DE L'EXTRÊME-ONCTION
= D. Qu'est-ce que V extrême-onction? — R. L'extrême-onction est un sacrement établi par Jésus-Christ pour le soulagement spirituel et corporel des chrétiens dangereusement malades.
Explication. — Dieu, qui est infiniment bon, n'a pas seulement pourvu à tous nos besoins pour le cours de notre vie et dans Fétat de santé , il a encore établi un sacrement pour nous soulager dans le temps de la maladie, et surtout aux approches de la mort, où les tentations sont plus violentes* et plus dangereuses. Ce sacrement, est appelé par les Grecs chrême, huile sainte, huile bénite , parce que l'huile en est la matière ; et par les Latins onction des malades, sacrement des mourants, extrême-onction (3). Cette dernière dénomination, dont nous expliquerons bientôt le sens, a prévalu dans FÉglise latine.
D. L' extrême-onction est-elle un sacrement de la loi nouvelle? — R. Oui, l'extrême-onction est un sacrement de la loi nouvelle.
Explication. — Nous y trouvons, en effet, tous les caractères qui constituent un véritable sacrement. 1° C'est un signe sensible : Fonction faite avec de Fhuile d'olive, consacrée par Févêque le jeudi saint, et la parole du prêtre qui
(1) Benedictus XIV, constit. Pia mater, 9 april. 1747.
(2) Minderer, p. 355-356.
(3) Trombellij De extrema unctione, 1. 1, p. 8. — Sainte-Beuve, Tract, de sacrumento unctionis iafirmorum extremœ, disput h art* 1,
accompagne cette onction , signifient la grâce que Jésus- Christ accorde à celui qui reçoit comme il faut ce sacrement. L'huile est le symbole de la force et de la douceur; et dans cette circonstance elle rappelle la force que le malade acquiert pour vaincre l'ennemi de son salut, qui en ce moment redouble d'efforts pour le perdre, et la douceur, c'est-à-dire le soulagement qu'il éprouve dans ses douleurs, le bonheur et la joie qu'il ressent par l'espérance qu'il a de posséder bientôt le ciel. 2° Ce signe sensible a été institué pour nous sanctifier, comme nous le voyons par ces paroles de l'apôtre saint Jacques: c Quelqu'un d'entre vous est-il malade? « qu'il appelle les prêtres de l'Église et qu'ils prient pour « lui, en l'oignant d'huile au nom du Seigneur, et la prière « de la foi sauvera le malade ; le Seigneur le soulagera, et a s'il a commis des péchés, ils lui seront remis (1). » 3° C'est Jésus-Christ qui l'a institué ; autrement, comment produirait-il les effets que l'apôtre lui attribue? de qui pourrait-il avoir cette vertu ? quel autre que le souverain arbitre de la vie et de la mort, le vainqueur des puissances de l'enfer et du péché, pourrait attacher à des actions, à des paroles humaines, la santé et la vie, la grâce et la réconciliation avec Dieu? — On croit communément que Jésus-Christ institua Fextrême-onction lorsqu'il envoya set soixante et douze disciples parcourir toute la Judée, leur donnant le pouvoir ae guérir les malades (2). Dociles aux ordres de leur Maître, ils se répandirent dans les villes et dans les bourgades ; « ils oignaient d'huile les malades , es « les malades étaient guéris (3). »
La tradition , les saints Pères et les conciles s'accordent tous pour démontrer que l'extrême-onction est un véritable
(1) Infirmatur quis in vcbis? inducat presbyteros Ecelesiae, et orent super eum, ungentes eum oleo in nomine Domini; et oratio fidei salvabit infirmum, et aleviabit eum Dominus, et si in peccatis sit, remittentur ei. (Epist. cath. S. Jac, v, 14-15.)
(2) Et misit illos praedicare regnuni Dei, et sanare infîrmôs. (Luc, IX, 2.)
(3) Et ungebant oleo multos aegros, etsanabant. (Marc, vi, 13.)
sacrement. Il serait trop long de rapporter ici leurs témoignages (1); nous nous bornerons à citer les paroles du saint concile de Trente : « Si quelqu'un dit que l'extrême-onction « n'est pas un vrai sacrement institué par Notre-Seigneur « Jésus-Christ, et promulgué par saint Jacques, qu'il soit « anathème (2). »
= D. Qui peut administrer V extrême-onction ? — R. Les évêques et les prêtres ont seuls ce pouvoir.
Explication. — L'extrême-onction, administrée par quelqu'un qui ne serait pas revêtu du sacerdoce, ne serait d'aucune valeur et ne produirait aucun effet; les évêques et les prêtres, seuls, sont les ministres de ce sacrement. a Quelqu'un de vous est-il malade, dit l'apôtre, qu'il fasse « venir les prêtresde l'Église ; » or, par ce mot, les prêtres, l'Église a toujours entendu les prêtres ordonnés par l'évêque; et c'est ce que le saint concile de Trente a défini en ces termes : « Si quelqu'un dit que les prêtres de l'Église, que « saint Jacques exhorte à faire venir pour oindre les ma- « lades, ne sont pas les prêtres ordonnés par les évêques, « mais les anciens d'âge dans chaque communauté, et et qu'ainsi le propre ministre de l'extrême-onction n'est pas « le prêtre seul, qu'il soit anathème (3). » Tout prêtre peut administrer validement ce sacrement, parce qu'il ne faut pour cela que la puissance d'ordre; mais, hors le cas de nécessité, le curé seul, ou les prêtres commis par l'évêque ou par le curé du malade, peuvent l'administrer licitement, c'est-à-dire sans commettre une faute grave. Un régulier
(1) Voir sur ce sujet Sainte-Beuve, Tract, de extr. unct.} disput. :i, art. 2 et 3.
(2) Si quis dixerit extremam unctionem non esse vere et proprie sacramentum a Christo Domino nostro institutum, etabeato Jacobo apostolo promulgatum... anathema sit. (Conc. Trid., sess. xiv, c. 1.)
(3) Si quis dixerit presbyteros Ecclesiae, quos beatus Jacobus adduoendos esse ad infirmum inungendum hortatur, non esse sacerdotes ab episcopo ordinatos, sed aitate seniores in quavis communitate; ob idque proprium extremae unelionis ministrum non esse sacerdotera..., anathema sit. (Conc. Trid., sess. xiv, can. 4.)
(un prêtre appartenant à un ordre religieux) qui, de son autorité, administrerait ce sacrement ou le saint viatique à un clerc ou à un laïque qui ne lui serait pas soumis, encourrait l'excommunication réservée au pape; ainsi Ta statué le droit canon (1). Nous disons qui ne lui serait pan soumis, car les religieux peuvent administrer le saint viatique et l'extrème-onction aux clercs qui vivent sous leui obéissance, à ceux de leurs domestiques qui vivent dans l'intérieur du monastère, et, dans les maisons d'éducation tenues par eux, à leurs élèves internes (2).
D. Un seul prêtre suffit-il pour confé er vahdement le sacrement 4e V extrême-onction ? — R. Oui, un seul prêtre suffit pour conférer validement le sacrement de Y extrême-onction.
Explication. — Il est certain qu'autrefois, dans l'Église latine, plusieurs prêtres administraient (en même temps, au même instant) le sacrement de l'extrème-onction , ainsi qu'on le pratique encore aujourd'hui dans l'Église catholique grecque, où chaque prêtre fait une onction en prononçant la forme prescrite. Mais ce rite, selon la remarque de Benoit XIV et de dom Martène , ne fut ni constant ni universel; et des monuments historiques montrent que l'huile sainte ne fut bien souvent administrée à l'infirme que par un seul prêtre (3).
Quoi qu'il en soit de cette ancienne discipline , le pape
(1) Religiosus. qui clericis aut laicis sacramentum extrerass unctionis vel eucharistiae rainistrare... non habita super his paraecialis praesbyteri licentia speciali... prœsumpserit, excommunicationis ipso facto incûrrat sentèntiain,persedem apostolicam duntaxat absolvendae. (Clément. I, De p7icileg.)
(2) An laicis qui intra daustra regularium habitant, et illis actu inser- \iunt, possint regulares sacramenta eucharistie, etiain tempore Paschae extremae unctionis ininistrare? — Posse rescnbiiur. (S. congr. concilia mense junii 45S7.) Ce que nous venons de dire relativement aux élèves internes des religieux, est tonde sur des concessions faites par le? évèques.
(3) Correspondance de Rome, no du 24 août 1850.
Alexandre III a défini (I) qu'un seul prêtre confère vaîidernent ce sacrement. On ne doit pas faire cas, dit Benoît XÎV (2), des objections qu'on veut tirer des termes employés par saint Jacques ; lorsque l'apôtre dit qu'il faut appeler les prêtres de V Eglise, il veut signifier seulement un des prêtres de l'Église, et il n'est pas rare de voir l'Écriture sainte employer le pluriel pour le singulier (3).
