‹ Explication Historique, Dogmatique, Morale, Liturgique et Canonique du Catechisme avec la reponse aux principales objections tirées des sciences contre la religionChapitre 111 sur 114 · DE LÀ GAACE SANCTIFIANTE OU HABITUELLE · texte numérisé non relu

DE LÀ GAACE SANCTIFIANTE OU HABITUELLE

— D. Cemlnrn \f a-t-ilde sorte» de grâces intérieures fue Bien mm donne pour nous faire opérer notre salul ? — R. Il y en a de devs sortes : la grâce sanctifiante ou habituelle, etia grâce actuelle.

^^) Exposit. de la doct. chrétienne j lom, I, pag. 291. (a) Corozaïm, ville de Galilée, dans laquelle Jésus-Christ précbt sei- -vent et fit un grand nombre de miracles.

(3) Bethsaïde, autre viUe de Galilée, assez ?«isine de Carozaûn.

(4) Tyr, ville fameuse de la Phénicie.

(5) Sidon, capitale de la Phénicie, province de Syrie.

(6) Vœ tibi Corozaïm, vœ tîbi Bethsaîda : quia, si in Tyro et Sidoie facts essent virtutes quœ factse sunt in vobis, olim in dlieio et dneft

^=^0. Qu^eshe^e que la grâee samHfian^ otLhaHtueUeî — R. La gjrâee sanctiGante ou habituelle est qq don surDalurel, répondu 4aDS notre àoie, qui nous rend saints ou plus saints ans ycox de Dieu.

Explication. — l"" La grâce saoctifîaDle est un dou» c'està-dire une faveur, un bienfait anquei nous n'avons atieHQ droit, aucun titre, et que Dieu nous accorde par nn effet de sa pure bonté, de sa pure libéralité. 2"" La grâce saflctitiante est un don surnaturel *. en tant qu'bonimes, ainsi que nous Pavons déjà dît, en tant que créatures raisonnidDles et intel^ ligentes , nous tenons de Dieu, notre créateur, dans un degré plus ou moins grand (car il est absolument maître da ses dons) , certaines qualités de Tâme et du corps, oomne la force , la santé , un esprit juste, un fonds d'équité et de droiture..,; c'est ce qu'on appelle guotf^s natureUei , dûim naturels. La grâce sanctifiante est un don qui ne nous est pojnt dû en vertu de notre créatioo, un don que Dieu inet en nous et qu'il ajoute à ceux dont loous venons de parler*, C'est une qualité^ c'est-à-dire une chose qui rend notre âme différente de ce qu'eije était auparavant ; mats une qualité surnaturelle, puisqu'elle nous élève au dessus de notre nature, qu'elle nous rend ju.stes et amis de Diea^ nous fait vivre d'une vie toute divine et nous donne drdt à la vie éternelle, i'^ La grâce sanctifianle est un don surnaturel répandu dans notre âme : elle est, par conséquent, <|uelqiie chose d'intrinsèque à 1 âme, une qualité qui s'y imprime, s'y attache, et qui, selon le sentiment du plus grand nombre des théologiens, n'est autre chose que la charité elle-même, suivant ces paroles de saint Paul : a La charité de Dieu «s*est répandue dans nos cœurs par le Saint-Esprit qui « nous a été donné (4 ). » 5"^ La grâce sanctifiante nous rend saints aux yeux de Dieu : en pous lavant de nos souillures,

pœnitentiam egissent. Verumtamen dico ?obis : Tyro et Sydonl remisshis erit in die jndicii qnam vobis. (Matth., xi, 22-22.)

(1) Charitas diffàsa est in cc^rdibus nostris per Spiritum sanctum qui datus «st nolHS. (Rom, y, 5.)

en effaçant et détruîsani en nous le péché qui nous rendait ses-ennêmis ; de môme, s'il est permis d'employer celle comparaison bien imparfaite sans doule, qu'une lumière qu'on introduit dans un lieu obscur en chasse aussitôt les ténèbres. 6* La grâce sa ncti fiante noii.9 rend saints ou plus saints : elle n'est pas au même degré dans tous les justes, mais elle est plus ou moins abondante, selon qu'ils sont plus ou moins enracinés dans la charité et dans la justice ; et plus elle est abondante, plus ceux qui la possèdent sont saints et agréables aux yeux de Dieu.

D. La grâce sanctifiante ne produit-elle point (t autres effets que ceux dont nous venons de parlera — R. Elle en produit beaucoup d^tres qui ne sont pas moins admirables.

