‹ Explication Historique, Dogmatique, Morale, Liturgique et Canonique du Catechisme avec la reponse aux principales objections tirées des sciences contre la religionChapitre 112 sur 114 · DB LA GEACE ACTUELLE · texte numérisé non relu

DB LA GEACE ACTUELLE

Avant de vous parier, mes enfents^ de ia grâce actuelle, nous croyons q^ii'it ne sera pas inutile de résumer en peu de mots ce que nous venons de dire de la grâee haUtuî^le ou sanctifiante, et de la justification.

La justification est un bienfait de Dieu, par lequel nous paâsoos de l'état du péché à l'état de la grâce ; ou, en d'autres termes , c'est l'application des mérites de Jésus-Christ par l'infusion de la grâce sanctifiante dans Vtme de l'homme.

L'homme , avant ce l>ienfait , est un misérable pécheur , un enfant de colère et de perdition, un esclave du démon , un criminel condamné k Tenfer; et, par ce bienfaii, son

(i) Gonc. Trid., Se». iT, c. ix.

u. as

pUbè eA rank «I eftné ; il devioni jute et aiol, enfaal et Dieu H héritier da deL

C'est par l*iiifo8fon de la grftœ sanctifiante dans nos âmes que Dien nous jusUfie H nous rend saints.

La gfftce saoctifianfe est one qualité sumaturelle , inbé^ renie à notre flme , qui nous rend justes eC saints, et nous donne droU à la vie étemelte.

Les aetions les plus vertueuses et les plus saintes en elles mêmes, faites par celui qui n'est point en état de griœ, ne sont d'aoéoae valeur pour le ciel ; car Dieu ne doit rien à quiconque est son ennemi par le péché mortel. Mais toute bonne œuvre feite, par un motif surnaturel , par celui quf est en état de grâce, est méritoire pour la vie éfemelte.

Tfous ne pouvons, par nous-mêmes, mériter la grâce sanctifiante ; mais nous pouvons, avec le secours de la grâce actuelle, nous 'disposer h la recevoir, et nous devons Tat'tendre avec confiance de la bonté de Bien , par les mérites de Jésus-Christ.

On reçoit, la première fois, la grfloe satictffiante dans le baptême ; on la perd par le péehé mortel ; on la recouvre par la pénitence ; on l'augmeote par la réception des autres sacrements , par (a prière, {es bonnes œuvres et l'exercice des vertus chrétiennes.

, .Orfui qoi meurt avea la^yioe ianliflai>lo est smvé ; lopis œkii qui neori dépouitté de oette.grâee est damné (4).

a»D. QnCeêt-te le gràùe oHuetU f -^ R. La gràee aetiMtte eH un secours surnaturel par Itqtlet Dîm ■ouseide, dansk n—wl mrÉMnt, à £y re le bîta et à évtter le maU «^

' Explication.-^ La grâce actuelle est, f * tm^ s^omrsimnBh twrel. Dieu , en nous créant) a donné è notre âmetro eertate degré de lumiéreqoi la rend capaMe de penser, dé réfféebir, d'acquérir des connaissances plus au mÂm étendtoee ; cette kimfère ^éppMe tufMère ntOutdle. If a en même imxf» donnée notre flme, tti la tirant du néeot, une certaine feroe

(i) Catéchisme de Bourges {fam. ItWS* Wh%AM.\.

p^iur œodéiMr le peoobtiit qbî lu poHe à ctéëmi^ e» q«l peut s^ligfaira les smo»*» ei réjprkatter les iiMdîDalioiiB tloteofles <|u on apiieUe le^ peantooa ; oelle force a'âppnifle :/^c6 tta«>* lureile. JLa grâoe^ei un don» im secoufs ajouté à ki Itioriêm et à la fofoe dont bou9 veDoo» de parler; c*esft ««e lo-^ oiière dans I entendement qoe nous n^aunons pas de noos^ mêcnes» eu ta^t que créatures^ raisonnables et iateliigented^ et une force qui surpasse oelle deoolre Ubre arbitre; «119^ lumière , uœ force qui ne oous soat point dues ea vertu de U oréttiofi, maïs qui a<ml «a pur clfet de la libéralilé du SeîgMHr et le prix des mérites de Jésus-Obrist. La ffàoe aotueHe eal^ 2* unseeoor» surnaturel parkquef Dîeti nous aide, dans le moment présent , àfiAfriBr le bien et à éviter le laaL EUe a'esl poii^ eoiMie la grâoe habîlùeHe, ^ptehfiit chose dasliÉ>le et de permaiieDt ; c'est un secours passager «p'M dous doéne, em teMe et tefle eircoDstanoe^y pour que.oouà poismas faire lé trie» qa'il dous comtnaQdé et éviter le mal qu ilDeus^déleéd ^e'es^ poorctia qu ou lap^ pelle griee mt^iuh; o*es^à<*dîre griee do memeut. G*est mie opén^loii ée^D^ , par kiqeelle^il éetaire iiotre esprîX, exrate et aide a^t^e volonté, eiifairaee notue cœar, pour ueue fure aeeampir oBebonoe oeuvre^ sttrtDODter une tentation» répfwer une pasMOU^ receler «m inottnatso&dë^réglée, vé* fariner unababîtucki perverse. Ahisl, ^^uando» dit : IMevr Hi*a ftit la grâce de résister à tel msavais œnseil ;* i^ n»» cU>Diié le, courage de braver, en teUe oeeaaioB^ le re^fiecl bomaia ; tt n'a pas penans que je aœ lassasse eotratner pair le torrent da ttauvaiseaMnpie ? il m'a iaspîaé la peesée él la volonté d'assister telle famille qui est dans l'indigence...: c'est de la grâce lioItteUe qa'U s'^^ît,. c'est*JMlire de œ se* ee«rs sarBetorri et iotérieor que DisQ nées doniie^ m leHe* et telle circonstance, et qui est nécessaire pour faire ie bien qa*il nous commande ou nous conseilfe, et éviter le mal qu'il nous défend. Par exemple, mes enfants, quand vous entendez aooiier le catécbisioe, fiiea voua inspire le désir ^l la volonté d'y assister : ce désir et cette velouté sont une gic^cet

«etaeRe. Quand ▼oits venez à l'église, Oiea voas donne la pensée de vous y tenir avec respect et reeueHIeaient : cette pensée est une grâce actuelle. Quand vous assistez à une instmetiofi, Dieu vous aide à tenir vos esprits et vas coeurs dans les dispo^tions où voas devez être pour en profiter: voilé encore une grâce actuelle..

D. Comment divise-t-on ta grâce actuelle ? — R. La grâce ao taeHe se divise eo grâce suffisante et en grâce efficace.

D. Qu^est'ce que ta grâee suffisante ? — R. La grâce suffisante est un secours surnature^ ou une ^ee adoelle, que Dieu nous aoconle pour faire le bien, et qui nous donne on Téritable ponvov de le faire^ mais avec laqi^Ue nous ne le faisons cependant pas» pi^ce que nous y résisteq» .

ExTLiCATioif . -* Que Dieu nous aecorde des grâces suffisantes, c'est une vérité que Ton ne saurait révoquer en doute. En effet, Dieu reproche aux iMimmea, en nae infinité de passages des Ecritures, la résiâtaace qu'ils apporteni à sa grâce, à ^ voiz;, à ses conseils,' a se» invitations. « ié « vous ai appdés, et vous n*âvei point voulu m'écouier j'ai « tmadu la oaain,. eiU ne s'en est pas trouvé un seul qin me m regardât. Vous avez dédaigné iout cona^ de ma pari, « etnés^é mes reprocb^ (4). ]( — « Jugez entre nia vigne « et moi. Qu'est-ce que j*a«rai§ pu iatre â ma vigne <pM je « n'ep<9 pas fait 9 ïm attendu qu'elle produisit des raisins; « elie n*a produit quedes gracies sauvages (2). a — « Hom- « mes à lèlesdures et au3c cœurs inoirooncis, vons râusta « téujours au SaifA-Esprlt^S) ; a ainsi parlait aux Juifs le diacre saipi Etienne. *— c Le Seignewr dit : Me voici ; je me

(t) Yocavi, et reooistis : extendi manem meani, et non ertt qui aspi^ 4Siret. JDtspexiftii oavie c^niBiiun mewi, et inerepatmes aieae ae* gtodsti». (Prov., I, ii-M.»

(^ Jfidica^ intfir me et vineam meam. Quid est quod deboi uHra facere vineœ mesè et non feci ei f an quod ezpectaTi ut faceret ufas, et fecitlabruscas? (îsaïe, v; 8-4.)