= D. Quels sont les effets de ce sacrement ? — R. Le sacrement de l'extreme-onction purifie le malade qui le reçoit dignement des souillures du péclïé, lui donne la patience dans ses douleurs, le fortifie, dans ses derniers moments, contre les attaques du démon, et peut môme lui rendre la santé, si elle est utile pour son salut ou pour. la gloire de Dieu.
Explication. — Le premier effet de l'extrême-onction est de produire par elle-même (per se) une augmentation de la grâce sanctifiante. Elle confère de plus, comme les autres sacrements, une grâce qui lui est propre, une grâce de soulagement et de force, qui soutient le malade dans les langueurs ,de la maladie, lui inspire la confiance qui adoucit ses maux, et la résignation qui les rend méritoires; le rassure contre les terreurs de la mort ei le fortifie contre les attaques que l'ennemi du salut renouvelle plus vivement que jamais, dans le dernier moment. C'est ce que saint Jacques exprime par ces mots : « Le Seigneur le soulagera, » et ce que signifie l'huile, dont une des propriétés est d'adoucir les maux du corps et de rétablir les forces.
Le second effet de l'extrême-onction est d'effacer les péchés et les restes des péchés. i° Les péchés, non-seulement les péchés véniels, mais encore les péchés mortels, ce qui
(t) Cap. Quœsivit, de verb. signif.
(2) De syn. diœc, lib. vin, cap. IV, § 4.
(3) Quanquam juxta variam Eeclesi» dtwiplinam ad inungendos infirmos aliquando plures presbyteri semel convenerint, attareen potest extréma unctio conferri ab uno tantum presbytère», idquë nec Epistolae Ja« cobi, nec definitionibus Ecclesiaî, neque invariabili tradition! adversatur. (BQrtijDetheologicis disciplinis, t. IV. « 243.)
peut avoir lieu en plusieurs cas. D'abord, il n'est pas ans.olument certain que l'absolution donnée à celui qui ne s'est confessé en aucune manière soit vali second lieu, le
malade a pu commettre, depuis qu'il a reçu l'absolution, tés mortels qu'il se trouve dans Fimpossibilité de confesser; en troisième lieu, il peut se faire qu'un coi seur ne veuille pas prendre sur lui d'absoudre un moribond privé de tous ses sens, et qui, avant de perdre connaissance, n'a fait qu'un acte d'attrition ; or, selon un grand nombre de théologiens, l'extrême- onction, diaprés l'intention se- .aire qu'a eue Notre-Seigneur Jésus-Cbrist en rinstir tuant, remet dans ces circonstances les péchés mortels (1). C'est pour cette raison que les Pères et les conciles l'appellent le complément, la perfection et la consommation de la pénitence. 2° Les restes du péché : on entend par là une certaine pente au mai, un éloignement pour le bien, la difficulté de se porter vers Dieu , le trouble de la conscience, et tous les défauts, toutes les imperfections, toutes les misères qui restent dans l'âme après qu'elle a été purifiée du péché. L'exfrème-cnction y remédie et les fait disparaître en même temps que le péché ; en sorte que l'âme, délivrée de tout ce -rui la tenait attachée à la terre, devient plus propre à s'élever vers le ciel pour s'y réunir à son Rédempteur. On entend aussi, par les restes du péché, la peine temporelle qui lui est due, et que l'extrème-onction remet, du moins en partie, non pas directement et par elle-même, mais à raison des dispositions plus ou moins parfaites de celui qui la reçoit.
Le troisième effet de l'extrème-onction est de rendre la santé du corps ; l'apôtre saint Jacques l'insinue en disant que « la prière de la foi sauvera le malade. » Le concile de Trente l'enseigne clairement par ces paroles : « Le malade a reçoit même quelquefois la santé du corps; » il ajoute cette condition : « Lorsqu'il est expédient pour le- salut de
(1) Mgr dfc l>ressy, t. il, p. 873. — Voir, t. n, p. 393. — Sœttler, . iv, p. 404. — S. Carolus, in lusiit. deextrem. un ;.
a l'âme. » En effet, la guérison du corps ne serait pas toujours profitable àl'âme, et c'est la raison pour laquelle cet effet n'est pas toujours produit dans ceux mêmes qui reçoivent ce sacrement avec de saintes dispositions. ©
I/extrème-onction peut rendre aussi la santé du corps, si elle est utile pour la gloire de Dieu. C'est un malade quiy par ses bons conseils et ses bons exemples , portait au bien et à la vertu un grand nombre d'âmes, un pasteur plein de vigilance et de zèle, qui, par ses bonnes œuvres, ses aumônes, ses exhortations, faisait rentrer dans le bercail une foule de brebis égarées... Dieu, qui est jaloux de sa gloire, prolonge, par la vertu de l'extrême-onction, les jours de ce malade, de ce pasteur, afin qu'ils continuent de frayer aux autres W chemin du salut, se réservant de leur accorder plus tard une-récompense plus abondante. Souvent aussi, prévoyant les peines et les dangers qui doivent les assaillir, il les met immédiatement en possession du royaume éternel. De tout ce que nous venons de dire sur les effets de l'extrême-onction , il est facile de conclure combien ce sacrement est utile, et de quelles grâces se privent ceux qui, étant attaqués de quelque maladie dangereuse, négligent de le recevoir. De plus , comme le déclare le saint concile de Trente, on ne saurait le mépriser sans un grand péché et sans violer un précepte positif qui oblige tous ceux qui sont dans le cas d'en être munis, de demander à le recevoir. Le texte de saint Jacques n'est-il pas impératif? n'a-t-il pas adressé à tous les malades ces paroles : Infirmatur quis in vobis ? inducat presbyteros ?
— D. Pourquoi ce sacrement est-il appelé l'extrême-onction ? — R. Parce que c'est ordinairement la dernière onction que reçoivent les chrétiens.
Explication. — Nous recevons, dans le cours de la vie, plusieurs onctions : deux au baptême , la première avec l'huile des catéchumènes et la seconde avec le saint-chrême, une à la confirmation ; les prêtres, une autre à leur ordina-
tion. Celle qu'on reçoit dans une maladie dangereuse est appelée extrême ou la dernière, parce qu'elle est, en c" ordinairement la dernière., et c'est pour cela que le sacrement dont, cette onction est une partie essentielle s'appelle 1 'extrême-onction (i).
D. Quelle est la matière du sacrement de V extrême-onction? — R. La matière éloignée du sacrement de l' extrême-onction est l'huile d'olive, et la matière prochaine est l'onction que le prêtre fait avec cette huile sur le malade.
Explication. — La matière éloignée de l'extrême-onction est l'huile, selon ces paroles de saint Jacques : « Qu'ils prient « pour lui, en V oignant d'huile. » Cette huile doit nécessairement être de T'huile d'olive, car il n'y a que celle-là qui soit proprement et simplement appelée huile, comme il n'y a que l'eau élémentaire qui soit simplement appelée eau ; les autres huiles ne sont ainsi nommées que par analogie et par ressemblance ; aussi, ne les nomme-t-on pas simplement et absolument de l'huile, mais seulement avec restriction et addition, de l'huile de noix, etc. Cette huile doit être bénite par l'évêque, autrement le sacrement serait nul; ainsi l'a décidé la congrégation de l'inquisition, le 12 janvier 1635, et de nouveau le 14 septembre 1842 (2).
(1) Trombelli, Tract, de extrema unctione, 1. I, p. 7.
(2) La congrégation de l'inquisition a porté le décret suivant sur ce doute : « An sacramentum extremae unctionis oleo ab episcopo non benedicto ministrari valide possit?»
Ferla V coram Sanctissimo, die 12 januarii 1655.
« Sanctissimus D. N. D. Paulus V in congrégations generali coram se habita, praevio maturo examine, et censura propositionis sequentis « quod nempe sacramentum &xtremae unctionis, oleo episcopàli bene- « dictione non consecrato, ministrari valide possit; » auciitis DD. cardinalium suffrages, deciaravit dictam propositionem esse temerariam, et errori proximam. »
Feria IV, die 14 septembris 1842.
« In congregatione generali habita in conventu S. Mariae supra Minervam coram eminentissimis et reverendissimis DD. S. R. E. cardinalibus contra heereticam pravitatem generalibus inquisitoribus, proposito
La matière prochaine est Fonction ou l'application aux principales parties du corps de cette huile béni te par l'évêque le jeudi saint, et qu'on appelle huile des infirmes. — Si, par erreur, le prêtre s'était servi, pour l'extrême-onction, du saint-chrême ou de l'huile des catéchumènes, il devrait recommencer les onctions avec l'huile des infirmes (1). — Si, à cause dn grand nombre des malades, l'huile venait à manquer, et qu'il fût difficile de s'en procurer d'autre, un curé pourrait ajouter de temps en temps, à l'huile bénite, de l'huile non bénite, pourvu qu'à chaque fois il eût soin de mettre celle-ci en plus petite quantité. Quoiqu'il pût résulter de ces diverses additions que l'huile non bénite fût, à la fin, en plus grande quantité que l'huile bénite, le sacrement n'en serait pas moins valide; ainsi l'a déclaré la congrégation du saint office, le 23 septembre 1682 (2).