Explication. — Non seulement la grâce sanctifiante nous rend saints ou plus saints aux yeux de Dieu ; elle nous fait encore devenir les enfants adoptifs et les héritiers du Père céleste, les frères et les cohéritiers de Jésus -Christ et les temples du Saint-Esprit ; elle est la véritable vie de l'âme et le plus précieux de tous les trésors ; enfin elle nous rend en quelque sorte participants de la nature divine.

k^ Par la grâce sanctifiante, nous devenons les enfants adoptifs du Père céleste. Le péché , en nous séparant de Dieu^ qui est la vie de nos âmes, nous réduit à un état de mort ; et, tant qu1i réside en nous, nous sommes les enfants du démon, et nous gémissons sous son tyrannique empire. Mais la grâce sanctifiante nous cofnmunique une vie en quelque sorte divine, une vie surnaturelle; elle brise les liens qui nous empêchaient de nous approcher de Dieu ; elle chasse loin dé nous lesprit impur, en nous lavant dans le sang de Jésus-Christ. Teints de ce sang adorable, le Père céleste ne voit plus en nous que des enfants chéris, il nous adopte pour tels, il abaisse sur nous ses regards avec complaisance et avec une tendresse vraiment paternelle, et, dès ce momcDl, nous pouvons lui adresser avep vérité ces paroles que le divin maître nous met lui-même à la bouche : Notre Père qui êtes atuc deux. Devenir les enfants adoptifs, non d'un

grand de la terre, d'un prince, d'un puissant monarque, mais de Dieu lui-même : quelle gloire 'I quelle Incompré* hensible faveur I Mais aussi quelle bonté, quelle chanté de la part de notre Dieu ! C*est ce qui fait dire à Tapôtre saint Jean : « Voyez la tendresse du Père éternel pour nous ; il « vent que nous portions le nom de ses enfants , et que « nous le soyons en effet (4}. » — « Or, si nous sommes les « enfants de Dieu, nous sommes aussi ses héritiers, dit saint « Paul ()); • car il est dans Tordre que lés enfants entrent dans Théritage de leur père.

2* Par la grâce sanctifiante, nous devenons les frères de JéiuS'Christ. Nous avons le même Père que lui, puisque nous avons reçu Tesprit d'adoption des enfants, par lequel BOUS crions : Mon Père, mon Père ^) ; or, tous les enfants d'un même père sont frères. Nous sommes membres de la même famille ; nous sommes unis à ce divin Sauveur de la manière la plus intime ; nous ne faisons plus qu'un avec lui; tous ses trésors sont i noiv, et nous avons des droits certains et incontestables au ciel, comme étant les membres et les cohéritiers (4) de celui que le grand Apôtre appelle notre frère atné (5) ; car il est dans Tordre que les enfants partagent ensemble l'héritage de leur père.

3* Par la grâce sanctifiante, nous devenons les temples du Scdnt'Esprit , qui , dès que nous avons le bonheur de la posséder, habite en nous d'une manière toute particulière. C'est encore le grand Apôtre qui nous l'apprend : « Ne sa- « vez-vous pas, dit-il, que vous êtes le temple de Dieu, et « que l'Ësprit-Saint habfile en vous? » (6).

(1) Yidete qualem-charitatem dédit nobis Pater, ut filii Dei nominemur et simos. (I. Joan., m, 1.)

(2) Si autem filii, et hsredes. (Rom., xyiii, 17.)

(3) Accepistis spiritum adoptionis filioriun, in quo clamamus : Abba (Pater). (Rom., VIII, 15.)

(4) Haeredes quidem Dei, cohœredës autem Cbristi. (Rom., viii, 17.)

(5) Primogenitus in multis fratribus. (Rom., vin, 29.)

(6) An nescitis quoniam membra vcstra templum sunt Spiritus Sancti, qui in vobis est ? (I. Cor., vi, 19.)