(3) Dura cervice, et incircmncisi cordârtts, vos semper Spiritiii Sandf veriatitlt. (Act., TU, M.) .

« tiaot^ebout à bi porte ; je frappe. Si quelqu'un enifod ma « vôlx et in*oavre la porte, j*entrerai vers lui (4). » — « Nous vous exhortons, dit Tapôtre saint Paul aux fidèles de « Coriotbe, à ne pas recevoir en vain la grâce de Dieu (2). » — « Soyez sur vos gardes, de peur que quelqu'un ne « manque à la grâce de Dieu (3). » Par tous ces textes et une infinités d autres seoiblables, il est clair que Dieu accorde aux hommes une grâce intérieure à Taide de laquelle ils pourraient faire le bien, et avec laquelle cependant ils ne portent aucun fruit de salut, parce que leur volonté y résiste ; et c'est là précisément ce qu'on entend par la grâce suffisante. — D'ailleurs, s'il n'y a point de grâce suffisante qui donne le pouvoir d'observer les commandements de Weu dans le moment même où on les viole, comment l'observa^ (ion de ces commandoments est-elle possible et comment péche-t-on en les violant ? Ne faudrait-il pas dire que Qieu commande l'impossible, et dés-lorsque deviendrait sa jus« tice? U faut donc, pour ne pas tomber dans l'absurde» admettre une grâce vraiment suffisante, une grâce qui n'a point l'effet auquel elle tend par sa nature et par la vomm de Dieu qui nous l'accorde, mais qui pourrait le produire» tt Doys n'avions pas le malheur d'y résister. Par exemple, quelqu'un nous excite à user des aliments gras un jour où l'Eglise le défend ; nops sentons en nous-mêmes un avertissement intérieur de ne pas suivre le mauvais conseil que l'on nous donne, et cependant nous le suivons. Nous avons eu une grâce qui suffisait pour nous taire observer la loi de l'Eglise, et c'est par notre faute que nous n'y avons pas répondu.

D. Qi^est'Ce que la grâce efficace ? — H. La gràoe efficace est un secours ou une grâce actuelle que Dieu nous donne pour (kire le bien, et qui nous le fait faire cerUinemeat et infailliblêmeot.

(1) H»c dkH :.•, Eooe sto ad. oftium et pidsd ; si qnit audierit Tocem flMtm, et aperuerit mihi janiiani, intrabo ad iUmn. (Apoc,, m, SO.) (S) Hortanar tos, ne ia vacwim fratiam M rectpialâs. (II. Cm*., ^ ^ •) (a) Gontemplantéh ne qoif deiit grati» Dei. (H^., m» iS^)

SirucATMrfw •«- L'BgHse enseigne qv'U y a ime grftoe «ffieace, tme grâce qui est lonjdvrs aoeeni|ia^ée de soa «Kéi, «tqiiî Tobtieni înftiilKblefneoi, 9afi8|;êDertoQtefoisla Nberté* €e point de foi est apnyé sm* l'Beritare : « Je vous « déonerai i» ooaur nooveau ; je planerai mon espnt au mi- « iîe» de toqs, et je fierai en «orteque vous marchiez dans la c voie de mes oommandements, et que tous gardiez mes «jugements (4). » — « LeSeignenr estmiAtre du coeur de « roi, comme des moindres roîsseara d*eao courante ; il la « fera pencher partout où il voudra (%).»--€ Le bien ii*est « ni de cekii qui veut, ni de cehii qui court ; mais dé IHeu, «qui est misérîcerdieax (3). » — « C'est Dieu qui* opère en « TOUS le vouloir et rexéculion, selon sa volonté (4). » -*- « Que le Diea de peix vous rende disposés à toute bmine « œuvre, aân que vous Cassiez sa volonté, lui-même fftisairt « en voes œqoi luîost agnéabiepar Jésos-€hrisl(5). a Les Livres saints sont remplis d'une foule de textes semblables, qui énoncent, dans les termes les plus clairs et les pfos prépis, que Dieu change les coeurs des hommes ,qull les entraîne, qu'il les transporte, qu*i( a^t au dedans d^eux, qu'il opère en eux la vokmtë de Paclion, qu'il les pousse, qu'il les feltagir. Or, toutes ces flacons de parler ne peuveat s'entendre que<ie la grâce efficace , telle que nous Tavo» défibie.

La trad^ion n'est pas moins formelle sur ce point. Ber* Dons-nous a citer $aiRt Augustin. « |1 est certain, dit- il, que « quand nous voaftoos , c'est Mus qui voulons ; mais c*eSt

(t) Dabo vobiàcor povum, et spiritum meum ponam ia medioTOiCrL.. et faciam ^t in praeceptis meis ambuletis, et judicia mea custodiatis et operemiùi. (Ezech., XXXVI, 26-27.)

(t) Sicvt divisiones aqoaram, ita correg^s in manoDomiDi, qaocaiBqneTolverit, inolraaMt ffiud. (Prêt, xxi, 1.)

(8) Non Yolentis, neque currentis, sed miserentis est Dei. (Rom., ix, 16.) ' (4) Dtns (Mt qt «ptiatar in 'voMi tiMe «t iierSoere, 'pro bona volaiitatc. (Pfcilip^ % 18.)

(S) Aptet ^M mmmt beun, «I ftMSiall» ^«9 «folnirtMeni, «Mâeas in ▼obis, quo4 plMeM Main se fer lasM OhMitMn. {BO»^ mn. fl.)

< Dteu qui kH, que notts vouloir le bieii. Quam) nous agi»- « sons,, il eai certain quec'eBtuou's qui agissons ; mais cTest « Dieu qui £ait que nous agissons, en doonant i notre to^ « lonté des forces très efficaces (l). »

D. La grâce actuelle est-elle absolument nécessaire à H' homme pour faire son saiut f *- R. Oiri, la grâce actuelle est absolu- BMOl Déceassire à rhemme pour foira soà saleté

EsLPLiGATiON. — Au Cinquième sîècle, Pelage, moine Breton, osa enseigner que le péché d'Adam n'avait pu être im» pnté è ses descendants ; qu'en eux la liberté humaine était au89^ parfaite que dans le premier homme ; qu'elle suffisait donc pour éviter tout mal et opérer tout bien , et que, par conséquent, la grâce divine n'était nullement nécessaire. Les sectateurs, les adhérents de Pelage furent appelés Pelagi€tns«

Cette hérésie ayant été condamnée par l'Eglise, on chercha un ^tempérament, une espèce de juste-milieu entre le Pélaglanisme pur et la doctrine catholique ; de là, le Sémi- Pélagianisme. Selon les Sémi-Pélagiens, Thomme, quoique blessé par le péché originel et affaibli par toutes les conséqoences de ce péché, peut cependant désirer naturellement et demander par lui-même la foi, l'affranchissement du pééhé et la réhabllHation dans la justice; et lorsqu'il est dans ces dispositions. Dieu le ré?;ompense par 1^ don de la grâce. D'après celte doctrine , qui ne tarda pas non plus à être condamnée par l'Eglise , ce ne serait pas de Dieu , mais de l'homme, .que viendrait le con^mencement du salut.

La vérité catholique est que , dans l'ordre sdirnalurel , l'homme ne peut rien, pas même la plus petite chose, sang un secours divin, sans la grâce aetudle et intérieure ; qu'il ne peut, sans cette grâce, ni connaître la vérité, ni aimer la

(i) Gertttfli est, Bo» ¥(dla cwn volumuf ; Md iUe focit utv ^Felimus JbMwm... Certun e9t nos ikcare» cam (mmu; «ed iUe &cit ut Cacî»mus, prsbeodo Yires efficacissimas yoluntati. (S. Aug. lÀb, de Grat et iib. jàrhiteio^

Ytiria oomraa il taiA, pour se disposer à recevoir la grâce de la juitificatioD et pour mériter le ciel ; qu'il ne peut, sans elle, ni agir, ni penser, ni désirer, ni prier d'une manière qui soit utile à son salut.

4* L'homme, sans la grftce, ne peut ni vouloir ni faire aucune œuvre relative au salut, «t Je suis letepde la vigne,» dit Jésus Christ à ses disciples, « et vous en êtes les rameaux: « sans moi vous ne pouvez rien faire (l ). » — « Personne, » dit le grand Apôtre, « ne peut prononcer ces mots : Seigneur € Jésus, si ce n*est dans l'Esprit-Saiot (2). » D'où il suit que chaque bon désir, chaque mouvement du cœur, chaque bonne pensée utile au salut , est l'odvrage et le fruit de la grâce.