D. JJ 'administration de V extrême-onction est-elle accompagnée de quelques cérémonies? — R. Oui, et l'on ne saurait y faire trop d'attention.
Explication. — Voici l'ordre qu'on observe pour l'administration de l'extrême-onction :
1° La chambre du malade doit être décente et son lit
dubio, an in casu necessitatis parochus ad validilatem sacramenti extremae unctionis uti possit oleo a se benedicto : iidcm éminentisstmi decreverunt négative ad l'ormam decreti feriœ 5 coram Sanctissimo, die 12 januarii 1G55. »
Eadem die et feria.
« Sanctissiraus D. N. D. Gregorius div. Prov. PP. XVI, inaudientia asscssori S. Officii impertita, resolutionem enimentissimorum approbavit.
« Supradicta décréta desumpta sunt, primum ex tabulis in archiviô S. Officii asservatis, postremum ex originali in canceUaria existcnte, cum quibus concordant iideliter. »
Angélus Argenti;
S. rom. et univ. inq. notarius.
(1) Conc. prov. Mediol. v, titulo De lis quœ pertinent ad extremis unctionis sacramentum.
(2) Apud Pittoni, p. 318, n° 1507.
couvert d'un linge blanc, par respect pour le sacrement qu'il va recevoir.
2° On prépare une table sur laquelle on met une nappe "Manche, un crucifix, deux chandeliers garnis de cierges ou de bougies allumées, de Feau bénite dans un vase avec un aspersoir, et deux plats ou bassins ; Fun contient sept ou huit pelotons de coton ou d'étoupe pour essuyé1; les onctions, et un peu de mie de pain pour frotter les doigts du prêtre, et l'autre un cornet de papier blanc pour recevoir les pelotons après chaque onction. On met aussi sur la table un vase plein d'eau, avec une serviette et un plat ou bassin pour recevoir l'eau et les miettes de pain, lorsque le prêtre se lavera les mains (l),
3° Tout étant disposé comme il vient d'être dit, le prêtre se met à genoux devant le crucifix, demande à Dieu la grâce de s'acquitter dignement de ses fonctions, prie pour le malade, puis il se lève et dit : « Paix à cette maison et à tous ceux qui l'habitent ; » c'est-à-dire, que la charité et ia pureté régnent ici, et surtout dans le cœur du malade afin que la grâce de Jésus-Christ y produise de merveilleux effets.
4° Il dépose au milieu de la table, devant le crucifix, les saintes huiles renfermées dans un vase d'argent ou d'étain, puis il prend de Feau bénite et en jette sur le malade et sur les assistants, en disant : a Arrosez-moi, Seigneur, avec Fhysope, et je serai purifié; lavez-moi, et je deviendrai plus blanc que la neige. » L'eau bénite, comme nous Favons expliqué en parlant des sacramentaux, a la vertu d'effacer les péchés véniels ; c'est pour rendre plus saints les malades et les assistants que FÉglise prescrit cette cérémonie, dont l'effet est d'exciter dans les cœurs des sentiments d'humilité, de contrition et de confiance en Dieu.
5° Le prêtre dit ensuite : g Notre secours est dans le nom du Seigneur, qui a fait le ciel et la terre. — Que le Seigneur
(1) Voir le Rituel de Belley.
soit avec vous et avec votre esprit. » Puis il récite plusieurs oraisons par lesquelles il demande à Dieu l'éloignementdu démon et l'assistance des anges de paix (1).
On fait ensuite la confession générale des péchés, en latin ou en langue vulgaire (2) : Çonfdeor Deo omnipotenti. Le prêtre dit sur le malade le Misereatur et YIndulgentiam, lesquels sont suivis d'une autre prière où il invoque la sainte Trinité et la conjure de ne pas permettre que le démon exerce sur le malade sontyrannique empire.
6° Le prêtre fait ensuite les onctions sur le malade, avec le stylet ou l'extrémité du pouce droit (3), qu'il trempe chaque fois dans l'huile des infirmes. Ces onctions doivent être faites surtout aux cinq parties du corps que la nature a données à l'homme comme les organes des sensations, savoir : aux yeux, aux oreilles, aux narines, à la houche et aux mains. Cependant les pieds et les reins peuvent aussi recevoir les onctions ; mais, par décence, on omet toujours cette dernière envers les personnes du sexe, et même envers les hommes, quand le malade ne peut pas commodément se remuer (4). Dans plusieurs diocèses, on fait aussi l'onction sur la poitrine, après l'avoir faite sur les lèvres ; le Rituel romain n'en parle pas.
7° Si le prêtre doit faire les onctions sur deux membres semblables, il commence toujours par celui du côté droit, et
(1) Introcat, Domine Jesu Christe... Exaudi nos, Domine sancte. [Rit. rom.)
(2) Tum de more facta confessione generali, latino vel vulgari sermone, (IUt. rom.)
(3) « Le prêtre, dit Mgr Gousset {Théol. morale, t. n, p. 427), trempe son pouce de la main droite, ou la spatule, dans les saintes huiles, et fait en forme de croix les onctions... » — Unctio fn-ri potest vel nudo pollice, vel ope virgulœ...; pasHin ajtud nos prœvaiuissc videtur usus virgulœ. (Lequeux, t. u, p. 481.) — « Dans un t-mps de peste, dit le cardinal de La Luzerne (Rituel de Langres, de V Extrême -onction), on fait une seule onction avec une baguette- un peu longue, que l'on brûle ou que l'on purifie ensuite. »
(4) Haec autem unctio ab lumbos sive renés omittitur semper in feminis, et etiam in viiis qui ob ipUrmilatem vix aut sine periculo moveri non possunt. (Rit. rom.)
n'achève de prononcer les paroles de la forme que lorsqu'il fait Fonction sur celui du côté gauche. Il essuie chaque onction avec un peloton de coton ou d'étoupe, qu'il met chaque fois dans un hassin ou dans un cornet de papier blanc, pour ne plus s'en servir. A mesure qu'il fait les onctions, il prononce les paroles qui y répondent. — Aux yeux, sur la paupière fermée : « Par cette onction sainte et par sa pieuse miséricorde, que Dieu vous pardonne tous les péchés que vous avez commis par la vue. » Le malade doit, dans ce moment, détester de nouveau tous les péchés qu'il a commis par la vue : tant de regards indiscrets, tant de curiosités criminelles, tant de lectures qui ont fait naître en lui une foule de pensées contraires à la foi et aux mœurs. — Aux oreilles Q) : « Par cette onction sainte et par sa pieuse miséricorde, que Dieu vous pardonne tous les péchés que vous avez commis par le sens de l'ouïe. » Le malade doit, dans ce moment, détester de nouveau toutes les fautes dont il s'est rendu coupable en écoutant avec plaisir des médisances, des calomnies, des propos déshonnètes , des chansons obscènes. — Aux narines : « Par cette onction sainte et par sa grande miséricorde, que le Seigneur vous pardonne tous les péchés que vous avez commis par l'odorat. » Dans ce moment, le malade doit détester de nouveau tous les péchés qu'il a commis par l'odorat, toutes les recherches raffinées et voluptueuses des parfums, toutes les sensualités, tout ce qu'il a respiré des odeurs de l'iniquité (2). — A la bouche, sur les levres (3) : « Par cette onction sainte et par sa grande miséricorde, que le Seigneur vous pardonne tous les péchés que vous
(1) Sur quelle partie des oreilles doit se faire l'onction? Le Rituel ro~ main ne contenant rien de précis sur ce point, on doit s'en tenir à la pratique du diocèse où l'on se trouve. La pratique la plus commune semble être de faire l'onction derrière les ore:'lles, entre elles et la tête {Correspondance de Rome, numéro du 24 a:ût 1850). Dans plusieurs diocèses, l'onction dont il s'agit se fait sur la partie inférieure des oreilles.
(2) Catéchisme de Couturier, t. iv.
(3J Ad os, compressis labris. {Rit, rom.)
avez commis par le sens du goût et par la parole. » Le malade doit, dans ce moment, détester de nouveau tous les péchés qu'il a commis en proférant des jurements et des blasphèmes, en faisant des excès dans le boire et dans le
manger... — Sur les mains : « Par cette onction sainte et par sa grande miséricorde, que le Seigneur vous pardonne tous les péchés que vous avez commis par le sens du toucher. » Le malade doit, dans ce moment, détester de nouveau tous les larcins, toutes les injustices dont il a pu se rendre coupable, toutes les libertés plus ou moins criminelles qu'il s'est permises... Les prêtres reçoivent Fonction des mains en dehors, parce qu'ils l'ont déjà reçue en dedans, au moment de leur ordination, et les autres malades en dedans (1). — Sur les pieds : « Par cette onction sainte et par sa grande miséricorde, que Dieu vous pardonne tous les péchés que vous avez commis* par .vos démarches.» Le malade doit, dans ce moment, détester de nouveau tous les pas qu'il a faits dans les voies de l'iniquité, tant de promenades scandaleuses, tant
d'entrevues criminelles L'onction des pieds se fait sur le
dessus'ou sous la plante, selon la commodité du malade, et aussi selon l'usage du diocèse où l'on se trouve (2). La pratique la plus commune semble être de la faire à la plante des pieds (3). — A la poitrine : « Par cette onction sainte et par sa grande miséricorde, que le Seigneur vous pardonne tous les péchés que vous avez commis par l'ardeur des passions. » Le malade doit, dans ce moment, détester de nouveau
(1) Rit. rom.