4* La grâee saociiSante e»t la vértiable^de l'âme. Celui qui la possède peat dire comme mml Paul ; c Je vis,oe « n*è8t plus moi qui vis, cest Jésiis-Christ qui vit €8 « DM)i (t). » Elle lui donne droit à la vie éteroelle, et, si soD âme en est ornée au moment où il quitte la terre , il est sAr d*alier jouir éternellement du bonheur des élus de Dieu» Mais aussi celui qui, à la mort, en est dtoué , tombe aussilot daEffi Tenfer.

t^ La grâce sanctifiante est le plus précieux de toui les trésors. Ëst^il, en effet, un bien sar la terre^compiirableè ee bien? N<m ; tous les trésors du mcnkle nont pas même )*ombre de la valeur du moindre degré de la grâce sandî- Êante. « La sublimité de la grâce , dit saint At^^tin, nt « s'élève pas seulement au-dessus des astres et des cieoi « mêmes,' mais encore elle se porte au dessus de l'élévalioB « des esprits célestes {%}. » La qualité de mère de Dieu, celte aorte de parenté divine, qui ne laisse Marie inférieure qu'à Dieu seul , et la rend aupérieun à toul ce qui n*est pas Dieu, cette étonnante élévation, détachée de la grâce, dcROl elle fut toujours inséparable dans la plus sainte de toutes les créatures, ne peut entrer en comparaison , nous dit le même docteur, avec le plus petit degré de la grâce smidî» fiante (3). Cette grâce est eu nous, selon Tei pression de saint Thomas d*Aqmn, la gloire ewnmmcéef de même que la gloire est la grâce consommée, La gloire consommée, c'est Tunton parfaite du créateur avec la créature, union en verto de laquelle l'âme est pour ainsi dire déifiée, ne faitphtt qu'un avec Dieu. Le premier degré de la grâee sanctifiante est le commencement de celle union.

6^ C'est pour cela que le prince des apôtres appelle les

(1) Vivo autem, jam non ego, Tivit vero iki me Cbristus. (Gall., n, SO.)

(2) Dei gratia non solum omnia sidéra et omnes cœlos, TeriiiD etiafl omnes angelos supergréditur. (S. Aug., lib. n, ad Bonif. cap. lY.)

(3) Materna propinquitos parum Mariœ profuisset, nisi prius Deefl corde quam carne gestasset. {Idem., tom. U, ad Bomf., cap. n.)

eiiréliens p&rH^ffmd de la nature dkme (4) ; car, de même que le premier homme fol créé à i*icnage et la ressembtanee de Dieu, ami, daos ta seconcie Daissaooe qu epère \e christianisme, quiconque reçoit FËspril Saint, reçoit en lui Tim* pression de son cachet divin (i) ; et, sœilé de la sorte, il por(e en lui-même fa fi^re de son auteur ; car la grâce sotis donne avec Dieit un rapport si intime, et lui-même se eommunique à l'âme d'une manière si substantielle , que BOU& devenons un même esprit avec lui (3).

D. Quels sont les dons surnaturels qui accompagnent la grâce sanctifiante^ — R. La grâce sanctifiaiife, en se répand aot dam une âme, y est âccompa^oée de toutes les vertus cbrétieoiiefi et^ tous leis dons du Sainlr Esprit.

ExpucATiON. -^ L'habitude surnaturelle de la charité ne se reçoit jamais qu'avec la grâce sanctifiante, dont elle est tellement inséparable , que beaucoup de théologiens la conCondent l'une avec l'autre ; elle se perd avec elle. Quant à la foi et à Irespérwacej les enfants que l'on présente au baptême^ avant l'usage delà raison, les reçoivent en même temps que la grâce de la justification. Il n'en est pas ainsi des adultes, qui, pour recevoir la grâce sanctifiante par le baptême ou la recouvrer par le sacrement de pénitence, doivent déjà croire, et espérer. Ainsi, la fui et l'espérance précédent en eux là grâce sanctifiante [ êl s'ils viennent à la perdre, ils ne cessent pas pour ceja de croire et d'espérer); mais la grâce sanctifiante , en se répandant en eux, rend leur foi plus vive, leur espérance plus ferme; en même temps elle leur communique toutes les autres vertus chrétiennes: Fhumilité, l'esprit de pénitence, la douceur, la patience, une horreur souveraine pour Je péché, etc.. De plus, le Saint-Esprit, en prenant ppssessio;! d'une âme, y entre escorté de tous ses dons, qui sont au nombre de sept,

(1) Divinœ consortes naturae. (IL Petr., i, 4.)

(î) Ofosignatur ab«o. (S^ Hyeron.)

