‹ Explication historique, dogmatique, morale, liturgique et canonique du catéchismeChapitre 86 sur 139 · DE L'ORDRE · texte numérisé non relu

DE L'ORDRE

= D. Qu'est-ce que l'ordre? — R. L'ordre est un sacrement qui donne le pouvoir de remplir les fonctions ecclésiastiques, et la grâce pour les exercer saintement.

Explication. — Le mot ordre a plusieurs acceptions. Il signifie: 1° l'arrangement et la disposition des choses mises en leur rang, à leur place: c'est en ce sens que l'on dit: L'ordre admirable que Dieu a mis dans cet univers; 2* la loi, la règle établie par la nature, par l'autorité, par les bienséances, par l'usage; c'est dans ce sens que Ton dit: Ce que vous faites là est dans l'ordre, n'est pas dans l'ordre... 3° Il

(1) Revue d'anthropologie catliolique, n° 11, p„ 854 et suiv.

s'entend des différentes classes subordonnées entre elles qui forment un état, une corporation ; c'est dans ce sens que l'on dit: En France, les états étaient composés de trois ordres: l'ordre de la noblesse, l'ordre du clergé, l'ordre du tiers état. 4° Il signifie aussi une compagnie dont les membres s'engagent à vivre sous de certaines règles, avec quelque marque extérieure qui les distingue ; c'est dans ce sens que l'on dit- L'ordre de Saint-Benoit, l'ordre des Frères-Prêcheurs. 5° 11 signifie encore le commandement d'un supérieur, etc., etc. 6° Enfin il signifie, et c'est dans ce sens que nous le prenons ici, un sacrement de l'Église par lequel celui à qui l'évêque le confère reçoit le pouvoir de remplir les fonctions ecclésiastiques. Le nom (ordre) que l'on donne à ce sacrement, vient de ce que ceux qui le reçoivent forment dans l'Église un ordre, une classe à part, essentiellement distincte de l'état des laïques ou simples fidèles.

D. L'ordre est-il un sacrement de la nouvelle loi? — R. Oui, Tordre est un sacrement de la nouvelle loi.

Explication. — Que l'ordre soit un sacrement de la loi nouvelle, c'est un dogme de foi catholique, défini en ces termes par le concile de Trente: «Si quelqu'un dit que l'or- « dre, ou la sacrée ordination, n'est pas véritablement et « proprement un sacrement institué par Notre-Seigneur « Jésus-Christ, ou que c'est une invention humaine ima- « ginée par des gens ignorants des choses ecclésiastiques, « ou bien que ce n'est qu'une certaine forme et manière de a choisir des ministres de la parole de Dieu et des sacre- « ments, qu'il soit anathème (1). »

Les divines Écritures, selon la remarque du même concile (2), sont formelles sur ce point. Jésus-Christ, après avoir institué l'eucharistie, ordonna à ses apôtres et à leurs successeurs dans le saint ministère, de faire, dans la suite de

(1) Conc. Trid., sess. xxm, can. 3.

(2) Ibid.

tous les siècles, ce qu'il avait fait lui-même, c'est-à-dire de changer le pain en son corps et le vin en son sang1 (1). En leur donnant le pouvoir de remettre les péchés, il leur dit : « Recevez le Saint-Esprit; les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez (2). » Il est raconté au sixième chapitre des Actes des Apôtres, qu'on leur présenta les sept disciples destinés au diaconat, et qu'ils leur imposèrent les mains. Saint Paul exhorte son disciple Timothée à ne point • négliger la grâce qui lui a été donnée par l'imposition di mains, et à rallumer de plus en plus le feu de cette mémo grâce (3). Il résulte évidemment de ces divers textes sacrés que Tordre est un rite extérieur ou une cérémonie sensible, instituée d'une manière fixe, permanente et durable, par Jésus-Christ, pour consacrer ses ministres, leur donner le pouvoir de remplir les fonctions ecclésiastiques et leur communiquer les grâces dont ils ont besoin pour s'en acquitter lignement. Ainsi, nous trouvons dans l'ordre toutes les conditions requises pour un sacrement: le signe sensible, la vertu de produire la grâce, et l'institution de Jésus-Christ; L'ordre est donc un sacrement.

= D. Quelles sont les fonctions ecclésiastiques? — R. Les principales fonctions ecclésiastiques sont de célébrer la sainte messe et de conduire les âmes au ciel en leur prêchant la parole divine et en leur administrant les sacrements.