2<^ L'homme , sans la grftce , ne peut avoir ni la foi, ni le commencement de la foi. Nous lisons dans l'Evangile selon saint Jean,, qu'un jour les Juifs demandèrent à Jésus-Cfarist : 0 Que ferons-nous pour opérer les œuvres de Dieu ?» et que Jésus*Ghrist leur répondit : « Ce qui est uneœuvre de a Dieu, c'est que vçus croyiez en celui qui ma envoyé [i], »

— « Personne ne peut venir à moi (c'est-à-dire ne peut croire en moi) (i) , à moins que mon Père qui m'a envoyé ne le lui accorde..., à moins que la grâce ne lui en soit faite par mon Père (6). » -- Partout le grand Apôtre attribue la foi à la grâce : « C'est par la grâce que vous avez été sauvés c au moyen de la foi, et cela ne provient point de vous (6] •

— « Nous ne sommes pas capables de penser quelque chose

(i) Sipe me nihil potestis facere. (Joan., xv, 5.)

(S) Nemo potest dicere Dominas Jesns, nisi in SpiritaSancto. (I.Gor., XII, S.)

(S> Hoc Mt opitt Dèi, ut credttit in eom, quem miait iUe. (Jotn*, VI, «r.)

(4) Qoid est : ad me Teniet, nisi credet in me? (S. Aog. de Predestin., c. Tiii.)

(5) Nemo potest tenire ad me, nisiPater <ini misit me, traxerit enm. (Joan., Ti, 44.) Nemo>>test Tenire ad me, nisi ei ftierit datnm a Patie meo. (/6id., 66.)

(S) Gratia estas salfaU per fidem, et lioc non ex toIiIs. (Eptet.» u,8.)

« de nous-foémes, comme de nous-mêmes ; mais lout ce que « AOiM avons vient de Dieu (I). » Parlant de ce texte, saint Augustin réfute d*une manière invincible les Sémi-Pélagieos, qui, comme nous venons de le dire, enseignaient que la foi seule t et non son commencement ^ avait J)ieu pour auteur : « Ainsi donc, dit^il, dans toute bonne œuvre, qu'il s'agisse de la commencer ou de l'accomplir, nous ne pouvons rien que par Dieu. Ainsi , personne ne se suffit à soimême, pour commencer ou perfectionner la foi ; mais tout ce que nous pouvons vient de Dieu (t). »

3* Lors même que la grâce a prévenu Thomme (et il est nécessaire qu'elle le prévienne en qudque circonistance qu'on le suppose) , lors même qu'elle a excité sa volonté au bien, il ne peut pas pour cela agir par lui-même ; il est encore nécessaire que la grâce aide et accompagne son action depuis le commencement jusqu'à la fin. Cette vérité est fondée^ sur ces paroles de l'Apôlre que nous avons déjà citées: « c'est Dieu qui opère en nous la volonté et lexécution (3) ; » et c*esi pour cda que l'Eglise dit à Dieu , dans une de ses prières : « Prévenez, Seigneur, nos actions par votre inspiration, et aidez-en l'exécuiion par votre grâce (4). x> — La grâce qui4)révieBt l'esprit et le cœar de Thomme, la volonté et la pensée mêeie de tout bien, est appelée par les tbéolo* giens grâce provenante ; ils donnent lé nom de grade amco^ nhUante à celle qui aide et qui accompagne la bonne action jusqu'à la fin.

i^ L'homme , sans la grâce , ne saurait vaincre les tentations, au moins celles qui sont fortes, ni résister même à la

(1) Non sumus sufficientes aliquid cogitare ex nobis, quasi e% noMs» -sed êafAdentia nostra ex Deo est. (U Cor., m, 5.)

(2) Uade, in omni opère bono, et incipiendo, et perficiendo, matÊ^ cieatia nostra ex Deo ett. Ua uemù sibi sofffeit, tdi ad incipieBdani, vel ad periiciendam fidem : sed sufficientia nostra ex Deo est. (S. Aug. Vh. de Prœde^inatioDe Sanctorum, c; n.)

(S) Deus est, qui operaiur in nobis Telle et petrficere. (PhiUp)p., ir, IS.) (4) Actîones nostras, qiUBsaious, Domine, aapirando pneTem et a4ja* vando pn>i«|«ere.

yêîoogle

stiodr» imiiaiioD d*im« maiilére oCiie à «on sahrt. En «Aet,

m Vhommie n'agit pas bestin àm mcomrsée la tgràoe pour

^nincre les (entatmis, ee- serait sans raison qnt les lA^nm

saÎDlB attriboaraienC A Oien la 'vleioire sur les tentations, «t

naiB eztiix*teraîeiU è iniplorsr oootfe elles son assistance ; «I

cepeoëant, rien de f^os fréqnent dios fBorilure : « Dieu ssl

41 fidèle; il ne peraMttra pas 4|ae^ioiisso;eK testés «O'^esBUB

« de vos forces; mais M îera sortir ^wtre avantage de fete»-

m talion même, poor ^e vous pnissiea ta soutenir (4). «-«^

« Revèlez-vous de Tannare de Oîen, afin qw vous potssieE

■ tenir contre les ennfe^fces du démon (%). > — « Le démon,

c votre ennemi , laarne autour de <fDus , dien^ant à vous

« dévorer ; résisIcz^Kit, ferla de ^v«ftrefbi (S). » — - «r Veilleà

« et priez, pour que vous^'entriez point en <enMîon (4). a

— fit enfin, dans ToiBlson dôeMnioale: % Ne nous teisBes

« point suocoraber à la tentatien /5). « — La tradition n'est

pas moins formelle sur ee poiat'i Qnand nous pnoos ^ dit

« saint Cyprreii , ponr que nous ne soooentnans point à ki

« tentât ion,-notts sonMDes par le avertis de ôotrefoiblesse^t

« de notre iofirmUé. Que personne donc ne^'enargueHKsBS;

'< que personne ne s'attiîbae rien , ni par orgneU , «i pr

« arrogance (6). » — a il n'y a poiiift de orime , ai énorme

« qu'il soit, qae je ne paiâse commeHre, ijKsail saint Augua-

«ttn, si la ^oadeDîea ne me soutient (7).» «-^« OmA

nous coniMlttons osnAre les tenialîpns et Ifs a^iHons delà

concupiscence (ce sont les paroles du Concile de Biai^)oK^

(î) Firiclis Deei,qein0e{«tielarvot teBtirilaipmîi foedptlMtis; sed faciet etiam cnm tentttiooe proyentamy ut possitis sustinere. (L Cor., x« tâ^

(2) Induite yos anntaram Deî, ut posItiB liape aéianni ienÉif tfalK>U. (E^phca^ Ti, it.)

alBtite foites w fiée. <I..Mr^ v^ S.) (4) Vigilate et orate,nt non intettigiitteBtiHaega. (Mattk^KKn, tf») m ïït m nnn inil^M in aMUliiiaiei . (6)S.C7vma.»l9iiéIihenMBmlMi.IV9P^47.

(7) S. Aug. cité par M. Moitrier, Expl. du Catéck^ teaa. i, paf. W-

kl victoire provieot, noo de DoUre Vi^toUé, mais de raidede Dieu ; autiveiDent il Q*y aurait aucune vérUé dans ce que4U r^pôCre ; Cela m dépmd ni de celui qmveuty m de celui qm eouri ; mais de Dieu, qui fait miséricorde (4 ] . »

Telle est; flaeaenfaDiU, la néœmié de la grâce; sansetle^ nous ne pouvoos absolumeoi rien dans Tordre surnaturel N006 avooa même bfioom de grâces plus fortes que celles qvà àiMDi aocordées au premier bomme dans l'état d*inna* cdtioe : car Adam payant aucun obstacle à vaincre pour persévérer daayi la sainl^é, il n avait besoin que de grùces 4s smnlé et de cotiMroolipn. Au lieu que, dans nous, la grâce nyantà serarantefr les mouvements de la concupiscence qui ]]o«Hi porte sans œsae au mal avec tant de violence , nous «VQDS besoin de grâces médicinalùs ei de guéri$an , de grâ^ œa qui non seulement nous préviennent et npus excitent •u bien, m«is'4iû guérissent en même temps noire volonté el fiarlifieiit fiotre faiblesse. -^ Nous ne pouvons rien sans la gr✠; mais aussi avec elle nous pouvons tout. Ce que disiit le gnand Apôtre : Je fmt tout dam celui qui me for- Ufie (2)^ tcttt chrétien a «tout de le répéter après lui ; tout abrétîeo « quel qui! sok , quelque faible, quelque fragile, c|t}dqueiiBparldiiiquelque vicieux, quelque corrompu qu'on l'imagine. Contemples les martyrs sur les écbafauds, les anachorètes dans les déserts, les solitaires et les vierges dans les clotires : voilà les lémoiris de la force victorieuse de la grâce. Considérez tout ce qu*il y a eu dans le christianisme d'actions brillantes, généreuses, héroïques : en voilà les effets.