(8) Qui adbœret Domino, unus spiritus est. {t. Cor., vi, 17.)

savoir : le don de sagesse , le don dlnMiigenoe , le don de conseil, le don de force » le don de science , le don de pîéti et le don de crainte du Seigneur (4). Ces dons sont en loos ceux qui possèdent la grâce sanctifiante; mais ils y sont plus ou moins abondants, selon que la grâce sanctifiante et la charité sont elles-mêmes plus ou moins abondantes, et aussi selon les vues et les desseins que Dieu se propose dans la distribution de ses dons. Qu'elle est donc belle, Tâme ornée de la grâce sanctifiante I ses attraits sont si ravissants, que Dieu lui-même en est épris, jusqu'à lui dire : « Vous Àes « toute belle , ô ma bien-aimée ! et il n'y a point de tache c en ^ous (2) I »

D. Pourquoi la grâce sanctifiante est- elle appelée habituelle^ — R. Parce quVlle demeure ea nous d^uae manière stable et permaoeute.

Explication. — Le mot hcdrituel indique nne chose qui a une certaine continuité^ qui durjupendaot un certain temps. La grâce sanctifiante est appela habituelle , parce que, après avoir purifié nos âmes, elle habite et réside en noos d'une manière stable, permanente et sans interruption, tant que nous ne la perdons pas , et que nous n'y renonçons pas nous-mêmes par le péché mortel ; en sorte que, dans tous les instants et dans toutes Tes circonstances de la vie, soit que nous travaillions ou qike nous soyons oisifs, soit qoe nous veillions ou que nous dormions, cette grâce demeure continuellement en nous, cette qualité surnaturelle orne et embellit notre âme. —Une comparaison va rendre cette vérité plus sensible. Quand un savant dort, sa science reste en lui, quoiqu'il n'en fasse alors aucun usage ; quand oo avare ou un ambitieux dort et se divertit, il ne cesse pas d*être avare et ambitieux, quoiqu*il. ne fesse rien alors poar

(i) Nous en parlerons en détail, en expliquant ce qui regarde le fl* crcmcnt de Confirmation.

(2) Tota pulchra es^ arnica mca, et macula non est in te. (Gant. CiBtic. IV, 7.)

satisfaire la passion dont il est esclave, parce que Tamour de largent on des honneurs vil et règne persévéramment dans son cœur. De même, quand un juste dort, ou qu'il est occupé à des affaires temporelles, la grâce sanctifiante demeure toujours em lui, quoiqu'il ne fasse pas alors d'actes d'amour de Dieu. — Il en est de même des petits enfants : ils ont reçu, par le baptême, la grâce sanctifiante, laquelle s'attache à leur âme, comme une habitude, et y persévère jusqu'au jour è jamais déplorable où, abusant de leur raison et de leur liberté, ils violent en matière grave la loi du Seigneur.

D. La grâce sanctifiante est-elle susceptible d'accroissement ? — R. Oui, la grâce saoctifianie est susceptible d'accroissemeDt.

Explication. — La grâce sanctifiante rend tous ceux qui la possèdent agréables à Dieu ; mais elle ne les rend pas tous également agréables, parce qu'elle peut être plus ou moins parfaite ; ê'est un trésor qui peut être plus ou moins abondant. On l'augmente par l'usage des sacrements, par^ la prière, par les bonnes œuvres faites en vue de Dieu et par un motif surnaturel, et par la pratique des vertus chrétiennes, (c Si quelqu'un dit que la justice reçue ne se. c conserve.pas et même ne s'augmente pas devant Dieu, « par les bonnes œuvres, mais que les l)onnes œuvres sont « seulement des fruits et des marques de là justification « obtenue, et non la cause de son accroissement, qu'il soit « anatbême. » Ainsi s'exprime le saint concile de Trente (4). -^ c Le sentier des justes, est- il dit au livre des proverbes (2). est comme une lumière éclatante; il' s'allonge, il « s'accroit, jusqu'au jour parfait. » — Saint Augustin s'exprime aussi sur ce sujet d'une manière bien formelle : « Nous avons été justifiés ; mais la justice elle-même s'aca croit quand nous faisons des progrès dans la veriu (3). »

(4) Gonc. Trid.y Sess. vi, Gan. xxit.

(1) Jttstorom autem semita, quasi lui splendens, procedit et crescit usque ad perfectam diem. (t^rov. ir, 19.)

(5) S. Aug., Serm. clyib.