(2) Dubium. Utrum pedum pars superiorne an inferior ungenda sit in sacramento sacrae unctionis? — Nihil innovandum. Telle est la réponse que la sacrée congrégation des rites donna, le 27 août 1836, à Mgr l'évèque de Rennes, qui avait exposé que, dans plusieurs paroisses de son diocèse , on faisait l'onction sur le dessus des pieds , et dans d'autres sous la plante des pieds. (Voir Gardellini, t. vin, p. 232, 238.) — Anirnadvertendum est, nihil a rubrica quoad pedes dici, an in inferiori vel superiore parte inungendi surit. Ex hoc factum forlasse est, ut diversi diverso in loco pedes inungant, quidam nempe ad plantain, quidam ad tarsum, quidam ad metatursum. [lbid.} p. 227.)
(3) Correspondance de Rome, numéro du 24 août 1850.
in. 9K.
toutes les mauvaises pensées, tous les mauvais désirs aux quels il s'est abandonné, tous les sentiments de haine, de ver> geance, qu'il a nourris dans son cœur. — Aux reins: oc Par cette sainte onction et par sa grande miséricorde, que le Seigneur vous pardonne tous les péchés que vous avez commis parles mouvements déréglé? de la chair (1). » Le malade doit, dans ce moment, détester de nouveau tant de plaisirs illicites, tant de délectations charnelles... — Toutes les onctions se font en forme de croix afin d'imprimer sur le malade ce signe de la victoire de Jésus-Christ sur les puissances de l'enfer, et le gage de son amour pour les hommes . Si le malade est muet, on lui fait néanmoins l'onction sur la bouche, parce que, s'il n'a pas commis de péchés par l'organe de la parole, il a pu pécher par celui du goût, par la sensualité, etc. S'il est aveugle ou sourd de naissance, on ne dr.it pas faire, selon plusieurs théologiens, les onctions auv. veux et aux oreilles, parce qu'il n'a pu pécher par ces sen? selon d'autres, on doit faire ces onctions, parce qu'un k veugle de naissance peut avoir eu le désir devoir quelque objet déshonnête; un muet de naissance peut avoir eu la pensée ou le désir de proférer quelques mauvaises paroles. Si le malade manque de quelqu'un des membres sur lesquels on doit faire l'onction, on l'applique à la partie la plus prochaine ; par exemple, on fait l'onction au poignet d'un manchot.
D. Que fait h prêtre après les onctions? — R. Il récite une prière sur le malade, l'exhorte à la reconnaisse; • 5C envers Dieu, et lui met à la main un cierge bénit.
Explication. — *■ Les onctions acî evées, le prêtre se purifie les doigts avec de la mie de pain, iave ses mains et fait jeter l'eau dans le feu, ainsi que les pelotons qui ont servi à essuyer l'huile sainte. Il n'est point permis aux laïques de toucher ces objets; voilà pourquoi l'Église veut qu'on les brûle. Ensuite le prêtre s'approche du lit du malade, et,
(1) Quidquid per lumborum delectationcm deliquisti. (Rit. rom.)
— Ml —
tourné vers lui, il dit : « Seigneur, ayez pitié de nous
Kyrie, eleison, etc. — Prions. Seigneur Jésus-Christ, qui avez dit par votre apôtre saint Jacques : Quelqu'un parmi vow est-il malade? qu'il appelle les prêtres de V Eglise, et qu'ils prient pour lui, en l'oignant d'huile au nom du Seigneur, et la prière de la foi sauvera le malade et le Seigneur le soulagera, et s'il a commis des péchés, ils lui seront remis; nous vous en conjurons, ô Dieu notre Rédempteur, par la grâce de votre Saint-Esprit, prenez pitié du triste état de cet infirme; guérissez ses plaies, effacez ses péchés et délivrez-le de toutes les douleurs du corps et de l'âme ; donnez-lui, dans votre miséricorde, une santé pleine et entière, afin que, rendu à la vie par votre bonté, il puisse de nouveau se livrer avec zèle aux œuvres de piété; vous qui, étant Dieu, vivez et régnez avec le Père et le Saint-Esprit, dans tous les siècles des siècles. Ainsi soit-il.
Après cette oraison, le prêtre en récite deux autres, par lesquelles il conjure le Seigneur de délivrer le malade des maux qui l'accablent, de lui rendre la santé et de l'y maintenir.»
D. Que se pratique-t-il, dans plusieurs diocèses, après la récitation des prières dont il vient d'être parlé? — R. On présente au malade un cierge bénit.
Explication. — Dans plusieurs diocèses, le prêtre, après avoir fait les onctions et récité certaines prières, présente au malade un cierge allumé et bénit, en lui disant : « Recevez ce flambeau allumé ; il est le symbole de votre foi vive, de votre ferme espérance et de ^otre ardente charité. Gardez avec soin ces vertus et les autres que Dieu vous a données, afin que vous puissiez vous présenter devant lui avec confiance, et entrer avec tous ses saints dans la gloire éternelle, quand il vous invitera aux noces célestes. »
Le cierge que l'on présente au moribond est ordinairement un de ceux qui ont été bénits le jour de la Chandeleur; c'est pour lui rappeler que s'il a eu le bonheur de
chasser ae son âme les ténèbres du vice et du péché, il va bientôt contempler dans le séjour de la gloire celui qui est venu dans le monde pour être la lumière des nations, et qui, dans le ciel, est lui-même la lampe qui éclaire ce séjour de l'éternelle félicité (1).
D. Toutes les onctions dont il vient d'être parlé sont-elles nêces- Mires pour que le sacrement soit valide? — R. Non.
Explication. — Le pape Eugène IV, dans son instruction aux Arméniens, parle des sept onctions qui doivent être faites aux yeux, aux oreilles, aux narines, à la bouche, aux mains, aux pieds, aux reins. Ces sept onctions, retenues aujourd'hui dans le Rituel romain, sont-elles toutes nécessaires à la validité du sacrement? Tous les docteurs conviennent avec Suarez que les deux dernières, celle des pieds et celle des reins, ne sont pas nécessaires, tant parce qu'elles ne sont pas en usage dans toutes les Églises, que parce qu'il y a, comme nous l'avons dit, des cas où l'onction des reins doit être omise, honestatis et pvdoris causa. Les cing autres onctions sont-elles absolument requises? Benoit XIV pense que l'opinion de ceux qui sont pour la négative trouve un grand appui dans les Rituels récents des Églises particulières, lesquels permettent de ne faire qu'une seule onction, quand on ne peut les faire toutes (2).
D. Que doit faire le prêtre lorsqu'il a tout lieu de croire que le malade nJa plus quun instant à vivre? — R. Il doit se borner à une seule onction générale.
Explication. — S'il y a lieu de craindre que le malade n'expire avant que l'extrême-onction puisse lui être administrée avec toutes les cérémonies dont nous avons parlé , le prêtre omet ces cérémonies et se contente d'une onction générale (3). Le Pastoi^al de Matines, approuvé par la fa-
(1) Rocca, t. i,p.215.
(2) Benedict. XIV, De synod. diœces., lib. vu, cap. ni, § 3.
(3) Les théologiens recommandent de la faire de préférence sur les yeux.
culte de Louvain en 1588, et par le nonce apostolique de la Belgique et de l'Allemagne, Octave Frangipani, dit qu'en temps de peste ou de maladie contagieuse, il suffit d'oindre le sens le plus exposé et le plus commode pour Fonction, en prononçant cette formule générale : « Par cette sainte onction et par sa très-grande miséricorde, que Dieu vous pardonne cous les péchés que vous avez commis par la vue , l'ouïe, l'odorat, le toucher et la démarche (1). » Le Rituel de Paris prescrit que , lorsqu'on ne peut faire qu'une seu1^ onction, on doit oindre les yeux ou un autre sens, omettre toutes les autres prières, et prononcer simplement cette formule : « Par cette onction de l'huile sainte et par sa grande miséricorde, que Dieu vous pardonne tous les péchés que vous avez commis par les sens (2). » En cas de nécessité, en temps de peste, de maladie contagieuse, ou lorsqu'il est à craindre que le malade ne meure avant de recevoir les cinq onctions, on peut, dit Benoit XIV, user d'une des deux formules générales indiquées ci-dessus , en oignant seulement un des sens. Il ajoute qu'il est mieux d'oindre la tête, de laquelle proviennent tous les nerfs des sens (3). Si le malade survit, on continue les autres onctions. Dans le doute si le malade vit encore, le prêtre fait également les onctions sous la condition si vivis, sans l'exprimer, parce que la formule conditionnelle n'est usitée dans l'Église que pour le baptême. Si, après avoir administré l'extrème-onction par une seule onction, le prêtre s'aperçoit ou est averti que celui qu'il croyait mort est encore vivant, comme il n'est pas absolument certain, quoique cela soit plus probable, qu'une seule onction suffise pour la validité du sacrement (4), il doit faire, dans ce cas, les onctions qu'il a omises, et même recommencer celles que le
(1) Per istim sanctam imctionem et suam piissimam misericordiam, indulgeat tibi Dominus quidquid deliquisti per visum, auditum, odoratum, tactum et gressum.