D. La grâce acteatta mheile macM méeetnÊmre musc jmief qui ont la charité habituelle et la grâce sanctifiante? ^■>' R Sans la grâce actuelle, les justes eux-mêmes ne peuvent fûre aneune aclâea utile au aalm.

, Ejpligation. r- H est certain , il est de foi que la grâce

(i) donc BiaipdL. À^à LUiennaon,,U)m. IV, pa^ 68.

(3) Omnia possum în eq gui me confortât. (Pidlipp., iv^ 13.) ,

sanctifiaote non çeolement efbœ les péchéé , mais qu'elle aide encore à n'en plas comroeUre et à vivre saioteeient (I). Toutefois, pour opérer le bieu surnaturel, pour fetre quelque action utile au salut, l'homme a besoin, outre la grâce sanctifiante, d*un secours actuel, d'un mouvement actuel et surnaturel. C'est ce qui résulte de ces paroles que Jésos- Ghrist adressait aux Apôtres : a Comme la branche ne saua rait porter du fruit d*eHe«-mème, et sans demeurer atUchée c au cep de la vigne ; il en est ainsi de vous^ si vous ne de* « mourez en moi (S). » De même donc que la branche a besoin d'une influence perpétuelle et continuelle, pour qu'eHe puisse produire des fruits, de même le juste a besoin do secours de la grftce pour foire le bien. « L'oeil du corps, dit saint Augustin , ne peut voir, mémo dans un état de santé , s'il n'est aidé de l'éclat de la lumière ; ainsi rhomme, fût- il justifié, ne peut bien vivre, s'il n'est ^idé de la lumière éternelle de la justice (3). » Citons encore les parafes du concile d'Orange : « Toutes les fois que nous faisons le bien, Dieu lui-même opère en nous et avec nous , pour que nous l'opérions (4). » Ces expressions sont générales el regardent aussi bien les justes que les pécheurs, La grftce actoelie est donc nécessaire même aux justes, et , sans elle, ils ne peuvent faire aucqne action utile au salut.

D. Vhomme ne peut-il pas^ sans la grâce actuelle y faire quelque bien ou éviter quelque mal par des motifs purement naiwreUI

(i) Quicumque dixerit gratiam Dei in qua justificamnr per Jesom Ghristum Dominum nostrum ad solam remissionem peccatomm Talere... non etiam ad acUutoriiun ut non commitUntur, anathemaÂt. (Gène, liileyit. Gan. 8.)

{tf Joan., XV, 4.

(3) Sicut oculus corporis etiam plenissime saniis, nisi candore lacii adjutus cernere potest; sic homo etiam justificatns nisi sternalace jostitiœ divinitus adjuvetur, recte non potest vivere. (S. Aug., lib.de naStm etgratia, cap. xiYi.)

(4) Quoties bona agimus, Bens in nobis, atque nobisciUDy nt opcnmur operatnr. (II. Gonc. Arausican. Can. ix.)

— R. Oui, MM aaeao doute, il le peut» et nSgltse a eondamnéeeux qui out enseigné le contraire.

Explication. — L'homme peut foire, sans la grflce, et par les seules foroes naturelles, des œuvres conformes è la raison, des œuvres moralement bonni^, louables et dignes de (Quelques récompei»es temporelles. Il peut aussi , sans la grâce et j^ar^es nx^jfs purement naturels, s'abstenir de tel ou tel inal ; d'où i) suit que toutes les œuvres des infi-* déles et des pécheurs ne sont pas des péchés. En effet, V rBcriture sainte loue, en beaucoup d'endroits, des actions faites par des païens, telles que celle des sages^femmes d'Egypte, qui ne firent point mourir les enfants mâles des Hébreux, comme Pharaon l'avait ordonné ; celle du roiNabuchodonosor, à qui Dieu donna la terre d'Egypte, pour avoir fait la guerre aux Tyriens, comme il le lui avait corn* mandé (t) ; ceHe du tribun Lysias, qui tira saint Paul d'entre lés mains des Jpifs qui voulaient le tuer ; celle de Jules, le centurion, qui traita le même apôtre prisonnier avec bonté , etc. 2^ La raison et le bon sens suffisent pour nous montrer que le pécheur et l'infidèle peuvent faire quelques bonnes actions dans l'ordre naturel , sans le secours^ de la grâce : oomme de rendre un dépôt, perce que cela est juste ; d'obéir à son père, à son roi , parce que la loi naturelle l'ordonne ; de donner l'aumône par un motif d'humanité et de compassion, etc. Qui ne comprend qu'il reste dans l'homme, après te pédté d'Adam, une raison capable de connattre au moins les premiers principes de la loi naturelle, et un pouvoir suffisant pour éviter quelque mal, résister à quelques l^jères tentations (2) , et de faire quelque

(i> Ezech., XXIX, 18-19.

(â) Le libre arbitre de lliomine n^a pas été teUement détruit par le péché, que rhomme ne puisse, sans un secours spécial de la grâce, produire quelque bien moral, ou vaincre quelques légères tentations, ou même aimer Dieu comme auteur de la nature, d*un amour imparfait et ébauché pour ainsi dire. (S.Thomas, I. secundse quest* 109. Uberafann, ton. IV, pag.91.)

bien moral, lorsqull n'y a pes pour cela ée grandes cKfficallés à surmonler ? Qui pourrait se résoudre à croire que ilbomme, sang U grâoe, aoit aéoesaité à pédier daes loates aee adioiiB ? àm9BL, â<^ to souTecatea poollfaB optrUs ûûddaomé les propeaiUana auîvantea : « U &u( ficeler ia dia* m tkicUon qui dit qu'une aotioa est bonae en deux fefaoa» m ou paro64|ii*eIle est boono moraJeaieia, c^st^dire pu* a jon oiyel et par toutes ses cireonstaiieesy 4)« parce q«*eUe m e$( méritoire du royaume des cieux, eifeila par un mevh M bre de iésus-Christ aoimé de Tesprit de «b^rUé (4). » — M Toutes le§ actious des infidèles sout des péehée, el lea m vertus des {^ilosopkes sont des Tîoes (3). » -^ « Tout œ a que fait le pécheur ou l'esclave du péché e^i un péché (a).» -m C'est èire dans le sei^me&t de Pébge, que de raeenoattee 4 qu'on peut, par les s^les forces de ia aatin^ fitire use € ehoae raoardlemeBl bonne (i). » •— « Geus-4à ne soBt^iu» « seuls voleurs ou larrons^ qui nieal que Jésiis4]2hrît soie «la veieei ia porte de la iKérittetdeia vie; maîseficoi» « ceux qui croient... que rhoome^ sans le secours de k « 9^koe» peut Désister à la moindre lenlatioa, en sortequ'il •« «Y soit peint induit^ ou qu'il nensettpas iurmoolé (î^ a •^ « Sansia grâce, rbMMae n'a de iîberié que peur «oà* « imettre le péché (6). » L'homme peui donc, sans b grâce, Impc des œuvres laoralenNot boÎMSS et qui peuvent lui «ttirer , oonme a Mafauebodonosor , qwelqœ récompense temporelle ; mais ce n'est qa'avee la giAce ^'ii pesaà en Wre qui soient utiles au salqt et méntoms des récompe»- MB élemettes* Bu cfiet, ies moyens doivent être prcqpor-

lîonaés à k fil ; donc peur parvenir à urne te JiinMitiineUCt pour parvenir au ciel et faire des œuvres qui en rendent

\i) sr Proïkde Btttis, CMidaauiéefir 8. Fit Y.

(2) »• Oid,

(^ »• i(Hd.

^) se>f6M.

m !?• léitf .