Explication. — Ce que nous allons dire, mes enfants, doit être pris dans un sens général; nous parlerons bientôt des divers ordres qui existent dans l'Église et des fonctions propres à chacun.

Le sacrement de l'ordre produit deux effets principaux dans ceux qui le reçoivent (4): le premier est la grâce, non pas celle qu'on appelle la grâce première, qui d'un pécheur

(ï) Luc, xxn, 19.

,2) Joaru, xx, 22, 23.

(3) I Tira., iv, 14. — Il Tira., i, 6.

(4) Voir, dans la leçon des Sacrements en général, p. 16 et suiv., ce que nous avons dit des dispositions avec lesquelles il faut les recevoir.

fait ub juste, mais la sec ' rend plus juste en-

core et pi ble à Dieu celui qui est ordonné, et qui

lui donne les moyens de s'acquitter dignement et avec piété fonctions sacrées. Le second effet de ce sacrement est d'i maer dans Came un caractère ou marque spirituelle inefle, de même que le baptême et la confirmation (1), caractère qui non-seulement distingue celui qui estordonné les laïques, mais encore lui communique une puise spirituelle pour exercer dans l'Église certaines foncs sacrées qu'on appelle pour cela fonctions ecclésiastiques. Les principales fonctions ecclésiastiques sont: 1° àecélé- . la sainte messe, c'est-à-dire d'offrir le sacrifice du corps et du sang de Jésus-Christ, suivant ces paroles du Sauveur, que nous avons déjà citées plusieurs fois (2): « Faites ceci a en mémoire de moi. » 2° De travailler au salut des âmes et de les conduire au ciel en les instruisant des vérités de la religion, en leur développant les préceptes et les maximes de l'Évangile, et en leur administrant les sacrements, qui ont la vertu de leur procurer tous les secours dont ils ont besoin pour observer fidèlement les commandements du oeur.

— D. En combien de classes se divisent ceux qui concourent d'une manière plus ou moins directe à ces fondions ? — R. Ils se divisent e.i trois classes : les évoques, les prêtres et les ministres inférieurs* qui sont les diacres, les sous-diacres et les minorés.

Exilicatiox. — On ne pourrait pas dire, dans un sens strict; que les ministres inférieurs, qui sont les diacres, les sous-diacres et les minorés, soient chargés des fonctions que nous venons d'énumérer; les diacres eux-mêmes ne peuvent en exercer que quelques-unes, et encore avec la permission

fl) i Si quelqu'un dit que le Saint-Esprit n'est pas donné par l'ordi- <ï nation sacrée... ou que par ia même ordination il ne s'imprime point « de caractère, ou bien que celui qui une fois a été prêtre peut de nou- « veau devenir laïque, qu'il soit anathème. » (Conc. Trid., sess. xxjii, can. 4.)

(2) Luc, XXII, 19.

expresse de l'évoque. Mais les uns et les autres concourent à ces mêmes fonctions d'une manière plus ou moins directe, plus ou moins éloignée, et participent, dans un degré plus ou moins grand, à l'oblation de la victime pure et sans sache, soit en préparant la matière du sacrifice, soit en servant à l'autel. Les développements dans lesquels nous allons entrer feront mieux comprendre notre pensée.

D. Combien y a-t-il d'ordres différents ? — R. Il y en a sept.

Explication. — Quoiqu'il n'y ait qu'un sacrement de l'ordre, l'Église, cependant, compte sept ordres différents, savoir: le sacerdoce, dans lequel l'épiscopat est compris comme en étant la plénitude, le diaconat et le sous-diaconat, qu'on appelle oïws majeurs ou sacrés; et les ordres d'acolyte, d'exorciste, d-: lecteur et de portier; on leur donne e noçi à'ordves mine::rj. et ceux qui les ont reçus s'appellent minorés.