(2) Peristam... indulgent tibi Dominus quidquid peccasti per sensus.
(3) Correspondance de Rome, n<> du 24 août 1850.
(4) VoirBened. XIV, De synod. diœces., lib. vu, c. xvm .
malade a déjà reçues, s'il s'est écoulé un certain temps, un iruart d'heure j par exemple, depuis la première administration, parce qu'alors on ne peut pas dire qu'il y ait union morale entre la première onction et les dernières (1).
Il n'est pas absolument certain, avons-nous dit , qu'une seule onction suffise pour la validité du sacrement ; mais il n'est pas nécessaire , pour qu'il soit valide, de faire une double onction aux sens qui sont doubles; par conséquent, il suffirait, à la rigueur, d'oindre un œil, etc. Cependant, comme le Rituel prescrit positivement la double onction dont nous venons de parler, le prêtre ne saurait y manquer, hors le cas de nécessité, sans se rendre coupable.
Si le prêtre qui administre l'extrême-onction à un moribond venait lui-même à mourir, et qu'il se trouvât dans l'impossibilité d'achever les onctions commencées, saint Charles Borromée dit que, dans ce cas, un autre doit le suppléer, sans oindre de nouveau les parties qui auraient été ointes ; parce que ce sacrement est composé de plusieurs formes et matières partielles.
C'est après l'extrême-onction que se donne la bénédiction, avec l'indulgence plénière in articulo moriis.
D. De quels ornements doit être revêtu le prêtre, lorsqu'il administre le sacrement de l'extrême-onction ? — R. 11 doit être revêtu d'un surplis et d'une étole violette.
Explication. — Xi la longueur du chemin ni la difficulté de la route ne seraient une raison suffisante pour l'administrer sans surplis et seulement avec une étoîe ; ainsi l'a déclaré la sacrée congrégation des rites (2). Si cependant le
(1) Si mora intermedia fuerit brevis, sine repetitione addat reliquas unctiones, quia sic moraliter adhuc censentur uniri prioribus : si vero longior intercesserit mora, v. g., unius quadrantis horae, répétât jam factas, quia tune non \identur priores cum posterioribus moraliter uniri. (Voir, t. il, p. 400.)
(2) .Dubium. An sacramentum extremae unctionis cum stola tantnm administra™ possit? — Resp. Négative. (S. R. C, die 16 dec. 1826, apud Gardeliini, t. vin, p. 290
danger Mait tellement pressant qu'il y eût tout heu de craindre que le malade ne dût bientôt expirer, le prêtre pourrait l'administrer sans étole et même sans surplis (1). — C'est seulement à la maison du malade que le prêtre se revêt du surplis et de l'étole violette ; la sacrée congrégation des rites a expressément défendu de porter solennellement Fhuile des infirmes en surplis et avec des flambeaux ; cet honneur n'est dû qu'au saint sacrement (2).
D. Peut-on administrer V extrême-onction à toutes sortes de personnes? — R. On ne peut la donner ni à ceux qui n'ont jamais pu pécher, ni à ceux qui ne sont pas réellement malades.
Explication. — 1° L'effet principal de l'extrême-onction étant d'effacer les péchés et les restes des péchés, il s'ensuit qu'elle ne doit pas être conférée à ceux qui n'ont jamais pu pécher : aux enfants qui ne sont pas parvenus à l'âge de raisQ.n*5 aux. insensés de naissance et qui l'ont toujours été: mais on la donne à ceux qui ont eu quelques intervalles de raison, parce qu'ils ont pu, pendant ce temps, se rendre coupables de quelque péché, et avoir, par conséquent, besoin au sacrement. — Dans le doute si un enfant était parvenu ou non à l'âge de raison, on lui donne l'extrêmeonction (3).
2° Le sacrement de l'extrême-onction ne peut être conféré qu'aux malades ; l'apôtre saint Jacques le dit expressément:
« Quelqu'un d'entre vous est-il malade ? qu'il appelle les « prêtres de l'Église. » Il paraît d'ailleurs évident, par les effets de ce sacrement, qu'il n'a été institué que pour les malades; on ne peat donc l'administrer à ceux qui ne le
(1) Gardellini, t. vin, p. 16. — S. Liguori, lib. vi, n° 277. — Mgr Gousset, Théologie morale, t. if, p. 426. — Voit, t. n, p. 401. — Le-> queux, t. il, p. 481.
(2) Oleum sanctum pro extrema unetione non est solcmniter ad infirmosdefcrendum cum superpelliceo ac lantcrnis. (S. R. G., die 28jan, 4600, apud Gardellini, t. i, p. 53.)
(3) Casus conscientiœ de mandate Benedicti XIV propositi et résolut^ p. 28.
sont point , par exemple à ceux qui vont se battre dans un combat ou qui entreprennent une navigation périlleuse, ni même à ceux qui sont sur le point de mourir, comme les criminels qu'on va exécuter. Une légère indisposition, une maladie même, mais qui ne présente aucun dangei , ne suffisent pas pour qu'on puisse recevoir l'extrême-onction ; mais il faut qu'il y ait danger probable de mort.
D. Faut-il attendre à la dernière extrémité pour recevoir Fexiréme-onction ? — R. Non, il ne faut pas attendre à la dernière extrémité.
Explication. — Quoique le sacrement de l'extrème-onction ne puisse être conféré qu'aux malades, ce serait cependant une erreur de croire qu'il faille attendre , pour le recevoir, que la maladie soit montée au plus degré, et qu'il n'v ait plnsaucun espoir de guérison, comme on pourrait le conclure faussement du nom à' extrême- onction. On l'appelle ainsi, comme nous l'avons déjà dit, parce que cette onction est ordinairement la dernière de celles que reçoit le chrétien, qui, ayant été oint au baptême et dans la confirmation, l'est encore à la fin de sa vie par ce sacrement. Mais il suffit, pour le recevoir, que la maladie tourne à la mort et que Ton craigne raisonnablement qu'elle ne survienne, et lorsqu'il est administré en temps opportun, le malade peut en recevoir plus pleinement les effets. Ajoutons que, si l'on ne voit pas plus souvent les malades recouvrer la santé, c'est que beaucoup de parents attendent qu'un malade soit à la dernière extrémité pour réclamer en sa faveur les secours de l'Église. Souvent alors il arrive que le prêtre n'a déjà presque plus qu'un cadavre sous les yeux. Si, par une cruelle pitié et une funeste complaisance, on n'avait pas différé si longtemps, le malade aurait pu profiter des fruits précieux du sacrement, et on l'en a privé en écoutant une aveugle tendresse ; mais, certes, ce n'est pas le sacrement qui l'a fait mourir ! Combien ne voyons-nous pas de personnes, au contraire, qui l'ont reçu plusieurs
fois, et qui jouissent d'une santé parfaite? « Le délai de Fextrême-onction jusqu'aux derniers moments, dit le cardinal de La Luzerne, est ce qui rend cette annonce si dure et si douloureuse à tant de malades. C'est ce malheureux, ce faux préjugé que l'extrême-onction ne doit être donnée que dans le dernier moment de la vie, qui effraie et trouble ceux à qui on la propose. S'ils savaient que ce sacrement doit être administré ù la première apparence du danger, s'ils étaient persuadés qu'on n''a pas attendu, pour les préparer à le recevoir,' que le mal eût fait des progrès irréparables, ils ne regarderaient pas la proposition qui leur est faite comme une annonce de mort ; ils le recevraient sans alarmes ; ils considéreraient comme un secours ce qu'ils envisagent comme la dernière ressource du désespoir (1).
= D. Pourquoi ne faut-il pas attendre à la dernière extrémité pour recevoir ïextpcme-onctioji? — R. Parce que, en différant trop, on ne se prépare pas aussi bien, et qu'on s'expose même à mourir sans avoir reçu ce sacrement.
Explication — Quand on a encore toute sa connaissance, on reçoit l'extrême-onction avec bien plus d'efficacité, parce qu'on y apporte de meilleures dispositions. D'ailleurs, en différant jusqu'au dernier moment, on court risque de mourir sans l'avoir reçue ; il arrive souvent que ceux qui retardent ainsi sont prévenus parla mort. — L'usage exista, pendant plusieurs siècles, de donner l'extrême-onction dans l'église, aux malades agenouillés ou assis, ce qui se pratique encore chez les Grecs. N'est-ce pas une preuve évidente que ce sacrement ne se donnait pas seulement lorsqu'on était à l'extrémité , mais qu'un malade, dès qu'il s'apercevait que sa vie était en danger, s'empressait de recevoir l'onction salutaire? Peu à peu cet empressement s'affaiblit, et l'on se persuada que l'administration du sacrement ne devait se faire qu'à l'extrémité. Cette erreur
(1) Rituel de Langres, in-4°, p. 446.
prit son origine dans un préjugé dominant au xme siècle, savoir : qu'il n'était plus licite, après avoir reçu l'extrêmeonction, de retourner à son épouse, de manger de la chair ou de marcher nu-pieds (i).
