l'abîme de l'enfer.

= D. Que faut-il faire après l'absolution ? — R. 11 faut se retirer à l'écart, remercier Dieu de la grâce qu'on vient de recevoir, et se fortifier dans la résolution de ne plus pécher.

Explication. — Le pécheur, après être sorti du confessionnal, doit se retirer à l'écart et demeurer recueilli pendant quelque temps, pour s'exciter de nouveau à la haine et à la détestation des péchés dont il vient de recevoir le pardon, et exprimer à Dieu sa reconnaissance pour le bienfait inestimable qu'il vient de lui accorder en lui rendant son amitié et ses bonnes grâces. L'ingratitnde est un crime ; la reconnaissance, au contraire, attire de nouvelles faveurs.

D. Xe peut-on pas obtenir quelquefois, sans V absolution du prêtre, la rémission des péchés commis après le baptême? — R. Celui qui a la contrition parfaite, avec le vœu du sacrement de pénitence, obtient à l'instant même le pardon et la rémission de ses péchés.

Explication. — C'est par le sacrement de pénitence, par l'absolution, que, pour l'ordinaire, les péchés sont remis et effacés. Ils peuvent l'être cependant par un autre moyen, c'est-à-dire par la contrition parfaite, accompagnée du vœu du sacrement. Cette contrition, qui, comme nous l'avons déjà dit, renferme au moins implicitement le vœu dont il s'agit, tient lieu du sacrement même; la grâce sanctifiante est aussitôt répandue dans l'âme et y opère ce que le sacrement aurait opéré : elle fait disparaître et anéantit à jamais le péché. Ce que nous venons de dire est fondé : 1° sur l'enseignement formel et positif du concile de Trente (1);

(1) Sess. xiv, cap. iv. (Voir p. 256.)

2° sur la condamnation de cette proposition de Baius : « Par la contrition, lors même qu'elle est jointe à la charité parfaite et au vœu du sacrement, le péché n'est point remis, hors le cas de nécessité ou du martyre, sans la réception actuelle du sacrement (1) : » donc la proposition contradictoire est vraie; 3° sur plusieurs passages des divines Écritures,^ nous nous contenterons d'en citer deux : « La cM- « rite, dit saint. Pierre, couvre la multitude des péchés (2).» — « Beaucoup de péchés lui sont remis, dit Jésus-Christ en « parlant de la femme pécheresse , parce qu'elle a beau- « coup aimé (3). » Ainsi, même hors le cas de nécessité, la contrition parfaite, jointe au vœu du sacrement qu'elle renferme, a la vertu de réconcilier le pécheur avec Dieu. De plus, comme nous l'avons déjà dit encore (4), il n'y a pas d'obligation de s'approcher au plus tôt du tribunal de la pénitence. Par exemple, vous avez commis un péché mortel , vous faites un acte de contrition parfaite, avec le vœu du sacrement, et vous n'êtes pas obligé d'aller vous confesser aujourd'hui même, quoique cela vous soit possible et facile; mais vous pouvez attendre jusqu'à telle fête à laquelle vous vous proposez de communier, et même jusqu'au carême, du moins selon le sentiment d'un grand nombre de théologiens (5). En soumettant alors aux clefs de l'Église un péché déjà remis en vertu de la contrition parfaite, accompagnée du vœu du sacrement, et par conséquent d'une manière relative à ces mêmes clefs (6), vous recevrez

(1) Per contritionem, etiam cuîïi charitate perfecta et cum voto suscipicndi sacramentum conjunctam, non remittitur crimen extra casura necossitatis aut nurtyrii, sine actuali susceptione sacramenti. (Prop. 71 Baii, a S. Pio V damnata.)

(2) Charitas operit rnultitudinem peccatorum. (I Petr., iv, 8.)

(3) Remittuntur ei peocata multa, quoniara dilexit multum. (Luc, Vil, 47.)

(4) Voir p. 312.

(5) Scholliner, Pcrrone.

(6) Peccatamortalia delentur persolam contritionem, sine ordine ad Claves. (Prop. damnata a Sixto IV.)

aans le saint tribunal une grâce sacramentelle (1), avec la confirmation du pardon qui vous a été déjà accordé. HUonsnous d'ajouter qu'il est au moins plus prudent d'aller à confesse dès qu'on se sent coupable de péché mortel, Quelque contrition qu'on ait d'ailleurs. Hàtons-nous d'ajouter encore qu'il faut toujours se confesser avant de comm wnier, éprouvàt-on la contrition la plus vive. L'Eglise en a fait à ses enfants un précepte formel, précepte fondé sur ces paroles de saint Paul : « Que l'homme s'éprouve lui- « même, et qu'il mange ensuite de ce pain et boive de ce a calice (2). » Quant aux autres sacrements qui pour être reçus dignement exigent l'état de grâce, l'Église n'impose pas la même obligation; mais, d'après un très -grand nombre de théologiens, le précepte de la confession ojli'ge par accident , et il est au moins plus prudent d'y avoir recours (3). Vous devez recevoir bientôt, je le suppose, le sacrement de confirmation, ou un sacrement des vivants; si, vous sentant coupable de péché mortel , vous négligiez de vous présenter au saint tribunal sous prétexte que vous avez la contrition parfaite avec l'intention de vous confesser peut-être dans huit à dix mois, ne serait-ce pas de votre part une insigne témérité, pour ne rien dire de plus?

TRAITS HISTORIQUES

Page 1