— tit —

Sfrlagrâoosaiiclifiante nélati pas atitcaptiM» d'aoorniiBwt ment , la juslîee qu'elle procure serait Déeesas»r«Q[ie«b égale daos tous. Or» qui poprrail , a iDokis d tYoîr r^aonoè Ml seps coiDinan, prétendre qu'un hoanae quelconque ^ Bouveliement baptisé ott récoDctUé à Dieu par le sacrement de pé&kence, après avoir eommis beaucoup de péchés, esl juste d'une justice aussi parfoite que celui qui, depuis biao des années, se livre h toutes^ sortes de booûes c&nvres et à le pratique des plus sublimes, vertus? — Nos seulement la grâce sanetrâante est susceptible d'aceroissemetti, mais il nous esl expressément recommandé de la faire croître eu BOUS, a Croissez de plus en plus, nous dit saint Pierre, f( dans la grâce de Jésus-Christ notre Seigneur (4). — « Que « celui qui est juste, dit saint lean, se justifie csicore, et « que celui qui est saint se sanotife eœore (i). ' Les bonnes œuvres faites en état de grâce , avec le secours de la grâce actuelle et par le motif de c^elque vertu cbr^ienne (comme de rhufoUiléY de la pénitence, de la mortification, de 1 obéissance a l'Eglise, de l'amour de Dieu ou du prochain), n'augmentent pas seulement la griice aanelifianle : elles deviennent encore méritoires pour la via femelle, et chacune d*eUes, jusqu'à ui^ verre d*eau froide donné aux pauvres pour l'amour de JésusrChrist (a)» donne droit à un nouveau degré de gloire dans le jciel. Ce oiérite de nos bonnes ceuvres, nous le devons à la bonté toute gratuite de Dieu, sans la grâce duquel nous ne pouvons riea dans l'ordre surnaturel ; et Dieu, en nous récompensant, couronne ses propres dons» Mais ce Dieu de bonté a daigné BOUS remettre en droit d'asf^rer à l'héritage céleste, et il nous l'a proposé comme une r^mpense qu'il fallait raé-

(1) Crescite vero in gratia, et in cognitione Domini nostri, et Sal^aioris Jesu Chrisli. (ÎI Petr., m, 48.)

(2) Qui justus est, justificetur adbac, et sanctus sanctificetar acttmc. (Apoc., XXII, H.)

(3) Quicumque po(um dederit uni et minimis istis calicem aqoae frigidœ... non perdet mercedem suam. (Mattlu, i, 42.)

rher par nos IxMinés couvres ; dès lors nos boBtnes- aeii^res, qftoîque nous ne puissions tes faire qu'avec le secours de la grftce àctoeHe , doivent être regardées comme mériloirea par elles-roèmes, et elles le sool en effet. Le fonds do mérite, nous le répétons, vient de Die«i ; il est un don de sa miséricorde et l'ouvrage de sa grâce. l\ en est de même éa bon usage et deb coopération de notre libre arbitre, leqort ne peut rien foire qui conduise è la vie étemelle qu'auiaiit qu*il est mu et élevé par le Saint-Bspril. Mais enfin Dieo a Àt : <( Faites des bomies œuvres, et le ciel sera votre récom^ pense ; » la condition étant remplie, la prfNmesse doit Tètre également. Aussi TEenture promet-elle la gloire aux justes à titre de récompense et de jusike ; ce qui suppose néoessairement le mérite : « Une grande récompense vous est « réservée dans les deux ; » ce sont les paroles de Jésus- Christ lui-même (i). « J'ai bien combattu, disait saint Paul, «j'ai achevé ma course ; j'ai gardé la foi. Il ne me rcsste « qu'à attendre la couronne de justice qui m'est réservée, « et que le Seigneur, comme un juste juge, me rendra dans • ce grand jour (2). » Tontefds il ne sufit pas, pour quenos bonnes oeuvres soient méritoires, qu'elles soient laites en état de grâce ; il faut, de plus, qu'elles soient faites par le mouvementtl'une grâce actuelle, en vue de Dieu ; car, si on n'agit que par des motifs humains, par des vues naturelles, par humeur, par tempérament, par habitude, quoiqu'on soit en état de grâce, oh ne mérite rien pour la vie étemelle. Telle est Tauniône faite à un pauvre par pure compassion naturelle ; telles sont les prières qu'on fait par habitude» sans l'attention nécessaire; et à pktô forte raison, ces ceuvres cessent-elles d'être méritoires, lorsqu'on les fait par vanité, par hypocrisie, par respect humain ou par d'autres DU)tifs vicieux semblables.