D. Lonne-t-on l'extrême-onction à ceux qui, sans être malades, doivent cependant bientôt mourir, ou qui du moins y sont exposés ? — R. Son.
Explication. — On donne l'extrême-onction aux vieillards qui sont tellement décrépits qu'ils semblent devoir mourir de jour en jour de défaillance, quand même ils n'auraient pas d'autre maladie; mais on ne la donne, comme nous l'avons déjà dit, ni aux soldats qui vont combattre les ennemis de l'État, ni à ceux qui entreprenneri une navigation longue et périlleuse, ni aux malheureux condamnés à mort. Si cependant un de ces derniers était tellement malade qu'il y eût lieu de craindre qu'il ne vint à mourir avant l'exécution, on lui administrerait le sacrement. Il en serait de même si , ayant été condamné à avoir les membres rompus, il survivait à ces horribles tortures ; c'est du moins ce qu'enseignent Gobât et plusieurs autres théologiens (2).
D. Donne-t-on V extrême-onction aux malades qui ont perdu connaissance? — R. Oui, à moins qu'ils ne l'aient perdue dans l'acte même du crime.
Explication. — On donne également l'extrême-onction à ceux qui, après l'avoir demandée, ou après avoir donné des marques de contrition, ont tout à coup perdu connaissance. On n'en prive pas non plus ceux qui, ayant vécu chrétiennement, perdent subitement l'usage des sens, parce qu'on a tout lieu de croire qu'ils souhaitent qu'on leur procure, en danger de mort, tout ce qui peut être utile à leur salut. On n'en prive pas même ceux qui ont vécu d'une manière
(1) Martène, De ant. Eccl. ritibus, lib, c. n° 9.
(2) Voir Corsetti, p. 355.
peu chrétienne, mais qui n'ont donné, avant de perdre connaissance, aucune marque d'irréligicn ni d'impiété, parce qu'on peut supposer que la grâce a touché leur cœur, et que, s'ils pouvaient parler, ils exprimeraient peut-être le désir de recevoir le secours de la religion; mais on la refuse à tous ceux qui ont perdu connaissance ^ans l'acte même du crime (i).
D. Peut-on donner plusieurs fois V extrême-onction à un malade dans la même maladie? — R. Non,, on ne peut la lui donner qu'une fois.
Explication. — Il fut un temps où l'onction des infirme se répétait pendant sept jours consécutifs; plusieurs anciens rituels font mention de cette coutume et en font même une obligation (2). D'après la discipline actuelle de l'Église, l'extrême-onction ne s'administre qu'une fois pendant# la maladie. Mais si, la maladie se prolongeant, le darïger de mort disparaît et revient ensuite, on administre le malade une seconde fois (3).
D. Celui qui a reçu l'extrême-onction sans être suffisamment disposé, peut-il recevoir plus tard la grâce que ce sacrement a la vertu de produire ? — R. Oui, en se repentant vivement et amèrement de ses péchés.
Explication. — Lorsque l'extrême-onction n'a pas produit ses effets, faute de dispositions de la part de celui qui l'a reçue, la grâce sacramentelle revit par la pénitence; c'est du moins le sentiment d'un grand nombre de théologiens (4). Il reste par conséquent une ressource au malade
(1) Rituel de Belley, t. i, p. 329.
(2) Voir les Mélanges théologiques , lre série, 4a cahier, p. 44.
(3) Benedictus XIV (De synod. diœces., lib. vu, c. xxrn), parochos monet « ne nimium scrupulose in hoc se gérant ; sed, si dubitent aa rêvera status morbi sit immutatus, vel an nunc idem an diversum adsit vitae periculum, ad sacramenti iterationem propevideant; to quod hœc iteratio conformior sit veteri consuetudini Ecclesiœ, et per eais ncyuo: spirituale subsidium infîrmo obveniat. »
(4) Probabilis est sententia dicens reviviscere sacramentum extremao
qui a reçu indignement ce sacremont, c'est le repentir : et dès qu'il sera bien disposé, il obtiendra les effets de l'extrême-onction, que, son indignité avait suspendus.
D. Doit-on jconférer Yextrème-onction avant le viatique? — R. Il est mieux de ne conférer i'exlrême-caciion qu'ctprès le viatique.
Explication. — Dans les temps antiques, selon la re» marque de Benoit XIY (1), on conférait l'extrême-onction avant le viatique, et aussitôt après la confession sacramentelle; mais cette pratique ne fut pas constante et universelle dans toutes les Églises. Plusieurs monuments historiques nous apprennent que dans plusieurs lieux on administrait le viatique avant de conférer l'extrême-onction, ce qui fut ensuite, au témoignage du cardinal Santorius, observé tant dans l'Église occidentale que dans l'Église orientale. Le Catéchisme du concile de Trente prescrit de s'en tenir à cette pratique, et Suarez en donne la raison suivante : « L'eucharistie se donne comme une nourriture destinée à procurer de la force dans le voyage; il est donc convenable qu'on n'attende pas le dernier péril de la vie ; l'extrême-onction, au contraire, est appelée le sacrement des mourants, sacramentum exeuntium, et elle a été instituée pour servir de dernier secours (2). » Toutefois, il est d'usage aujourd'hui, dans la plupart des diocèses, de donner l'extrême-onction avant le saint viatique, et cela par plusieurs motifs : 1° afin que le malade la reçoive avec plus de connaissance; 2° parce qu'il est convenable et plus conforme à la haute pureté de conscience qu'exige la réception du corps et du sang de Jésus-Christ, de la faire précéder du sacrement qui efface les péchés et les restes des
unctionis, eodem morbi statu durante. Rationera congruentiae dant.quod illuù sit initerabile, cujus tainen gratia in illo statu estnecessaria. (Dens, t. /, p. 113.)
(1) De synod. diœces., lib. vu, cap. iv, § 4.
(2) Correspondance de Rome, n° du 24 août 1850.
éâ ; 3" pour éviter de donner une nouvelle secousse au malade et à ceux qui l'entourent, ce qui arriverait fréquemment si on ne lui donnait l'extrême-onction que quelque temps après lui avoir administré le saint viatique, surtout dans les familles peu chrétiennes ou peu instruites, jjui se sont accoutumées à regarder l'extrême- onction comme une annonce décisive de la mort.
D. Que doivent faire les personnes qui se trouvent qugrês d'un malade? — R. Elles doivent faire tout ce qui leur est possible pour déterminer le malade à recevoir les derniers sacrements.
Explication. — Presque toujours le malade se fait illusion sur son état; ceux qui l'entourent doivent prendre toutes les précautions qu'inspirent la prudence et la religion pour lui faire connaître le danger où il est, et le déterminer à faire venir un prêtre. Si, par négligence ou par une hausse tendresse, et sous prétexte de ne pas inquiéter ceux qu'on aime, on était cause qu'une personne mourût sans avoir reçu les derniers sacrements, que de reproches n'aurait-on pas à se faire? quelle terrible responsabilité n'assumerait-on pas sur soi? Laisser tomber une âme dans l'enfer! quelle cruauté! quelle barbarie !... Mais, dit-on, si je lui parle de confession, je vais augmenter son mal ? A •cela, nous répondrons qu'on se trompe presque toujours sur les véritables dispositions des malades; on s'imagine que la vue d'un prêtre produira sur eux une fâcheuse impression ; qu'ils vont s'emporter, dire des injures, proférer des blasphèmes..., et ordinairement il arrive tout le contraire. Combien de fois, depuis que nous exerçons le saint ministère, n'est-on pas venu nous dire : Un tel est dangereusement malade, mais il n'est pas facile de l'aborder ; c'est un homme d'un caractère violent et emporté. ..y c'est un incrédule, un impie, un libertin... ; si vous vous présentez devant lui , nous ne répondons pas de ce qui arrivera? Nous nous sommes présenté, et presque toujours on nous a accueilli le sourire sur les lèvres, et il n'est presque
jamais arrivé qu'on ait refusé les secours de la religion. Ceux mêmes qui témoignaient d'abord quelque répugnance à se confesser, n'agissaient ainsi que parce qu'ils ne connaissaient pas la position où ils étaient, ou parce qu'ils avaient une idée fausse des derniers sacrements et des effets qu'ils produisent. Pour les déterminer à se montrer dociles à notre voix, il suffisait de leur présenter que les sacrements, loin de faire mourir personne, procuraient, au contraire, à ceux qui les recevaient dignement, beaucoup de soulagement et de consolation. — Un grand nombre de malades meurent sans avoir reçu les sacrements, et c'est ordinairement la faute de ceux qui les entourent. Si un malade était assisté, dans ses derniers moments, de personnes véritablement chrétiennes, celles-ci ne craindraient pas de lui parler de Dieu, de l'autre vie, de l'éternité... Mais trop souvent, hélas ! autour du lit d'un moribond , il ne retrouve que des chrétiens lâches et indifférents , des chrétiens timides et sans caractère, des chrétiens qui , ayant abandonné depuis longtemps les pratiques religieuses, n'osent pas s'exposer à s'entendre faire cette objection, à laquelle il est si difficile de répondre : « Vous me parlez des sacrements, pourquoi donc n'en approchez-vous pas? » Heureux, mille fois heureux celui qui, étendu sur un lit de douleur, est confié aux soins d'une sœur de charité, d'une sœur garde-malade , il y a tout lieu de croire qu'il ne mourra pas sans confession. Pourquoi? Parce qu'on aura le courage de le rappeler à ses devoirs, et qu'on saura lui faire comprendre qu'en lui parlant des sacrements, oa lui annonce, non pas la mort, mais un secours précieux et puissant qu'il ne tient qu'à lui de se procurer. — Enfin, on tient quelquefois à un moribond un étrange langage : on l'exhorte ex recevoir la visite d'un prêtre pour ne pas mettre sa famille dans l'embarras, pour ne pas contrister une épouse et des enfants, en un mot pour sauver les apparences. Ceux qui parlent et pensent de la sorte, ceux qui regardent la réception des derniers sacrements comme une
pure formalité qu'il faut remplir afin de ne pas être privé de la sépulture ecclésiastique, ne sont pas véritablement chrétiens. Un malade qui ne se décide à voir un prêtre que par les motifs que nous venons d'énoncer, est dans de bien tristes dispositions; et s'il a le malheur de ne se confesser que pour la forme, et de recevoir l'extrême-onction et le saint viatique uniquement pour plaire à sa famille e* à ses amis, il profane trois sacrements qui deviennent pour ui autant de gages de réprobation.