D. N'y a-t-il pas une :.ér^monie préparatoire à la réception des ordres mineurs ? — R. Oui, c'est la tonsure.

ExpifcATiON. — La tonsure est une cérémonie préparatoire à la réception des ordres mineurs. Quoiqu'elle ne soit pas un ordre, et qu'on ne puisse pas dire que le simple tonsuré fasse partie de la hiérarchie ecclésiastique, la tonsure, cependant, fait que ceux qui la reçoivent sont destinés d'une manière toute spéciale au service de Dieu; c'est pourquoi on les appelle clercs, aussi bien que les autres ecclésiastiques. Ce nom leur fait entendre qu'étant membres du clergé, ils sont le partage du Seigneur, et que le Seigneur est leur partage (1); et, par conséquent, qu'ayant renoncé au monde,

(1) La première origine des clercs [clerc vient du mot grec xXfipoç, sort, partage, héritage) remonte jusqu'à l'Ancien Testament. Lorsqu'on fit le partage de la terre promise aux Israélites, Dieu dit à Aaron, aux prêtres et aux lévites, qu'ils ne partageraient point avec les autres, qu'il serait lui-même leur portion, leur héritage, comme ils seraient réciproquement le sort, le partage, l'héritage du Seigneur; des gens, enfin, consacrés à son service et vivant de ses offrandes : des clercs, ainsi que

ils sont spécialement consacrés au service de Dieu et de son Église. C'est ce que signifie la principale action de cette cérémonie, qui est de couper une partie des cheveux à ceux qui sont ainsi introduits dans l'état ecclésiastique; elle apprend aux clercs à retrancher toute sorte de liens et d'affections terrestres,, afin de ne plus vivre que pour Dieu (1). Le surplis, dont ils sont revêtus par l'évêque, marque, par sa blancheur, l'innocence et la pureté de cœur et de corps dans laquelle ils doivent vivre.

D. Quelque fonction particulière ri est-elle pas attachée à chaque ordre mineur? — R. Oui, à chaque ordre mineur est attachée une fonction particulière et spéciale.

Explication. — L'ordre de portier donne le pouvoir d'ouvrir et de fermer les portes de l'église, pour y admettre ceux qui en sont dignes et en exclure ceux qui en sont indignes, avec obligation de prendre soin de tout ce qui y est renfermé. L'évêque établit gardien de la maison du Seigneur celui auquel il confère cet ordre; et c'est pour cela qu'il lui dit, en lui faisant toucher les clefs de l'église: «Conduisezvous comme devant rendre compte à Dieu de tous les objets mis sous la garde de ces clefs. »

L'ordre de lecteur donne le pouvoir de lire dans l'église les livres de l'Ancien et du Nouveau Testament, et particulièrement des leçons qui se récitent à l'off ce de la nuit. L'é-

le définit le substantif grec x-^f>o;. C'est de là que les clercs de la nouvelle loi ont pris leur nom, parce que le Seigneur est leur sort ou héritage, et qu'ils sont l'héritage du Seigneur, au service duquel ils se consacrent.

(1) Selon plusieurs auteurs? la tonsure est tout à la fois le symbole du retranchement des vices et des pensées terrestres, de la dignité sacerdotale et de la couronne d'épines de Jésus-Christ, que les prêtres doivent porter, en se chargeant des péchés du peuple. — Un concile de Valence, tenu sous le pape Urbain VI, donne à la couronne ou tonsure du prêtre la dimension dune grande hostie; celle d'une petite hostie est assignée à la couronne du clerc, par le quatrième concile de Tolède; celles du diacre et du sous-diacre doivent tenir à peu près le milieu. (Voir Gavantus, part. II, tit. I, n* 2; et l'abbé Boisonnet, Dictionnaire des rites.)

vêque fait toucher le Missel à celui auquel il confère cet ordre, et il prononce en même temps ces paroles : « Recevez ce livre, et soyez lecteur de la parole de Dieu; si vous remplissez parfaitement votre emploi, vous aurez part avec ceux qui, dès le commencement, ont fidèlement prêché la parole du Seigneur. »

L'ordre d'exorciste donne le pouvoir de chasser les démons du corps des possédés, par l'invocation du nom de Jésus- Christ. L'évêque fait toucher le livre des exorcismes à celui auquel il confère cet ordre, et il lui adresse en même temps ces paroles : « Recevez ce livre, gardez-le dans votre mémoire, et ayez le pouvoir d'imposer les mains sur les énergumènes (1), tant ceux qui sont baptisés que ceux qui sont encore catéchumènes. »