(1) Merces Testra copiosa est in cœlis. (Matth., v, 12.) (%} In relM[uorepottta est mihi eoronajastitie <|iiatt reddet miibl Dominus in iUa die jtwtus'jjttâei. (II. Tim^ it» 7-8.).

Les bonnes œavres faites en étal de grflce, et en vue de plaire è Dieu, de lui oMir, de satisfaire à sa justice, d*ob* tenir la récompense promise à la vertu , s'appellent des (Buvres vivantes^ paroe qu'elles sont animées par le Saint- Esprit, qui est la vie de I âme, et qu'elles sont dignes de la vie éternelle. Au contraire, les œuvres faites en état de péché mortel , s'appellent des CBuvres martes , parce qu'elles ne sont point animées par le Saint-Esprit. Celles-ci ne sont d'aucune valeur pour l'éternité, et ne seront jamais récompensées dans le ciel. a^Comme le sarment, dit Jésus-Christ, « ne saurait porter du fruit, s il ne demeure uni au cep ; il « en est detnême de vous, si vous ne demeurez en moi par « la charité (l). » Cependant les bonnes œuvres, faites en péché mortel, sont loin d'être inutiles. Elles ôlent les obstacles à la conversion : comme lorsqu'on se détermine a ne plus aller dans telle maison où Ton est exposé à offenser Dieu, à ne plus voir telle p^sonne qui porte au péché, à ne plus eicercer telle profession plus ou moins daogereuse.etc.; elles diminuent les peines dues aq péché, en tant qu'elles emp^hent de nouvelles transgressions pour lesquelles U serait puni : comime quand on rend le bien mal acquis, qu'on entend la sainte messe, qu'on observe les préceptes de l'abstinence et du jeûne, etc. ; enfin elles sont ordinairement suivies de bénédictions tem|:iorelle3 et spirituelles. Que faut-il de plus pour engager les pécheurs,, non seulement à ne point interrompre le cours de leurs bonnes œuvres, mais à les rendre plus fréquentes que jamais?

— h. Pouvons-nous perdre la grâce sanctifiante^ — R. Oui, la grâce sanciifiaule se perd par un seul péché mortel.

Explication. — Selon les protestants, ce qui nous justifie, ce qui nous rend agréables à Dieu, n'est rien en nous, n^opàre aucun changement dans notre âme ; mais Dieu nous tient pour justes, lorsque, par la foi, nous nous approprions

(1) Sicut palmes non potest ferre fnictum a semetipso, nisi manierit in vite ; tic nec vos, niii in me manseritis. (Joan., xy, 4.)

la justice et ^a sainteté de Jésus-Christ, lors^^ué nom croyons, sans aucune hésitation, que nos péchés nous ont été remis à cause de Jésus-Christ. Cette justice de Jésus-Christ qui nous esl ainsi imputée par la foi, n*elTace point, disent-ils, à proprement parler, nos péchés, mais seulement elle les vorte. Us subsistent toujours dans Tàme; mais Dieu n*y a pcnnt égard, et consent è ne point les punir, désarmé qu*il est par la justice de Jésus-ChrisU laquelle couvre nos iniquités, et devient pour nous comme un bouclier et un rem* part. Ils ajoutent que la justice, une fois acquise par la foi, ne peut plus se perdre, de quelques péchés qu on se rende coupable. — Nous avons fait voir que la grâce sanctifiante, que Ion reçoit la première fois dans le baptême ( et mètae avant le baptême, si on fait un acte de charité parfaite, avec le désir de le recevoir), est quelque chose d'intrinsèque et d*lohérent à f*âme ; que cette grâce est vraiment médicinale, comme disent les théologiens ; que par elle les péchés sont effacés en sorte que l'homme se trouve établi dans une justice propre et intérieure ; que la justification, par conséquent, c'est- à'dire Taction par laquelle Thomme, de pécheur qu*il était, devient juste et saint, « n*est point cette justice de Jésas-€hrist par laquelle il est juste lui-même, mais celle par laquelle il nous rend justes ; celle qu'il nous donne par sa grâce, afin de nous renouveler intérieurement, et de nous faire passer de la mort à la vie (t). » — Il n*est pas moins certain que cette justice peut se perdre ; lien même n*estplus fragile : « Nous portons ce trésor, dit le grand Apôtre, dans des vases d argile (i) » et faciles à briser. Un seul péché mortel, ne fût-ce qu'une pensée, un désir, suffit pour nous en priver. Nos premiers parents la perdirent en mangeant du fruit défendu, et ils en mangèrent une seule fois ; Lucifer et les autres anges rebelles la perdirent par une simple pensée d'orgueil ; David la perdit

(1) Coiic. Trid., Sess. V, c. vu.