(6) S8« Prop. de Quesnel, condamnée par OémenlXtlL

digoes^ Yh(mjm ^ bê&m d'un ^eoouf s mmaturêl , de h

B. Dieu accûrde-t^l toujours à tkov/tme tts grâces efuihtisûnî néoêêdtrims? — R, Oui, Dieu éx>w&^ loujoupsè rtiomme^s §rà^ «8 solBsiiites pour itire le ima et éviter JeinL

Explication. — Ntens ne pouvons rien, dans tordre du saluft, sans le secoors de la grâce; c'est une vérité certaine et incontestable. Mais! d'nn antre côlé, ncKjs devons être persuadés que ce secours ne nous est jamais refusé. JUk effet, Dieu nous ordonne, sous peine des châ limenls les jflus ligoureux, d'observée ses commandements : il faut dope croire qu'il nous donne là force de les observer. Autrement, en nous châtiant, il agirait envers nous comme un tyran îpjusle, puisque! nous punirait poiir n avoir pas fait le bien qu'il nous était impossible de faire, pu pour n'avoir pas évité le mal quH nous était impossible d'éviter. N'auriez* vous pas droit , mes enfants , d'accuser vos mattrés d'injustice, sfi, sachant'à n'en pouvoir douter, que vous n'aveîs pu apprendre telle leçon, parce que la maladie ne vous "à pas permis de Vëtudîer, ils vous mettaient cependant en I)énitence, parce que vous ne sauriez pas cette leçon TPrreilleinent n'aurlonà-nous pas droit d'accuser Dreu dlnjostice, s'il nous refusait les secours dont nous avons besoin pour accomplir sa loi, et qu11 nous punît ensuite pour Tîe Tavoir pas accompTie? — Hais qui pourrait arvoir de Dieu une idée aussi contraire à sa bonté infinie *f « Non, dît Ïb saint concile de Trente, Dieu ne commande rien d'imposable ; mais, en nous commandant une chosfe, il nous «rverfll de faire ce que nous pouvons, de demander ce que nous ne pouvons pas, et il nous aide afin que nous puissions (4). » Ce secours que Dteo nous donne t)e nous est dû è aucun fître, c'est de sa part un don purement gratuit p mais ayant

ii^ Hess iiiHlhirn ana jdbet, jcd jribead» mmei^ îwoate qqod possis , et petere quod non possis, et a^jmral ut pôfsU. (Ceac. Trid. «ess. Yi, (îon. n.) ' >^ {■!

•nvoyé son fils wr la terre pour nous recbeter, et, par ses mérites, dous remettre en droit de regarder le ciel comme notre bérilage, c'^ une eoDséqueoce Déoessaire qu'il nous accorde les moyens d*y parvenir, et par conséquent la grftcè, sans laquelle nous ne pouvons rien. Cette grâce, ee secours, nous le répétons, est purement gratuit, en ce sens qu'il n'est pas dû par justice ; il peut être, toutefois, la ré* compense du bon usage que l'homme a f^t d'une grâce pré(^§dente.

Il est de foi que les justes» en cas d'uif ence d'un précepte, reçoivent une grâce suffisante avec laquelle il peuvent l'accomplir. « Dieu, dit le Prophète-Roi, a les yeux « ouverts sur |es justes^t). » — « Quel est l'homme, ayant « persévéré dans les commandeq^eots de Dieu, qui ait été « abandonné de Dieu (2) ? » Ainsi s'exprime l'Espril-Saint au, livre de l'Ecclésiastique. Dieu honore donc les justes d'une faveur spéciale; comment supposer, dès-lors, qa'U leur refuse les grâces qui leur sont nécessaires pour pouvoir faire ce qu'il leur commande ? Aussi l'Eglise a-t-ene condamné comme hérétique la proposition suivante, qui est la première des cinq propositions de Jaosénius : « Quelques comoiandements sont impossibles, eu égard à leurs forces présentes, aux hommes justes qui veulent les accomplir, et s'efforcent de le f^ire (3). » De plus, le saint concile de Trente a rendu un décret solepnet ainsi conçu : « Si quel- « qu'un dit que les commandements de Dieu sont impossî- « Mes à observer pour l'homme même, justifié, et en état « de grâce, qu'il^olt anathème (i). »

On pe peut douter, et c'est le sentiment commun des

(t) Oeuti Domini saper iustos. (Fsal. xxiii, 16.)

(ft) Quis permansit in mandatis ejus, et derelictas est? (Eccl., ii, IS.)

(S) Aliqua Dei prsecepta hominibas justis Yolentibus et conintibiis,

secuDdum pnesentes, quas babent, vires, sont impossibilia; deestqooqie

illis ^gralia, <iva pMsibUia fiant. (/. Jh-àp, Jùmmii damatUa ut hœreticm

«6 InnocéfUiù X, an.^SSS.)

' (4} Gonc. Trid. sesk. n, can. xvm.

théologieus, qae les pédieurs ordinaires reçoiveat des grâces sufâsaptes pour observer les préceptes quand ils obligent. Ce sentimait est fondé sur la bonté de Dieu envers les hommes, sur sa vokmté de les sauver tous, sur la mort endurée par Jésus^Christ pour le salut de tous.

Les pécbeurs, mèm^ lés plus aveuglés et les plus endurcis, ne sont point privés de certaines grAces à Taide des quelles ils peuvent revenir à IKeu et se féconoiller avec lui. S'ils n'ont point la grAce immédiate, le pouvoir actuel et présent pour pratiquer le bien, pour résister à des passions impétueuses, jusqu'à les vaincre et en triompher, ils ont au moins la grâce de la prière, c'est-à-dire une grâce qui les excite et les aide à" prier Dieu d'aider leur faiblesse j et, s'ils y sont fidèles, ils obtiendront d autres grâces' avec lesquelles ils pourront se disposer à reoevoif le bienfait de la justification. C'est dans ce sens que saint Thomas a dit : Dieu fie refuse point la grâce à cétui qui fait œ qui dépend de lui; c'est-à-dire, celui qui, avec le secours de la grâce qu'il a actuellement, fait tout le bien qui est en son pouvoir, est sûr d'obtenir une grâce plus forte et plus puissante : facienti quod in se est, Deus non denegat gratiam. Si donc ils s'excusent sur' leur malheureuse impuissance, s'ils prétendent qu'il n'ont pas le pouvoir de se vaincre , nous leur répondrons avec saint Augustin: «Si le pouvoir de faire c le bien vous manque, jamais vous ne manquez de celui de a priera car voici la ressource qui reste toujours au libre aty c bitre, à la volonté du pécheuft quelque tyrannisé qu'il « puisse être sous l'en^Hre de ses passions. Ce n'est pas que « l'homme ait toujours le pouvoir d'a<^!opnplir la justice a toutes les fois qu'il le veut ; mais c'est qu'il est toujours « en sa puissance de se. tourner, par le mouvement d'une c piété suppliante, vers celui par la grâee de qui il peut l'acc complir (4). » Jàras-Christ n'a*t-il pas dit : « Demandes,

(1) Si desit, ni agt^, aniiqiiâiii déficit qno petas; hoc eniiii ratât libero arlntrio, bob ut ho^ impleat jottitiani èom Tohierit, sad Bt mp-

ft et on Tousdaintera ;cfaerobez, et von trouvères; firBppes, « et oa vous oavrtra. Car qulooiique demande reçoit ^ « et celui qui cherche trouve, et ou oovra è celui qai « frâippe(4) ? » «- Que s'il était vrai qu'il y eM des pêcheurs privés de la grâce même de la prière, on ne pourrait pas dire pour cela que la grâce teur maiMpie eotidremeiit. I>ieu eoiploie d'autres ressources pour les ratneoer à lui, teb que les remords, les dégoûts, les diagrius^ les malades, etc. Ges divers aecideots, qui paraissent pour Tordinaîre tout naturels ou des efTels du hasard, sont queique6>ift des grâces somaturelles qui, si l'on y r^Hmd, en obtiennent de pkis fortes, et (bol ainsi rentrer par degré dans la voie du salut. -^ De tout cela il fouit obneture quil n'est point de pédieur qui soit excusable, puisqu^il n'en est point qui n'ait ks moyens nécessaires pour se donvertîr et évfterte péché. Au reste, si quelques pécheurs^ à force de se ivrer ao crime, avaient mérité que Dieu les abandonnât jusqu'à leur refiiser tout moyen de aortîr de leur déplerabte état, ils ne devraient s'en prendre cpi'i eux-mêmes, parce qne, àil saint Augustin, « Dieu n'abandonne que ceux qui l'abandonnent le^ premiers. »

Les infidèles eux-mêmes, d'après Tens^gnement oom* mun des théologiens, ne sont pas étrangers aux bîenfeits de fa rédemption, aux grâces surnaturelles, fnritsdu sacrifice effert sur le calvaire pour le sakit du monde ; et s'fls se montrent dociles à ces premières impressions de grâce toute gratuite, ils en recevront de nouvelles, et de lumière en lumière^ ils pourront arriver à la counaissance de la vérité. « Dieu, dit saint Thomas, ne laissera point mourir dans « rinfidéiflé celui qoi, aidé de la grâce, le cherche dans la « simptIcHé de son cœur ; il lui enverrait ptut(yt un ange « pour lui annoncer les vérités quTl est nécessaire de croire

plici pietate convertat se ad eum ciuus dono posât implere. (S. Ang. de l&i. Ai^iitida.) (1) L*c », «.-r^ M«ttk., vn, !-«•

«pour arriver au saUit, oo \\ useraH ^ <|yek|ife laoyeQ « axiraordinairâ poi^ I0 conduire à ]a foi (4). ».