L'ordre d'acolyte (2) donne le pouvoir d'accompagner et d'aicfer dans le service de l'autel les ministres supérieurs. A la messe, et principalement à l'évangile, les acolytes portent des cierges allumés, et c'est de là qu'ils ont reçu le nom de céroféraires, c'est-à-dire porte-cierges. Voici ce qui se passe dans leur ordination : d'abord l'évêque les instruit des devoirs de leur charge, puis il leur donne un cierge allumé, en disant: « Recevez ce chandelier avec ce cierge, au nom du Seigneur et sachez que vous êtes chargés d'allumer les cierges de l'église. » Ensuite il leur fait toucher des burettes vides, en disant: « Recevez, au nom du Seigneur, ces burettes, pour servir l'eau et le vin nécessaires au sacrifice du corps et du sang de Jésus-Christ. »

D. Quel est V ordre que l'on reçoit après les quatre ordres mineurs? — R. On reçoit le premier des ordres majeurs, qui est le sous-diaconat.

Explication. — Après la réception des quatre ordres mineurs, le clerc se dévoue au service de Dieu, d'une manière plus solennelle, par le sous-diaconat. Cet ordre, le premier

(1) Energumènes, possédés du diable.

(2J Acolyte, qui accompagne.

des ordres majeurs ou sacrés, donne le pouvoir de servir le diacre à l'autel, comme j'indique son nom. C'est le sousdiacre qui doit préparer les linges, les vases, le pain et le vin nécessaires au sacrifice, et qui donne l'eau àl'évêque et au prêtre, lorsqu'ils se lavent les mains à la messe. Il est aussi chargé de chanter solennellement répitre à la place du diacre, qui le faisait dans les premiers ternps. Ces différents fonctions du sous-diacre sont marquées par les cérémonies de son ordination. Et d'abord l'évèque l'avertit qu'en recevant l'ordre de sous-diacre, il va s'engager solennellement à garder la chasteté, et se consacrer tellement à Dieu qu'il ne lui sera plus libre de retournera l'état séculier. Ensuite il lui présente le calice et la patène, en disant: « Faites attention au ministère qui vous est confié; c'est pourquoi je vous exhorte à vous conduire dételle sorte que vous puissiez plaire à Dieu; puis, l'ayant revêtu des ornements sacrés, il lui donne le livre des épitres, en disant: « Recevez le livre des épitres, avec le pouvoir de le lire dans l'Église de Dieu, tant pour les vivants que pour les morts. »

D. Quel est l'ordre que l'on reçoit après le sous-diaconat? — R. C'est le diaconat.

Explication. — Le diaconat, le second des ordres sacrés, donne le pouvoir de servir solennellement le prêtre à l'autel, et de chanter l'évangile au saint sacrifice de la messe. L'évèque le confère en imposant la main sur la tète de celui qu'il ordonne, et il prononce en même temps ces paroles: « Recevez le Saint-Esprit pour avoir la force de résister au démon et à ses tentations. » Il lui donne ensuite l'étole, puis la dalmatique; enfin il lui présente le livre des évangiles, en disant : g Recevez le pouvoir de lire l'évangile dans l'église, pour vous et pour les défunts.»

D. Quel est l'crdre que l'on reçoit après le diaconat? — R. C'est le sacerdoce ou la prêtrise.

Explication. — Le sacerdoce ou la prêtrise, le premier

des ordres sacrés, donne le pouvoir de consacrer le corps et le sang de Jésus-Christ et de remettre les péchés; ceux qui le reçoivent s'appellent prêtres, d'an mot grec, WcSjç, qui veut dire ancien. On les nomme ainsi, non-seulement à cause de la maturité de l'âge exigé peur entrer dans cet ordre, mais surtout par rapport à la gravité de mœurs, à la science et à la prudence qui leur sont nécessaires (1). Lorsque l'évêque ordonne un prêtre, il commence par lui imposer les mains, ce que font aussi après lui tous les prêtres qui sont présents à la cérémonie. Il lui met ensuite sur les épaules une étole qu'il fait descendre, sur sa poitrine, en forme de croix, pour lui fait entendre qu'il est revêtu de la force d'en haut pour porter la croix de Jésus-Christ, et le joug plein de douceur de la loi divine; comme aussi pour enseigner cette- loi, non-seulement par ses discours, mais encore par l'exemple d'une vie sainte et pure. Après cela, il le revêt de la chasuble, en lui adressant ces paroles: « Recevez l'habit sacerdotal, il désigne la charité. Dieu est tout-puissant, il l'augmentera en vous et rendra vos œuvres parfaites. » Cette cérémonie terminée, il lui fait à chaque main une onction avec de l'huile sainte, puis lui donne à toucher le calice, où il y a du vin, et la patène, sur laquelle est une hostie, en disant: « Recevez le pouvoir d'offrir à Dieu le sacrifice et de célébrer la messe tant peur les vivants que pour les morts. » Enfin, il lui impose une seconde fois les mains sur la tête, en lui adressant ces paroles: « Recevez le Saint-Esprit; les « péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez, et ils « seront retenus à ceux à qui vous les retiendrez. »