(«) II. Cor., IV, 7. ^

pat* an regard. Aussi TBi^îbs a-l-^e frappé d'aoafMsit qaiconqoe dit et qoa rhomineme foisjoslifié, ne peut ploa ni pécher ni perdre la grflce (4). » Quoi de plusmonsirtieux^ d'ailleurs, et de plus contraire à la rmaon que Toptaîon de Calvin et de ses sectateors? et quel est Tbomme sensé qui pourra jamais s'imaginer qu'on puisse eooatnrer la sainteté et la justice, tout en se rendant coupable des finîtes les plus graves, et en se livrant aux plus grands excès? l^ pareille doctrine ne lâche ^elle pas la bride, n'ouvre-t-eile pas ta barrière h toutes les passions, ei n'est-elle pas de nature è engendrer tous les crimes? il est d<Hic certaia, et c'est une vérité de foi catholique, qu'on peut penirela grftce sanctifiante, et que, par un aeol péché siortel, on cesse d'être juste et saint. Ainsi, pour être m éttU de grûce^ c'est-à-dire pour eonsenrer la gtAce saootîEante ou habi* tueile il faut être exempt de tout péché mortel. — QQUit au péché véniel, il ne nous ^it pas perdre celte grâce ; mais fl l'afMblit en nous et nous dispose au péché mortel, et, par conséquent , à la perte totale de Tiimitié de Die^ ; car il est écrit : « Celui qui mépr^e les petites choses, tomberii € peu à peu ^2). % Que faut-il de plus pour aous porter à l'éviter et à l'avoir en horreur? Ceci s'applique Clément h fa tiédeur et à I» négligence, sources féoondes de péchés véniels. — Le péché mortel nous fiilt perdre la grâee sano* Ufiante ; mais nous pouvons, avec le secours de la grjke actuelle; nousdisposer à la recouvrer, de la même manière que nous pouvons lious disposer è la recevoir la premiéfls fois : c'est' à dire en ooUs excitant à un vif pe(p«t de nos fautes, en ccxnmeDçant à aimer Dieu comme source de toute justice, comoie justifiant le pécheur par sa pure misérieorde, et en renonçant à tout ce qui pourrait être pour itoas une occasion de rechute. Si, pénétrés de «es ^sentiments, MUS nous présentons au tribunal de la réconoîliation pour

(1) Conc. Trid., Sess. VI, c. xxii.

(«) Qui spernit modica, paulatim decidet... (EccL, xix, 1.}

— «47 — y fiiketifi sioeère ayea de lo«s nos péchés, noas y retrMH -varoBS la grâce; car la miaéricorda du Seigneur est taéfnif* «able, elle«st înfioîe, el il pardonne au pécheur toutes les fns ^u'U reâoome i hn avec un cœur contrit el humiiié (I )^ — Ai«, c esl par le baptèfloe qae Ton reçoit la premiiire fois la grâce saoetifiaote ; on la perd par le péché morlél, cl on la recouvre par le sacrement de pénitence. Nous verrons bîentàt que la oontrllion parfotte , jointe au vœu de sacrement de pénitence, prodoit le même effet. TouteftNS, n'oubtmis pas que les rechutes fréquentes finissent par faoser la pc^îenoe divine; et alors Dieu n'accorde plus au ^pécheur que des grâces ordinaires, on s'eiMlurcit dans le crime, et en n'en sort plus, quoiqu'on ne manque jamais des grâces absolument ^ufSsafiIes pour en^sortir, comme nous ne tarderons pas à Texpliquer .