Quaoi aux eofonts mort sans bsfMèote, il eu certain ^a pieu, eu Instituant ce sacrement, leur a préparé w nioyea soCSsant de saiut. et qu'î] a vouiri aînoèremeflt que j'applfr* cation leur en f$t iaite. Si celte application fi'a point eo Upu, c*ea( par auUe d'une mort préiuaturéev qui est Teffel naturel des caiises aecondea, que Dieu^ comme dirigeant V^nseroUe, nest pas tenu d mterveriH*. li n'est p9S obligé d*in(errompre^ par un miracle, l*ofidre qu'il a établi dans la^nature, quoiqu'il prévoie pluiiieurs acoûkofs qui en ré-* (ullent : par exempta, il n'est p:)s obligé d'empâcher , par on mirade, l'excès du vin d^ produire son effk , quoiqu'il sache bien que telle mère de famille-, en se livrant à l'in^ l^empérasM^e^ donnera ia mort à l'enbot qu'el^ porte dan* «oa^eia.

B. PaùvonMnous renâre ta grâce actuelle imtlilef — B. Nous pouvof» renére h. gr&œ aetoelle inatilt, en d^ «>opéimot pas.

ExpucATioif. — La grâce, quelque ft)rle, quelque puissante qu'on la suppose, nous laisse toujours le pouvoir de loi résister. La grâce efficace dte-m6me, tout en nous faisant faire le bien certainement et infailliblement, nous laisse toujours la liberté de ne pas le faire, « Heureux Thomme, te est-il dît au livre de l'Ecclésiastique, qui a été trouvé sans ti tache ', qui a pu transgresser et qui ne Ta pas faîl ; qui a pu « faire le mal, et qui s'en est abstenu {tj. » On trouve un grand nombre de passages semblables dans les Ecritures soit de Tancten, soit du nouveau Testament, qui supposent évidemment que rhomme, quand il fait le liien, n'est contraint par aucune nécessilé; maSsquexcîlé, prévenu parla grâée, il agit librement ; de telle soHe qu'il est toujours en son pouvoir, lors même que la grâce le presse, de ne point aigir, et qu'il pourrait, s'il le voulait^ lui refuser son consen-

(t) Défense du christianisme, too^ iV, ps^ 3S. (î) Eccl.,xw,10.

tement. C'est pour cela que l'Eglise a condamné les propo^» silions suivantes : « La grftce de Dieu n*est autre chose « que sa volonté toute puissante (4 ] . » — « Jamais , dans l^état c de nature déchue, on ne résiste à la grâce intérieure(2).)» De plus, le saint concile de Trente a formellement décidé que l'homme peut, s^il le veut^ refuser son assentiment aux mouvements que Dieu eicile en lui, et prononcé anathème contre ceux qui osaient enseigner le contraire (3). Ainsi il est de foi que la grâce intérieure, tout en dirigeant notre volonté, ne lui ôte point sa liberté ; que nous pouvons^ y ré^ sister en n*y coopérant pas, et que les grâces inème appe* lées victorieuses, triomphantes, parce qu'elles nous font surmonter les tentations les plus violentes et franchir avec courage et facilité tous les obstacles qui s'opposent à notre sanctification, nous laissent cependant libres de résister à leur force et à leur attrait, quoique, dans la réalité, nous n'y résistions pas. « Il n'y a pas de grâce si faible, dit excel- « lemment le cardinal de la Luzerne, qu'avec son concours c nous ne puissions opérer le bien ; il n'y en a pas dételle- « mçnt forte, que malgré elle nous ne puissions faire le mal. « Notre volbhté, sous l'empire de la grâce, n'est pas un inc strumeot matériel, purement passif et sans action, qui suit « nécessairement l'impulsion qui lui est donnée. Je suiâ « libre, ma raison me le démontre; un sentiment plus fort « que la raison m'en donne une persuasion plus intime; et « la parole de Dieu, plus certaine encore que tout cela, me « le révèle et m'interdit tout> doute. » — «DèSrle commoi- « cément, est-il dit au livre de rBcclésiastique,.DieQ à remis « l'homme entre les mains de son propre conseil... 11 l'a posé c devant Teau et le feu, afin qu'il mette la main à celui qu'il « lui plaira (i). » — Hais comment la grâce de Dieu s'ac-

(i) i9« Prop. de Quesnel, condamnée par Clément XIII. (1) Interiori gratiœ, in statu natane laps», niinquam resistitiff. (S* Prop. Jans., damnata ut hœretica.) (t) Goac. Trid. sess. vi, can. iv.

(4)£cd.»ZT,i4.

e8iâe*l^»elieavee la libenédé l'bomlna? qualleesl, dam dos aciîoiis, la part du libre arbitre t queUe est eeUe de la grâce 7 coannefit celte faeultéet cette puissance ooex»tent>*elle8 sans se nuire ? De telles questions sont insdubles^à la raison bimiaîne. ^-« Nous pouvons résister à la grftce, et nous sa-» vons parnotre propre expérience qjûe cela n'arrive que trop souvent.' Combien de pécbeurs qui croupissent dans Uni* quitéetqui ne tarderaient pas à se convertir, sk, par leur résistance, il. ne rendaient pas la grAce inutile I Combien de fois, mes enfants, la grâce ne vous a-t-ellepes injspiré de mieux étudier voU*e cittédiieme, d'èlre plus attentifs aux explications qu*on vous en Mt, (dus recueiHis aux aaifl^ offices, plus asskhis a h prière? et cependant, ton* jours même inapplication, même légèreté, même dissipation jusqu'au pied des autels 1 Combien de fois la grftoe de DIoq ne vous a-t^eile pas^reproché, au Ibnd de vos consciences, votre peu de respect, d^amour el d obéissance pour vos parefits; ces jurements et ces meiisonges auxquels vous iMbe livrez si souvent? et cependant toi^ours. même dupti* cité, mêmes jurements t mèmea désobéissances, màoMS AHirmurès, même indocililél Ne sont^ce pas là autant de résistance^ à la grâce, aiitant dé moyens de salut que vous rendez inutUti, en refosant d*y coopérer ?

exD. Qu^esirce qvé càopérjeràla grdce ? — R.Ceopirer k la grâce cVst en suivre le mouvement et Pins^ratton.

ExPLicATipN. — Quoique la grâce nous prévienne et nous excite au bien, elle ne le fait cependant pas sans nous, fille fait tout en nous, mais nous faisons aussi tout aVec elle et par elle. C^est ce qui fait dire à saint Augustin : « Celui qui « vous a fait sans voué, ne peut vous sauver sans vous. » Par conséquent, la pratique du bien, notre salut, n'est l'ouvrage ni de Dieu seul, ni de Ttiomme seul, mais il est Touvrage tout ensemble de Dieu et de Thomme ; « c'est la grâ^;e « de Dieu avec moi (t), » dit saibt Paiil. « Comme la leçre ne

(i) Orstta Pei ileeiiM. (I. Ger,, M iO.)

c proëifitrMtt'^MM h piaîe, bî h fima sato la ï&fnÊiiàmm t la grâce safis noire volonté d opère rieiK ni notre volonli « tms la gréée; » oe aaol les paroles de aalniJeen Ghryaoe^ Mme. «*- 11 faut depc coopérer à la grice ; maïs que foat*4l eoleBdie par iàf Cela ne TOut pas dfre qu'il es! nécessaire que QMS jotpuoos pos forces nakprelles avx forces auma* lorelleade la grAee^ coœiDeoii e&faotqui joHKkait sespelilefi forces à celles é*un bomme robuste poer porter mi grand poids ; oar si nom faisons une bonne œuvre^ oa n-est qiie par leaseoles lore« qoe la grftoe noua doone. Coopé^ rer à la grâce, c'est agir avec eftie, se laisser ceodinre^jar elle, consentir Hfarement an bien auquel eMe noos excite ei cp^eile no«s ,f«t faire, érilar le nnl dooi elle ebercke^ nousdéleomer; aest semonirer docilaiàeBs.in8ptf3tion8» céder sans réaistance an BsonTemeDi eià riiiipolsU>n qu*fUe donne. Par exemple, mes enfants^ vf» reoe^nes anpantvte qui yvm deasande Tatimtee ; Dieu voua tnafare la pe»* aée de l'aasisler ai de kn donner qoetques pièces de mon ■ DaiS'ddnt tous pouvez dàspoeer; la pansée de Inre asile hmme aottoocet uhe ^âe^v et^ si vmm In feiies en efte, ▼eus e^opérea à la grAon: — *Noos isons dma les Adea dsa apôtres, qoe saint Peut, attnit à Damas pour y peraéaartar les chréliens, fui, éan» le chemin, terrassé» frappé d'avea* glemeot^ <)l qu'il enAendit une voix qoiluifdiL: <^ Sau!, ponr* « quoi me persécutQz*vo«tt?» A ocM^ voix it c|utfige aussi* tâi de seutjmeut„ renooce à sim prqjftt et s'écrie ; « Seifpevr, « que voulet-vouà qpe je fasse?! Voilà ua bel exemple de coopératioD à la grâce.