D. Un catholique peut-il se charger de demander un ministre pour assister un malade d'une autre communion? — R. Non, il ne le peut pas.
Explication. — ïl arrive, ou du moins il peut arriver souvent que, dans un hôpital desservi par des religieuses ou par d'autres* catholiques, des personnes d'une confession différente, des protestants, par exemple, soient admis; si ces personnes font demander un ministre de leur secte, un catholique peut-il se charger du message? Telle est la question qui a été adressée tout récemment à la congrégation du saint Ouice. — Bentirim, savant canoniste allemand, est le seul auteur peut-être qui discute ce cas, et il le résout négativement. « Il paraît dur, à la vérité, et presque inhumain de se montrer difficile sur ce point. Mais leprédicant ne peut administrer au malade un sacrement valide. Ce qu'il lui dira peut tout au plus servir à l'affermir dans ses opinions erronées, à l'endormir dans une fausse sécurité. Peut-être, au contraire, les pieuses consolations d'un catholique sincère, consolations que le malade acceptera avec plaisir, si son pasteur ne parait pas, pourront-elles le ramener à résipiscence. Le catholique, qui ne damne personne, doit admettre que le protestant parviendra plutôt au salut sans le prédicant qu'avec son aide. Oui, il doit craindre que les derniers efforts du ministre sur le malade n'entraînent celui-ci dans l'abîme éternel. Maintenant, qu'on décide quelle est l'obligation du
catholique en pareil cas (I). » — D'ailleurs, c'est un principe posé par saint Thomas (2) et admis par tous les théologiens, que les infidèles pèchent en observant leurs cérémonies religieuses, d'où il suit qu'on ne peut y prendre aucune part. Mais appeler un ministre hérétique pour venir exercer un acte de religion,. n'est-ce pas évidemment prendre part aux cérémonies religieuses d'un faux culte? L'action d'appeler le ministre ne peut-elle pas être comparée à celle du catholique qui sonnerait la cloche d'une église protestante pour donner le signal des offices ? Or, d'après les meilleurs théologiens, il n'est pas permis à un catholique de sonner la cloche d'une église protestante, pas plus qu'il .ne lui est permis d'y remplir les fonctions d'organiste, do sacristain, etc.; parce que ce serait coopérer directement aux cérémonies des hérétiques, ce qui est mal en soi (3). — Un catholique peut-il aller trouver un ministre hérétique pour obtenir une atr tation que tel enfant est baptisé? ou encore peut-il le faire venir pour déclarer à la famille le nom de l'enfant baptisé auparavant? Si cette démarche, disent les théologiens, emporte la reconnaissance du ministère spirituel du pasteur hérétique, elle ne peut avoir lieu (4). Si donc une semblable démarche est condamnée par les auteurs, à plus forte raison doit-on condamner celle qui a pour but immédiat l'exercice du pouvoir spirituel dont, le ministre protestant se prétend revêtu. Il y a donc coopération à cet acte; il y a, pour ainsi dire, communicatio in divinis. On ne pouvait donc douter de la réponse qu'allait donner la sacrée congrégation du
(1) Bintirim, cité dans xges théologiques, 2e série, p. 85.
(2) il, 2. q. 10, art. 11.
(3) An liceat cathoiico in templo hsereticonun agere aedituum aut organistanij aut pulsare campanas, quibus iili ad templum convocantur ? — Respondeo négative; quia exercendo illas functiones, directe cooperatur ritibus haeretîcorum, quod est per se malum, adeoque nulla spe lucri potest reddi licitum aut honestum. (Ardekin, T/ieol. tripartita universa, t. u, part, n, tract. 6. — Lessius, Opuscula posih., verbo Hœretic, cas. 2.)
(4) Si actio illa habeat aliquid sacri, vel sit récognitif) potestatis, aut ininisterii spiritualis, non licet. (De Lugo, De fide, disput. 14, sect. v.)
saint office, savoir : qu'un catholique ne pouvait pas se charger, sans se rendre grandement coupable, de demander un ministre pour assister un malade d'une autre communion (1).
D. Y a-i-il obligation pour les médecins d'engager leurs malades, lorsqu'ils [les voient en danger de mort, à recevoir les derniers sacrements ? — R. L'Église leur en fait une obligation expresse.
Explication. — Le quatrième concile de Latran a porté, sur ce sujet, un célèbre décret dont voici la substance : « Comme l'infirmité corporelle provient souvent du péché, « ainsi qu'on peut le conclure de ces paroles de Jésus-Christ « à un infirme qu'il avait guéri : Allez, et ne péchez plus, « de peur qu'il ne vous arrive quelque chose de plus fâcheux, « nous ordonnons aux médecins des corps, lorsqu'ils seront « appelés auprès des malades, de les exhorter à avoir re- « cours, avant tout, aux médecins des âmes, afin qu'après « avoir guéri leur âme, les remèdes agissent avec plus d'efa fîcacité sur leur corps, parce que, lorsque la cause cesse, « l'effet cesse également. » — Le concile impose cette obli-
(1) D.N. Sanctitati Vestrae humiliter exponit, quod in civitate M.... existât hospitium cujusipse rector et capellanus est, ac in quo infirmerum curam gerunt moniales, dictae N. N. Cum autem in hoc hospitio subinde recipiantur acatholicae rcligionis sectatores, ac iidem ministrum haereticum, a quo religionis auxilia et solatia recipiant, identidem pétant : qaœrituT utrum prœfatis monialibus falsaî religionis piinistrum advocare licitum sit? Quuiritur insuper utrum eadem danda sit solutio, ubi haereticus infirnius in domo privata cujusdam catholici degit; utrum scilicet tune catholicus ministrum hfereticum advocare licite possit ?
F cria IV, die 15 martii 1848.
In congregatione gcnerali S. Rom. et universalis inquisitionis in conventu S. Mariae supra Minervam coram emin. et rêver. S.R. Eccl. cardiualibus, in tota republica contra haereticam pravitatem generalibus inquisitoribus a S. sedu apostolica deputatis, audita relutione suprascripti supplicis lrbelli, una cum voto DD. consul toru m ; iidem emin. et rêver, domini dixerunt : — Juxta exposita, non liccre; — et addiderunt : — ç Passive se habeant.
Angélus Argenti, S, R. et univ. inquis. notarius. m. 26
gafton aux médecin?, sous peine, d'être privés de rentrée de l'église, jusqu'à es qu'ils aient fait une pénitence cou
le ; et comme l'âme est plus précieuse que le corps, il leur défc ..' . Lne d'excommunication, de jamais con-
seiller aucun remède qui puisse porter préjudice aux inté-
spirituels des malades (i).
='D. C ns faut-il apporter mi sacrement de
le-onction? — R. Il faut se confesser, si on le peut; si ne le peut pas, s'exciter de tout son cœur à la coh
ode connance dans la miséricorde de Dieu, se : at à sa volonté; et lui faire le sacrifice de sa vie.
