LE LÉONARD
Le Léonard (habitant d'une partie de la Bretagne appelée le Léonais; est resté profondément croyant; pour lui, point d'action importante sans que la religion y intervienne. La maison qu'il vient de faire construire, l'aire nouvelle, le champ auque. il demande sa moisson, appellent également les cérémonies pieuses; mais c'est surtout à l'heure de la mort que se montre toute la piété du Léonard. Le prêtre est là qui lui confère les derniers sacrements; le mourant les reçoit avec calme. Retiré au fond de lui-même en présence de son Dieu, il meurt au bruit des prières, soutenu par la pensée que son arrivée dans l'autre monde sera éclatante, et qu'il entrera en triomphe dans la céleste Jérusalem. Les regrets de la famille sont graves et saints, mais elle ne fera rien pour écarter la triste image de sa perte. Le Léonard est dur à sa pauvre àme comme à son corps. 11 ne quittera point la chambre où gît le cadavre ; il verra allumer les cierges, coudre Je suaire, clouer le cercueil, et quand les fossoyeurs viendront, il se lèvera pour les suivre; il ira, cheveux épars, à la suite du corps; il entendra la terre tomber lentement sur le cercueil, et ne se retirera que lorsque tout sera terminé, lorsque le prêtre aura dit : Qu'il repose en paix. M n'y a rien scus le ciei de plus déchirant que cette courageuse tendresse d'un pauvre abandonné, conduisant jusqu'à, la fosse le cadavre de celui qu'il aima! Ce luxe de douleur a quelque chose qui saisit le cœur et le brise... Et ne croyez pas que les
honneurs rendus à ses morts par le Léonard finissent aussitôt le tombeau fermé; non, des messes sont dites encore longtemps pour le repos de l'âme de celui qu'il pleure. Chaque dimanche il viendra prier sur sa tombe... Qui manquerait à ce devoir sacré serait montré au doigt comme un méchant et un impie (1),