Les nouveaux prêtres, le jour de leur ordination, célèbrent la sainte messe conjointement avec l'évêque et coopèrent à la consécration. Tous doivent prononcer les paroles de la consécration en même temps que l'évêque et s'appliquer à ne pas anticiper sur la prononciation de celui qui est le principal consécrateur. Si cependant ils achevaient un peu

(1) Catéchisme du concile de Trente.

plus tôt ou un peu plus tard que l'évêque, il n'y aurait néanmoins qu'une seule et unique consécration, parce qu'ayant tous l'intention de consacrer conjointement avec l'évêque, ils ne font avec lui, moralement parlant, qu'une seule et même action (1).

D. Qu'est-ce que l'épiscopat ? — R. L'épiscopat est la plénitude du sacerdoce.

Explication. — L'épiscopat est le comble et la plénitude du sacerdoce, et ceux qui l'ont reçu sont, de droit divin, supérieurs aux prêtres. Le Saint-Esprit les a établis pour gouverner l'Église; c'est à eux d'ordonner les prêtres de leur diocèse ; ils ont juridiction sur eux, et ceux- ci doivent, selon la promesse qu'ils en font le jour de leur ordination, les honorer, leur obéir, et recevoir avec respect tout ce qui vient de leur part, comme mandements, ordonnances, etc. — Les évèques célèbrent chaque année l'anniversaire de leur sacre ou consécration. Cette solennité se fait, non pas le jour même, mais le jour du mois où la consécration a eu lieu (2).

D. Il y a donc illégalité de pouvoirs entre les évêques, les prêtres et les ministres de l'Eglise? — R. Oui, et cette inégalité de pouvoirs s'appelle hiérarchie.

Explication. — Les divers ordres dont nous venons de parler, savoir : le sacerdoce, dont l'épiscopat est la plénitude, le diaconat, le sous-diaconat et les ordres mineurs, supérieurs les uns aux autres, en commençant par l'épiscopat, forment ce qu'on appelle la hiérarchie (3) ecclésiastique, que

(1) Sive prius, sive posterius, proférant sacerdotes, referri débet intentio eorum ad instans prolationis episcopi, cui concélébrant. (Innocentas UIj lib. iv, cap. xxv.)

(2) Utrum (episcopi Ccnomanensis) consecrationis anniversarium ce- Iebrari possit eo die quo evenit, vel potins die raensis quo consecratio peraetafuit? — Resp. Négative ad primant partem, affirmative ad secundam. (S. R. C, die 12 sept. 1840.) ( .-

(3) Hiérarchie tire son étymologie de deux mots grecs : Upoç, sacré, et xpx'i empire, principauté; hiérarchie signifie donc ici : Ordre et subordination des divers degrés de l'état ecclésiastique.

toute l'antiquité a reconnue, et dont le concile de Trente a défini l'existence contre les hérétiques, qui la niaient: « Si « quelqu'un dit que dans l'Église catholique il n'existe pas « une hiérarchie établie par Dieu même, laquelle se com- « pose d'évêques, de prêtres et de ministres, qu'il soit anaa thème (1). » Tous les évêques sont égaux entre eux, quant au pouvoir d'ordre, qui fut donné par Jésus-Christ, à la fois et dans la même mesure, à tous les apôtres, dont ils sont les successeurs. Mais, comme nous l'avons fait voir en parlan4 du chef de l'Église (2), l'évêque de Rome, successeur de saint Pierre a de droit divin la primauté, non-seulement d'honneur et de préséance, mais encore d'autorité et de juridiction sur tous les autres évêques. Tout est soumis à ces clefs (de saint Pierre), disait Bossuet en 1682, en présence et au nom du clergé de France, rois et peuples, pasteurs et troupeaux... Pasteurs à F égard du troupeau, nous sommes brebis à l'égard de Pierre. — Les évêques sont également, de droit divin, au-dessus des simples prêtres, les prêtres au-dessus des diacres, etc.