D. Que^ devan$-m»iii$ crtnn^e em, ne c^ppérmnâ point à la g^éu 4e pieu ? — R. Nqu& devoos ccaiudce f|us Di6U».eiv punition de Doire césistaoce à ses grâces^ s'ea diminue le po^ibre et la force ^ ce qui nous exposerait à tomber dan^ iVeuglemént de Pesprit et dans rendurcisseroenl dti cœur.

ËxpuGATioif. — Un pauvre qui jetterai^ dans la hoçe une aumône considérable qu'on lui aurait faîle, ne se rendrait-il pas, par cela seul, indigoede ffeoeveir un nooveau bicttlïît?

— OTt —

H'etH^ùè ^^uémwûmm ce q/OB bous Imsom, «loaiid ooas vé8tslûii6.à b grftce et que noua xefasea» d*y coopérer t Aussi, CQoKBe le boo usege des grâces de Dieu nous ea atUre de D0iiveUe8> aioei, 1 «bus out la inépris qee nousea bieeiie fes éleigee de bous. « Quaud une (erre souveol « abreuvée de» eaux, de la phue qui y iombe, dU saiui Paul, c oe produit que des roncea^ des épines, elle est vouée à a la GoatédielioD^ et à la fin ou y met lé tm (4). » Paroles terribles^ qui opt fait trembler les plus grands sainte, et qui doivent daus Caire ^eraiudfe que Dieu, pour noua punk de taat d'infidélités dont çkmis nous aoimnes r^idos ûeu|>able^ ne noua retire aeagiiâces^ ou du moms qu'il n'en diminue le nombre et la fc^ree. Alors nos esprits ne seraient pbi^que iénâbres« nos ccau» devieodmeot plus dur» que la picurie : présages funestes d'une éternelle réprebaHon. Coopérons donc, avec la pfus grande fidélité, à toutes les grâces que Dieu daigne nous accorder:

FAMAGRÂBSE OliQeiÈIIS.

DB LA GKACB DE LA PERSÉvéRAIfCB FINiLE Bf DE LA PRÉDESTINATIOIf.

D. Qu^eêt-^eque Ui grûcê de (a persévérmii& finale ? — B. Coat lagràee de mourir sa|atemeat^c'esl-à-dice de mourir dans Pamour de Diea, en conservaDt jusqu'au dernier soupir la grâce sanctifiaiite.

BKPUGATieif. ^ La pecsévéranoe finale est uoegréce par* licuMre dii^giiée de la grâce sanetifiaDte ; npe grâce qui est la dernière d^teutest et <^ met la eonM^le à toutes les autres ; une grâce que Dieu ne nous doit point ; mais il l'accorde toujours à cehii qui, far sa constance dans le bien et sa fidélîlé i aeoofx^ b loi, s'efforce de s'en rendre digne. <c Le don de Dieu, est-il dit au livre de TEcclésias*

(l) Heb., VI, 8.

— ni —

«llque. demediie ferme dans lMJ08ta8(i).»---«Bitii ne Doas doit pas la grftce de la peraévéranee fioate ; mais, iknis ne craignons pas de le dire, il se ddl à lui-mèaie de nous l'accorder ; il Ta doit à^ véracHé, puisqu'il s'est engagé à sauver ceux qui persévèrent ; « Ghercbez cehri qm est demeuré « ferme dans les préceptes du Seigneur, et que le Seigneur « a abandonné (2). » D'où il suft que h moyen d'obtenir la persévérance finale, e*est la persévérance quotkHeone. Pour être trouvé persévérant à la mort, il &ut a Voir persévéré pendant la vie ; et ceux qui, après avoir vécu long* temps dans l'habitude du péché, ne pensent que dans, leurs derniers moments à revenir a Dieu, meurent commune* ment cdmme ils ont vécu,^ suivant cette terrible menade du Sauveur : « Vous me cbereberei, et vous oKMirrez dans « votre péché (3). »

D. Qu'est-ce que ta grâce de la prédestination ? — R. G*est le choix que, de toute éternité, Dieu a fait des élus, c'est-à-dire de ceux qu*il a prédestinés au salut éternel.

Explication. — Qu'il y ait, de la part de Dieu, une véritable prédestination, c'est-à-dire un décret par lequel il a résolu de donner la gloire à un certain nombre d'hommes, et les moyens nécessaires et efficaces pour y parvenir, en sorte que ces hommes seront infailliblement sauvés : c'est ce qu'il n'est pas permis de révoquer en doute. Quoi de plus précis, en effet, que ces paroles de Jésus-Christ : « Venez, « les bénis de mon Père, possédez le royaume qui vous a « été préparé depuis le commencement du monde (i) ? » — * L'apôtre saint Paul s exprime d^unemaiâère non moins formeUe : « Ceux qu'Ha prédestinés sont ceux qu'il a appelé»;

(1 ) Ba^o Dei permanet jusfis. (Eccl. , xi, 17.) (t) Quis emm penDantit ia mandalifl iju, et est derelktiis? (Eccl., n, 1«.)

(3) Quœretis me, et in peccato Tesiro moriemini. (ïoan., vin, tl.)

(4) Yenite, benedicti Patris mei , possidete paratoïn vobis regnum a constitutione mundi. (Matth., xxy, $4.)

« ceux qu*ilo appelés, il les d justiBés; or, ceox qui! a jostîa fiés, il les a admis dans la gleire (i). » -r- Avons^Dous le bonheur d*è(re du nombre de ceux que la miséricorde divine a choisis, dé toute éternité, pour les fake jouir deisa gloire et de sa félicité? nous ne pouvons en être assurés. Les noms des prédeslioés sont écrits dans le ciel : ils ne sont pas révélés à la terre. Ce que nous savons positivement, c^est que le gage le plus certain que nous puissions avoir de notre prédestination à 4a gloire, c'est notre persé-vérance. « La prédestination , dit le .cardinal de la Luzerne (2], est, de la part "de^ Dieu , ime S|uité de grâces contînuellemeni accordées, et, de la part de Thomme, une suite d'actes mé-^ ritoires isans cesse produits. .€es deux opérations de Dieu et de l'âme fidèle^, concôuirant ensemble, slaident, s'entre* tiennent , s'aocroissent mutuellement ; elles «ont récipro*^ quement Tune à l'autre cause et effet. Les grâces célestes, eh tombant avec abondance, engendrent de nouvelles^ vertus , et le^ œuvres vertueuses, en se multipliant, attirent encore de nouvelles grâces. Ainsi, de vertus en vertus (3), le juste s'avance majestueusement vers le terme dé ses désirs ; ta route qu'iPparcourt, éclairée par une continuité de' grâces, lui offre une lumière toujours croissante, jusqu'à ce qu'enfin elle le conduise à ce jour pur, brillant et parfait, qui neconnaUpas de nuit (4). » — « Mais, direz-vous peutêtre, si je suis prédestiné à la gloire, et par conséquent it la grâce qui m'est nécessaire pour parvenir à celte gloire, je ^rai infailliblement sauvé ; il est donc inutile que je tra» vaille, soit à mériter le cie], soit â éviter l'enfer. j> Rien n'est plus faux que ce rbefsonnement. La prédestination à la gloire n'a lieu qu'en conséquence des mérites prévus. En

(1) Qttos prâdestinaTit, hos ei vocavit, et qaos vocaTÎt, hos et jasCific&vit, quos.aptem JustiÔcaTit, MlciS'et'glorificavH. (it'oin., yw, 90.)

