BAPTÊME DE CLOVIS
En 496, de nombreux essaims d'Allemands avaient passé le Rhin et fait une irruption soudaine dans celle de nos provinces qui se nomme aujourd'hui l'Alsace. C'était alors la seconde des Germaniques, occupée par les Franc— Ripuaires, dont Sigebert était roi. Ce prince se mit à la tète de son armée pour les repousser, et appela Clo vis à seo secours. Clovis le joignit, et ils donnèrent bataille à l'ennemi, près de la ville de Tolbiac, à quatre lieues de Cologne. L'action fut vive et opiniâtre. Sigebert fut blessé dès le commencement du combat. L'armée française pliait et allait être mise en déroute, quand Aurélien, l'un des principaux officiers de Clovis, le même qui avait négocié son mariage avec sainte Clotilde, s'adressant à ce prince : «Seigneur, lui dit- il, une ressource vous reste, croyez en ce Dieu que Clotilde vous annonce, et le maître du ciel et de la terre vous fera remporter la victoire sur vos ennemis. » Alors Clovis, levant au ciel ses yeux baignés de larmes, s'écria : « Christ, vous que Clotilde annonce comme le fils du Dieu vivant, comme un Dieu qui donne du secours à ceux qui l'implorent dans leur affliction, et la victoire à ceux qui mettent en lui leur confiance, j'ai recours avec soumission à votre pouvoir suprême; si vous me faites gagner la bataille, je vous adorerai à l'avenir, et je me ferai baptiser en votre saint nom. » A peine Clovis eut-il prononcé ce vœu, que ses troupes se sentirent pénétrées d'un courage extraordinaire; au lieu de penser à la fuite, on fait tête à l'ennemi, qui plie de toutes parts, et Clovis remporte une victoire complète. — 11 ne tarda pas à tenir sa promesse. Grégoire de Tours raconte ainsi le baptême de ce prince : « La reine Clotilde fît prier saint Rémi de se rendre auprès du roi pour l'instruire en secret. 11 apprit de cet évèque qu'il fallait, pour être chrétien, renoncer au culte des idoles et adorer ensuite, le Dieu créateur du ciel et de la terre. Clovis paraissait encore retenu
(1) Pluquet, art. Ibëriens.
(2) Idem, art. Rebaptisants.
par la crainte que les Francs ne voulussent pas abandonner la religion de leurs pères : il se trompait. Les ayant assemblés pour connaître leurs dispositions à cet égard, ils s'écrièrent tous., comme par inspiration : « Nous renonçons au culte des dieux périssables, et nous voilà prêts à reconnaître le Dieu qu'annonce l'évoque de Reims. » Aussitôt que saint Rémi eut appris un événement aussi heureux, il donna l'ordre de préparer les fonts. On disposa tout dans le baptistère : on y alluma Un grand nombre de cierges, on y fit brûler les encens les plus odoriférants. Dès que tout eut été préparé, Clovis se présenta et demanda au saint évêque d'êire régénéré dans les eaux du baptême. Rémi lui accorda sa demande; et dès que le roi fut entré dans le bassin où il devait être baptisé, il lui dit à haute voix, avant de verser l'eau : Sicambre, baissez la tète et humiliez, votre cœur; brûlez désormais ce que vous adoriez, et adorez ce que vous brûliez. Cependant, ajoute Hinckmar, archevêque de Reims: « La foule était si grande et si serrée, que l'ecclésiastique qui apportait le saint chrême ne put jamais arriver jusqu'aux fonts. Le saint pontife, quand il lui fallut faire les onctions, tourna les yeux vers le ciel, comme pour le prier de vouloir bien lui suggérer quelque moyen de sortir de la peine où il se trouvait; dans l'instant, on vit une colombe plus blanche que la neige apporter à saint Rémi une ampoule (fiole) pleine d'huile, et disparaître aussitôt qu'elle l'eut remise entre ses mains. Il se servit donc de cette huile pour faire les onctions accoutumées, et l'odeur qu'elle répandit était si suave, que tous les assistants dirent qu'ils n'en avaient jamais senti de pareille (1). »