D. En quoi consistent la matière et la forme du sacrement de l'ordre ? — R. La matière du sacrement do l'ordre consiste dans l'imposition des mains, et la forme dans les paroles qui l'accompagnent.

Explication. — Selon le plus grand nombre des théologiens, l'imposition des mains est la matière de l'épiscopat, de la prêtrise et du diaconat, et la prière qui accompagne cette imposition est la forme; d'autres y ajoutent la présentation, qui est faite à celui qui est ordonné, des instruments avec lesquels il doit exercer ses fonctions, et les paroles dont se sert l'évêque en les lui présentant. Quant au sous-diaconat et aux ordres mineurs, qui ne sont point regardés, du moins par le plus grand nombre des docteurs, comme de véritables

(1) Conc. Trid., sess. xxm, can. 6é

(2) Tome i, leçon xxn, § u

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sacrements, si l'on veut aussi leur assigner une matière e une forme, il semble qu'elle ne peut consister, dit le cardinal de la Luzerne, que dans la présentation des iastruments et dans les paroles qui l'accompagnent (1).

D. Celui qui a reçu le sous-diaconat est-il engagé d'une manière irrévocable ? — R. Oui.

Explication. — Celui qui n'a reçu que les ordres mineurs n'est pas encore engagé d'une manière irrévocable. Mais celui qui a reçu le premier des ordres majeurs, qui a été ordonné sous-diacre, est engagé pour la vie; il peut ne pas passer aux ordres supérieurs, mais il ne lui est plus permis de rentier dans le siècle et de se mûrier. Aussi l'évèque, avant de conférer cet ordre, a-t-il soin de remettre sous les yeux de celui qui doit le recevoir les engagements qu'il va contracter. « Si ces engagements ne vous effrayent pas, ajoute-t-il, avancez ; » l'ordinand fait un pas, et ce pas est le signe décisif que, de ce moment et pour toujours, il prend Jésus-Christ pour son partage.

D. Peut-on recevoir le même jour plusieurs ordres majeurs ? — R. Non. on ne le peut pas.

Explication. — On peut rec^^r le même jour la tonsure et les quatre ordres mineurs; ma is il doit y avoir l'intervalle d'un an entre la réception des ordres mineurs et celle du sous-diaconat; entre la réceptf m du sous-diaconat et celle du diaconat, etc.; cette année d intervalle est ce qu'on appelle interstice. Il y a obligati?Q c.j garder les interstices, à moins qu'on n'en soit dispensé p \a l'évéque, et ceux qui ne les observent pas pèchent mortellement. L'année d'interstice des ordres mineurs au sous-diaconat, du sous-diaconat au diaconat, etc., est ecclésiastique et non civile, c'est-à-dire qu'un diacre, par exemple, qui aurait été ordonné à la Trinité, pourrait recevoir la prêtrise à la Trinité de l'année

IV Rituel de Lanyres, édit. in-4°, p. 498.

suivante, quand bien même cette fête arriverait quinze jours ou trois semaines plus tôt, et qu'il ne se serait pas écoulé, par conséquent, douze mois entiers depuis la réception du diaconat. — Les interstices sont également gardés par les Grecs (1).

D. Pour recevoir, soit validement, soit licitement, le sacrement de l'ordre, certaines conditions ne sont-elles pas nécessaires ? — R. Oui, il y a certaines conditions qui sont nécessaires pour recevoir, soit validement, soit licitement, le sacrement de l'ordre.

Explication. — Le sacrement de l'ordre, de même que tous les autres, ne peut être conféré qu'à des chrétiens ; il ne peut, par conséquent, être reçu validement que par ceux qui ont été baptisés. Pour recevoir licitement les ordres majeurs, l'état de grâce est nécessaire; il en est de même, selon un grand nombre de théologiens, pour la réception des ordres mineurs, parce que, comme il n'est pas absolument certain qu'ils ne soient pas des sacrements, les recevoir en état de péché mortel, ce serait au moins s'exposer au danger de commettre un sacrilège. Le concile de Trente exige qu'on ne donne même la tonsure qu'à ceux qui ont été confirmés*(2). Le même concile exige, pour la réception du sous-diaconat, vingt-deux ans commencés, ou vingt et un ans et un jour ; vingt-trois ans commencés pour le diaconat, et vingt-cinq ans pareillement commencés pour la prêtrise (3). Enfin, personne ne peut être ordonné licitement que par son propre évêque, c'est-à-dire par l'évêque dans le diocèse duquel il est né, à moins qu'il n'ait obtenu de lui la permission de se l'aire ordonner ailleurs; cette permission s'appelle dcmissoire.