Explication. — 1° L'extrême-onction étant un sacrement Qts, ne conférant point la grâce première et n'V
pour remettre les péchés mortels, il est : e que le n y prépare par une benne co:
ï mette en état de grâce. 2° S'il est hors d'état de se confesser, il doit s'exciter à un vif regret, de ses fa, lequel regret, joint à l'extrème-onction, opérera en lui ce que n'a pas opéré peut-être l'absolution non précédée de la confession : c'est-à-dire le réconciliera avec Dieu, ou, s'il a
. obtenu cette faveur, achèvera de le purifier. Il doit 3° avoir une grande confiance dans la miséricorde de Dieu;
2 confiance, Jésus-Christ l'a toujours exigée des malades qui lui demandaient leur guérison ; et saint Jacques insinue assez clairement la nécessité de cette disposition, lorsqu'il dit que la prière, accompagnée de foi (oratio fidei), guérira le malade. 4° Il doit se résigner entièrement à la volonté de il daigne lui rendre la santé, soit qu'il lui
Lse de prolonger ou d'aggraver ses souffrances, soit qu'il juge à propos de l'appeler promptement à lui, remettant avec confiance tous ses intérêts entre les mains d'un père qui
me tendrement et qui ne désire que son bonheur nour le
(i) Cône. Lateranense iv, can. 22, apud Catalani. Concil. generalia commentariis illustrata, t, m, p. 294. '
temps et pour l'éternité. Lorsqu'un malade s'abandonne à de pareils sentiments, la mort perd beaucoup de son amertume; il la voit arriver sans crainte et comme devant le mettre en possession d'un bonheur qui ne fiuira jamais. — Les dispositions dont nous venons de parler regardent ceux qui reçoivent l'extréme-onction avec toute leur connaissance. On l'administre aussi, comme nous l'avons dit, aux personnes qui ont perdu connaissance, surtout si elles vivaient chrétiennement ou si elles ont donné, avant de perdre l'usage des sens, quelques marques de contrition. L'Église, qui sait que les sacrements ont été institués pour les hommes (sacr cimenta propter hommes), aime mieux les hasarder, dans certaines circonstances, que d'en priver ceux à qui ils peuvent être utiles.
= D. Que doit faire le malade qui a reçu ce sacrement? - R. Il dortîemereier Dieu de ses grâces et ne plus penser qu'à la mort et à l'éternité.
Explication. — Après avoir reçu l'extréme-onction, le malade doit remercier Dieu de la grâce qu'il vient de lui accorder, en le purifiant du reste de ses péchés, former la résolution de ne point se laisser aller volontairement à l'impatience, offrir à Dieu ses souffrances et ses douleurs, ne plus s'occuper des choses d'ici-bas (à moins qu'il n'ait à régler quelque affaire temporelle, par exemple, à faire son testament), mais uniquement des choses du ciel et de l'éternelle félicité que Dieu réserve, dans la céleste patrie, à ceux qui meurent dans sa grâce et dans son amour. — Toutefois, il n'est pas défendu à un malade de conserver toujours quelque espoir de recouvrer la santé, à quelque extrémité qu'il se trouve réduit. La religion l'y autorise, puisqu un des effets que peut produire l'extréme-onction ; mais il doit, avant tout, vouloir ce que Dieu veut, et être fermement résolu, s'il obtient sa guérison, à mener constamment une vie chrétienne et édifiante.
= D. Que doivent faire les assistants ? — R. Ils doivent s'unir au prêtre, prier pour le malade, et penser à ce qu'ils deviendront eux-mêmes un jour.
Explication. — Les assistants doivent unir leurs prières à celles du prêtre, et conjurer le Seigneur d'accorder au malade la patience, la résignation et le don de la persévérance; ne point oublier qu'un jour, et peut-être bientôt, ils seront eux-mêmes étendus sur un lit de douleur; demander à Dieu la grâce de mourir avec les sacrements de l'Église, et se préparer par une vie sainte au terrible passage du temps à l'éternité.
D. Où doit être conservée l'huile des infirmes? — R. Plusieurs conciles veulent que l'on conserve l'huile des infirmes dans un petit enfoncement ou tabernacle pratiqué dans le mur. du côté de l'évangile, et fermant à clef.
Explication. — Plusieurs conciles, et en particulier le troisième concile provincial de Milan, le recommandent expressément : c'est, dit Gardellini, ce qui se pratique partout (1). Ainsi, c'est du côté de l'évangile, dans un enfoncement pratiqué dans le mur, et dans un tabernacle distinct de celui où Ton conserve la sainte eucharistie, qu'il convient de déposer le vase qui contient l'huile des infirmes, afin que le piètre l'ait pour ainsi dire sous la main, lorsqu'il administrera Fextrême-onction à un malade en même temps que le saint viatique (2). Le curé doit en avoir la clef; cette précaution, prescrite par le Pontifical romain, a pour but d'empêcher toute profanation (3). — Cependant, en cas de
(1) Gardelîini, t. vin, p. 17.
(2) En Angleterre, dans un grand nombre d'églises, on conserve dans une petite armoire, creusée dans le mur, l'huile des infirmes, et sur la porte on grave ou l'on peint ces mots : Oleum infirmorum. Cela entre bien dans l'esprit de la rubrique du Rit. rom.3 qui veut que l'on garde l'huile des infirmes in loco nitido et decenter ornato. (Art. de M. l'abbé Haignere, Voix de la Vérité, n° du 2 sept. 1849.)
(3) Ne ab aliquo nisi sacerdote temcre tangatur (oleum infirmorum) aut eo sacrilège quispiam possit abuti. (Pontif. rom.)
nécessité, par exemple, si le presbytère était très-êloigné de l'église, l'huile des infirmes pourrait y être conservée, mais dans un lieu convenable et décent; ainsi l'a déclare la sacrée congrégation des rites (1). - Quant au saint chrême et à l'huile des catéchumènes, qui servent dans 1 administration du baptême, il convient et il est tout naturel de les conserver auprès du baptistère (2).
TRAITS HISTORIQUES
GABRIEL DE VAUFLEURY.
Gabriel de Vaufleury, né à Laval, fut atteint d'une fièvre maligne épidémique qui régnait dans le pays vers le milieu de 1826. Cette maladie si douloureuse ne lui arracha pas une plainte. Son intention était d'éloigner toute inquiétude de 1 esprit de ses parents, et, dans la crainte de les alarmer. Un osait parler des derniers sacrements. Cependant, le jour de iNoel, se sentant plu» mal, il dit à sa mère que, si cela ne lui faisait paa de peme, il serait bien aise de pouvoir communier. Celle-ci, qui n'avait aucune inquiétude par le soin qu'on avait pris de lui donner le change sur l'état du malade, l'assura qu au contraire cela lui donnerait beaucoup de consolation, et elle envoya chercher le confesseur. Il fut convenu que le lendemain on lui apporterait le saint viatique; mais le mal fit de tels progrès • qu'on jugea à propos d'y joindre l'exli-êmc-onction. .On neut tU même le temps de L'en prévenir d'avance. Le médecin, qui craignait peut-être l'impression que cette cérémonie inattendue pouvait lui faire, dit : Mais je n'ai pas parlé de t' extrême-onction ' Gabriel répliqua avec vivacité : Pourquoi donc ? moi j en suis bien content, c'est un si beau sacrement ! 11 présenta lui-même ses mains aux saintes onctions avec une ferveur admirable; il répondit à toutes les prières, et lorsqu'on lui présenta le corps
(\) Sacerdotes curam animarum exercentes pro sua commoditate apud Bcindomibus suis retinent sanctum oleum irifirmorum ; quœritur an, attenta consuctudinc, honc praxim retincre valeant?- Resp. Négative, et servetnr Rituale Romanum; excepto tamen casu magnœ distantiœ ab ecclesia; quo in casu, omnino serventur etiam domi rubricœ quoad honestam, et decentem, tutamque cusiodiam. (S. II. C, die 16 dec. 1826, apud P.ardellinl, t. vin, p. 29.) ;
(2; Voir sur ce sujet Cavalieri, t. IV, p. 265. — Catalani, m Rit. rom
oe rvo?re-Seigneur, il sembla s élan de toutes ses forces audevant de lui. Dieu lui avait fait la grâce de conserver toute sa présence d'esprit pendant la cérémonie. Lorsqu'elle fut terminée, sa mère lui dit : Mon infant, Xotre-Seigneur. durant sa vie mortelle, a guéri tant de malades, que f 'espère la mêmt : la visite quil vient de te faire. — Je l'espère aussi, maman, h quand ce\a ne serait pas ?... C'est le seul mot qu'il ait osé lui dire touchant son état, mot précieux qui atteste quelque chose de plus qu'une simple résignation aux ordres de la Providence. Toute la journée qui suivit la réception des sacrements, il ne cessa de répéter combien il se trouvait heureux. On craignait de me faire une impression fâcheuse, disait-il, je rien ai éprouvé d'autre que celle d'une grande joie. Une heure avant d'expirer, il répéta encore un acte d'amour de Dieu avec son confesseur, qui ne le quitta qu'après lui avoir fermé les yeux. C'était le jour de Saint-Jean, 27 décembre 1826.