D. Pouvohtnous être absolument certains de posséder ta grâce sanctifiante^ — R. Pérsooney sans une révélatioo spéciale dé 1>ieu, ne peut être absolument certain tie posséder la grâce scno-

Explication. —Calvin prétend que chacun peut être absolument certain de sa justification, et, par conséquent, s*9ssurer parfiâitement qu^il possède la grâce sanctifiante ; c'est tme erreur que fEgllse a })roscrile. € De même, dit le « saint concile de Trente qu'Hun borame pieux ne doit ja-^ « mais douter di de la mî^rîcordede Dieu, ni du mérité « de Jésus-Christ, ni de la vertu et de Tefficacité des( sacre-te ments , de même, chacun en se considérant soi-même , «en regardant son infirmité et sa faiblesse propre, doit « trembler et «raindre an sujet de son éiat de grâce ; af- « tendu que nul Tie peut savoir, d*une certitude de fbi, de « cette certitude incompatible avec Terreur , qu*il a obtenu « la grâce de Dieu (î). » — Les divines Ecritures ne sont

(1) Qor contiitum et humiliatuiii, Deus, non despicies. (Psal. l.} Unpietas impil non nocebit ei, in quacumqne die conrersus ftierit ab itiipietate sua. (Ezech., xxxiii, IS.)

{%) Conc, Trié., Sen, VI, en.

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pas moins formelles à ce sujel : a Qui peut dire : moo cœur a est pur ; je suis exempt de tout péché (l ) ? » — « Personne « ne sait s il est digne d'amour ou de haine (2). » — «Je ne c me sens coupable de rien , disait saint Paul , mais je ne 41 suis pjis pour cela justilié (3) ; » je ne suis pas sûr pour cela il*être dans la grâce de Dieu. Nous devons tous tenir le même langage que i'ÂpÔtre : il peut y avoir, en effet, en BOUS quelque péché secret que nous ignorions par notre faute, et qui soit un obstacle à notre justification. — Mais pourquoi Dieu a-t-il voulu que nous fussions dans une aussi cruelle incertitude?G*est afin de nous tenir dans rhumililé, et de nous inspirer une craidte salulaire ; la sécurité peut engendrer loi^ueil ; or, « Dieu résiste aux orgueilleux, et c'est ^ux humbles qu'il donne la grâce (4). » — Il ne faut pas, du reste, que cette incertitude nous porte au trouble et au découragement. Si nous ne possédons pas la grâce sanctifiante, il est certain que nous pouvons Tobteoir, comme nous venons de le dire, en entrant, avec le secours des grâces actuelles, dans les dispositions de foi, de crainte, d'espérance, d amour et de pénitence que Dieu demande de nous; eU si nous seatons en nous-mêmes cesi dispositions, abandonnons-nous, sans cependant jamais cesser de craindre, à sa miséricorde infinie ; ayons la douce confiance que nous sommes bien avec lui^ et que, s'il hiï plaisait de nous retirer de cette terre, nous trouverions en lui, non pas ud juge sévère , mais un père plein de bonté et de tendresse. — Nous pouvons, excités et aidés par le Saint-Esprit, nous disposer à recevoir ou à recouvrer la grâce sanctifiante; ce qui n'eippêohe pas qu'elle ne soit absolument gratuite* « Nous sommes justifiés gratuitement, dit le saint concile

(i) Qiiis potest dicere : mundum est cor meum, punis sum a pecctto? (Pro?.,xx, 90 (2] Ncscit homo, utrum amore an odio dignus sit. (Eccl., iz, i,) (3) Nibil mihi conscius sum, scd non in hoc justiftcatus sum. (I. Cor.)

iT, 4.) (4] Deussupei^bis resistit; hurailibus autem datgratiam. (T. Petr., t,5.

de Trente, ep œ seos que rien de ce qoi préeède la justification, ni la foi, ni les œuvres» ne peut nous mériter la grâce de la justification (4). » Si Dieu nous la donne, c'est par un pur effet de sa miséricorde, h cause de Jésus-Christ et en vue des mérites infinis de sa passion et de sa mort. Ajoutons qu'il est convenable à la divine bonté d'avoir égard aux pleurs et aux gémissements qu'elle a elle-même inispi-^ rés au pécheur qui commence à se convertir ; et que, si le pécheur n*est pas digne de la justification , il est digne de Dieu de prendre en pitié un co^ur qu'il a touché et humilié, et qu'il se doit à lui-même d'être fidèle à la promesse qu'il a foite de faire grâce à tout pécheur qui reviendrait à lui, avec le sentiment d'un vrai rqp^tir.

Ce que nous venons de dire, sur la manière dont oa se dispose à recevoir la grâce sanctifiante, ne s'applique point aux enfants qui n'ont pas atteint l'usage de la raison. Ceuxci n'^ont besoin d'autre disposition que d'être présentés au baptême, et, par la vertu de ce sacrement, ils sont aussitôt justifiées et rendus saints. ^

PARAGRAPHE QUATRIÈBŒ.

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