D. Les femmes peuvent-elles recevoir validement les ordres ? — R. Elles ne le peuvent pas.

Explication. — Les femmes sont absolument incapables

(1) Allatius, De œtate et interstitiis in collatione ordinum, etiam apud Grceco? servandis, 1 vol, in-8°, lîomae, 1638.

(2) Conc. Trie]., sess. XXIII, Décret uni de reform., cap. iv.

(3) lbid.t cap. xu.

de recevoir les ordres; elles ne peuvent pas même recevoir la tonsure; telle est la doctrine constante de l'Église, qui, dès les premiers temps, condamna les collyridiens et les gnostiques pour avoir admis des femmes dans les ordres. « L'ordination confère la royale prêtrise, ce pouvoir divin, le plus grand de tous les pouvoirs sur la terre! Elle suppose donc que celui qui doit en recevoir le caractère en est réellement digne et capable. Or, celui qui est appelé au commandement doit être lui-même indépendant et libre ; celui qui doit s'enrôler dans la milice divine du sacerdoce ne peut jDas être, en même temps, retenu sous la domination d'un autre maître. Tl faut donc qu'il soit affranchi de la servitude 'lu péché originel, et libre de toute dépendance selon les loi*: de la nature. Or, il existe une loi divine de la nature qui a Soumis la femme à la puissance de l'homme... Ainsi il ^e si'ffit pas d'être membre de l'humanité pour être apte a recevoir l'ordination ; il n'y a de capables, d'abord, que ceux çrl ont été régénérés par le baptême; puis, parmi ceux-ci, que les hommes (i). » Si dans la primitive Église on imposait les mains à des femmes qui recevaient le titre de diaconesses^ cette cérémonie n'était point sacramentelle; elle n'avait nul trait au saint sacrifice, auquel le sacrement dé l'ordre se réfère essentiellement. La principale fonction des diaconesses était de servir aux femmes que l'on baptisait.

= D. Qui a le pouvoir de faire l'ordination? — R. Les évêques seuls ont ce pouvoir.

Explication. — On entend par ordination l'action de conférer les ordres. — Les évèques seuls ont le pouvoir de faire l'ordination, ou, en d'autres termes, ils sont seuls les ministres du sacrement de l'ordre. Cette vérité, définie par le concile de Tren+e (2), est encore prouvée par l'autorité des livres saints, où l'on ne voit aucune ordination qui n'ait été

(1) Du droit ecclésiastique, par G. Philips, t. I, p. 219-221. 131 Sess. xxiii, can. 7.

faite par les apôtres, dont les évêques sont les successeurs, et par le témoignage de la tradition, qui a toujours réprouvé les ordinations faites par les simples prêtres. Cependant un simple prêtre peut être délégué par le pape pour donner la tonsure et conférer les ordres mineurs, et même le sousdiaconat, mais non le diaconat et la prêtrise. Il y a aussi des abbés et des prélats réguliers qui ont le privilège de pouvoir donner à leurs religieux la tonsure et les ordres mineurs.— Un évêque, fût-il excommunié nommément, confère validement le sacrement de Tordre, pourvu qu'il observe la matière et la forme ; voilà pourquoi les conciles défendent de réitérer les ordinations faites par les hérétiques, les, schismatiques , etc. Quant aux ordinations anglicanes, telles qu'elles se font depuis Edouard VI, on les regarde comme nulles, parce que la forme en est essentiellement vicieuse, et .que la prière que Ton fait sur les ordinands est remplie d'impiétés et de blasphèmes. Il est, d'ailleurs, pour le moins fort douteux que Mathieu Parker, que le roi nomma à l'archevêché de Cantorbéry, et qui est considéré comme la source de l'épiscopat anglican, ait été revêtu du caractère épiscopal. Selon les uns, Barlow, qui l'ordonna dans une taverne, n'était pas évêque; selon d'autres, il n'observa pas, dans cette ordination, les formes essentielles; d'autres enfin nient que cette ordination ait jamais eu lieu. Pour toutes ces raisons, on réordonne les prêtres et évêques anglicans lorsqu'ils se convertissent à la foi catholique (1).