(2) Considérations sur divers pqints de morale^ tom. I,pàg. 8i5-3S6« (S) Ibunt de virtute iii virtutcm. (Psal. 83, v. 8.)

(4) Jnstoriim autem semita, quasi lux splendens, prdcedit, et crcscit mque ad perfectam<lfem. (f^ev. iv, iS.)

eflel, la béatitude éterneHe que Dieu destine à se» élus nous est représentée dans les livres saints comme une réoopopense ^ comme quelque chose qui dépend des bonnes couvres que Dieu a prévu avec certitude qu*ils opéreraient, et qui se coordonne avec ellçs ; d*où il faut conclure que c*est d'après la prévision des mérites que Dieu désigne à chacun le sort de son éternité ; qu'il ne prédesèine au salut que ceux qui le mériteront par leurs bonnes œuyres , de même qu'il e a résolu de réprouver que ceux qui , par leurs crimes, attireront sur eux le poids de sa colère. Cela posé, il est évident que, quoique vous soye2 prédestiné, vous devez travailler à mériter le ciel, en faisant, avec \0 secours de la grâce, tout le bien qui est en votre pouvoir ; car vous ne l'obtiendrez jamais sans cela. Il n'est pas moins évî<tent que vous devez travailler à éviter l'enfer, parce que, si vous le faites , vous ne serez certainement pas du nombre des réprouvés. — « Si Dieu, dites- vous, m'a prédestiné au salut, je serai infailliblement sauvé; et, si je ne suis pas prédestiné, je serai infailliblement perdu, il ne me reste donc qu*à attendre l'exécution de ma prédestination, en vivant sans remords au gré de mes désirs^ » Encore une fois, rien dft plus faux, rien de plus absurde que ce raisonnement ; quelques mots suffiront pour vous en convaincre. Dieu n'a pas seulement prévu de toute éternité ce qui regarde notre sort dans la vie future , il a encore prévu tous les événements de (a vie présente. Tout, ici-bas , est soumis à sa prescience et à sa volonté. Personne ne pousse sa vie audelà des bornée que Dieu lui a prescrites ; personne ne recueille, ne devient riche, n'arrive au port, ne remporte la victoire que quand Dieu le veut, et en la manière qu'il le veut. S'avise-t-on pour cela dfe négliger les moyens 'de conserver ou de recouvi;er sa santé? ,né^iget-on d-ensemeneer ses champs , d'enipléyer son industrie pour amasser^ du bien, de diriger soù vaisseau, vers le Rort, de prendre toutfes les mesures propres à triopipher de ses ennemis ? non sans doute. Pourquoi donc ne paa.ae

•comporter de même dans Taf faire du salut ? Dieu qui a prédestiné à la gloire, ordonne en même temps de prendre les moyens nécessaires pour y parvenir : la vigilance chrétienne , la prière , la fuite du péché , la pratique ûon* slante des bonnes œuvi-es. C'est pour cela que Tapâtre saint Pierre nous dît : « Efforcez-vous' de plus eu plus « d affermir votre vocalîon et voire élection par les bonnes « œuvres (I). » — « Ou Dieu a prévu que je serais sauvé, ou il a prévu que je serais damné ; or, ce que Dieu a préva arrivera infailÛblement; donc, il ne me reste qu'à attendre Texécutiou de ma prédestination , puisque; quelque chose que je fasse , je subirai le sort éternel que Dieu m'a préparé. » Ce raisonnement est aussi digne de pitié qde tes raisonnements suivants : Ou Dieu a prévu que je guérirais de cette maladie , ou il a prévu que j*en mourrais ; or, ce <\ue Dieu a prévu arrivera infailliblement ; donc je ne dois ni consulter le médecin, ni prendre le moindre remède. Ou Dieu a prévu que ce champ produira une moisson abondante, ou il ne Ta pas prévu ; or, ce que Dieu a prévu arrivera infailliblement ; donc je ne dois m*occuper ni de le iâbourer, ni de lensemencer. Ou Dieu a prévu que j*»riiverais au port, ou il ne la pas prévu : or, ce que Dieu dr pt^éyu arrivera infailliblement ; donc je n'ai besoin de mé servir ni de gouvernail ni de voile» pour diriger ma barque. Ou Dieu a prévu que je gagnerais ce procès^ oo il nel^ pas prévu ; or, ce que Dieu à prévu errivera «iofiailie* ment , donc je n*ai pas besoin de consulter u» avocat, ni même de dire un seul mot pour ma défense. Ou Eâeu a prévu que je serais riche, ou il ne Tapas prévu, donc je ne dois m*înquiéter de rien, et j'aurais grand tort de me livrer au moindre travail ni à la moindre fatigue; tout en restaort dans rinaction, je n*en deviendrai pas moins riche, si tMeu a prévu que je dois le devenir. Ou Dieu a prévu gue je sa«-

(1) Satagite, ttt per bona ofiera, certain vesCram Tooatimi6« 9^ eiéelionem fadatis. (II, Petr., 1, U.)

rais ma leçon, ou il ne la pas prévu ; s'il Ta prévu, je n'ai pas besoin de Tétudier, et je la saurai très bien sans cela« puisque ce que Dieu a prévu arrive inrailliblemenl; dans le second cas, en vain Tétudiecais-je : quoi que je Casse, je ne la saurai jamais. Ces raisonnements, je le répète, sont dignes de pitié ; aussi, vous le savez , ce n*est point d après de pareils principes que Ton agit dans le monde. On comprend à merveille que Dieu n*a point prévu tel événement, indépendamment des causes libres qui doivent le produire; qu^une chose n'arrive pas, parce que Dieu la prévue, mais queDieu, au contraire, Ta prévi^e, parce qu'elle doit arriver. Il en est' de même de TafCaire du salut. «Vivez chrétîenoemeut, et Dieu aura prévu que vous serez sauvé ; mais, si vous vivez dans le péché, si vous vous livrez an crime et au désordre et que vous abusiez jusqu'à la fin des içoyens de sanctification qui vous sont offerts, Dieu a prévu que vous seriez damnés et vous le serez infailliblement (4). »

— rD. Queh sont les principaux moyens d* obtenir la grâce? - — R. I^ priacips^ux moyens d'obieoir la grâce sonl les sacrements et U prière.

ExiPLiGATioN. — Jésus-Christ ne s est pas contenté d^ nous Afiériter la grâce par ses souffrances , ses humiliations et la mort ignominieuse qu'il a endurée sur la croix ; il nous a encore enseigné les moyens de lobtenir. C^s moyens sont eo grand lombre ; mais les deux principaux sont de recevoir les sacremi^s avec les dispositions requises, et de prier «veo humilité, confiance et persévéramce.

TRAITS HISTORIQUES

ANGBROO.

L'empire du Japon était pioogé dans les plus épaisses ténèbres de Pidolatrie, lorsque saint François Xavier y arriva en 1549. Cet hmnme apostolique était à Malaca, quaud un homme se présentée

m Bonfetat, tom. I, ptg. 878. — Voyei aussi au tom. I, leçpn n, ce que nous disons de U prescience de Dieu,

lui. C'était uo Japonais qui , après a?oir affronté des périls sans nombre, venait, poussé par la grâce, exprimer Tardent désir qu'il avait de recevoir le baptême. Son nom était Ângeroo. li doit vivre dans la mémoire des bommes, parce que le premier, dans ce vaste empire , H ouvrit les yeux à la lumière de la vérité. Il retourna dans sa patrie pour servir de guide aux missionnaires de la religion sainte qu'il venait d'embrasser , et convertit btent6t toute sa famille.

SAINT HILAIRE d'aRLES.

Hilaire aima d'abord le monde, et rechercha avec ardeur les honneurs et les plaisirs. Dieu , pour le détacher des cbiTses d'icibas , se servit d'Honorat , évèque d'Arles. Que de larmes il versa pour amollir la dureté de son jeune ami ! Avec quelle tendresse il l'embrasait pour obtenir de lui qu'il voulût se sauver ! Tous ses efforts furent d'abord inutiles. — c J'obliendf'î^i de Dieu, lui <Kt saint Honorât en se retirant , ce que vous ne voukz pas m'accor^ der. » Hilaire, demeuré seul , fut bientôt tourmenté, obsédé par ses pensées. D'une part, il lui semblait que Dieu Tappellait; de l'autre, il était retenu par les charmes séducteurs du monde. Il voulait et il ne voulait pas. Eufîri la grâce triomphe : Hilaire va trouver Honorât et l'aborde d'un air aussi humble, aussi soumis, que le saint Tavait laissé fier et superbe.

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