= D. Quand se fait l'ordination ? — R. Elle peut se faire tous les samedis des quatre-temps, le samedi d'avant la Passion et le samedi saint.

Explication. — La tonsure peut être conférée tous les jours de l'année, soit le matin, soit le soir. On peut donner les quatre ordres mineurs les jours de dimanches et de fêtes

(1) On peut consulter sur ce sujet un ouvrage ayant pour titre : La nullité des ordinations anglicanes, par le R. P. Le Quien, de l'ordre de? frères prêcheurs, 2 vol. in-12* Paris, 1730.

doubles, et les jours auxquels se font les autres ordinations, mais seulement le matin. Les sous-diacres, les diacres et les prêtres ne peuvent être ordonnés que les samedis des quatretemps, le samedi d'avant la passion et le samedi saint. Hors ces six jours, il ne doit pas se faire d'ordination, à moins d'une dispense du pape (1). Le sacre des évèqu^s ne peut ze faire que le dimanche ou un jour de fête d'apôtre; il i drait une dispense du saint-siège pour y procéder un autre jour.

Si un évêque était tellement âgé et infirme qu'il lui fût impossible de célébrer la messe, il ne pourrait pas pour cela conférer les saints ordres assis dans son fauteuil, et faire célébrer la messe par un de ses grands vicaires ou par un4 autre prêtre ; ainsi l'a déclaré la congrégation des rites (2).

= D. Quels so?it les devoirs des fidèles à ces êpoqites ? — R. Les fidèles doivent, dans le temps des ordinations, prier Dieu de donner à son Église de bons ministres.

Explication. — Un bon prêtre, un prêtre pieux et zélé, est pour l'Église un sujet de consolation, et ne manque jamais d'attirer sur les fidèles les grâces et les bénédictions les plus abondantes. Il faut donc, dans le temps des ordinations, adresser à Dieu des prières ferventes, et le conjurer d'animer de son esprit ceux qui vont être ordonnés, afin qu'ils soient des ministres selon son cœur, des pasteurs qui édifient le troupeau et le fassent marcher constamment dans la voie qui conduit au ciel.

(1) Dubium, Si episcopo detur faculïas conforendl ordines sacros diebus festivis, potestne illos conferre in d;ebus apostolorum, caeterisque per apostolioam sedem abrogatis? Hisce autein dicbus Ilcetne conferre

letiara ordines minoras? — Resp. Affirmative ad primant portent, et etiam ad secimdam, sed mane taiitum. (3. R. G-, die 12 nov. 1831, apud Gardellini, t. vin, p. 115.)

(2) Episcopus*** in Gallia exquirit : Utrum alio sacerdote missï saerificiam célébrante, sibi in scamno sedenti diœcesis clericis ordinessacros conferre liceat, ne clerici ipsi, cuin gravi incommodo, adigantur ad conterminos antistites aocedere pro ordinatione ? — Resp. Xon /*cere. S. R. C, die 23 sept. |8»7.J

= D. Quels sont les devoirs des fidèles à l'égard des êvèques, de leurs pasteurs et des autres prêtres ? — R. Les fidèles doivent vénérer notre saint-père le pape, les évoques et leurs pasteurs, les aimer et leur obéir; ils doivent de plus honorer tous les ministres de Dieu et de la sainte Église.

Explication. — Les fidèles doivent : 1° vénérer notre saint-père le pape, les évêques et leurs pasteurs, parce qu'ils représentent Jésus-Christ et tiennent sa place sur la terre. N'avoir pour eux ni vénération ni respect, ce serait en manquer à l'égard de Jésus-Christ même. 2° Les aimer; i] ont pour les fidèles un amour paternel ; les fidèles doivent donc y répondre par un amour filial. 3° Leur obéir et se. conformer à leurs ordannances ; Jésus-Christ en a fait un précepte formel, quand il a dit à ses apôtres : « Celui qui vous écoute, m'écoute. » Les fidèles doivent de plus honorer tous les ministres de l'Église, et ne jamais oublier que les outra'ges qu'ils leur feraient et le mépris qu'ils auraient pour eux, retomberaient, d'une manière plus ou moins directe, sur Jésus-Christ, d'après ces paroles que nous avons déjà citées plusieurs fois : « Celui qui vous méprise, me méprise. »

TRAITS HISTORIQUES

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